"Sausage Party" : voulez-vous consommer avec moi ce soir ?

ECRANS | L’intenable Seth Rogen imagine un monde où les aliments d’un grand magasin vivent heureux dans la chaste attente du Paradis. Jusqu’à ce qu’une saucisse impatiente de fourrer (sic) un petit pain ne découvre leur funeste destinée. Scabreux, grossier, incorrect, inégal, ce film d’animation ne manque décidément pas de qualités…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Photo : © DR


Parents, tenez vos enfants à distance de ce film ! Non qu'ils risquassent d'en sortir traumatisés, mais vu que la plupart des gags se situent en-dessous de la ceinture — donc leur passant au-dessus du crâne —, vous vous exposez à devoir répondre à des questions incongrues toutes les cinq secondes (“Elle fait quoi, la saucisse, dans le trou du bagel ? Et la madame pain à hot dog, pourquoi elle a un collier de perles dans les fesses ? etc.”). De toutes façons, ils peineront à entrer : la commission de classification des œuvres cinématographiques a restreint l'accès aux plus de douze ans, et le bon goût le limite aux amateurs de V.O. — sinon, c'est la sanction Hanouna en V.F.

Sausage, comme des images

Nanti de ce héros aussi explicite que turgescent, Sausage Party s'ouvre sur un boulevard de grivoiseries (et se conclura sur une “orgie” alimentaire), en enchaînant les propos orduriers au sous-texte sexuel, pour bien rappeler le contexte du film d'animation transgressif. Mais l'enrobage cul laisse vite la place à une subversion plus forte encore : l'assimilation des religions à une imposture, une sorte de conte destiné à endormir des esprits faibles, que ceux-ci auraient mal digéré ; chaque “rayon” ayant ensuite créé sa propre variante locale et développé sa haine du voisin.

La parabole du monde ravalé au rang de grande surface tient plutôt bien la route. Les “divinités” de l'histoire (les humains), en prennent aussi pour leur grade : leur consumérisme égoïste d'ogre y est moqué, et même les vegan intégristes passent finalement pour des monstres lorsqu'ils dévorent sans remord d'innocents bébés légumes. Et en plus, ils avalent…

Sausage Party de Conrad Vernon & Greg Tiernan (E-U int. -12ans, 1h29) avec les voix (V.O.) de Seth Rogen, Kristen Wiig, Salma Hayek, Edward Norton…


Sausage Party

De Conrad Vernon et Greg Tiernan (ÉU, 1h29) Animation Une petite saucisse s'embarque dans une dangereuse quête pour découvrir les origines de son existence...
Pathé Échirolles 4 rue Albert Londres Échirolles
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Masure douce masure : "La Famille Addams"

Animation | Alors que le jeune Pugsley Addams prépare sa Mazurka, la sinistre quiétude du manoir familial est perturbée par un chantier dans le voisinage : la construction d’un lotissement empestant la joie de vivre, sous la houlette d'animatrice télé qui envisage de “redécorer“ la demeure Addams…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Masure douce masure :

Quelque part, il y a une forme de logique à ce que la bande dessinée de Charles Addams, jadis adaptée en série télé, puis en longs-métrages en prises de vues réelles, puis en série animée pour la télévision, revienne sur le grand écran en film d’animation. D’abord, parce que la tendance du moment — éprouvée et approuvée par Disney — c’est de rentabiliser une licence sous toutes ses formes ; ensuite parce que dans le cas particulier de la Famille Addams, il aurait été presque inconvenant de laisser ces personnages reposer en paix sans pratiquer sur eux quelque opération frankensteinesque. C’est l’avantage des monstres et autres figures du monde macabre : il ne peuvent guère souffrir d’une atteinte à leur intégrité ! Vernon & Tiernan jouent donc sur du velours en convoquant ces vieilles connaissances et leur épouvante d’opérette dont les pré-ados (du genre de Tim Burton) raffolent. Derrière les us et coutumes déviants de cette tribu cadavérique, et malgré la vraie-fausse rébellion de l’aînée Mercredi, l’idée est de montrer que les Addams restent soudés comme une f

Continuer à lire

Secrétaire très particulier : "Séduis-moi si tu peux !"

