"Norm" : Qui a vu l'ours ?

ECRANS | Un film de Trevor Wall et Xia Xiao Ping (E-U, 1h30) avec les voix (v.f.) de Omar Sy, Med Hondo, Lucien Jean-Baptiste…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Photo : © DR


Norm, un gentil ours polaire doué de la parole, gagne New York escorté par des lemmings indestructibles pour faire sa fête à Mr. Greene, un fourbe promoteur aux allures de baba-cool mais voulant envahir l'Arctique. Devinez qui gagnera à la fin ?

Un dessin animé dénonçant l'avidité des grosses entreprises et la personnalité janusienne de leurs dirigeants, avec un sous-texte écologiste : pourquoi pas, ça ne peut pas faire plus de mal à la cause qu'un documentaire de Mélanie Laurent. Malheureusement, ce discours un peu divergent se plaque sur une forme oscillant entre le banal et le bancal — à l'instar des lemmings crétins à tout faire, épigones de Minions en moins jaunes et plus velus.

Sans être déplaisant à voir, Norm ne captive pas. On a ainsi tout le loisir de tenter de reconnaître les voix des doubleurs, d'observer les arrière-plans, ou de remarquer les étranges ressemblances entre certaines silhouettes fugaces et des chancelier(e)s allemand(e)s contemporain(e)s. Le hasard est sacrément taquin…


Norm

De Trevor Wall (ÉU, 1h30) animation

De Trevor Wall (ÉU, 1h30) animation

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L’ours polaire Norm et ses trois meilleurs amis, les lemmings, décident de se rendre à New York afin de déjouer les plans d’un groupe immobilier qui menace d’envahir sa banquise. Il fait la rencontre de Olympia, une jeune fille, qui aidée de sa maman, vont faire de Norm la mascotte de l’entreprise. Face au machiavélique Mr Greene, ils vont tout mettre en œuvre pour sauver leur monde.


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Protéger, ou servir ? : "Police" d'Anne Fontaine

Thriller | Virginie, Aristide et Erik sont flics au sein de la même brigade parisienne, enchaînant les heures et les missions, sacrifiant leur vie privée aux aléas de leur métier. Un soir, on leur confie une mission différente : convoyer un réfugié à l’aéroport en vue de son expulsion. Doit-on toujours obéir ?

Vincent Raymond | Vendredi 28 août 2020

Protéger, ou servir ? :

Film à thèse, film sociétal ? Sans doute : Anne Fontaine ne s’intéresserait pas aux atermoiements de représentants des forces de l’ordre si elle-même ne voulait pas à la fois parler de l’étrange ambivalence de la “patrie des droits de l’Homme” lorsqu’elle procède à des *reconduites à la frontière* (terme pudique) de personnes en péril dans leur pays d’origine, ainsi qu’aux conditions de vie et de travail des policiers. Dès lors, on comprend mieux la construction violemment hétérogène de Police, juxtaposition de deux films formellement différents, voire opposables. Le premier, archi découpé, syncopé même, combinant les points de vues de trois protagonistes offre une vision heurtée, parcellaire, parfois contradictoire de leurs interventions au quotidien. Outre le fait qu’elles livrent leur ressenti et contribuent à bien les individualiser au sein d’un corps où chacun se fond dans un collectif réputé d’un bloc, ces séquences ressemblent à une sorte d’enquête, où les témoignages se recoupen

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Omar Sy : « c’est à mon instinct que je me connecte le plus »

L’Appel de la Forêt | Entre Los Angeles et Paris, Omar Sy mène une prolifique carrière transatlantique. Avant d’attaquer le tournage de la série Arsène Lupin, il est à l’affiche de trois films en ce début 2020 : après Le Prince oublié et avant Police, on peut le voir dans L’Appel de la forêt…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Omar Sy : « c’est à mon instinct que je me connecte le plus »

Tout le monde a envie d’avoir un “Buck“ dans sa vie. C’est votre cas ? Omar Sy : J’en ai deux : un Cane Corso et un American Staff ! Mais j’espère que tout le monde a un “Buck“, que ce soit un frère, un pote, une copine, une chérie ou même ce qu’a Buck : un loup qui symbolise son instinct et qui le guide. J’espère qu’on est tous connectés à cette petite voix dans notre tête et qu’on l’écoute un petit peu plus. C’est ce que dit le film, et le livre aussi, je crois. Après, je ne connais pas Jack London, c’est pas mon pote ! (sourire). Ce que je comprends de ce qu’il nous raconte, Buck, c’est nous. On peut le voir comme un enfant qui devient un homme. Un enfant à qui on a appris des choses qui ne marchent pas toujours dans la vie. Alors, il s’adapte. Il s’adapte sans cesse et finalement, son vrai guide, c’est son instinct. Les réponses sont en lui. J’ai l’impression que pour nous aussi, c’est pareil. Malgré son imaginaire, malgré la communication, même s’il met des habits, l’Homme reste un animal.

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Loup y es-tu ? : "L'Appel de la forêt"

Aventure | La destinée de Buck, bon gros chien arraché à sa famille du sud des États-Unis pour être revendu au Yukon en pleine fièvre de l'or ; son parcours de maître en maître et son éveil à son instinct primitif, jusqu'à ce que le loup en lui parvienne enfin à s'exprimer à nouveau…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Loup y es-tu ? :

À l’instar de Joseph Conrad, Jack London “vécut“ avant d’écrire (même s’il sut marier les deux de concert) et donc écrivit sur l’aventure en connaissance de cause. Ce n’est sans doute pas un hasard si ses romans d’apprentissage rencontrent encore aujourd’hui un succès inentamé par-delà les générations et au-delà des transpositions — en témoigne la récente variation sur Martin Eden signée par Pietro Marcello. Plus remarquable encore est le fait que le roman d’apprentissage d’un non-humain, un chien, touche autant nos congénères ; d’autant qu’à rebours de son époque exaltant l’industrialisation triomphante, London y exaltait des valeurs quasi rousseauistes de retour à la nature ! Par un des étranges renversements auxquels l’Histoire nous a habitués, les notions de recherche ou de préservation de l’étincelle de sauvagerie innée sont au cœur des préoccupations contemporaines : à l’asservissement et la standardisation urbaine jadis célébrés, on préfère désormais l’authentique et la nature. L’Appel de

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En fin de conte : "Le Prince Oublié"

Le Film de la Semaine | Le combat de personnages pour pouvoir survivre après la défection de leur public épouse celui d’un père pour rester dans le cœur de sa fille. Beau comme la rencontre fortuite entre Princess Bride et une production Pixar dans un film d’auteur français signé Hazanavicius.

