"Snowden" : pleurez, vous êtes fliqués

ECRANS | Suivant à la trace Laura Poitras (Citizenfour, Oscar du documentaire), Oliver Stone s’intéresse à son tour au lanceur d’alerte Edward Snowden, et raconte son combat souterrain contre la NSA, en l’accommodant façon film d’espionnage. Didactique, classique, mais efficace.

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

Photo : © DR


Affecté aux services de renseignements des États-Unis, un informaticien brillant et patriote, découvre avec stupeur que les grosses compagnies liées aux télécommunications collectent et transmettent les données privées de leurs utilisateurs sans leur consentement. Ulcéré, il décide de dénoncer publiquement cet espionnage général infondé. Quitte à renoncer à sa liberté.

Guerres, terrorisme, biopics de stars ou de personnalité politiques… Pareil à nombre de ses confrères, Oliver Stone a signé la majorité de ses films en réaction à des événements ayant dramatiquement marqué l'histoire immédiate et/ou la société américaine. Parallèlement, à chaque fois qu'il s'est octroyé une escapade vers une autre “contrée“, il a donné l'impression de tourner un film par défaut, n'ayant pas eu à se mettre devant la caméra de sujet plus conforme à ses attentes — en témoignent le péplum Alexander (2004) et même la suite de Wall Street, L'Argent ne dort jamais (2010).

Contrôles : halte + sup !

Snowden apparaît aujourd'hui comme une résurgence de sa “grande” période, un cyber-décalque contemporain de Né un 4 juillet (1989). Car à l'instar de Ron Kovic qui s'était engagé pour défendre la bannière étoilée, Snowden se retourne contre ses dirigeants au nom du peuple, estimant qu'ils ont trahi les citoyens et les grands idéaux démocratiques de la Nation. En découle ce techno-thriller rythmé, traversé de questions géopolitiques ; un substrat magnifique pour instiller des séquences de suspense et de paranoïa contagieuse — vous ne regarderez plus votre ordinateur vous observer de la même manière après ce film.

Si du point de vue artistique il y a quelque chose de réconfortant à ce que le cinéma de Stone retrouve ici pertinence et mordant, difficile de ne pas être préoccupé (voire déprimé) par le contexte politique et l'urgence ayant présidé à la conception de Snowden. Son actualité est tellement brûlante qu'elle modèle sa fin : Stone renvoie dos à dos les candidats à la présidence des États-Unis d'Amérique — le film sort au moment où les électeurs expriment leurs suffrages.

Le cinéaste injecte des extraits de discours montrant que les camps républicains et démocrates (exception faite de Bernie Sanders) sont aussi bornés l'un que l'autre quant au sort d'Edward Snowden : toujours considéré comme un “traître”— parce qu'il a blessé l'orgueil d'une super-puissance un peu trop imbue d'elle-même — le lanceur d'alerte ne bénéficiera pas pour le moment d'une grâce. Attendons l'investiture…

Snowden de Oliver Stone (E-U, 2h14) avec Joseph Gordon-Levitt, Shailene Woodley, Melissa Leo, Zachary Quinto…


Snowden

De Oliver Stone (ÉU-All-Fr, 2h15) avec Joseph Gordon-Levitt, Shailene Woodley...

De Oliver Stone (ÉU-All-Fr, 2h15) avec Joseph Gordon-Levitt, Shailene Woodley...

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Patriote idéaliste et enthousiaste, le jeune Edward Snowden semble réaliser son rêve quand il rejoint les équipes de la CIA puis de la NSA. Il découvre alors au cœur des Services de Renseignements américains l’ampleur insoupçonnée de la cyber-surveillance...


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Jean Michel Jarre : « Il faut faire attention à ce que la technologie ne soit pas détournée »

Entretien | Il est l'un des précurseurs : son album Oxygène, paru en 1976, a marqué toute une génération et a imposé les synthétiseurs dans l'imaginaire du grand public. Ses shows grandiloquents, avec scénographie avant-gardiste et jeux de lumière épatants, ont laissé une empreinte durable sur les amateurs de raves. Jean Michel Jarre revient en force ces derniers mois : deux volumes d'Electronica où il convie la fine fleur de la scène électronique toutes époques confondues, pour un résultat forcément inégal mais visant juste beaucoup plus souvent qu'on ne l'espérait. Et un nouveau volume d'Oxygène débarque courant décembre, peu après son passage à la Halle Tony Garnier. Rencontre avec un artiste qui a des idées à défendre.

