Gaspard Ulliel : « La parole sert de fuite, tout est dans le non-dit »

Juste la fin du monde | Acteur discret et intérieur, Gaspard Ulliel incarne Louis, le pivot de Juste la fin du monde. Xavier Dolan et lui reviennent sur la genèse de ce film, ainsi que leur rapport à l’écriture de l’auteur, Jean-Luc Lagarce…

Vincent Raymond | Dimanche 18 septembre 2016

Photo : © Sayne Laverdière / Sons of Manual


Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ?
Xavier Dolan : Oui. Ce n'est pas un “entre-film” ; je ne l'ai pas fait envers ou en en attendant un autre. Les choses se prolongeaient sur la préparation de The Death and Live of John F. Donovan et moi, j'avais besoin de tourner, de raconter une histoire. Si on m'avait appelé pour me dire « on peut faire Donovan tout suite », j'aurais dit « trop tard, c'est celui-ci que je fais. »

Quels rapports aviez-vous avec cette pièce de Lagarce et de manière plus générale, avec son théâtre ?
X. D. : Un rapport un peu ignare. Je n'ai pas lu toute son œuvre et je n'ai jamais vu ses pièces jouées sur scène. Anne Dorval un jour m'a parlé d'une pièce que je devais absolument lire, qui lui avait été donnée de jouer, absolument inoubliable, « faite sur mesure pour moi » selon ses mots. J'ai ramené chez moi son grand cahier — son texte de théâtre, en fait — avec ses annotations en marge, les déplacements... J'ai commencé à lire la pièce et je n'ai pas été convaincu de ressentir le choc qu'elle m'avait promis, de m'attacher aux personnages, à l'intrigue… J'étais plus ou moins intéressé par l'écriture, mais il y avait une partie de moi qui savait que je la comprenais mal ; que ce n'était pas pour moi — pas là, pas maintenant. Je l'ai rangée dans la bibliothèque.

Après Lawrence Anyways, Tom à la Ferme et Mommy, j'ai écrit le scénario de mon film américain, Donovan, et j'ai croisé Marion Cotillard à Cannes, puis Gaspard Ulliel. Dans l'avion du retour, je me suis dit qu'il était temps de trouver un vaisseau pour réunir ces talents et j'ai immédiatement pensé à Juste la fin du monde. Et aussi que Nathalie [Baye] ferait la mère — je voulais la retrouver depuis longtemps. Le projet est donc venu avant que je relise la pièce ; encore fallait-il que je l'aime ou je la comprenne. Mais cette fois, à la page 5, cela m'est apparu évident !

Qu'est-ce qui vous a alors autant captivé ?
X.D.: Les personnages compliqués, complexes, brutaux, violents, haineux, de mauvaise foi, amers, qui cachent une grande souffrance… Tout était là depuis le début ; je ne pouvais pas imaginer de personnage plus prometteurs, plus intéressants ni plus intrigants. C'était le plus haut niveau d'écriture possible pour un personnage. Tout en contraste, qui mentent, qui cachent la vérité, égoïstes, maladroits, nerveux. Et cette langue de Lagarce, qui exprime leur malaise…

Très tôt, je savais qu'il ne serait jamais question de perdre la langue de Lagarce. Alors oui, j'ai changé l'ordre des scènes et l'action, parce que la deuxième partie est très théâtrale dans sa déstructuration et son abstraction, mais je me suis exprimé visuellement comme je pensais que le film devait être exprimé. Ça donne un film que je trouve tellement différent des autres, où il y a des choses qu'on retrouve tout le temps : des manies, des regards, des angles, des nuques, des ralentis, une nostalgie de l'enfance et l'absence du père — mais ça, c'était dans la pièce !

Comment avez-vous appréhendé ce rôle de Louis qui vous place quasiment à chaque plan du film ?
Gaspar Ulliel : Je ressentais une certaine pression. L'erreur aurait été de rechercher un rôle de la même intensité que celui que Bertrand m'avait offert dans Saint Laurent. J'étais parti avec l'idée de revenir avec un personnage secondaire. Quand Xavier m'a parlé pour la première fois de ce projet, cela a bouleversé ce que j'avais décidé ou anticipé — c'est ce qui est fabuleux dans ce métier : on ne sait jamais ce qui nous attend. D'autant qu'il voulait le tourner de façon très rapide, en deux semaines, ce qui me semblait totalement impossible ! Finalement, ça a été plus long que cela, mais pas beaucoup plus : un mois, ce qui est quand même très rapide. Je me suis demandé comment j'allais investir et visiter l'univers de Xavier, qui est fort et singulier, avec la pression d'être très performant, efficace tout de suite. Et celle de me retrouver face à d'immenses acteurs et actrices.

