"Il a déjà tes yeux" : Lorsque l'enfant paraît (trop clair)

ECRANS | Un film de et avec Lucien Jean-Baptiste (Fr, 1h35) avec également Aïssa Maïga, Zabou Breitman, Vincent Elbaz…

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Photo : © DR


Paul et Sali s'aiment, viennent d'ouvrir leur magasin, d'acheter leur maison et rêvent de parachever leur bonheur en étant parents. La Nature étant contrariante, ils recourent aux services sociaux leur proposant d'adopter Benjamin, un blondinet, alors qu'eux sont noirs. C'est la joie pour Paul et Sali ; pas pour leur entourage…

Lucien Jean-Baptiste a trouvé là un excellent sujet, sans doute le meilleur depuis 30° Couleur : un thème de conte philosophique adapté en comédie de situation. N'étaient quelques invraisemblances grossières — un couple de commerçants débutants et, en théorie, sans fortune disposant d'un emploi du temps aussi souple qu'une gymnaste olympique, voilà qui défie le bon sens — le regard se révèle extrêmement pertinent sur les présupposés sociétaux : la norme n'est, bien souvent, qu'une question d'habitude (voir l'hilarante séquence dans la salle d'attente de la pédiatre), et la plupart des évolutions sont freinées par la peur de l'inconnu.

Croquant avec gourmandise tous les travers, le comédien-cinéaste joue adroitement avec les particularismes culturels africains (convivialité d'immeuble, tchipage et théâtralité pour les matriarches, résignation pour les pères) : la charge caricaturale est équilibrée, loin de cette fâcheuse tendance du cinéma français qui, ces derniers temps, fait ses délices de stéréotypes bien rances. Un dernier mot sur la prestation de Vincent Elbaz, assez surprenant dans le rôle copain pot-de-colle : par sa tête et son jeu, il suggère un Philippe Rebot criant de vérité.


Il a déjà tes yeux

De Lucien Jean-Baptiste (Fr, 1h35) avec Aïssa Maïga, Lucien Jean-Baptiste...

De Lucien Jean-Baptiste (Fr, 1h35) avec Aïssa Maïga, Lucien Jean-Baptiste...

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Paul est marié à Sali. Tout irait pour le mieux s’ils arrivaient à avoir un enfant. Jusqu'au jour où Sali reçoit l'appel qu'ils attendent depuis si longtemps : leur dossier d'adoption est approuvé. Il est adorable, il a 6 mois, il s'appelle Benjamin. Il est blond aux yeux bleus et il est blanc. Eux… sont noirs !


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Cachée : "Les Hirondelles de Kaboul"

Animation | De Zabou Breitman & Eléa Gobbé-Mévellec (Fr, 1h33) avec les voix de Simon Abkarian, Zita Hanrot, Swan Arlaud…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Cachée :

Dans l’Afghanistan asservi par les Taliban, le jeune couple formé par Mohsen et Zunaira tente de résister à la terreur quotidienne. Mais lors d’une dispute, la belle Zunaira tue par accident son amant. Elle est aussitôt incarcérée sous la garde du vieux Atiq, en attendant d’être exécutée… À l’instar de Parvana, autre film d’animation renvoyant à l’Afghanistan des années de fer et de sang — hélas pas si lointaines — cette transposition du roman de Yasmina Khadra raconte plusieurs mises à mort, symboliques et réelles, consécutives à la prise du pouvoir par les Taliban et à leur doctrine fondamentaliste. Certes, les autrices Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec prennent quelques libertés avec le texte initial pour “sauver“ un personnage, en lui octroyant ici des scrupules qu’il n’a pas à l’origine, mais elles ne dévoient pas globalement le sens de ce conte moral au finale aussi mar

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Carnet d’un retour impossible au pays natal : "Wardi"

Animation dès 10 ans | De Mats Grorud (Nor-Fr-Suè, 1h20) avec les voix (v.f.) de Pauline Ziade, Aïssa Maïga, Saïd Amadis…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Carnet d’un retour impossible au pays natal :

