"Iris" : thriller mon oeil !

ECRANS | Un film de et avec Jalil Lespert (Fr, 1h39) avec également Romain Duris, Charlotte Le Bon, Camille Cotin…

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Photo : © Thibault Grabherr


Pendant qu'un riche banquier d'affaires pleurniche sa race maudite auprès de la police la disparition soudaine de son épouse Iris, un garagiste lié à l'affaire sent l'étau se resserrer. Mais s'il tombe, il ne sera pas le seul…

Porté par le succès de son très sage biopic autorisé Yves Saint Laurent (2014) et de la série Versailles, Jalil Lespert enchaîne avec un polar aux allures sulfureuses, car agitant le spectre d'Édouard Stern, banquier adepte de pratiques SM, abattu au cours d'un de ses petits jeux. Il vient aussi (consciemment ?) manger dans la gamelle de Boileau-Narcejac et Hitchcock en s'autorisant une sorte de relecture de Vertigo. Sauf que Lespert n'a pas vraiment le métier ni l'originalité stylistique d'un De Palma pour proposer une variation inventive.

Ici, c'est l'asepsie générale : voyeurisme réduit au minimum, lyrisme mélancolique en berne, nécrophilie inexistante… À peine note-t-on une once d'érotisme de salle de bains entre deux plans façon pub pour parfum. Seul élément compatible avec l'univers d'Alfred ou Brian, Charlotte Le Bon, symphonique de beauté duplice, hélas reléguée à un rôle de poupée ligotée et bâillonnée. Fade.


Iris

De Jalil Lespert (Fr, 1h38) avec Romain Duris, Charlotte Le Bon...

De Jalil Lespert (Fr, 1h38) avec Romain Duris, Charlotte Le Bon...

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Iris, la femme d’Antoine Doriot, un riche banquier, disparaît en plein Paris. Max, un jeune mécanicien endetté, pourrait bien être lié à son enlèvement. Mais les enquêteurs sont encore loin d’imaginer la vérité sur l’affaire qui se déroule sous leurs yeux.


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Graine de discorde : "L'Enfant rêvé" de Raphaël Jacoulot

Drame | Un drame passionné aux accents ruraux avec Jalil Lespert.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Graine de discorde :

À la tête de la scierie jurassienne familiale, François et Noémie luttent chaque jour pour leur entreprise comme pour leur couple, infécond. Mais voilà que François entame une liaison clandestine avec Patricia, une cliente par ailleurs mariée. Celle-ci va tomber enceinte… Le drame passionné en gestation, aux accents ruraux (et musicaux) de La Femme d’à côté, est hélas rattrapé par une triste prévisibilité lorsqu’à la trame sentimentale s’ajoutent des enjeux plus terre à terre. Le personnage de François ressemble alors une foultitudes de protagonistes masculins vus ici ou là ces dernières années, embringués dans des histoires vaguement similaires (entreprise à sauver avec patriarche emmerdeur dans le terroir/couple en déroute/histoire de fesses) ; à croire que cette situation tient du lieu commun, et que Jalil Lespert se substitue ici à Guillaume Canet ou Gilles Lelouche en chemise à carreaux. Restent les paysages du Jura filmés par drone… L'Enfant rêvé ★★☆☆☆ Un film de Raphaël Jacoul

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Du plomb à la patte : "Le Dindon"

Comédie | Séducteur impénitent, Pontagnac suit chez elle Victoire qu’il aimerait mettre dans son lit, ignorant qu’elle est l’épouse de son ami Vatelin. Quand celui-ci apparaît, il faut composer. Encore plus quand un autre soupirant de Victoire débarque. Et davantage à l’irruption de Mme Pontagnac…

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Du plomb à la patte :

Transposer une pièce de Feydau : pourquoi pas ? La situer au début des années 1960 : l’idée se défend, révélant à quel point les codes de la bourgeoisie patriarcale ont peu évolué jusqu’au schisme sociétal de 68. Reste la question de l’adaptation… C’est-à-dire pas uniquement un ripolinage cosmétique visant à “actualiser“ ici quelques répliques, là du décor, ailleurs des situations ou des personnages ; juste rendre le matériau compatible avec les contraintes propres à l’écran. Bien sûr, il ne faut pas attendre d’un vaudeville sa métamorphose en fresque de David Lean (ce serait un contresens stupide), mais à tout le moins qu’il trouve une équivalence dans sa mécanique rythmique. Ici, seul le deuxième acte parvient à s’abstraire de la langue pour donner vie aux corps en osant burlesque et absurde : le premier reste prisonnier d’une exposition laborieuse et le troisième d’un dénouement mollasson. Dommage, car le générique vitaminé laisser espérer mieux. Le Dindon Un film de Jalil Lespert (Fr, 1h25) avec Dany Boon, Guillaume Gallienne, Alice Pol…

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Fear West : "Le Déserteur"

Thriller | Une époque indéfinie, dans l’Ouest étasunien. C’est là que Philippe s’est expatrié pour fuir son Canada et une probable mobilisation. Tirant le diable par la queue, il survit en participant à des concours de sosies de Charlie Chaplin. Mais le diable ne s’en laisse pas compter et le rattrape.

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Fear West :

N’était son image en couleur, le film de Maxime Giroux pourrait pendant de longues minutes passer pour contemporain des Raisins de la colère (1940), avec son ambiance post-Dépression poussant les miséreux à l’exil et transformant les malheureux en meute de loups chassant leurs congénères. Et puis l’on se rend compte que le temps du récit est un artifice, une construction — comme peut l’être le steampunk —, un assemblage évoquant une ambiance plus qu’il ne renvoie à des faits précis ; une ambiance qui semble ô combien familière. Aussi ne tombe-t-on pas des nues lorsque l’on assiste, après sa longue errance entre poussière et villes fantômes, à la capture de Philippe par un réseau de trafiquants de chair humaine pourvoyant de pervers (et invisibles) commanditaires. Fatalité et ironie du sort : fuir le Charybde d’une guerre pour échouer dans ce Scylla censément pacifique. Craindre d’être tué et risquer la mort plus souvent qu’à son tour ; refuser de prendre les armes pour finir par être contraint de s’en servir… Ingrédi

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Maxime Giroux : « On n’a pas appris de nos erreurs, on répète l’Histoire »

ECRANS | Après "Felix & Meira", le réalisateur québécois Maxime Giroux signe une parabole sur la férocité cannibale de la société capitaliste, qui conduit l’Homme à exploiter son prochain. Entretien avec un cinéaste guère optimiste sur le devenir de notre monde…

