"Jeunesse" : C'est Conrad qu'on rate

ECRANS | Un film de Julien Samani (Fr, Por, 1h23) avec Kévin Azaïs, Jean-François Stévenin, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

Photo : © DR



Jeunesse

De Julien Samani (Fr-Por, 1h23) avec Kévin Azaïs, Jean-François Stévenin...

De Julien Samani (Fr-Por, 1h23) avec Kévin Azaïs, Jean-François Stévenin...

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Zico a soif d'ailleurs. Il embarque sur un cargo au Havre. Très vite, les tensions avec le reste de l’équipage et les avaries à répétition mettent à mal ses rêves d’aventures. Une lutte s’engage alors contre les éléments et les épreuves qui frappent ces hommes.


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La Fête du Livre Jeunesse de retour

Villeurbanne | Déplacée pour cause de crise sanitaire, la Fête du Livre Jeunesse de Villeurbanne prendra place sur le calendrier du 14 au 20 juin et adopte pour thème (...)

Sébastien Broquet | Vendredi 11 juin 2021

La Fête du Livre Jeunesse de retour

Déplacée pour cause de crise sanitaire, la Fête du Livre Jeunesse de Villeurbanne prendra place sur le calendrier du 14 au 20 juin et adopte pour thème cette année un héros récurrent des livres pour enfants : l'animal, avec comme mot d'ordre Pas si bêtes !. Tout au long de ce rendez-vous incontournable en France — le deuxième du genre en termes d'affluence après celui de Montreuil — seront ainsi interrogées les représentations de la faune dans la littérature pour kids. Si la formule est un peu réduite par rapport aux années précédentes au vu du contexte, avec plusieurs rencontres en digital, le programme n'en reste pas moins intéressant. Ainsi, dans les bibliothèques de la ville, on partira à la rencontre des Humanimaux, la série de Éric Sicard (Maison du Livre, de l’Image et du Son, à partir de 8 ans). À la Médiathèque du Tonkin, le 16 juin, une fresque collective sera coordonnée par Émilie Vast (à partir de 6 ans). Plusieurs projections sont au menu également, dont celle de Goshu le violoncelliste de Isaho Takahata (le mercredi 16 juin au Rize à 16h30, à

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Les Sète cents coups : "Jeunesse sauvage" de Frédéric Carpentier

Drame | Portrait d’une jeunesse à la marge, entre la cour de récréation et la cour des grands, à la lisière de la délinquance et du crime ; portrait d’une jeunesse à la rue et sans amour, à l’heure des choix ou de la mort. Un premier long-métrage réussi de Frédéric Carpentier.

Vincent Raymond | Vendredi 26 juin 2020

Les Sète cents coups :

Les rues de Sète. Quand il ne veille pas sur son père malade psychique SDF, Raphaël règne sur son gang avec sa gueule d’ange. Détroussant les passants, piquant des caisses, il joue volontiers du poing sans jamais aller trop loin. Pas assez pour son bras droit Kevin qui, lui, en veut plus… Quelque part entre L’Enfant sauvage vieilli et un Pickpocket contemporain, Raphaël est le héraut de cette jeunesse farouche et féroce si bien dépeinte par le titre, autant que le héros d’une épopée dont on devine dès les premières images sa trajectoire de longue fuite tragique. Redoutable de beauté solaire, inquiétant comme ces démons androgynes nés de la plume de Manara ; prénommé comme l’archange annonciateur du Jugement dernier et le peintre de la délicatesse, Raphaël est aussi un concentré de paradoxes, écartelé entre ses pulsions de conquête violente et la prescience d’une fatalité immanente. S’il donne l’impression de reprendre à son compte la phrase de Chirac « un chef doit cheffer

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Conte… sur toi : "Rêves de Jeunesse"

Drame | Salomé quitte pour l’été sa coloc’ afin d’aller bosser dans la déchèterie du petit village de son enfance. Sur place, livrée à elle-même, elle renoue avec une partie de son passé et enchaîne des rencontres baroques. Dont celle d’une participante d’un jeu télé, échouée devant sa cahute…

Vincent Raymond | Vendredi 2 août 2019

Conte… sur toi :

Les romans d’apprentissage illustrés ont toujours quelque chose d’attachant, surtout lorsqu’ils sont en phase avec la saison ; bien davantage s’ils touchent un public en osmose avec le sujet. En apparence soumis à une intrigue ténue, porté par une héroïne discrète pour ne pas dire mutique — plus observatrice qu’actrice — squattant une camionnette abandonnée dans la solitude du mois d’août, Rêves de jeunesse tient plus des “Vacances de Monsieur Godot” que d’une fantaisie d’étudiants à la Klapisch ! Cependant, ce cadre rural où l’absurde surgit volontiers (rappelant le cinéma d’Alain Guiraudie) se révèle un creuset propice à la déconnexion et à l’introspection : Salomé peut poursuivre son histoire grâce au surgissement d’une fille en tout point opposée à ce qu’elle est et… “grandir“. Période entre parenthèses, les vacances sont aussi un temps idéal pour jeter à la déchèterie tout ce qui parasite sa vie quotidienne. À voir donc avant la rentrée… Rêves de jeunesse Un film de Alain Raoust (Fr, 1h32) avec Salomé Richard, Yoann Zimmer, Estelle Meyer…