Jeune Palestinienne vivant dans le camp libanais de Bourj el-Barajneh, Wardi reçoit de son arrière-grand-père la clef de la maison que celui-ci avait dû quitter en 1948, lors de la création de l’État d’Israël. Interrogeant sa famille, Wardi recompose l’histoire de sa famille, et son exil… C’est à un exercice peu banal que Mats Grorud s’est ici livré : évoquer la Nakba (c’est-à-dire, du point de vue des Palestiniens, la “Catastrophe“) sous forme d’une semi-fiction animée alternant de minutieuses séquences avec des marionnettes en stop motion et d’autres au dessin volontairement naïf. Son récit raconte comment chaque génération, au fil des chaos de l’Histoire (1967, 1982…) s’est heurtée à l’impossibilité de retourner vivre en Galilée, transformant la solution provisoire de Bourj el-Barajneh en une cité en dur ; une sorte de Babel de bric et de broc où s’entassent enfants et parents, survolée par une soldatesque à la gâchette légère. Et où fatalement fermente le ressentiment. Que l’idéal des accords d’Oslo ou du Pays-à-deux-États semble plombé lorsque l’on découvre ce film !

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Tout est fini entre nounou : "Daddy Cool"

Comédie | de Maxime Govare (Fr, 1h37) avec Vincent Elbaz, Laurence Arné, Jean-François Cayrey…

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Tout est fini entre nounou :

Immature professionnel, Adrien a réussi, à force d’enfantillages, à lasser la femme de sa vie. Pour la reconquérir, et aussi pourrir la vie de son “successeur”, il décide d’ouvrir une crèche à domicile dans l’appartement commun (dont il possède quelques misérables %). Est-ce bien raisonnable ? Oh, une comédie de divorce reposant sur l’occupation du domicile conjugal par un ex- à la puérilité aussi vaste que son machisme ! On n’en avait pas vu depuis avril dernier et Sous le même toit, le téléfilm de Dominique Farrugia. Maxime Govare ne descend pas aussi bas dans la beaufitude que son aîné (en même temps, on touchait à l’acmé de l’étalon du parangon) mais il se défend bien questions clichés et gags de seconde main. Une idée vers la fin soulève cependant l’intérêt : Adrien relève autour de lui quantité de signes qui, à la manière d’un jeu de pistes, vont le mener vers sa dulcinée. Dommage que la réalisation ne suive pas dans un grand et beau mouvement ce qui ressemblait, enfin, à une vraie intention de mise en scène.

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Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Portrait | Il a révélé en France Asghar Farhadi ou Joachim Trier, et accompagne désormais Nuri Bilge Ceylan ou Bruno Dumont. À Cannes cette année, le patron de Memento Films présente quatre films, dont 120 battements par minute de Robin Campillo, en lice pour la Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Sur un plateau de tournage, il pourrait passer pour la doublure lumière de Pierre Deladonchamps ou de quelque jeune premier blond. Silhouette élancée et regard bleu franc, ce tout juste quadragénaire ne colle pas à ces portraits de producteurs dessinés par Hollywood : volumineux, grincheux, tonitruants ; bref, à l’image des frères Weinstein. Alexandre Mallet-Guy parle d’une voix mesurée. Et si son débit parfois se précipite avant de s’étouffer dans un sourire timide, n’en tirez pas de conclusions hâtives : il a le caractère aussi solide que son goût est affirmé. Depuis 2003 aux manettes de Memento Films, la structure de production, distribution et ventes internationales qu’il a créée ex nihilo, l’homme revendique une ligne éditoriale parmi les plus exigeantes de la profession. Ce qui ne le prive pas d’aligner un palmarès enviable. Le produit de la chance et d’un indubitable flair : « Chez Memento, il n’y a pas de comité de visionnement. Les personnes travaillant sur les acquisitions viennent avec moi sur les festivals, je les écoute… ma

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"Corniche Kennedy" : Plouf !