Comédie | De Jonathan Levine (É-U, 1h56) avec Charlize Theron, Seth Rogen, O'Shea Jackson Jr.…

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Secrétaire très particulier :

Reporter talentueux mais un peu trop intègre, Frank démissionne quand un magnat pourri rachète son journal. Au même moment, Charlotte Field, la Secrétaire d’État visant la Maison Blanche recherche une plume. Coup de bol, elle a été la baby-sitter de Fred quand il était ado… Actualisation d’un thème hollywoodien ô combien classique — le mariage de la carpe et du lapin, ou plus prosaïquement, de la belle et de la bête — ces retrouvailles sont conformes à ce que l’on peut espérer, compte-tenu de la présence glamour de Charlize Theron et de celle plus transgressive de Seth Rogen : une charmante comédie sentimentale, relevée d’une sauce façon Farrelly — on vous passe l’ingrédient principal. À l’inévitable romance permettant à Madame Parfaite (modèle de luxe, avec élégance incarnée) de fendre l’armure et à Monsieur Tout-le-Monde (version très hirsute) de quitter sa posture d’adolescent rebelle, s’ajoutent les possibilités de comédie offertes par le contexte politico-médiatique, dans les coulisses d'une Maison Blanche occupée par un clown moins intéress

Continuer à lire

Rōnins canins : "L’Île aux Chiens"

Le Film de la Semaine | Wes Anderson renoue avec le stop motion pour une fable extrême-orientale contemporaine de son cru, où il se diversifie en intégrant de nouveaux référentiels, sans renoncer à son originalité stylistique ni à sa singularité visuelle. Ces Chiens eussent mérité plus qu’un Ours argenté à Berlin.

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Rōnins canins :

Sale temps pour les cabots de Megasaki ! Prétextant une épidémie de grippe canine, le maire décide de bannir tous les toutous et de les parquer sur une île dépotoir. Atari, 12 ans, refuse d'être séparé de son Spots adoré. Il vole un avion pour rallier l’Île aux Chiens. Ce qu’il y découvrira dépasse l’entendement… Peu de cinéastes peuvent se targuer d’être identifiables au premier coup d’œil, qu’ils aient signé un film d’animation ou en prises de vues réelles. Tel est pourtant le cas de Wes Anderson, dont le cosmos se trouve, à l’instar d’une figure fractale, tout entier contenu dans la moindre de ses images. Martelée par trois tambourineurs asiates dans une pénombre solennelle, l’ouverture de L’Île aux Chiens est ainsi, par sa “grandiloquente sobriété”, un minimaliste morceau de bravoure andersonien en même temps qu’une mise en condition du public. Au son mat des percussions, celui-ci entame sa plongée dans un Japon alternatif nuke-punk, synthèse probable entre le bidonville de Dodes'kaden ! et le sur-futurisme c

Continuer à lire

Le fort minable James Franco : "The Disaster Artist"

Biopic | de et avec James Franco (E-U, 1h44) avec également Dave Franco, Seth Rogen…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Le fort minable James Franco :

Raconté du point de vue de Greg Sestero, un apprenti acteur fasciné par l’excentrique Tommy Wiseau, son condisciple en cours de théâtre, The Disaster Artist raconte comment celui-ci écrivit, produisit et dirigea The Room (2003), un drame si mauvais qu’il fut sacré nanar culte. Hollywood suit à sa façon le dicton “léché, lâché, lynché” : à l’envers. En clair, une personnalité qui se ridiculise ou déchaîne la vindicte populaire devient, après une nécessaire phase de purgatoire, le substrat idéal pour un film — l’alchimie des studios transformant le vil plomb du réel en or au box-office. Souvent réservés aux politiques (Nixon, Bush), récemment à Tonya Harding, ces biopics volontiers endogènes puisent ainsi dans la masse insondable des casseroles californiennes. On se souvient que Ed Wood (1994) avait permis à Burton non seulement de payer un tribut sincère au roi de la série

Continuer à lire

Rien ne sert de raccourcir… : "Downsizing"

Le Film de la Semaine | Et si l’humanité diminuait pour jouir davantage des biens terrestres ? Dans ce reductio ad absurdum, Alexander Payne rétrécit un Matt Damon candide à souhait pour démonter la société de consommation et les faux prophètes. Une miniature perçante.