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Claire obscure : "La Dernière Folie de Claire Darling"

Drame | De Julie Bertuccelli (Fr, 1h35) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Claire obscure :

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling. Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des années, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire — son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage, le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film — façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se

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Jeunesse qui rouille fait l’andouille : "Une jeunesse dorée"

Autobiopic | De Eva Ionesco (Fr-Bel, 1h52) avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

 Jeunesse qui rouille fait l’andouille :

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses — mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier, Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune — tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, l

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Lapone éducation : "Sami, une jeunesse en Laponie"

Drame | de Amanda Kernell (Sue-Dan-Nor, 1h53) avec Lene Cecilia Sparrok, Hanna Alström, Mia Erika Sparrok…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Lapone éducation :

Suède, années trente. La jeune Elle-Marja n’en peut plus de l’ostracisme réservé aux membres de son peuple, les Samis. Aspirant à une vie suédoise “normale”, elle rêve de quitter ses rennes et ses montagnes pour faire des études à Uppsala. Mais les vents sont tous contraires… Où l’on découvre que les Lapons furent traités comme une ethnie arriérée par les Suédois ; que leur culture (notamment la pratique du joik, un chant traditionnel) et l’usage de leur langue furent asphyxiés avec une intransigeance n’ayant rien à envier aux écoles de la IIIe République, qui bannissaient en classe les patois régionaux. En suivant au plus près son héroïne, Amanda Kernell nous fait ressentir la gêne qu’elle éprouve face aux moqueries, sévices et humiliations qui sont son quotidien. L’injustice également, qui la prive d’avenir, au nom d’une prétendue “inégalité raciale“ défendue avec une candide condescendance par l’institutrice — cette “évangéliste de l’État“ accomplit, au passage, la besogne d’acculturation par la contrainte que Anders se refusait à effectuer sur les Inuits dans l’excellent

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Éric Judor et Julien Guetta : « le beau ne sort que d’accidents heureux »

Roulez jeunesse ! | Pour son premier long-métrage "Roulez jeunesse", Julien Guetta a osé demander à Éric Judor de changer de registre. Cela tombe bien : celui-ci voulait glisser vers un format plus dramatique. Rencontre en deux temps et à deux voix.

Vincent Raymond | Mercredi 1 août 2018

Éric Judor et Julien Guetta : « le beau ne sort que d’accidents heureux »

Votre film flirte avec la comédie italienne et la comédie à l’anglaise… Julien Guetta : C’était une des ambitions, clairement. Comme de choisir Éric, qui fait beaucoup de comédies, pour l’emmener vers quelque chose d’autre, de plus singulier, qu’on n’a pas forcément l’habitude de voir en France. J’ai une très grande admiration pour Éric. C’est un acteur très technique, quelqu’un de très professionnel qui gère la comédie — c’est hyper agréable quand on est réalisateur — et même le drame. Et il est aussi réalisateur… D’où vient ce personnage d’Alex, l’adulte un peu enfant qu’il interprète ? JG : Je pense que j’étais comme ça quand j’ai commencé à écrire. Et que je n’aimais pas trop cette figure — c’est pour ça que je ne trouve pas le personnage complètement irresponsable non plus. C’est un bon gars maladroit, un mec trop gentil, qui sait quand même se démerder avec la vie. J’ai eu un fils pendant l’écriture du film, ça a modifié aussi mon point de vue. Avez-vous profité des capacités d’imp

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Père de dépannage : "Roulez jeunesse"

Comédie familiale | de Julien Guetta (Fr, 1h24) avec Éric Judor, Laure Calamy, Brigitte Roüan…

Vincent Raymond | Mardi 24 juillet 2018

Père de dépannage :

Peu rongé par l’ambition, Alex s’épanouit au volant de la dépanneuse du garage administré par sa mère. Son bon cœur le conduit un soir à aider une jeune femme déboussolée, qui l’entraîne chez elle et le plaque le lendemain en lui laissant ses trois enfants en cadeau… Comment grandir quand on n’en éprouve pas le besoin impérieux ; comment accepter de couper le cordon quand on a toujours surprotégé son fils ; comment admettre que l’on a encore besoin de référents adultes lorsque l’on est adolescent ; est-il normal de ne pas éprouver d’instinct maternel ? Roulez jeunesse mesure chaque terme du syntagme “comédie familiale“ en explorant avec finesse le lien et l’attachement sous toutes ses formes — voilà pour les lecteurs·trices de Françoise Dolto. Pour son premier long en tant que réalisateur, Julien Guetta approfondit donc des questionnements entamés dans ses courts métrages Les Ventres vides et surtout Lana del Roy (primé à Villeurbanne), où la famille en crise constituait à la fois le périmètre et la rai

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À la Fête du livre jeunesse, l'accueil questionné

Littérature jeunesse | Deux jours de festivités autour de la littérature jeunesse avec une cinquantaine d’invités en dédicace, des spectacles, des contes et des ateliers sur le thème de l’autre et de l’accueil : c'est la Fête du livre jeunesse de Villeurbanne.

