"Réparer les vivants" : Simon, as-tu du coeur ?

ECRANS | Un film de Katell Quillévéré (Fr, 1h43) avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval…

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

Photo : © DR


À l'hôpital où des parents viennent d'apprendre que Simon, leur ado accidenté, se trouve en mort cérébrale, un médecin aborde avec tact la question du don d'organes. Ailleurs, une femme attend un cœur pour continuer à vivre…

Cette transplantation du roman multiprimé de Maylis de Kerangal sur support cinéma présente des suites opératoires tout à fait attendues, en regard du protocole suivi. En convoquant une galerie d'interprètes popu/tendance autour d'un sujet touchant à un drame intime et à l'éthique, Katell Quillévéré est en effet assurée d'avoir son film-dossier programmé en amorce de mille débats, et que ses comédien(ne)s recevront un prix ici ou là.

D'accord, elle nous évite avec raison toute forme d'hystérie et de tachycardie artificielle dans le montage (pour ne pas singer Urgences), mais le rythme est tout de même bien pépère et l'ambiance cotonneuse. Sage, gentiment didactique et surtout un brin trop aseptisé.


Réparer les vivants

De Katell Quillévéré (Fr, 1h43) avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner...

De Katell Quillévéré (Fr, 1h43) avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner...

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Tout commence au petit jour dans une mer déchaînée avec trois jeunes surfeurs. Quelques heures plus tard, sur le chemin du retour, c’est l’accident. Désormais suspendue aux machines dans un hôpital du Havre, la vie de Simon n’est plus qu’un leurre. Au même moment, à Paris, une femme attend la greffe providentielle qui pourra prolonger sa vie…


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Embrasse-moi idiot : "Matthias & Maxime"

Drame | À la suite d’un pari perdu, deux amis d’enfance (Matthias et Maxime) doivent s’embrasser devant une caméra. La situation les perturbe profondément et affecte leur relation, d’autant plus tendue que Maxime va partir deux ans en Australie. Ce baiser aurait-il révélé une vérité enfouie ?

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Embrasse-moi idiot :

Débarrassons-nous tout de suite des tics dolanniens qui, à l’instar d’excipients dans une recette, font du volume autour du “principe actif“ ; en l’occurrence, le cœur palpitant et original du film. Oui, on retrouve un portrait vitriolé de la génération parentale, en particulier des mères — les pères étant globalement absents. La génitrice du personnage de Maxime joué par Dolan apparaît comme de juste dysfonctionnelle, excessive (et droguée, violente, sous tutelle pour faire bonne mesure). Autre constante, la B.O. ressemble encore au juke box personnel du cinéaste, les aplats de musiques se révélant bien commodes pour faire des ponts entre séquences. Sorti de cela, Matthias & Maxime se situe dans un registre moins exalté qu’à l’ordinaire : la trentaine approchant, la rébellion s’amenuise et certaines paix intimes se conquièrent. Ce qui ne signifie pas que le film soit un robinet d’eau tiède : les tensions et les passions qu’il abrite y sont intériorisées (principalement par le personnage de Matthias), explosent par moment, mais sans extraversion carnavalesque.

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Le Monde selon Maylis de Kerangal

LIttérature | C'est désormais une incontournable des rentrées littéraires depuis au moins Corniche Kennedy (2008) et plus encore depuis Naissance d'un pont, qui lui (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 19 septembre 2018

Le Monde selon Maylis de Kerangal

C'est désormais une incontournable des rentrées littéraires depuis au moins Corniche Kennedy (2008) et plus encore depuis Naissance d'un pont, qui lui valut entre autre le Prix Médicis 2010, et Réparer les Vivants (2013), également couvert de prix. Trois romans tous trois adaptés au cinéma. C'est donc peu dire qu'Un monde à portée de main était pour le moins attendu par les fidèles du style très particulier de la romancière. Où la description des gestes investit au plus profond celui de l'écriture jusqu'à l'infuser, jusqu'à faire jaillir la fiction du réel en creusant celui-ci à coups de phrases en colimaçons ou en mille-feuilles. Avec cette histoire d'une jeune femme, Paula, qui apprend l'art du trompe-l'œil et de la reproduction des matières, Maylis de Kerangal poursuit ce travail de fascination et d'exploration de ce réel à portée de fiction et inversement, de transcendance des faux-semblants. Un monde à portée de main sera présenté par la romancière à la Librairie Passage, ce mercredi 19 septembre.

