"Sully" : ici la tour de contrôle ; à l'eau l'avion ?

ECRANS | Un film de Clint Eastwood (E-U, 1h36) avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Photo : © DR


Eastwood a-t-il résolu de se momifier en aède de la geste étasunienne contemporaine ? Alors, autant qu'il s'intéresse à cette belle figure du pilote Chesley “Sully” Sullenberger, plutôt qu'à Chris Kyle, sujet de son précédent opus American Sniper (2014). Pour la simple raison que le premier a sauvé les 155 vies de son avion sur le point de s'abîmer en le posant sur la rivière Hudson ; le second ayant gagné sa notoriété en flinguant des ennemis.

Mais si ces deux personnages sont considérés par leurs concitoyens comme des héros équivalents malgré leurs mérites opposés, Sully a fait l'objet d'un traitement particulièrement inique : on l'a accusé d'avoir agi de manière irréfléchie et périlleuse. Voilà ce qui a dû titiller Clint, prompt à défendre façon Capra l'honnête homme contre une machine juridico-financière en quête de responsable.

Eastwood/Hanks, c'est l'alliance de deux Amériques idéologiquement contradictoires, partageant pourtant des valeurs humaines fondamentales ainsi qu'une foi d'enfant dans la Constitution ; une naïveté faisant que le bon verra tous ses mérites reconnus. Pas forcément ici-bas, mais au moins grâce au cinéma, avocat de la défense aux armes percutantes.

Ici, le sauvetage réussi (et même raté à travers des cauchemars et des simulations) se trouve ainsi montré plusieurs fois, de différents points de vue et d'écoute. Scandé et démultiplié — comme tout fait d'actualité l'est par les médias de nos jours — l'acte insolite y gagne en spectaculaire, sans rien perdre de son caractère exceptionnel. Curieusement, le public américain a été trois fois plus nombreux pour le flingueur…


Sully

De Clint Eastwood (EU, 1h36) avec Tom Hanks, Aaron Eckhart...

De Clint Eastwood (EU, 1h36) avec Tom Hanks, Aaron Eckhart...

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L’histoire vraie du pilote d’US Airways qui sauva ses passagers en amerrissant sur l’Hudson en 2009. Le 15 janvier 2009, le monde a assisté au "miracle sur l'Hudson" accompli par le commandant "Sully" Sullenberger : en effet, celui-ci a réussi à poser son appareil sur les eaux glacées du fleuve Hudson, sauvant ainsi la vie des 155 passagers à bord. Cependant, alors que Sully était salué par l'opinion publique et les médias pour son exploit inédit dans l'histoire de l'aviation, une enquête a été ouverte, menaçant de détruire sa réputation et sa carrière.


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Festival Lumière : les grandes projections

Classiques du Cinéma | La taille compte au cinéma. Pour d’évidentes raisons d’homothétie et de proportionnalité : plus l’écran sera grand, plus l’œuvre pourra l’investir et restituer (...)

Vincent Raymond | Mercredi 6 octobre 2021

Festival Lumière : les grandes projections

La taille compte au cinéma. Pour d’évidentes raisons d’homothétie et de proportionnalité : plus l’écran sera grand, plus l’œuvre pourra l’investir et restituer d’émotion, de plaisir… La section Grandes projections offre à TOUS les films cette seconde, troisième, millième occasion de renaître à leur dimension originelle, dans une salle. Populaires, spectaculaires, noirs ou introspectifs, les huit titres de cette édition font voyager dans l’immensité galactique du patrimoine. Au rayon western, on aura le choix entre l’école “néo-trad” incarnée par Impitoyable de Clint Eastwood (1992), la tendance philosophique représentée par Jeremiah Johnson de Sydney Pollack (1972) ou bien la parodie italienne incarnée par On l’appelle Trinita d’Enzo Barboni (photo, 1970). Pour le versant épique, on hésitera (ou pas) entre le Saladin de Youssef Chahine (1963), Out of Africa de Sydney Pollack (1985), voire avec Outrages de Brian De Palma (1989)

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Un mois avec Clint Eastwood

ECRANS | En bonne place parmi les salles permanentes du Festival Lumière, le Pathé Bellecour a pu mesurer l’immense potentiel du cinéma de patrimoine auprès de son (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Un mois avec Clint Eastwood

