"Tous en scène" : Music-animal

ECRANS | Un film de Garth Jennings (E-U, 1h48) avec les voix (vo/vf) de Matthew McConaughey/Patrick Bruel, Reese Witherspoon/Jenifer Bartoli, Scarlett Johansson/Élodie Martelet…

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Photo : © DR


Pour sauver son théâtre d'une ultime faillite, Buster le koala mise sur un concours de chant ouvert aux amateurs. Une succession de mésaventures lui rend la chose plus ardue que prévue, alors même qu'il a réuni une troupe de talents hors du commun…

Les studios Illumination (incubateurs des Minions) savent souffler le froid et le chaud avec les animaux : au consternant Comme des bêtes sorti l'été dernier succède ici une efficace et entraînante comédie, bien moins bébête et puérile que le cadre référentiel — l'engouement autour des télé-crochets musicaux — ne le laissait craindre. L'absence de clins d'œil à outrance, d'un trop-plein de parodies ou d'allusions à des demi-stars vaguement dans l'air du temps contribue à la réussite de l'ensemble, qui tire avant tout parti de ses ressources propres : son intrigue et ses personnages, aux caractéristiques adroitement dessinés.

Même les voix françaises font preuve d'une tempérance bienvenue ! Cela dit, il n'y a pas de quoi être étonné : un film encadré par une reprise — plutôt sobre, d'ailleurs — de Golden Slumbers/Carry That Weight des Beatles ne peut pas être foncièrement mauvais…


Tous en scène !

De Vincente Minnelli (ÉU, 1h52) avec Fred Astaire, Cyd Charisse...

De Vincente Minnelli (ÉU, 1h52) avec Fred Astaire, Cyd Charisse...

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Singa met en relation réfugiés et accueillants

Solidarité | Une chambre libre, l’envie d’accueillir et de vivre une expérience interculturelle, et de la bienveillance. Ce sont les seules conditions nécessaires à l’accueil de personnes réfugiées avec le programme J’accueille de Singa.

Louise Grossen | Mardi 24 août 2021

Singa met en relation réfugiés et accueillants

« On veut casser la relation aidants-aidés. Notre logique, c’est le faire-avec. Pas le faire-pour » explique Birgit Vynckier, membre du mouvement citoyen Singa — le fil, en lingala. Une communauté de 2700 membres à Lyon, 50 000 dans toute l’Europe, avec un objectif : favoriser les liens entre les personnes réfugiées et les citoyens de la société d’accueil. Pour ce faire, plusieurs leviers sont mis en place, dont le programme J’accueille qui met en relation les habitants disposant d'une chambre libre et les personnes bénéficiaires de la protection internationale sans solution de logement. « L'idée n'est pas seulement de proposer un hébergement, mais surtout un accueil, du partage, de l'échange interculturel entre accueillants et accueillis. Il faut que tout le monde y gagne. » Un programme né d'un double constat : d’un côté, des milliers de personnes réfugiées bénéficiant de la protection de la France se retrouvent sans solution de logement stable ni de contact avec les membres de leur société d’accueil. De l’autre, des milliers de citoyens manif

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Vengeance(s) ! Quatre films de revanche à découvrir en salles

Cinéma | À l’occasion du retour de la revanche des salles obscures, la vengeance est servie comme plat de résistance au menu de bien des séances. Vous en reprendrez bien un peu ?

Vincent Raymond | Vendredi 21 mai 2021

Vengeance(s) ! Quatre films de revanche à découvrir en salles

Savoureux plat pour qui la cuisine, amer pour qui la déguste froide, la vengeance est en général plaisante à observer à l’écran. Si l’on a pu se délecter durant le confinement de l’excellent (et dépaysant) The Nightingale, la réouverture nous offre une sélection éclectique à dévorer ces trois semaines. En tête de gondole, une étrange fausse comédie noire (mais au vrai sous-texte féministe) signée Emerald Fennell, Promising Young Woman (le 26 mai, photo). Carey Mulligan y campe sous différents avatars une jeune femme feignant d’être ivre dans des bars ou des boîtes afin de piéger les hommes tentant d’abuser de son apparent état de faiblesse, histoire de les vacciner à tout jamais contre leurs comportements de sanglier. Consécutive à un traumatisme d’adolescence, sa croisade connaîtra un spectaculaire finale. Construit comme une rom-com alternative, où Cendrillon serait vêtue de conscience sociale et perdrait la vie au lieu d’un soulier de vair, c

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Studio Hirundo : le monde en "Faces"

Sono Mondiale | Le vendredi 12 mars a paru "Faces" de Studio Hirundo, un album 6 titres disponible sur Soundcloud, Bandcamp et YouTube, réunissant une poignée d'individualités en exil. Un projet porté par un quatuor d'étudiants de Lyon 2 avec le soutien de l'association Singa et du Jack Jack. Une belle initiative qui a su se muer en projet artistique à la découverte à la découverte de voix fortes.

Stéphane Duchêne | Lundi 15 mars 2021

Studio Hirundo : le monde en

Au commencement est un projet académique dans le cadre du Master développement de projets artistiques et culturels internationaux à Lyon 2. Quatre étudiants tous musiciens et désireux de faire leur trou dans ce milieu autant qu'intéressés par les liens qu'entretiennent le social et l'artistique projettent une idée un peu folle : créer et enregistrer en cinq mois, à partir d'octobre 2020, un album multiculturel qui puisse être un vecteur d'expression et de visibilisation des personnes exilées, musiciens ou pas. Les quatre se rapprochent alors de l'association Singa, « association et mouvement citoyen qui propose des espaces de rencontres et d'échanges avec des personnes nouvellement arrivées et des membres de la société d'accueil », nous détaille Leïla, l'une des quatre étudiantes à la racine du projet. Rapidement, ils deviennent porteurs de projets pour Singa dans l'idée « de se regrouper autour de la musique et des textes et de montrer notre diversité. » L'association se fait notamment le relais de l'appel à candidature qui voit affluer les participants. Parmi eux, Camara qui

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J’avais deux camarades : "Jojo Rabbit"

Burlesque | Un garçonnet dont le confident imaginaire est Hitler, se retrouve à sauver des nazis une orpheline juive. Taika Waititi s’essaie au burlesque dans une fable maladroite ne sachant jamais quel trait forcer. Une déception à la hauteur du potentiel du sujet.

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

J’avais deux camarades :

Allemagne, années 1940. Tête de turc de sa section des Jeunesses hitlériennes, le malingre et craintif Jojo trouve du réconfort auprès d’un ami imaginaire, Adolf en personne. Tout s’embrouille lorsqu’il découvre une adolescente juive cachée dans les murs de sa maison… L’accueil enthousiaste rencontré par Jojo à Toronto, doublé d’un Prix du Public, en a fait l’un des favoris dans la course à l’Oscar. Sur le papier, le postulat du film a de quoi susciter la curiosité tant il semble cumuler les transgressions volontaires. Résumons : Jojo conte tout de même la fin de la Seconde Guerre mondiale côté allemand du point de vue d’un jeune féal du Führer en adoptant un registre absurdo-burlesque avec des stars populaires, le tout sous la direction de Taika “Ragnarok” Waititi qui s’adjuge de surcroît le rôle d’Hitler. Ça fait beaucoup, mais pourquoi pas si une cohérence supérieure gouverne les choses. Ce n’est malheureusement pas le cas.

