"Ivan Tsarévitch et la Princesse changeante" : les nouveaux contes du Père O.

ECRANS | Michel Ocelot enrichit de cinq nouveaux titres sa collection de contes en silhouettes initiée pour la télévision avec Ciné Si, transposée au cinéma avec Princes et Princesses. Le procédé, comme la magie, demeurent inchangés…

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Photo : © DR


On louait il y a peu la capacité du grand studio d'animation Blue Sky à se renouveler au bout du cinquième opus de la saga L'Âge de glace. Mais quel panégyrique faudrait-il composer en l'honneur de Michel Ocelot, qui poursuit sans tambour ni trompette depuis près de trente ans une série conjuguant minimalisme graphique et flamboiement visuel ?

Éloge du conteur capable de broder et de renouveler une légende à partir d'une trame classique, célébration d'un imaginaire ludique et ouvert (car partagé) s'entretenant comme un muscle, la série Ciné Si dont découlent aujourd'hui ces nouveaux épisodes regroupés sous le titre Ivan Tsarévitch et la Princesse changeante, mérite d'être considérée comme un classique contemporain. Un classique discret, certes, mais précieux et exemplaire dans son art de placer toutes les traditions du monde sous une lumière égale, puisque Michel Ocelot embrasse avec le même enthousiasme une légende russe, africaine, tibétaine, européenne ou chinoise.

Modernité du conte

Mais si par ses traitements il “unifie” esthétiquement les contes entres eux — leur permettant ainsi de toucher à l'universel — il n'en gomme jamais les spécificités, et en revendique toujours les provenances. Son adaptation ne se borne pas à une illustration, si virtuose soit-elle : c'est en cela que la série se distingue comme une mine de créativité.

Le conte appartenant à la culture orale, il demeure une matière ductile que les deux jeunes protagonistes de Ciné Si façonnent à leur guise au début de chaque histoire, lui donnant des inflexions propres à leurs caractères… et le corrigeant le cas échéant de certains archaïsmes.

Chez Ocelot, les princesses n'ont rien de petites choses soumises aux princes, ni de faire-valoir ; elles peuvent incarner, alternativement, le rôle majeur ou demeurer spectatrices — s'ensuivent de menues réécritures ne modifiant pas le sens profond des contes. Une preuve, au passage, que cette modernité sied à toutes les traditions.

Ivan Tsarévitch et la Princesse changeante de Michel Ocelot (Fr, 53'), animation


Ivan Tsarevitch et la princesse changeante

De Michel Ocelot (Fr, 53 min) animation

De Michel Ocelot (Fr, 53 min) animation

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Tous les soirs, une fille, un garçon et un vieux projectionniste se retrouvent dans un cinéma qui semble abandonné, mais plein de merveilles. Les trois amis inventent, dessinent, se déguisent et s’imaginent les héros de contes merveilleux. Des profondeurs de la terre, aux confins de l'orient, ils rivalisent d'imagination pour incarner princesses et aventuriers : « La Maitresse des Monstres», « L’Ecolier-Sorcier », « Le Mousse et sa Chatte » et « Ivan Tsarévitch et la Princesse Changeante ». Dès 6 ans


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Paris perdu : "Dilili à Paris"

Animation | de Michel Ocelot (Fr-Bel-All, 1h35)

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Paris perdu :

1907. Exhibée comme un animal exotique à l’occasion de l’exposition coloniale, la petite Kanake Dilili profite de ses heures libres pour enquêter dans le Paris de la Belle Époque sur la disparition de gamines derrière lesquelles se cache un gang d’apaches blancs mâles hétéro cis… Depuis Kirikou et la Sorcière (1998) chaque nouvelle œuvre de Michel Ocelot est ardemment attendue. Moins par les enfants que les adultes, certes, lesquels apprécient l’originalité stylistique de ce conteur refusant de se soumettre aux diktats censoriaux comme aux modes. Alors, quelle déception de le découvrir chausser d’énormes sabots pour dénoncer les dérives du machisme et du patriarcat. Lui d’ordinaire si subtil dans son usage de la parabole — voir Kirikou où la sorcière Karaba, qui fait disparaître les hommes après avoir été piquée au bas du dos par une épine empoisonnée, peut ainsi être considérée comme la figure centrale d’un rape and revenge métaphorique — conforme ici l’histoire et l’Histoire à son message, peu importent les incohérences ou les a

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Ocelot en ouverture d’Un poing c’est court !

Festival | Souffler ses dix-huit bougies dans notre pays n’a rien d’un acte anodin, cet anniversaire permettant à l’individu d’accéder à la majorité et à l’ensemble des (...)

Vincent Raymond | Mercredi 17 janvier 2018

Ocelot en ouverture d’Un poing c’est court !

Souffler ses dix-huit bougies dans notre pays n’a rien d’un acte anodin, cet anniversaire permettant à l’individu d’accéder à la majorité et à l’ensemble des prérogatives dont jouit un citoyen et une citoyenne. Le Festival du Film Court Francophone vaudais Un poing c’est court ! doit apprécier le symbole, lui qui a toujours défendu des valeurs d’ouverture et d’engagement citoyens, en particulier en direction des jeunes publics. Pour partager son enthousiasme, il s’offre un sacré parrain ; un cinéaste dont l’œuvre entière fait vibrer les accents infinis de la francophonie, un magicien des ombres et des lumières : Michel Ocelot. Le créateur de Kirikou (lequel fêtera en fin d’année ses vingt ans) sacrifiera en ouverture à l’exercice de la Carte Blanche en présentant un assortiment de courts-métrages faisant la part belle à l’animation : de Paul Grimault à Raoul Servais

