"Rodéo" : aiguille et meule de foin

ECRANS | Un film de Gabriel Mascaro (Bré, Uru, P-B, 1h41) avec Juliano Cazarré, Maeve Jinkings, Vinicius de Oliveira…

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

Photo : © DR


Il est des arguments de films laissant pantois, révélant l'incommensurable faculté d'imagination de leurs auteurs. Pour son atypique galerie de personnages, Rodéo mérite le pompon (à défaut des oreilles et de la queue) : on y suit une petite communauté réunie autour d'une camionneuse se livrant à des danses grimées le soir, et de sa fille. Parmi le groupe figure un vacher, Iremar, spécialiste du talcage de queues de taureau, ayant le stylisme pour violon d'Ingres. Son charme lui vaut d'être courtisé par une vendeuse de parfums proche d'accoucher — ce qui ne l'empêche pas d'arrondir ses fins de mois en étant veilleuse de nuit dans une usine textile…

Derrière ce capharnaüm baroque se dessine la situation économique calamiteuse des habitants du Nordeste (au Brésil), condamnés à empiler les boulots pour ne pas même s'en sortir ; à peine surnager jusqu'à un lendemain autant baigné d'incertitudes. C'est sans doute pour cela qu'Iremar et les autres ont des dérivatifs aussi exotiques. Lui cultive l'insolite jusque dans ses transgressions, en volant du sperme d'étalon (plutôt comique) ou en s'offrant des rendez-vous câlins dans des lieux inhabituels (plutôt sensuel).

Gabriel Mascaro réussit le petit miracle de décrire un état de nécessité ambiant sans misérabilisme, et de montrer que même au plus profond du dénuement, le rêve, l'espoir et la chaleur humaine peuvent être préservés.


Rodéo

De Gabriel Mascaro (Brés., 1h41) avec Juliano Cazarré, Maeve Jinkings...

De Gabriel Mascaro (Brés., 1h41) avec Juliano Cazarré, Maeve Jinkings...

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Iremar et sa famille de substitution vivent sur les routes, travaillant dans le milieu des vaquejadas, rodéos traditionnels du Nord du Brésil pour lesquels ils préparent les taureaux. Rêvant de devenir styliste, Iremar accumule étoffes et paillettes, coupant et assemblant ses créations et les derniers modèles à la mode…


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"Aquarius" : péril(s) en la demeure

ECRANS | Guerre d’usure entre l’ultime occupante d’un immeuble et un promoteur avide usant de manœuvres déloyales, le deuxième long-métrage du Brésilien Kleber Mendonça Filho tient tout à la fois du western, de la fable morale, du conte philosophique melvillien et de la réflexion sur le temps.

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Clara vit dans son petit immeuble en bord d’océan, l’Aquarius, depuis toujours. En apparence, tout le monde respecte cette ancienne critique musicale, brillante intellectuelle, mère de famille, ayant de surcroît survécu à la maladie. Les opinions à son encontre changent lorsqu’elle refuse une offre pour l’achat de son appartement : seule à résister à l’appât du gain, aux intimidations diverses du promoteur (et à ses manœuvres déloyales), elle essuie en sus l’hostilité des copropriétaires de l’Aquarius comme de ses enfants, favorables à la conclusion de la vente. Mais l’obstinée Clara est dans son bon droit… La Folle du logis Reparti bredouille de la Croisette, Aquarius mérite sa chance en salle. Ce combat du pot de terre contre le pot de fer est davantage qu’une chicanerie immobilière, même s’il corrobore incidemment les relations immorales entre le pouvoir (médias, religion, politique…) et les promoteurs — le Brésil est actuellement secoué par un gigantesque scandale de corruption dans lequel se retrouvent bien placées les omnipotentes entreprises de BTP du pays. Aquarius illustre surtout un très problématique (

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