Sébastien Broquet | Mardi 15 novembre 2016

Jean Michel Jarre : « Il faut faire attention à ce que la technologie ne soit pas détournée »

Sur Electronica 2, sorti en mai dernier, on décèle un fil rouge : la méfiance autour des nouvelles technologies, en particulier le morceau avec Edward Snowden, mais aussi le titre avec Massive Attack. D'où vient cette méfiance que vous ressentez ? À quel moment ce doute est apparu chez vous, qui représentez l'innovation, le lien avec les nouvelles technologies ? Jean Michel Jarre : Aujourd'hui, je n'ai pas du tout de doute par rapport à la technologie, qui est neutre par définition. On peut comparer ça à la fission de l'atome : ça fait avancer considérablement les sciences en terme de biologie et de médecine ; mais on a fait la bombe atomique avec. Je ne vais pas mettre la technologie sur le même plan, c'est un exemple pour dire qu'elle est, et je parle d'Internet en particulier, neutre. C'est un bond en avant considérable : comme l'écrivait Le Monde, on a le monde dans sa poche avec son smartphone. Des gens qui n'avaient pas accès à l'information et même à l'éducation peuvent y avoir droit. C'est un progrès considérable. En même temps, on sent bien que l'on peut être manipulés très facilement. Que sur Internet

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White Bird

ECRANS | Gregg Araki continue son exploration des tourments adolescents avec ce conte vaporeux et mélancolique, entre bluette teen et mélodrame à la Douglas Sirk, où la nouvelle star Shailene Woodley confirme qu’elle est plus qu’un phénomène éphémère… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

White Bird

Après avoir atteint une forme d’accomplissement créatif avec le sublime Mysterious Skin, Gregg Araki souffle depuis le chaud et le froid sur son œuvre. La pochade défoncée Smiley Face, la joyeuse apocalypse de Kaboom et aujourd’hui la douceur ouatée de ce White Bird résument pourtant autant d’états d’une adolescence tiraillée entre ses désirs et la réalité, entre le spleen et l’insouciance, entre la jeunesse qui s’éloigne et la vie d’adulte qui approche à grands pas. C’est exactement ce que traverse Kat, l’héroïne de White Bird : sa mère disparaît mystérieusement et la voilà seule avec un père bloqué entre douleur sourde et apathie inquiétante. Que faire ? Chercher la vérité ? Se laisser aller avec le beau voisin d’en face ? Traîner à la cave avec ses potes ? Préparer son départ pour l’université ? Ou rester dans la maison familiale hant

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Divergente

ECRANS | De Neil Burger (ÉU, 2h19) avec Shailene Woodley, Theo James, Kate Winslet…

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2014

Divergente

Comme le premier Hunger games, Divergente se veut un blockbuster qui expliquerait la lutte des classes aux adolescents. Dans un futur proche après une guerre dont on ne connaît ni l’ampleur ni le motif, Chicago, coupé du reste des États-Unis, a instauré la paix en divisant ses citoyens en cinq castes, le pouvoir étant délégué aux «altruistes», la police aux «audacieux», la science aux «érudits»… Leurs enfants doivent passer un test pour déterminer s’ils resteront dans leur clan ou pourront en incorporer un autre. Mais Beatrice, fille de dignitaires altruistes, est une «divergente», c’est-à-dire qu’elle possède les aptitudes pour les intégrer tous. Le scénario lui fait faire un choix incompréhensible et surtout plombant pour sa portée politique : elle quitte les progressistes pour aller chez les fachos virils. C’est évidemment pour assurer le quota d’action à l’intérieur d’un film calibré et propret, en équilibre entre la série B inventive et la boursouflure numérique. Il manque un cinéaste derrière la caméra pour faire décoller l’ensemble, assurer un minimum de direction artistique — le repère des «audacieux»

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Star Trek : Into Darkness

ECRANS | J. J. Abrams fait encore mieux que le premier volet avec ce nouveau "Star Trek", blockbuster autoroute sans temps morts, qui ne cherche pas à être autre chose que ce qu’il est : un morceau de mythologie transformé en récit survolté et spectaculaire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 juin 2013

