"Corniche Kennedy" : Plouf !

ECRANS | Un film de Dominique Cabrera (Fr, 1h34) avec Lola Creton, Aïssa Maïga, Moussa Maaskri, Alain De Maria …

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Photo : © DR


Lycéenne rangée rongée par l'ennui, Suzanne s'abîme dans la contemplation des jeunes de son âge qui, sous ses fenêtres, défient le vide en plongeant du haut de la Corniche Kennedy. Sa fascination et son désir l'emportant sur sa timidité, elle force l'entrée de ce groupe flirtant avec le risque. À plus d'un titre…

Comédienne dont les cinéastes ont compris qu'ils n'avaient aucun intérêt à se priver, Aïssa Maïga se trouve par les semi-hasards de la programmation en compétition avec elle-même sur les écrans. De cet absurde combat, elle sort forcément victorieuse. On ne peut pas en dire autant de cette adaptation de Maylis de Karangal (quelques semaines après l'escroquerie aux sentiments Réparer les vivants, cela commence à peser) reposant sur du pur cliché.

Cette fable de la jouvencelle bourgeoise en pinçant pour les petits cadors de banlieue (ou des quartiers nord, histoire de napper le tout d'une bonne sauce marseillaise ; ne manquent que les “Oh, té ! peuchère !”), consternante de prévisibilité, n'est pas rattrapée par “l'intrigue” policière, pour le coup pas vraiment intrigante.

Et il ne faut guère compter sur l'improbable dénouement pour lui donner un coup de fouet. Dommage pour le personnage secondaire de Mehdi, riche de son histoire personnelle et de son potentiel ; dommage aussi pour celui de la policière campée par Aïssa Maïga, spectatrice et sous-exploitée.


Corniche Kennedy

De Dominique Cabrera (Fr, 1h34) avec Lola Creton, Aïssa Maïga...

De Dominique Cabrera (Fr, 1h34) avec Lola Creton, Aïssa Maïga...

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Corniche Kennedy. Dans le bleu de la Méditerranée, au pied des luxueuses villas, les minots de Marseille défient les lois de la gravité. Marco, Mehdi, Franck, Mélissa, Hamza, Mamaa, Julie : filles et garçons plongent, s'envolent, prennent des risques pour vivre plus fort. Suzanne les dévore des yeux depuis sa villa chic. Leurs corps libres, leurs excès. Elle veut en être. Elle va en être.


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En cours d'Assises : le programme

Programmation | C'est au croisement entre le politique, l'intime et les mystères de la création littéraire que les Assises Internationales du Roman viennent chaque année (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 14 mai 2019

En cours d'Assises : le programme

C'est au croisement entre le politique, l'intime et les mystères de la création littéraire que les Assises Internationales du Roman viennent chaque année nicher les différentes thématiques qui ponctuent cette semaine de réflexions et de rencontres, de débats et de performances. Politique l'entame le sera avec cette thématique sur "le courage de la dissidence" qui verra débattre Alaa El Aswany, Reihane Taravati et Liao Yiwu (lire ci-dessus). Un versant qui se poursuivra à l'approche de rencontres sur "le corps féminin" (Caroline Emcke, Joumana Haddad, Fabienne Jacob) ; les "récits d'exil" (Davide Enia, Linda Lê, Amitava Kumar) rencontre précédée d'une lecture de Papiers de Violaine Schwartz) ; la violence sociale et politique (Sophie Divry, Santiago Gamboa, Daniel Galera), l'écriture de l'ultra contemporain (Aude Seigne, Pierre Ducrozet, Joshua Cohen) ou les questions éminemment politiques du

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Carnet d’un retour impossible au pays natal : "Wardi"

Animation dès 10 ans | De Mats Grorud (Nor-Fr-Suè, 1h20) avec les voix (v.f.) de Pauline Ziade, Aïssa Maïga, Saïd Amadis…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Carnet d’un retour impossible au pays natal :