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Que de promesses ! : "Le Meilleur reste à venir"

Comédie dramatique | Arthur découvre par hasard que son meilleur ami César est condamné par un cancer. Celui-ci l’ignorant, Arthur s’apprête à lui annoncer la funeste nouvelle mais un quiproquo amène César à croire que c’est son pote qui est perdu. Déstabilisé, Arthur ne va pas le détromper. Et s’enferrer…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Que de promesses ! :

Le succès du Prénom (2012) — leur précédente coréalisation — a très certainement endormi la méfiance des producteurs, appâté les comédiens autant qu’il allèchera les curieux. Pourtant, la mécanique bien huilée de ladite pièce filmée (jouée auparavant un an sur les planches) et dialoguée sans surprise mais avec adresse n’a pas grand chose à voir avec ce succédané de Sans plus attendre (2008) : Le Meilleur reste à venir est une comédie molle bo-beauf de plus, célébrant le nombrilisme d’assujettis aux tranches fiscales supérieures, où les comédiens s’abandonnent à leurs penchants — c’est-à-dire à leurs travers — à la première occasion. Et les occasions ne manquent pas. Lorgnant le cinéma de Nakache & Toledano, Delaporte & La Patellière en offrent une version dégriffée avec les envolées classicomorphes de leur B.O., les séquences tendresse de leurs protagonistes, les personnages secondaires prétextes inutiles ou mal exploités. Interchangeable et dispensable. Le Meilleur re

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Jon est tout seul

Rock | En solo pour la première fois de son histoire, le bestial Jon Spencer est revenu l'an dernier nous casser la gueule à coups de hits dans la lignée de tout ce qu'il a pu produire en plus de trente ans d'éruptions blues. KO à prévoir au Kao. Rehaussé par la présence de la légende garage The Fleshtones.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 novembre 2019

Jon est tout seul

À 53 ans dont à peu près 35 pris entre les feux des innombrables projets qui ont jalonné une carrière aussi hyperactive que schizophrène (Pussy Galore, The Jon Spencer Blues Explosion, Boss Hog, Heavy Trash, etc.), Jon Spencer n'avait jusqu'ici même pas trouvé cinq minutes pour enregistrer le moindre album solo. Sans doute parce que le trash bluesman états-unien ne s'épanouit que dans la friction, les étincelles et la violente ébullition produites par l'émulation collective. L'impair, si l'on peut dire, est désormais réparé, le James Brown blanc blues ayant livré en 2018 ce que les médias anglo-saxons appellent non sans malice son "debut album". En solo donc. Un album savoureusement intitulé Jon Spencer chante les hits (Jon Spencer sings the Hits en VO), comme n'importe quel best of de n'importe quel squatteur de Top 50. S'avançant masqué d'ironie avec un titre doublant l'effet de celui de l'album, I got the Hits, comme pour feindre par antiphrase de n'en avoir jamais produit, Spencer ne livre pas moins, avec ce disque sous-titré « The world's most beloved melodies on one long-playing h

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Olivier Dacourt : « témoigner sur le racisme dans le football est un acte de courage »

Festival Sport, Littérature et Cinéma | Un an après Ma part d'ombre, Olivier Dacourt vient présenter au Festival Sport, Littérature et Cinéma son nouveau documentaire, Je ne suis pas un singe, coréalisé avec Marc Sauvourel. Où l'ancien international enquête sur le phénomène ancestral et endémique du racisme dans le football, à grands renforts de séquences d'archives et de témoignages édifiants. Entretien avec l'intéressé qui évoque également son goût pour le travail documentaire.

Stéphane Duchêne | Mardi 26 février 2019

Olivier Dacourt : « témoigner sur le racisme dans le football est un acte de courage »

Lorsque vous aviez réalisé Ma part d'ombre dans lequel une poignée de footballeurs dévoilaient les blessures de jeunesse qui ont contribué à les construire, vous partiez d'une expérience personnelle. Avec Je ne suis pas un singe, vous vous attaquez au sujet du racisme dans le foot, qu'est-ce qui vous y a poussé ? Vous en avez été victime vous-même ? Olivier Dacourt : Le jour de la diffusion de Ma part d'ombre, Blaise Matuidi a été victime de cris de singe avec la Juventus lors d'un match contre Cagliari et l'arbitre n'a rien fait. Ça faisait écho à ce que nous racontait Zlatan Ibrahimović dans Ma part d'ombre sur le racisme qu'il avait vécu en Suède dans sa jeunesse parce qu'il ne s'appelait pas Svensson. Ç'a allumé quelque chose en moi, même si bizarrement je n'ai jamais été victime de racisme dans un stade. On ne m'a pas fait de cris de singe. Peut-être parce que je suis un peu plus clair de peau qu'un joueur africain. Ou parce que q

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Un deal est un deal : "Undercover - Une histoire vraie"

Thriller | de Yann Demange (É-U, 1h51) avec Matthew McConaughey, Richie Merritt, Bel Powley…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Un deal est un deal :

1984. Ricky, 14 ans, et son père font un commerce plus ou moins légal d’armes à feu auprès des gangs tenant le marché du crack dans les squats de Détroit. Flairant l’aubaine, le FBI transforme jeune Ricky en dealer pour infiltrer le réseau. Sans lui laisser vraiment le choix… On ne peut plus explicite et programmatique, le titre français met l’accent sur l’authenticité des faits davantage que sur la figure de Ricky. Pourtant, c’est bien cet ado à moustachette la colonne vertébrale de l’histoire, la mouche sur le hameçon lancé par un FBI avide de faire des grosses prises, mais peu soucieux du devenir de l’appât après coup(s). Mais ne divulgâchons pas la fin… Si l’on a l’habitude des histoires de gangs et de mafia survitaminées par Scorsese et ses épigones, celle-ci semblera plus calme : Undercover ne superlative rien. C’en est même parfois troublant, puisque les séquences de nouba avec les caïds, les descentes de flics ou certaines scènes de tension familiale semblent sous-dramatisées ; en tout cas moins épileptiquement montées qu’à l’ordinaire. Une façon

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Rami Malek : « je voulais surprendre la caméra autant que lui la surprenait »

Bohemian Rhapsody | Les qualités de Rami Malek vont au-delà d’une ressemblance physique troublante avec Freddie Mercury. L’acteur s’est investi corps et âme dans ce portrait du meneur de Queen. Propos rapportés lors de sa visite parisienne.

Vincent Raymond | Dimanche 11 novembre 2018

Rami Malek : « je voulais surprendre la caméra autant que lui la surprenait »

Les membres de Queen Brian May et Roger Taylor sont producteurs exécutifs du film. Quelle influence ont-ils exercé sur le tournage, et vous ont-ils dit des choses particulière sur Freddie Mercury? Rami Malek : Déjà, vous pouvez imaginer à quel point c’était incroyable et monumental d’incarner Freddie Mercury : personne d’autre n’a été aussi provocateur ; après on a cassé le moule ! Quand Brian et Roger m’ont accueilli et accepté, ça a été comme une bénédiction. Je ne crois pas que j’aurais pu avoir une chance d’incarner Freddie s’ils n’avaient pas cru en moi. Brian m’a apporté beaucoup de soutien : il m’a permis de l’appeler à n’importe quel moment — ce que j’ai parfois fait à des moments difficiles extérieurs au films, parce qu’il était peu à peu devenu un mentor. Lorsqu’il a vu le film, ce qu’il m’a déclaré constitue pour moi le plus grand remerciement que je pouvais espérer ; j’en suis extrêmement fier. Vous avez déclaré que ce film avait changé votre vie. En quoi exactement ? Franchement, comment ne l’aurait-il pas changée ? En tant qu’acteur, j’ai été mis au défi

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Show must go on : "Bohemian Rhapsody"

Drama-queen | De la fondation du groupe Queen au légendaire concert de Wembley lors du Live Aid de 1985, la vie de son leader charismatique, chanteur et auteur principal, Farrokh Bulsara dit Freddie Mercury, entre ses inspirations géniales, ses caprices et ses excès.

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Show must go on :

Sa vie n’avait certes rien d’une comédie, mais elle fut musicale et couronnée de succès dès lors qu’il intégra ce qui deviendrait Queen. Voilà pourquoi Bryan Singer a pris le parti de réduire à ces dix-quinze années de carrière l’existence de Freddie M. À bien des égards, la démarche est justifiée : nul besoin de traîner dans les soubassements de l’enfance pour saisir que le petit Farrokh est complexé par ses origines — qu’il n’aura de cesse de dissimuler au long de sa vie : on le déduit de ses attitudes de jeune adulte. Plus intéressantes sont sa maturation artistique dans le groupe, l’édification artisanale du morceau-titre, son affirmation égotique et, dans une autre mesure, la découverte de son orientation sexuelle. No sex, we’re puritan Or c’est là que la bât blesse : la représentation de cette icône gay est, à tout le moins, ambiguë. Singer le dépeint quasiment sous les traits d’un “hétérosexuel contrarié“. En effet, les seules relations charnelles montrées à l’écran sont celles de Freddie avec sa première petite amie. Par la suite, il e

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Ramadan Bozhlani : « je suis un poète sans papier »

Poésie | Dan Bozhlani, poète et écrivain publié en Albanie, a trouvé refuge à Lyon, mais n'a toujours pas de papiers. Demandeur d'asile en sursis, il continue d'écrire sans répit. Pour être vivant.