Vincent Raymond | Lundi 26 août 2019

Maxime Giroux : « On n’a pas appris de nos erreurs, on répète l’Histoire »

Pourquoi le titre original, La Grande Noirceur, n’a-t-il pas survécu à sa traversée de l’Atlantique ? Maxime Giroux (rires) Il faudrait poser la question à mon distributeur. Quand je fais des films, j’aime bien qu’on laisse la liberté de les faire comme je veux. Alors, quand des distributeurs me demandent de changer le titre pour sortir dans un pays X, je dis oui (rires). Je pense que La Grande Noirceur était peu trop négatif ; et puis c’était surtout une référence à une époque au Québec qui ne parlait pas au public européen. Votre histoire est une uchronie située un territoire immense, indéfini (l’Ouest sauvage tel qu’on le fantasme). Ce double flou spatio-temporel, est-ce pour atteindre à l’universel, à la métaphore ? Tout à fait. Mon but n’était pas de parler d’une époque, d’une situation ou d’une guerre précise, mais plutôt d’un système qui est inabordé à travers l’Histoire — qu’on pourrait appeler le système capitaliste ou d’un autre nom — qui est basé sur la violence, le pouvoir. Comment le début de l’écriture a correspondu à l’élection de Trump, il fall

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Les 30 saisons du Théâtre de l'Iris

Théâtre | Sans paillette, le Théâtre de l'Iris fête néanmoins ses trente ans d'existence tout au long de la saison avec reprises-phares et créations clin d’œil. Rencontre avec son directeur-fondateur Philippe Clément.

Nadja Pobel | Mardi 30 octobre 2018

Les 30 saisons du Théâtre de l'Iris

Avec quelles intentions arrivez-vous dans ce lieu en 1988 ? Philippe Clément : Le lieu est un pur hasard. Je faisais alors un petit break dans ma carrière d'acteur et metteur en scène, après des années passées aux côtés de descendants de Jacques Copeau qui travaillaient sur l’éducation populaire, puis auprès de Marcel Maréchal notamment. J'ai ensuite fait des études de médecine chinoise, puis repris le théâtre et j'ai monté une compagnie. Nous voulions une salle pour répéter. On a fini par trouver cet ancien cinéma de quartier (près du métro Cusset) dont je suis tombé amoureux. Et on a décidé de faire de la programmation en plus de présenter nos spectacles. Comment s'est construite votre histoire avec les spectateurs ? Elle est liée à la permanence du spectacle et du lieu et au fait qu'on a choisi un chemin peu à la mode à l'époque et qui ne l'est toujours pas : on est un des rares endroits en France habité par une compagnie qui ait une troupe permanente. De plus, nous avons un répertoire qu'on tourne, qu'on reprend dont Les Fourberies de Scapin qu'on joue depuis trente ans. Vou

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Le combat ordinaire : "Nos batailles" de Guillaume Senez

Drame | de Guillaume Senez (Fr-Bel, 1h38) avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy…

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Le combat ordinaire :

Chef d’équipe dans un entrepôt 2.0, Olivier affronte chaque jour une direction tyrannique, avant de retrouver la paix des siens. Un jour, sa femme le quitte sans prévenir, le laissant seul avec ses deux enfants. C’est un autre combat qui s’engage alors : faire sans, avec l’angoisse en plus… Enfin un rôle consistant pour Romain Duris et nous rappeler que, s’il dilapide parfois ses qualités à la demande de certains cinéastes le poussant à cabotiner, le comédien sait aussi mettre son naturel et sa sauvagerie au service d’emplois du quotidien dans des films à fleur d’âme tels que Nos batailles. Tout est ici d’une justesse infinie, sans la moindre fausse note : l’injustice qui sourd, la description du lean management cynique dans sa désincarnation ultime, le dialogue et les situations, jusqu’au sourire mouillé de sanglots d’une femme cherchant à ne pas perdre la face après une réplique maladroite de l’homme dont elle s’est éprise — Laure Calamy, parfaite dans la réserve, comme tous les personnages secondaires. Par s

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Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur : "Fleuve noir"

Polar | de Erick Zonca (Fr, 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain…

Vincent Raymond | Mercredi 18 juillet 2018

Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur :

Flic lessivé et alcoolo, le capitaine Visconti enquête la disparition de Dany. Très vite, il éprouve une vive sympathie pour la mère éplorée de l’ado, ainsi qu’une méfiance viscérale pour Bellaile, voisin empressé, professeur de lettres et apprenti écrivain ayant donné des cours privés à Dany… Des Rivières pourpres à Fleuve noir… Vincent Cassel a un sens aigu de la continuité : les deux films sont on ne peut plus indépendants, mais l’on peut imaginer que son personnage de jeune flic chien fou chez Kassovitz a, avec le temps, pris de la bouteille (n’oubliant pas de la téter au passage) pour devenir l’épave chiffonnée de Quasimodo au cheveu gras et hirsute louvoyant chez Zonca. Cette silhouette qui, entre deux gorgeons, manifeste encore un soupçon de flair et des intuitions à la Columbo ; ce fantôme hanté par ses spectres. Terrible dans sa déchéance et désarmant dans son obstination à réparer ailleurs ce qu’il a saccagé dans son propre foyer, ce personnage est un caviar pour un comédien prêt à l’investir physiquement. C’est le cas de Cassel, qui n’avait pas eu à hab

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Un peu réchauffé : "Realive"

Anticipation | de Mateo Gil (Esp, 1h42) avec Tom Hughes, Oona Chaplin, Charlotte Le Bon…

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Un peu réchauffé :

Atteint d’un mal incurable, un jeune entrepreneur décide de se faire cryogéniser dans l’espoir d’être guéri dans le futur. Réveillé (et “réparé“) soixante ans plus tard, il découvre un monde dans lequel il est une exception. Bien plus qu’il ne croit. Jusqu’où peut-on défier l’ordre naturel des choses ; jusqu’à quel point la science peut-elle se dépourvoir de conscience avant de voir son âme tomber en ruines ? Voilà pour les grandes questions philosophiques — et vieilles lunes de l’anticipation — portées par ce film souffrant malheureusement pour lui de similitudes trop évidentes avec Ouvre les yeux (1998) de Amenábar (dont Mateo Gil a été, justement, le scénariste) et d’une vision aseptisée du futur peu créative, rappelant notamment THX 1138 (1973) de George Lucas ou Bienvenue à Gattaca (1997) d’Andrew Niccol. Si l’humanité avait une propension à l’ascèse et à la sobriété, comment expliquer Desigual, les coiffures de footballeurs ou Donald Trump ?