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Maîtresse-carte : "Joueurs"

Polar | de Marie Monge (Fr, 1h45) avec Tahar Rahim, Stacy Martin, Karim Leklou…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Maîtresse-carte :

Serveuse dans le restaurant familial, Ella embauche Abel pour un extra. Celui-ci l’embobine et lui inocule aussitôt sa passion ravageuse pour le jeu pratiqué dans des bouges clandestins. Fascinée par cet univers interlope autant que par le charme maléfique d’Abel, Ella bascule… C’est presque un exercice de style ou en genre en soi. Wong Kar-Wai, entre autres cinéastes asiatiques, s’y est souvent frotté : décrire l’atmosphère nocturne badigeonnée de néons des cercles de jeu occultes et surtout, la fièvre de celles et ceux qui les fréquentent… À leurs risques et périls : la sanction de la déchéance et du musculeux recouvreur de dettes plane inéluctablement sur les poissards, sans qui il n’est pas d’histoire qui tienne. Pour son premier long métrage, Marie Monge revisite à son tour cette ambiance et signe un film respectueux du cahier des charges, sans maladresse, mais sans étincelle particulière non plus. Disposer d’atouts forts dans son jeu (comme une distribution solide) ne suffit pas ; il en faut davantage pour faire sauter la banque.

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The Limiñanas : son à la catalane

Le Disque | C'est tout l'art des Limiñanas que de convoquer sur un album des invités aussi disparates que Pascal Comelade, au piano, Peter Hook et sa basse mélodique, (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 20 mars 2018

The Limiñanas : son à la catalane

C'est tout l'art des Limiñanas que de convoquer sur un album des invités aussi disparates que Pascal Comelade, au piano, Peter Hook et sa basse mélodique, Emmanuelle Seigner – trois habitués –, Bertrand Belin ou Anton Newcombe sans s'éparpiller façon puzzle. Peut-être parce que le duo (enrichi) de Cabestany a, sous ces oripeaux garage, toujours navigué sur pas mal de fronts esthétiques - on peut en avoir un aperçu sur la toute récente compilation I've Got Trouble in Mind Vol. 2 qui recense des raretés, notamment quelques belles reprises de Polnareff (Time will tell), les Kinks (Two Sisters avec Anton Newcombe), The Lords of the New Church (Russian Roulette) ou... le chant de Noël Silent Night en version mariachi. Peut-être aussi parce que la force du concept, jamais ramenard, toujours en toile de fond, suffit à donner du liant à l'ensemble comme une musique de film imaginé. Sur Shadow People, le groupe raconte

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L’envie d’avoir envie : "Jalouse"

ECRANS | de David & Stéphane Foenkinos (Fr, 1h42) avec Karin Viard, Anne Dorval, Thibault de Montalembert…

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

L’envie d’avoir envie :

Nathalie est bizarre en ce moment : elle éprouve le besoin de tancer en public sa charmante fille à peine majeure ; elle dénigre une jeune collègue et ne loupe pas une occasion de causer du tort à ses proches qu’elle envie pour tout et rien. Sa névrose serait-elle due à la pré-ménopause ? Pour leur premier long, les frères Foenkinos s’étaient rassurés en adaptant un roman de David, La Délicatesse, pour un résultat mitigé — malgré François Damiens. Partant ici d’un scénario original, ils semblent avoir davantage pensé leur narration et leurs personnages pour le cinéma, c’est-à-dire en laissant aux comédiens la possibilité de les investir. Karin Viard excellant dans les emplois de râleuse-déprimée-déboussolée (revoyez La Nouvelle Ève ou Reines d’un jour), sa présence prédatrice s’imposait au centre de cette toile d’araignée. Bien contrebalancée par un aréopage de partenaires solides — même si certain·e·s, comme Anaïs Demoustier, auraient mérité plus d’espace —, l’actrice oscille à la merveille dans ce qu

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La rançon de la gloire (et la monnaie de sa pièce) : "Le Prix du succès" de Teddy Lussi-Modeste

Drame | de Teddy Lussi-Modeste (Fr, 1h32) avec Tahar Rahim, Maïwenn, Roschdy Zem…

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

La rançon de la gloire (et la monnaie de sa pièce) :

Sur scène, Brahim fait rire. Et son succès profite à toute sa famille, en particulier à son irascible aîné Mourad qui le cornaque depuis toujours. Violent, jaloux de Linda (la fiancée et metteuse en scène de Brahim) Mourad devient un obstacle dont son frère décide de se séparer. Sans le lui dire… Teddy Lussi-Modeste quitte le monde gitan servant de décor à Jimmy Rivière, sa première réalisation, mais n’abandonne pas pour autant les histoires d’emprises claniques, où la parole (autant le verbe que la promesse) joue un rôle central. Il reste également proche des Écritures : ces histoires de bisbille entre frères, de prodigalité, de respect des anciens, de trahison des proches, de tentation… tout cela à des relents ma foi bien bibliques. Mais si la progression dramatique de son intrigue impliquait un inéluctable virage vers le genre polar, celui-ci intervient hélas trop tard, dans un croupion de film — alors qu’il y avait matière à en faire un ressort pal

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"Le Secret de la chambre noire" : un spectre argentique

ECRANS | Jeune homme sans histoire, Jean devient l’assistant de Stéphane, photographe miné par le décès de son épouse et vivant seul dans sa propriété avec sa fille (...)