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

En fin de conte :

Tous les soirs, Djibi raconte à sa fille Sofia des histoires qu’il crée pour elle, où un Prince triomphe du diabolique Pritprout. Mais à son entrée au collège, Sofia se met à s’inventer ses propres histoires, causant la mise au chômage des personnages de l’univers imaginé par son père… De la même manière que l’histoire du Prince oublié navigue continûment entre deux mondes, la sphère du “réel“ et celle de l’imaginaire, le cinéma de Michel Hazanavicius offre au public un double plaisir : suivre le spectacle déployé par la narration (à savoir les aventures/mésaventures des personnages) tout en l’incitant à demeurer vigilant à la mécanique du récit, à sa méta-écriture et aux fils référentiels dont il est tissé. L’approche hypertextuelle constitue d’ailleurs une composante essentielle de son œuvre depuis le matriciel La Classe américaine ; au point qu’Hazanavicius semble avoir voulu illustrer par l’exemple les différentes pratiques recensées par Gérard Genette dans Palimpsestes : pastiche et travestissement pour les OSS 117

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Pas sages mais protégés : "Hors Normes"

Comédie | Au sein de leurs associations respectives, Bruno et Malik accueillent ou accompagnent des adolescents et jeunes adultes autistes mettant en échec les circuits institutionnels classiques. Quelques jours dans leur vie, alors qu’une enquête administrative frappe la structure de Bruno…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Pas sages mais protégés :

Ceux qui connaissent un peu Nakache & Toledano savent bien que la réussite (et le succès) de leurs meilleurs films ne doit rien au hasard, plutôt à une connaissance intime de leurs sujets ainsi qu’à une envie sincère de partage : Nos jours heureux, puis Intouchables, puisaient ainsi à des degrés divers dans leur vécu commun et complice. Ainsi, Hors Normes “n’exploite pas un filon“ en abordant à nouveau la question du handicap, mais souligne l’importance que les deux auteurs accordent aux principes d’accueil et d’entraide sous-tendant (en théorie) notre société ; cet idéal républicain décliné au fronton des bâtiments publics qu’ils célèbrent film après film dans des fables optimistes et humanistes. Hors Normes est construit sous cette forme de chronique “loachienne“, tenant davantage du manifeste que de la comédie à gags : au fur et à mesure s’impose le caractère indispensable des associations investissant le secteur sanitaire et social, ainsi que leur rôle dans l’insertion. Le dernier quart d’

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« Ce film est une tragédie grecque dans un sous-marin aujourd’hui »

Le Chant du loup | Auteur et scénariste de "Quai d’Orsay", Antonin Baudry s’attaque à la géopolitique fiction avec un thriller de guerre aussi prenant que documenté, à regarder écoutilles fermées et oreilles grandes ouvertes. Rencontre avec le cinéaste et ses comédiens autour d’une apocalypse évitée.

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

« Ce film est une tragédie grecque dans un sous-marin aujourd’hui »

Pour une première réalisation de long-métrage, vous vous êtes imposé un double défi : signer un quasi huis clos en tournant dans des sous-marins, mais aussi donner de la visibilité au son… Antonin Baudry : C’était l’une des composantes, dans l’idée de créer un espace immersif. Il fallait d’abord reproduire le son et ensuite avoir une représentation visuelle des choses qu'on entend, et une représentation dans le son des choses qu'on voient. C’est envoûtant : on a essayé de recréer des écrans à la fois beaux et réalistes, qui jouent narrativement, politiquement également. Cela fait partie du décor, du rapport entre les êtres humains et les machines, les sonars, donc de la problématique du film. Le terme “Chant du Loup“ préexistait-il ? AB : C'est le nom que l’on donne souvent à des sonars ennemis, parce qu’il reflète cette notion de danger. Une fois, quand j'étais à bord d’un sous marin à moitié en exercice et en mission, une espèce de sirène a retenti et j'ai vu que tout le monde se crispait un peu. J’ai entendu quelqu'un qui disait : « Arrêtez ! C'est le chant du loup ! » C

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La mort dans les oreilles : "Le Chant du loup"

Drame | De Antonin Baudry (Fr, 1h55) avec François Civil, Omar Sy, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

La mort dans les oreilles :

L'ouïe hors du commun de Chanteraide lui permet d’identifier grâce à sa signature sonore n’importe quel submersible ou navire furtif. Mais à cause d’une hésitation, l’infaillibilité du marin est remise en cause. Une crise nucléaire sans précédent va pourtant le rendre incontournable… Scénariste sous le pseudonyme d’Abel Lanzac de la série BD et du film Quai d’Orsay, le diplomate Antonin Baudry change de “corps“ mais pas d’état d’esprit en signant ici son premier long-métrage : une nouvelle fois en effet, c’est une certaine idée du devoir et de la servitude à un absolu qu’il illustre. Les sous-mariniers forment un “tout“ dévoué à leur mission, comme le ministre des Affaires étrangères l’était à sa “vision“ d’une France transcendée par sa propre geste héroïque. Mais s’il s’agit de deux formes de huis clos (l’un dans cabinets dorés du pouvoir, l’autre parmi les hauts fonds), tout oppose cinématographiquement les projets. Le Chant du loup assume l’audace rare dans le paysage hexagonal de conjuguer intrigue de géopolitique-fiction f

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Philippe Godeau & Omar Sy : « le film parle d’un voyage, il en est aussi un pour moi »

YAO | En dédiant YAO à leurs pères respectifs, Philippe Godeau et Omar Sy insistent sur l’importance de la question de la transmission et des racines se trouvant au cœur du film. Retour sur ses origines en compagnie du scénariste-réalisateur et du comédien.