Jeune Palestinienne vivant dans le camp libanais de Bourj el-Barajneh, Wardi reçoit de son arrière-grand-père la clef de la maison que celui-ci avait dû quitter en 1948, lors de la création de l’État d’Israël. Interrogeant sa famille, Wardi recompose l’histoire de sa famille, et son exil… C’est à un exercice peu banal que Mats Grorud s’est ici livré : évoquer la Nakba (c’est-à-dire, du point de vue des Palestiniens, la “Catastrophe“) sous forme d’une semi-fiction animée alternant de minutieuses séquences avec des marionnettes en stop motion et d’autres au dessin volontairement naïf. Son récit raconte comment chaque génération, au fil des chaos de l’Histoire (1967, 1982…) s’est heurtée à l’impossibilité de retourner vivre en Galilée, transformant la solution provisoire de Bourj el-Barajneh en une cité en dur ; une sorte de Babel de bric et de broc où s’entassent enfants et parents, survolée par une soldatesque à la gâchette légère. Et où fatalement fermente le ressentiment. Que l’idéal des accords d’Oslo ou du Pays-à-deux-États semble plombé lorsque l’on découvre ce film !

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Les Assises 2019 se dévoilent

Assises Internationales du Roman | Plus que sept mois à attendre avant le coup d'envoi des Assises Internationales du Roman qui se dérouleront du 21 au 26 mai aux Subsistances. Mais comme sept mois c'est long, surtout vers la fin, voici un solide avant-goût du programme proposé oscillant pour le moment entre le politique et l'intime.

Stéphane Duchêne | Lundi 26 novembre 2018

Les Assises 2019 se dévoilent

C'est encore une fois un large spectre de thématiques qui traversera une semaine durant les Assises Internationales du Roman, à la (re)découverte de quelques-unes des plus belles plumes du paysage littéraire national et surtout international. Ainsi l'on parlera de "courage" et de "nouveaux dissidents" (ces derniers en étant généralement remplis, de courage) avec l'Égyptien Alaa El Aswany, auteur du célèbre Hôtel Yacoubian, la photographe iranienne Reihane Taravati qui avait défrayé la chronique de son pays il y a deux ans avec une revisite locale et sans foulard du clip Happy de Pharrell Williams, l'intellectuel chinois Liao Yiwu, l'un des 303 signataires en 2008 de la Charte 08, et l'activiste serbe Srdja Popovic, auteur en 2015 de Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes. Mais aussi de "violence sociale et pol

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Le Monde selon Maylis de Kerangal

LIttérature | C'est désormais une incontournable des rentrées littéraires depuis au moins Corniche Kennedy (2008) et plus encore depuis Naissance d'un pont, qui lui (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 19 septembre 2018

Le Monde selon Maylis de Kerangal

C'est désormais une incontournable des rentrées littéraires depuis au moins Corniche Kennedy (2008) et plus encore depuis Naissance d'un pont, qui lui valut entre autre le Prix Médicis 2010, et Réparer les Vivants (2013), également couvert de prix. Trois romans tous trois adaptés au cinéma. C'est donc peu dire qu'Un monde à portée de main était pour le moins attendu par les fidèles du style très particulier de la romancière. Où la description des gestes investit au plus profond celui de l'écriture jusqu'à l'infuser, jusqu'à faire jaillir la fiction du réel en creusant celui-ci à coups de phrases en colimaçons ou en mille-feuilles. Avec cette histoire d'une jeune femme, Paula, qui apprend l'art du trompe-l'œil et de la reproduction des matières, Maylis de Kerangal poursuit ce travail de fascination et d'exploration de ce réel à portée de fiction et inversement, de transcendance des faux-semblants. Un monde à portée de main sera présenté par la romancière à la Librairie Passage, ce mercredi 19 septembre.