En bonne place parmi les salles permanentes du Festival Lumière, le Pathé Bellecour a pu mesurer l’immense potentiel du cinéma de patrimoine auprès de son public. Le rendez-vous qu’il propose à compter de cette fin janvier devrait logiquement séduire les spectateurs sensibles à la « politique des auteurs », puisqu’il vise à “préparer“ la sortie d’une nouveauté d’un ou d’une cinéaste reconnu en diffusant, à raison d’un film par semaine, quatre de ses réalisations emblématiques précédentes. Une sorte de révision générale mâtinée de teasing cinéphilique. Premier auteur à bénéficier de cette mini-rétrospective, Clint Eastwood, dont Le Cas Richard Jewell est attendu sur les écrans le 19 février. Prélever quatre titres parmi la bonne trentaine des films qu’il a signés relève de la gageure, toutefois, le carré choisi s’avère représentatif de ses passions et des univers qu’il affectionne. Le western, pour commencer, avec Impitoyable (1992). Film de la consécration, tribut à Siegel et Leone, où son habituel personnage de perdant humilié se relè

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Gran Torino

Reprise | Au moment où sort La Mule, plaçant à nouveau Clint Eastwood derrière et devant la caméra, aux côtés d’une partenaire d’exception (sa voiture), revenons sur le (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Gran Torino

Au moment où sort La Mule, plaçant à nouveau Clint Eastwood derrière et devant la caméra, aux côtés d’une partenaire d’exception (sa voiture), revenons sur le dernier film en date du cinéaste-interprète (et sans doute son chef-d’œuvre) réunissant les mêmes conditions, Gran Torino (2008). Tous les paradoxes de ce humano-réac s’y retrouvent, farouchement NRAciste, mais viscéralement anti-raciste. La contradiction faite homme, Eastwood reste une énigme et un grand réalisateur. La séance, présentée par un intervenant et suivie d’une collation, est organisée en partenariat avec l'association Petite Lumière. Gran Torino À la Maison du Peuple de Pierre-Bénite ​le jeudi 24 janvier à 19h30

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Le Pont des Espions

ECRANS | Quand deux super-puissances artistiques (les Coen et Steven Spielberg) décident de s’atteler à un projet cinématographique commun, comment imaginer que le résultat puisse être autre chose qu’une réussite ?

Vincent Raymond | Mardi 1 décembre 2015

Le Pont des Espions

Voir côte-à-côte les noms des Coen et celui de Spielberg fait saliver l’œil avant même que l’on découvre leur film. Devant l’affiche aussi insolite qu’inédite, on s’étonne presque de s’étonner de cette association ! Certes, Spielberg possède un côté mogul discret, façon "je suis le seigneur du château" ; et on l’imagine volontiers concevant en solitaire ses réalisations, très à l’écart de la meute galopante de ses confrères. C’est oublier qu’il a déjà, à plusieurs reprises, partagé un générique avec d’autres cinéastes : dirigeant Truffaut dans Rencontres du troisième type (1977) ou mettant en scène un scénario de Lawrence Kasdan/George Lucas/Philip Kaufmann pour Les Aventuriers de l’arche perdue (1981) voire, bien entendu, de Kubrick dont il acheva le projet inabouti A.I. Intelligence artificielle (2001). Et l’on ne cite pas le Steven producteur, qui avait proposé à Scorsese de réaliser La Liste de Schindler, avant que Marty ne le convainque de le tourner lui-même. Bref, Spielberg s’avère totalement compatible avec ceux chez qui vibre une fibre identique à la sienne. Drôles de cocos Avec les C

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Tom Hanks : l’homme de la rue a fait son chemin

ECRANS | Franchement, qui aurait misé un cent il y a trente ans sur le jeune premier ahuri de Splash — dont l’intérêt majeur était sa partenaire, la sirène Daryl (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 décembre 2015

Tom Hanks : l’homme de la rue a fait son chemin

Franchement, qui aurait misé un cent il y a trente ans sur le jeune premier ahuri de Splash — dont l’intérêt majeur était sa partenaire, la sirène Daryl Hannah ? Dans les années 1980, son air sympa et abordable cantonne Tom Hanks aux comédies romantico-gentillettes. Big (1988) de Penny Marshall, où il joue un enfant catapulté dans le corps d’un adulte, lui offre sa première grande prestation et ses premières récompenses, ainsi qu’une citation à l’Oscar. Un heureux accident dans un océan de banalités — il va même donner réplique à un chien dans Turner et Hooch… Mais De Palma, comme toujours clairvoyant, le tire de ce cercle vicieux en lui offrant le rôle principal de l’avocat du Bûcher des Vanités (1990). La suite, c’est la rencontre avec Jonathan Demme pour Philadelphia (1993). À nouveau avocat, mais malade du sida et victime de discrimination, il décroche un prix à Berlin et un Oscar. Rebelote chez Zemeckis pour Forrest Gump l’année suivante, une fable suréavaluée mais flattant l’inconscient américain en b