ECRANS | de Dominique Cabrera (Fr, 1h34) avec Lola Creton, Aïssa Maïga, Moussa Maaskri, Alain De Maria …

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Lycéenne rangée rongée par l’ennui, Suzanne s’abîme dans la contemplation des jeunes de son âge qui, sous ses fenêtres, défient le vide en plongeant du haut de la Corniche Kennedy. Sa fascination et son désir l’emportant sur sa timidité, elle force l’entrée de ce groupe flirtant avec le risque. À plus d’un titre… Comédienne dont les cinéastes ont compris qu’ils n’avaient aucun intérêt à se priver, Aïssa Maïga se trouve par les semi-hasards de la programmation en compétition avec elle-même sur les écrans. De cet absurde combat, elle sort forcément victorieuse. On ne peut pas en dire autant de cette adaptation de Maylis de Karangal (quelques semaines après l’escroquerie aux sentiments Réparer les vivants, cela commence à peser) reposant sur du pur cliché. Cette fable de la jouvencelle bourgeoise en pinçant pour les petits cadors de banlieue (ou des quartiers nord, histoire de napper le t

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"Primaire" : La maîtresse décolle

ECRANS | de Hélène Angel (Fr, 1h45) avec Sara Forestier, Vincent Elbaz, Patrick d'Assumçao…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Fleurant la madeleine, la colle en pot parfum amande et la bonne conscience, Primaire s’inscrit dans la lignée de ces films rendant sporadiquement hommage à des membres du corps enseignant… davantage qu’à l’institution dont ils dépendent. Ici, c’est Sara Forestier qui fait le job, en instit’ surinvestie — trop, sans doute, mais plus que ses collègues. Prête à beaucoup pour sauver un gamin manifestant de graves signes d’abandon, elle s’attire le courroux de son propre fils qui va se sentir délaissé, voire trahi. Hélène Angel actualise l’un des thèmes du film-patchwork de Truffaut, L’Argent de poche (1975), mais en adoptant le point de vue des adultes — ce qui amoindrit considérablement l’intérêt. Sans doute pour éviter la redondance avec Le Maître d’école (1980) de Claude Berri ou Ça commence aujourd’hui (1999) de Tavernier, elle amende son sujet de fanfreluches inutiles, comme une fable sentimentale avec un Vincent Elbaz

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"Norm" : Qui a vu l’ours ?

ECRANS | de Trevor Wall et Xia Xiao Ping (E-U, 1h30) avec les voix (v.f.) de Omar Sy, Med Hondo, Lucien Jean-Baptiste…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Norm, un gentil ours polaire doué de la parole, gagne New York escorté par des lemmings indestructibles pour faire sa fête à Mr. Greene, un fourbe promoteur aux allures de baba-cool mais voulant envahir l’Arctique. Devinez qui gagnera à la fin ? Un dessin animé dénonçant l’avidité des grosses entreprises et la personnalité janusienne de leurs dirigeants, avec un sous-texte écologiste : pourquoi pas, ça ne peut pas faire plus de mal à la cause qu’un documentaire de Mélanie Laurent. Malheureusement, ce discours un peu divergent se plaque sur une forme oscillant entre le banal et le bancal — à l’instar des lemmings crétins à tout faire, épigones de Minions en moins jaunes et plus velus. Sans être déplaisant à voir, Norm ne captive pas. On a ainsi tout le loisir de tenter de reconnaître les voix des doubleurs, d’observer les arrière-pl

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"C’est quoi cette famille ?!" : Philippe Katerine sauve les meubles

ECRANS | Un film de Gabriel Julien-Laferrière (Fr, 1h26) avec Julie Gayet, Thierry Neuvic, Lucien Jean-Baptiste…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Un titre à la Nicole de Buron, un sujet à la Patrick Braoudé, un décor des plus banals (le 9e arrondissement de Paris, 8 000€/m2 à la vente) dans lequel des enfants bien peignés, lassés de transbahuter leurs affaires d’une famille recomposée à l’autre, décident d’investir en colocation “sauvage” le vaste et cossu 7 pièces de la rue Turgot, inoccupé depuis qu’une aïeule a eu l’infortune de décéder. Amis touchant l’APL, familles monoparentales ; parents d’enfants déscolarisés, vous allez rire : malgré les apparences, il ne s’agit pas de science-fiction, mais d’une comédie ! Reste à savoir pour qui. Philippe Katerine sauve les meubles très indirectement, en nous révélant malgré lui ses secrets d’inspiration : le voir côtoyer ici Julie Gayet, après l’avoir découvert endossant le costume du président de la République dans Gaz de France, livre les clefs de composition de sa ballade champêtre À L’Élysée, figurant su

