"Miss Peregrine et les enfants particuliers" : abracadabra, Tim Burton est ressuscité !

ECRANS | Semblable à une histoire de X-men — où le Pr. Xavier serait chevelue et campée par Eva Green — ce conte fantastique permet à Tim Burton d’animer des mutants, des squelettes, de manipuler à sa guise son vieil ennemi le temps et (surtout) de signer enfin un bon film.

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Photo : © DR


Dépositaire des histoires de son grand-père qui vient d'être assassiné et énucléé par un monstre, un ado part à la recherche d'une boucle temporelle où vit depuis le 3 septembre 1943 Miss Peregrine et son orphelinat pour enfants doués de pouvoirs surnaturels. Son but ? Vraisemblablement les protéger, venger son aïeul et plus si affinités…

Comme un enfant pour grandir doit se résoudre à abandonner ses antiques doudous chéris, fallait-il que Tim Burton se défasse de tous ses collaborateurs de longue date pour arrêter de tourner en rond — ou en vain ? Au rebut, Johnny “mono-expression figée” Depp, Helena “harpie transformiste” Bonham-Carter, Danny “boîte à musique” Elfman, pareils à des objets transitionnels le raccrochant à ses vieux pots éventés desquels il ne sortait plus que de vilaines soupes depuis des années.

Il lui a sans doute fallu se faire violence pour aller chercher des talents compatibles avec son univers — certains, comme Eva Green, Terrence Stamp ou Bruno Delbonnel avaient déjà fait un round d'observation chez lui. Mais le résultat vaut le “sacrifice” : Miss Peregrine… est empli d'une vigueur nouvelle, tout en demeurant une œuvre burtonniennne grâce à ses invariants — c'est-à-dire peuplée de monstres freaksiens reclus dans un manoir, hantée par la culture gothique. Elle fait simplement le deuil du second degré grimaçant, du clownesque puéril aussi collant et inutile que cette patine visqueuse dont il imprégnait chacune de ses images.

Vieillir, c'est mûrir un peu

Burton, en fait, effectue ici la démarche inverse de ses personnages : lui s'est extrait de la boucle temporelle dans laquelle il s'était claquemuré pendant des lustres obscurs pour accepter de mûrir. Se remettre en phase avec l'époque contemporaine (comme le vampire du sinistre Dark Shadows) sans renoncer à ce qu'il est foncièrement ni à ce qu'il aime.

Pour lui, le risque de cette mue tardive aurait été de livrer un succédané de ces films de fantasy pour post-pubères fleurissant par poignées sur les écrans ; il n'en est heureusement rien : on est ici plus proche de la tradition macabre façon Harryhausen que du merveilleux-gentil à la Harry Potter. Il ne se brime ni ne se bride, compose des images effrayantes sans les désamorcer par un gag, rejoue Titanic mais à l'envers, manipule les rêves ; semble prendre du plaisir et, pour la première fois depuis bien longtemps, nous en donne.

Miss Peregrine et les enfants particuliers de Tim Burton (E.-U.-Bel.-G.-B., 2h07) avec Eva Green, Asa Butterfield, Samuel L. Jackson, Terrence Stamp…


Miss Peregrine et les enfants particuliers

De Tim Burton (ÉU, 2h07) avec Eva Green, Asa Butterfield...

De Tim Burton (ÉU, 2h07) avec Eva Green, Asa Butterfield...

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À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs … et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre "particularité" peut sauver ses nouveaux amis.


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Maman est au ciel : "Proxima"

Drame | Sélectionnée pour une mission d’un an à bord de l’ISS, la spationaute Sarah Loreau s’entraîne intensivement. Mais elle doit composer avec un paramètre de plus par rapport à ses collègues masculins : le fait d’être mère. Et anticiper la séparation d’avec sa fille Stella s’avère compliqué…

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Maman est au ciel :

À la toute fin de son film, Alice Winocour fait défiler les portraits des femmes astro-cosmo-spationautes posant avec leurs enfants. Si le doute subsistait encore, son intention était bien avec Proxima d’inscrire la situation particulière de la mère (et donc de la femme) dans la conquête spatiale particulièrement, et dans le milieu professionnel en général. Signant un film hautement documenté sur la marche d’une mission — on n’a d’ailleurs rarement vu les protocoles aussi bien détaillés, et sans la poudre aux yeux hollywoodienne —, la cinéaste fait pourtant de ce barnum un sujet satellite. En effet, c’est autant à la symbolique “ombilicale” de l’arrachement — le terme revient d’ailleurs dans le vocabulaire astronautique — avec toutes ses dérivées (naissance, fin de l’enfance, deuil…) qu'aux rapports entre les genres que Proxima renvoie. Surtout pour Stella dont la mère vise Mars et le père travaille sur… Vénus. En plus de sa distribution internationale, pour une fois logique du fait du sujet et du contexte, Alice Winocour élargit les horizons en confiant la bande originale à