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Rien ne sert de raccourcir… :

Disparu en novembre dernier dans une consternante indifférence, le réalisateur français Alain Jessua aurait à coup sûr raffolé de l’idée. Cousinant avec ses fables d’anticipation dystopiques que sont Traitement de choc (1972) ou Paradis pour tous (1982), Dowsizing est en effet un de ces contes moraux où une “miraculeuse” avancée scientifique, perçue comme une panacée devant soulager l’humanité de tous ses maux, finit par se révéler pire remède que la maladie elle-même. La découverte est ici un procédé (irréversible) permettant de réduire les organismes humains afin d’économiser les ressources de notre planète surpeuplée, augmentant mathématiquement le patrimoine des sujets miniaturisés. Alléchés par cette perspective, Paul et son épouse s’inscrivent au programme. Mais au dernier moment, la belle se déballonne : Paul en est réduit à vivre rapetissé et seul. Au paradis ? Pas vraiment… À naïf, à demi-naïf Il y a deux actes biens distincts dans

Continuer à lire

"Gangsterdam" : very dumb trip

ECRANS | Pas facile de vivre pour les comédies françaises à l’époque de Judd Apatow, Seth Rogen ou Todd Phillips. En essayant vainement de les imiter tout en (...)

Julien Homère | Mardi 28 mars 2017

Pas facile de vivre pour les comédies françaises à l’époque de Judd Apatow, Seth Rogen ou Todd Phillips. En essayant vainement de les imiter tout en correspondant aux attentes nationales, elles ne font que perdre sur les deux tableaux. Gangsterdam répond bien à cette idée, narrant les aventures de Ruben, Durex et Nora, embarqués malgré eux dans un deal de drogue foireux, entre mafieux aux Pays-Bas. Il n’y a rien de plus triste que de voir un film tentant de ressembler à ce qu’il n’est pas et ne sera jamais. Voix off, blagues de pets et BO moderne passant de Tangerine Dream à Gucci Mane, Romain L

Continuer à lire

Pomme Star : Danny Boyle fait le Jobs

ECRANS | Après s’être égaré en racontant les tribulations gore d’un randonneur se sciant le bras pour survivre (127 heures), Danny Boyle avait besoin de se rattraper. Le natif de Manchester fait le job avec une évocation stylisée du patron d’Apple, première super-pop-star économique du XXIe siècle.

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Pomme Star : Danny Boyle fait le Jobs

« Penser différent »… Érigé en précepte par Steve Jobs lui-même, le slogan exhortant à la rupture créative et intellectuelle semble avoir guidé le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur Danny Boyle dans ce travail autour de la biographie (autorisée) du charismatique fondateur d’Apple, pavé signé Walter Isaacson détaillant par le menu l’existence de Jobs, listant les innovations à mettre à son actif - un livre paru en France en 2011 chez JC Lattès. L’un et l’autre ont emprunté un chemin de traverse, ne se lançant pas dans une illustration chronologique standard visant l’exhaustivité en suivant le sempiternel et prévisible "sa vie, son œuvre". Jobs ayant été, au-delà de toutes les controverses, une manière de stratège imposant sa vision d’une réalité distordue, modelant finalement la réalité à ses désirs, Sorkin et Boyle lui ont taillé un écrin biographique hors-norme. Pour le cinéaste, cela passait par l’abandon de marques de fabrique virant au tic, comme les effets de montage épileptoïdes ou le recours à une bande originale utilitaire, marqueur temporel ou folklorique. Pour l’auteur du script, par la conception d’une sorte

Continuer à lire

Tale of Tales

ECRANS | De Matteo Garrone (It-Fr-Ang, 2h13) avec Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones…

Christophe Chabert | Mercredi 1 juillet 2015

Tale of Tales

Que Matteo Garrone n’ait pas souhaité s’enfermer dans le réalisme suite au succès de Gomorra est une bonne chose ; d’ailleurs, lorsqu’il osait la stylisation dans Reality, il parvenait à déborder l’hommage à l’âge d’or de la comédie italienne pour en retrouver l’esprit esthétique. Avec Tale of Tales, les choses se compliquent : abordant un genre en vogue — les contes et l’heroic fantasy — via l’adaptation d’un classique de la littérature italienne, il tente le grand pont vers l’imaginaire pur, entrecroisant plusieurs récits où l’on retrouve des monstres, des sorcières, un roi, des reines et des princesses. Or, le style Garrone s’avère assez vite à la remorque de son ambition : jamais la mise en scène ne parvient à donner le souffle nécessaire pour nous faire pénétrer cet univers baroque et fantastique. D’où une suite d’hésitations fatales : entre le sérieux et la dérision, l’auteurisme et le divertissement, le film à sketchs et le film choral… Mal construit — l’épisode des faux jumeaux est de loin le plus faible, et le scénario le traîne comme