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Amis publics

ECRANS | De Édouard Pluvieux (Fr, 1h38) avec Kev Adams, Vincent Elbaz, Paul Bartel… Sortie le 17 février

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Amis publics

Régulièrement moqué pour l’indigence de son jeu, se résumant à des grimaces de dragueur et des vannes d’élève de seconde écarquillant les prunelles comme Marisol Touraine, Kev Adams a voulu prouver qu’il était au moins aussi grand tragédien que, disons, Lorànt Deutsch (pour citer un classique). Pour démontrer aux incrédules l’étendue de ses talents, il a fait écrire sur mesure cette histoire de petit frère cancéreux par la faute d’une méchante-vilaine entreprise l’obligeant à commettre une infernale suite d’actes contre-nature ou héroïques : cambrioler des banques, se raser la tête, se déguiser en policier, prendre un air concerné sourcils froncés, tourner un film à Lyon… Force est de reconnaître que dans cet emploi dramatique, sa désinvolture à l’écran atteint des sommets — le pire étant qu’elle contamine tous ses partenaires. Vivement qu’un scientifique découvre un vaccin contre le syndrome Tchao Pantin ! VR

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Yasmina Reza, poids plume

SCENES | Il y a chez Yasmina Reza un goût pour l’infime et le ténu qui parfois frôle le rien. C’est là, dans cette mini-frontière, qu’elle situe ses textes, lesquels (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 janvier 2015

Yasmina Reza, poids plume

Il y a chez Yasmina Reza un goût pour l’infime et le ténu qui parfois frôle le rien. C’est là, dans cette mini-frontière, qu’elle situe ses textes, lesquels laissent autant perplexes qu’ils paraissent habiles. A l'instar du tableau blanc à 200 000 francs de Art, sa pièce phare, que ses trois protagonistent décrivaient ainsi : «Je n’ai pas aimé mais je n’ai pas détesté ce tableau – Mais évidemment, on ne peut pas détester l’invisible, on ne déteste pas le rien – Non, non y a quelque chose – Qu’est-ce qu’il y a ? – Y a quelque chose, ce n’est pas rien». Cette pièce qui l’a mise en orbite en 1994 était déjà une satire de son propre milieu, bourgeois et mondain. Elle la prolonge avec Comment vous racontez la partie, écrit en 2011 mais dont elle signe ici la première mise en scène française. Cette fois, elle se crée un double écrivain, invité à répondre aux questions d’une journaliste pédante et détestable dans un bled de province dont les ploucs ne sont autre que les spectateurs, autant public de la pièce que de cette rencontre. Dans ce théâtre de canapé (la première partie tire à ligne) et aux décors qui transpirent l’argent, Reza parvien

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24 jours

ECRANS | D’Alexandre Arcady (Fr, 1h50) avec Zabou Breitman, Jacques Gamblin, Pascal Elbé…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

24 jours

«La vérité sur l’affaire Ilan Halimi» dit le sous-titre façon Faites entrer l’accusé de 24 jours. Arcady choisit d’entrée son point de vue, celui de la famille Halimi et surtout de la mère, qui devine ce que la police se refuse de voir : l’enlèvement n’est pas seulement crapuleux, mais aussi motivé par un antisémitisme aussi stupide que dangereux. OK. À partir de là, et même si Arcady voudrait nous le faire oublier («la vérité» du sous-titre), 24 jours est avant tout du cinéma, et sur ce critère-là, il est simplement calamiteux. D’abord, Arcady trahit son point de vue initial et va filmer le gang des barbares, réduits à des jeunes de banlieue wesh wesh et à un Youssouf Fofana représenté comme le plus caricatural des vilains de série B — sa première apparition de face, au ralenti avec musique menaçante, est à hurler de rire. Clichés regrettables dans un film qui prétend justement dénoncer ceux qui les véhiculent… Les flics ne sont pas mieux lotis : s’exprimant avec des dialogues à la Julie Lescaut, ils sont des ectoplasmes que le cinéaste ridiculise sans vergogne — et ses acteurs avec, le pauvre Jacques Gamblin en tête.