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Philippe Godeau & Omar Sy : « le film parle d’un voyage, il en est aussi un pour moi »

Vous êtes tous deux coproducteurs. Autrement dit, votre implication est double puisqu’elle va au-delà de l’investissement artistique. Pourquoi spécifiquement sur ce film ? Philippe Godeau : Omar, c’est l’acteur numéro 1. En faisant un film en Afrique, au Sénégal, j’avais l’envie de partager une expérience, le voyage… Je savais en plus qu’il avait une envie de produire et je trouvais que c’était bien de faire ce voyage à deux. Comme je suis un vieux producteur et un jeune metteur en scène ; qu’Omar est un acteur d’aujourd’hui et novice en production (sourire), je lui ai proposé… Omar Sy : Et j’ai accepté ! Le fait qu’il me laisse cette place, cette chance même, j’ai accepté parce que l’envie de partager quand on est producteur est rare. Avoir ce partage était intéressant : le film parle d’un voyage, il en est aussi un pour moi ainsi que l’aventure avec Philippe : c’est la première fois que je participe à des discussions sur la manière dont on fait, on réfléchit un film, comment on le prépare, on le tourne, on le monte. Et le voyage n’est pas terminé ! Du coup, mon implication

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Cahier d’un retour au pays des ancêtres : "YAO"

Comédie dramatique | De Philippe Godeau (Fr-Sen, 1h44) avec Omar Sy, Lionel Louis Basse, Fatoumata Diawara…

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Cahier d’un retour au pays des ancêtres :

Petit Sénégalais de treize ans, Yao vénère la star européenne Seydou Tall, au point de connaître son livre par cœur. Apprenant que l’idole est de passage à Dakar, Yao fait les 400km séparant son village pour le rencontrer. Touché (et poussé par le destin), Seydou décide de le ramener chez lui. Il s’agit là clairement d’un conte où le voyageur pensant maîtriser son cheminement se trouve “voyagé“, guidé par des forces de plus en plus pressantes à accomplir une mission initiatique à laquelle il n’était pas préparé. Dans ce récit, Yao n’est pas le héros mais le déclencheur inconscient, l’adjuvant à travers lequel le fatum va se manifester pour infléchir la trajectoire de Seydou ; un cicérone malgré lui tirant par ailleurs des leçons profitables de son escapade. Godeau et Sy ont tenté manifestement d’éviter le “folklorisme“ tout en préservant un certain réalisme dans la vision du pays. Toutefois, il ne faut pas non plus s’attendre à une vérité documentaire : la caméra ne reste pas assez longtemps pour cela, c’est l’histoire qui le veut… et le genre road movie, qui lui aussi e

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La Métropole investit dans la culture

Politique Culturelle | Elle en aura mis du temps à se trouver une voie en matière de culture, la Métropole. Mais près de trois ans après sa création, elle choisit d'aider financièrement les festivals Sens interdits, Karavel et la biennale Hors normes. Un geste politique loin d'être anodin.

Nadja Pobel | Lundi 24 septembre 2018

La Métropole investit dans la culture

David Kimelfeld ressent le souffle des vents contraires : du retour annoncé précipitamment de Gérard Collomb à une séance du Conseil ce 17 septembre où il fut interpellé par l'élue Nathalie Perrin-Gilbert quant à l’insuffisance réelle d'hébergement des mineurs isolés alors que la Métropole en a la responsabilité... Mais sur un autre volet, la culture, il avance quelques pions plus importants qu'il n'y paraît. Lors de ce même conseil de mi-septembre, la Métropole a voté une subvention à trois festivals : Sens Interdits, Karavel, la Biennale Hors Normes. Pourquoi ceux-ci ? Selon Myriam Picot, vice-présidente chargée de la culture, il fallait que ce soit « des événements déjà connus, qui ont un retentissement avec des acteurs nationaux voire internationaux, qui se produisent dans plusieurs communes de la métropole et surtout qu'ils soient différenciants (sic) au niveau des esthétiques et des pratiques. » Le GRAME, qui organise la Biennale Musique en Scène, devrait être concerné par cette aide dans un an, à quelque mois de sa prochaine éditio

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À poil les culs terreux ! : "Normandie Nue"

Comédie mal fagotée | de Philippe Le Guay (Fr, 1h45) avec François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison…

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

À poil les culs terreux ! :

Pour attirer l’attention du monde entier sur sa commune où les éleveurs et paysans n’en finissent plus de crever à petit feu, le maire Balbuzard accepte la proposition d’un artiste américain souhaitant photographier ses concitoyens nus dans un champ. Il lui reste juste à les convaincre… Transposer la démarche de Spencer Tunick sur une communauté en pleine lutte sociale, voilà qui aurait pu faire un bon Ken Loach. Sauf que c’est un Le Guay. Et que le cinéaste français a des ambitions de téléfilm, préférant à une comédie à enjeu dramatique des plans brumeux bucoliques, une surabondance de protagonistes vêtus de chemises à carreaux et des sous-intrigues de clocher éculées. Certes, pour la caution sociale, il glisse bien de-ci de-là une allusion aux cours de la viande, à la concurrence germano-roumaine, aux grandes surfaces, à l’usage des produits phytosanitaires, mais cela pue l’alibi comme une fosse à purin. Le Guay semble avoir en outre la même vision étriquée de la campagne que le personnage du néo-rural — un pubard parisien, interprété par Demaison

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Des biennales... encore !

Art Brut | Lyon. Année paire : Biennale de la Danse. Années impaires ? Biennale d'Art Contemporain... mais pas seulement ! La 11e Biennale (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 12 septembre 2017

Des biennales... encore !

Lyon. Année paire : Biennale de la Danse. Années impaires ? Biennale d'Art Contemporain... mais pas seulement ! La 11e Biennale d'Art Sacré Actuel débutera le 29 septembre prochain à l'Espace Saint-Polycarpe, réunissant une multitude d'artistes contemporains sur le thème d'un Profond retournement. À la même date (et jusqu'au 8 octobre) démarrera la 7e édition de la Biennale Hors Normes, consacrée à ce que Jean Dubuffet désignait autrefois comme l'art brut, et plus couramment appelé aujourd'hui art singulier... Cette année, la BHN rend hommage au Facteur Cheval, expose une partie des riches collections de Alain Bourbonnais et invite des artistes venus de Chine et d'Australie. Le tout est présenté dans des lieux aussi atypiques que les hôpitaux psychiatriques Le Vinatier et Saint-Jean-De-Dieu, l'Un

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Entrée en 6e pour les Intergalactiques

ECRANS | Encadré par sa fameuse Nuit des séries de science-fiction (à la polarité très politique cette année), et le vide-grenier du geek — soit deux gâteries pour mordus (...)

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Entrée en 6e pour les Intergalactiques

Encadré par sa fameuse Nuit des séries de science-fiction (à la polarité très politique cette année), et le vide-grenier du geek — soit deux gâteries pour mordus d’expériences ultimes combinant pizzas, liquides pétillants divers et fourbis électroniques, si l’on schématise honteusement —, le festival des Intergalactiques déploie en son milieu moult autres trésors. À commencer par ses séances cinéma. Une rétrospective de l’anticipation dystopique, des années 1960 à 1990, comprenant des films rares sur grand écran tels que le matriciel et épuré THX 1138 de George Lucas, le déprimant La Planète des Singes de Franklin J. Schaffner et le vrombissant La Course à la mort de l’an 2000 signé Paul Bartel. Prouvant au passage que le futur, ce n’était pas mieux avant. On ne saurait trop vous conseiller de garder des forces pour deux autres séances prodigieuses. D’abord, la soirée Invasions !, avec le chef-d’œuvre de Carpenter, Invasion Los Angeles : l’une des plus

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"Sahara" : Pour qui sont ces serpents qui sifflent dans le désert ?