Continuer à lire

Birdman

ECRANS | Changement de registre pour Alejandro Gonzalez Iñarritu : le cinéaste mexicain laisse son désespoir misérabiliste de côté pour tourner une fable sur les aléas de la célébrité et le métier d’acteur, porté par un casting exceptionnel et une mise en scène folle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Birdman

Partons du titre complet de Birdman : la surprenante vertu de l’ignorance. De la part d’un cinéaste aussi peu modeste qu’Alejandro Gonzalez Iñarritu, ce sous-titre a de quoi faire peur, tant il nous a habitué dans ses films précédents à donner des leçons sur la misère du monde sous toutes ses formes. Or, Birdman séduit par sa volonté de ne pas généraliser sa fable, circonscrite entre les murs d’un théâtre à Broadway : ici va se jouer à la fois une pièce adaptée de Raymond Carver et la tragi-comédie d’un homme ridicule, Riggan Thompson. Des années avant, il était la star d’une série de blockbusters où il jouait un super héros ; aujourd’hui, il tente de relancer sa carrière et gagner l’estime de ses contemporains en jouant et mettant en scène du théâtre "sérieux". Le naufrage de son existence ne se résume pas seulement à ses habits de has been : sa fille sort d’une cure de désintox, son mariage a sombré et il se fait écraser par une star mégalomane et égocentrique, Mike Shiner, plus roué et cynique que lui pour conquérir les faveurs de la critique et du public. Pour filmer les secousses qui vont bousculer Thompson dans le

Continuer à lire

The Grand Budapest Hotel

ECRANS | Avec "The Grand Budapest Hotel", Wes Anderson transporte son cinéma dans l’Europe des années 30, pour un hommage à Stefan Zweig déguisé en comédie euphorique. Un chef-d’œuvre génialement orchestré, aussi allègre qu’empreint d’une sourde inquiétude. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

The Grand Budapest Hotel

The Grand Budapest Hotel, au départ, c’est un livre, lu par une jeune fille blonde sur un banc enneigé de la ville de Lutz, à côté de la statue de son auteur. Ce livre raconte l’histoire du Grand Budapest Hotel telle qu’elle fut rapportée à l’écrivain lors d’un séjour dans ses murs au cours des années 60 par le propriétaire de l’hôtel, Zéro Moustapha. Cette histoire est aussi celle de Mr Gustave, concierge du Grand Budapest du temps de sa splendeur dans les années 30, juste avant le début de la guerre, mentor et ami de Zéro. Le Grand Budapest Hotel était alors un bastion du luxe et du raffinement au cœur de l’Europe, dans la République de Zubrowka. À l’arrivée, The Grand Budapest Hotel est un film de Wes Anderson, autrement dit une pure création : rien de tout cela n’existe, tout a été réinventé par l’imaginaire du cinéaste. Mais ce monde fantaisiste laisse deviner en transparence la véritable Histoire européenne, du temps de ses heures les plus tragiques. Partition virtuose La narration en poupées russes qui lance le film — un récit à l’intérieur d’un récit à l’intérieur d’un récit —, redoublée par les constants changements de raconte

Continuer à lire

La Vie rêvée de Walter Mitty

ECRANS | Ben Stiller passe à la vitesse supérieure en tant que réalisateur avec ce modèle de comédie romantique d’une classe visuelle permanente, où il s’agit de faire d’un héros du quotidien le vestige d’une époque en train de disparaître. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

La Vie rêvée de Walter Mitty

Que se serait-il passé si Walter Mitty, plutôt que d’envoyer un poke sur un site de rencontres à sa collègue de bureau, l’avait simplement abordée dans la vraie vie ? Rien d’exceptionnel sans doute, et c’est sur ce gouffre initial que se bâtit toute l’ampleur romanesque mais aussi toute la philosophie de La Vie rêvée de Walter Mitty, cinquième film de Ben Stiller derrière une caméra, le plus abouti, le plus étonnant aussi. Mitty, que Stiller incarne avec un sens exceptionnel du tempo qu’il soit comique ou dramatique, est un monsieur tout le monde tel que Capra aimait les peindre. De Capra à Capa, il n’y a qu’un pas que le film franchit en le faisant travailler au service photo de Life, institution de la presse américaine sur le point de déménager en ligne, décision prise par une bande d’idiots cravatés et barbus — c’est tendance — entraînant le licenciement d’une partie des salariés. Mitty doit gérer l’ultime couverture du journal, réalisée par un photographe légendaire et solitaire, lui aussi aux prises avec la grande mutation du XXIe siècle : il refuse le numérique et n’aime que l’argentique. Sauf qu’il n’a pas fait parvenir le cli