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Je fais le mort

ECRANS | De Jean-Paul Salomé (Fr-Belg, 1h42) avec François Damiens, Géraldine Nakache, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Je fais le mort

Le premier mérite de Je fais le mort est l’originalité de son point de départ : un acteur dans la dèche, souffrant d’une réputation détestable sur les plateaux, accepte d’aller «faire le mort» pour la reconstitution judiciaire d’un triple homicide du côté de Megève. Une fois sur place, entre drague maladroite de la juge d’instruction et volonté de «réalisme» sur la scène du crime, il provoque une série de catastrophes mais révèle aussi les approximations de l’enquête. Au milieu d’un genre sinistré, celui de la comédie hexagonale ici matinée de polar, Je fais le mort tire son épingle du jeu. Pas tellement par sa mise en scène, même si son artisanat télévisuel lui confère une modestie bienvenue ; surtout par le portrait de ce comédien égocentrique et vaniteux qui conduit à quelques réflexions bien vues sur un monde du cinéma où même le plus pitoyable des losers se prend pour un génie de «l’acting» — on sent que Salomé a vu Extras, la formidable série de Ricky Gervais. C’est bien sûr une partition parfaite pour un François Damiens en grande forme, trop heureux de pouvoir être à la fois l’acteur de cinéma subtil q

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Fonzy

ECRANS | D’Isabelle Doval (Fr, 1h43) avec José Garcia, Lucien Jean-Baptiste, Audrey Fleurot…

Christophe Chabert | Mercredi 23 octobre 2013

Fonzy

Remake du film québécois Starbuck, Fonzy en reprend l’exact déroulé narratif, quasiment scènes par scènes, parfois au plan près, ne modifiant que de tout petits détails — le héros n’est plus livreur dans une boucherie mais dans une poissonnerie, par exemple. Parfois, il fait pire, notamment à cause d’un étalonnage désastreux qui intensifie tous les défauts du numérique, ou par la prestation franchement nulle de certains comédiens — le fils gothique, en particulier, est assez cauchemardesque. Pourtant, Isabelle Doval a réussi l’essentiel : corriger ce que Starbuck avait de profondément dégueu, à savoir son manque de respect envers son sujet, les enfants nés d’une I.A.D. (Insémination Artificielle avec Donneur). Simple prétexte dans le film québécois conduisant à un déluge de pathos Benetton style, il est pris au sérieux dans Fonzy avec une honnêteté surprenante, montrant toutes les apories actuelles de la loi française sur la question et le refus de prendre en compte le point de

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Turf

ECRANS | De Fabien Onteniente (Fr, 1h42) avec Édouard Baer, Alain Chabat, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Turf

Dire du mal de Turf revient à tirer sur une ambulance. Quoique, comme la plupart des comédies commerciales françaises, il affiche une insolente santé, trop bien nourri aux euros sonnants et trébuchants. Cela ne masque pas le recyclage poussif et transparent qui lui sert de pitch : Un éléphant ça trompe énormément dans le milieu du tiercé. Soit quatre potes dont un avec une mère juive (Marthe Villalonga, pour être original), l’autre qui trompe sa femme jusqu’à ce qu’elle en ait marre et le foute dehors, un troisième plus effacé mais solide dans les affaires comme en amitié, et un quatrième qui expose le tout en voix off et se met à l’équitation pour séduire une jeune et jolie demoiselle. Au milieu, Onteniente projette ses vannes pourries, sa mythologie beauf (on a du fric, on fait la fête sur la côte) et son absence totale de direction artistique, pour un résultat sinistre qui a l’air de durer trois plombes. C’est nul donc, et seul un Depardieu d’une sincérité totale s’échappe du marasme. Qui d’autre que lui pourrait faire sonner juste une réplique comme : «Tiens, voilà tes deux places pour Lady Gaga !» ? Christophe Chabert 

