"Ma famille t'adore déjà" : mytho dans un bateau

ECRANS | Un film de Jérôme Commandeur & Alan Corno (Fr, 1h24) avec Arthur Dupont, Déborah François, Thierry Lhermitte, Valérie Karsenti…

Vincent Raymond | Mercredi 9 novembre 2016

Photo : © DR


Avant de convoler avec Eva, Julien demande à rencontrer la famille de sa promise. Mais la belle, menteuse compulsive, a “embelli” la situation de son fiancé pour impressionner les siens. Piégé, l'amoureux va devoir pagayer pour lui sauver la face…

Ce scénario bateau tenant sur un Pass Navigo (genre Mon beau-père et moi, avec Thierry Lhermitte cardiaque à la place de Robert De Niro, et régate sur l'île de Ré en sus) était promis au naufrage. Jérôme Commandeur évite de boire la pleine tasse grâce à de bonnes inspirations : faire court, partager la réalisation avec un technicien chevronné et confier les premiers rôles à un duo inattendu venu du cinéma d'auteur : Arthur Dupont et Déborah François.

D'un naturel moins cynique que tendre, Commandeur semble préférer la composante sentimentale à la pure comédie — que ses activités d'humoriste lui donnent l'occasion d'explorer ordinairement. Voilà pourquoi son petit couple se révèle plus attachant dans ses désarrois que celui formé par les beaux-parents, usine à stéréotypes déjà mille fois caricaturée.


Ma famille t'adore déjà

De Jérôme Commandeur et Alan Corno (Fr, 1h24) avec Arthur Dupont, Déborah François... Julien, trentenaire bonne pâte et modeste, créateur d’applications pour smartphone, est fou d’amour pour Eva, journaliste dans la presse professionnelle. Après avoir accepté la demande en mariage de Julien, Eva est obligée de le présenter à ses parents qui résident sur l’île de Ré. Au cours d’un week-end de folles péripéties, Julien va faire exploser sa future belle-famille qui ne tenait que par des mensonges et des faux-semblants...
UGC Part-Dieu CC Part-Dieu niveaux 2 & 4 Lyon 3e
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Le Nord, le Sud, et le reste… : "L'Etat Sauvage"

Western | 1861. Alors que la Guerre de Sécession fait rage, les Français sont sommés par l’Empereur de rester neutres. Pour Edmond et les siens qui vivent dans le Sud, la situation devient intenable. Ils décident donc de rentrer au pays, mais doivent pour ce faire traverser un vaste espace sauvage.

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Le Nord, le Sud, et le reste… :

Ontologiquement lié à la geste légendaire d’un territoire conquis (asservi ?) par des immigrants, le western, genre labouré dans tous les sens, n’a cependant cessé d’évoluer grâce à des regards extérieurs, inattendus voire “défendus“ : la vision opératique de Leone lui redonna un sens épique, La Flèche brisée (1950) modifia la perception manichéenne des Indiens, l’ascèse de Kelly Reichardt (entre autres) pour La Dernière Piste (2011) développa sa dimension métaphysique. Hybridé, modernisé, tarantinisé, le western n’en demeure pas moins empli d’angles morts historiques ; une aubaine pour les auteurs de tous horizons : après Audiard ou Iñárritu, David Perrault s’y engouffre ici avec bonheur. Son approche est réjouissante car elle se trouve “à cheval“ — si l’on ose — entre les deux cultures européenne et américaine, et voit s’affronter spécificités et paradoxes propres à chacune (attitude vis-à-vis des Noirs affranchis ou non, des femmes…).

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Maria, pour mémoire : "L'Autre continent"

Comédie Sentimentale | De Romain Cogitore (Fr-Taï, 1h30) avec Déborah François, Paul Hamy, Daniel Martin…

Vincent Raymond | Mardi 4 juin 2019

Maria, pour mémoire :