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En verre et contre tous : "Glass"

Thriller | Sorti du purgatoire avec The Visit (2016), M. Night Shyamalan signe un combo magique avec cette double suite d’Incassable (2000) ET de Split (2016) réunissant James McAvoy, Bruce Willis et Samuel L. Jackson pour un thriller conceptuel, à revoir pour le plaisir de l’analyse.

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

En verre et contre tous :

Kevin Crumb et ses identités multiples ayant à nouveau enlevé des jeunes filles, “l’incassable“ David Dunn se lance à ses trousses. Mais lors de la capture, Dunn est lui aussi arrêté et transféré avec Crumb dans un hôpital où une psy veut les convaincre qu’ils ne sont pas des super-héros… L’intrigue de Glass risque de surprendre les adeptes de tarabiscotages et d’artifices par son apparente simplicité. Mais tout comme la tétralogie Scream a permis à Wes Craven de dérouler du concept sur l’architecture générale du film d’horreur (et de ses séquelles) par la mise en abyme, Glass constitue pour Shyamalan un parfait véhicule théorique visant à illustrer ses principes cinématographiques, les stéréotypes narratifs et à donner un écho supplémentaire à ses films. Ligne de partage des os Se situant pour l’essentiel dans un hôpital psychiatrique, Glass fait de ses héros des objets d’étude placés sous l’œil permanent de caméras ubiquistes. De fait,

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M. Night Shyamalan : « j’aime les films incomplets où le public remplit les béances de la narration »

Glass | De passage en France pour présenter la fin de sa trilogie entamée il y a 19 ans, M. Night Shyamalan était accompagné d’un seul comédien, mais qui interprète une vingtaine de rôles, James McAvoy. Fragments d’une conférence de presse…

Vincent Raymond | Mercredi 16 janvier 2019

M. Night Shyamalan : « j’aime les films incomplets où le public remplit les béances de la narration »

L’apparition finale de Bruce Willis après le générique de Split signifiait-elle que Glass déjà planifié, écrit et prêt à être tourné ? M. Night Shyamalan : Cela s’est passé étape par étape. Je tenais à faire avec Split un thriller autonome, et j’ai demandé à Disney la permission d’utiliser le personnage de David, joué par Bruce Willis dans Incassable. Contre toute attente, ils ont accepté pour un film Universal. Cette autorisation nous a permis d’envisager la suite. Mais je n’ai rien écrit avant la sortie de Split, j’ai attendu, au cas où le film ne fonctionnait pas, ça n’aurait pas été la peine de tourner une suite. Puis il a fallu demander l’autorisation à Disney et Universal — étant donné que chacun des deux studios est propriétaire à 100% des films et donc de tous les personnages —, en leur précisant que je tenais à en assurer la production, que cela demeure un “petit“ film et que les deux le distribuent conjointement. Ils ont dit OK, c’est ce qui a déclenché le film.

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L'Institut Lumière se penche sur la carrière de Tim Burton

Rétrospective | Ces dernières années, on craignait avoir perdu Tim Burton. Ou qu’il se soit égaré lui-même dans les méandres de son propre imaginaire, recyclant ad nauseam ses (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

L'Institut Lumière se penche sur la carrière de Tim Burton

Ces dernières années, on craignait avoir perdu Tim Burton. Ou qu’il se soit égaré lui-même dans les méandres de son propre imaginaire, recyclant ad nauseam ses obsessions et usant d’un Johnny Depp de plus en plus caricatural. Mais avec Miss Peregrine et les Enfants particuliers (2016), le réalisateur à l’improbable tignasse est si spectaculairement revenu du joker vauvert qu’on peut à nouveau arpenter sa carrière sans avoir l’impression de visiter un paradis perdu. Enfourchons-donc la bicyclette de Paul Rubens pour Pee-Wee Big Adventure (1985), cette fantaisie barrée inaugurale portée par un clown ambigu ouvrant sa filmographie ; repartons à la rencontre des kyrielles de monstres plus ou moins amicaux semés par ses soins depuis Beetlejuice (1988) jusqu’à Frankenweenie (2012, version longue du court-métrage d’animation qui l'a fait c