Julien Homère | Jeudi 16 mars 2017

Jeune homme sans histoire, Jean devient l’assistant de Stéphane, photographe miné par le décès de son épouse et vivant seul dans sa propriété avec sa fille Marie. Au cours des multiples séances où elle sert de modèle, Jean réalise l’amour qu’il lui porte et la nécessité pour eux de quitter ce lieu toxique. S’entourant d’interprètes français solides comme Gourmet et Rahim, Kiyoshi Kurosawa construit un récit non dénué de finesses psychologiques et formelles, mais qui passe après un (trop) grand héritage gothique sur le fantôme et son reflet. Le film tente de se démarquer par un point de vue plus naturaliste qui, malheureusement, s’essouffle dans le troisième acte par manque d’émotion et d’intensité. La retenue formelle empêche toute immersion et ne reste qu’en surface d’une histoire qui aurait mérité plus de passion, de rage et de désespoir. Le Secret de la Chambre Noire de Kiyoshi Kurosawa (Fr, Be, Jap, 2h11) avec Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet…

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Kiyoshi Kurosawa : « je filme en ressentant. »

Entretien | Quand Kiyoshi Kurosawa pose sa caméra en France, il emporte avec lui les spectres de son cinéma intime. Explications d’une relation entre un pays et un univers se contaminant mutuellement.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

Kiyoshi Kurosawa : « je filme en ressentant. »

Est-ce que les fantômes dans ce film français sont les mêmes que les japonais ? Kiyoshi Kurosawa : Il y a exactement les mêmes fantômes et d’autres qui sont totalement différents. Dans le film, dés l’introduction, le personnage de la mère est le genre de fantôme que l’on voit dans les films qui font peur, notamment les films d’horreur japonais traditionnels. Ce qui est nouveau, c’est le personnage de Marie [Constance Rousseau, NDLR] qui n’était pas un fantôme au départ, mais l’est devenue. Cela ouvre un nouveau drame avec un personnage différent. Cette manière de représenter les fantômes est un challenge car elle ne se fait pas du tout dans l’horreur japonaise ou dans le cinéma de genre mondial en général. C’est vrai que mes films s’inscrivent dans le genre horreur. Et j’ai commencé à avoir envie de ne pas seulement représenter la peur dans les fantômes, mais aussi d’autres facettes de l’être humain, plus sensibles. Comment expliqueriez-vous la dialectique entre les photographies et les fantômes ? Je filme en ressentant. Lorsqu’on regarde un film ou une photographie, ça appartient au pass

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Tahar Rahim au CNP Terreaux

ECRANS | Tahar Rahim aurait-il quelque pouvoir d’attraction sur les cinéastes étrangers ? Après Lou Ye et Asghar Farhadi, Kiyoshi Kurosawa est à son tour venu tourner à (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Tahar Rahim au CNP Terreaux

Tahar Rahim aurait-il quelque pouvoir d’attraction sur les cinéastes étrangers ? Après Lou Ye et Asghar Farhadi, Kiyoshi Kurosawa est à son tour venu tourner à Paris, lui confiant l’un des rôles principaux de ce film attendu sur les écrans hexagonaux le 8 mars prochain. Sauf sur celui du CNP Terreaux, où le comédien et le réalisateur japonais viendront à l’occasion d’une avant-première. Le Secret de la chambre noire Au CNP Terreaux le jeudi 2 février à 20h

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Xavier Dolan : « Je ne pouvais pas imaginer de personnages plus prometteurs »

3 questions à | Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

Xavier Dolan : « Je ne pouvais pas imaginer de personnages plus prometteurs »

Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers ou en en attendant un autre. Les choses se prolongeaient sur la préparation de The Death and Live of John F. Donovan et moi, j’avais besoin de tourner, de raconter une histoire. Quels rapports aviez-vous avec cette pièce de Lagarce et de manière plus générale, avec son théâtre ? X. D. : Un rapport un peu ignare. Je n’ai pas lu toute son œuvre et je n’ai jamais vu ses pièces jouées sur scène. Anne Dorval un jour m’a parlé d’une pièce que je devais absolument lire, qui lui avait été donnée de jouer, absolument inoubliable, « faite sur mesure pour moi » selon ses mots. J’ai commencé à lire la pièce et je n’ai pas été convaincu de ressentir le choc qu’elle m’avait promis. Je l’ai rangée dans la bibliothèque. Après Lawrence Anyways,