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30° couleur

ECRANS | De Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue (Fr, 1h31) avec Lucien Jean-Baptiste, Édouard Montoute…

Christophe Chabert | Mardi 6 mars 2012

30° couleur

Ne vous fiez pas à une bande-annonce pourrie qui essaie de faire croire à une nouvelle comédie ethnique de la part de l’auteur de La Première étoile ; 30° couleur vaut mieux que ça. À la manière d’Intouchables (avec qui il partage les mêmes producteurs, Quad), le deuxième film de Lucien Jean-Baptiste (écrit et réalisé avec Philippe Larue) cherche plutôt l’émotion. Historien médiatique, Patrick doit retourner dans sa Martinique natale où sa mère est en train de mourir. Au lieu de jouer la carte du pittoresque et la collusion entre les clichés, le film s’intéresse aux clivages internes des personnages : le plus étrange est celui d’Édouard Montoute, mâle martiniquais typique qui passe une partie du film déguisé en drag queen, ne jurant que par la fête mais toujours rattrapé par un spleen inexpliqué. Si le scénario s’avère maladroit dès qu’il s’agit de négocier des virages dramatiques — en France, certains devraient sérieusement freiner sur les séminaires du gourou américain Robert MacK

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L’Assaut

ECRANS | De Julien Leclercq (Fr, 1h30) avec Vincent Elbaz, Grégori Derangère, Mélanie Bernier…

Dorotée Aznar | Mercredi 2 mars 2011

L’Assaut

Avec L’Assaut, le cinéma français a franchi un cap. Celui de la TNT et ses multiples reportages sécuritaires, grands dénis de confiance sociale alimentant une France angoissée. Dans un gris bleu métallisé aux rares éclats de couleurs, L’Assaut entend en effet ressusciter la prise d’otages du vol Alger-Paris par des terroristes du GIA en 1994. Pour Julien Leclerq (Chrysalis, beurk), le film est surtout prétexte à un sous Vol 93, alternant les points de vue dans un simili temps réel au démocratisme vain, puisqu’il préfère le GIGN. N’est pas Greengrass qui veut. Rendant ainsi justice aux flics (avec ce spectre lumineux délavé pour rappeler l’uniforme), L’Assaut est un hyper spot pour nos forces spéciales. Il en faut, mais de là à chanter leur louange sans autre point de vue que la bravoure du soldat, même La Chute du faucon noir n’a pas osé. Effleurant la complexité de la situation d’une fausse ambiguïté aux méthodes puantes, Leclercq est un publiciste de l’UMP. Et de mauvais goût. Jérôme Dittmar

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No et moi

ECRANS | De Zabou Breitman (Fr, 1h45) avec Nina Rodriguez, Julie-Marie Parmentier…

Christophe Chabert | Mercredi 10 novembre 2010

No et moi

Voix rauque, verbe cru, gestes désordonnés, excessive dans la joie comme dans la violence : le double regard que porte Zabou Breitman et son interprète Julie-Marie Parmentier sur Nora, jeune sans-abri recueillie par une famille de gentils bourges, est embarrassant. Côté réalisatrice, cela ressemble à de la bonne conscience déplacée, à la bourre (Marie-Chantal découvre, en 2010, les SDF…) et maladroitement romancée (rendons aussi à Delphine Le Vigan, auteur du bouquin adapté, ce qui lui appartient). Côté actrice, on est face à une pure performance, un rôle à César qui passe par pertes et fracas la crédibilité pour susciter l’extase des spectateurs et des votants. Raconté par la voix-off bien pratique d’une enfant surdouée, arrosé d’une louche de pathos (le gamin mort, la mère dépressive) et embaumé par des clips récurrents sur de la musique branchée d’avant, "No et moi" exaspère dans sa manière de forcer l’émotion et l’apitoiement.CC

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Progrès-Patrie-Patron

SCENES | Théâtre / Zabou Breitman met en scène "La Médaille" de Lydie Salvayre au Théâtre de la Croix-Rousse. Une comédie grinçante sur le monde de l’entreprise. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 18 octobre 2010