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American Sniper

ECRANS | En retraçant l’histoire de Chris Kyle, le sniper le plus redoutable de toute l’histoire américaine, Clint Eastwood signe un film de guerre implacable où la mise en scène, aussi spectaculaire qu'aride, crée une dialectique chère au cinéaste pour rendre la complexité de ce héros ambigu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

American Sniper

«Tu es un redneck» dit sa future femme à Chris Kyle — massif et impressionnant Bradley Cooper — lors de leur première rencontre. «Non, je suis Texan» lui répond-il. Et il précise : «Les Texans montent sur des chevaux, les rednecks se montent entre eux». Avec cette (rare) respiration au milieu de la tension qui règne dans American Sniper, Clint Eastwood met déjà les choses au clair sur son personnage : Chris Kyle est un pur produit de l’americana sudiste, élevé dans le culte de la Bible (qu’il transporte avec lui mais qu’il n’ouvre jamais), des armes (son père lui apprend tout jeune à chasser) et de la Patrie. Il semble n’avoir aucune vie intérieure, suivant un autre précepte édité par son paternel : il ne sera ni une brebis, ni un loup, mais un chien de berger, veillant presque par instinct sur les siens. Or, une fois engagé sur le terrain irakien en tant que sniper d’élite au sein des Navy SEALs, Kyle va faire l’expérience du trouble, même si sa carapace de machine de guerre texane ne se fissure pas si facilement. Sniper pas sans reproche En définitive, c’est bien le regard de Eastwood qui, progressivement, fait

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Capitaine Phillips

ECRANS | Avec un ultra-réalisme saisissant et une constante tension dramatique, Paul Greengrass reconstitue à travers une polyphonie de points de vue une prise d’otages au large des côtes somaliennes, où la star Tom Hanks se fond dans le dispositif documentaire du cinéaste. Impressionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 novembre 2013

Capitaine Phillips

En début d’année, Kathryn Bigelow réussissait, dans le dernier acte de son Zero dark thirty, à faire se rencontrer le cinéma d’action et le réalisme documentaire, l’assaut du QG de Ben Laden se transformant non pas en une reconstitution d’un épisode historique mais en pur morceau de bravoure cinématographique. Quoi de plus logique que Paul Greengrass, qui fut le premier à Hollywood à tenter des expériences de ce genre, d’abord avec les deux derniers Jason Bourne — versant blockbusters — puis avec Vol 93 — versant suspense tiré de faits réels — lui réponde aujourd’hui avec Capitaine Phillips, qui étend la virtuosité de Bigelow sur la durée d’un long-métrage entier. Cela en dit long sur ce que Greengrass a inventé : un style, parfois grossièrement caricaturé en une captation de l’action par une caméra secouée façon reportage d’actualité, mais qui s’appuie surtout sur une multiplication savante des point

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Cloud Atlas

ECRANS | Projet épique, pharaonique et hors des formats, Cloud Atlas marque la rencontre entre l’univers des Wachowski et celui du cinéaste allemand Tom Tykwer, pour une célébration joyeuse des puissances du récit et des métamorphoses de l’acteur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

Cloud Atlas

Qu’est-ce que cette «cartographie des nuages» qui donne son titre au nouveau film des Wachowski ? Stricto sensu, c’est une symphonie qu’un jeune ambitieux (et accessoirement, homosexuel) va accoucher de l’esprit d’un vieux musicien reclus qui fait de lui son assistant. Métaphoriquement, mais toujours dans le film, c’est cette comète, marque de naissance qui relie les personnages principaux par-delà les lieux et les époques, dessinant peu à peu le plan du dédale narratif qui se déroule sous nos yeux (ébahis). Plus symboliquement encore, on sent ici que Lana et Andy Wachowski ont trouvé dans le best seller qu’ils adaptent une matière à la hauteur de leurs ambitions, un film qui se voudrait total, englobant le ciel et la terre, le passé, le présent et le futur. Mégalomanes mais conscients de l’ampleur du projet, ils ont su délégué une part de la tâche à l’excellent cinéaste allemand Tom Tykwer, donnant une singularité supplémentaire à Cloud Atlas, qui n’en manquait déjà pas : celle d’une œuvre absolument personnelle signée par des personnalités extrêmement différentes.

