"L'Histoire de l'Amour" : love, etc.

ECRANS | Un film de Radu Mihaileanu (Fr, Can, E-U, Rou, 2h14) avec Derek Jacobi, Sophie Nélisse, Gemma Arterton, Elliott Gould…

Vincent Raymond | Mercredi 9 novembre 2016

Photo : © DR


Soixante ans après l'interruption de son histoire passionnée avec Alma, Léo, un rescapé de la Shoah croise une adolescente en proie aux tourments de son âge. La donzelle se prénomme également Alma, à cause d'un mystérieux livre narrant l'amour absolu de Léo pour sa dulcinée…

Histoires cycliques imbriquées les unes dans les autres, amours transatlantiques, amis imaginaires, toile de fond tragique, brouilles familiales, convoitises, trahisons, décor new-yorkais, imposture littéraire, distribution de prestige et BO appuyant là où ça pique les yeux…

En vérité, on avait tout pour composer une fresque comme Radu Mihaileanu se plaisait jadis à les brosser à l'époque de Va, vis et deviens (2005) ; ne manquait qu'un vrai souffle épique pour unifier tout ça. Las ! L'on passe en effet ici d'un chapitre ou d'une époque à l'autre, dans un saute-mouton dépourvu de fluidité. Résultat : ce que récit y gagne en — involontaire — destructuration conceptuelle, il le perd en romantisme ; et l'histoire, en définitive, ne s'élance jamais.


L'histoire de l'amour

De Radu Mihaileanu (Fr-Can-EU-Rou, 2h14) avec Derek Jacobi, Sophie Nélisse...

De Radu Mihaileanu (Fr-Can-EU-Rou, 2h14) avec Derek Jacobi, Sophie Nélisse...

voir la fiche du film


Il était une fois un garçon, Léo, qui aimait une fille, Alma. Il lui a promis de la faire rire toute sa vie. La Guerre les a séparés - Alma a fui à New York - mais Léo a survécu à tout pour la retrouver et tenir sa promesse. De nos jours, à Brooklyn, vit une adolescente pleine de passion, d’imagination et de fougue, elle s’appelle aussi Alma. De l’autre côté du pont, à Chinatown, Léo, devenu un vieux monsieur espiègle et drôle, vit avec le souvenir de « la femme la plus aimée au monde », le grand amour de sa vie. Rien ne semble lier Léo à la jeune Alma. Et pourtant… De la Pologne des années 30 à Central Park aujourd’hui, un voyage à travers le temps et les continents unira leurs destins.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Jeux de dames : "Vita & Virginia"

Biopic | Londres, 1922. La romancière mondaine Vita Sackville-West, vivant en union très libre avec son diplomate d’époux, engage une relation intellectuelle, amicale et physique avec la réservée Virginia Woolf qu’elle admire. Mais Vita est volage et Virginia, fragile…

Vincent Raymond | Mardi 9 juillet 2019

Jeux de dames :

Au rayon des films-d’Anglaises-qui-boivent-du-thé-en-lisant, faites une place de choix à Vita & Virginia qui coche toutes les cases — il ne manque que Jane Austen et/ou Emma Thomson et/ou James Ivory pour que la grille soit complète. Convoquant autant le féminisme en costumes que des amours réprouvées forcément malheureuses, cette reconstitution soignée dessine de Virginia Woolf une silhouette plus complexe et moins éthérée que celle traditionnellement véhiculée, l’intellectuelle mélancolique y gagnant un corps sans perdre son âme. Mais si ce film s’avère édifiant d’un point de vue historique et documentaire sur la question de l’émancipation féminine, il pêche par deux coquetteries venant singulièrement l’égratigner. La première concerne la musique : la partition choisie joue la carte de la contemporanéité, un parti-pris toujours curieux quand on veille aussi scrupuleusement à la véracité historique. Est-ce une manière discrète de nous faire comprendre les échos de cette époque avec la nôtre ? Quant à la seconde, elle s’applique à bon nombre de biopics (notamment