Continuer à lire

Madagascar 3 : Bons baisers d’Europe

ECRANS | Même si l’hystérie et les incohérences scénaristiques sont toujours au rendez-vous, ce nouveau Madagascar prouve que les productions Dreamworks sont en progrès, puisqu’on y trouve en plus des morceaux de bravoure quelques francs moments de mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 4 juin 2012

Madagascar 3 : Bons baisers d’Europe

Le combat feutré que se mènent Pixar et Dreamworks est avant tout une question de méthode : là où Pixar choisit de miser sur la créativité d’une solide équipe interne (au risque de la fuite des cerveaux, cf Brad Bird et Andrew Stanton), Dreamworks pratique le débauchage. En recrutant Guillermo Del Toro comme directeur artistique, le studio a d’abord amélioré le design de ses productions, jusqu’ici d’une rare laideur ; le voilà qui, maintenant, va chercher ses auteurs dans le cinoche indépendant le plus pointu. Ainsi retrouve-t-on au scénario de Madagascar 3 Noah Baumbach, complice de Wes Anderson et réalisateur de jolis films comme Les Berkman se séparent et Greenberg. Ben Stiller, qui prête sa voix au lion Alex dans la série, a sans doute exfiltré Baumbach et lui a mis entre les mains cette nouvelle aventure où les animaux du zoo de New York tentent de retrouver leurs pénates en faisant un crochet européen où ils croisent le destin d’un cirque en pleine panade. Europe-bashing Madagascar 3 commence très fort avec une scène de cauche

Continuer à lire

Moonrise kingdom

ECRANS | Poussant son art si singulier de la mise en scène jusqu'à des sommets de raffinement stylistique, Wes Anderson ose aussi envoyer encore plus loin son ambition d'auteur, en peignant à hauteur d'enfant le sentiment tellurique de l'élan amoureux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 16 mai 2012

Moonrise kingdom

Revoici Wes Anderson, sa griffe de cinéaste intacte, dès les premiers plans de Moonrise kingdom. Sa caméra explore frontalement une grande demeure comme s'il visitait une maison de poupée dont il découperait l'espace en une multitude de petits tableaux peuplés de personnages formidablement dessinés. Au milieu, une jeune fille aux yeux noircis au charbon, cousine pas si lointaine de Marion Tenenbaum, braque une paire de jumelles vers nous, spectateurs. Ce n'est pas un détail : d'observateurs de ce petit théâtre, nous voilà observés par cette gamine énigmatique, dont on devine déjà qu'elle a un train d'avance sur les événements à venir. L’art de la fugue Par ailleurs, la bande-son se charge, via un opportun tourne-disque, de nous faire un petit cours autour d'une suite de Benjamin Britten. Où l'on apprend que le compositeur, après avoir posé la mélodie avec l'orchestre au complet, la rejoue façon fugue en groupant les instruments selon leur famille. Là encore, rien d'anecdotique de la part d'Anderson. Cet instant de pédagogie vaut règle du jeu du film à venir, où il est question d'enfance (qui n'est pas un jeu), de fugue (qui n'est pas musicale)

Continuer à lire

Mes meilleures amies

ECRANS | De Paul Feig (ÉU, 2h04) avec Kristen Wiig, Maya Rudolph, Rose Byrne…

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Mes meilleures amies

Jusqu’ici très geek et masculines, les productions Apatow changent de genre avec ce film où les hommes sont réduits au statut de pénis parlants (à l’exception d’un flic attachant et sensible), tandis qu’une poignée de filles se préparent à jouer les demoiselles d’honneur (d’où le titre original, Bridesmaids) sur fond de rivalités entre Annie, pâtissière au chômage, et Helen, bourge friquée, pour avoir les faveurs de la future mariée Lilian. Annie est interprétée par l’épatante Kristen Wiig, également auteur du scénario, qui a réuni au casting la plupart de ses comparses issues de sa troupe d’improvisation. Cette générosité complice est la qualité et la limite de Mes meilleures amies : Feig et Apatow semblent avoir accepté toutes les propositions de leurs comédiennes, gonflant la durée et laissant beaucoup de déchets comiques au milieu de quelques séquences parfois hilarantes. Mes meilleures amies répond aussi aux dérives mercantiles de Sex and the city (la scène d’essayage où les marques sont inventées et qui se termine par une hallucinante explosion scatologique) et à la beauferie de Very bad trip (ici, le voyage à Las Vegas