Sébastien Broquet | Lundi 11 juin 2018

Ramadan Bozhlani : « je suis un poète sans papier »

Une force éclatante qui s'empare de la pièce, un regard clair et perçant posé sur vous et le ton décidé d'un homme qui sait ce qu'il veut, malgré tout : Ramadan Bozhlani dégage une présence peu commune, planqué sous sa casquette qui ne le quitte jamais ; « je la garde pour la photo, les gens ne me connaissent qu'avec ma casquette ». De son passé, on ne saura que peu, sinon que le jeune homme est né à Vushtrri, au Kosovo, pays qu'il a quitté suite à la guerre. Dan, comme on l'appelle, préfère parler d'avenir, qu'il imagine fertile pour mieux oublier le présent, accaparé par les turpitudes de l'administration française qui lui a refusé par deux fois l'asile, c'était à Bourg-en-Bresse où il est arrivé en septembre 2012. « À chaque fois, j’ai été déçu : réponse négative. Je vais déposer un nouveau dossier, cette fois à Lyon, en juillet. Je pense qu’ici ils peuvent accepter un poète. Lyon est un épicentre de culture et je suis dans cette ville depuis deux ans. » Lyon est devenue « ma ville de cœur et la France, ma seconde patrie. Les gens me demandent parfois pourquoi j’aime autant un pa

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Margot Chevignard : « Notre bénéficiaire, c’est la société »

Initiatives | L'association Singa, dont une émanation est active à Lyon depuis 2015, n'œuvre pas pour les réfugiés. Elle agit avec. Et c'est toute la différence, cette inclusion, permettant à chacun d'apprendre à connaître l'Autre, de découvrir comment construire ensemble en combinant les compétences. Précieux.

Sébastien Broquet | Lundi 11 juin 2018

Margot Chevignard : « Notre bénéficiaire, c’est la société »

Singa ? Margot Chevignard : C’est une association née en 2012, à Paris, fondée par trois amis, Nathanaël Molle, Guillaume Capelle et Alice Barbe. Leur constat : les personnes réfugiées ont énormément de barrières bloquant leur intégration socio-économique dans leur société d’accueil. Pourquoi ? La plupart des Français qu’ils connaissaient sont payés pour les accompagner. Bizarrement, ils vivent en France, mais c’est difficile pour eux de rencontrer la société qui les accueille. En parallèle, il y a une image très négative des personnes réfugiées, les médias confondent les termes, on parle de vague, de flux… Alors que les réfugiés sont des personnes, avec des compétences, des expériences. Des envies. Toute cette partie est souvent éludée. Ils se sont dit : comment faire pour permettre une meilleure intégration ? L’idée : la rencontre. Les deux entendent beaucoup parler l’un de l’autre, mais ne se connaissent pas. Donc, créer des espaces pour permettre les rencontres et permettre aux personnes réfugiées une meilleure compréhension de la société dans laquelle ils vivent. Et offrir un autre regard aux accueillants. C’est de là que Singa est né. À Ly

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Nasruddin Gladeema : « l’art est toujours sans frontières »

Documentaire | À 38 ans, Nasruddin Gladeema s’apprête à présenter le premier documentaire issu de sa société Nuvoscale Productions. Accompagné par Singa, il travaille à la Cordée Valmy (Lyon 9e) où ses co-workers l’appellent du diminutif Glad — heureux. Heureux, il l’est aujourd’hui.

Vincent Raymond | Lundi 11 juin 2018

Nasruddin Gladeema : « l’art est toujours sans frontières »

À quel moment avez-vous choisi de vous exprimer dans le champ artistique ? Nasruddin Gladeema : Officiellement, je suis un artiste depuis l’an dernier, 2017, quand j’ai créé Nuvoscale Productions, une entreprise spécialisée dans le domaine de la production audiovisuelle. Je la présente toujours comme une plateforme d’échanges créatifs entre des artistes “accueillants“ et d’autres qui arrivent et dont la situation administrative ou le statut varie entre réfugiés et migrants. Mais en fait, dès mon arrivée en France en 2011, alors que j’étais demandeur d’asile, j’ai cherché un chemin artistique pour me stabiliser. À quel endroit viviez-vous ? J’ai commencé ma vie en France à Grenoble — une ville incroyable pour moi, car entourée de montagnes. Je n’en avais jamais vues de pareilles puisque je suis né et ai grandi à Khartoum (Soudan) ; il n’y a pas de montagnes là-bas. Cet espace blanc en face de moi a donc été un premier grand changement. Et d’une certaine manière, mon premier projet artistique après mon arrivée à Grenoble a été de trouver un sens à ma présence en France.

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De la pluie dans l’Aquarium

Comédie Musicale | Les Cahiers du Cinéma, à leurs débuts en 1953, écrivent sur Singin’in the rain : « ce film d’un danseur est le film de la joie ». Alors que Le Chanteur (...)

Pierre Deroudilhe | Mardi 3 avril 2018

De la pluie dans l’Aquarium

Les Cahiers du Cinéma, à leurs débuts en 1953, écrivent sur Singin’in the rain : « ce film d’un danseur est le film de la joie ». Alors que Le Chanteur de jazz vient de sortir dans les salles, Don et Lina doivent s'adapter au cinéma parlant, mais la voix insupportable de Lina pousse les studios à engager Kathy, jeune doubleuse dont Don tombe amoureux. On retrouve avec joie le triangle amoureux le plus célèbre de toutes les comédies musicales. De quoi danser à nouveaux sur les chorégraphies de Gene Kelly et Stanley Donen. Singin’in the rain À l’Aquarium Ciné Café ​le jeudi 12 avril à 20h45

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« Notre plus grande force, c’est notre empathie émotionnelle » selon Matt Reeves

La Planète des Singes : Suprématie | Avec "La Planète des Singes : Suprématie", le réalisateur de "Cloverfield" Matt Reeves clôt la Trilogie simiesque, toujours accompagné par l’indispensable Andy Serkis. Rencontre avec deux sacrés primates.

Vincent Raymond | Mercredi 2 août 2017

« Notre plus grande force, c’est notre empathie émotionnelle » selon Matt Reeves

Qu’avez-vous souhaité explorer dans cet ultime volet de la trilogie ? Matt Reeves : Je voulais montrer ce moment où le personnage de César risquait de perdre l’empathie émotionnelle qu’il éprouve autant pour les Hommes que pour les Singes — car il n’est ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre —, et sur laquelle repose son héroïsme. Cela m’intéressait de mettre le spectateur pendant deux heures dans la peau de César, confronté à la guerre entre les humains, mais aussi à une lutte intérieure comme nous en connaissons tous. Andy Serkis : J’ai beaucoup de chance d’avoir participé à une telle trilogie, qui a une âme, un sens, une vérité et un message politique. C’est incroyable d’avoir pu passer de l’enfance à la fin de vie, mais aussi de voir un personnage de leader trouvant sans cesse des solutions pacifiques découvrir le phénomène de la haine. Le faire passer à l’acte, voire tuer, était pour moi un formidable défi physique et psychologique. Bien qu’étant de tous les plans, vous n’êtes jamais jamais reconnaissable à l’écran. Que retrouvez-vous de vous en César ? AS : Je me vois

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Paroles de réfugiés

Conférence | Des réfugiés racontent leur parcours créatif.

Lisa Dumoulin | Samedi 24 juin 2017

Paroles de réfugiés

Une soirée pour découvrir le parcours de huit personnes réfugiées mais avant tout pleines de projets. Rwandais, syriens, bangladais, français, gabonais, et afghan, ils ont décidé de monter leur association, leur entreprise, de reprendre leurs études... Sur le format d'une conférence TED, ils présenteront leurs parcours atypiques. L'humoriste Karim Duval animera la soirée.

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"Gold" : mauvaise pioche

ECRANS | de Stephen Gaghan (É-U, 2h01) avec Matthew McConaughey, Bryce Dallas Howard, Édgar Ramírez…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Héritier poissard d’une famille de chercheurs d’or, Kenny Wells joue son va-tout en s’associant avec un géologue mystique… et découvre un filon extraordinaire en Indonésie. Devenu du jour au lendemain la coqueluche de Wall Street, il va pourtant choir pour escroquerie. Les Étasuniens raffolent de ce genre de conte de fée vantant l’obstination malgré les embûches : plus l’on trébuche, plus la sonnante récompense le sera aussi. Mais pour que ce conte “prenne” chez nous, il faut un minimum de notoriété du protagoniste, un destin réellement hors du commun ou bien un film résolument exceptionnel. Pas de veine, ce n’est pas le cas avec ce pensum dont on se moque comme un orpailleur de sa première pépite de pyrite de fer : le désir de revanche d’un fissapapa ruiné n’a rien d’exaltant. L’interprétation ne sauve rien : la mine des mauvais jours, Matthew McConaughey, en version chauve et bedonnante, semble mal remis de son Oscar. Moulinant des bras quand il n’écarquille pas des yeux figé sur place, il se perd dans un épouvantable jeu à la Tom Cruise. Seul intérêt du film :

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"Ghost in the Shell" : critique et interview de Scarlett Johansson

ECRANS | À l’instar de ses héros humains améliorés par les machines, ce film en prises de vues réelles s’hybride avec toutes les technologies visuelles contemporaines pour revisiter le classique anime de Mamoru Oshii (1997). Une (honnête) transposition, davantage qu’une adaptation.