Polyamoureuse, Maria s’est exilée à Taïwan pour devenir guide-interprète (en flamand). Sur place, elle flashe sur Olivier, un polyglotte compulsif… mais sentimentalement timoré. Après quelques mois de bonheur fou, Olivier se sent mal et un cancer du sang le plonge dans un coma profond… Les énièmes remous aigres de “l’affaire Vincent Lambert” précèdent d’une bien triste manière la sortie de ce très audacieux mélo expérimental. Car il serait des plus malséants de prendre appui sur ce film (lui même inspiré d’un authentique cas clinique) pour donner du grain à moudre aux partisans de l’acharnement thérapeutique : comparaison n’est jamais raison, et les dossiers médicaux n’ont rien à voir. En outre, si l’on est honnête, Cogitore ne s'intéresse pas au “miracle médical” d’une guérison, mais plutôt à l’apprentissage d’un deuil amoureux. Et surtout, il se saisit de la matière cinématographique comme d’une chance pour transcender son récit — c’est une constante, visiblement, dans la prolifique famille Cogitore. L’Autre continent revêt donc successivement les atou

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Pierre Jolivet : « mon luxe ? Je ne fréquente pas de cons »

Victor et Célia | Aux Rencontres d’Avignon, puis à celles de Gérardmer, Pierre Jolivet a présenté son nouveau couple de cinéma, Victor et Célia. Deux jeunes gens d’aujourd’hui combatifs, épris l’un de l’autre autant que de leur liberté. Il en a aussi profité pour parler de l’état de la production hexagonale à l’heure de Netflix…

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Pierre Jolivet : « mon luxe ? Je ne fréquente pas de cons »

Est-il plus difficile de faire un film ou d’ouvrir un salon de coiffure ? Pierre Jolivet : Je ne sais pas… Il y a de l’entrepreneuriat dans les deux. Faire un film, c’est aussi monter une petite entreprise de plusieurs millions en deux-trois ans. Je n’ai jamais ouvert un salon de coiffure ! À la différence des deux petits coiffeurs qui m’ont inspiré le film. Au départ, j’étais allé me faire couper les cheveux dans un petit salon du XVe, là où j’habite. Ils étaient stressés parce que j’étais leur premier client, et ils m’ont raconté leur histoire. Qu’ils ne dormaient plus, qu’ils s’étaient endettés, qu’ils souffraient et étaient exaltés en même temps par la liberté qu’ils avaient. C'est ce mélange, cette vibration très particulière du passage à l’acte que j’ai essayé d’attraper. La thématique des petites entreprises vous tient à cœur… Celle des chômeurs aussi, beaucoup…J’ai grandi dans une banlieue populaire où il y avait plein de petites entreprises qui ont maintenant disparu. Si nous sommes ce que nous faisons, les artisans sont ce qu’ils fabriquent de leur

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Et si on passait au salon ? : "Victor et Célia"

Comédie | De Pierre Jolivet (Fr, 1h31) avec Arthur Dupont, Alice Belaïdi, Bruno Bénabar…

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Et si on passait au salon ? :

Même si l’affaire n’est pas bouclée à 100%, c’est sûr : Victor et Ben vont ouvrir le salon de coiffure de leurs rêves. Hélas, Ben meurt brutalement et Victor part en quête de l’associé ou associée idéale. Tout le dirige vers Célia, son ancienne *partenaire* de l’école de coiffure. Il reste encore à la convaincre… De l’entreprise à l’artisanat, Pierre Jolivet se sera penché sur toutes les formes de sociétés ou de commerces à périmètre humain. Car justement, ce sont les transactions entre les individus qui l’intéressent, davantage que les affaires de négoce génératrices de profit. Le cinéaste excelle dans la description de ces entraves susceptible de contrarier l’épanouissement personnel, qu’il s’agisse d’obstacles administratifs, de fâcheux, de fatalité voire d’une romance — ce dernier point (également connu sous le dicton “no zob in job“) étant à nuancer : on ne divulgâchera rien en sous-entendant que Victor et Célia vont être tendrement de mèche. C’est d’ailleurs leur relation amoureuse un brin contrariée par leurs scrupules mutuels (elle est en couple, lui trop

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"Grand froid" de Gérard Pautonnier : cadavre en cavale

ECRANS | de Gérard Pautonnier (Fr-Bel-Pol, 1h26) avec Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont, Olivier Gourmet, Fedor Atkine…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