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Sorties cinema de la rentrée 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Un semestre en salles | Un Harry Potter, un Star Wars, un Marvel, un Loach Palme d’Or… Non non, nous ne sommes pas victimes d’un sortilège nous faisant revivre en boucle la dernière décennie. Regardez d’un peu plus près : c’est dans les détails que se nichent les nuances…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Sorties cinema de la rentrée 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Après un gros premier semestre dévolu aux blockbusters, la fin de l’année accueille traditionnellement le cinéma d’auteur — exception faite des incontournables marteaux-pilons de Thanksgiving et Noël, conçus pour vider une bonne fois pour toutes les goussets des familles. Les candidats 2016 sont, dans l’ordre, Les Animaux fantastiques de David Yates (16 novembre), spin off de la franchise Harry Potter et Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards (14 décembre). Qui de Warner ou Disney l’emportera ? Un peu avant (26 octobre), Benedict Cumberbatch tentera de déployer la bannière Marvel dans le film de Scott Derrickson, Doctor Strange — un second couteau parmi les superhéros. Cette impression d’avoir à faire des versions alternatives ou dégraissées de vieilles connaissances se retrouve aussi chez Tim Burton qui signe avec Miss Peregrine et les enfants particuliers (5 octobre) un nouveau conte fantastique sans Helena Bonham Carter, ni Johnny Depp, ni son compositeur fétiche Danny Elfman ! Au moins, on peut espére

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Les Huit salopards

ECRANS | Des chasseurs de primes et leur prisonnière pris en étau entre le blizzard et de potentiels agresseurs dans une baraque de fortune. Près de trois heures de palabres sanglantes rythmées par les notes de Morricone. Ça aurait pu tourner au théâtre filmé ; c’est du pur cinéma à grand spectacle. Tarantino se bonifie avec le temps. Et les westerns.

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

Les Huit salopards

De par sa connaissance monstrueuse du cinéma et son admiration pour Howard Hawks, Tarantino devait s’y attendre : lorsque l’on commence à s’immiscer dans l’univers du western, s’en extraire n’a rien d’une sinécure. Une question d’adhérence (celle du sang frais et visqueux aux bottes ?) ou d’adhésion intime à sa logique dramaturgique parfaite et épurée. Car l’Ouest n’est pas un monde sans foi ni loi. Connaissant des règles absolues et définitives, il séduit par sa radicalité claire, impitoyable, ne souffrant pas la moindre circonstance atténuante. L’Histoire américaine s’y est écrite, forgée à partir de mythes (con)fédérateurs. Depuis, nombreux sont les auteurs et cinéastes à être venus puiser dans cet immense territoire narratif, cet idéal de liberté faisant figure de paradis perdu et abstraction du rigorisme moral contemporain — tel Tarantino. Vous ne trouverez donc pas de minauderies hypocrites dans Les Huit salopards, ni de révisionnisme des comportements d’époque pour éviter de heurter nos ligues de vertu d’aujourd’hui. Puisque l’histoire se déroule après la Guerre de Sécession, ça fume, ça boit, ça jure, ça donne du «nigger», ça

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Big Eyes

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h47) avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Big Eyes

Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney — Alice au pays des merveilles — et déclinaison paresseuse de son propre style — Sweeney Todd, Dark Shadows — l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux — celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain ; ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dict

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Kingsman : services secrets

ECRANS | De Matthew Vaughn (Ang, 2h09) avec Colin Firth, Taron Egerton, Samuel L. Jackson…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Kingsman : services secrets

Drôle de film raté que ce Kingsman, antipathique à force de chercher la connivence et le deuxième degré avec le spectateur. L’idée est de créer une sorte de James Bond 2.0 qui connaîtrait par cœur les codes de son modèle et se plairait à les pasticher en multipliant clins d’œil et références décalées. Une sorte de Scream de l’espionnage que Matthew Vaughn, tentant de reprendre la formule déjà contestable de son Kick-Ass, plonge dans une esthétique de comic book où la violence, pourtant extrême — corps coupés en deux, têtes qui explosent — serait dans le même temps totalement déréalisée. Même le propos politique, plutôt judicieux sur le papier — comment un nerd félé, incarné par un Samuel L. Jackson s’amusant manifestement à jouer avec son cheveu sur la langue, utilise le consumérisme ambiant pour pratiquer une ségrégation radicale entre les élites et le peuple, promis à l’autodestruction — ne va finalement pas plus loin qu’une grosse baston dans une église et des décapitations en série transformées en feux d’artifices multicolores. Des idées to