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Le long voyage de l’animation française

ECRANS | Longtemps désertique, en dépit de quelques rares oasis de créativité, le cinéma d’animation français a connu depuis dix ans un fulgurant essor au point de devenir à la fois une industrie et un laboratoire. À l’occasion de la sortie d’"Ernest et Célestine", futur classique du genre, retour non exhaustif sur une histoire en devenir. Textes : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 décembre 2012

Le long voyage de l’animation française

Jean Image et Paul Grimault : les pionniers Si les frères Lumière ont inventé le cinéma en prise de vues réelles et si, selon l’hilarante leçon donnée pour les vingt ans du Groland par Bertrand Tavernier, ce sont les sœurs Torche qui ont créé le cinéma de la Présipauté, le cinéma d’animation français a pour parrain — ça ne s’invente pas — Jean Image. Il fut le premier à produire un long métrage animé en couleurs, Jeannot l’intrépide (1950). Librement inspiré du Petit poucet, le film fait le tour du monde et pose les bases de l’animation à la française : jeu sur les perspectives et les motifs géométriques, imaginaire enfantin mais non exempt d’une certaine noirceur, musique cherchant à accompagner le graphisme plutôt qu’à illustrer les péripéties. Image œuvrera toute sa vie à faire exister le dessin animé en France, en devenant son propre producteur, en se lançant dans des projets ambitieux (des adaptations des Mille et une nuits ou du Baron de Münchausen) et, surtout, en créant le fameux festival du cinéma d’animation d’Annecy. Il s’en est toutefois fallu de peu pour que ce titre de pionnier ne lui soit ravi par Paul Grimault

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Kirikou et les hommes et les femmes

ECRANS | De Michel Ocelot (Fr, 1h28) animation

Jerôme Dittmar | Dimanche 30 septembre 2012

Kirikou et les hommes et les femmes

Troisième incursion dans l'univers de Michel Ocelot et ses contes africains, cette nouvelle série d'aventures de Kirikou suit les mêmes chemins vertueux que les films précédents. Déclinaison oblige, l'épisode, ou plutôt sa succession de petits récits, touche ici au vivre ensemble, à la communauté non moins repliée sur elle-même qu'ouverte sur le monde. Une gageure si l'on considère que chaque intrigue part d'un village de brousse avec une vingtaine d'habitants, sorcière incluse. Le résultat, inégal de par la qualité fluctuante des histoires (mais pas du style, qui n'a plus rien à prouver), assure toutefois le minimum philosophique et moral, avec ce manque de précision dans le déploiement narratif qui lui donne tout son charme. Altruisme, entraide, amitié, curiosité, transmission, apprentissage, Ocelot ne réinvente pas la nature des fables, mais dresse un générique non exhaustif de valeurs dont son petit personnage courageux fait joliment l'épreuve. Jérôme Dittmar

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Les Contes de la nuit

ECRANS | De Michel Ocelot (Fr, 1h24) animation

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Les Contes de la nuit

Suite en 3D de Princes et Princesses, le nouveau film de Michel Ocelot produira un drôle d’effet sur ceux, enfants ou adultes, qui iront le voir : sa technique de personnages découpés à la façon des ombres chinoises et s’animant devant des décors-tapisseries chatoyants, associée à des histoires à la naïveté annoncée (par de très répétitifs interludes) finit par provoquer un état quasi-hallucinatoire chez le spectateur. Pendant les trois premiers contes, on se laisse aller à cette sarabande de clichés sur l’Afrique, l’Inde, les princes et les gueux. Mais ce caractère répétitif provoque, en cours de route, un état quasi-hypnotique, d’autant plus que les deux dernières histoires sont truffées de ces sous-entendus dont Ocelot raffole. Peut-être les kids ne verront rien de tout ça, et trouveront juste le spectacle un peu long. Pour les autres, c’est la séance LSD de l’été ! Christophe Chabert

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«Kirikou, c'est un peu moi»

SCENES | Entretien / Michel Ocelot, créateur de Kirikou et la sorcière, en a écrit une variation en forme de comédie musicale créée en ce moment à la Maison de la Danse, pendant que le Comœdia consacre une rétrospective et une exposition à son œuvre de cinéaste. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 19 septembre 2007

«Kirikou, c'est un peu moi»

Petit Bulletin : Comment avez-vous abordé cette comédie musicale ? Comme un changement de technique ? Michel Ocelot : Un énorme changement de technique ! D'abord, ce n'est pas mon idée de faire cette comédie musicale. Avec Kirikou et la sorcière, j'ai fait ce que je voulais. Ensuite, il y a eu de nombreux développements, notamment beaucoup de livres, un deuxième film que je ne tenais pas tellement à faire, mais que j'ai fini par réaliser très sincèrement. Mais je ne cherche pas à faire de Kirikou ma vie ! Par contre, la proposition de comédie musicale avec cette idée de célébration de l'Afrique m'a tout de suite plu. C'est un des éléments que je n'ai pas pu pousser au bout dans le film : la célébration de la beauté physique des hommes et des femmes, des enfants aussi. En avoir fait des vraies personnes qui savent se tenir, bouger, chanter, ça fait partie de la célébration que je voulais faire. L'aspect musical n'était qu'ébauché dans le film...Oui, l'aspect chorégraphique aussi. Mais ce n'est pas moi le maître d'œuvre, je suis officiellement auteur du livret et des paroles. Je laisse ce soin à quelqu'un dont la carrière est sur scène, alors que moi, c'

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