Benoît Jacquot fait sa rentrée à Sainte-Foy

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

Photo : © DR



A Jamais

De Benoît Jacquot (Fr, 1h26) avec Mathieu Amalric, Julia Roy...

De Benoît Jacquot (Fr, 1h26) avec Mathieu Amalric, Julia Roy...

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Laura et Rey vivent dans une maison au bord de la mer. Il est cinéaste, elle crée des « performances » dont elle est l’actrice. Rey meurt —accident, suicide ?—, la laissant seule dans cette maison. Mais bientôt, seule, elle ne l’est plus. Quelqu’un est là, c’est Rey, par et pour elle, comme un rêve plus long que la nuit, pour qu’elle survive.


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Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

Dernier Amour | Passionné comme toujours et comme toujours passionnant, Vincent Lindon évoque sa nouvelle collaboration avec l’un de ses metteurs en scène fétiche. De l’approche d’un rôle historique et de la philosophie de l’interprétation des personnages…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

Comment avez-vous convaincu Benoît Jacquot, avec qui vous avez une longue complicité, de vous confier ce rôle de Casanova ? Vincent Lindon : Au départ, je venais le chercher pour déjeuner, il était dans son bureau et il parlait de son prochain film avec ses producteurs. Il m’a annoncé : « je vais faire Casanova ». Et j’ai aussitôt répondu : « Non, c’est moi qui vais faire Casanova. — Non, il a 26 ans, c’est l’histoire d’un jeune Casanova avec une dame plus âgée. — Ben, c’est plus ça. Il y a bien un moment où il est vieux ? — Tu plaisantes ? — Non, non, je suis très sérieux. — Fais attention, Vincent : si je te prends au mot, tu vas être bien embêté — Pas du tout : prends-moi au mot ! — Il y a bien un épisode avec la Charpillon… » Et ils ont bifurqué sur cette histoire. Qu’est-ce qui vous a séduit à ce point dans ce personnage ? Casanova, quand même ! Il n’y a pas beaucoup de personnages de cette dimension. J’ai fait Rodin, le professeur Charcot. Si demain on me demande de jouer Enzo Ferrari je vais

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Plaire, aimer, éconduire vite : "Dernier Amour", avec Vincent Lindon

Drame | De Benoît Jacquot (Fr, 1h38) avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Plaire, aimer, éconduire vite :

Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil ; un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tout lieux précédait et qui, de surcroît taquina la muse pour composer en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors normes sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effiloche

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Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Entretien | Déjà porté à l’écran par Joseph Losey en 1962 avec Jeanne Moreau, le thriller psychologique Eva est à présent adapté par Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre. Entretien avec le réalisateur.

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 mars 2018

Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire? Benoît Jacquot : J’avais lu le livre de Chase en cachette à un âge précoce, quand je devais avoir 14 ans, bien avant d’avoir vu Eva de Joseph Losey, sorti sur le grand écran autour de mes 17 ans. Ce film m’avait marqué dans la mesure où je considérais Losey comme un maître à une époque où je commençais à vouloir faire du cinéma. Lorsque j’ai pris connaissance du livre de Chase, je m’étais dit que ce serait un film que je pourrais faire un jour. Cette idée m’a poursuivi de façon régulière pendant longtemps, jusqu’à ce qu’enfin l’occasion se présente. Quant au film de Losey, je ne l’ai pas revu depuis 50 ans. J’en garde un souvenir très imprécis. Je ne peux pas dire qu’il m’ait soit inhibé, soit élancé pour le film que je faisais. Au final, je l’ai réalisé comme si celui de Losey n’existait pas. Il faut croire que c’est un exercice que j’aime bien : j’ai fait à peu près la même chose avec le Journal d’une femme de chambre, qui était encore plus marquant dans

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"À Jamais" : possession, le retour