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Rōnins canins : "L’Île aux Chiens"

Le Film de la Semaine | Wes Anderson renoue avec le stop motion pour une fable extrême-orientale contemporaine de son cru, où il se diversifie en intégrant de nouveaux référentiels, sans renoncer à son originalité stylistique ni à sa singularité visuelle. Ces Chiens eussent mérité plus qu’un Ours argenté à Berlin.

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Rōnins canins :

Sale temps pour les cabots de Megasaki ! Prétextant une épidémie de grippe canine, le maire décide de bannir tous les toutous et de les parquer sur une île dépotoir. Atari, 12 ans, refuse d'être séparé de son Spots adoré. Il vole un avion pour rallier l’Île aux Chiens. Ce qu’il y découvrira dépasse l’entendement… Peu de cinéastes peuvent se targuer d’être identifiables au premier coup d’œil, qu’ils aient signé un film d’animation ou en prises de vues réelles. Tel est pourtant le cas de Wes Anderson, dont le cosmos se trouve, à l’instar d’une figure fractale, tout entier contenu dans la moindre de ses images. Martelée par trois tambourineurs asiates dans une pénombre solennelle, l’ouverture de L’Île aux Chiens est ainsi, par sa “grandiloquente sobriété”, un minimaliste morceau de bravoure andersonien en même temps qu’une mise en condition du public. Au son mat des percussions, celui-ci entame sa plongée dans un Japon alternatif nuke-punk, synthèse probable entre le bidonville de Dodes'kaden ! et le sur-futurisme c

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Bozon maudit : "Madame Hyde"

Pas fantastique | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Bozon maudit :

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip-Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman de Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine d’ailleurs à comprendre le “pourquoi” de ce film. Son “comment” demeure également mystérieux, avec ses séquences coupées trop tôt, son pseudo humour décalé sinistre

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En l’absence des hommes : "Les Gardiennes"

Le Film de la Semaine | Xavier Beauvois transpose un roman de 1924 racontant comment les femmes ont assuré l’ordinaire et l’extraordinaire d’une ferme pendant la Grande Guerre. Une néo qualité française pétrie de conscience sociale et humaine ; du cinéma de réconciliation, en somme.

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

En l’absence des hommes :

1915. Privée de ses hommes partis au front, la ferme du Paridier doit continuer à tourner. À l’approche des moissons, Hortense embauche Francine, une orpheline dure à la tâche pour la seconder auprès de sa fille Solange. Les saisons se suivent et Francine semble adoptée… C’est une figure bien paradoxale que Xavier Beauvois s’emploie à dessiner de film en film (et poursuit donc ici tout naturellement) : celle de l’absence, de la disparition, de l’effacement. Succédant à La Rançon de la gloire (2013) et son histoire de sépulture sans mort, Les Gardiennes évoque les morts sans sépulture de la grande boucherie de 14-18. Un conflit d’ailleurs quasiment traité in absentia puisque le Paridier, barycentre des héroïnes, se trouve loin de la ligne de front : quelques rares images de contextualisation au début, puis des cauchemars des militaires en permission, montrent le visage effrayant des combats. Le front et la ferme Pourtant, dans cette saga paysanne “de l’arrière”, la

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Nicolas Boukhrief : « je voulais surtout faire un portrait de femme »

Entretien | Dix-huit mois après la sortie en salles avortée de "Made in France", le cinéaste revient avec un projet mûri pendant vingt ans : une nouvelle adaptation de "Léon Morin, prêtre".

Vincent Raymond | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Boukhrief : « je voulais surtout faire un portrait de femme »

Cette nouvelle adaptation du livre de Beatrix Beck n’en porte pas le titre. Vous a-t-il été confisqué ou interdit à cause, justement, de l’adaptation de Melville ? Nicolas Boukhrief : Non, pas du tout. Les gens se rappellent plus du film de Melville que de son livre — qui est une histoire autobiographique, un portait de l’homme qui l’avait tellement bouleversée. Appeler le film Léon Morin, prêtre ne me convenait pas, puisque je voulais surtout faire un portrait de femme et que le personnage de Barny soit très mis en avant. Du coup, La Confession est venu assez vite. Hitchcock disait que tout titre doit être une interrogation pour le spectateur, ou une promesse. Tant qu’on n’a pas vu le film, on ne sait pas quelle est la confession, ni qui confesse quoi à qui. Après Made in France, passe-t-on facilement d’une dialectique religieuse à une autre ? Oui, dans la mesure où j’ai écrit les deux scénarios en même tem

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"La Confession" : une drôle de paroissienne

ECRANS | de Nicolas Boukhrief (Fr, 1h56) avec Romain Duris, Marine Vacth, Anne Le Ny…

Vincent Raymond | Mercredi 15 mars 2017

Un village pendant l’Occupation. Militante communiste farouchement athée, Barny entame une joute rhétorique avec le nouveau prêtre, le fringant Léon Morin, dont la beauté et les sermons électrisent ses concitoyennes. À son corps défendant, la jeune femme sent ses certitudes vaciller et un sentiment naître en elle. Serait-ce la foi ou bien l’amour ? Au commencement était le Verbe… Nicolas Boukhrief oublie (presque) pour une fois le cinéphile en lui pour revenir à l’essence des mots ; à l’histoire derrière le Goncourt de Béatrix Beck, bien avant le film de Melville qui l’a presque oblitéré. Des mots qu’il vénère et qu’il enveloppe, pour les transcender, de chair grâce à des comédiens à l’intensité indéniable : Duris, séducteur comme un Gérard Philipe méphistophélique, et Marina Vacth, regard acier en fusion, à la stupéfiante maturité. Hors de leur duo, cette tension se dissipe : le contexte comme les personnages secondaires apparaissent comme fabriqués, théâtraux, alors qu’ils sont censés, “aérer” leurs huis clos et tête-à-têtes. C’est là la limite du film : réussir à capturer l’intime et l’ind

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"Un petit boulot", poilant polar

ECRANS | de Pascal Chaumeil (Fr, 1h37) avec Romain Duris, Michel Blanc, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Que fait un chômeur en galère lorsqu’un petit parrain local lui propose de tuer son épouse volage contre dédommagement ? Eh bien il accepte, et il y prend goût… Rigoureusement amorale mais traitée sur un mode semi-burlesque, cette aventure de pieds-nickelés débutant dans le crime restera ironiquement comme le meilleur film du réalisateur de L’Arnacœur Pascal Chaumeil, disparu il y a un an — et ce, malgré une petite baisse de rythme dans le dernier tiers, quand l’apprenti sicaire succombe aux charmes d’une jeune femme un peu trop lisse. Davantage de pétillant (ou de détonnant) eût été bienvenu… Outre une belle distribution réunissant des comédiens se faisant rares, Un petit boulot bénéficie en la personne de Michel Blanc des services d’un scénariste-dialoguiste tant précis que percutant, en phase avec l’humour anglo-saxon du roman-source de Iain Levinson. Lorsque l’on mesure tout ce qu’il insuffle ici en rythme, présence et humour noir, on s’étonne d’ailleurs qu’il ne reprenne pas du service comme cinéaste.