Star Trek : Into Darkness

Nouvelle mission pour le capitaine Kirk et le Docteur Spock : venir en aide à une peuplade primitive menacée d’extinction par un volcan en éruption. Tandis que Kirk cavale sur terre pour rejoindre l’Enterprise, Spock se téléporte au cœur du volcan pour y placer une bombe qui viendra l’éteindre. Dans le crescendo des dix premières minutes d’Into Darkness se joue déjà toute la virtuosité de J. J. Abrams : chaque personnage porte son enjeu, et leurs interactions créent une multitude de conflits qu’il faut résoudre. Spock, le Vulcain garant de la règle et de son strict respect, se heurte à Kirk pour qui la réussite d’une mission et la préservation de son équipe vont de pair. Tout cela est raconté avec une myriade de péripéties, de l’action et un suspens constant, sans parler d’une 3D maîtrisée — on me souffle que la version IMAX est encore plus impressionnante — et d’une remarquable direction artistique — la flore est rougeoyante, les indigènes ont la peau blanche comme du plâtre écaillé et les yeux noirs sans pupille. Mais il y a plus : ce peuple vit encore dans la vénération d’idoles archaïques, re

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Looper

ECRANS | Conçu comme un casse-tête spatio-temporel mais aussi comme une série B mélangeant science-fiction et action, le film de Rian Johnson est la bonne surprise américaine de l'automne, à la fois cérébral, charnel, trépidant et poétique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2012

Looper

Boucler la boucle. C’est en substance l’enjeu de Looper, jusque dans son titre, qui désigne les tueurs du film, chargés de supprimer les témoins gênants d’exactions commises 30 ans plus tard et envoyés dans le passé grâce à une machine à remonter le temps. Loopers, car vient fatalement le moment où ce sont eux, ou plutôt leur double de trente ans plus âgé, qu’ils doivent supprimer, contre quelques lingots d’or qui leur assureront une "retraite" méritée ; la boucle est donc bouclée. Quand arrive le tour du héros, Joe, le protocole est rompu : son autre lui débarque tête nue, se débat et réussit à s’échapper. Pas le choix : il faut le retrouver au plus vite, car sinon c’est lui qui sera exécuté, mettant fin de facto à l’existence de son alter ego. Compliqué ? Ce n’est pourtant que la trame de base d’un film dont le scénario se montre particulièrement généreux avec le spectateur. Rian Johnson fait partie de ces cinéastes matheux (proche cousin par exemple d’un Christopher Nolan) pour qui une œuvre est avant tout une suite d’équations entremêlées dont la logique, une fois comprise, s’avère imparable. Là où le garçon a vraiment du talent, c’est qu’il ne se contente p

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Savages

ECRANS | On espérait que, loin des pamphlets politiques et des fresques historiques qui ont fait sa gloire, Oliver Stone allait retrouver un peu d’efficacité et de modestie dans ce thriller narcotique sur fond de ménage à trois. Mais faute de choisir un ton, un style et un point de vue, son "Savages" est plus ridicule que distrayant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2012

Savages

En introduction, la belle O (pour Ophelia, attention, référence !) raconte que ce n’est pas parce qu’elle nous explique l’histoire du film en voix-off qu’elle en est forcément sortie saine et sauve. Joignant le geste cinématographique à la parole, Oliver Stone bloque son ralenti en noir et blanc, rembobine le film telle une antique VHS et reprend le récit à son début. L’idée est excitante : désigner ses personnages comme de pures créatures de celluloïd, des images malléables que l’on brinquebale d’un bout à l’autre de l’intrigue et qui finissent par lui survivre. Cette plasticité est la marque du cinéma de Stone depuis Tueurs nés, même si on peut aussi constater qu’elle est ironiquement devenue le symbole de sa carrière récente, où une emphatique fiction patriotique (World trade center) voisine avec un sobre docu-drama à charge sur George W. Bush ou une suite paresseuse d'un de ses plus grands succès (Wall street : l'argent ne do

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Wall street : l’argent ne dort jamais