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White Bird

ECRANS | Gregg Araki continue son exploration des tourments adolescents avec ce conte vaporeux et mélancolique, entre bluette teen et mélodrame à la Douglas Sirk, où la nouvelle star Shailene Woodley confirme qu’elle est plus qu’un phénomène éphémère… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

White Bird

Après avoir atteint une forme d’accomplissement créatif avec le sublime Mysterious Skin, Gregg Araki souffle depuis le chaud et le froid sur son œuvre. La pochade défoncée Smiley Face, la joyeuse apocalypse de Kaboom et aujourd’hui la douceur ouatée de ce White Bird résument pourtant autant d’états d’une adolescence tiraillée entre ses désirs et la réalité, entre le spleen et l’insouciance, entre la jeunesse qui s’éloigne et la vie d’adulte qui approche à grands pas. C’est exactement ce que traverse Kat, l’héroïne de White Bird : sa mère disparaît mystérieusement et la voilà seule avec un père bloqué entre douleur sourde et apathie inquiétante. Que faire ? Chercher la vérité ? Se laisser aller avec le beau voisin d’en face ? Traîner à la cave avec ses potes ? Préparer son départ pour l’université ? Ou rester dans la maison familiale hant

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Qui es-tu Django ?

ECRANS | Django unchained, hommage ou remix ? Les deux et plus encore. Au commencement il y a Django, légende du western italien. Année 1966 : dans la foulée de Pour (...)

Jerôme Dittmar | Jeudi 10 janvier 2013

Qui es-tu Django ?

Django unchained, hommage ou remix ? Les deux et plus encore. Au commencement il y a Django, légende du western italien. Année 1966 : dans la foulée de Pour une poignée de dollars, Sergio Corbucci explore le genre avec frénésie et s'inspire d'une BD où un personnage trimballe partout un cercueil. De cette figure, il tire une intrigue épurée (un pistolero venge sa femme tuée par un chef de gang raciste), prétexte à une relecture décharnée des Sept samurais. Plantant son décor dans un Far West fantomatique et boueux, peuplé de personnages violents et corrompus, Django se taille alors vite une réputation de petit objet déviant et sulfureux. Succès populaire, le film acquiert une telle aura qu'il engendre quantité de pseudo-suites, clones bâtards, les distributeurs étrangers ne se gênant pas pour rebaptiser Django tout ce qui vient d'Italie avec un colt. Il faut attendre 1987 pour enfin voir débarquer une suite, officielle, sans Corbucci aux commandes mais toujours Franco Nero dans le rôle titre (le Django original). Stallonemania oblige, le film a des airs de Rambo 2 dans l'Ouest - un juste retour des choses quand on sa

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Django unchained

ECRANS | Chevauchée sanglante d’un esclave noir décidé à retrouver sa fiancée en se vengeant de blancs cupides et racistes, «Django Unchained» n’est pas qu’une occasion pour Quentin Tarantino de rendre hommage aux westerns ; c’est aussi un réquisitoire contre l’Histoire américaine, d’autant plus cinglant qu’il conserve le style fun de ce définitivement immense cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 7 janvier 2013

Django unchained

Première réaction à la sortie de ce Django unchained : Tarantino est fidèle à lui-même, et c’est pour ça qu’on aime son cinéma. De fait, ils sont peu aujourd’hui à offrir 2h45 de spectacle qui semblent passer en quelques minutes, sans pour autant renier le fondement de leur style : des scénarios écrits contre toutes les règles hollywoodiennes, privilégiant le dialogue et la durée des épisodes à une construction en trois actes où l’action et la parole sont dosées équitablement. Tarantino y ajoute cette élégance de mise en scène qui frappe dès le générique, où une chaîne d’esclaves torses nus et l’haleine fumante traverse de nuit une étendue aride et rocailleuse. Pourtant, il convient de tempérer ce jugement hâtif : oui, Tarantino est immense et oui, Django unchained est un très grand film, mais il n’est que l’aboutissement d’une mue amorcée entre les deux volumes de Kill Bill. Cette césure n’avait rien d’artificiel : elle marquait un tournant décisif, celui où le cinéaste cessait de déployer sa maestria en cinéphile compulsif visitant avec une gourmandise enfantine le cinéma bis, et où il donnait une réelle gravité à ses sujets, prenant ce qu’il montre

