"L'Ornithologue" : le p'tit oiseau n'est pas de sortie

ECRANS | Égaré dans une nature portugaise sauvage, un ornithologue est confronté à de troublantes situations et des épreuves modifiant sa personne en profondeur. João Pedro Rodrigues accomplit ici un fascinant survival entre mystique et baroque, à l’érotisme gentiment sulpicien.

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Photo : © DR


João Pedro Rodrigues n'aime rien tant que les initiations ; faire découvrir à ses personnages des territoires insoupçonnés voire, pourquoi pas, les inviter à emprunter des sentes interdites. Seulement, il lui arrive de sacrifier à un certain hermétisme (ah, l'éprouvant souvenir de O Fantasma !) ou de se limiter à un imagier fétichiste un peu cliché — comme s'il avait à s'acquitter de figures imposées. L'Ornithologue incarne une belle rupture : à la fois contemplatif et fantastique, ce film d'aventure pétri d'esthétique ainsi que de références religieuses (il s'agit d'une variation sur la figure de Saint Antoine de Padoue), relance à chaque instant la surprise du spectateur par ses multiples rebondissements narratifs et bifurcations visuelles.

La bête à deux Fernando

Rodrigues glisse allègrement de la promenade bucolique à la trajectoire ésotérique en précipitant son naufragé, l'affûté Fernando, dans une succession de mésaventures rappelant autant les ambiances bizarres de Ben Wheatley ou des frères Larrieu que The Blair Witch Project et Délivrance ! Ses déambulations le mènent ainsi entre les griffes de deux randonneuses chinoises qui s'entraînent sur son corps d'athlète au bondage scout — avec un aplomb calme qu'apprécierait Kim Ki-duk — puis dans les bras d'un berger peu farouche ; à être la proie d'amazones modernes ainsi que d'adeptes d'un étrange culte païen… Un chemin de croix, jusqu'à une sorte de transfiguration, ou plutôt de dissociation.
Cette dernière permet au réalisateur de s'incarner tel un contrepoint “christique” (en l'occurrence, “antonien”) de son héros, plutôt du genre bear baraqué. Une manière plutôt originale de prendre corps avec une figure fantasmatique…

L'Ornithologue de et avec João Pedro Rodrigues (Port-Fr-Bre, avec avertissement, 1h57) avec également Paul Hamy, Han Wen, Chan Suan…


L'ornithologue

De João Pedro Rodrigues (Port-Fr-Br, 1h57) avec Paul Hamy, João Pedro Rodrigues...

De João Pedro Rodrigues (Port-Fr-Br, 1h57) avec Paul Hamy, João Pedro Rodrigues...

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Fernando, un ornithologue, descend une rivière en kayak dans l’espoir d’apercevoir des spécimens rares de cigognes noires. Absorbé par la majesté du paysage, il se laisse surprendre par les rapides et échoue plus bas, inconscient, flottant dans son propre sang.


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Maria, pour mémoire : "L'Autre continent"

Comédie Sentimentale | De Romain Cogitore (Fr-Taï, 1h30) avec Déborah François, Paul Hamy, Daniel Martin…

Vincent Raymond | Mardi 4 juin 2019

Maria, pour mémoire :

Polyamoureuse, Maria s’est exilée à Taïwan pour devenir guide-interprète (en flamand). Sur place, elle flashe sur Olivier, un polyglotte compulsif… mais sentimentalement timoré. Après quelques mois de bonheur fou, Olivier se sent mal et un cancer du sang le plonge dans un coma profond… Les énièmes remous aigres de “l’affaire Vincent Lambert” précèdent d’une bien triste manière la sortie de ce très audacieux mélo expérimental. Car il serait des plus malséants de prendre appui sur ce film (lui même inspiré d’un authentique cas clinique) pour donner du grain à moudre aux partisans de l’acharnement thérapeutique : comparaison n’est jamais raison, et les dossiers médicaux n’ont rien à voir. En outre, si l’on est honnête, Cogitore ne s'intéresse pas au “miracle médical” d’une guérison, mais plutôt à l’apprentissage d’un deuil amoureux. Et surtout, il se saisit de la matière cinématographique comme d’une chance pour transcender son récit — c’est une constante, visiblement, dans la prolifique famille Cogitore. L’Autre continent revêt donc successivement les atou

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Ossang n’a pas perdu la main : "9 doigts"

Le Film du mois | L’épisodique F.J. Ossang est de retour avec un nouvel objet manufacturé aux saveurs intemporelles, empruntant sa cosmogonie au polar comme au fantastique, et sa linéarité à la courbe d’une spirale. Meilleure réalisation à Locarno, forcément.

Vincent Raymond | Mardi 20 mars 2018

Ossang n’a pas perdu la main :

Une gare, la nuit. Magloire se soustrait à un contrôle de police et court. Sa fuite le mène à un homme agonisant sur une plage, qui lui remet une liasse de billets. Un cadeau empoisonné lui valant d’être traqué par Kurtz et sa bande. Capturé, Magloire va être coopté par ces truands… 9 doigts raconte un peu mais invoque, évoque, provoque. Beaucoup de voix au service d’un film noir à la Aldrich que viendra insidieusement “polluer” une inclusion de radioactivité. Également d'une histoire de survivance paradoxale : celle d’un héros malgré lui, dépositaire d’un trésor qui n’est pas le sien, embarqué dans un rafiot vide au milieu d’escrocs rêvant d’un gros coup, échouant tous à le concrétiser. Une métaphore du cinéma, où pour durer il vaudrait mieux voyager léger, à l’écart des apprentis-sorciers, quitte à se retrouver isolé. Mais libre d’agir à sa guise, de créer un monde non orthodoxe, à gros grain et son saturé, avec des fermetures à l’iris, des ruptures de ton, des ellipses… Ossang ne saurait mentir Fidèle à sa ligne

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Peur de rien

ECRANS | De Danielle Arbid (Fr, 1h59) avec Manal Issa, Damien Chapelle, Paul Hamy…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Peur de rien

Un quart de siècle s’est écoulé depuis que Danielle Arbid, étudiante venue de Beyrouth, a fait ses premiers pas en France. Un laps de temps suffisant pour qu’elle ose se confronter à son passé dans cette autobiographie romancée — bien qu’elle soit, selon ses dires, fidèle à la jeune femme qu’elle était à l’époque. Voulu plus sensoriel que documentaire, ce film ne peut prétendre à l’exactitude dans la reconstitution d’époque : sur ce plan, citant volontiers Manet, on pourrait le qualifier d’Impressionniste dans l’ambiance, composant un flou global fait d’éléments disparates allant de la musique aux rares accessoires. Il raconte en revanche des choses très intimes sur son auteur : la manière dont elle a été préservée de la guerre du Liban, l’indifférence naïve qu’elle affiche face aux discours politiques/politisés des étudiants français, son ingénuité amoureuse… Plus mainstream dans sa forme que son précédent long-métrage, le très abrupt Un homme perdu (2007), Peur de rien risque cependant de paraître abstrait aux spectateurs n’ayant pas partagé le même espace-temps que la cinéaste : à l’inverse de mai 68 ou de l’Occupa

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