Vincent Raymond | Mardi 28 mars 2017

Dotée d’un corps cybernétique augmentant ses capacités humaines, le Major a été affectée à la Section 9, une unité d’élite dépendant du gouvernement. Sa prochaine mission vise à combattre un criminel capable de pirater les esprits, mais aussi de lui révéler un passé qu’on lui a dissimulé… En s’appropriant le joyau de Oshii, Rupert Sanders touche à un tabou. Ghost in the Shell constitue en effet un jalon dans l’histoire des anime : il est le premier à avoir été universellement considéré comme un film “adulte” (en tout cas moins familial ou jeune public que les Takahata et Miyazake) ainsi qu’une œuvre de science-fiction visionnaire, dans la lignée des adaptations de Philip K. Dick ou Asimov. Sa narration elliptique, intriquant anticipation et tensions géopolitiques, ajoutée à son esthétique élégante et épurée, l’ont érigé en référence d’un futur dystopique… dépassé. Bien en chair Car depuis vingt ans, EXistenZ, Matrix puis la réalité virtuelle ont rattrapé certaines des projections de l’anime. Sanders et ses scénaristes l’ont donc “déshab

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"Un sac de billes" : Hors la guerre

ECRANS | de Christian Duguay (Fr-Can, 1h50) avec Dorian Le Clech, Batyste Fleurial, Patrick Bruel…

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

1942. Maurice et Joseph, les deux plus jeunes frères Joffo, fuient la menace nazie de Paris à Nice puis en Haute-Savoie. Pour espérer sauver leur vie, il leur faut obéir à la promesse faite à leur père : toujours nier qu’ils sont juifs. Et ne se fier à personne… Quarante ans après l’adaptation par Doillon de l’autobiographie de Joseph Joffo, cette nouvelle version joue la carte du néo-classicisme ; celle d’un cinéma propre et sans bavure, riche d’une reconstitution soignée, de plans bien composés et d’une distribution disséminant çà et là des noms respectables conférant, pour les plus estimables, leur crédit au “monument”. Le choix de Christian Duguay pour réaliser la chose n’a rien d’anodin : de Jappeloup à Belle et Sébastien, l’aventure continue, le cinéaste canadien est un tout-terrain de la qualité française contemporaine, à l’aise avec le box-office et les gosses — qu’il dirige au demeurant fort bien. Si l’on apprécie ici la retenue et l’absence de pathos de sa mise en scène, on peut regretter sa scolarité extrême. Parce qu’il vise, sans doute, le publi

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"Faut pas lui dire" : Ni le voir non plus

ECRANS | de Solange Cicurel (Fr-Bel, 1h36) avec Jenifer Bartoli, Camille Chamoux, Stéphanie Crayencour…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Trois sœurs-cousines complices décident de ne pas révéler à la quatrième, sur le point de se marier, qu’elles ont surpris son promis avec un homme. Mais aussi que son ex, disparu brutalement il y a des années, est de retour… C’est à n’y pas croire (ou à désespérer) : au 4 janvier, tiendrait-on déjà le plus médiocre long-métrage de l’année ? Croisement tératogène entre Comme t’y est belle (pour l’ambiance famille juive) et Le Cœur des hommes version féminine (pour le quatuor principal partageant ses petits secrets intimes), Faut pas lui dire appartient à cette catégorie de films que chacun regrettera d’avoir vu… ou fait — on a, à ce sujet, une pensée pour les malheureuses comédiennes et réalisatrice ayant à vivre lestées du poids de cette ineptie. À peine digne d’une production AB — manquent les rires enregistrés —, cette sottise tentant de rebondir sur des ressorts comiques distendus de vaudeville rétrograde, masque l’indigence de sa trame narrative en la parsemant des plus purs clichés. Tout y passe, sans aucune subtilité : la cougar nympho tombant enfin amoureuse, la femme parfait

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Costa-Gavras ou la preuve par 9

ECRANS | La première partie de l’indispensable œuvre de Costa-Gavras est à redécouvrir en DVD. Et l’homme, prodigieux d’humanité comme d’humilité, à rencontrer.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Costa-Gavras ou la preuve par 9

Comme Roman Polanski, Costa-Gavras est de ces auteurs multiculturels dont le cinéma français peut s’enorgueillir. Et qui a pu accomplir une carrière aussi diverse grâce à l’ouverture d’esprit et l’accueil bienveillant de la profession hexagonale à son égard dans ses jeunes années — c’est, en tout cas, le constat que le cinéaste opère aujourd’hui dans le passionnant entretien réalisé par Edwy Plenel, bonus de L’Intégrale Volume 1 (1965 – 1983) (Arte Cinéma). Un coffret réunissant ses neuf premiers longs-métrages, dont la parution vaut la visite lyonnaise de cet indispensable géant. Gavras, de Costa à Z À la fois conteur et conscience de son époque, Costa-Gavras n’a cessé de secouer des mentalités assoupies par des œuvres lucides sur l’état du monde. Son cinéma, qui ne se réduit pas au champ du seul “cinéma politique”, est davantage celui de plusieurs interrogations : peut-on s’affranchir des carcans et des idéologies barbares — voir la “trilogie Montand” avec Z

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"Sing Street" : band de jeunes

ECRANS | de John Carney (Irl, G-B, E-U, 1h46) avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor…

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Dublin, 1985. Espérant s’attirer les faveurs de la splendide Raphina, Conor décide de monter un groupe avec ses (rares) camarades de lycée. Une manière de s’évader de la crise économique omniprésente lui valant une relégation dans un établissement public et précipitant le divorce de ses parents… Ex-fans des eighties, directeurs de salles de concert, préparez-vous à pleurer des larmes de vinyle devant cette charmante romance à l’accent rugueux fleurant la douce nostalgie du jukebox d’une époque musicalement magique — autant qu’elle empeste l’haleine nicotinée du skin. À elle-seule, la BO de Sing Street justifie le déplacement : Joe Jackson (Steppin’ Out), Daryl Hall & John Oates (l’imparable Maneater), Duran Duran, The Cure (In Between Days, tudieu !), sans parler des compos du groupe Sing Street, pas déshonorantes… Un concentré de la diversité bouillonnante des années new wave, en perpétuelle réinvention culturelle, mélodique, vestimentaire ; une période métamorphique en écho aux mutations inhérentes à l’adolescence. John Carney a su miraculeusement rendre tangible non seulement ce jaillissemen

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The Nice Guys : attachant polar

ECRANS | de Shane Black (E-U, 1h56) avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Kim Basinger…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

The Nice Guys : attachant polar

On ne s’étonnera pas de voir derrière The Nice Guys le producteur Joel Silver, qui a bâti une partie de sa fortune grâce au buddy movie avec 48 heures et les quatre volets de L’Arme fatale — parler de tétralogie en l’occurrence risquerait de froisser Wagner. Il avait déjà accompagné Shane Black, scénariste de L’Arme fatale, pour Kiss Kiss Bang Bang (2005) — un précédent réussi narrant association entre une carpe et un lapin sur fond d’investigation privée — il remet donc le couvert avec un nouveau duo chien et chat. Pourquoi diable changer des recettes qui fonctionnent et qui, justement, en rapportent ? Une fois que l’on a admis que le tonneau sur pattes à la carrure depardieutesque est Russell Crowe, on embarque pour un plaisant voyage carrossé jusqu’au bout du col pelle-à-tarte vintage années 1970. Plutôt que d’enchaîner les refrains connus à tour de platines, la B.O. procède en finesse en distillant des intros funky, groovy et disco. Shane Black met aussi la pédale douce du côté des répliques, abandonnant l’épuisante distribution de vannes surécrites. Du coup, on s’attache davantage à ses person

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X-Men : Apocalypse : le patron, c'est Bryan Singer

ECRANS | En mettant ses mutants aux prises avec le premier d’entre eux, Apocalypse, Bryan Singer boucle une seconde trilogie des X-Men épique. Et montre que, de tous les réalisateurs de productions Marvel déferlant sur les écrans ces temps, c’est bien lui le patron.