L’entreprise funéraire d’Edmond Zweck ne devrait pas connaître la crise. Mais dans sa petite bourgade au nord de nulle part, personne ne meurt. Sur le point de licencier son fidèle Georges et son apprenti Eddy, il récupère un défunt. Hélas, les obsèques vont tourner au désastre… Distribution de prestige pour cette comédie d’humour noir-givré, rappelant à bien des égards cette frange de cinéma nordique qui joue sur l’absurdité découlant de la dilatation du temps : chez Roy Andersson, van Warmerdam, Kaurismäki, mais aussi les Coen de Fargo, quand le dérisoire devient par la contemplation forcenée un inépuisable réservoir d’extraordinaire et l’incongru totalement banal — tel le restaurant asiatique, inattendu dans ce décor. Si l’insolite surgit pour faire pivoter l’histoire vers un burlesque macabre, il reste des non-dits tout aussi porteurs de bizarrerie dérangeante (en témoignent les relations troubles “unissant” le prêtre à ses enfants de chœur). Il faut toutefois accepter le rythme traînant du début, parce qu’il participe pleinement de l’écriture comique. Pauton

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"Cézanne et moi" : peindre ou faire la moue

ECRANS | Un film de Danièle Thompson (Fr, 1h54) avec Guillaume Gallienne, Guillaume Canet, Alice Pol, Déborah François…

Vincent Raymond | Vendredi 23 septembre 2016

Cézanne vient visiter son camarade Zola en sa demeure, avec au cœur l’envie d’en découdre : Paul n’a pas apprécié d’avoir servi (à son insu) de modèle pour le roman d’Émile L’Œuvre. Et zou, flash-back dans leur enfance provençale, leur jeunesse bohème — sans Aznavour — mais avec de la vache enragée à Paris, leurs succès et échecs, leurs femmes ; le tout sous de la belle lumière avec de l’accent qui chante… Le cinéma qualité française n’est pas mort, il bouge encore. Enfin, il se contente d’exhaler un parfum de térébenthine patinée et de dérouler des saynètes minutieusement datées comme on arrache les feuillets d’un éphéméride. Dans cette carte postale, les deux Guillaume font ce que l’on attend d’eux : l’un galliennise l’exubérance méridionale libertaire jusqu’au bout du pinceau, l’autre canettise la componction du notable parvenu et tente de nous convaincre qu’il a un gros ventre — sans y parvenir, d’ailleurs. Vraiment, Danielle Thompson a bien fait d’arrêter les films de groupes et de familles hystériques pour se consacrer au futur contenu télévisuel des fins d’après-midis d’hiver…

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"L'Outsider" : pour enfin comprendre l'affaire Kerviel

ECRANS | Christophe Barratier remise patine et chansonnette pour prendre le parti de Jérôme Kerviel face à la Loi des marchés. Il réalise une jolie plus-value au passage : grâce à ce film maîtrisé, la séance se clôt par une forte hausse de la valeur de son cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Qu’il semble loin, le temps des Choristes, de Faubourg 36 ou de La Nouvelle Guerre des boutons ; cette époque laissant croire que Christophe Barratier préférait idéaliser un passé de carton-pâte, baigné d’insouciance nostalgique, comme s’il fuyait toute représentation du présent. Pour son premier film réellement contemporain, le cinéaste se paie le luxe de traiter frontalement un sujet en or que beaucoup de ses confrères français auraient sans doute évacué comme le mistigri : “l’affaire Kerviel”. Frontalement, c’est-à-dire sans recourir à ce faux-nez habituel qu’est “l’évocation de faits réels” — une touchante pudeur visant à se prémunir d’éventuelles poursuites. Ici, tout étant avéré, Barratier cite nommément et sans barguigner les protagonistes et les ra

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Maintenant ou jamais

ECRANS | De Serge Frydman (Fr, 1h35) avec Leïla Bekhti, Nicolas Duvauchelle, Arthur Dupont…

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Maintenant ou jamais

Charles et Juliette rêvent de s’installer avec leurs enfants dans une maison à la campagne, loin des appartements parisiens étriqués. Alors que le chantier démarre, Charles est licencié par la banque qui l’employait ; et, un soir, Juliette se fait voler son sac par un inconnu. Plutôt que de le dénoncer à la police, elle finit par proposer à ce petit voleur sans envergure un deal : organiser le braquage de la banque sus-citée. Maintenant ou jamais commence donc comme Une vie meilleure (déjà avec Leïla Bekhti) et se poursuit à la façon de Sur mes lèvres, avec une femme qui révèle une nature héroïque au contact du crime. L’addition mécanique de deux bons films n’accouche pas forcément d’une merveille, et Serge Frydman a bien du mal à camoufler les invraisemblances de son scénario. Le coup de force initial — le basculement de Juliette et son plan parfaitement orchestré qui surgit tel le lapin du chapeau —pèse lourd sur les péripéties à venir — dont une obscure visite à des malfrats belges trafiquants sur les champs de course ; quant aux at