Continuer à lire

Chaînes conjugales : "Une femme heureuse"

Desperate Housewife | de Dominic Savage (G-B, 1h45) avec Gemma Arterton, Dominic Cooper, Frances Barber…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Chaînes conjugales :

Vu de l’extérieur, Tara semble mener la vie d’épouse et mère anglaise comblée. En y regardant de plus près, son Mark n’est pas si attentionné : il lui impose sa routine sexuelle et domestique, bride ses aspirations artistiques. Un jour de trop plein, Tara craque et fait son bagage. Direction, Paris. Que l’on aurait aimé aimer ce film écrit, produit et interprété par Gemma Arterton ! La rousse comédienne aux choix éclectiques s’avère à elle seule une raison d’attachement inconditionnel, surtout si elle porte un projet sur l’insidieuse question de l’asservissement conjugal. Las, il y a hélas loin de l’intention à l’œuvre, autant que de la coupe aux lèvres. Car ce qui aurait pu être le portrait à la Sautet d’une femme conquérant sa liberté s’abîme dans une insistante (et redondante) contemplation de ses désarrois quotidiens. Plombée par une musique affligeante, la première partie insiste au-delà du raisonnable sur la cruauté de Mark et l’état de sujétion de Tara, en esthétisant un peu volontiers le beau visage triste de la comédienne. Quand vient (enfin) le temps de

Continuer à lire

"Orpheline" : critique et entretien avec Arnaud des Pallières

ECRANS | De l’enfance à l’âge adulte, le portrait chinois d’une femme jamais identique et cependant toujours la même, d’un traumatisme initial à un déchirement volontaire. Une œuvre d’amour, de vengeance et d’injustices servie par un quatuor de comédiennes renversantes.

Vincent Raymond | Mardi 28 mars 2017

Enseignante et enceinte, Renée reçoit la visite surprise dans sa classe de la belle Tara, fantôme d’autrefois. Peu après, la police l’arrête, dévoilant devant son époux médusé sa réelle identité, Sandra. Elle qui avait voulu oublier son passé, se le reprend en pleine face : sa jeunesse délinquante, son adolescence perturbée, jusqu’à un drame fondateur. Comme vivre après ça ? Il faut rendre grâce à Arnaud des Pallières d’avoir osé confier à trois actrices aux physionomies différentes le soin d’incarner les avatars successifs d’un unique personnage. Ce parti-pris n’a rien d’un gadget publicitaire ni d’une coquetterie, puisqu’il sert pleinement un propos narratif : montrer qu’une existence est un fil discontinu, obtenu par la réalisation de plusieurs “moi” juxtaposés. À chaque étape, chaque métamorphose en somme, Kiki-Karine-Sandra abandonne un peu d’elle-même, une exuvie la rendant orpheline de son identité passée et l’obligeant à accomplir le deuil de sa propre personne pour évoluer, grandir, s’améliorer. Ce qui n’est pas le cas de son vénéneux génie, l’immarcescible Tara, qui revêt les traits de Gemma Arterton. Brelan de dam

Continuer à lire

"1:54" : chacun son tour

ECRANS | Victime de harcèlement au lycée, Francis s’est donné la mort. Pour le venger, mais aussi pour apaiser sa culpabilité de n’avoir su le protéger, Tim, son plus (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Victime de harcèlement au lycée, Francis s’est donné la mort. Pour le venger, mais aussi pour apaiser sa culpabilité de n’avoir su le protéger, Tim, son plus proche pote, décide de défier son bourreau sur son terrain : la piste d’athlétisme. Tim devient alors son nouveau souffre-douleur… Première œuvre d’un comédien et ancien athlète, ce film-dossier aborde un sujet épineux, car reposant sur un socle d’intimidations muettes, de honte et de non-dits. Pour autant, le réalisateur prend bien soin de ne pas mettre frontalement en accusation ni les instances éducatives, ni les parents. Et si ceux-ci semblent ici impuissants, voire incompétents, c’est que Yan England a choisi d’épouser le point de vue de Tim, donnant forcément une vision subjective et donc tronquée de la réalité. Étrangement titré, comme s’il cherchait à dévier l’attention du public sur un enjeu secondaire (pour ne pas l’effrayer ?), 1:54 saura-t-il catalyser la parole chez les spectateurs liés plus ou moins directement à des situations comparables ? Exercera-t-il un rôle prophylactique ? Détachée du quotidien français, cette représentation d’une violence o