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Une nouvelle amie

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h47) avec Romain Duris, Anaïs Demoustier, Raphaël Personnaz…

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Une nouvelle amie

Argument de vente déjà bien calé en Une des magazines, la transformation de Romain Duris en femme dans le nouveau film de François Ozon est son attraction principale. Il faut prendre le mot "attraction" au pied de la lettre : non seulement un phénomène freak plutôt réussi — Duris a souvent joué sur son côté féminin, mais le film se plaît à mettre en scène ce grand saut d’abord comme un apprentissage maladroit, puis comme une évidence naturelle — mais aussi le centre d’une névrose obsessionnelle qui saisit Claire — formidable Anaïs Demoustier, aussi sinon plus troublante que son partenaire — lorsqu’elle découvre que le mari de sa meilleure amie choisit de se travestir après le décès de son épouse. Embarrassée, troublée et finalement séduite, elle accompagne sa mue tout en la guidant pour des motifs opaques — voit-elle en lui une «nouvelle amie» prenant la place de la précédente ou un pur objet de désir ? Autant de pistes formidables qu’Ozon ne fait qu’ébaucher, préférant jouer à l’auteur démiurge épuisant les possibles de son scénario. On passe ainsi sans transition de Vertigo à La Cage aux folles, de Chabrol à Mocky, de la peinture iro

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Les Recettes du bonheur

ECRANS | De Lasse Hallström (ÉU, 2h03) avec Helen Mirren, Om Puri, Charlotte Le Bon…

Christophe Chabert | Mardi 9 septembre 2014

Les Recettes du bonheur

Aux États-Unis, la mode est aux book clubs, clubs de lecture pour ménagères qui s’ennuient et qui ne veulent rien tant que lire les bouquins conseillés par Oprah Winfrey puis en discuter entre elles autour d’une tasse de thé. Winfrey est d’ailleurs coproductrice de cette adaptation parfaite pour un hypothétique movie club. Au croisement de toutes les modes — la cuisine, l’exotisme, les bons sentiments… Les Recettes du bonheur raconte comment une gentille famille d’Indiens en exil décide d’ouvrir un restaurant dans le Sud de la France, en face d’un établissement étoilé au Michelin. Le fils est évidemment un chef né, capable d’apporter sa science des épices indiennes aux recettes du terroir et d’emballer au passage la jolie française (la Canadienne Charlotte Le Bon) qui bosse chez la concurrence. Lasse Hallström avait déjà fait le coup avec le terrible Le Chocolat : clichés touristiques et saveurs rances, comédie et mélo, casting international jusqu’à l’absurde — rien ne vient justifier dans le scénario que le personnage d’Helen Mirren parle anglais, par exemple… Le plus embarrassant reste qu’après une heure quarante de cette tam

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Des pains et du je

MUSIQUES | Emmené par le charismatique Arm, Psykick Lyrikah produit depuis plus de dix ans une musique affranchie et signifiante, où la combativité du hip hop le dispute à l'amertume du rock instrumental. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 4 février 2014

Des pains et du je

Tout a commencé par une silhouette. Celle d'un narrateur shakespearien en jean et hoodie, dénombrant «mille bruits, certes sanglants, à enfouir sous mille quêtes de soi, quelques milles crimes» les yeux clos, le visage indistinguable et le corps immobile, à l'exception d'une main droite fendant la pénombre telle une lame. La pièce s'appelait Hamlet / Thème et variations, elle était l'œuvre du metteur en scène David Gauchard - oui, celui dont nous louons saison après saison le travail, fut-il une relecture multimédia d'un classique élisabéthain ou la reprise à l'os d'un drame russe plein de bruit et de fureur - et on y faisait la connaissance, médusé, de Arm, MC magnétique dont la diction de grand inquisiteur condamnait à la fadeur ses camarades de plateau. De la même façon que la musique qu'il enregistre depuis cette époque, autrement dit depuis une bonne décennie, à la tête de l'entité Psykick Lyrikah, surclasse en tous points le reste de la production rapologique du pays. Avec laquelle elle ne partage pourtant rien d'autre que des racines goudronnées.  Kick-it like Arm Son verbe, acide et introspectif, on le

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Yves Saint Laurent

ECRANS | De Jalil Lespert (Fr, 1h40) avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon…

Christophe Chabert | Lundi 6 janvier 2014

Yves Saint Laurent

Énième bio filmée d’une figure patrimoniale et contemporaine de l’Hexagone, ce Yves Saint Laurent en accumule les défauts jusqu’au désastre intégral. Dès le premier plan sur Pierre Niney en YSL, avec faux nez et diction maniérée, le carnaval façon Patrick Sébastien commence ; le comédien imite mais n’interprète jamais son modèle, dans une quête de réalisme vaine car elle ne fait qu’en souligner les artifices. Idem pour le pénible défilé qui consiste à présenter chaque personnalité célèbre par son nom et son prénom dès son entrée en scène — seul un faux Andy Warhol perruqué et gesticulant en prenant des photos n’aura droit qu’à un cameo muet et anonyme —, convention de mauvais scénariste raccord avec un dialogue qui accumule les grandes sentences et nie toute quotidienneté aux personnages. Le film baigne ainsi dans une imagerie de reconstitution paresseuse, clichés visuels d’un côté — l’Algérie coloniale, les clubs de jazz — anachronismes ridicules de l’autre — le défilé de 1971 sur de l’électro-pop ! Même la narration est bâclée, notamment l’intro qui hésite entre chronologie et flashback méditatif avec voix-off, sans parler d’une fin qui accélère les événements pour ten

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Casse-tête chinois

ECRANS | De Cédric Klapisch (Fr, 1h54) avec Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France…