Lisa Dumoulin | Mardi 20 mars 2018

À la Fête du livre jeunesse, l'accueil questionné

“Bienvenue !” : c’est le thème du festival cette année. Un accueil chaleureux et bien sûr un peu particulier, puisqu’il se positionne en résonance avec notre actualité, celle des mouvements migratoires importants qui confrontent les territoires à la question de l’accueil. Ainsi la cinquantaine d’auteurs, illustrateurs et scénaristes invités se proposent pendant deux jours d’ouvrir le débat sur l’acceptation de l’autre, l’accueil de la différence et d’inviter le public à réfléchir autour de l’altérité. Gérard Picot, le directeur artistique, explique : « Dire bienvenue ! c’est ouvrir notre propre porte. C’est faire fi de notre peur de l’autre nourrie de notre méconnaissance, que l’on ne fasse pas de son voisin un intrus, mais une possibilité de rencontre. » Ainsi les associations Terre d’Hommes et Singa (dispositifs de mise en relation entre les personnes réfugiées et leur société d’accueil) participent à la fête à travers notamment l’exposition Encrages, des illustrations originales sur les thèmes de l’exil et de l’enfance. Rayons expos toujours, des

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Gaëtan Dorémus à la Fête du Livre Jeunesse

Kids | Avez-vous vu Trompette ? Sur les murs de Villeurbanne, ce petit oiseau dessine les silences, les cris, les larsens… et fait l’objet d’une exposition (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 4 avril 2017

Gaëtan Dorémus à la Fête du Livre Jeunesse

Avez-vous vu Trompette ? Sur les murs de Villeurbanne, ce petit oiseau dessine les silences, les cris, les larsens… et fait l’objet d’une exposition jusqu’au 22 avril à la Maison du livre, de l’image et du son. Ce personnage petit mais bruyant est créé par l’invité d’honneur du festival, Gaëtan Dorémus : auteur et illustrateur d’une cinquantaine d’albums, notamment aux éditions du Rouergue et Autrement mais aussi du Seuil jeunesse, ses dessins fins et colorés, travaillés en couches comme la sérigraphie, accompagnent des histoires souvent focalisées sur le vivre ensemble. Pour vivre ensemble, il faut parler et écouter et c’est le thème de cette 18e édition : “On va se faire entendre!”. Ateliers bruitages, spectacles musicaux, expositions qui ouvrent une fenêtre sur le monde, chansons, Poèmaton et liseuses de bonnes aventures… Le livre fait du bruit ! Sans oublier les 130 invités à rencontrer en dédicaces et lors des rencontres organisées pendant le week-end. La Fête du Livre Jeunesse, c'est à Villeurbanne le samedi 8 et dimanche 9 avril à

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"Compte tes blessures" : Le fils et l’amer père

ECRANS | de Morgan Simon (Fr, 1h20), avec Kévin Azaïs, Monia Chokri, Nathan Willcocks…

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Hervé a élevé seul son fils Vincent avec lequel il ne sait comment communiquer. Jeune adulte réservé, celui-ci s’épanouit en chantant dans un groupe de hard. Leur équilibre instable chavire quand Hervé entame une relation avec Julia, de dix ans sa cadette… et de dix l’aînée de Vincent. Revendiquant jusque dans son beau titre les stigmates de son âpreté, ce film s’ouvre par une scène symbolisant admirablement la relation paradoxale unissant le fils à son père : Vincent se fait tatouer sur le cou le portrait de son géniteur, qui le rabroue pour cet hommage. Comme s’il ne supportait pas que son fils veuille l’avoir dans/sur la peau, au vu et au su de tout le monde : une telle affirmation d’affection aussi muette que criante paraît démesurée pour ces deux taiseux contraints de vivre ensemble depuis toujours, n’ayant d’autre possibilité que de se déchirer pour exprimer leurs sentiments mutuels. Souvent confronté à des rôles initiatiques montrant son endurcissement progressif, Kevin Azaïs incarne ici un personnage plus nuancé que d’habitude : ayant atteint sa forme adulte, mais recelant des fractures d’enfance. L’enjeu est différent, et par conséqu

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Le plein d'histoires pour l'hiver

Librairies Jeunesse | C’est le moment de l’année où faire le plein d’histoires à lire aux enfants sous la couette. Voici notre sélection de librairies où dénicher leurs nouveaux livres de chevet préférés.