Continuer à lire

Stone

ECRANS | De John Curran (ÉU, 1h45) avec Robert De Niro, Edward Norton…

Dorotée Aznar | Mardi 3 mai 2011

Stone

Un juge apathique tombe dans un engrenage mollement infernal en entretenant une liaison avec la compagne d’un détenu. Étrange thriller à contretemps dans ses meilleurs moments, Stone peine à lutter contre une mise en image neurasthénique et le manque cruel d’enjeux de son intrigue - un peu comme si John Curran s’était dit que la seule frontière entre le cinéma de genre et le cinéma d’auteur était le rythme. On se tourne alors du côté d’un casting qui aurait pu apparaître comme audacieux dix ans plus tôt, mais les têtes d’affiche ne relèvent pas vraiment le niveau. De Niro a l’air de s’emmerder sec, Edward Norton nous compose un mix sans passion entre ses rôles de Peur Primale et American History X, et Milla Jovovich tente une énième fois de donner tout ce qu’elle a, avec cette candeur cocaïnée qui la rend, parfois, si fascinante. Cette curiosité mise à part, on est prêt à parier qu’on n’en aura strictement aucun souvenir d’ici deux mois. FC

Continuer à lire

The Green Hornet

ECRANS | Faute d’orientation claire et de script solide, The Green Hornet, comédie d’action pourtant prometteuse, ne transcende jamais son statut d’Iron Man du pauvre. Le premier gros gâchis de talents de 2011. François Cau

Dorotée Aznar | Jeudi 6 janvier 2011

The Green Hornet

L’alliance entre la réalisation inventive de Michel Gondry et l’écriture acérée de Seth Rogen et Evan Goldberg, binôme formé à l’école Judd Apatow, avait tout pour nous réjouir. Mais c’était oublier un peu vite le spectre du terrible producteur Neal H. Moritz – responsable de trucs pas possibles comme les Fast & Furious, les xXx ou Furtif, et dont l’influence se manifeste ici via un rythme claudiquant, une narration à la fois effrénée dans son déroulé et amorphe dans son exécution, visant l’efficacité à tout crin en dépit du bon sens et des personnalités artistiques en présence. Dans l’une des meilleures scènes du film, le bad guy en chef Chudnofsky (Christoph Waltz, à des lieux de sa performance mythique d’Inglourious Basterds) se trouve confronté à un gros problème de crédibilité face à un jeune gangster arrogant. Les prémices d’un running gag mollasson, au gré duquel le personnage va adopter le patronyme de Bloodnofsky, s’habiller en rouge et se trouver une punchline pour accompagner chacun de ses meurtres. Consciemment ou non, Michel Gondry, Seth Rogen et Evan Goldberg ont résumé dans cette sous-intrigue tous les problèmes du film - un produit hybride qui ne sait jamais

Continuer à lire

Délire express

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h51) avec Seth Rogen, James Franco…

Dorotée Aznar | Jeudi 27 novembre 2008

Délire express

L’introduction fait penser à La Beuze et fait donc un peu peur – des savants nazis testent une variété de marijuana extrêmement puissante, qu’ils préfèrent remiser aux oubliettes. Le produit refait son apparition un demi-siècle plus tard, entre les mains d’un sympathique loser, Dale, et de son dealer, Saul. Lorsque Dale est témoin d’un meurtre perpétré par le boss d’un gang de trafiquants, le très peu dynamique duo doit dès lors joindre ses forces embrumées pour échapper à une mort certaine. Après Supergrave et En cloque, mode d’emploi, la troisième collaboration entre Judd Apatow (producteur, nouveau king de la comédie américaine) et Seth Rogen (acteur et scénariste) prend le risque mesuré de fédérer deux genres cinématographiques pas forcément compatibles : le film d’action et le stoner movie (comédie tournant autour de personnages généralement glandeurs et défoncés). Pour concrétiser ce projet improbable, Apatow et Rogen ont eu la riche idée de faire appel à un cinéaste de talent, David Gordon Green (auteur du superbe L’Autre Rive). Non content d’apporter sa touche visuelle, décisive dans la cohérence de l’ensemble, ce dernier comprend en outre parfaitement les enjeux du script,

Continuer à lire