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Gaspard Ulliel : « La parole sert de fuite, tout est dans le non-dit »

Juste la fin du monde | Acteur discret et intérieur, Gaspard Ulliel incarne Louis, le pivot de Juste la fin du monde. Xavier Dolan et lui reviennent sur la genèse de ce film, ainsi que leur rapport à l’écriture de l’auteur, Jean-Luc Lagarce…

Vincent Raymond | Dimanche 18 septembre 2016

Gaspard Ulliel : « La parole sert de fuite, tout est dans le non-dit »

Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers ou en en attendant un autre. Les choses se prolongeaient sur la préparation de The Death and Live of John F. Donovan et moi, j’avais besoin de tourner, de raconter une histoire. Si on m’avait appelé pour me dire « on peut faire Donovan tout suite », j’aurais dit « trop tard, c’est celui-ci que je fais. » Quels rapports aviez-vous avec cette pièce de Lagarce et de manière plus générale, avec son théâtre ? X. D. : Un rapport un peu ignare. Je n’ai pas lu toute son œuvre et je n’ai jamais vu ses pièces jouées sur scène. Anne Dorval un jour m’a parlé d’une pièce que je devais absolument lire, qui lui avait été donnée de jouer, absolument inoubliable, « faite sur mesure pour moi » selon ses mots. J’ai ramené chez moi son grand cahier — son texte de théâtre, en fait — avec ses annotations en marge, les déplacements... J’ai commencé à lire la pièce et je n’ai pas été co

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The Cut

ECRANS | Fatih Akin passe à côté de son évocation du génocide arménien, transformée en mélodrame académique sans souffle ni ampleur, comme si le cinéaste avait été paralysé par l’enjeu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

The Cut

Devant les premières séquences de The Cut, avec sa reconstitution si proprette qu’elle paraît totalement factice et ses images désespérément mièvres de bonheur familial édifiant avec un Tahar Rahim peu crédible en forgeron arménien murmurant des paroles sucrées à sa femme et ses filles, on se pince un peu. Est-ce bien Fatih Akin, le cinéaste rock’n’roll de Head on ou celui, à l’humanisme rugueux de De l’autre côté, derrière la caméra ? Cette introduction semble au contraire singer un cinéma hollywoodien impersonnel qui s’emparerait d’un grand sujet : le calvaire de Nazareth qui, en 1915, va vivre le génocide organisé par les Turcs contre les Arméniens. Séparé de sa famille, condamné avec d’autres camarades d’infortune à des travaux forcés pour construire une route, il assiste, impuissant, à leur massacre et sera le seul rescapé de cette tuerie. Les images ont beau chercher à tout prix à glacer le sang du spectateur, quelque chose ne prend pas, une ét

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Samba

ECRANS | Retour du duo gagnant d’"Intouchables", Nakache et Toledano, avec une comédie romantique sur les sans papiers où leur sens de l’équilibre révèle à quel point leur cinéma est scolaire et surtout terriblement prudent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Samba

Alors que le triomphe d’Intouchables leur ouvrait toutes les portes, Olivier Nakache et Éric Toledano ont choisi avec Samba de tracer tranquillement leur sillon. Mais en territoire miné. Car il faut être passablement inconscient pour tourner une comédie romantique sur les sans-papiers où une cadre en burn out (Charlotte Gainsbourg) devient bénévole dans une association et s’éprend d’un cuistot en situation irrégulière (Omar Sy). Le plus surprenant étant qu’ils réussissent à le faire sans froisser quiconque alors que le sujet, passionnel, cristallise l’opinion française depuis un quart de siècle. Exploit ? Pas vraiment, car c’est justement cette méthode, consistant à chercher sans arrêt l’équilibre pour quêter l’unanimité, qui finit par rendre le film agaçant. Le mot méthode n’est pas employé au hasard : Nakache et Toledano ont une manière bien à eux de rassurer le spectateur, de remettre toujours la balle au centre et, finalement, de jouer la carte de la plus grande prudence. Ainsi, chaque fois qu’ils s’approchent un peu trop près d’une situatio

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Mommy

ECRANS | De Xavier Dolan (Can, 2h18) avec Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval, Suzanne Clément…