Justement, ce rôle principal semble malgré tout secondaire : vous incarnez un auteur, donc un détenteur de mots en visite pour en délivrer mais qui, paradoxalement se tait et en reçoit des autres. Il est leur “sparring partner”…
G. U : Oui, il est un peu le catalyseur des angoisses de chacun. Le postulat de départ, c'était que mon travail d'acteur porterait plus sur la réaction, sur l'écoute — un défi supplémentaire… Mon travail préparatoire a été d'essayer de me raconter la vie de cet homme, en me focalisant sur le passé commun avec les siens, avant qu'il décide de partir durant ces douze années. Ce qui me permettait de réagir. Ses paroles peuvent sembler anodines — c'est le message de cette pièce : la parole sert de fuite, de masque ; elle tourne sur elle même, puisqu'à la fin les personnages ne disent pas grand-chose. Tout est dans les non-dits, les regards, le sous-texte. Mais il y a ces fois où des paroles en apparence anodines viennent faire vaciller les personnages. Ils peuvent être très violents dans ce qu'ils se disent.

Le gros plan était-il pour vous une manière d'éviter l'écueil du théâtre filmé ?
Xavier Dolan : En étant éloigné d'eux, on aurait été dans un “téléthéâtre” ; en étant au plus près, on pénètre le double-discours de Lagarce : il nous parle du non verbal, des choses essentielles qu'on tait…. Le gros plan capte les regards dérobés, nous ramène à l'essentiel, leur détresse, les silences, les secrets… Il est à ce film ce que le sous-texte est à Lagarce. Lui écrit des mots pour éviter de dire l'essentiel, son message est très clair : « tout ce que j'ai écrit, structuré, pensé, fignolé, bricolé pour vous, créé n'a aucune importance, parce que ce sont des mots qui ne servent qu'à taire les choses qui comptent : je t'aime, tu m'a manqué, je vais mourir, je te pardonne… » les seules choses qu'ils ont envie de dire.

Si on enlevait la mauvaise foi, la honte, la rancœur et qu'on en faisait une pièce avec des personnages volubiles, décomplexés et sans ego, la famille dirait : « tu nous a manqué, on t'en veut, tout ce temps sans toi a été très long, mais on t'aime », il répondrait « je vais mourir, passons du temps ensemble et voyons-nous au cours de la prochaine année » et ça serait un court-métrage d'une minute ! Lagarce essaie de nous dire que l'on vit dans une période où nos échecs et nos frustrations nous sclérosent, on se replie sur nous-mêmes, nos oreilles se referment, on n'arrive plus à écouter et on s'engage dans de grands monologues avec nous mêmes. On parle, mais on ne se parle pas.

Saviez que vous seriez “pris au piège” par ces gros plans permanents ?
Gaspar Ulliel : Pas du tout. La seule fois où on s'est parlé avec Xavier avant le film, il avait plutôt envie de filmer différemment et d'élargir ses plans par rapport à ses films précédents : ça lui semblait sensé par rapport à l'idée d'une pièce de théâtre, et de montrer ses personnages dans les mêmes cadrages à des moments, de les séparer à d'autres. Il est arrivé avec cette envie de plan un peu plus large, de respiration, et très très rapidement, ça s'est imposé comme une évidence, de resserrer davantage pour trouver ce format très présent sur toute la longueur du film, plus que dans ses précédents. Cela ajoute un côté asphyxiant, suffoquant, au huis clos. Ce que j'ai trouvé fascinant dans notre travail d'acteur, c'était une totale nouveauté par rapport à nos expériences précédentes : comme si ça permettait de capter la moindre respiration, le moindre frémissement, le moindre battement de cil. On se dit que tout va être magnifié, sublimé. Il a fallu adapter son jeu, minimiser certaines choses qui, rapprochées, prenaient une ampleur démesurées…