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

Casse-tête chinois

Après L’Auberge espagnole et surtout l’affreux Les Poupées russes, il y avait de quoi redouter les retrouvailles entre Cédric Klapisch et son alter ego romanesque Xavier-Romain Duris. Or, Casse-tête chinois se situe plutôt dans la meilleure veine du cinéaste, celle de Peut-être et de Paris, lorsqu’il baisse les armes de la sociologie caustique — que Kyan Khojandi, qui fait un petit coucou dans le film, a customisé dans sa série Bref — pour se concentrer sur la singularité de ses personnages et laisser parler une certaine mélancolie. Il faut dire que ce troisième volet raconte surtout des séparations, des renoncements et des désenchantements, sans pour autant que cela vaille constat générationnel ou métaphore de l’état d’un monde. New York n’est jamais regardé béatement pour son exotisme — ce n’est pas Nous York, donc — mais comme une ville à appréhender dans son multiculturalisme, sa géographie, son prix et ses tracas.  S

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La Marche

ECRANS | De Nabil Ben Yadir (Fr, 2h) avec Tewfik Jallab, Olivier Gourmet, Charlotte Le Bon, Vincent Rottiers…

Christophe Chabert | Mercredi 20 novembre 2013

La Marche

La marche contre le racisme et pour l’égalité, partie des Minguettes de Vénissieux il y a trente ans, méritait mieux que ce navet dont les maladresses se retournent contre son message même. La caractérisation des marcheurs est au-delà du stéréotype, et leur évolution est conduite avec d’énormes sabots, quand cela ne relève pas de l’aberration totale. Ainsi du personnage de Philippe Nahon, franchouillard grognon et raciste qui finit en défenseur fervent d’une France métissée ; mais les autres sont à l’avenant, telle cette pseudo Fadela Amara qui découvre, après une bonne dizaine de séquences à éructer en féministe courroucée, que le dialogue apaisé, c’est bien, en fait. Tout est exagéré, outré, noyé dans un humour de multiplexe et, pire du pire, écrit avec un manuel de scénario à l’américaine sur les genoux. Le film a donc besoin sans cesse de désigner des ennemis pour créer du conflit dramatique et en général ce sont les péquenauds français, forcément cons, intolérants, fermés, méchants qui en prennent pour leur grade ­— mais même SOS Racisme se fait tacler dans les cartons de fin ! La nuance n’est donc pas le fort de La Marche, mais la mise en scène non plus, s

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L’Écume des jours

ECRANS | Avec cette adaptation du roman culte de Boris Vian, Michel Gondry s’embourbe dans ses bricolages et recouvre d’une couche de poussière un matériau littéraire déjà très daté. Énorme déception. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

L’Écume des jours

Plus madeleine de Proust adolescente que véritable chef-d’œuvre de la littérature française, L’Écume des jours avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique, devenue difficile à voir pour cause de gros échec à sa sortie en salles. Le cinéma français ayant redécouvert les vertus de son patrimoine littéraire, voici donc Michel Gondry qui s’y colle. Le moins que l’on puisse dire est que, là où beaucoup auraient jugé l’univers métaphorico-poétique de Vian ardu à transposer à l’écran, Gondry est face à lui comme un poisson dans l’eau, trouvant une matière propice à déverser toutes ses inventions visuelles. Trop propice, tant les premières minutes du film fatiguent par leur accumulation d’idées passées au broyeur d’un montage hystérique. On n’a tout simplement pas le temps de digérer ce qui se déroule sous nos yeux, Gondry enchaînant à toute blinde les trouvailles, multipliant les accélérés, les changements d’échelle ou les trucages à la Méliès. D’une certaine manière, sa fidélité à Vian est déjà un handicap : là où il aurait pu faire le tri, il préfère empiler 

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Le Théâtre de l'Iris ne fermera pas !

SCENES | Depuis octobre 2011, l’Iris était sérieusement menacé de fermeture, son propriétaire ne souhaitant pas renouveler le bail afin de recouvrer ses locaux. Cela (...)

Nadja Pobel | Jeudi 21 mars 2013

Le Théâtre de l'Iris ne fermera pas !

Depuis octobre 2011, l’Iris était sérieusement menacé de fermeture, son propriétaire ne souhaitant pas renouveler le bail afin de recouvrer ses locaux. Cela fait désormais plus d’un an que le théâtre fondé en 1988 par la compagnie de l’Iris occupait le bâtiment «à titre précaire». La Ville de Villeurbanne vient de mettre fin à cette situation difficile en acquérant le lieu, situé au 331 rue Francis-de-Pressensé, dans un ancien cinéma de quartier. Un compromis de vente devrait être signé dans les prochains jours. Pour l’heure, le théâtre poursuit sa saison en s’inscrivant dès ce week-end dans Quais du polar avec San Antonio chez les Gones (du 26 au 30 mars) puis la reprise de l’adaptation du Coronado de Dennis Lehane par les frères Rifkiss (3 au 7 avril).

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ECRANS | De Régis Roinsard (Fr, 1h51) avec Romain Duris, Déborah François…

Christophe Chabert | Mercredi 21 novembre 2012

Populaire

Les Petits mouchoirs, Polisse, Radiostars et maintenant Populaire : il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir le projet du producteur Alain Attal, projet qui dépasse la personnalité des réalisateurs qui signent ces films. Les Petits mouchoirs faisait pleurer sur les malheurs de bourgeois parisiens friqués en vacances, Polisse vantait le courage et la sensibilité des flics contre le peuple et les élites, Radiostars exaltait l’amitié masculine et le succès en ridiculisant la province et les petites gens. Populaire, jusque dans son titre, est comme un point d’orgue à cette démarche lourdement idéologique. Il s’agit ici de montrer comme c’était bien, les années 50, cette époque bénie où les femmes obéissaient docilement à leur patron, parfois même tombaient dans leur bras, et où elles savai

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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La chute des graves

ARTS | Peintre et dessinatrice, Iris Levasseur présente à l’IUFM une dizaine d’œuvres monumentales récentes où la pesée des corps et celle des âmes s’entrecroisent… Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 21 septembre 2012