Critique + Rencontre | Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les frontières de leurs territoires. Mais leur expédition tourne mal et Eva est capturée par un montreur de reptiles. Ajar part à sa recherche… Dans le paysage plutôt singulier de l’animation français, où fleurissent d’un côté des créations aux partis-pris stylistiques et/ou scénaristiques radicaux (Avril, Ma vie de courgette, Tout en haut du monde…), de l’autre de médiocres décalques des studios américains (Le Petit Prince), Sahara apparaît comme une curiosité. Car s’il emprunte à ces dernières leur esthétique “standardisée” ainsi que la bonne vieille trame d’une quête initiatique riche en personnages aux formes rondes et aux couleurs vives, le propos ne se trouve pas pour autant aseptisé. Derrière l’apparente convention se tient un buddy movie solide à l’animation tout sauf boiteuse — en même temps, a-t-on déjà vu serpent boiter… Pierre Coré n’est pas là pour épater l’œil en oubliant de raconter son histoire, il réfléchit à une harm

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"Il a déjà tes yeux" : Lorsque l’enfant paraît (trop clair)

ECRANS | de et avec Lucien Jean-Baptiste (Fr, 1h35) avec également Aïssa Maïga, Zabou Breitman, Vincent Elbaz…

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Paul et Sali s’aiment, viennent d’ouvrir leur magasin, d’acheter leur maison et rêvent de parachever leur bonheur en étant parents. La Nature étant contrariante, ils recourent aux services sociaux leur proposant d’adopter Benjamin, un blondinet, alors qu’eux sont noirs. C’est la joie pour Paul et Sali ; pas pour leur entourage… Lucien Jean-Baptiste a trouvé là un excellent sujet, sans doute le meilleur depuis 30° Couleur : un thème de conte philosophique adapté en comédie de situation. N’étaient quelques invraisemblances grossières — un couple de commerçants débutants et, en théorie, sans fortune disposant d’un emploi du temps aussi souple qu’une gymnaste olympique, voilà qui défie le bon sens — le regard se révèle extrêmement pertinent sur les présupposés sociétaux : la norme n’est, bien souvent, qu’une question d’habitude (voir l’hilarante séquence dans la salle d’attente de la pédiatre), et la plupart des évolutions sont freinées par la peur de l’inconnu. Croquant avec gourmandise tous les travers, le comédien-cinéaste joue adroitement avec les particularismes culturels africains (convivialité d’immeuble,

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Norma Loy, l'indestructible cold wave

Sonic | Formé il y a 35 ans déjà, Norma Loy revient avec un nouvel album, Baphomet (2016). Après sept années d'absence, ces immortels de la scène française seront de (...)

Gabriel Cnudde | Mardi 13 décembre 2016

Norma Loy, l'indestructible cold wave

Formé il y a 35 ans déjà, Norma Loy revient avec un nouvel album, Baphomet (2016). Après sept années d'absence, ces immortels de la scène française seront de retour sur les planches, et notamment celles du Sonic, le samedi 17 décembre. Pour Chelsea et Usher, rien n'a vraiment changé depuis leur rencontre en 1977. Fondé sur les cendres d'un mouvement punk à bout de souffle, Norma Loy a d'abord été le fer de lance de la cold wave française avec tout ce que cela impliquait : des lignes de basse dominantes, des synthétiques minimalistes et des voix ténébreuses. Seulement, le groupe n'a jamais réussi à vraiment se défaire de cette étiquette. Ce n'est pas faute d'avoir diversifié ses créations et son répertoire. Norma Loy ne s'est jamais contenté de suivre une influence, une charte graphique, une énergie. Sans ce groupe, la cold wave n'aurait sans doute jamais connu un tel succès en France. Et c'est exactement la raison pour laquelle ce comeback fait du bien. Un nom royal sur la scène du Sonic.

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"Demain tout commence" : préparez vos mouchoirs

ECRANS | de Hugo Gélin (Fr, 1h58) avec Omar Sy, Clémence Poésy, Gloria Colston…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Ah ah ! Si l’affiche sur fond blanc, avec un Omar Sy rigolard laisse croire à une comédie, ne vous y trompez pas : Demain tout commence est signé par un amateur de mélo en la personne d’Hugo Gélin, déjà responsable de Comme des frères — aurait-il des accointances avec un fabricant de mouchoirs en papier ? Il convoque ici l’acteur préféré des Français pour un rôle de papa célibataire susceptible de perdre doublement sa fille Gloria : parce que sa mère démissionnaire décide brutalement d’en récupérer la garde, et parce que la gamine est atteinte d’une sale maladie… Parfait mash-up de la chanson de Balavoine Mon fils ma bataille et du tire-larmes L’Arbre de Noël de Terence Young (1969), ce piège à sentiments se referme impitoyablement sur le spectateur un peu trop sensible, conditionné par l’ambiance de fin d’année et le cocon d’amour irréel tissé autour de la petite Gloria, über choyée par ses deux papas — sans pourtant virer gamine pourrie-gâtée. Louchant vers le cinéma anglo-saxon jusqu’au strabisme, ce film un peu trop produit pour être sincère n’arrive pas à trouver la spontanéité ni la l

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Sy, papa Sy

ECRANS | Futur président du jury du prochain festival de l’Alpe d’Huez, Omar Sy tient à montrer qu’il sait toujours (faire) rire : après avoir commencé l’année par la (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Sy, papa Sy

Futur président du jury du prochain festival de l’Alpe d’Huez, Omar Sy tient à montrer qu’il sait toujours (faire) rire : après avoir commencé l’année par la tragédie Chocolat, il revient la finir sur les écrans avec une comédie, Demain tout commence. Un film qui sortira quasiment après-demain (le 7 décembre), mais qu’il a choisi de présenter en avant-première en compagnie de son réalisateur Hugo Gélin (Comme des frères) et de sa jeune partenaire, Gloria Colston, l'interprète de sa (presque) fille. Au Méga CGR à Brignais le mardi 15 novembre à 19h ; au Pathé Bellecour et à l’UGC Confluence à 20h