L'auriez-vous joué différemment au théâtre ?
G. U. : Totalement. On est dans l'antithèse de ce qui se serait fait au théâtre. Il y a ici une puissance cinématographique indéniable : chaque plan prend une nécessité cinématographique. Cependant, nous avions cette volonté d'être fidèle au dialogue. Et l'idée de rendre hommage à cette langue lagarcienne qui est assez précise, tout en l'adoucissant dans un travail d'adaptation. Le personnage le plus caractéristique de cette langue, c'est celui interprété par Marion. Avec ses répétitions et son langage heurté… Les autres ne font que parler pour combler un vide existentiel dans lequel ils ont peur de tomber. Le seul qui arrive à se taire et à exister dans le silence, c'est Louis.

De quel personnage vous sentez-vous le plus proche ?
Xavier Dolan : Je m'identifie à tous ; et moins à Louis — c'est un automatisme de penser que ce serait un peu mon alter ego. Même si moi j'arrive à ressentir une forme d'empathie pour lui, j'ai souvent craint qu'il ne soit jamais aimé parce qu'on se demande pourquoi il est parti si longtemps. J'ai l'impression qu'il est revenu chez lui non pas pour se soulager de cette nouvelle, mais se donner bonne conscience. Et ça en fait un personnage complexe, compliqué, capricieux. Alors que je pardonne beaucoup aux autres.


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Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Sorties cinema de la rentrée 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Après un gros premier semestre dévolu aux blockbusters, la fin de l’année accueille traditionnellement le cinéma d’auteur — exception faite des incontournables marteaux-pilons de Thanksgiving et Noël, conçus pour vider une bonne fois pour toutes les goussets des familles. Les candidats 2016 sont, dans l’ordre, Les Animaux fantastiques de David Yates (16 novembre), spin off de la franchise Harry Potter et Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards (14 décembre). Qui de Warner ou Disney l’emportera ? Un peu avant (26 octobre), Benedict Cumberbatch tentera de déployer la bannière Marvel dans le film de Scott Derrickson, Doctor Strange — un second couteau parmi les superhéros. Cette impression d’avoir à faire des versions alternatives ou dégraissées de vieilles connaissances se retrouve aussi chez Tim Burton qui signe avec Miss Peregrine et les enfants particuliers (5 octobre) un nouveau conte fantastique sans Helena Bonham Carter, ni Johnny Depp, ni son compositeur fétiche Danny Elfman ! Au moins, on peut espére

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Voilà l'été : un jour, une sortie #5

Saison Estivale | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

La rédaction | Mercredi 3 août 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #5

29 / Mercredi 3 août : cinéma La Chanson de l’éléphant L’appétence de Xavier Dolan pour les rôles de jeunes hommes détraqués ayant un problème avec leur môman et, accessoirement, une orientation homosexuelle, risque de l’enfermer dans un carcan dont il aura le plus grand mal à s’extraire lorsque la puberté aura achevé de le travailler. (lire la suite de l'article) 30 / Jeudi 4 août : art martial & danse Initiation à la capoeira Vous apprêtant à décoller pour assister aux JO de Rio, on ne saurait trop vous conseiller de tenter l'initiation à la capoeira, cette technique de combat dansée qui pourrait bien vous servir si vous vous égarez un soir dans quelque favela. Dans le pire des cas, si vous n'allez pas au Brésil, vous pourrez toujours faire l'intéressant pendant que cuisent les saucisses du barbecue familial, en prenant bien soin de ne pas vous bloquer le dos ou de renverser la sangr

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"La Chanson de l’éléphant" : les mimiques exagérées de Xavier Dolan

ECRANS | Un film de Charles Binamé (Can, 1h50) avec Bruce Greenwood, Xavier Dolan, Catherine Keener…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

L’appétence de Xavier Dolan pour les rôles de jeunes hommes détraqués ayant un problème avec leur môman et, accessoirement, une orientation homosexuelle, risque de l’enfermer dans un carcan dont il aura le plus grand mal à s’extraire lorsque la puberté aura achevé de le travailler. S’il s’agissait de montrer l’étendue de ses capacités de comédien, la prestation qu’il a livrée à Cannes en recevant son Grand Prix en mai dernier laissait déjà planer de sérieux doutes. A-t-il voulu camper (en anglais) un résident d’hôpital psychiatrique jouant au chat et à la souris avec le directeur de l’établissement par amour pour la pièce originale, pour en remontrer à ses confrères anglo-saxons, pour s’accorder une ultime chance ou bien par pur masochisme ? Quel que soit le mobile, ses mimiques exagérées de Norman Bates canadien valorisent le jeu retenu de ses partenaires — en particulier l’excellent Bruce Greenwood.