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Week-end royal

ECRANS | De Roger Michell (Ang, 1h35) avec Bill Murray, Laura Linney…

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Week-end royal

La grande histoire par son versant anecdotique : Week-end royal, après Le Discours d’un Roi — avec lequel il partage un personnage, celui de George VI — témoigne de ce nouvel académisme qui consiste à raconter les événements par le plus petit bout de la lorgnette possible. Ici, c’est une des maîtresses de Franklin D. Roosevelt qui retrace les dernières années du Président (un Bill Murray perdu au milieu du décor), et notamment un fameux week-end avec le nouveau roi d’Angleterre et son épouse. Un bel exemple de ce culte du détail : le climax du film consiste à savoir si oui ou non le roi croquera dans un hot dog. De cela dépend l’avancée des relations américano-britanniques dans la guerre contre Hitler. Michell aimerait ainsi montrer la politique comme un vaudeville ou un mélodrame, mais son dispositif (voix-off et reconstitution méticuleuse) pèse trop lourd pour aboutir à une telle légèreté. L’élégance même du film est contre-productive tant la mise en scène participe de l’ennui poli mais ferme qui saisit le spectateur. Christophe

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J. Edgar

ECRANS | Clint Eastwood revient à son meilleur avec cette bio de J. Edgar Hoover, dont la complexité et la subtilité sont à la hauteur de cette figure controversée de l’histoire américaine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 6 janvier 2012

J. Edgar

Qui était J. Edgar Hoover, puissant patron du FBI pendant plus de quarante ans ? Un réactionnaire obsédé par un potentiel complot bolchevique ? Un homosexuel honteux incapable de s’affranchir d’une mère castratrice ? Un junkie cherchant à repousser le moment tragique où il n’aura plus la puissance physique de résister à ceux qui réclament son départ ? Un mythomane qui ne cesse de réécrire son histoire, s’inventant un destin héroïque et romanesque ? Il était tout cela, mais ce tout est aussi un grand vide, et l’énigme Hoover demeure entière. Clint Eastwood, fidèle à sa dialectique qui lui permet de critiquer les mythes fondateurs de l’Amérique sans pour autant en dénoncer les valeurs, fait du portrait de Hoover un labyrinthe temporel où chaque séquence viendrait brouiller la précédente, où le personnage ne serait jamais saisi dans une alternance de blanc et de noir, mais dans de constantes zones de gris. De fait, si le cinéaste déconstruit Hoover, il refuse toute explication psychologique. Et pour cause : le film ne cesse de dire qu’Hoover n’existe pas, qu’il est une invention, un être dont la vie n’a été qu’une affaire d’adaptation, d’opportunisme et de survie. La grand

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Au-delà

ECRANS | Du drame surnaturel en forme de destins croisés que le sujet autorisait, Clint Eastwood ne conserve que les drames individuels de ses personnages, dans un film d’une grande tristesse et d’une belle dignité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 12 janvier 2011

Au-delà

Journaliste star de France Télévisions, Marie Lelay (Cécile de France, convaincante malgré quelques maladresses concernant l’activité de son personnage) est emportée par le tsunami thaïlandais de 2004. Elle vit alors une expérience de mort imminente au cours de laquelle elle distingue des silhouettes sur un fond blanc aveuglant. De retour en France, elle reste hantée par cette vision. Dans le même temps, à Londres, le frère jumeau de Marcus, Jacob, meurt écrasé par une voiture. Et à San Francisco, George Lonegan (formidable Matt Damon, aussi massif que fragile), medium vivant son «don» de communication avec les morts comme une «malédiction», tente de se reconstruire en travaillant à l’usine et en suivant des cours de cuisine. On voit bien les écueils qui guettaient "Au-delà" : son rapport au paranormal, qui a déjà donné naissance à une flopée de nanars new-age et son scénario en destins croisés et mondialisés façon Iñarritu. Mais Clint Eastwood, justifiant l’admiration qu’on peut avoir pour son cinéma, déjoue tout cela par la seule intelligence de son point de vue. Le surnaturel n’est pas son problème, mais celui de ses personnages ; ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir s’