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"C’est quoi cette famille ?!" : Philippe Katerine sauve les meubles

ECRANS | Un film de Gabriel Julien-Laferrière (Fr, 1h26) avec Julie Gayet, Thierry Neuvic, Lucien Jean-Baptiste…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Un titre à la Nicole de Buron, un sujet à la Patrick Braoudé, un décor des plus banals (le 9e arrondissement de Paris, 8 000€/m2 à la vente) dans lequel des enfants bien peignés, lassés de transbahuter leurs affaires d’une famille recomposée à l’autre, décident d’investir en colocation “sauvage” le vaste et cossu 7 pièces de la rue Turgot, inoccupé depuis qu’une aïeule a eu l’infortune de décéder. Amis touchant l’APL, familles monoparentales ; parents d’enfants déscolarisés, vous allez rire : malgré les apparences, il ne s’agit pas de science-fiction, mais d’une comédie ! Reste à savoir pour qui. Philippe Katerine sauve les meubles très indirectement, en nous révélant malgré lui ses secrets d’inspiration : le voir côtoyer ici Julie Gayet, après l’avoir découvert endossant le costume du président de la République dans Gaz de France, livre les clefs de composition de sa ballade champêtre À L’Élysée, figurant su

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Oriane Lassus : mal de mère

Bande Dessinée | L’illustratrice Oriane Lassus signe Quoi de plus normal qu’infliger la vie ?, un troisième livre qui aborde avec humour la nulliparité, ou le fait pour une femme de ne pas avoir d’enfant. Décapant, mordant et déculpabilisant.

Julie Hainaut | Mardi 5 avril 2016

Oriane Lassus : mal de mère

« T’es jeune, tu changeras d’avis. T’es égoïste. Qui va payer nos retraites ? On t’a maltraitée dans ton enfance ? Tu connaîtras jamais le vrai amour. Ton corps va s’étioler et pourrir. Les enfants, c’est l’avenir. Je connais une femme qu’a pas eu d’enfants, elle est folle. » Dans sa bande dessinée en noir et blanc truffée de punchlines désopilantes, Oriane Lassus pousse un coup de gueule contre la société actuelle, normative et directive. Le trait est nerveux, les corps déformés, les dialogues efficaces. La protagoniste du livre, une jeune femme revendiquant sa volonté de ne pas avoir d’enfants, se heurte à l’incompréhension, l’intolérance, voire au sectarisme du plus grand nombre. Ce plus grand nombre qui juge, s’octroie le droit de penser pour l’autre, refuse la différence. Mais si en réalité, procréer n’était pas si "normal" que ça ? Et si l’égoïste, justement, était ce couple décidant de faire naître un enfant dans un monde si malveillant ? Pourquoi doit-on toujours se justifier de ne pas vouloir d’enfant ? « J’ai commencé à étudier le sujet il y a cinq ans, quand ma sœur était enceinte. Nous avions des points de vue différents. Je

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Chocolat

ECRANS | Avec quatre réalisations en dix ans — dont trois depuis juin 2011 — on va finir par oublier que Roschdy Zem a commencé comme comédien. Il aurait intérêt à ralentir la cadence : son parcours de cinéaste ressemble à une course forcenée vers une forme de reconnaissance faisant défaut à l’acteur…

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Chocolat

Rien de tel, pour un réalisateur désireux de s’assurer un consensus tranquille, qu’un bon vieux film-dossier des familles ou la biographie d’une victime de l’Histoire. Qu’importe le résultat artistique : il sera toujours considéré comme une entreprise morale nécessaire visant à rétablir une injustice et réduit à sa (bonne) intention de départ, si naïve qu’elle soit — on l’a vu il y a peu avec le documentaire mou du genou Demain de Cyril Dion & Mélanie Laurent, encensé pour les vérités premières qu’il énonce, malgré sa médiocrité formelle et sa construction scolaire. Chocolat est de ces hyper téléfilms néo-qualité française qui embaument la reconstitution académique et s’appuient sur une distribution comptant le ban et l’arrière-ban du cinéma, figée dans un jeu "concerné", dans l’attente de séquences tire-larmes. La bande originale de Gabriel Yared, étonnamment proche des mélodies de Georges Delerue — mais ce doit être un hasard, Yared étant plutôt connu pour ses “hommages” à John Williams — incitant fortement à l’usage du mouchoir. Un

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Les 10 expos de la rentrée

ARTS | De l'humanisme aux performances de Yoko Ono, la saison expos traverse les temps et les genres. l'art se frotte à la technique et aux sciences, explore la figure humaine et, toujours, résiste à la bêtise et aux contrôles du pouvoir.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 septembre 2015

Les 10 expos de la rentrée

Keichi Tahara / Biennale Hors Norme Au début des années 1970, le photographe japonais Keichi Tahara (né en 1951 à Kyoto) s'installe à Paris dans un petit appartement sous les toits. Un peu isolé par sa méconnaissance du français, il y passe beaucoup de temps, photographiant alors le passage des nuages, les nuances de luminosité, les filets de buée, à travers une petite fenêtre. Il en ressortira l'une des séries les plus émouvantes du photographe, intitulée simplement Fenêtre. En Résonance avec la Biennale d’art contemporain, on peut la découvrir en partie à la galerie Vrais Rêves, qui en profite pour présenter beaucoup d'autres images de Tahara, dont quelques inédits récents. Jusqu'au 3 novembre à la galerie Vrais Rêves Le terme d'art brut a été inventé en 1945 par Jean Dubuffet pour désigner les créations d’individus exempts de toute formation ou culture artistique (souvent des personnes internées en hôpital psychiatrique, mais pas seulement)... Sa collection est conservée au Musée de l'art brut à Lausanne. Depuis, l'art brut ou art singulier a fait l'objet de multiples expositions et est revevenu en force à la mode, au point de

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Les Chiens de Navarre dépècent le couple

SCENES | Fidèles, les Subsistances convient pour leurs Livraisons d'été les Chiens de Navarre avec leur dernière turbulence en date, le très mordant quoique surévalué "Les Armoires normandes". Critique. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 9 juin 2015