Continuer à lire

The Voices

ECRANS | Marjane Satrapi s’exile aux États-Unis pour s’approprier une commande de film d’horreur à petit budget qu’elle transforme en comédie sanglante et cinglante à l’esprit très 80’s. Sympathique même si l’affaire peine à tenir la longueur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

The Voices

Il faut imaginer ce que The Voices aurait pu être si Marjane Satrapi ne s’en était emparé pour lui faire subir une torsion toute personnelle : un de ces films d’horreur pour ados comme il s’en produit à la pelle, où l’esprit de sérieux n’est qu’une façade pour masquer le cynisme mercantile. Le film raconte comment un schizophrène tout juste sorti de l’asile, suivi de près par sa psychiatre et tenu en laisse par une puissante camisole chimique, finit par craquer son vernis de ravi de la crèche et retomber dans ses pulsions homicides. D’entrée, Satrapi repeint son univers aux couleurs irréelles d’un arc-en-ciel de bonheur, quand bien même celui-ci napperait un paysage d’usines et de banlieues branlantes ; l’effet Prozac contamine une mise en scène qui choisit l’option humour noir et transforme le minet Ryan Reynolds en une parodie de lui-même, sourire extatique figé perpétuellement sur son visage de puceau imberbe. Lorsqu’il rentre chez lui après une journée à bosser et à tenter de séduire la belle secrétaire de son entreprise — Gemma Arterton, parfaite incarnation du charme canaille de la girl next door british — plutôt que de nourrir son cha

Continuer à lire

Gemma Bovery

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr, 1h39) avec Fabrice Luchini, Gemma Arterton, Jason Flemyng…

Christophe Chabert | Mardi 9 septembre 2014

Gemma Bovery

Martin Joubert, un boulanger féru de littérature, s’ennuie dans son petit village normand jusqu’à ce que débarquent de leur Angleterre natale Gemma Bovery et son mari Charles. À la fois troublé par la sensualité de la jeune femme et par sa ressemblance avec Emma Bovary, l’héroïne de Flaubert, Martin s’embarque dans un jeu fait de voyeurisme et de fantasmes, érotiques autant que littéraires, envers elle. Cette trame-là est de loin ce qu’il y a de plus intéressant dans le nouveau film d’Anne Fontaine, mais la cinéaste n’en tire aucun point de vue fort dans sa mise en scène. Plutôt que de coller au regard de Martin et à sa capacité à interpréter sauvagement la réalité en fonction de son désir et de ses références, elle va régulièrement filmer son contrechamp, ce qui tue instantanément toute ambiguïté et tout trouble. L’exemple évident est la relation entre Gemma et Hervé, le fils à maman friqué qui devient son jeune amant fougueux ; la scène où Martin "double" leur dialogue à distance est une belle idée, mais Fontaine la réduit à néant en enregistrant aussi la vraie conversation entre les deux tourtereaux. Cette manière tiède et ras

Continuer à lire

La Source des femmes

ECRANS | De Radu Mihaileanu (Fr, 2h04) avec Leila Bekhti, Hafsia Herzi, Hiam Habass…