Lisa Dumoulin | Mardi 18 octobre 2016

Le plein d'histoires pour l'hiver

Vivement Dimanche C’est la nouveauté de la rentrée : Vivement Dimanche a ouvert une librairie spécialisée jeunesse. À deux pas de la “maison mère” rue du Chariot d’Or, à l’angle de la Grande rue de la Croix-Rousse, elle a ouvert ses portes le 17 septembre. Un lieu entièrement réservé à la jeunesse, découpé en plusieurs univers selon les âges. Ce rayon grandissant au fil des années, il était temps de lui consacrer un espace à part entière. Maya Flandin et son équipe sont particulièrement attachés à cette section, qui représente un fabuleux moyen « d’inoculer la culture dès le plus jeune âge. » À Titre d’aile La référence à Lyon. Dix ans que Carole Ohana et Cedric Chaffard défrichent la littérature jeunesse pour le plus grand bonheur des habitants du quartier mais aussi au-delà : on vient de toute l’agglomération voire même de la région pour obtenir les précieux conseils des libraires. Tous deux professionnels de l’enfance au départ, ils travaillent avec une approche différente, se plaçant du point de vue de l’enfant pour faire découvrir les livres. Carole est spécialiste

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Roulez Jeunesse : Du vélo et de la pop

Roulez Jeunesse | Concert de pop, démo de vélo et animations pour toute la famille : le festival Roulez Jeunesse donne un coup de jeune à l’élégant vélodrome.

Lisa Dumoulin | Mardi 6 septembre 2016

Roulez Jeunesse : Du vélo et de la pop

Avez-vous déjà mis les pieds au vélodrome du parc de la Tête d’or ? À moins d’avoir assisté à la première édition du festival Roulez Jeunesse, probablement pas. « C’est un lieu magique et majestueux » décrit Olivier Dumonteil, le programmateur, « construit en 1894 pour l’exposition universelle, il est arboré et décoré de statues à chaque virage. » Autant vous dire que l’équipe n’est pas peu fière de l’ouvrir gratuitement aux Lyonnais le temps d’un week-end. Avec un programme simple : de la musique, et du vélo. Mais à la cool, le vélo. « On n’est pas sur le versant sportif » précise Olivier, « plutôt du côté divertissement, avec des démos de BMX, du vélo de piste… couplé à l’envie de faire la fête et d’écouter de la musique. » Côté vélo, allez voir la Pump track, une course en battle organisée et encadrée par Carmine Falco, lyonnais quatre fois champion du monde de BMX, samedi après-midi. Ou le jumelage avec Lyon Free Bike : les 8000 participants de la cou

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Trois questions à... Jean-Luc Gaget

ECRANS | Scénariste de L’Effet aquatique, mais aussi des films précédents de Sólveig Anspach, Jean-Luc Gaget a accompagné tout le film jusqu’à son montage après le décès de la réalisatrice, le 7 août 2015.

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Trois questions à... Jean-Luc Gaget

Pourquoi avoir choisi des personnages de maîtres-nageurs ? Avec Sólveig, on était allés voir Deep End de Jerzy Skolimowski et on avait adoré — on en était raides dingues ! En sortant, on s’est dit : « on va écrire un film qui se passera dans une piscine », et c’est parti de là. Dans le film précédent, Queen of Montreuil, le personnage d’Agathe faisait du documentaire — mais ça ne marchait pas fort, donc elle pouvait très bien devenir maître-nageur (rires). Et sans Deep End, elle aurait pu travailler dans un supermarché. En plus, une piscine, ça peut être très glauque… Mais Sólveig, avec la chef-opératrice Isabelle Razavet, a rendu ce lieu super sensuel, acidulé. Ça amène beaucoup de poésie. Teniez-vous à conclure par un happy end votre trilogie ? C’est un suite sans être

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"L’Effet aquatique" : romance comique en Islande

ECRANS | Un(e) auteur(e) faisant le grand plongeon avant la sortie de son film laisse son œuvre orpheline, autant que ses spectateurs — le public éprouve en (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Un(e) auteur(e) faisant le grand plongeon avant la sortie de son film laisse son œuvre orpheline, autant que ses spectateurs — le public éprouve en effet une impression d’inachèvement, comme si la voix portant le récit s’était étouffée en cours de phrase. Car une réalisation posthume tient de l’énigme ; certes, elle triomphe de la mort, mais ne peut se défaire d’une incertitude : correspond-elle aux désirs de l’absent(e) ? Cette charge funèbre pèse sur L’Effet aquatique comme un péché originel. Dommage pour une comédie, pourrait-on penser, mais ce qu’elle amène de mélancolie se marie avec la musique intime de Sólveig Anspach, dont le cinéma n’a cessé de redonner à des éclopés ou des pieds-nickelés le goût de la fantaisie. Elle a même ici l’arrière-goût chloré des bassins bleutés, ce (mi)lieu intermédiaire où l’on se met presque totalement à nu. Démarrant comme un huis clos timide et recroquevillé, le film se déploie au contact de l’eau pour gagner les rives de l’Islande et celles de la comédie romantique — ou plutôt de la romance comique. Assumant sa naïveté comme une douceur, il semble prôner l’utopie du coup de foudre et la persévérance des idéalis

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À Villeurbanne : lire, pour grandir

CONNAITRE | Pas d’Invites cette année, mais la Fête du Livre est fort heureusement immuable à Villeurbanne ! Son passionné directeur Gérard Picot fera vivre la 17e édition de (...)