Progrès-Patrie-Patron

Les spectateurs s’installent dans la salle tandis que Jean-Pierre François leur chante «Je te survivrai». Sur scène, c’est l’effervescence ; dans une ambiance de kermesse, une cérémonie s’organise dans l’entreprise automobile Bisson : la remise de quatre médailles du travail à des ouvriers méritants. Sourires forcés et condescendance extrême des cadres à l’égard des travailleurs, visiblement impressionnés par la mise en scène : la remise des décorations doit également être l’occasion de rappeler les valeurs de l’entreprise et les bienfaits de la soumission à l’autorité. Mais rapidement, tout se détraque, les ouvriers racontent ce que leurs dirigeants préféreraient taire. Pas d’apitoiement portant dans "La Médaille". En choisissant de mettre en scène des personnages caricaturaux à l’extrême et de situer l’action dans une entreprise paternaliste dans années 70, l’auteur, Lydie Salvayre réussit un tour de force : prendre de la distance pour rire d’une époque soi-disant révolue. Car si l’on n’est pas réellement surpris par le déroulement du spectacle, assez prévisible tant dans sa forme que dans son contenu, on ne peut que se laisser emporter par l’hystérie qui va crescendo, chaque per

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Le Temps de la kermesse est terminé

ECRANS | De Frédéric Chignac (Fr, 1h40) avec Stéphane Guillon, Aïssa Maïga, Ali Monzana…

Dorotée Aznar | Lundi 15 mars 2010

Le Temps de la kermesse est terminé

Un film sur le thème du colonialisme en Afrique avec Stéphane Guillon en vedette, sur le papier forcément, ça intrigue. Passé ce teasing, "Le Temps de la kermesse est terminé", premier long-métrage de l’anonyme Frédéric Chignac, se révèle une vraie surprise. Tourné comme un huis clos à ciel ouvert, au milieu d’un village entouré par un désert aride et sous un ciel caniculaire, le film décortique, souvent avec finesse, les conséquences d’un passé qui ne passe pas. Jouant sur l’espace, la répétition, l’enlisement (le personnage est coincé, sa voiture ne veut plus démarrer), Chignac déploie quantité d’enjeux lui permettant de mélanger l’analyse au bilan. Transformant son personnage (Guillon, plutôt bon) en témoin et catalyseur des restes d’un colonialisme aux retombées perverses, il se révèle surtout subtil par sa capacité à maintenir sur la corde raide une ambigüité se déplaçant comme un serpent. D’où sa force de défaire, en action et avec des airs vaguement brechtiens, les liens complexes que blancs et noirs entretiennent sans choisir leur camp. Avec ce film lucide ou personne n’a vraiment le bon rôle, Chignac traque, par des dialogues souverains et une scénographie apportant sa

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Tellement proches !

ECRANS | D’Olivier Nakache et Eric Toledano (Fr, 1h42) avec Vincent Elbaz, Audrey Dana, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juin 2009

Tellement proches !

Le cinéma français semble s’être trouvé un nouveau pré carré : non plus le couple, mais la famille, prétexte à des modes de récits choraux et à des observations sociétales à vertu identificatoire. Ça peut donner des choses bien (Le Premier Jour du reste de ta vie), mais aussi des désastres (Le Code a changé). Tellement proches ! part d’ailleurs très mal, dans la lignée du navet de Danielle Thompson : un dîner réunissant des stéréotypes humains assez médiocres, dont on prend spontanément la bêtise en grippe. Pas très bien écrite, plutôt mal filmée, cette longue première partie fait penser, et ce n’est pas un compliment, aux chansons de Benabar… Il faudra donc attendre que la folie prenne vraiment le dessus et qu’à force d’outrance, les personnages fassent vaciller leurs propres caricatures, pour que le film trouve la bonne distance. On s’aperçoit alors que les acteurs sont formidables, à commencer par ceux auxquels on ne croyait pas tellement : François-Xavier Demaison et Omar Sy. Mais c’est surtout Vincent Elbaz, dans son meilleur rôle depuis longtemps, qui s’avère le plus touchant. Pas de quoi se relever la nuit, mais pas honteux non plus. CC