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Mommy

L’encensement précoce de Xavier Dolan ne pouvait conduire qu’à l’accueil exagérément laudatif qui a été celui de Mommy au dernier festival de Cannes. Disproportionné mais logique : même inégal, c’est son meilleur film, celui où il s’aventure dans des directions nouvelles, mais bien plus maîtrisées que dans son précédent Tom à la ferme. La première heure, notamment, est vraiment excitante. Si on excepte une inexplicable mise en perspective futuriste du récit, la description de cet Œdipe hystérique entre un adolescent hyperactif et colérique et sa maman borderline et débordée, dans laquelle se glisse une enseignante névrosée qui va tenter de dompter le gamin, permet à Dolan de s’adonner à une comédie furieuse et décapante, remarquablement servie par son trio d’acteurs, tous formidables, et par cette langue québécoise incompréhensible mais fleurie. Même le choix d’un cadre rectangulaire et vertical façon écran d’iPad est habilement géré par la mise en scène, redéfinissant les notions de plans larges et de gros plans — dommage qu’il en fasse fin

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Suzanne

ECRANS | Peut-on faire un mélodrame sans verser dans l’hystérie lacrymale ? Katell Quillévéré répond par l’affirmative dans son deuxième film, qui préfère raconter le calvaire de son héroïne par ses creux, asséchant une narration qui pourtant, à plusieurs reprises, serre le cœur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 décembre 2013

Suzanne

Suzanne : le deuxième film de Katell Quillévéré après le timide Un poison violent, choisit son héroïne dès son titre. Mais ce seront autant ses absences que sa présence qui vont intéresser l’auteur, autant les questions que son comportement instable suscite que les réponses qu’on pourrait apporter pour expliquer sa fuite en avant. D’où provient le mal-être de Suzanne ? D’une mère morte très jeune ? Trop facile… Autour d’elle, son père (François Damiens, exceptionnel, qui irradie de beauté et de bonté) et sa sœur (Adèle Haenel, qu’on espère bientôt reconnue à sa juste et haute valeur parmi les jeunes comédiennes françaises) forment une famille aimante, dévouée, compréhensive. Pourquoi choisit-elle de garder cet enfant au père inconnu, alors qu’elle est encore lycéenne ? Là aussi, Quillévéré décide de laisser le mystère sombrer dans un des nombreux vides narratifs soigneusement entretenus, comme un trou noir qui aspirerait toutes les tentatives d’explications, psychologiques ou sociologiques, pour percer à peu de frais l’opacité de son personnage

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La Vénus à la fourrure

ECRANS | Une actrice, un metteur en scène, un théâtre et "La Vénus à la fourrure" de Sacher-Masoch : un dispositif minimal pour une œuvre folle de Roman Polanski, à la fois brûlot féministe et récapitulatif ludique de tout son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 novembre 2013

La Vénus à la fourrure

À sa sortie, on avait pris Carnage pour une sorte de repli stratégique de la part de Roman Polanski. L’adaptation de la pièce de Yasmina Reza venait après ses déboires avec la justice suisse, et le choix d’un huis clos à quatre personnages lui permettait de tourner vite en déclinant en virtuose sa science du découpage et de la mise en scène. Surtout, il y circulait une rage que l’on imaginait circonstanciée, là encore liée à cette énième humiliation dans une vie déjà chaotique. Derrière sa réjouissante santé, par-delà la comédie de mœurs labyrinthique à laquelle Polanski nous convie, La Vénus à la fourrure poursuit ce double geste de façon enthousiasmante. C’est une charge virulente contre l’époque et ses travers, ici pris sous l’angle de la lutte des sexes, et c’est à nouveau un huis clos tiré d’une pièce de théâtre, signée cette fois David Ives ; sauf le théâtre est le lieu et la matière du film, même si, en transparence, le cinéaste vise aussi tout ce qu’implique l’acte de mettre en scène, y compris le s

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Gibraltar

ECRANS | De Julien Leclercq (Fr, 1h53) avec Gilles Lellouche, Tahar Rahim, Riccardo Scamarcio…

Christophe Chabert | Jeudi 5 septembre 2013

Gibraltar

Avec à son passif un film de SF épouvantable (Chrysalis) et un tract de propagande pour le GIGN (L’Assaut), il y avait de quoi redouter le troisième long-métrage de Julien Leclercq. D’autant plus qu’il s’est associé avec Abdel Raouf Dafri, scénariste surcoté de Mesrine et de la saison 2 de Braquo. La (relativement) bonne surprise de Gibraltar, c’est que tous deux optent pour un traitement sobre et rigoureux de leur sujet : la descente aux enfers d’un patron de bar criblé de dettes qui accepte de jouer les indics pour les douanes françaises sur le rocher de Gibraltar, plaque tournante du trafic de drogue. Pas d’"enculé" à toutes les répliques, ni de découpage frénétique de l’action, mais un film-dossier qui tente de raconter simplement cette histoire vraie et de dénoncer au passage l’hypocrisie et la lâcheté du pouvoir. On se croirait face à un vieil Yve