Nadja Pobel | Mardi 29 mars 2016

À Villeurbanne : lire, pour grandir

Pas d’Invites cette année, mais la Fête du Livre est fort heureusement immuable à Villeurbanne ! Son passionné directeur Gérard Picot fera vivre la 17e édition de cette manifestation qui irrigue les espaces publics de la ville et met à l’honneur cette année Claire Cantais. L’auteur-illustratrice a notamment publié (avec Delphine Beauvois) On n’est pas des poupées, sorte de Deuxième sexe à l’intention des enfants dès 4 ans. Où comment faire passer les premières notions de féminisme via la littérature jeunesse. Présente durant ce long week-end, Claire Cantais a aussi effectué, depuis octobre, un travail de terrain dans les écoles de la ville et répondu à cette volonté sans cesse renouvelée de la Fête du Livre de ne pas être seulement un festival sur un temps court. Transmettre le goût de lire Outre la traditionnelle librairie et les séances de dédicaces dans la salle Raphaël de Barros, Alice Zeniter, prix du livre Inter pour Sombre dimanche en 2013 et surtout auteur d’un formidable polar paru en septembre, Juste avant l’oubli, sera présente pour accompagner son spectacle musical Un ours, of course, ou comment

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Mirage d'Amour avec fanfare

ECRANS | de Hubert Toint (Bel/Fr/Sui, 1h37) avec Marie Gillain, Jean-François Stévenin, Eduardo Paxeco.…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Mirage d'Amour avec fanfare

Sans être à proprement parler un testament, cette œuvre posthume du Bernard Giraudeau scénariste abrite tout ce que cet artiste polyvalent et voyageur appréciait : les grands espaces, l’Amérique du Sud, les ambiances révolutionnaires, les romances tragiques et une dose d’épopée picaresque… Bref, un conte contemporain (ou presque : début du XXe siècle) taillé pour contenir ces paramètres ; un vrai mirage en somme, à l’image du cinéma, permettant aux amoureux de l'histoire de se retrouver à leur manière. Joliment photographié, gentiment sensuel, sympathiquement désuet, ce film est réglé comme du papier à musique ; il lui manque hélas le souffle d’impro l’écartant de la partition un peu trop connue. VR

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Arnaud Desplechin : «L'altérité, c'est le sel absolu.»

ECRANS | Paul Dédalus, les jeunes comédiens, Roubaix, Mathieu Amalric et l’appétit pour les autres : le cinéaste Arnaud Desplechin aborde avec nous les grands sujets de son œuvre et de son dernier film, le sublime "Trois souvenirs de ma jeunesse". Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 19 mai 2015

Arnaud Desplechin : «L'altérité, c'est le sel absolu.»

Pourquoi avoir eu envie de revenir sur la jeunesse de Paul Dédalus ? Arnaud Desplechin : C’est venu en plusieurs temps. Ça faisait longtemps que me trottait dans la tête l’idée de faire un film non pas sur l’enfance de Paul Dédalus, mais avec des jeunes gens, des acteurs qui n’auraient pas mon âge. J’avais des notes qui s’accumulaient sur des projets, quelques bribes de scènes… Avec le temps, avec l’âge, avec les films précédents que j’ai faits, j’avais très envie de faire un film avec des gens qui n’auraient pas d’expérience du cinéma, sans pour autant faire un documentaire sur eux. Avec l’écriture qui est la mienne, j’avais une grande inquiétude : est-ce que je pourrais trouver des jeunes gens qui pourraient dialoguer avec moi pour fabriquer quelque chose ? Au tout début de Comment je me suis disputé…, un narrateur ouvre le récit en disant «Voilà plus de dix ans que Paul et Esther sont ensemble et voilà plus de dix qu’ils ne s’entendent pas.» Je me disais : c’est quoi ces dix ans ? C’était sur la naissance de ce couple, lui jeune Parisien, elle encore provinciale et ce rapport d’amour entre eux. J’a

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Trois souvenirs de ma jeunesse

ECRANS | Conçu comme un prequel à "Comment je me suis disputé...", le nouveau et magistral film d’Arnaud Desplechin est beaucoup plus que ça : un regard rétrospectif sur son œuvre dopé par une énergie juvénile, un souffle romanesque et des comédiens débutants remarquables. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 19 mai 2015

Trois souvenirs de ma jeunesse

En 1996, Paul Dedalus avait trente ans, tentait de terminer sa thèse de philosophie et se séparait de sa compagne Esther. Vingt ans après, il finit une mission d’anthropologue au Tadjikistan, où il partage son lit avec une ravissante autochtone et s’apprête à rentrer en France pour travailler au Quai d’Orsay. De Comment je me suis disputé… (Ma vie sexuelle) à Trois souvenirs de ma jeunesse (Nos Arcadies), Dédalus n’a pas seulement vieilli — et son interprète avec lui, Mathieu Amalric, fiévreux et génial ; il a aussi été transformé par l’œuvre d’Arnaud Desplechin. Lorsqu’il démarre un vaste retour sur lui-même, sur son enfance et son adolescence, ce Dédalus-là n’est, comme l’eau du fleuve selon Héraclite, plus tout à fait le même, mais pas tout à fait un autre non plus. Ce n’est pas qu’une affaire de torsion entre le premier film et son prequel ; il y en a, puisque l’anthropologie remplace la philosophie et que Desplechin a pris des libertés avec la chronologie de son histoire avec Esther. Cela a aussi à voir avec la manière dont un

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Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

ECRANS | « Ixcanul » de Jayro Bustamente. « Journal d’une femme de chambre » de Benoît Jacquot. « Victoria » de Sebastian Schipper. « Une jeunesse allemande » de Jean-Gabriel Périot.