Les Chiens de Navarre dépècent le couple

L’idiotie est une compagne pour les Chiens de Navarre. Ils en jouent et la moquent pour mieux détricoter les rapports humains, révélés à l'aune du travail, de la famille ou de l’amour. Et maîtrisent l'impro au point qu'il est impossible de savoir ce qui relève de la permanence ou du coup d'un soir. Ainsi, aux Bouffes du Nord, en mars, il était question dès l'entrée des spectateurs de la mort de Rémi Fraisse, de Pascale Clark et Michel Onfray et de la police municipale armée de Béziers, sujets scandés par un homme cloué sur une croix. Derrière la potacherie en écho à l'actu du moment, c'est aussi la fragilité et la solitude humaines qui s'affichent : flingue à la main, le comédien rit de sa propre mort. La fragilité, c'est aussi la texture des spectacles des Chiens. Non écrits au préalable, ils sont composés d'une succession de sketches reliés par un fil rouge (le couple ici) et une fantastique gestion des transitions digne des meilleurs DJ sets – une scène s'arrêtant parfois en cours de conversation mais avec une justesse confondante. Cependant, tout n'est pas égal, le numéro d'acteur (et ils sont tous excellents) prenant parfois le pas sur le récit,

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Soirées de la semaine du 18 au 24 mars

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : C/WA au Kao, DJ Funk au DV1 et le label Ostgut Ton au Sucre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 17 mars 2015

Soirées de la semaine du 18 au 24 mars

20.03 Encore Clockwork et Avatism sont sur un bateau mouillant dans les eaux de leur Italie natale. Appelons-le C/WA. L'un deux tombe à l'eau. Qui reste à bord ? Clockwork et Avatism. Il y avait un piège : Clockwork était à l'origine un duo. Depuis 2013, c'est C/WA qui n'est plus qu'un duo, ce qui, dit comme ça, semble équivaloir à une rétrogradation du rang de super-groupe à celui de simple groupe. Sauf que non. Le second EP de cette entité le confirme, C/WA reste bien au-dessus de la moyenne des touche-à-tout (techno à la dure, jungle minimaliste, electronica bouncy…), surtout en live (cf. cette date au Kao).

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Samba

ECRANS | Retour du duo gagnant d’"Intouchables", Nakache et Toledano, avec une comédie romantique sur les sans papiers où leur sens de l’équilibre révèle à quel point leur cinéma est scolaire et surtout terriblement prudent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Samba

Alors que le triomphe d’Intouchables leur ouvrait toutes les portes, Olivier Nakache et Éric Toledano ont choisi avec Samba de tracer tranquillement leur sillon. Mais en territoire miné. Car il faut être passablement inconscient pour tourner une comédie romantique sur les sans-papiers où une cadre en burn out (Charlotte Gainsbourg) devient bénévole dans une association et s’éprend d’un cuistot en situation irrégulière (Omar Sy). Le plus surprenant étant qu’ils réussissent à le faire sans froisser quiconque alors que le sujet, passionnel, cristallise l’opinion française depuis un quart de siècle. Exploit ? Pas vraiment, car c’est justement cette méthode, consistant à chercher sans arrêt l’équilibre pour quêter l’unanimité, qui finit par rendre le film agaçant. Le mot méthode n’est pas employé au hasard : Nakache et Toledano ont une manière bien à eux de rassurer le spectateur, de remettre toujours la balle au centre et, finalement, de jouer la carte de la plus grande prudence. Ainsi, chaque fois qu’ils s’approchent un peu trop près d’une situatio

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Je fais le mort

ECRANS | De Jean-Paul Salomé (Fr-Belg, 1h42) avec François Damiens, Géraldine Nakache, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Je fais le mort

Le premier mérite de Je fais le mort est l’originalité de son point de départ : un acteur dans la dèche, souffrant d’une réputation détestable sur les plateaux, accepte d’aller «faire le mort» pour la reconstitution judiciaire d’un triple homicide du côté de Megève. Une fois sur place, entre drague maladroite de la juge d’instruction et volonté de «réalisme» sur la scène du crime, il provoque une série de catastrophes mais révèle aussi les approximations de l’enquête. Au milieu d’un genre sinistré, celui de la comédie hexagonale ici matinée de polar, Je fais le mort tire son épingle du jeu. Pas tellement par sa mise en scène, même si son artisanat télévisuel lui confère une modestie bienvenue ; surtout par le portrait de ce comédien égocentrique et vaniteux qui conduit à quelques réflexions bien vues sur un monde du cinéma où même le plus pitoyable des losers se prend pour un génie de «l’acting» — on sent que Salomé a vu Extras, la formidable série de Ricky Gervais. C’est bien sûr une partition parfaite pour un François Damiens en grande forme, trop heureux de pouvoir être à la fois l’acteur de cinéma subtil q

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Fonzy

ECRANS | D’Isabelle Doval (Fr, 1h43) avec José Garcia, Lucien Jean-Baptiste, Audrey Fleurot…

Christophe Chabert | Mercredi 23 octobre 2013

Fonzy

Remake du film québécois Starbuck, Fonzy en reprend l’exact déroulé narratif, quasiment scènes par scènes, parfois au plan près, ne modifiant que de tout petits détails — le héros n’est plus livreur dans une boucherie mais dans une poissonnerie, par exemple. Parfois, il fait pire, notamment à cause d’un étalonnage désastreux qui intensifie tous les défauts du numérique, ou par la prestation franchement nulle de certains comédiens — le fils gothique, en particulier, est assez cauchemardesque. Pourtant, Isabelle Doval a réussi l’essentiel : corriger ce que Starbuck avait de profondément dégueu, à savoir son manque de respect envers son sujet, les enfants nés d’une I.A.D. (Insémination Artificielle avec Donneur). Simple prétexte dans le film québécois conduisant à un déluge de pathos Benetton style, il est pris au sérieux dans Fonzy avec une honnêteté surprenante, montrant toutes les apories actuelles de la loi française sur la question et le refus de prendre en compte le point de

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Norman fait des romans

CONNAITRE | On n'a pas toujours les lecteurs qu'on mérite. Prenez la science-fiction. Hormis une poignée de fanatiques aux doigts gras, qui se soucie de cette branche (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 18 octobre 2013

Norman fait des romans

On n'a pas toujours les lecteurs qu'on mérite. Prenez la science-fiction. Hormis une poignée de fanatiques aux doigts gras, qui se soucie de cette branche de la littérature qui, pour reprendre la définition qu'en donnait Isaac Asimov, se «soucie des réponses de l'être humain aux progrès de la science et de la technologie» ? Malgré les efforts d'une structure comme AOA Prod pour la sortir de l'ornière geek, notamment via le festival des Intergalactiques, pas grand monde. L'époque où l'expression ne désignait que des spooky tales mal dégrossis est pourtant largement révolue. Depuis les années 60 en fait, période à laquelle a déferlé depuis l'Angleterre puis les États-Unis une Nouvelle Vague d'auteurs formellement plus ambitieuse et socialement plus en prise avec son temps. Au même titre qu'Asimov justement, ou Philip K. Dick, le New-yorkais Norm