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Grand central

ECRANS | Après "Belle épine", Rebecca Zlotowski affirme son désir de greffer le romanesque à la française sur des territoires encore inexplorés, comme ici un triangle amoureux dans le milieu des travailleurs du nucléaire. Encore imparfait, mais souvent passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Grand central

Gary (Tahar Rahim, excellent comme jamais depuis Un prophète) est en quête de stabilité professionnelle après des années de jobs plus ou moins louches. Il atterrit dans la Drôme et intègre assez vite une équipe d’ouvriers travaillant au cœur des centrales nucléaires. La communauté, masculine, virile et solidaire, obéit à des règles draconiennes qui visent à éviter la contamination par la «dose» radioactive. La contagion, pour Gary, sera d’abord amoureuse : il croise un soir la femme d’un de ses collègues, Toni (prénom renoirien qui fait écho au cadre, curieusement bucolique, dans lequel vivent ces prolos du nucléaire, des mobile homes en bord de fleuve) et une passion physique va naître presque instantanément entre eux. C’est tout le projet de Rebecca Zlotowski : comme les courses de motos clandestines de Belle épine accompagnaient la quête existentielle de Léa Seydoux, le nucléaire est ici la toile de fond qui permet de renouveler un classique triangle amoureux, même si le scénario s’emploie à intriquer jusqu’à la folie les deux éléments, poussant Gary à mettre sa vie en péril pour espé

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Le Passé

ECRANS | Pour son premier film tourné hors d’Iran, Asghar Farhadi prouve à nouveau qu’il est un des cinéastes importants apparus durant la dernière décennie. Mais ce drame du non-dit et du malentendu souffre de la virtuosité de son auteur, un peu trop sûr de son talent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Le Passé

Il n’aura pas fallu longtemps à Asghar Farhadi pour devenir la star du cinéma d’auteur mondial. Découvert par les cinéphiles avec le très fort A propos d’Elly, puis couvert de récompenses — ours d’or, césar, oscar — et adoubé par le grand public pour Une séparation, le voilà qui quitte son Iran natal pour tenter l’aventure en français dans le texte avec Le Passé. Il faut rappeler ce qui a fait la force du cinéma de Farhadi : une vision inédite des classes moyennes iraniennes, dont les cas de conscience exposés dans des récits puissants et brillamment construits avaient quelque chose d’universel, et que le cinéaste parvenait à faire vivre grâce à des mises en scènes tendues comme des thrillers. Le Passé peut d’abord  se regarder comme un grand jeu des sept erreurs : qu’est-ce qui reste du Farhadi iranien dans sa version française, et qu’est-ce qui s’en écarte ? La classe moyenne est toujours au centre du récit, mais comme une donnée presque routinière, et le choc des cultures entre un mari iranien et sa femme française, qui plus est vivant avec un nouvel amant d’origine algérienn

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Dans la maison

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Kristin Scott-Thomas, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Mercredi 3 octobre 2012

Dans la maison

Germain Germain (bonjour Nabokov !) est un prof de français désespéré par la nullité de ses élèves. Alors qu’il lit leurs médiocres rédactions à sa femme qui, elle, tient une galerie d’art contemporain sur le thème sexe et pouvoir (bonjour Sade !), l’une d’entre elles sort du lot. L’élève y raconte son envie de s’introduire dans la maison d’un de ses camarades pour s’approcher de cette vie bourgeoise, avec une mère archétypale des «femmes de la classe moyenne» (bonjour Flaubert !). Germain pense qu’il y a là un talent à canaliser, sans savoir qu’il met le doigt dans un dispositif dangereux : celui qui brouille la frontière entre la réalité et la fiction, mais aussi celui de François Ozon, qui déroule ici une mécanique ludique où l’on ne sait jamais si ce que l’on nous raconte est le fruit d’une narration objective, si celle-ci a été influencée par les conseils de Germain ou encore si elle n’est que le reflet de l’imagination de son élève. Le voyeurisme littéraire de l’un rencontre le voyeurisme réel de l’autre, et tout le monde finit par vivre son fantasme (d’auteur frustré, d’adolescent orphelin, de femme délaissée) par procuration. Ozon s’amuse manifestement — et on s’

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À perdre la raison

ECRANS | Pour ce film plus ouvert mais tout aussi dérangeant que ses précédents, Joachim Lafosse s’empare d’un fait-divers et le transforme en tragédie contemporaine interrogeant les relents de patriarcat et de colonialisme de nos sociétés. Fort et magistralement interprété. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