Christophe Chabert | Dimanche 8 février 2015

Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

Encore une bonne surprise dans la compétition berlinoise ! Cette fois, elle vient du Guatemala, un pays à peu près inconnu sur la carte cinématographique mondiale, d’un jeune cinéaste nommé Jayro Bustamente qui a, d’emblée, conquis les festivaliers — belle salve d’applaudissements à la fin de la projection matinale. Il y avait cependant tout à craindre aujourd’hui de ce world cinema pour festivals dont on connaît désormais les ressorts : un mélange d’exotisme et de misère, d’esthétisme et de lenteur, de scénario en vignettes et de mise en scène intimiste. Ixcanul, à première vue, ne déroge pas à la règle. Nous voici dans une famille d’indiens maya Kaqchikel, des fermiers pauvres vivants aux abords d’un volcan où ils perpétuent des traditions ancestrales. Maria, jeune fille de 17 ans, est promise au propriétaire terrien, ce qui arrange à la fois les affaires des parents, dans la crainte d’être expulsés, et du mari, qui cherche une jeune fille pure pour lui servir d’épouse dévouée. Sauf que Maria est amoureuse de Pepe, Indien comme elle, qui rêve de partir pour les États-Unis et qui, en attendant, se bourre la gueule avec ses amis et travaille san

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La Belle jeunesse

ECRANS | Jaime Rosales poursuit son chemin très personnel fait d’expérimentations formelles et de constat socio-politique sur l’Espagne actuelle, même si "La Belle jeunesse", hormis quelques éclairs de génie dans la mise en scène, patauge un peu dans un naturalisme éventé. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 décembre 2014

La Belle jeunesse

Filmer la crise en Espagne, ses conséquences sur une jeunesse qui tente, malgré les impasses sociales, d’avancer et d’élaborer un projet d’avenir : c’est l’ambition de Jaime Rosales et c’est plutôt étonnant de le voir viser si frontalement une question d’actualité. Jusqu’ici, son cinéma parlait de son pays de biais, à travers des dispositifs formels très forts : les split screens de La Soledad, les plans séquences au téléobjectif d’Un tir dans la tête, le noir et blanc et les ellipses de Rêve et silence. Cinéaste passionnant, Rosales est aussi un metteur en scène aventureux et en quête d’expérimentations. Sa façon de suivre Natalia et Carlos, le couple de La Belle jeunesse, en quête laborieuse de jobs foireux et mal payés, surprend donc par le cliché visuel qui lui sert de forme : caméra à l’épaule et image HD mal éclairée

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Les Combattants

ECRANS | Pour son premier long métrage, Thomas Cailley a trouvé la formule magique d’une comédie adolescente parfaite, dont l’humour est en prise directe avec la réalité d’aujourd’hui. Il dispose d’un atout de choc : Adèle Haenel, actrice géniale révélant ici un incroyable potentiel comique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Les Combattants

Présentant Les Combattants à la Quinzaine des Réalisateurs, Thomas Cailley parlait d’une «histoire d’amour et de survie» ; il omettait cependant de préciser que ce programme-là, a priori sérieux, était celui d’une comédie. Peut-être cherchait-il à ménager la surprise : il est donc possible en France aujourd’hui de faire une comédie qui ne soit pas un ramassis de clichés éventés et démagos, un film qui fasse rire tout en dessinant par d’adroites et discrètes notations une image du pays dans lequel il est tourné, mettant en scène une jeunesse déboussolée qui ne sait pas si elle doit vivre — donc aimer — ou survivre.   Les Beaux gosses font l’armée En cela, Les Combattants, teen-movie hexagonal affranchi, s’inscrit dans la droite ligne d’une autre réussite du genre, Les Beaux Gosses de Riad Sattouf. Ils ont en commun de préférer les ados mal dans leur peau plutôt que des individus normés et formatés. Cailley met ainsi au cœur de son récit deux personnages qui ont quelque chose de minoritaire en eux. Arnaud reprend

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La tête et les jambes

MUSIQUES | Qui a dit que le vélo était un sport de ringards aux jambes rasées ? Pas le festival Roulez jeunesse, qui tout au long d'un programme alliant joie de la pédale et plaisir musical entend réconcilier petite reine et rois de la hype. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 juin 2014