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

X-Men : Apocalypse : le patron, c'est Bryan Singer

Lorsqu’une franchise achemine sur les écrans son huitième opus en seize années d’existence, le plus docile et bienveillant des spectateurs est fondé à émettre quelque inquiétude quant à la pertinence du film. Heureusement, il existe des exceptions ; des sagas parvenant à coup de rebondissements intrinsèques à dépasser le stade de la “suite” et de la resucée, sachant se réinventer ou créer une singularité — James Bond en est un parangon. Dans le vaste univers Marvel (en expansion continue), la tradition (du tiroir-caisse) impose à une série de se développer par ramifications autour de ses personnages-phares, puis de faire tabula rasa en lançant un reboot… tout en s’affadissant. Sauf pour X-Men, îlot d’exception dans un océan tanguant vers les rivages du morne ordinaire. Oh, cela ne signifie pas que l’ensemble de l’octalogie mérite d’être portée aux nues (un ventre mou modelé par Brett Rattner et Gavin Hood la plombe), mais elle présente, outre sa remarquable longévité, une capacité à absorber ses propres spin-off (Wolverine) et reboots (Days of Future Past) pour les fondre dans une masse paradoxalement homogène.

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Les frères Coen, un rêve américain tourmenté

ECRANS | Alors qu’ils s’apprêtent à présider le 68e festival de Cannes, Joel et Ethan Coen ont droit à une rétrospective quasi-intégrale de leur œuvre à l’Institut Lumière, ce qui permet de revisiter leur cinéma, où le rêve américain est transformé en cauchemar absurde et métaphysique, plein de bruit et de fureur et raconté par des idiots. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Les frères Coen, un rêve américain tourmenté

«Tout ce que je connais, c’est le Texas.» En voix-off, sur fond de puits de pétrole au crépuscule, voilà ce que prononce le détective privé suant et meurtrier au tout début de Blood Simple (1984), œuvre inaugurale de Joel et Ethan Coen. Cela ne l’avait pas empêché, au préalable, d’ébaucher une balbutiante philosophie de l’existence, faite de bouts d’actualité mal digérés et de réflexions typiquement américaines. Une philosophie de traviole, mais une philosophie quand même, ramenée in fine au bon sens texan et à une inculture assumée. À l’autre bout de leur œuvre, les frères Coen retournent au Texas dans No Country for Old Men (2007). Adaptant le roman de Cormac MacCarthy, ils matérialisent une autre figure de tueur mémorable : Anton Chigurh, incarné par un Javier Bardem implacable, ange de la mort lancé à la poursuite d’un cowboy poissard ayant dérobé une fortune à un cartel de la drogue. Chigurh aussi possède une philosophie de la vie basée sur l’absurdité de l’existence, nettoyant les principes éthiques et spirituels de ses futures victimes par un appel au hasard («Call it !») comme derni

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Mondkopf - Hadès

MUSIQUES | Quatrième album de Mondkopf, Hadès est le récit d'une métamorphose : celle d'un rêveur – son (...)

Benjamin Mialot | Mardi 20 janvier 2015

Mondkopf - Hadès

Quatrième album de Mondkopf, Hadès est le récit d'une métamorphose : celle d'un rêveur – son pseudonyme germanophone signifie «Tête de Lune» – dont la musique charmait les hommes comme les animaux sauvages – et Zeus sait à quel point la faune électronique en grouille – en un paria en proie aux sentiments les plus vifs. Toute ressemblance avec un personnage célèbre de la mythologie grecque n'est pas fortuite. Véritable Orphée des temps modernes, Mondkopf a lui aussi poursuivi une quête intime dans les profondeurs infernales. Il en a ramené des bourdonnements infra-terrestres, des trompettes apocalyptiques et des mélodies d'une immuable mélancolie, essences d'une musique à mi-chemin de l'ambient et de la noise où la noirceur et le monolithisme ne sont pas des fins en soi – comme c'est le cas chez Sunn O))), dont le spectre encapuchonné plane sur les titres les plus retentissants du disque, à commencer par Eternal Dust – mais les r&eacu

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Ruptures de ton

SCENES | À 40 ans, toujours vieux garçon, Yaacobi se réveille, envoie valdinguer sa partie de dominos et ses tee-parties sur le balcon de son ami Leidental qu'il (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 janvier 2015

Ruptures de ton

À 40 ans, toujours vieux garçon, Yaacobi se réveille, envoie valdinguer sa partie de dominos et ses tee-parties sur le balcon de son ami Leidental qu'il congédie sans ménagement car «cet homme est un bouchon, il empêche la vie de s'écouler». Yaacobi ne pense qu'à rattraper le temps perdu. Donc s'accrocher aux fesses de la première femme croisée au hasard, Laurence Besson, souvent vue sur les planches du TNP car elle appartient à sa troupe permanente, comme d'autres membres de cette jeune compagnie du Vieux Singe. Le premier mérite de ce travail est de porter à la connaissance du public l'écriture de l’Israélien Hanokh Levin, décédé prématurément en 1999. Fin observateur de nos petites misères et grandes solitudes, l'auteur sait transformer une matière sociologique en objet caustique, drôle, tendre et cruel à la fois, n'épargnant pas les croyances des hommes (et c'est plus que salutaire en ces temps malades) ; s'adressant à Dieu, Yaacobi s'agace : «il est temps que tu me donnes quelque chose de tangible, de palpable, de réel». Sans jamais les engluer dans le réalisme, Levin teinte ses personnage

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D'une seule voix

MUSIQUES | Parmi les nombreuses attractions qui firent la sordide réputation du cirque Barnum, il en est une qui connut un succès bien au-delà de ses fameux chapiteaux (...)

Benjamin Mialot | Mardi 13 janvier 2015

D'une seule voix

Parmi les nombreuses attractions qui firent la sordide réputation du cirque Barnum, il en est une qui connut un succès bien au-delà de ses fameux chapiteaux blancs  : les sœurs siamoises Millie et Christine McCoy, plus connues des bourgeois de l'époque sous le nom de Rossignol à deux têtes en vertu de leurs talents musicaux. S'ils étaient nés un siècle plus tôt, Nicolas Gautier et Marin Perot, moitiés du duo The Missing Season, auraient pu les courtiser, eux qui depuis 2008 et comme quelques autres avant eux – en tête Simon & Garfunkel et leurs descendants les plus directs, les Kings of Convenience – gringottent avec la connivence qu'on prête d'ordinaire aux êtres unis par les liens secrets du sang. En tout cas jusqu'à la sortie début 2014 de leur quatrième album, qui fait suite à trois jolis précis de folk-rock transatlantique – les mélopées éclairées à la bougie de Nick Drake de ce côté, les complaintes noircies à la lampe à pétrole de Neil Young de l'autre. Car The After Hours est l’œuvre d'un quintette. Et car si nos deux piafs rennais y harmonisent comme au premier jour, ils le font désormais perchés sur des lignes à haute tension, celles qui alimentent

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Wild

ECRANS | De Jean-Marc Vallée (ÉU, 1h56) avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffman, Laura Dern…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Wild

Le titre fait évidemment penser au Into the Wild de Sean Penn, tout comme le pitch, tiré d’une histoire vraie : Cheryl Strayed entreprend une randonnée solitaire de 17 000 kilomètres pour faire son deuil de sa mère et de sa jeunesse cabossée. Mais le film de Jean-Marc Vallée, dont on n’adorait déjà pas le Dallas Buyers Club, manque effectivement de «into the»… Tout y est réduit à une pure surface sans le moindre relief, que ce soit le trajet, les flashbacks sur les traumas de l’héroïne ou les aphorismes inscrits à même l’écran. Vallée met sur le même plan une relation sexuelle et une addiction à la drogue, la mort d’une mère et celle d’un cheval, passe le tout dans un grand shaker psychologisant et le recrache dans un montage lassant où rien n’arrête le regard. Du voyage, on ne verra quasiment rien, tant le film comme le personnage ne s’intéressent pas aux autres ou à l’inconnu, mais seulement à eux-mêmes. Pire : à plusieurs reprise

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Interstellar

ECRANS | L’espace, dernière frontière des cinéastes ambitieux ? Pour Christopher Nolan, c’est surtout l’occasion de montrer les limites de son cinéma, en quête de sens et d’émotions par-delà les mathématiques arides de ses scénarios et l’épique de ses morceaux de bravoure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Interstellar