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"Il a déjà tes yeux" : Lorsque l’enfant paraît (trop clair)

ECRANS | de et avec Lucien Jean-Baptiste (Fr, 1h35) avec également Aïssa Maïga, Zabou Breitman, Vincent Elbaz…

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Paul et Sali s’aiment, viennent d’ouvrir leur magasin, d’acheter leur maison et rêvent de parachever leur bonheur en étant parents. La Nature étant contrariante, ils recourent aux services sociaux leur proposant d’adopter Benjamin, un blondinet, alors qu’eux sont noirs. C’est la joie pour Paul et Sali ; pas pour leur entourage… Lucien Jean-Baptiste a trouvé là un excellent sujet, sans doute le meilleur depuis 30° Couleur : un thème de conte philosophique adapté en comédie de situation. N’étaient quelques invraisemblances grossières — un couple de commerçants débutants et, en théorie, sans fortune disposant d’un emploi du temps aussi souple qu’une gymnaste olympique, voilà qui défie le bon sens — le regard se révèle extrêmement pertinent sur les présupposés sociétaux : la norme n’est, bien souvent, qu’une question d’habitude (voir l’hilarante séquence dans la salle d’attente de la pédiatre), et la plupart des évolutions sont freinées par la peur de l’inconnu. Croquant avec gourmandise tous les travers, le comédien-cinéaste joue adroitement avec les particularismes culturels africains (convivialité d’immeuble,

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Le Temps de la kermesse est terminé

ECRANS | De Frédéric Chignac (Fr, 1h40) avec Stéphane Guillon, Aïssa Maïga, Ali Monzana…

Dorotée Aznar | Lundi 15 mars 2010

Le Temps de la kermesse est terminé

Un film sur le thème du colonialisme en Afrique avec Stéphane Guillon en vedette, sur le papier forcément, ça intrigue. Passé ce teasing, "Le Temps de la kermesse est terminé", premier long-métrage de l’anonyme Frédéric Chignac, se révèle une vraie surprise. Tourné comme un huis clos à ciel ouvert, au milieu d’un village entouré par un désert aride et sous un ciel caniculaire, le film décortique, souvent avec finesse, les conséquences d’un passé qui ne passe pas. Jouant sur l’espace, la répétition, l’enlisement (le personnage est coincé, sa voiture ne veut plus démarrer), Chignac déploie quantité d’enjeux lui permettant de mélanger l’analyse au bilan. Transformant son personnage (Guillon, plutôt bon) en témoin et catalyseur des restes d’un colonialisme aux retombées perverses, il se révèle surtout subtil par sa capacité à maintenir sur la corde raide une ambigüité se déplaçant comme un serpent. D’où sa force de défaire, en action et avec des airs vaguement brechtiens, les liens complexes que blancs et noirs entretiennent sans choisir leur camp. Avec ce film lucide ou personne n’a vraiment le bon rôle, Chignac traque, par des dialogues souverains et une scénographie apportant sa

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Maylis de Kerangal

CONNAITRE | Corniche Kennedy (Verticales)

Aurélien Martinez | Lundi 15 septembre 2008

Maylis de Kerangal

La corniche Kennedy, qui donne son titre au nouveau roman de Maylis de Kerangal, est une plate forme de la côte marseillaise où une bande de jeunes de toutes les origines sociales se réunissent pour se jeter à l’eau du haut des rochers : «Les petits cons de la corniche. La bande. On ne sait les nommer autrement. Leur corps est incisif, leur âge dilaté entre treize et dix-sept, et c’est un seul et même âge, celui de la conquête : on détourne la joue du baiser maternel, on crache dans la soupe, on déserte la maison». La hiérarchie du groupe se détermine par le degré d’espièglerie de ses membres : il y a ceux qui se contentent du saut de 3 mètres, ceux qui osent le «just do it», un saut de 7 mètres, et les rares, dont le caïd Eddy, qui vont jusqu’au «face to face», d’une hauteur de 12 mètres. Si Maylis de Kerangal parvient avec une émouvante justesse à cerner les enjeux de l’adolescence, son roman ne s’arrête pas à cette chronique. En opposant à cette insolente jeunesse un responsable de la sécurité du littoral en bout de course, dont l’existence se dilue au gré des cigarettes qu'il fume et de la vodka qu’il ingurgite, ainsi qu’un maire adepte du risque zéro et du «tout sécurité», la

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