La tête et les jambes

Au départ, à ce qu'on avait entendu, Roulez Jeunesse entendait célébrer le cyclisme dans ce qu'il a, sans mauvais jeu de mots, de plus "classique" : les cuissardes à peau de chamois, le Tour de France, le bronzage en T. Autant de choses qui passionnent l'un des initiateurs de l'événement : le directeur du Transbordeur, Cyrille "Guimard" Bonin, incollable sur la petite reine et la Grande Boucle.  On ne sait guère ce qui a rendu cet événement moins orienté sur le versant Laurent Brochard de la pédale que vers son côté hip, toujours est-il que le chemin emprunté est un peu différent. Et peut-être un peu plus cohérent avec l'idée de mariage vélo-musiques actuelles – la vérité c'est que les mecs du Tour de France n'écoutent bien souvent que de la daube entre deux soufflantes de Marc Madiot dans l'oreillette ; la vérité c'est que le cycliste pro a les goûts musicaux de Gérard Holtz.  Niveau vélo en effet, ce sera plus ambiance fixie (ce vélo sans dérailleur qui fait fureur chez les hipsters qui aiment à prendre les bosses en 53x12), BMX, et bike polo (du polo garanti 100% sa

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Villeurbanne de l’autre côté du miroir

CONNAITRE | Et si la folie (médiatique, politique) de ces dernières semaines quittait le réel pour revenir à sa place, dans l’imaginaire de la littérature ? En choisissant (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 avril 2014

Villeurbanne de l’autre côté du miroir

Et si la folie (médiatique, politique) de ces dernières semaines quittait le réel pour revenir à sa place, dans l’imaginaire de la littérature ? En choisissant le thème "Soyons fous !" pour sa quinzième édition, la précieuse Fête du livre jeunesse de Villeurbanne (qui se déploie dans toute la ville du 9 au 13 avril) promet de faire croire en l’impossible, à l’image de son invité d’honneur, Gilbert Legrand, sculpteur et plasticien qui imagine des personnages-objets aussi amusants que bien pensés : une hache devient un canard grognon, un pinceau un hérisson, une paire de ciseaux un couple enlacé... Compilées chez Sarbacane, ces créations sont à voir, au naturel ou en photo, à la MLIS durant un mois (jusqu’au 26 avril). L’artiste a aussi passé du temps à travailler avec les habitants du quartier de Cyprian-Les Brosses, la Fête du livre jeunesse étant tout sauf un saupoudrage tous azimuts. Au contraire, c'est tout au long de l'année qu'elle se construit avec les Villeurbannais, sous l'égide de son vaillant directeur et fondateur

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Une maison pour les jeunes et la lecture

CONNAITRE | «Ce n’est pas un salon ni un festival, c’est une fête !». Voilà comment Gérard Picot, le fondateur et commissaire général de la bien-nommée Fête du livre jeunesse de Villeurbanne, décrit avec bonheur son événement. Rencontre avec ce passionné avant que ne débute, sur le thème du mouvement, la quatorzième édition. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 5 avril 2013

Une maison pour les jeunes et la lecture

Désacraliser le livre, ne surtout pas l’enfermer dans un salon feutré. Voilà le combat que mène Gérard Picot depuis plus de trente ans et, plus encore, depuis l'an 2000, date à laquelle, après diverses pérégrinations en France, il a fondé la Fête du livre jeunesse, ouvrant en grand les salles de Villeurbanne, fédérant des initiatives pré-existantes mais éparpillées et investissant l'espace public. Aujourd’hui, la MLIS (médiathèque principale de la ville), le CCVA (centre associatif), la salle Raphaël-de-Barros et le gymnase de l’IUT local accueillent environ 20 000 personnes chaque année. Gérard Picot a, dès la première édition, posé les fondamentaux qui président à l'événement : rendre les auteurs accessibles via des ateliers et des dédicaces, proposer du spectacle vivant et de l’art de rue pour que le livre vienne à la rencontre de chacun, le tout gratuitement. Car pour lui le lecteur n’est pas (qu’)un consommateur. Les ventes réalisées durant la fête sont d’ailleurs moins importantes que celles de manifestations comme Quais du polar - les visiteurs d’ici ont tout simplement un plus faible pouvoir d'ach

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Camille redouble

ECRANS | Noémie Lvovsky signe son meilleur film avec cette comédie à la fois burlesque et mélancolique où une quadragénaire revit ses 16 ans, retrouve ses parents défunts et son grand amour. Comme si Nietzsche, Coppola et la psychanalyse étaient passés à la moulinette d’une fantaisie foutraque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Camille redouble

Actrice condamnée à jouer les silhouettes dans des films gore, quadragénaire larguée par son mari Eric, Camille voit son existence partir à vau-l’eau, se laissant glisser dans les volutes de cigarettes et les vapeurs d’alcool — apesanteur retranscrite dans un générique génial, comme on n’en voit pas souvent dans le cinéma français. Par la grâce d’un horloger un peu sorcier (Jean-Pierre Léaud, apparition émouvante) et après un nouvel an entre copines très arrosé, elle fait un malaise et se réveille le 1er janvier 1985 à l’hôpital, quelques jours avant de rencontrer Eric et quelques semaines avant la mort de sa mère. Elle a toujours quarante ans dans sa tête mais pour son entourage elle en a à nouveau seize. Magie de la mise en scène : Noémie Lvovsky, qui a choisi avec courage de se mettre en scène dans le rôle de Camille, n’opère aucun rajeunissement physique pour marquer cette transformation. Ce coup de force figuratif est à l’image du film tout entier : absolument libre, s’appuyant sur la croyance du spectateur et lui offrant en retour un joyeux foutoir dans lequel se glissent de beaux moments de mélancolie. Grande école Camille est donc confrontée