La chute des graves

Lectrices, lecteurs qui attendez d’un artiste qu’il vous révèle la psychologie ou l’intériorité d’un modèle, passez votre chemin… Car, si Iris Levasseur nous confronte très directement et physiquement à l’intimité de ses modèles (via leur représentation à l’échelle 1, son style réaliste et l’absence de cadre ou de vitre protectrice à ses dessins et peintures), c’est pour mieux en intensifier, en alourdir, la part d’énigme. Chez elle, les corps pèsent de tout leur poids, vertical et métaphysique, de mystère. Ils sont d’ailleurs souvent représentés allongés, parfois accroupis, toujours repliés sur eux-mêmes, chair et psyché enveloppés dans le sommeil, la mort ou l’abandon… L’artiste évoque même dans une interview des «corps gelés», composés à partir de photographies de modèles, réassemblées ensuite, recomposées dans une visée quasi «sculpturale». «L’image, présente derrière chaque chose et comme la dissolution de cette chose et sa subsistance dans sa dissolution, a aussi, derrière elle, ce lourd sommeil du trépas dans lequel il nous viendrait des songes», écrit Maurice Blanchot. Belle endormie La jeune artiste parisienne (née en

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À brut pourpoint

SCENES | Même menacé d’expulsion – après résiliation du bail par les propriétaires des locaux le 31 décembre 2011, l’association Théâtre et Compagnie de l’Iris occupe les (...)

Nadja Pobel | Jeudi 24 mai 2012

À brut pourpoint

Même menacé d’expulsion – après résiliation du bail par les propriétaires des locaux le 31 décembre 2011, l’association Théâtre et Compagnie de l’Iris occupe les murs «à titre précaire» -, le Théâtre de l’Iris poursuit inlassablement son travail de défrichage du théâtre contemporain. Pour la douzième année consécutive, le festival Brut de fabrique (jusqu’au samedi 2 juin) permet de découvrir le travail d’amateurs (issus d’ateliers de centres sociaux ou en collèges), d’apprentis (élèves de l’école nationale de musique, danse et art dramatique de Villeurbanne) ou de professionnels (comme Sylvain Bolle-Rédat). Chaque soir, c’est une double ration qui est au menu, à 19 heures puis à 21 heures, avec des textes contemporains (Alessandro Baricco pour Transatlantique Atlas) ou classiques (Feydeau avec Couples d’enfer) pour la modique somme 8€, un tarif inchangé depuis des lustres ! Outre le théâtre, le festival s’ouvre également à la musique avec des déclinaisons poético-musicale comme Le Désir de l’humain, concert-spectacle d’après les c

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Duris sort du bois

SCENES | D’un texte de Koltès, tortueux et rude, Romain Duris fait un spectacle puissant grâce à son talent plus grand encore qu’imaginé. Pour sa première apparition au théâtre, il prouve qu’il a toute sa place sur les planches. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 12 mars 2012

Duris sort du bois

Il ne s’agit pas de faire d’Une nuit juste avant les forêts un référendum pour ou contre Duris (d’autres grands noms l’accompagnent sur l’affiche : mise en scène co-signée par Patrice Chéreau et texte de Bernard-Marie Koltès) mais après 1h30 de spectacle, force est de constater que le comédien, depuis peu au théâtre (exception faite d’un balbutiement dans Grande École de Jean-Marie Besset en 1995), emporte tous les suffrages. Il est fait pour ça. Il faut dire que Romain Duris a bien grandi depuis le succès dont il a très tôt auréolé et sur lequel il a surfé presque malgré lui après les films de Cédric Klapisch (Le Péril jeune, L’Auberge espagnole, Les Poupées russes mais aussi le très réussi Paris). Et puis en un jour béni pour le cinéma, l’immense Jacques Audiard en a fait une petite frappe mélomane qui refuse de suivre le chemin tracé par son magouilleur de père dans De battre mon cœ

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Regardez-les !

SCENES | Toutes les paillettes se sont évaporées dans les feux d’artifices (somptueux) du 8 décembre. Les théâtres doivent donc trouver d’autres moyens pour vous séduire. Et à l’Iris comme aux Célestins, on ne lésine pas sur un travail appliqué. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 9 décembre 2011

Regardez-les !

Avant même que les spectateurs n’aient pris place dans la salle, les Célestins sont devenus un gymnase. Voire une salle de concours athlétique. Échauffement, musique électro façon quart-temps de basket. Ne manque plus que les pom pom girls pour accompagner les pyramides humaines des acrobates de Tanger. En dix minutes ils font étalage de leur indéniable talent athlétique. Fort heureusement, assez vite, Martin Zimmermann rattrape par le col son spectacle Chouf Ouchouf ("Regarde, regarde encore") créé avec son éternel acolyte Dimiti de Perrot. De magnifiques scènes de précision et d’équilibre trouvent un peu de la grâce qui caractérise ce duo et dont manquent indéniablement les Marocains pour qui tout geste se déploie en force. La suite de cette heure est à l’avenant : des numéros contrôlés par les Suisses avec parfois des parenthèses que l’on sent insufflées par les acrobates comme ces scènes assez déstabilisantes car d’une totale véracité : un souk ou un pas de danse esquissée par une femme voilée avec un partenaire masculin à califourchon sur ses épaules. Une sacrée audace et même une transgression qui, le temps d’un instant, rappelle que

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Des vents contraires

ECRANS | de Jalil Lespert (Fr, 1h31) avec Benoît Magimel, Isabelle Carré, Ramzy Bedia…

Jerôme Dittmar | Jeudi 8 décembre 2011

Des vents contraires

Cinéma français et roman hexagonal font rarement bon ménage. Adapté du livre éponyme d'Olivier Adam, déjà coupable de Je vais bien ne t'en fais pas, Des vents contraires emprunte la même voie d'un terrorisme émotionnel en quête de vérité sur la vie. Suivant la reconstruction d'un père et ses deux enfants immigrés à Saint Malo après la disparition inexpliquée de la mère, le film trouve dans ce macguffin un pur prétexte de scénario pour filmer moins l'absence de l'autre au monde, que ce qui autorise à compenser le manque en soi. Cinéma de l'égoïsme et de l'état d'âme brulé au fer rouge par son ignoble petite intrigue rondement menée, Des vents contraires ne parle que de culpabilité et de fautes à excuser ; jamais d'un authentique amour en suspens. Du côté des pères qui en bavent, Lespert filme la vie comme une épreuve et avec le réalisme d'une thérapie de plateau télé. L'auteur est plus fin lorsqu'il observe les enfants, mais il a hélas pris le pire bouquin : gris, déprimant, vain.Jérôme Dittmar

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Parar(t)normal

ARTS | Ça tremble à Néon. Le petit centre d’art vibre au rythme syncopé des basses fréquences. Un coup d’œil sur une cimaise révèle comme une craquelure ou, plus (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 10 novembre 2011