Un an à peine après Gravity, au tour de Christopher Nolan de s’aventurer dans l’espace pour en donner une image scientifiquement correcte et réaliste avec Interstellar. Le futur du film est une vision à peine déformée de celui qui nous attend, marqué par la pénurie de céréales et les dérèglements climatiques, au point de pousser l’homme à chercher par-delà notre système solaire d’autres planètes habitables. Nolan centre son approche sur une famille purement américaine, dont le père décide de rejoindre une équipe d’astronautes pour s’engouffrer dans un «trou de ver» et rejoindre une autre dimension du temps et de l’espace. L’intime et le cosmos, les paradoxes liés à la relativité temporelle, les autres mondes dominés par des éléments uniques et déchaînés — l’eau, la glace ; c’est un territoire ambitieux qu’arpente Nolan, mais plutôt que d’en faire une plongée vers l’inédit, il le ramène vers sa propre maîtrise, désormais avérée, pointant toutes les limites de son cinéma. Dans l’espace, personne ne vous entend rêver Les trois grandes parti

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Tu veux ou tu veux pas

ECRANS | De Tonie Marshall (Fr, 1h28) avec Sophie Marceau, Patrick Bruel, André Wilms…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2014

Tu veux ou tu veux pas

Le pitch de Tu veux ou tu veux pas n’est, si l’on est honnête, pas plus stupide que ceux de la plupart des comédies américaines trash régulièrement louées dans nos colonnes : une nymphomane tente de faire craquer son nouveau patron, un ancien sex addict abstinent depuis un an. On doit même reconnaître à Tonie Marshall l’envie de donner à son film un rythme soutenu et une précision dans la gestion de ses effets comiques, situations comme dialogues. Un énorme handicap pèse cependant sur la mise en scène : Patrick Bruel. Il erre dans les plans en marmonnant son texte, ne punche jamais aucune de ses répliques et traîne son regard de poisson mort durant tout le film comme s’il se demandait s’il joue dans une comédie ou une tragédie. Il offre ainsi un boulevard à une Sophie Marceau épatante, et pas que par contraste, alliant naturel et folie délurée avec une décontraction irrésistible. Ce déséquilibre finit par avoir raison du film tout entier, lorsque se profile une hypocrite et rassurante résolution de comédie romantique lestée de quelques idées auteurisantes complètement hors de propos. Comme si Marshall voulait rappeler in extremis qu’ell

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La Planète des singes : l’affrontement

ECRANS | Cruelle déception : cette deuxième partie censée expliciter les origines du récit de Pierre Boulle ne possède ni l’efficacité, ni la puissance politique du premier volet, Matt Reeves se coulant dans le moule industriel du blockbuster estival. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

La Planète des singes : l’affrontement

Alors que personne ne misait un kopeck sur son éventuelle réussite, La Planète des singes : les origines avait séduit à peu près tout le monde par son mélange d’exploit technique et d’efficacité narrative, sans parler de son étonnant contenu politique, où les esclaves-singes se révoltaient contre leurs maîtres-humains. Rupert Wyatt et ses deux scénaristes, Rick Jaffa et Amanda Silver, avaient eu l’intelligence de coller aux codes du film de prison pour conférer à ce prequel la vitesse et la sécheresse des meilleures séries B. Dans un monde bien fait, on aurait dû en rester là et regarder en boucle ce modèle de divertissement intelligent. Mais la loi hollywoodienne exige qu’on ne laisse jamais un succès dormir sur ses deux oreilles… Wyatt au placard, remplacé par Matt Reeves, Jaffa et Silver cornaqués par le renégat Mark Bomback — le dernier Wolverine, le quatr

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Under the Skin

ECRANS | Le corps extra-terrestre de Scarlett Johansson arpente l’Écosse à bord d’un 4X4 pour y lever des quidams et les faire disparaître dans une étrange matière noire : pour son troisième long métrage, Jonathan Glazer ouvre grand la porte d’un cinéma sensoriel, expérimental, énigmatique, sidérant et résolument contemporain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 25 juin 2014

Under the Skin

Un œil s’ouvre sur l’écran, comme la conséquence d’un mystérieux alignement de cercles qui renvoient autant à des planètes en révolution qu’à des éclats lumineux, pendant que la bande-son bourdonne en boucles entêtantes et en stridences de cordes. Quelque chose s’incarne donc lors du prologue abstrait d’Under the Skin et la séquence suivante, celle qui va vraiment ouvrir le récit et lui donner son élan, en est l’expression immédiate : sur fond blanc, une femme nue en déshabille une autre avant d’enfiler ses vêtements. La silhouette, découpée en une ombre chinoise soulignant sa plastique parfaite, se fait personnage en trouvant son costume, mais ce corps au-delà du réel s’est imprimé dans la rétine du spectateur comme un effet d’optique, donnant un sens concret à l’expression "enveloppe charnelle". Sous la peau, dans la peau Ce corps, c’est celui de Scarlett Johansson et, dans Under the Skin, il vient effectivement d’ailleurs. Le film, avare en explications (et en dialogues), ne dira jamais où est cet ailleurs, mais l’alien, épaulée par un mystérieux motard, semble être venue sur Terre dans un but aussi précis qu’intrigant : attirer des hommes

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X-Men : Days of future past

ECRANS | Pour son retour à la mythologie X-Men, Bryan Singer signe un blockbuster stimulant visuellement, intellectuellement et politiquement, où il se plaît à courber l’espace et le temps, dans sa narration comme dans la chair de ses plans. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

X-Men : Days of future past

Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les Sentinelles) capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past, basé sur l'un des plus fameux arcs narratifs du comic book d'origine (signé Chris Claremont et John Byrne en 1981), consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruines, une mutante aide ses camarades à co

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Les Yeux jaunes des crocodiles

ECRANS | De Cécile Telerman (Fr, 2h02) avec Emmanuelle Béart, Julie Depardieu, Patrick Bruel…

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2014

Les Yeux jaunes des crocodiles

Il était presque fatal que le cinéma s’empare des best-sellers de Katherine Pancol, et c’est donc Cécile Telerman qui s’y colle avec Les Yeux jaunes des crocodiles. Laborieuse, irritante et impersonnelle, son adaptation s’applique à ne pas trahir le roman initial, si bien qu’on a l’impression de le feuilleter chapitre par chapitre, les séquences s’enchaînant mécaniquement sans liant dramaturgique. Tout ça pour raconter comment une bourgeoise superficielle et hautaine (Béart, qui cabotine assez mal) va se servir de sa sœur poissarde (Depardieu, qui se sort assez bien du marasme) pour assouvir ses rêves de réussite littéraire. Comme souvent dans le cinéma populaire français, la critique sociale n’est que feinte ; selon une optique contestable, on est une ratée parce qu’on ne fait pas d’efforts pour s’en sortir et la bêtise des riches profite involontairement à des pauvres dénués de pragmatisme. Ici, la caricature n’est là que pour conforter, et non pourfendre, un système qui ne peut envisager autre chose que l’argent comme gage ultime d’accomplissement. La sous-intrigue vaudevillesque entre Jacques Weber, Edith Scob et Karole Rocher l’illustre parfaitement, où la

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Captain America : le soldat de l’hiver

ECRANS | Moins foireux que les derniers Iron Man et Thor, ce nouveau Captain America séduirait presque par sa tentative de croiser son héros avec un film d’espionnage sombre et politique. Mais, comme d’hab’, ce sont les effets spéciaux et les incohérences qui l’emportent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 31 mars 2014

Captain America : le soldat de l’hiver

Que ferait un héros 100% patriotique comme Captain America face au scandale des écoutes de la NSA ? Prendrait-il parti pour Obama et le gouvernement américain, ou jouerait-il les contre-pouvoirs au nom d’une démocratie bafouée ? Dans le fond, ce Soldat de l’hiver ne raconte pas autre chose. Désormais bien intégré au XXIe siècle, Captain America doit faire face à un complot d’ampleur nationale dont les ficelles sont tirées par un gouverneur corrompu et dont le but est de détruire le S.H.IE.L.D. et d’éliminer son directeur, Nick Fury. Le tout repose sur l’accomplissement tardif du projet nazi Red Skull, qui formait le centre du premier volet, et qui devient ici une arme pour effectuer une drastique sélection pas naturelle du tout entre les êtres humains. Évidemment, le scénario est proche du grand n’importe quoi, comme l’était déjà celui de Thor 2, ce qui n’est pas loin d’être un énorme problème quand on sait que tous ces films post-Avengers