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Un amour de jeunesse

ECRANS | De Mia Hansen-Løve (Fr, 1h50) avec Lola Creton, Sebastian Urzendowsky…

Christophe Chabert | Jeudi 30 juin 2011

Un amour de jeunesse

Déception. Après son très beau Le Père de mes enfants, Mia Hansen-Løve retombe dans les travers de son premier film, Tout est pardonné, avec Un amour de jeunesse. Racontant à l’aide de grandes ellipses et sur deux époques l’amour de Camille, jeune fille de 16 ans aux idéaux romantiques mais à la conduite rigide, pour Sullivan, garçon bohème et fantasque, qui la quitte puis qu’elle retrouve huit ans plus tard alors qu’elle s’est entre temps installée avec un architecte plus âgé, le film fuit sans arrêt le romanesque et les sentiments, préférant les intentions théoriques et les allusions démonstratives. La première partie est de toute façon plombée par le choix de son comédien, Sebastian Urzendowsky, dont la diction insupportable et geignarde rend impossible toute identification à la cristallisation de Camille. Mais la deuxième n’est pas forcément mieux, car s’y développe un discours très bizarre, où la «maison» est préférée à «l’art», le confort bourgeois à l’aventure romantique. Mia Hansen-Løve, avec une certaine cohérence, choisit d’inscrire sa mise en scène dans un académisme post-Truffaut, alors que les meilleures séquences sont celles où, à l’inver

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L'île aux grands enfants

CONNAITRE | Non, la Fête du livre jeunesse n'est pas interdite aux adultes. Déjà parce que s'y déploie, de débats sérieux (en tête ceux consacrés au tabou de l'homosexualité et à (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 8 avril 2011

L'île aux grands enfants

Non, la Fête du livre jeunesse n'est pas interdite aux adultes. Déjà parce que s'y déploie, de débats sérieux (en tête ceux consacrés au tabou de l'homosexualité et à la parité dans l'édition) en expositions ciblées (de l'art postal à la place du corps dans les jeux), le B.A.-BA des salons littéraires. Surtout, il faut avoir conscience que le temps où la production dédiée aux lecteurs pré-pubères se résumait à des mascottes neuneus et des récits suintant de bons sentiments est largement révolu. Il suffit de se pencher sur le cast des invités pour s'en convaincre. Du côté des écrivains, on notera en particulier la présence de Jeanne Benameur, qui vient de signer avec Les Insurrections singulières (Actes Sud), portrait d'un ouvrier en pleine crise existentielle, un magnifique roman de révolte. Chez les illustrateurs, on ne manquera pas de jeter un œil aux pétillants gribouillis de Carole Chaix, aux acryliques veloutées de Nicolas Duffaut et aux estampes tridimensionnelles de Zhihong He. Enfin, dans la case BD, l'événement réside dans la venue du surdoué du mouvement Bastien Vivès, dernièrement auteur de Polina (Casterman), élégante et émouvante chronique de l’ascension d'une danseuse

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Jeunesse sans Dieu

ECRANS | Reprise de quatre films de Nagisa Oshima tournés dans les années 60, qui explorent le désespoir de la société nippone à travers le désarroi et l'absence de futur de sa jeunesse. CC

Christophe Chabert | Mercredi 19 septembre 2007

Jeunesse sans Dieu

Dans la dernière partie de Contes cruels de la jeunesse (1960), un médecin pratiquant des avortements clandestins pour arrondir ses fins de mois, se retrouve face à son ex-copine et lui explique à quel point la révolte qui l'animait et qui le poussait à contester dans la rue le pouvoir en place, s'est muée en désillusion et en désespoir. Dans la pièce d'à côté, une autre fille, sœur de la première, vient de se faire avorter. Brusquement, le médecin se met à parler d'elle : elle a encore une chance, elle croit encore en quelque chose... Mais il ajoute que cet espoir-là ne durera pas et qu'elle aussi devra faire avec les mêmes désillusions. D'une génération à l'autre, la machine à broyer japonaise s'acharne sur sa jeunesse. Oshima, dans cette œuvre-clé, se laisse emporter par cette vision pessimiste jusqu'à l'asphyxie : le début du film, solaire, extrêmement libre cinématographiquement, annonce les meilleurs Godard de l'époque, Pierrot le fou particulièrement. Mais la rencontre entre une jeune adolescente et un mauvais garçon tourne très vite au rapport de force : elle tombe enceinte, lui continue sa vie de rackets minables et de liaisons discrètement tarifées. Tout va très mal se pa

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