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Un beau dimanche

ECRANS | De Nicole Garcia (Fr, 1h35) avec Pierre Rochefort, Louise Bourgoin, Déborah François…

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Un beau dimanche

On connaît désormais si bien le cinéma de Nicole Garcia, et on l’apprécie si peu, que chaque film vient consolider une œuvre dont la cohérence est aussi indéniable que l’absence d’intérêt. Sans surprise, Un beau dimanche regorge de plans où les personnages se figent, le regard pénétré, absorbés par leur tourment, et de dialogues signifiants et sentencieux, psychologisme souligné au feutre noir. Le film repose en partie sur les épaules de Pierre Rochefort, qui doit composer un personnage corseté par cette introversion forcée et une forme de passivité face au monde guère pratique pour discerner ses qualités de comédien. Dans un paradoxe qui rendrait presque l’ensemble mystérieux, on nous raconte comment un homme décide de refuser l’héritage familial, alors que Garcia cherche à offrir son premier grand rôle à l’écran à son propre fils… Cette curiosité ne tient pas longtemps, emportée par un dernier acte où la lutte des classes se résume à un empilement de clichés gênants — la haute bourgeoisie réduite à de grandes demeures, des parties de tennis et des pulls noués autour des épaules. Au milieu de ce film congelé, Louise Bourgoin apporte une rafraîchissante

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Quai d’Orsay

ECRANS | De Bertrand Tavernier (Fr, 1h54) avec Thierry Lhermitte, Raphaël Personnaz, Niels Arestrup…

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Quai d’Orsay

Le cinéma de Bertrand Tavernier ne brille pas par sa légèreté ; d’où étonnement de le voir s’emparer de la BD de Blain et Lanzac relatant sur un mode de comédie picaresque le passage au ministère des Affaires étrangères de Dominique de Villepin, rebaptisé Alexandre Taillard de Worms. Grand bien lui en a pris : c’est son meilleur film depuis des lustres, malgré ses évidentes faiblesses. Adoptant le point de vue du candide Arthur Wlaminck, recruté pour s’occuper du «langage» au sein du cabinet, Tavernier met en lumière le bordel intégral que le ministre sème autour de lui, mélange d’égocentrisme, de cuistrerie, de copinage et d’agitation pure et vaine. Tant qu’il reste dans l’enceinte du Quai d’Orsay, le film est franchement plaisant, notamment grâce à la double prestation de Lhermitte et Arestrup, antinomiques comme le feu et la glace. La lourdeur de Tavernier revient dès qu’il en sort, notamment pour aller filmer les scènes parfaitement inintéressantes entre Arthur et sa compagne, aération inutile d’un récit qui méritait plus de radicalité. Se plaçant sous la Présidenc

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Au bout du conte

ECRANS | Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri font entrer une fantaisie nouvelle dans leur cinéma, en laissant à une génération de jeunes comédiens pris à l’âge des contes de fées le soin de se heurter à leur réalité d’adultes rattrapés par l’amertume et les renoncements. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

Au bout du conte

Il était une fois une petite révolution dans le cinéma de Bacri et Jaoui, qui ronronnait gentiment dans sa formule avec Parlez-moi de la pluie. Voilà que ces maîtres du dialogue et du scénario, ces deux acteurs virtuoses, se décident à oser la fantaisie filmique là où jusqu’ici leur caméra se devait d’être transparente. Cure de jouvence effectuée à une double source : celle des contes de fée, dont Au bout du conte transpose dans un contexte contemporain les figures les plus identifiées — le chaperon rouge et son grand méchant loup, la reine cruelle obsédée par sa beauté et par une Blanche-Neige trop jeune, la pantoufle de Cendrillon et son prince charmant ; et ceux qui y croient, des jeunes gens qui sont aussi, réalisme oblige, de jeunes comédiens, tous très bons, même Agathe Bonitzer. Cela change beaucoup à l’écran, mais rien sur le regard que posent Bacri et Jaoui sur le monde ; au contraire, en opposant à ce sang neuf la bile noire et amère coulant dans les veines d’une poignée d’adultes revenus de tout — l’amour, la paternité, le progrès,