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Her

ECRANS | En racontant l’histoire d’amour entre un homme solitaire et une intelligence artificielle incorporelle, Spike Jonze réussit une fable absolument contemporaine, à la fois bouleversante et effrayante, qui fait le point sur l’humanité d’aujourd’hui du point de vue du surhumain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Her

Imaginez le monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace apparaissant de nos jours dans un Apple store et donnant naissance à des milliers d’Hal 9000 domestiques qui essaimeraient dans les processeurs de nos téléphones portables et adopteraient la voix de la femme ou de l’homme de nos rêves… C’est peu ou prou ce qui arrive dans Her, le nouveau film d’un Spike Jonze en pleine maturité créative. Son héros, Theodore Twombly — un nom sans doute choisi en référence au peintre et photographe Cy Twombly — y traîne une déprime tenace suite à une rupture amoureuse. Il travaille dans un open space dont les murs sont des aplats colorés façon Pantone où il rédige des lettres d’amour pour les autres, avant de rentrer tristement dans son appartement hi-tech jouer à des jeux vidéo et pratiquer le sexe online avec des inconnues. Jonze fait de lui le prototype de l’homme ordinaire du XXIe siècle : celui qui ne converse plus guère qu’avec son oreillette, c’est-à-dire, d’un point de vue extérieur, qui parle seul dans les rues d’une ville anonyme à l’architecture écrasante — en fait, un croisement invisible entre Los Angeles et Shanghaï. Lorsque sort

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Dallas Buyers Club

ECRANS | Le réalisateur de "C.R.A.Z.Y." s’empare de l’histoire vraie de Ron Woodroof, Texan pure souche, bien réac’ et bien homophobe, qui s’engage contre l’industrie pharmaceutique américaine après avoir découvert sa séropositivité. D’une édifiante linéarité, n’était la prestation grandiose de Matthew McConaughey. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 février 2014

Dallas Buyers Club

L’histoire est incroyable mais vraie, et comme souvent dans ce type de fictions à sujet, l’argument semble suffire à donner au film un poids dramaturgique. Alors que le SIDA commence à faire des ravages dans la communauté gay — la mort de Rock Hudson et son tragique coming out post mortem font la Une des journaux — un électricien Texan bas du front, qui fait du rodéo et conchie les homos (dans son jargon, ce sont des «fiottes» ou des «pédés») découvre qu’il est séropositif. Son monde et ses valeurs s’écroulent, d’autant plus que les médecins ne lui donnent que trente jours à vivre. Après un petit cours accéléré en bibliothèque et la rencontre avec une doctoresse sincère et pure — Jennifer Garner — il découvre que 1) un traitement basé sur l’AZT peut retarder la maladie ; 2) ledit traitement fait en définitive plus de mal que de bien, mais que 3) il existe d’autres médicament qui, à défaut de traiter le virus lui-même, peuvent s’attaquer aux maladies opportunistes déclenchées par la déficience du système immunitaire. Problème : les labos et le gouvernement, main dans la main car on est dans l’Amérique libérale et reaganienne, font tout pour empê

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Le Loup de Wall Street

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

Le Loup de Wall Street

«Greed is good». C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur — grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée — attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré les leçons du passé… L’important, ma

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Les Coen en ont sous le chapeau

ECRANS | Quelques semaines avant la sortie de leur excellent Inside Llewyn Davis, voici que revient sur les écrans Miller’s Crossing des frères Coen. Ce n’est que (...)

Christophe Chabert | Mercredi 9 octobre 2013

Les Coen en ont sous le chapeau

Quelques semaines avant la sortie de leur excellent Inside Llewyn Davis, voici que revient sur les écrans Miller’s Crossing des frères Coen. Ce n’est que leur troisième film, mais c’est déjà un des plus aboutis, même si cet accomplissement passera relativement inaperçu à l’époque. Lointainement inspiré de La Moisson rouge de Dashiell Hammett, il se situe durant la Prohibition et met en scène une guerre des gangs fictionnelle où les Italiens sont tenus en respect par un flegmatique ponte irlandais (Albert Finney), dont l’autorité sera contestée quand il entamera une liaison avec la sœur d’un bookmaker juif qui a eu le malheur d’arnaquer le boss rital du clan d’en face (un John Turturro déchaîné, chialant sa mère pour qu’on lui laisse la vie sauve). Au milieu de ce foutoir sentimentalo-criminel se tient, stoïque, Tom Reagan (Gabriel Byrne, dans son meilleur rôle), qui va passer d’un bord à l’autre en lissant le cuir de son Stetson, cherchant à payer ses dettes de jeu tout en sortant par le haut de ce panier de crabes. Le génie de Miller’s Crossing tient à l’incertitude qu

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Biotop(e) pop

MUSIQUES | Ah, cette scène locale et sa fâcheuse tendance à rester figée dans ce circuit court que chérissent tant les épiciers bio, sans parvenir à mener une carrière durable au-delà du périph’. On s’en est presque fait une raison tout en ayant choisi d’en ignorer les raisons. D'autant que ce n'est qu'à moitié vrai. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Biotop(e) pop

C’est un fait, il y a fort longtemps que la scène pop lyonnaise ne s’est pas aussi bien portée, qualitativement comme quantitativement. Les anciens sont toujours là et n’en finissent plus de se renouveler, à l’image des Purple Lords, qu’on n’attendaient plus, avec leur splendide Slow Motion Trip d'il y a quelques mois, de Prohom dont la sortie ces jours-ci de l’album Un Monde pour soi sera fêtée le 10 novembre au Périscope, et de Denis Rivet (King Kong Vahiné) dont on avait vanté les mérites du Tout Proches. Après avoir connu les honneurs des Inouïs du Printemps de Bourges, il verra sa tournée française passer par le festival Just Rock ? en compagnie d’Emily Jane White. Le Chic Type Daisy Lambert, toujours alangui dans les bacs, y sera également à l’affiche en soutien de Cascadeur et Rover (classe !), le 23 octobre au Club Transbo. Ses camarades d’Erotic Market, eux, s’en iront érotiser le festival Nouvelles Voix en Beaujolais, et les Taïni et Strongs le "sadiser" (respectivement les 22 et 23 novembre)

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Nuits Sonores 2013 - Jour 4

MUSIQUES | Nuits Sonores, c'est terminé. Déjà ? Déjà. A se demander si un an d'attente pour quatre jours de réjouissances, ce n'est pas un peu cher payé. Au vue de la somme de glorieux souvenirs que nous avons emmagasinés lors de la dernière journée de cette édition 2013, on peut vous affirmer que ça ne l'est pas. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 12 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 4

N'eut été la présence de Tale of Us et des Raveonettes à son générique, nous n'aurions sans doute pas mis les pieds au quatrième NS Days, histoire de rassembler le peu de forces encore à notre disposition avant le bouquet final. Sans surprise, nous l'aurions amèrement regretté. Car si le duo italien a signé un set à la hauteur de sa précédente prestation lyonnaise (un mix marathon de 4h au Club Transbo en décembre dernier) et si la loud pop spectorienne du duo danois a été au cœur de l'un des concerts les plus troublants – de sensualité et de puissance - de cette édition, c'est un quasi-inconnu qui a livré la prestation la plus inattendue : Squeaky Lobster, producteur bruxellois dont l'abstract hip hop kaléidoscopique, à défaut d'avoir emporté l'adhésion de l'audience, nous a pour notre part durablement scotché. Les "Lee Hazlewooderies" saturées des Liminanas, le rock'n'roll high energy des Mojomatics et les collisions métalliques de The Hacker (qui a remplacé à la dernière minute le pauvr

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Mud

ECRANS | Dès son troisième long-métrage, Jeff Nichols s’inscrit comme un des grands cinéastes américains actuels : à la fois film d’aventures, récit d’apprentissage et conte aux accents mythologiques, "Mud" enchante de sa première à sa dernière image. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Mud

Il aura donc fallu près d’un an depuis sa présentation cannoise pour que Mud atteigne les écrans français. C’est long, certes, mais les spectateurs qui vont le découvrir — parions que, toutes générations et goûts cinématographiques confondus, ils en sortiront éblouis — verront ce que le critique pris dans la tempête festivalière ne faisait que deviner à l’époque : Jeff Nichols a signé ici une œuvre hors du temps, un film classique dans le meilleur sens du terme, qui s’inscrit dans une tradition essentielle au cinéma américain, reliant Moonfleet, La Nuit du chasseur, E.T., Un monde parfait et le True Grit des frères Coen. Des films qui parlent de l’Amérique à hauteur d’enfants, avec ce que cela implique d’émerveillement et de désillusions. Des films qui font grandir ceux qui les regardent en même temps qu’ils regardent grandir leur héros ; c’est dire l’ambition de Jeff Nichols.