Christophe Chabert | Mardi 25 octobre 2011

La Source des femmes

Avec Le Concert, Radu Mihaileanu avait prouvé qu’il aimait bien les clichés ethniques et pittoresques pour construire de la comédie à vocation internationale. Au moins faisait-il preuve d’un petit talent de storyteller… Avec La Source des femmes, il n’y a plus que la maladresse et les clichés, le scénario se délayant dans une longue et confuse fiction chorale illustrée façon téléfilm de luxe. Chez Mihaileanu, au nom du conte, on peut prendre des actrices françaises et résumer grossièrement leurs origines (pas marocaines, algériennes ou tunisiennes ; juste arabes) ; oui, mais c’est un film féministe ! On peut aussi diviser l’orient en deux catégories : les musulmans gentils (poètes, tolérants, respectueux de leurs femmes) et les musulmans méchants (le Coran à la main pour flanquer des roustes à leurs épouses) ; oui, mais c’est un film humaniste ! On peut enfin, en guise de conclusion rassurante façon feel good movie, terminer son film par de la danse et des chansons, des beaux costumes, des youyous et tout le monde est content ; oui, mais c’est un film d’auteur ! Au secours…Christophe Chabert

Continuer à lire

Cannes jour 11 : À sec

ECRANS | Il était une fois en Anatolie de Nuri Bilge Ceylan. La Source des femmes de Radu Mihaileanu. Elena d’Andrei Zviagintsev.

Dorotée Aznar | Dimanche 22 mai 2011

Cannes jour 11 : À sec

Le mystère des sélections cannoises n’étant pas si impénétrable que ça, il faut dire ici que des fuites avaient eu lieu concernant la présence en compétition du dernier Nuri Bilge Ceylan, Il était une fois en Anatolie. Le metteur en scène turc, autrefois chéri du festival (double prix pour Uzak, sélection officielle pour Les Climats, Prix de la mise en scène pour Les Trois singes), allait en 2011 prendre la place du cinéaste qui vient à Cannes pour «se suicider», après Mikhalkov en 2010, Tsai Ming Liang en 2009 et Wenders en 2008. La projection officielle de ce film fleuve (2h37) le samedi à 22h30 en disait assez long sur l’envie de le planquer sous le tapis, sachant qu’à cet instant du festival, la plupart des accrédités ont déjà fait leurs valises pour rentrer à la maison. Plans tableaux sans fin, dialogues en boucle, personnages opaques : au bout d’une heure, non seulement il ne s’était toujours rien passé à l’écran, mais on n’avait aucune idée de là où Bilge Ceylan voulait en venir. Du coup, on est tout bonnement rentré se coucher pour être frais le lendemain. Mais si j’avais su qu’une autre épreuve m’attend

Continuer à lire

Le Concert

ECRANS | De Radu Mihaileanu (Fr, 2h) avec Aleksei Guskov, Mélanie Laurent…

Dorotée Aznar | Lundi 2 novembre 2009

Le Concert

Surnommé le maestro au summum de sa gloire, le chef d’orchestre Andrei Filipov a payé cher sa résistance à Brejnev, au point de se retrouver aujourd’hui homme de ménage du Bolchoï. Lorsque le fameux orchestre russe décroche un engagement au Théâtre parisien du Châtelet, Filipov court-circuite l’invitation et rameute ses anciens musiciens pour honorer l’engagement à sa façon… C’est peu dire que Radu Mihaileanu était attendu au tournant après le plébiscite du beau Va, Vis et deviens. Aussi, le voir s’attaquer à un pur feel good movie, demandant une colossale suspension d’incrédulité de la part du spectateur, peut inquiéter. Et de fait, Le Concert enchaîne les péripéties toutes plus incroyables les unes que les autres avec un enthousiasme dévastateur, fait évoluer des personnages délicieusement too much vers un dénouement tout aussi jouissif qu’attendu. Mais, et c’est là ce qui fait toute la différence, il le fait avec une générosité cinématographique trop rare pour être antipathique. Bien aidé par le casting de trognes brisées de ses musiciens russes (qui tranche violemment avec le côté lisse des acteurs français – la comparaison est sans appel…

Continuer à lire