ECRANS | Oliver Stone profite de la crise financière pour donner une suite à son "Wall street" de 1988, marquant ainsi le retour du trader machiavélique Gordon Gecko, pour un résultat anachronique, poussif et daté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

Wall street : l’argent ne dort jamais

Ne ratez pas le début de ce nouveau "Wall street" signé Oliver Stone : il contient la meilleure scène du film. Michael Douglas, retrouvant son personnage de Gordon Gecko, sort de prison après y avoir purgé une peine de vingt ans. On lui rend ses effets personnels où figure un antique téléphone portable ressemblant à un gros talkie-walkie. Le monde a changé, nous dit Oliver Stone, mais en apparence seulement : la bourse, déjà folle en 88, est devenue complètement barge à la fin des années 2000, provoquant la catastrophe que l’on sait. Mais là où les traders arrogants d’hier étaient punis par la justice, ceux d’aujourd’hui, encore plus irresponsables, sont sauvés au nom de la préservation d’un modèle économique. Libre, Gecko devient alors une sorte de messie donnant des conférences pour expliquer le pourquoi de la crise, sur le mode du «j’ai changé», mais sans roulements d’épaules sous la veste. Gecko 2.0 Le monde a changé mais pas le cinéma d’Oliver Stone ; pire, il ne s’embarrasse plus d’avant-gardisme visuel ou de complexité scénaristique, se contentant d’un recyclage paresseux des ficelles du premier volet. Ainsi, Shia LaBeo

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Inception

ECRANS | L’ambitieux projet de blockbuster onirico-philosophique de Christopher Nolan débouche sur un film protoype, qui passe du temps à expliquer son mode d’emploi avant de se lancer dans une pratique ébouriffante du cinéma comme montagne russe spatio-temporelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 11 juillet 2010

Inception

Inception part d’une idée magnifique : si le cinéma est une fabrique de rêves, aucun film n’avait jusque-là osé montrer des personnages dont c’était littéralement le métier. Des architectes, un scénariste, un technicien, un metteur en scène et des acteurs, toute une équipe qui ressemble à une équipe de tournage cachée derrière une bande de malfrats sophistiqués dont le but est de voler des secrets enfouis dans le subconscient de leurs victimes (les spectateurs ?). Christopher Nolan dans Le Prestige avait déjà prouvé que la réussite d’une illusion cinématographique reposait sur l’envie du public d’être dupé ; la suspension d’incrédulité devenait l’enjeu, la théorie et la matière scénaristique du film. Inception va plus loin : dès l’ouverture, impressionnante, le cinéaste plonge les personnages dans un labyrinthe de rêves encastrés les uns dans les autres, les secousses du réel (la plongée dans une baignoire d’eau froide) devenant des séismes dans le monde onirique (une vague gigantesque qui vient dévaster le décor). Quant à la mort, elle n’est que le plus court chemin vers le retour à la réalité. Rien n’est vrai, tout est simulé, imaginé, façonné par un

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(500 jours) ensemble

ECRANS | De Marc Webb (ÉU, 1h36) avec Joseph Gordon-Levitt, Zooey Deschanel…

Dorotée Aznar | Lundi 28 septembre 2009

(500 jours) ensemble

Pendant que personne ne faisait attention, un sous-genre a éclos dans le moelleux giron de la comédie romantique américaine : le boy meets girl jukebox, où l’on se séduit en écoutant de la musique top tendance (enfin, pas tout le temps). Après les battles d’Ipod d’Une nuit à New York, voici donc les états d’âme façon clips éthérés de (500 jours) ensemble. Tom rencontre Summer dans un ascenseur. Elle lui chante un passage de ‘There is a light that never goes out’ des Smiths, il en tombe instantanément amoureux (normal). Quand il pense à elle, ‘She’s like the wind’ de Patrick Swayze lui vient en tête. Puis leur passion s’exalte au son de Regina Spektor, des Black Lips, de Lee Hazlewood. Mais après avoir fait écouter ‘Quelqu’un m’a dit’ de Carla Bruni (comme par hasard…) à Summer dans sa voiture, Tom sent l’amour de sa vie lui échapper… Toujours à deux doigts de tomber dans la compilation filmée, Marc Webb prend soin de créer des personnages attachants, bien aidé en cela par le couple cinématographique formé par Zooey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt. Mais il ne peut malheureusement empêcher son film de verser dans la pose, dans la conscience aigue de son caractè