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Invictus

ECRANS | Toujours au sommet, Clint Eastwood réussit avec classicisme et émotions l’évocation du premier défi lancé au président Mandela : réunir l’Afrique du Sud autour de son équipe de rugby durant la coupe du monde 95. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 9 janvier 2010

Invictus

La réussite d’Invictus tient à un fil, comme souvent chez Clint Eastwood. Une scène résume bien la chose : Nelson Mandela (Morgan Freeman, impeccable) vient d’être élu président de la République en Afrique du Sud. Il sort faire une promenade nocturne accompagné de ses deux gardes du corps, lorsqu’une voiture surgit au coin de la rue. Tentative d’assassinat ? Non, il s’agit seulement du livreur de journaux… Mandela s’approche alors pour regarder la Une, et découvre qu’elle met en doute sa capacité à diriger le pays. En un battement de plan, Eastwood passe ainsi de l’intrigue à ses enjeux profonds, du particulier au général. Cette manière de s’extraire par le haut d’une convention scénaristique rappelle le précédent Eastwood, Gran Torino. Mandela a d’ailleurs plus d’un point en commun avec Walt Kowalski : derrière l’image publique, on découvre un vieillard seul, fatigué, prêt à sacrifier sa personne pour réconcilier deux peuples qui se détestent. Eastwood ne cache pas son admiration envers le personnage, et il le filme avec une bouleversante délicatesse. La première partie montre comment il entre à pas feutrés dans ses habits de président. L’humanisme et l’équité

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Clint consacré

ECRANS | Au coeur du festival, le Prix Lumière sera remis à Clint Eastwood, en sa présence, lors d'une soirée à la Salle 3000 qui s'achèvera avec la projection de Sur la (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 30 septembre 2009

Clint consacré

Au coeur du festival, le Prix Lumière sera remis à Clint Eastwood, en sa présence, lors d'une soirée à la Salle 3000 qui s'achèvera avec la projection de Sur la route de Madison. Ce choix, effectué par un collège de cinéphiles et de critiques, récompense un cinéaste dont l'oeuvre a contribué à l'art cinématographique. C'est une belle revanche pour Eastwood, dont les films auront mis près de vingt ans, et la reconnaissance conjointe d'Impitoyable par la critique, le public et les professionnels — premier doublé meilleur cinéaste, meilleur film aux Oscars — pour être appréciés à leur juste valeur. Encore regardé de travers pour son personnage de Dirty Harry, vite taxé de fasciste par la presse à l'époque, la critique néglige ses premiers travaux derrière la caméra : l'impeccable thriller Un frisson dans la nuit et le mélodrame Breezy. Cherchant une parfaite liberté créatrice avec sa société de production Malpaso, Eastwood se forme une écurie de collaborateurs fidèles, une économie de tournage — beaucoup de préparation, peu d'axes de prises de vue — et alterne films commerciaux (parfois remarquables comme L'Épreuve de force ou Pale Rider

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«Je fais ce que j’ai envie de faire»

ECRANS | Livre / Dans un recueil d’entretiens avec Michael Henry Wilson, Eastwood acceptait comme jamais d’évoquer son travail de cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 février 2009

«Je fais ce que j’ai envie de faire»

Peu loquace en interview, généralement réticent à parler du contenu de ses films, Clint Eastwood a fait de sa parole de cinéaste une denrée rare. C’est ce qui rend le recueil d’entretiens réalisés sur plus de vingt ans par Michael Henry Wilson, co-réalisateur des docus de Scorsese sur le cinéma américain, aussi précieux. Wilson aborde Eastwood en cours de carrière, peu de temps après la sortie de Sudden impact. Il le rencontrera ensuite régulièrement à chaque sortie de films (évitant judicieusement les rares faux-pas de sa filmographie) et même au début de son éphémère carrière politique. Au fil des discussions, le mystère Eastwood se dissipe. Ses thèmes d’abord, à commencer par le rejet des institutions bureaucratiques qui brident la liberté individuelle. Une idée qui effectivement relie les Inspecteur Harry à Mémoires de nos pères, les films «d’auteur» aux films de genre. La méthode ensuite : Eastwood ne signe pas ses scénarios, mais les prépare méticuleusement. Soit il fait réécrire avant de tourner, soit il réécrit pendant. Quand un scénario lui plaît, il le filme tel quel (comme celui de Million dollar baby) ; il peut même dans la foulée

