Et une fantastique nouvelle année !

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Photo : © DR


CinéCollection, le cycle patrimonial du GRAC, poursuit son cheminement à travers les grands espaces cinématographiques nord-américains et marque une étape sur les terres du fantastique, avec une double programmation qui ne l'est pas moins : deux perles aussi noires que le jais, aussi précieuses que le diamant.

D'abord une œuvre se situant à la lisière du conte, du polar, du drame social et de la parabole philosophique : Freaks (1932), de Tod Browning — initialement distribué en France sous le titre La Monstrueuse Parade. Cet ancêtre du Elephant Man (1980) de Lynch s'intéresse à la condition des monstres de foire, exploités jusqu'au début du XXe siècle pour leurs singularités morphologiques : les nains, géants, microcéphales, femmes à barbe, colosses, hermaphrodites, siamois… bref tous ceux que la médecine antique désignait comme tératoïdes.

Browning, alors au sommet après le succès de son Dracula (1931), dépasse les attentes du studio Universal et de sa série de Monsters imaginaires : cette fois, il ne filme pas des créatures chimériques ni des spectres de carton-pâte, mais tend un miroir cruel de réalisme au public. Et révèle que le véritable monstre de sa troupe est une femme des plus avenantes, une infâme manigancière cachant une âme hideuse sous son visage lisse. Elle sera bien sûr dûment châtiée… avant d'être généreusement “cooptée”. Un classique, et une merveille bouleversante.

Et puis, pour ajouter du trouble en jouant avec la morale et la mauvaise conscience, l'adaptation du Portrait de Dorian Gray (1945) d'Oscar Wilde, réalisée par Albert Lewin qui jongle subtilement entre le noir et blanc et la couleur. Un je-ne-sais-quoi d'élégance diabolique traverse ce film à l'envoûtant charme inentamé par les années — cela cache quelque chose, non ?

Freaks + Portrait de Dorian Gray
Dans les salles du GRAC jusqu'au 6 février


Freaks

De Tod Browning (1932, ÉU, 1h16) avec Wallace Ford, Leila Hyams...

De Tod Browning (1932, ÉU, 1h16) avec Wallace Ford, Leila Hyams...

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Le festival favori des quarantenaires (et plus si affinités) de l'underground rock lyonnais stoppe son aventure, après dix éditions : autant dire qu'il va falloir savourer cette dernière salve du Freakshow, à la sélection autrement plus ambitieuse que l'an dernier puisqu'on y dénichera le rare Mick Harris, avec son nouveau projet Fret. L'Anglais nous avait fait rêver de longues années durant avec son dark dub industriel sous pseudo Scorn, après quelques frasques en tant que batteur de Napalm Death, et nous avait vrillé les neurones au sein de Painkiller (en trio avec John Zorn et Bill Laswell, pfiou !). Fret, donc, apparu l'an dernier au festival berlinois Atonal après de longues années de silence de sa tête pensante, résume le parcours du natif de Birmingham : rythmiques savantes et sombre ambiance addictive. Impatience ! Ce seul concert vaudrait le déplacement, mais Freakshow se sabordant avec panache, on

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C'est au milieu d'un décor digne d'un épisode d'American Horror Story Circus (chapiteaux, têtes de morts, étendue de verdure : le cadre idéal), qu'aura lieu la 7e édition du Freakshow, qui se déroule à Gigors dans la Drôme, les 26 et 27 août. On retrouvera notamment le 26 les métalleux brésiliens Soulfly et les Caspian qui envoûteront le site de leur post-rock instrumental. A également répondu présent à l'invitation de ce Rock'n'roll Circus : Mr Marcaille qui chante, joue du violoncelle et de la batterie (tout ça en même temps, oui). La rencontre avec la country déglinguée de KKKristinashleyTomsonVIII est assurément prometteuse, le 27. Les Italiens Go!Zilla mettront le Freakshow en ébullition avec leurs sonorités très Thee Oh Sees, suivis par la british touch post-punk des Cold Pumas. Les Femmes aux Fourneaux, duo entre crêpes & rock'n'roll, assurant les DJ sets en fin de nuit. On vous avait prévenus, ce sera rock, très rock !

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Un îlot d'avant-gardisme et de fureur dans un secteur aux programmations souvent interchangeables et gentillettes. Tel est le Freakshow Festival depuis sa création en 2009 par l'association Gigors Electric Sound System, telle sera son édition 2015, où se presseront notamment Napalm Death, précurseur de cette engeance dégénérée et paroxystique du punk qu'on appelle le grindcore, Fuzz, énième incarnation du petit prodige psyché Ty Segall, ou encore l'équipe de Teenage Menopause Records, en grande partie responsable du renouveau garage qui réconcilie les France branchée et prolétarienne depuis le début des années 2010. Aux platines chaque soir, le label sera également représenté par le duo Scorpion Violente, dont la synth-pop venue du nord de la France (i.e. glaciale et suicidaire) contrastera méchamment avec le cadre idyllique dans lequel prend place l'événement (200 habitants à la ronde, de la verdure à perte de vue). Autres curiosités : le punk sarcastique de The St Pierre Snake Invasion, le grunge décontracté du vagin des Chikitas ou le blues-rock tourbeux de Johnny H

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