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Star Trek

ECRANS | Aux origines du space opera et dans un effort pour le transformer en blockbuster d’action juvénile, JJ Abrams signe un film habile jusque dans ses défauts. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 mai 2009

Star Trek

Il est plutôt amusant de constater que JJ Abrams, qui aura marqué les esprits par l’invention de deux séries télé ayant contribué à un nouvel âge d’or du genre (Alias et Lost), soit obligé d’aller gagner ses lettres de noblesse sur le grand écran en remettant sur les rails une franchise venue de l’âge d’or précédent, le Star Trek des années 60. Plus bizarre encore, ce statut de «créateur» dont il jouissait quand il officiait sur les networks américains n’est plus qu’une simple casquette de «réalisateur» maintenant qu’il œuvre à Hollywood. Dans l’imaginaire des professionnels U.S., si la télévision est devenue une sorte de première division, le cinéma reste définitivement la champions league ; mais dans le cas d’Abrams, on a le sentiment que le meilleur buteur du championnat y est réduit au statut de distributeur au milieu du terrain, pouvant à l’occasion faire une passe décisive ! Griserie rock Pourquoi parler football alors que c’est de Star Trek dont il est question ici ? Parce que le film lui-même ressemble sans arrêt à une partie de ballon rond, s’appuyant sur la jeunesse de personnages

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W.

ECRANS | C’est l’histoire d’un plouc américain qui déteste bosser, mais aime picoler et draguer les filles. Pas de bol pour lui, ce redneck ordinaire a pour père un (...)

Christophe Chabert | Jeudi 23 octobre 2008

W.

C’est l’histoire d’un plouc américain qui déteste bosser, mais aime picoler et draguer les filles. Pas de bol pour lui, ce redneck ordinaire a pour père un politicien ambitieux qui deviendra président des États-Unis. Face à ce paternel qui le méprise et lui préfère son frère propre sur lui, un désir de revanche et de reconnaissance se développe, qui finira par influer dramatiquement sur le cours du monde. La thèse d’Oliver Stone sur George W. Bush peut paraître simpliste ; mais en ces temps de biopics tièdes et sans point de vue (Coluche, Mesrine), cela fait du bien de voir un cinéaste mouiller sa chemise, même si sa proie a déjà un sacré genou à terre ! Stone, dans un joyeux désordre chronologique, dresse un portrait de ce type qui représente un morceau d’Amérique que l’on ne peut négliger (celle des oisifs élevés dans le culte de la réussite et la haine de la culture) et qui a juste le tort de se retrouver au pire endroit et au pire moment. Josh Brolin, grand acteur, incarne à la perfection cet homme écartelé entre la rigidité des codes démocratiques et la grossièreté des mœurs texanes. W. se pose ainsi en tragi-comédie, avec des pointes de b

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«Ne pas tirer sur l’ambulance»

ECRANS | Entretien / Oliver Stone, réalisateur de W. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Jeudi 23 octobre 2008

«Ne pas tirer sur l’ambulance»

Mythologies«Bush est la personnalité politique la plus intéressante depuis JFK. Il a changé les règles du monde et de l’Amérique, renforcer le pouvoir exécutif à un point jamais atteint jusqu’ici… C’est aussi un personnage improbable, un fils prodigue qui retourne chez lui et qui ne s’avère pas si prodigue que ça ! Il y a aussi un côté Icare chez lui : il veut voler plus haut que son père et finit par se brûler les ailes. Ce mélange de mythologies est ce qui me semblait original dans l’approche de Stanley Weiser, l’auteur du scénario. Je n’avais pas besoin d’aller trop loin dans la critique de Bush, je me suis refusé d’utiliser des idées trop personnelles. Je ne voulais pas tirer sur l’ambulance». Simplicité«Faire simple est ce qu’on peut faire de mieux avec un sujet aussi controversé que George W. Bush. On a tourné vite et je faisais le montage pendant le tournage. Je ne suis plus très intéressé par les films à gros budgets avec des effets spéciaux. Il y en a beaucoup aujourd’hui, et ils se ressemblent tous. Ce n’est plus ma façon de faire du cinéma». Compassion«Avoir de la compassion p

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