À perdre la raison

Il y a, à la fin d’À perdre la raison, une séquence admirable — ce n’est pas la seule du film. Murielle sort de chez sa psychanalyste et se retrouve dans sa voiture à écouter Femmes je vous aime de Julien Clerc. Elle en fredonne approximativement les paroles, puis s’arrête et fond en larmes. En trois minutes et un seul plan, c’est comme si le film, le personnage et l’actrice (Émilie Dequenne, comme on ne l’avait jamais vue) lâchaient tout ce qu’ils retenaient jusqu’ici, dernière respiration avant le drame ou l’asphyxie. Car À perdre la raison est construit comme une toile d’araignée, un piège qui se referme sur son personnage, d’autant plus cruel que personne n’en est vraiment l’instigateur. Ce qui se joue ici, ce sont les nœuds d’une société où les choses que l’on croit réglées (le colonialisme, la domination masculine) reviennent comme des réflexes inconscients, provoquant leur lot de tragédies. Patriarche de glace Celle du film a pour base un fait-divers : une mère qui assassine ses quatre enfants. On ne révèle rien, puisque Lafosse en fait l’ouverture de son film. Cette honnêteté-là est aussi celle qui amène le cinéaste à ne jamai

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Love and Bruises

ECRANS | De Lou Ye (France, 1h45) avec Tahar Rahim, Corinne Yam, Vincent Rottiers…

Jerôme Dittmar | Vendredi 28 octobre 2011

Love and Bruises

Suzhou River avait lancé Lou Ye comme potentiel successeur de Wong Kar Wai. La comparaison n'a pas tenu longtemps. Dix ans après le cinéaste court encore les festivals mais sa côte reste en berne. Love and Bruises n'y changera rien. Exilé à Paris pour adapter le roman d'une étudiante chinoise décrivant sa passion amoureuse avec un Français, Lou Ye suit son éternel programme inspiré par la révolution sexuelle. Composant un film physique, sur des corps enchainés, où sexe et liberté résonnent ensemble, dans le monde et au travers de trajectoires individuelles, le cinéaste se heurte à un mur : sa mise en scène à l'épaule, écrasante, sans idée, courant débraillée derrière la spontanéité de ses acteurs. En quête de réalisme, Lou Ye s'agite dans les pires endroits et mélange tout. Il veut filmer le mystère du désir sans perdre de vue féminisme et matérialisme pour donner du poids à l'affaire. Tout ça finit mal, sur un film moche, lourd, étouffant et mesquin avec ses personnages. Jérôme Dittmar

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Essential killing

ECRANS | La fuite désespérée d’un taliban afghan dans l’Est de l’Europe, ou comment un acteur physique et mutique, Vincent Gallo, se livre à corps perdu à son metteur en scène, Jerzy Skolimowski, pour une œuvre prenante et picturale. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 1 avril 2011

Essential killing

Étrange aventure que cet "Essential killing". Aventure est le mot qui convient, tant le film sur l’écran paraît se confondre avec les conditions de son tournage, et tant son acteur, l’immense Vincent Gallo, semble éprouver réellement la souffrance de son personnage. Gallo incarne un taliban afghan qui, après un attentat contre des soldats américains, réussit à s’échapper de la prison où on l’a torturé, et se lance dans une cavale à travers une Europe de l’Est enneigée. Mais le film de Skolimowski n’a que peu à voir avec la tradition du survival movie ; on est ici dans une œuvre radicale, un film de metteur en scène et un one man film d’autant plus impressionnant que l’homme en question n’y prononce pas un seul mot. L’idée derrière ce silence est simple : plus Gallo retourne vers une forme d’animalité pure, plus l’humanité de son personnage éclate à l’écran. Du rouge sur une toile blanche Pris dans un piège à loup, dormant dans une mangeoire remplie de paille, mangeant des baies ou dévorant un poisson encore vivant, Gallo fait l’expérience d’une régression vers l’état de nature. Mais quelque chose ramène le personnage vers le m

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Un poison violent

ECRANS | De Katell Quillévéré (Fr, 1h32) avec Lio, Michel Galabru, Clara Augarde…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