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Mommy

ECRANS | De Xavier Dolan (Can, 2h18) avec Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval, Suzanne Clément…

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Mommy

L’encensement précoce de Xavier Dolan ne pouvait conduire qu’à l’accueil exagérément laudatif qui a été celui de Mommy au dernier festival de Cannes. Disproportionné mais logique : même inégal, c’est son meilleur film, celui où il s’aventure dans des directions nouvelles, mais bien plus maîtrisées que dans son précédent Tom à la ferme. La première heure, notamment, est vraiment excitante. Si on excepte une inexplicable mise en perspective futuriste du récit, la description de cet Œdipe hystérique entre un adolescent hyperactif et colérique et sa maman borderline et débordée, dans laquelle se glisse une enseignante névrosée qui va tenter de dompter le gamin, permet à Dolan de s’adonner à une comédie furieuse et décapante, remarquablement servie par son trio d’acteurs, tous formidables, et par cette langue québécoise incompréhensible mais fleurie. Même le choix d’un cadre rectangulaire et vertical façon écran d’iPad est habilement géré par la mise en scène, redéfinissant les notions de plans larges et de gros plans — dommage qu’il en fasse fin

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Tom à la ferme

ECRANS | Même s’il affirme une sobriété inédite dans sa mise en scène, Xavier Dolan échoue dans ce quatrième film à dépasser le stade de la dénonciation grossière d’une homophobie rurale dont il se fait la victime un peu trop consentante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Tom à la ferme

Un discours d’adieu écrit à la peinture bleue sur du papier cul, une reprise des Moulins de mon cœur de Michel Legrand, une crise d’hystérie en bord de route : Tom à la ferme démarre en caricature du cinéma de Xavier Dolan, mélange d’immaturité et de pose qui nous l’a d’abord rendu insupportable, avant qu’il ne réussisse à en extraire d’authentiques fragments de sidération dans son beau quoiqu’inégal Laurence anyways. Surprise ensuite : le film adopte une sobriété inattendue pour raconter l’arrivée de Tom (Dolan lui-même) dans la ferme familiale de son ancien compagnon décédé. La musique de Gabriel Yared, le climat lourd de menaces et quelques clins d’œil appuyés lorgnent vers le thriller à la Hitchcock, mais la peinture de cette famille hypocrite et sadique rappelle plutôt le cinéma de Chabrol, Que la bête meure en premier lieu. Dolan brouille ainsi les motifs qui conduisent Tom à s’éterniser sur les lieux du "crime" — désir de vengeance ? Volonté de témoignage ? Attirance-répulsion envers ses hôtes, et notamment le frère bruta

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Tu honoreras ta mère et ta mère

ECRANS | De Brigitte Roüan (Fr, 1h32) avec Nicole Garcia, Éric Caravaca, Gaspard Ulliel, Emmanuelle Riva…

Christophe Chabert | Vendredi 1 février 2013

Tu honoreras ta mère et ta mère

À l’image de Nous York, Tu honoreras ta mère et ta mère ressemble à un film de vacances, dans tous les sens du terme. Vacances des protagonistes, venus en Grèce participer à un festival finalement annulé pour cause de crise économique, et du coup réduits à des chamailleries familiales où la mère (Nicole Garcia) devient le centre de toutes les névroses ; mais aussi vacances du scénario, dont on attend sans succès qu’il fasse apparaître un quelconque enjeu dramatique. Le film ne joue donc que sur l’accumulation, à commencer par celle des personnages, innombrables et dont on survole les caractères sans jamais les approfondir. Cette superficialité se retrouve aussi dans des allusions à l’actualité sans conséquence — de la Syrie à l’influence néfaste du FMI — ou des références brouillonnes à la tragédie grecque. Le film avance en roue libre, amenant des péripéties qu’il règle dans la minute suivante, des conflits qu’il oublie en cours de route. Du coup, quand le film s’achève, on a le sentiment qu’il n’a même pas commencé. Christophe Chabert