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Gran Torino

ECRANS | Avec "Gran Torino", Clint Eastwood, devant et derrière la caméra, réalise un de ses meilleurs films, drôle et provocateur, émouvant et mélancolique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 février 2009

Gran Torino

Walt Kowalski vient d’enterrer sa femme et s’apprête à retourner à une fin de vie routinière. Ancien de la guerre de Corée, le voilà entouré de ses «ennemis» d’hier dans un ghetto dont il ne veut pas bouger, peinard avec ses bières, sa chienne et la Gran Torino 72 qu’il a contribué à assembler lorsqu’il était ouvrier chez Ford. Kowalski est un bout d’Amérique échoué, qui marine dans son aigreur, ses préjugés raciaux et sa haine des générations suivantes en poussant des grognements de clebs à qui l’on tenterait de voler son os. Kowalski, c’est Clint Eastwood, de retour devant la caméra quatre ans après Million dollar baby, qu’il avait pourtant présenté comme son dernier rôle. Mais l’occasion était trop belle de remettre la défroque du comédien… Ce personnage est taillé sur mesure pour l’acteur devenu un mythe nourri de fulgurances et d’ambiguïtés. Kowalski synthétise sans tapage tout cela : les justiciers aux méthodes contestables, les éducateurs guerriers cherchant à transmettre leurs valeurs, les ratés vieillissants et torturés. Avec un seul objectif : être en paix avec lui-même au jugement dernier. John Wayne de proximité Depuis l’ex

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L’Échange

ECRANS | Le maître Eastwood aurait-il visé trop haut ? Complexe et bancal, L’Échange multiplie les lignes narratives et finit par brouiller son discours. Petite déception. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

L’Échange

On n’en voudra pas à Clint Eastwood, après avoir enchaîné des films aussi énormes que Mystic River, Million Dollar Baby et le diptyque Iwo Jima, de marquer le pas avec cet Échange bancal. Cela étant, le film ne se dégage pas d’un revers de coude et s’il rate sa cible, c’est plus par excès d’ambition que par manque d’inspiration. Car la mise en scène est là, classique, épurée, au service d’un scénario complexe à l’argument poignant : à Los Angeles dans les années 20, Christine Collins découvre que son fils a été enlevé. Après plusieurs semaines d’enquête, la Police lui apprend que son enfant est vivant. Mais lors des retrouvailles sur un quai de gare, c’est un autre gamin qui lui est restitué. Le shérif refuse d’entendre ses protestations, cherchant par cette action d’éclat à redorer un blason terni par les accusations de corruption portées par un pasteur influent. Toute cette introduction est remarquable : Eastwood montre un état qui fabrique un mensonge et met en œuvre une machine bureaucratique où des experts s’unissent pour plier la réalité à cette fiction. Impossible de ne pas penser, même si c’est une facilité, à la manière dont l’adminis

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Mémoires de nos pères

ECRANS | Réflexion dialectique sur l'héroïsme, film de guerre humaniste et messe lugubre à un temps qui s'éteint : Clint Eastwood signe un nouveau classique instantané. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 8 novembre 2006

Mémoires de nos pères

D'abord le titre : Mémoires de nos pères dit de manière pléonastique le titre français, soulignant une constance des derniers films de Clint Eastwood, célébration sans nostalgie d'un passé tout sauf idyllique perdu dans les vapeurs amères d'un présent pétrifié. Drapeaux de nos pères, dit le titre américain, renvoyant plus directement au cœur du film : six soldats dressant une bannière américaine sur la colline d'Iwo Jima à la mi-temps d'une bataille sanglante où est censé se jouer le résultat de la deuxième guerre mondiale. Deux photographes passent et immortalisent le moment, qui se transformera en symbole d'une Amérique victorieuse ou bientôt victorieuse («nous gagnons ou nous allons gagner», George W. Bush, 25 octobre 2006). Pour appuyer la propagande, on fait revenir au pays les trois survivants de la photo et on organise pour eux une tournée afin de récolter des fonds pour continuer à armer ceux qui sont restés là-bas. Trois soldats ordinaires progressivement rattrapés par la culpabilité d'être là, traités en héros alors que tant d'autres meurent dans l'indifférence sur le front. Héros malgré tout Construit en flashbacks entre ce

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