Un poison violent

À Cannes, un confrère nous disait qu’Un poison violent était un film typiquement «CNC». Comprenez : un premier film «sensible» sur l’éveil d’une jeune fille à son corps et à ses désirs, entretenant une relation compliquée avec ses parents et complice avec son grand-père malade. Un programme en effet balisé, auquel Katell Quillévéré n’adjoint que deux bonnes idées : l’intrusion de la religion dans l’histoire (la jeune fille prépare sa première communion) et un papy libidineux et décomplexé, ce qui donne l’occasion à Michel Galabru d’offrir une composition géniale. À part ça ? Le film est effectivement très attendu, ne ménageant guère d’audaces ni dans son scénario (le curé attiré par la mère, le père indifférent) ni, c’est plus problématique, dans sa mise en scène, effacée, comme paralysée à l’idée de sortir des clous d’un classicisme quasi-télévisuel. Ce n’est pas un mauvais film, juste l’ordinaire d’un jeune cinéma français standardisé. Christophe Chabert

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Douce, Dure et Dingue

MUSIQUES | Musique / À l'en croire, Emmanuelle Seigner serait dingue. Peut-être d'avoir voulu chanter quand elle est au départ actrice, ce qui ne se fait pas, ou (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 20 mai 2010

Douce, Dure et Dingue

Musique / À l'en croire, Emmanuelle Seigner serait dingue. Peut-être d'avoir voulu chanter quand elle est au départ actrice, ce qui ne se fait pas, ou alors mal. Et si ce n'était pas réellement le cas, l'héroïne de Frantic aux traits immuables, a pu le devenir ces derniers mois avec le tourbillon médiatico-judiciaire autour de son mari Roman Polanski. D'autant que la sortie de Dingue a été repoussé de plusieurs mois suite à l'arrestation du cinéaste. La frivolité du dingue aurait fait un peu tache dans ce contexte. Surtout avec un titre comme Qui êtes vous ?, en duo avec Polanski justement. L'histoire d'une fille qui se réveille malgré elle dans le lit d'un vieux libidineux. Dommage, car on a là un tube en puissance qui dans un autre contexte aurait bien fait sourire. Après un album résolument plus rock en collaboration avec les très bof Ultra Orange, Emmanuelle se glisse cette fois-ci dans la peau d'une coquine pop façon Nancy Sinatra : voix de femme-enfant, textes en français aux mots d'ingénues, et mélodies à l'avenant pour un objet fort réjouissant. Un peu yéyé, mais pas béni oui-oui. Sixties et très swinging, sous la belle houlette de Keren Ann et Doriand. De duo avec un Iggy

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Chicas

ECRANS | De Yasmina Reza (Fr, 1h24) avec André Dussollier, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Jeudi 4 mars 2010

Chicas

Quand on laisse huit secondes de silence en moyenne entre chaque réplique, on a intérêt à s’appeler Bergman. Ce n’est pas le cas de Yasmina Reza, et "Chicas" n’est pas, mais alors pas du tout, un "Cris et chuchotements" moderne. C’est un grand vide prétentieux, une sorte de robinet d’eau tiède très mal écrit — dialogues et structure renvoient irrémédiablement aux racines théâtrales de la réalisatrice, à peine mis en scène, se voulant sociologique et mordant mais très complaisant envers le milieu d’où il vient… Face à cette purge qui laisse du temps de cerveau disponible pour la cogitation, un point revient à l’esprit du spectateur : peut-on aujourd’hui refuser quelque chose à Yasmina Reza, auteur de l’hagiographique portrait de campagne "L’Aube, le soir ou la nuit" ? CC

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Un prophète

ECRANS | Choc (et Grand Prix) du dernier festival de Cannes, le cinquième film de Jacques Audiard ose une fresque somptueuse et allégorique où un petit voyou analphabète se transforme en parrain du crime. Après ce Prophète, le cinéma français ne sera plus jamais comme avant… Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Un prophète

Un cercle de lumière vient faiblement éclairer une partie de l’écran, comme une ouverture à la lampe de poche en lieu et place de l’antique ouverture à l’iris. Il vient éclairer quoi ? Les gestes désordonnés d’un jeune garçon dans un fourgon… Il planque maladroitement dans sa chaussure un billet de cinquante francs. Quelque part dans un XXe siècle finissant, Malik el Djebena s’est fait serrer une fois de trop par la police, pour ce qu’on devine être une agression sauvage lors d’une rixe — on verra plus tard d’impressionnantes cicatrices sur son dos. Ce n’est donc sûrement pas un tendre, mais certainement pas un caïd non plus. Phrasé hésitant, corps voûté, yeux en panique : Malik, papillon nocturne aux ailes brûlées prématurément, s’apprête à passer six longues années en prison. Une condamnation lourde pour ce petit voyou récidiviste, aller simple vers l’enfer des vrais mafieux et des criminels endurcis. Lui qui parle à peine français, qui ne sait ni lire ni écrire, s’avère donc une proie facile pour les affranchis qui l’entourent. Leçons de vie en prison Un prophète, le nouveau et fabuleux film de Jacques Audiard, est donc un

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