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Populaire

ECRANS | De Régis Roinsard (Fr, 1h51) avec Romain Duris, Déborah François…

Christophe Chabert | Mercredi 21 novembre 2012

Populaire

Les Petits mouchoirs, Polisse, Radiostars et maintenant Populaire : il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir le projet du producteur Alain Attal, projet qui dépasse la personnalité des réalisateurs qui signent ces films. Les Petits mouchoirs faisait pleurer sur les malheurs de bourgeois parisiens friqués en vacances, Polisse vantait le courage et la sensibilité des flics contre le peuple et les élites, Radiostars exaltait l’amitié masculine et le succès en ridiculisant la province et les petites gens. Populaire, jusque dans son titre, est comme un point d’orgue à cette démarche lourdement idéologique. Il s’agit ici de montrer comme c’était bien, les années 50, cette époque bénie où les femmes obéissaient docilement à leur patron, parfois même tombaient dans leur bras, et où elles savai

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Le Moine

ECRANS | De Dominik Moll (Fr-Esp, 1h40) avec Vincent Cassel, Déborah François, Sergi Lopez…

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Le Moine

Adapter le livre culte de Matthew Lewis, resté fameux pour son approche fantastique et feuilletonesque de la religion catholique, était un défi que Dominik Moll a pris visiblement à contresens. Plutôt que de s’engouffrer dans les outrances offertes par cette histoire baroque et iconoclaste (un moine rigoriste succombe à la tentation en se faisant abuser par une diablesse masquée, avant de commettre des crimes pour dissimuler son péché), il prend tout extrêmement au sérieux et déballe un bric-à-brac visuel qui manque et de souffle, et de rythme. Aucun vertige, aucun trouble, aucune fascination et surtout aucun plaisir à la vision de ce film tétanisé d’un bout à l’autre, à l’image d’un Vincent Cassel bridé par son jeu, à qui on conseillera d’aller voir la prestation de Banderas dans La Piel que habito pour voir qu’on peut s’amuser tout en composant un personnage glacé et ambivalent. Christophe Chabert

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Bus Palladium

ECRANS | De Christopher Thompson (Fr, 1h40) avec Marc-André Grondin, Arthur Dupont, Elisa Sednaoui…

Dorotée Aznar | Vendredi 12 mars 2010

Bus Palladium

Inutile de chercher loin l’horizon esthétique de Bus Palladium. Il vient d’une époque, celle des Enfants du rock, que toute une génération (celle de Christopher Thompson) tente aujourd’hui de réhabiliter avec nostalgie. Ainsi cette chronique d’une bande de potes montant un groupe dans les 80’s n’est que le lègue spirituel des amis de Philippe Manœuvre aux baby rockers slimanisés et autres kids de La Nouvelle star ; qui ont trouvé ici leur film étendard, passionné mais stérile, enfermé dans une vision du rock vintage où les signes sont clichés. Toc, balisé et jamais musical, Bus Palladium rejoint LOL au catalogue d’un cinéma trans-générationnel rêvant inconsciemment de réactualiser l’atomisation narrative d’Hélène et les garçons. Sa vraie référence. JD

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Fais-moi plaisir

ECRANS | De et avec Emmanuel Mouret (Fr, 1h40) avec Judith Godrèche, Déborah François…

Christophe Chabert | Mercredi 17 juin 2009

Fais-moi plaisir

Satellite géostationnaire de la planète cinéma français, Emmanuel Mouret élabore film après film une formule qui n’appartient qu’à lui et à son drôle de corps, signature physique d’un univers empruntant à Rohmer et à Guitry, en plus érotique, sinon névrotique. Si la formule ne varie que peu, les résultats sont contrastés : excellent dans Changement d’adresse, décevant dans Un baiser s’il vous plait et contrasté pour ce Fais-moi plaisir. Démarré sur un ton de badinage en chambre à la fausseté trop assumée, le film bascule quand son anti-héros (Mouret lui-même) accomplit son fantasme à la demande de sa compagne : aller à un rendez-vous pour coucher avec une autre fille (et se la sortir ainsi de l’esprit). Commence alors un autre film, qui lorgne sur le Blake Edwards de La Party sans vraiment trouver ni son ton, ni son rythme. Mais grâce à ses bifurcations réalistes (passage par l’Élysée et un président impeccablement campé par Jacques Weber) dans un récit hautement fantaisiste, et par ses escapades toujours inattendues (une belle parenthèse avec la bonniche Déborah François, une conclusion joyeusement amorale), Fais-moi plaisir n’arrive pas à être totale

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