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Dark shadows

ECRANS | Tim Burton met un frein à la crise créative qu’il traversait depuis trois films avec cette comédie où il cherche à renouer avec la fantaisie noire de ses débuts, sans y parvenir totalement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 10 mai 2012

Dark shadows

Dark shadows permet à Tim Burton de faire le point sur l’évolution de son cinéma ces dernières années. Il est frappant, à la vision du film, de voir qu’y cohabitent parfois au sein d’une même séquence, souvent d’un champ à son contrechamp, le cinéaste enclin au bricolage et à l’artisanat mais aussi son pendant récent, le réalisateur converti au numérique se contentant de griffer ses plans en illustrateur prodige. Plus encore, cette dualité se retrouve dans les deux thèmes abordés par le scénario : la figure du freak confronté au monde de la norme, et sa déclinaison contestable qui en fait le défenseur d’une petite entreprise familiale qui irait vendre au monde entier sa bizarrerie. On se souvient de l’épilogue craignos d’Alice au pays des merveilles, où Alice reprenait le flambeau paternel pour aller envahir le marché chinois… C’est à peu près là que commence Dark shadows : Barnabas Collins (Johnny Depp, qui cabotine plus intelligemment que d’habitude) est, au XVIIIe siècle, le jeune héritier d’une fortune construite par ses parents, prolos de Liverpool devenus richissimes entrepreneurs dans un port de pêche du Maine, dont ils ont littéralement

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Perfect sense

ECRANS | De David MacKenzie (Ang, 1h32) avec Ewan McGregor, Eva Green…

Christophe Chabert | Vendredi 23 mars 2012

Perfect sense

Version métaphorico-poétique du récent Contagion, Perfect sense imagine la fin du monde par la disparition des sens. D’abord l’odorat, puis le goût, puis l’ouïe… Ne cherchant pas d’explication rationnelle à cette étrange épidémie, David MacKenzie la fait précéder par des accès de mélancolie, d’euphorie ou de colère qu’il illustre à travers des clips façon Benetton montrant la dimension mondiale des événements. C’est la part la plus ratée du film, qui heureusement se recentre à chaque étape de son programme sur le couple formé par une médecin et un cuisinier, cherchant avec leurs armes à endiguer la fatalité. Là encore, Perfect sense est plombé par la lourdeur de ses symboles, mais il se rattrape avec la grâce de ses deux acteurs : Eva Green, dont on ne comprend pas la carrière pour le moins hiératique, et Ewan MacGregor, qui débordent de vie et d’amour, même quand le film leur invente des traumas bien gratinés. S’ils ne sauvent pas complètement ce drôle de projet, ils lui offrent en tout cas des moments simples et touchants.Christophe Chabert

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Alice au pays des merveilles

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h49) avec Johnny Depp, Helena Bonham-Carter…

Christophe Chabert | Vendredi 19 mars 2010

Alice au pays des merveilles

Cette adaptation d’Alice au pays des merveilles n’en est pas vraiment une. Le récit de Lewis Carroll est réduit à un flashback de trois minutes en cours de film, et Tim Burton lui préfère l’Alice presque adulte de De l’autre côté du miroir. Mais c’est surtout le court poème Jabberwocky qui sert de matière principale à l’intrigue. Curieux tripatouillage scénaristique que le cinéaste confesse à haute voix à travers le personnage du chapelier incarné par Johnny Depp, qui s’obstine à faire d’Alice un garçon, comme s’il jouait dans un autre film. Avec un certain cynisme, Burton désigne ainsi ce qui l’intéresse ou pas dans cette lourde commande : la chenille opiomane plutôt que le lapin à gilet, l’univers de la reine rouge plutôt que celui de la reine blanche, les mésaventures de la bande déglinguée autour du chapelier plutôt que les aventures d’Alice… On a surtout l’impression que le cinéaste se contente de greffer son packaging habituel (sa signature graphique, ses acteurs, Danny Elfman…) sur un blockbuster boulimique et en trop bonne santé, un "Narnia" baroque, synthétique et en 3D — autant de partis pris qui corsètent la mise en scène plus qu’ils ne la libèrent.