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L’Écume des jours

ECRANS | Avec cette adaptation du roman culte de Boris Vian, Michel Gondry s’embourbe dans ses bricolages et recouvre d’une couche de poussière un matériau littéraire déjà très daté. Énorme déception. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

L’Écume des jours

Plus madeleine de Proust adolescente que véritable chef-d’œuvre de la littérature française, L’Écume des jours avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique, devenue difficile à voir pour cause de gros échec à sa sortie en salles. Le cinéma français ayant redécouvert les vertus de son patrimoine littéraire, voici donc Michel Gondry qui s’y colle. Le moins que l’on puisse dire est que, là où beaucoup auraient jugé l’univers métaphorico-poétique de Vian ardu à transposer à l’écran, Gondry est face à lui comme un poisson dans l’eau, trouvant une matière propice à déverser toutes ses inventions visuelles. Trop propice, tant les premières minutes du film fatiguent par leur accumulation d’idées passées au broyeur d’un montage hystérique. On n’a tout simplement pas le temps de digérer ce qui se déroule sous nos yeux, Gondry enchaînant à toute blinde les trouvailles, multipliant les accélérés, les changements d’échelle ou les trucages à la Méliès. D’une certaine manière, sa fidélité à Vian est déjà un handicap : là où il aurait pu faire le tri, il préfère empiler 

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Le cercle polar

CONNAITRE | A mesure que le polar élargit ses horizons, que les frontières entre les genres, les sociétés et les supports tombent, Quais du polar se régale à repousser chaque année un peu plus les contours de son sujet. Garantissant par là même de ne jamais résoudre l'énigme qui préside à une littérature de "divertissement" qui console nos misères en les autopsiant. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 22 mars 2013

Le cercle polar

Il est loin le temps où, dans nos bibliothèques, polar et série noire se résumaient à un triptyque américano-anglo-franchouillard. Sans doute le symbole ultime de ce bouleversement est-il le très prisé polar polaire, mis à l'honneur cette année via l'invité d'honneur Henning Mankell, le "père" du commissaire Wallander. Une fausse piste toutefois, puisque Quais du Polar ira fouiner du côté d'un continent assez peu exploré, vu d'ici du moins, par la littérature policière (et qui pourtant nous abreuve de polars hard-boiled au cinéma) : l'Asie. Seconde fausse piste en réalité car hormis le Chinois Qiu Xiaolong, créateur de l'Inspecteur Chen, les deux autres invités "asiatiques" sont des occidentaux aux œuvres infusées aux sociétés thaïe (John Burdett) et japonaise (Romain Slocombe). Sans doute un indice de la mondialisation à l'œuvre au sein d'une forme de littérature qui voit de plus en plus loin que La Blonde au coin de la rue chère à David Goodis. Du Noir et du futur D'un continent l'autre, d'un univers l'autre au

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Turf

ECRANS | De Fabien Onteniente (Fr, 1h42) avec Édouard Baer, Alain Chabat, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Turf

Dire du mal de Turf revient à tirer sur une ambulance. Quoique, comme la plupart des comédies commerciales françaises, il affiche une insolente santé, trop bien nourri aux euros sonnants et trébuchants. Cela ne masque pas le recyclage poussif et transparent qui lui sert de pitch : Un éléphant ça trompe énormément dans le milieu du tiercé. Soit quatre potes dont un avec une mère juive (Marthe Villalonga, pour être original), l’autre qui trompe sa femme jusqu’à ce qu’elle en ait marre et le foute dehors, un troisième plus effacé mais solide dans les affaires comme en amitié, et un quatrième qui expose le tout en voix off et se met à l’équitation pour séduire une jeune et jolie demoiselle. Au milieu, Onteniente projette ses vannes pourries, sa mythologie beauf (on a du fric, on fait la fête sur la côte) et son absence totale de direction artistique, pour un résultat sinistre qui a l’air de durer trois plombes. C’est nul donc, et seul un Depardieu d’une sincérité totale s’échappe du marasme. Qui d’autre que lui pourrait faire sonner juste une réplique comme : «Tiens, voilà tes deux places pour Lady Gaga !» ? Christophe Chabert 

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Une dernière danse

MUSIQUES | L'hédonisme ne consistant pas tant à rechercher le plaisir qu'à éviter le déplaisir, il n'est qu'un pessimisme mal assumé. Partant de là, difficile de s'étonner (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 13 décembre 2012

Une dernière danse

L'hédonisme ne consistant pas tant à rechercher le plaisir qu'à éviter le déplaisir, il n'est qu'un pessimisme mal assumé. Partant de là, difficile de s'étonner que, au moment où retentit le funeste galop des Quatre Cavaliers de l'Apocalypse, les événements invitant à se mettre les sens à l'envers une dernière fois se multiplient plus vite que les vans Volkswagen sur les routes menant au village de Bugarach, seul bout de Terre qui, selon une croyance New Age, sera épargné. Trois d'entre elles méritent que vous laissiez vos proches retourner à la poussière dans leur coin. Primo, celle organisée par les bookers hyperactifs d'Enover, les seuls à avoir compris que si la fin est pour le 21, c'est le 20 qu'il faut s'y résoudre. Au programme de celle-ci : Kaptain Cadillac, figure parisienne de la ghettotech (dévoiement vulgos et speedé de la techno de Detroit), et les USA Kings, les Chev Chelios de la dance music, du nom du personnage incarné par Jason Statham dans Hyper Tension (lui ne peut laisser son rythme cardiaque ralentir, chez le duo de Dallas ce sont les bpm qui semblent ne jamais devoir passer sous la barre des 200). Deuxio, la soirée donnée

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Mais qui a retué Pamela Rose ?

ECRANS | De et avec Kad Merad et Olivier Baroux (Fr, 1h30) avec Audrey Fleurot, Omar Sy…

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2012

Mais qui a retué Pamela Rose ?