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Je l’aimais

ECRANS | De Zabou Breitman (Fr, 1h52) avec Daniel Auteuil, Marie-Josée Croze…

Christophe Chabert | Jeudi 30 avril 2009

Je l’aimais

Qui l’eût cru ? Cette nouvelle adaptation d’Anna Gavalda fait passer la précédente (Ensemble c’est tout) pour un bon film… Ici, on sonde les abîmes, malgré les jolies volutes de la mise en scène qui ne distraient pas de l’insignifiance du propos. Il faut dire que Zabou Breitman aimerait transformer ce roman de gare (un homme entretient une longue liaison adultère sans jamais oser aller au bout de cet amour qui détruirait le confort de sa vie bourgeoise) en In the mood for love français. L’action se transporte d’ailleurs régulièrement à Hong-Kong, mais les dialogues lourdauds importés du bouquin font regretter les silences antonioniens de Wong Kar-Wai. En cours de route, on fantasme que tout ce petit monde soit anéanti par un serial killer en goguette, mais non : on couche ensemble, on se dit je t’aime, on se quitte, on se retrouve… Comme disait l’espion américain à OSS 117 : «You are so french !» Christophe Chabert

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La première étoile

ECRANS | De et avec Lucien Jean-Baptiste (Fr, 1h30) avec Firmine Richard, Anne Consigny…

Christophe Chabert | Vendredi 20 mars 2009

La première étoile

On voit bien la stratégie à l’œuvre : sous couvert de son plébiscite au dernier Festival de L’Alpe d’Huez, d’une réinterprétation lapidaire de son postulat de départ (une famille d’origine antillaise à la montagne) sous l’angle du décalage culturel, qui se voudrait la fusion toute fantasmée entre les films des scélérats de la bande du Splendid et Bienvenue chez les Ch’tis, on tente de nous vendre la première réalisation de Lucien Jean-Baptiste comme le prochain carton annoncé de la comédie à la française. Mais ne nous y trompons pas : tout sympathique qu’il soit, l’acteur-réalisateur a grand mal à insuffler de la vigueur cinématographique à un récit balisé, convenu, truffé de blagues éculées tombant quasi systématiquement à côté de la plaque. On va encore se faire traiter de fossoyeurs du cinéma populaire français, mais on est prêt à assumer face au marasme artistique assez gênant qui se déroule devant nos yeux… François Cau

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Les Randonneurs à Saint-Tropez

ECRANS | de et avec Philippe Harel (Fr, 1h45) avec Karin Viard, Benoît Poelvoorde, Vincent Elbaz, Géraldine Pailhas…

Christophe Chabert | Mercredi 2 avril 2008

Les Randonneurs à Saint-Tropez

Pour ceux qui, comme nous, ont de l’estime pour Philippe Harel et son cinéma, ces Randonneurs à Saint-Tropez font mal, très mal. Cinéaste du cynisme, qu’il exerce contre le monde (Extension du domaine de la lutte) ou contre un microcosme (Le Vélo de Ghislain Lambert, Tu vas rire mais je te quitte ou le premier Randonneurs), Harel devient ici un cinéaste cynique, multipliant les signes prouvant qu’il n’avait pas du tout envie de faire le film. Il laisse ainsi macérer ses personnages dans leurs stéréotypes, autorisant les seuls acteurs bankables (Viard et Poelvoorde) à faire étalage de leur métier. Les autres n’ont strictement rien à jouer, chacun trimbalant comme un boulet son unique gag décliné vingt fois, montrant physiquement sa lassitude et son dépit d’être là. «On se fait chier» lâche, affalé dans un sofa, un Elbaz qu’on croirait au repos pendant le making of. Ni féroce (pourtant, le cadre tropézien ouvrait un boulevard, en regard de la période bling bling actuelle), ni émouvant, le film n’est qu’une grande soupe tiédasse cuisinée avec les restes avariés du plat précédent. Pas drôle mais surtout très triste… Autant de talents dans un film aussi médiocre, c’

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