ECRANS | de Benoît Jacquot (Fr-Port, 1h30) avec Mathieu Amalric, Julia Roy, Jeanne Balibar…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Un réalisateur meurt dans un accident alors qu’il travaille à un nouveau projet. Sa nouvelle compagne et actrice investit alors son absence, au point de ressentir comme une étrange résurgence de sa présence… Inspiré par sa nouvelle muse Julia Roy, l’infatigable Benoît Jacquot poursuit une œuvre habitée par le trouble en s’essayant au film de fantôme. Poursuivre, c’est d’ailleurs le principe de ce thriller “métapsychologique” adoptant un chemin labyrinthique, dupliquant réalité et souvenirs transformés ; faisant la part belle à l’onirisme et aux contours flous de l’état modifié de conscience. Les séquences s’enchaînent dans une splendide disjonction, comme une cascade de songes en mouvement. Sommes-nous dans le dédale d’un deuil impossible dégénérant en pathologie, ou bien assiste-t-on au contraire à son accomplissement — certes particulier ? L’ambiance que dispense Jacquot rappelle celle du mal-aimé Femme Fatale (2002) de DePalma ou de Alice ou la dernière fugue (1976), dont Chabrol disait qu’il était “hélicoïdal” ; des films envoûtants dans lesquels il faut savoir s’abandon

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Journal d’une femme de chambre

ECRANS | Même si elle traduit un certain regain de forme de la part de Benoît Jacquot, cette nouvelle version du roman d’Octave Mirbeau a du mal à tenir ses promesses initiales, à l’inverse d’une Léa Seydoux épatante de bout en bout. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Journal d’une femme de chambre

Après Jean Renoir et Luis Buñuel, Benoît Jacquot tente donc une nouvelle adaptation du livre d’Octave Mirbeau avec Léa Seydoux dans le rôle de Célestine, bonne à tout faire envoyée de Paris vers la Province pour servir les bourgeois Lanlaire. Co-écrit avec la jeune Hélène Zimmer — réalisatrice d’un premier long, À 14 ans, sorti le mois dernier en salles — ce Journal d’une femme de chambre a l’ambition de revenir au roman initial en en sélectionnant les épisodes plutôt qu’en l’actualisant. Pendant trente minutes, le film s’inscrit dans la droite ligne des Adieux à la Reine : la caméra et les comédiens prennent de vitesse la reconstitution historique, tandis que Jacquot, au diapason de son héroïne, pointe avec sarcasme les rapports de pouvoir et ce qui va avec — abus de pouvoir et droit de cuissage. C’est ce qui séduit le plus dans cette ouverture, sans doute ce que Jacquot a filmé de plus brillant depuis des lustres : comment, en replongeant dans la France du début du XXe siècle, il offre un commentaire très pertinent sur la nôt

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Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

ECRANS | « Ixcanul » de Jayro Bustamente. « Journal d’une femme de chambre » de Benoît Jacquot. « Victoria » de Sebastian Schipper. « Une jeunesse allemande » de Jean-Gabriel Périot.

Christophe Chabert | Dimanche 8 février 2015

Berlinale 2015, jour 3. Au-dessous du volcan.

Encore une bonne surprise dans la compétition berlinoise ! Cette fois, elle vient du Guatemala, un pays à peu près inconnu sur la carte cinématographique mondiale, d’un jeune cinéaste nommé Jayro Bustamente qui a, d’emblée, conquis les festivaliers — belle salve d’applaudissements à la fin de la projection matinale. Il y avait cependant tout à craindre aujourd’hui de ce world cinema pour festivals dont on connaît désormais les ressorts : un mélange d’exotisme et de misère, d’esthétisme et de lenteur, de scénario en vignettes et de mise en scène intimiste. Ixcanul, à première vue, ne déroge pas à la règle. Nous voici dans une famille d’indiens maya Kaqchikel, des fermiers pauvres vivants aux abords d’un volcan où ils perpétuent des traditions ancestrales. Maria, jeune fille de 17 ans, est promise au propriétaire terrien, ce qui arrange à la fois les affaires des parents, dans la crainte d’être expulsés, et du mari, qui cherche une jeune fille pure pour lui servir d’épouse dévouée. Sauf que Maria est amoureuse de Pepe, Indien comme elle, qui rêve de partir pour les États-Unis et qui, en attendant, se bourre la gueule avec ses amis et travaille san