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Laurence anyways

ECRANS | Bonne nouvelle : Xavier Dolan fait sa mue et commence à devenir le cinéaste qu’il prétend être. Si Laurence anyways est encore plein de scories, d’arrogances et de références mal digérées, on y trouve enfin de vraies visions de cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 juillet 2012

Laurence anyways

Jusqu’ici, on avait du mal à excuser le côté tête à claques de Xavier Dolan, sinon par la fougue de sa jeunesse (il n’a que 23 ans et signe déjà son troisième film). S’imaginant à la fois comme un esthète et un penseur, il enfilait les clichés comme des perles et surfilmait ses maigres fictions, n’en révélant finalement que la profonde vacuité. La première heure de Laurence anyways montre Dolan tel qu’en lui-même. Pour raconter la décision de Laurence Alia (Melvil Poupaud, deuxième choix du réalisateur après la défection de Louis Garrel, une bonne chose à l’arrivée) de devenir une femme au grand désarroi de son amie Fred (Suzanne Clément, parfaite), il sort l’artillerie lourde : citations littéraires et références cinématographiques, hystérie pour figurer les rapports amoureux, ralentis chichiteux pour souligner les émotions et une barrique de tubes 80’s afin de coller avec l’époque du récit… C’est très simple : on se croirait face à un vieil Adrian Lyne ! Le clou étant cette fête costumée sur l’air de Fade to grey, où Dolan pousse son goût du vidéoclip kitsch jusqu’à son point de non retour. Désordre(s) Alors qu’on s’apprêtait à ferme

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Les Amours imaginaires

ECRANS | De et avec Xavier Dolan (Canada, 1h40) avec Monia Chekri, Niels Schneider…

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

Les Amours imaginaires

Xavier Dolan est gay. C’est l’incroyable nouvelle que ce Québécois de 22 ans nous assène avec ces assommantes "Amours imaginaires". Il est gay, donc il joue un gay dans un film qui, de la première à la dernière image, de Wong Kar-Wai à Christophe Honoré en passant par Demy, recycle le soi-disant cinéma gay avec un mélange d’esbroufe et de prétention. Par ailleurs, Xavier Dolan est un grand cinéaste. C’est le fabuleux mantra que ce très jeune réalisateur se répète à chaque plan de son deuxième long-métrage. Témoignages face caméra, ralentis sur des gens qui marchent, qui fument, qui se frôlent, dialogues alternant stylisation poétique et truculence tabernacle, Dolan ne doute jamais de son génie. Et pourtant… "Les Amours imaginaires", qui montre un garçon et une fille faire une fixette sur le même beau ténébreux, précieux et maniéré, mais qui en fait n’est ni gay, ni sexué (alors que tout est censé nous le faire croire dans le film !) n’est qu’un scénario de sitcom adolescent à l’idiotie confondante et au nombrilisme affligeant. CC

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«La Comédie-Française fascine»

SCENES | Entretien / Michel Raskine, metteur en scène et directeur du Théâtre Le Point du Jour depuis 1995 nous parle de sa folle saison 2007-2008. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 12 septembre 2007

«La Comédie-Française fascine»

Petit Bulletin : Cette saison, vous êtes sur tous les fronts : reprise de votre Huis Clos, une création sur Jean-Jacques Rousseau et surtout Juste la fin du monde de Lagarce à la Comédie-Française...Michel Raskine : C'est effectivement une année très pleine et c'est la première fois pour moi que les spectacles s'enchaînent autant. Cela va d'ailleurs à l'encontre de ce que j'ai pu dire, à savoir que les directeurs de théâtre ne devaient pas trop en faire. Cependant, c'est un peu des hasards de calendrier et j'ai une grande envie de faire des spectacles en ce moment. Mon Périclès, joué à Fourvière (en 2006, NdlR) a réactivé mon envie de théâtre et je n'éprouve pas de lassitude en tant que metteur en scène. Vous êtes également le metteur en scène invité à l'Ensatt cette année, quelle pièce allez-vous monter avec les étudiants ?Pour l'instant, je suis encore à la recherche d'un texte. C'est mon troisième rendez-vous avec cette école ; un travail très réjouissant et très contraignant d'autant plus que logiquement je ne choisis ni les acteurs, ni les techniciens. Même s'il ne faut pas faire ce genre d'exercices trop souvent, je pense que ce travail est essen

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