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Un conte de fées déchiqueté

ECRANS | Reprise à l’Institut Lumière d’«Edward aux mains d’argent», premier volet de la collaboration fructueuse entre Tim Burton et Johnny Depp, et mise sur orbite d’un style baroque et féérique. CC

Christophe Chabert | Jeudi 25 septembre 2008

Un conte de fées déchiqueté

La ressortie française d’Edward aux mains d’argent n’est pas un hasard… En effet, ces jours-ci est créée à Paris son adaptation en comédie musicale, copie de l’original londonien — les Anglais sont friands de ce genre de transpositions ; un jour, ils seront capables de faire une Liste de Schindler, la comédie musicale ! Cela dit, cette reprise permet de constater que le film a déjà acquis une petite aura de classique, régulièrement programmé dans les cycles pour enfants et cité à raison comme l’œuvre ayant consacré l’esthétique de son cinéaste Tim Burton. Il s’agit aussi de la première rencontre entre Burton et celui qui devait devenir son acteur fétiche, Johnny Depp, avec qui il enchaînera ensuite des réussites comme Ed Wood ou Charlie et la chocolaterie, jusqu’à la déception de Sweeney Todd cette année. Ciseaux et marteauxAu commencement était un savant menant ses expériences dans son château gothique, loin au-dessus d’une banlieue pavillonnaire ripolinée aux allées impeccablement géométriques. Ce savant est un vieux fantasme du cinéphile Burton —

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Tim Story

ECRANS | Tim Burton, cinéaste, poursuit avec Sweeney Todd l'exploration de son univers gothique, baroque et poétique, en compagnie de son alter ego de comédie Johnny Depp. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 février 2008

Tim Story

Dans les années 80, le cinéma américain ne brillait ni par son audace, ni par sa folie. Alors que des cinéastes en costard cravate tournaient des produits plus lisses que le marbre toscan, et que Top Gun ou Le Flic de Beverly Hills triomphait au sommet du box-office, un garçon mal rasé et coiffé en pétard, ado attardé et geek complexé, mettait un joyeux bazar sur les écrans avec deux films déjantés : Pee Wee's big adventure et Beetlejuice. Décors factices soigneusement de traviole, personnages improbables aux obsessions déroutantes, univers morbide ou haut en couleurs : la légende Tim Burton était née. La force tranquille 23 ans plus tard, Tim Burton, qui va aujourd'hui vers la cinquantaine, n'a pas changé de coiffeur ; ses lunettes aux verres colorés sont aujourd'hui résolument sombres, et la panne de rasoir s'est transformée en bouc poivre et sel habilement taillé. Pendant la conférence de presse qu'il donne pour la sortie de Sweeney Todd, face à des journalistes unanimement conquis, il gère peinard son capital sympathie. Comme les frères Coen, comme David Lynch, Burton n'est pas du genre à com

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Sweeney Todd

ECRANS | Sommet de virtuosité formelle et de beauté plastique, collaboration parfaite entre un cinéaste et ses acteurs, drame macabre et sanglant d'une noirceur totale, le dernier Tim Burton a tout du grand film. Mais c'est aussi, hélas ! une comédie musicale... Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2008

Sweeney Todd

Mèche blanche tombant sur des yeux cernés au crayon noir, Sweeney Todd revient en bateau vers Londres, la ville de «toutes les pourritures». Un travelling impressionnant nous fait découvrir les rues grouillantes et les bas-fonds de cette capitale saisie à un moment de son histoire qu'on se garde bien de nous révéler... C'est dans une pension bancale aujourd'hui tenue par une plantureuse faiseuse de tartes écrasant les cafards avec son rouleau à pâtisserie que Todd vécut autrefois le drame qui a bouleversé sa destinée : convoitant sa jeune et jolie femme, le puissant Juge Turpin a condamné un modeste coiffeur nommé Benjamin Barker à la prison à vie. C'est en mort-vivant aux rasoirs aiguisés et à la soif de vengeance sans limite que Barker, devenu Todd, va orchestrer quinze ans après la mise à mort du juge. Et c'est en virtuose de la mise en scène que Tim Burton va lui donner chair, dans un festival d'images baroques, macabres, drôles, poétiques, en poussant son récit jusqu'à sa logique la plus noire : pas vraiment de gentils ici, puisque tous se livrent à leurs passions les plus sombres et dévastatrices, et finissent par se déchirer au sens strict (gorges tranc

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