Parar(t)normal

Ça tremble à Néon. Le petit centre d’art vibre au rythme syncopé des basses fréquences. Un coup d’œil sur une cimaise révèle comme une craquelure ou, plus précisément, une grande entaille dans le mur en forme de croix qui rappelle les toiles "percées" de Fontana. Une fente vers un autre monde possible ou, plus absurdement, vers une autre cloison, qui sait ? L’exposition Phénomènes conçue par les responsables de la galerie In Extenso à Clermont-Ferrand se propose ainsi de sonder quelques glissements progressifs de la réalité vers une autre possible, d’une perception ordinaire vers d’autres plus complexes et imaginaires, à travers les œuvres de cinq artistes (dans l’ordre des œuvres citées : P-L Cassière, P. Labat, C. Andersson, G. Goiris, U. Von Brandenburg). Le grand manitou littéraire des basculements d’un monde l’autre, Philip K. Dick, est d’ailleurs convoqué. Un extrait de l’un de ses romans (où le narrateur s’aperçoit peu à peu que le café où il se trouve s’est réduit à du papier) est projeté sur une cimaise et… la traverse ! Traverser, fendre, distordre les choses... Un grand tirage photographique métamorphose une sinistre salle de réunion en un univers spirite où

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On purge l’Iris

ACTUS | Théâtre / Arrivant en fin de bail le 31 décembre prochain, le Théâtre de l’Iris pourrait être obligé de claquer la porte comme dans une pièce de boulevard. Mais la résistance s’organise pour que ce lieu perdure. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 20 octobre 2011

On purge l’Iris

On ne va pas se mentir, nous n’avons pas toujours soutenu bec et ongles dans ses colonnes les spectacles présentés à l’Iris. Pourtant, cela ne nous empêche pas de défendre ardemment l’existence de ce lieu culturel pour que toute la diversité trouve sa place dans l’agglomération lyonnaise. Il y a donc lieu de s’alarmer des difficultés que ce théâtre rencontre aujourd’hui après 22 ans d’existence qui n’ont, certes, jamais été un long fleuve tranquille. Lorsqu’en 1988, Philippe Clément (toujours directeur) installe sa compagnie de l’Iris dans ces murs du quartier Cusset, il fait tout de concert avec sa bande d’une quinzaine de comédiens : travaux de mise en conformité de cet ancien cinéma, administration, technique. Ils montent des classiques (Molière, Ionesco), des contemporains (Audiberti, Duras), des adaptions littéraires (Maupassant, Diderot) et des spectacles plus improvisés qui se créent au plateau (comme récemment Le Loup dans mon œil gauche, sur l’art brut). Plus qu’un lieu de création, Philippe Clément a bâti un endroit où se tisse un véritable lien social, ce qui pour lui est "aussi important que la création". L'équipe de l’Iris travaille en effet avec les habitants du qu

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Viens voir les comédiens…

SCENES | Une saison de théâtre, c’est aussi, n’en déplaise aux puristes, une saison d’acteurs exceptionnels à découvrir sur scène. D’Arestrup à Catherine Frot, de Cantona à Romain Duris, passage en revue des «stars» de cette rentrée. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 1 septembre 2011

Viens voir les comédiens…

S’il y a un acteur qu’on n’attendait pas là, c’est bien lui. Qu’Éric Cantona, pour qui on a une affection particulière, s’associe à Dan Jemmett, metteur en scène ayant l’habitude de mettre en pièces le répertoire (on se souvient de sa Nuit des Rois d’après Shakespeare), pourquoi pas ? Mais que les deux aient trouvé comme terrain d’entente Ubu enchaîné d’Alfred Jarry, voilà qui a de quoi stimuler les attentes et laisser s’épanouir tous les fantasmes. Ce qui fascine chez Cantona, c’est ce corps à la fois massif et sportif, cette voix puissante et chantante (combien d’acteurs en France ont le droit de jouer avec leur accent d’origine ?) ; un drôle de comédien dans une drôle de pièce, où le tyran devient esclave mais conserve ses humeurs et ses emportements. Romain Duris aussi a su faire de son corps souple et nerveux un instrument de fascination pour les metteurs en scène de cinéma. C’est en le filmant pour son très raté Persécution que Patrice Chéreau, qui ne rechigne plus autant à revenir au théâtre, a décidé de le pousser sur scène, faisant de lui le nouvel interprète (après Pascal Greggory, qui a fait le trajet inverse de Duris, des planches à l’écran) de son auteur fétiche, Berna

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Route Irish

ECRANS | Sombre histoire de vengeance d’un ancien mercenaire anglais en Irak, "Route Irish", malgré son évident manque de moyens, s’inscrit dans la meilleure veine du cinéma de Ken Loach, comme un remake social et british de "Rambo". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 9 mars 2011

Route Irish

Il fallait se douter que Ken Loach, cinéaste politique ET britannique, aille fourrer sa caméra dans le grand fiasco des années Blair : l’engagement militaire des forces anglaises dans le bourbier irakien. Mais on ne s’attendait pas à ce qu’il prenne le sujet par l’angle qu’il adopte dans Route Irish. À savoir le rôle joué par d’anciens soldats sur le théâtre des opérations où ils deviennent des agents grassement payés par des sociétés privées pour maintenir l’ordre et faire place nette au business des entreprises anglaises. À la solde de ces multinationales, Fergus et Frankie sont partis là-bas pour se faire du blé, mais seul Fergus en est revenu. Lorsqu’il apprend la mort de son ami d’enfance et frère d’arme sur la très dangereuse Route Irish qui mène à Bagdad, il décide de confondre coûte que coûte ceux qu’il pense responsables du carnage. La Bête de guerre Dans la première moitié du film, Loach semble se cogner aux limites de son économie de cinéaste : l’évocation du sort de Frankie se fait avec un maigre enregistrement vidéo amateur, et l’enquête avance par une suite de conversations téléphoniques ou avec des écrans connectés via S

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L’Homme qui voulait vivre sa vie

ECRANS | D’Éric Lartigau (Fr, 1h55) avec Romain Duris, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