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3 Cœurs

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr, 1h46) avec Benoît Poelvoorde, Chiara Mastroianni, Charlotte Gainsbourg, Catherine Deneuve…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

3 Cœurs

Benoît Jacquot ne se prive pas pour définir 3 Cœurs comme un «thriller sentimental» ; et il ne lésine pas sur les moyens pour le faire comprendre au spectateur dans l’introduction, où, en plus des notes sombres qui parsèment la musique mélodramatique de Bruno Coulais, circule un climat fantomatique pour narrer le coup de foudre entre un type qui vient de rater son train —Pœlvoorde — et une fille qui erre dans les rues — Gainsbourg. Ils se donnent rendez-vous à Paris, mais en chemin, il est foudroyé par une attaque cardiaque. Cette entame étrange, abstraite, à la lisière du fantastique, est en effet ce que Jacquot réussit le mieux, le moment où sa mise en scène dégage une réelle inquiétude. En revanche, tandis que l’histoire se resserre autour d’un nœud sentimental — confectionné grâce à un sacré coup de force scénaristique — où Poelvoorde tombe amoureux de la sœur de Gainsbourg (Chiara Mastroianni) ignorant les liens qui les unissent, le suspense est comme grippé par l’approche psychologique et réaliste du cinéaste. Il faut dire que lorsque Jacquot tente de ramener de la quotidienneté dans le récit — que ce soit les séquences à la direction des impôts,

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Les Adieux à la Reine

ECRANS | À la fois crépuscule de la monarchie française et triangle amoureux entre la Reine, sa maîtresse et sa liseuse, le nouveau film de Benoît Jacquot réussit à secouer l’académisme qui le guette en se rapprochant au plus près du désir de ses personnages. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 mars 2012

Les Adieux à la Reine

Est-ce un hasard ou notre esprit obnubilé par la campagne électorale actuelle ? Toujours est-il que Les Adieux à la Reine trouve d’étranges échos avec l’époque contemporaine. Benoît Jacquot y raconte une fin de règne vieille de deux siècles, celle de Marie-Antoinette et Louis XVI, mais aussi de leurs courtisans errant comme des spectres dans les couloirs de Versailles, en proie à l’effroi de perdre leurs privilèges, sinon leur vie. C’est une des réussites du film : sa capacité à matérialiser à l’écran un microcosme qui a depuis longtemps oublié que le reste du monde gronde juste derrière ses hauts murs, et qui perd toute contenance et distinction quand cet écho devient assourdissant. C’est la prise de la Bastille, et le cinéaste nous épargne les classiques : «Ce n’est pas une révolte, c’est une révolution» ou «Qu’on leur donne de la brioche !». Adapté du roman de Chantal Thomas, Les Adieux à la Reine cherche à raconter l’histoire au présent, hors de tout regard rétrospectif. Sur la forme, ce n’est pas toujours gagnant : la caméra à l’épaule et les zooms démontrent une certaine paresse dans la mise en scène, les dialogues manquent souvent de qu

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Au fond des bois

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr, 1h42) avec Isild Le Besco, Nahuel Perez Biscayart…

Christophe Chabert | Lundi 11 octobre 2010

Au fond des bois

Dans la campagne du XIXe siècle, un homme sauvage, un peu magicien et un peu manipulateur, parlant un sabir mélangeant latin, patois et vieux français, enlève une jeune fille de bonne famille, et la possède dans tous les sens du terme. Sous le charme ou sous les charmes ? Consentante et désirante ou victime et abusée ? "Au fond des bois" fait de ce matériau le prétexte à un récit qui crée l’ambiguïté par son passage constant du réalisme au fantastique, servi par l’interprétation hallucinée d’une Isild Le Besco aux accents «adjaniesques». Le film ne manque pas de moments forts, mais Benoît Jacquot, lui, manque de tranchant dans sa mise en scène pour véritablement convaincre. On ne peut s’empêcher, tout au long d’"Au fond des bois", de penser au film fiévreux que Zulawski aurait fait avec un sujet pareil… Jacquot lui, fait d’une matière brûlante un film plutôt tiède (mais quand même au-dessus de ses œuvres récentes).CC

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