Un air de fête du slip flotte au-dessus de cette suite de Pamela Rose, réalisée cette fois par Kad et Olivier eux-mêmes. En effet, le film a été gavé jusqu’à la gueule de tous les types d’humour existants, produisant beaucoup de déchets en pensant sans doute toucher tous les segments de public. Les deux zouaves se sont sans doute bien amusés, allant jusqu’à s’autociter période Kamoulox, se vieillir avec fausses bedaines et grotesques moustaches texanes, ou se distribuer en faux commentateurs de catch. À leurs côtés, une moitié du casting d’Intouchables tente de garder une certaine dignité au milieu de cette pantalonnade assez sinistre qui pense que le cinéma, c’est seulement plus gros et plus cher que la télévision. On est même éberlué de voir que la meilleure idée du film, celle qui pouvait légitimer cette suite, débarque seulement vingt minutes avant la fin ! Dans son envie de rire de tout n’importe comment, Mais qui a retué Pamela Rose ? prend parfois acte de cette inflation ridicule, et ce sont bien les seuls moments où l’on

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30° couleur

ECRANS | De Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue (Fr, 1h31) avec Lucien Jean-Baptiste, Édouard Montoute…

Christophe Chabert | Mardi 6 mars 2012

30° couleur

Ne vous fiez pas à une bande-annonce pourrie qui essaie de faire croire à une nouvelle comédie ethnique de la part de l’auteur de La Première étoile ; 30° couleur vaut mieux que ça. À la manière d’Intouchables (avec qui il partage les mêmes producteurs, Quad), le deuxième film de Lucien Jean-Baptiste (écrit et réalisé avec Philippe Larue) cherche plutôt l’émotion. Historien médiatique, Patrick doit retourner dans sa Martinique natale où sa mère est en train de mourir. Au lieu de jouer la carte du pittoresque et la collusion entre les clichés, le film s’intéresse aux clivages internes des personnages : le plus étrange est celui d’Édouard Montoute, mâle martiniquais typique qui passe une partie du film déguisé en drag queen, ne jurant que par la fête mais toujours rattrapé par un spleen inexpliqué. Si le scénario s’avère maladroit dès qu’il s’agit de négocier des virages dramatiques — en France, certains devraient sérieusement freiner sur les séminaires du gourou américain Robert MacK

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Intouchables

ECRANS | Raconter l’amitié entre un ancien homme d’affaires, tétraplégique après un accident de parapente, et un gaillard de banlieue tout juste sorti de prison, en (...)

Dorotée Aznar | Mardi 25 octobre 2011

Intouchables

Raconter l’amitié entre un ancien homme d’affaires, tétraplégique après un accident de parapente, et un gaillard de banlieue tout juste sorti de prison, en voilà du sujet casse-gueule. Mais Olivier Nakache et Eric Toledano ont su slalomer entre les écueils et si leur film s’avère émouvant, c’est aussi parce que l’émotion ne surgit jamais là où on l’attend. On aurait pu se retrouver avec une double dose d’apitoiement (sur les handicapés et sur les déclassés), mais les deux s’annulent et le film raconte la quête d’une juste distance entre ce qui nous contraint (son corps ou ses origines) et ce que l’on aspire à être. C’est en refusant la compassion facile que le film trouve son ton, parfois au prix d’un effort un peu mécanique pour ménager l’humour et la mélancolie, mais en s’appuyant sans arrêt sur son atout principal : un couple de comédiens qui, comme les personnages qu’ils interprètent, ne semblaient faits ni pour se rencontrer, ni pour se compléter à l’écran. Rivé à son fauteuil, Cluzet doit réfréner son tempérament explosif et physique, tandis qu’Omar Sy, assez bluffant, troque en cours de route sa nonchalance sympathique pour une gravité et une précision qu’on ne lu

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Shakespeare III

CONNAITRE | Le service culturel de l'École Normale Supérieure de Lyon (parvis Descartes, Lyon 7e) propose de (re)découvrir les adaptions cinématographiques de (...)

Nadja Pobel | Vendredi 12 février 2010

Shakespeare III

Le service culturel de l'École Normale Supérieure de Lyon (parvis Descartes, Lyon 7e) propose de (re)découvrir les adaptions cinématographiques de Shakespeare pour 4 à 5€ la séance (à 20h). Au programme, "MacBeth" d'Orson Welles le 23 février puis "Peines d'amour perdues" de Kenneth Branagh le 25 et enfin "Le Roi Lear" de Grigori Kozintsev le 1er mars.

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Paranormal Activity

ECRANS | D’Oren Peli (ÉU, 1h26) avec Katie Featherston, Micah Sloat…

Dorotée Aznar | Mercredi 25 novembre 2009

Paranormal Activity

Attention, arnaque commerciale de premier ordre. Un micro-budget (15 000 dollars, Roland Emmerich en rit encore) totalement roublard, qu’on tente vaillamment de nous vendre comme le 2001 du cinéma horrifique. Mais sans son éclairage médiatique complètement disproportionné, nul doute que la première réalisation d’Oren Peli serait vite tombée dans l’oubli. Décalque indoor du Projet Blair Witch, Paranormal Activity nous dévoile le calvaire de Katie et Micah, jeune couple en proie à une possession particulièrement démoniaque (jugez plutôt : les portes claquent, le lustre bouge, les draps font des bonds…), et dont le manque dramatique de pragmatisme face à la situation s’avère bien pratique pour meubler beaucoup, beaucoup plus que de raison. Oren Peli a compris une chose : on filme n’importe comment les deux personnages pendant dix minutes de dialogues violemment répétitifs (buvez une gorgée de cidre à chaque «Oh my God» et vous finirez saoul avant la fin du film), puis on installe la caméra en plan fixe et en vision nocturne durant deux autres minutes, et paf, le spectateur sursaute de peur au moindre bruit. Fort de cette découverte fondamentale,

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La première étoile

ECRANS | De et avec Lucien Jean-Baptiste (Fr, 1h30) avec Firmine Richard, Anne Consigny…

Christophe Chabert | Vendredi 20 mars 2009

La première étoile

On voit bien la stratégie à l’œuvre : sous couvert de son plébiscite au dernier Festival de L’Alpe d’Huez, d’une réinterprétation lapidaire de son postulat de départ (une famille d’origine antillaise à la montagne) sous l’angle du décalage culturel, qui se voudrait la fusion toute fantasmée entre les films des scélérats de la bande du Splendid et Bienvenue chez les Ch’tis, on tente de nous vendre la première réalisation de Lucien Jean-Baptiste comme le prochain carton annoncé de la comédie à la française. Mais ne nous y trompons pas : tout sympathique qu’il soit, l’acteur-réalisateur a grand mal à insuffler de la vigueur cinématographique à un récit balisé, convenu, truffé de blagues éculées tombant quasi systématiquement à côté de la plaque. On va encore se faire traiter de fossoyeurs du cinéma populaire français, mais on est prêt à assumer face au marasme artistique assez gênant qui se déroule devant nos yeux… François Cau

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