L’Homme qui voulait vivre sa vie

La vie de Paul Exben, jusqu’ici fringant bourgeois friqué, s’effondre quand il apprend que sa mère va mourir, que sa femme le quitte et, surtout, quand il assassine l’amant de celle-ci. C’est la première heure du film d’Éric Lartigau, et c’est plutôt laborieux : la narration piétine, l’avalanche de malheur paraît très artificielle et les personnages sont détestables à souhait. Même Duris semble mal à l’aise, incapable d’insuffler son naturel habituel dans une mise en scène très corsetée. Mais, heureusement, "L’Homme qui voulait vivre sa vie" redémarre, comme son personnage, sur de nouvelles bases à mi-parcours. Une forte pulsion documentaire accompagne alors la mise en scène d’Artigau, découvrant au diapason de son personnage un monde nouveau, prenant le temps de le contempler, d’y trouver ses marques géographiques et humaines (très belles scènes avec un formidable Niels Arestrup). C’est alors assez beau et touchant ; on regrette juste que ça n’ait pas commencé un peu plus tôt. CC

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Persécution

ECRANS | Passée son introduction intrigante, 'Persécution' fait figure de ratage pour un Patrice Chéreau enfermé comme ses personnages dans une logorrhée sur les impasses de l’amour, filmée avec un volontarisme irritant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 décembre 2009

Persécution

La première scène de Persécution est soufflante. C’est sans doute le morceau de cinéma le plus intense jamais filmé par Patrice Chéreau, et on pense alors que le metteur en scène va donner une suite magistrale à son précédent Gabrielle. Dans le métro, des visages anonymes attendent leur station, pendant qu’une SDF circule au milieu des usagers en leur réclamant un euro. Elle s’arrête devant une femme un peu forte et la gifle violemment, sans raison. Témoin de la scène, Daniel (Romain Duris, qui s’agite en pure perte dans le film) s’approche de la fille en pleurs ; pas vraiment pour la consoler, plutôt pour la bombarder de questions et chercher à comprendre le pourquoi de ce geste inexplicable. Ce qui a tendance à aggraver les choses… Surgit alors de nulle part un type visiblement cinglé (Anglade, bien flippant) qui, à son tour, va persécuter Daniel, lui déclarant son amour, s’introduisant chez lui en son absence, le surveillant depuis l’appartement d’en face… Ce premier quart d’heure en forme de poupées russes de l’inquiétude place les personnages dans un monde où la menace semble s’immiscer partout, et en premier lieu dans les endroits les plus quotidiens. Ché

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Paris

ECRANS | De Cédric Klapisch (Fr, 2h10) avec Romain Duris, Juliette Binoche, Fabrice Luchini...

Dorotée Aznar | Mercredi 13 février 2008

Paris

Paris surprend de la part d'un Cédric Klapisch revenant de loin, c'est-à-dire des horribles Poupées russes. Dès les premières images, on sent pourtant que quelque chose a changé : à commencer par Romain Duris, qu'on découvre en danseur du Lido atteint d'un mal cardiaque qui risque de lui être fatal.Adieu l'ado attardé, place à l'homme rattrapé par l'angoisse de la mort. La lumière crépusculaire, les cadres soignés, les mouvements de caméra caressants : Klapisch a lui aussi décidé de grandir, et ce vaste film choral où une vingtaine de personnages vit tant bien que mal dans le Paris d'aujourd'hui étonne par l'empathie qui s'en dégage. C'est d'ailleurs comme si Klapisch s'était surpris lui-même : il passe une bonne première partie de film à justifier son concept, à le légitimer dans les dialogues des personnages. Duris qui voit dans les fenêtres parisiennes autant de petites histoires à explorer, Luchini qui disserte sur Paris comme un assemblage d'archaïsme et de modernité, un Sénégalais qu'une bourgeoise en vacances invite par réflexe mondain à l'appeler quand il viendra à Paris... Oui, le film ne s'attache qu'à des petites intrigues et des destin

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À vol d'oiseau

MUSIQUES | En périphérie / Non, la rentrée théâtre n'est pas réservée aux structures lyonnaises. Autour de Lyon, l'offre théâtrale ne manque pas. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 12 septembre 2007

À vol d'oiseau

Commençons par le plus proche. La saison du Théâtre de l'Iris à Villeurbanne débutera le 21 septembre par un spectacle un peu particulier qui interroge la parole du spectateur. Par la Fenêtre ou pas se présente comme une fantaisie policière peuplée de personnages dont le langage en dit long sur leurs personnalités. Si cette mise en bouche vous donne envie d'en savoir plus, sachez qu'en plus des créations et des reprises «maison» (Mes Gaillards, Le Prince Travesti, Les Fourberies de Scapin, Mystère ou Un secret bien gardé) vous pourrez aussi célébrer le centenaire de la naissance de René Char avec Les Transparents, mis en scène par la Compagnie Pas d'Ici (en novembre). Un peu plus loin, à Corbas, le Polaris, en plus d'une programmation jeune public assez dense, accueille en résidence le Théâtre Mu qui termine une trilogie de théâtre d'objet sur le thème des Jalousie, d'après Shakespeare (les 9 et 10 novembre) et s'intéresse de près à l'amour en fin de saison avec Tout le monde court après par la compagnie l'Attrape Théâtre (le 16 mai). L'initiative la plus originale revient sans conteste à l'Espace Culturel Saint-genis-laval qui imagine une forme de théâtre à domicile. Commandez et

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L'Âge d'homme

ECRANS | de Raphaël Fejtö (Fr, 1h28) avec Romain Duris, Aissa Maïga...

Christophe Chabert | Mercredi 19 septembre 2007

L'Âge d'homme

Stupeur, consternation, agacement : au moins, cet horrible Âge d'homme ne laisse pas indifférent. À la stupeur devant le naufrage narratif d'un film qui compile, en moins bien et pas drôle, toutes les comédies de Cédric Klapisch (argument piqué à Peut-être, peinture d'un milieu bourgeois branché parisien comme dans Chacun cherche son chat, galerie de trentenaires en crise comme dans Les Poupées russes) succède la consternation devant une suite d'idées franchement navrantes : Léonard de Vinci en human beat box, le cinéphile en homme de néanderthal, et autres interrogations essentielles sur le rasage de «poils de couilles» ou le nom de famille de Jésus. Mais c'est vraiment l'agacement qui l'emporte haut la main : car à vouloir créer la connivence du spectateur avec ce qui, dans ce petit monde, relève de la beaufitude la plus grasse et de la mesquinerie la plus basse, Fejtö cherche à rendre fréquentable une idéologie petit-bourgeoise nauséeuse qui veut que l'on ne cherche pas le progrès ou l'intelligence, mais le confort et la médiocrité. «Je suis nul, mais c'est pas grave» dit le héros, comme pour dédouaner le film lui-même. (Et si c'était grave, d'être nul ? ) «Faut pas te prendre l

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