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Hitchcock

ECRANS | Quand il entreprend de tourner Psychose, Alfred Hitchcock sort du triomphe de La Mort aux trousses, un projet qu’il a longuement mûri et qui marque (...)

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

Hitchcock

Quand il entreprend de tourner Psychose, Alfred Hitchcock sort du triomphe de La Mort aux trousses, un projet qu’il a longuement mûri et qui marque l’apogée de son style des années 50. Craignant de se répéter — et donc de lasser le public — il voit dans l’adaptation du roman de Robert Bloch, lui-même inspiré de l’histoire vraie du serial killer Ed Gein, un nouveau territoire à explorer, plus cru, plus choquant et plus viscéral. C’est ce cinéaste, finalement plus occupé par le désir des spectateurs que par sa propre postérité, que croque Sacha Gervasi au début de Hitchcock, et c’est sa grande qualité — en plus de la légèreté gracieuse de la mise en scène : refusant les habituelles tartes à la crème sur le génie et son inspiration, il montre un metteur en scène pragmatique, calculateur et prêt à défier studios et censeurs. Dans le film, Hitchcock a un double : son épouse Alma, véritable collaboratrice artistique qui, lassée de vivre dans l’ombre de son mari, entreprend de prêter son talent à un scénarist

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The Voice(s)

MUSIQUES | Avant son vin nouveau qui fait la langue bleue, le Beaujolais nous offre chaque année une rasade de «nouvelles voix» dont le spectre est aussi large que (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 9 novembre 2012

The Voice(s)

Avant son vin nouveau qui fait la langue bleue, le Beaujolais nous offre chaque année une rasade de «nouvelles voix» dont le spectre est aussi large que celui des parfums fruités censés agrémenter le goût du Bojolpif. Essentiellement axé sur la dégustation de découvertes, agrémentée de quelques menues têtes d'affiches (Skip The Use, Lewis Floyd Henry, Sallie Ford), le Festival Nouvelles voix en Beaujolais offre à boire et à manger. Qu'il nous soit donc permis de faire notre marché pour y piocher les plus enthousiasmantes trouvailles caladoises de cette année. Comme les Angevins The Dancers qui, malgré leurs têtes de premiers de la classe du genre à vous marcher sur les pieds pendant un slow, portent plutôt bien leur nom, comme si les Concrete Knives avaient découvert les vertus conjuguées des Housemartins et des

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Killer Joe

ECRANS | À 77 ans, William Friedkin prouve qu’il n’a rien perdu de sa rage corrosive avec cette comédie très noire autour d’une famille de Texans dévorés par une même cupidité. Cru et violent, génialement écrit et servi par un casting parfait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Killer Joe

Il y a deux types de cinéastes vieillissants : ceux qui adoptent une forme de sagesse et affinent film après film leur point de vue — l’école Eastwood ; et ceux qui s’autorisent un surcroît de fantaisie — l’école Resnais. En fait, il faut en ajouter un troisième, minoritaire : les metteurs en scène qui retrouvent dans cette dernière ligne droite une rage juvénile qu’on ne leur soupçonnait plus. Cela donne Battle Royale de Fukasaku et aujourd’hui cet incroyable Killer Joe d’un William Friedkin de retour au sommet. Bug, son film précédent, montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par rapport au matériau théâtral qu’il se contentait de transposer sagement à l’écran. L’auteur, Tracy Letts, est aussi celui de la pièce qui a inspiré Killer Joe ; cette fois, il a pris le temps de bosser avec Friedkin une vraie adaptation cinématographique, aérée et fluide, du texte original. Un choix plus que payant : le dialogue brillant de Letts trouve dans la mise en scène de Friedkin un allié de poids, le cinéaste étant trop content d’aller en découdre avec so

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Big Mac

ECRANS | Avec quatre films à l’affiche entre août et décembre, Matthew McConaughey est incontestablement la star de cette rentrée cinéma. Pourtant, qui aurait parié un kopeck sur cet ex-jeune premier romantique, Texan pure souche perdu à Hollywood où la valeur d’un acteur flambe plus vite que les cours de bourse ? Récit d’une métamorphose… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 août 2012

Big Mac

«Tout ce que je connais, c’est le Texas !». C’est ainsi que les frères Coen ouvraient leur premier film, Blood simple. Cette maxime, Matthew McConaughey pourrait la faire sienne. Le Texas, il y est né, et sa première apparition marquante sur les écrans français le montrait en shérif d’un patelin texan dans le Lone star de John Sayles. Quinze ans plus tard, après bien des détours, c’est le Texas qui l’appelle à nouveau et lui permet d’endosser ce qui est sans conteste un de ses plus grands rôles à ce jour : le flic pourri qui arrondit ses fins de mois en jouant les tueurs à gage dans Killer Joe (en salles le 5 septembre), dernier film choc de William Friedkin. Mais que ce soit dans l’excellent Magic Mike de Steven Soderbergh en patron d’un club de strip-tease à Tampa, dans la tambouille érotico-policière The Paperboy (le 19 octobre) de Lee Daniels en journaliste gay revenant dans sa Floride natale pour enquêter sur un condamné à mort, ou encore dans le génial Mud

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Magic Mike

ECRANS | Au seuil d’une retraite annoncée, Steven Soderbergh met le turbo et enchaîne les films marquant un réel accomplissement artistique, transcendant les genres et les sujets — ici, la chronique d’une poignée de strip-teaseurs en Floride — par une alliance parfaite entre réalisme et stylisation. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 16 août 2012

Magic Mike

Début juillet, Piégée (Haywire) avait confirmé la santé actuelle de Steven Soderbergh, à la fois prolifique (un film tous les quatre mois en moyenne) et d’une grande liberté face aux matériaux pourtant mineurs qu’on lui refourguait. Dans ce thriller d’espionnage au féminin, il prenait à contre-pied tous les codes et les figures de style canonisés par la franchise Jason Bourne en laissant l’espace et le temps aux scènes d’action pour se déployer dans un réalisme scrupuleux et pourtant totalement cinégénique. Piégée, c’est la rencontre parfaite entre un réalisme documentaire (Gina Carano, l’héroïne, était une authentique championne d’arts martiaux) et une stylisation constante dont Soderbergh assure la maîtrise à tous les niveaux, à la fois chef-opérateur et monteur de ses films. Cet accomplissement, déjà en germe dans The Informant ou Contagion, et dont le brouillon raté était les deux volets du

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Le Prénom

ECRANS | D’Alexandre de la Patellière et Mathieu Delaporte (Fr, 1h49) avec Patrick Bruel, Valérie Benguigui, Charles Berling…

Christophe Chabert | Jeudi 19 avril 2012

Le Prénom

Les auteurs de théâtre français semblent prendre un plaisir sadique à se moquer de ceux qui, malgré tout, les font vivre : les classes moyennes, de gauche ou de droite, renvoyées dos-à-dos dans un même égoïsme farci au ressentiment. À moins qu’il n’y ait un masochisme total à regarder pendant près de deux heures sa propre médiocrité… Pour en rire ? Mais Le Prénom n’est jamais drôle, ne serait-ce que pour une raison : les comédiens rient toujours avant le spectateur, comme des chauffeurs de salle qui brandiraient des pancartes pour dicter leurs réactions au public. Pour faire grincer des dents ? Il n’y a pourtant rien de dérangeant dans cette longue querelle familiale autour d’une plaisanterie douteuse qui provoque une réaction indignée (au demeurant peu crédible, sinon dans un microcosme parisien très ciblé) et tourne au grand déballage vociférant. Dans le fond pas très éloigné du Carnage de Polanski adapté de Yasmina Réza, Le Prénom en est à des années lumières en termes de cinéma : surdécoupage en guise de rythme, aération inutile du huis clos de départ

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Nouveau départ

ECRANS | Un père de famille endeuillé achète un zoo pour offrir une nouvelle vie à ses enfants et se retrouve d’une communauté en souffrance. Superbe sujet à la Capra, que Cameron Crowe transforme en fable émouvante où l’on apprend à rêver les yeux ouverts et les pieds sur terre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 avril 2012

Nouveau départ

Et si on en finissait avec le cynisme, le second degré, la misanthropie light du temps présent ? Après Spielberg et son magnifique Cheval de guerre, c’est au tour de Cameron Crowe, qui signe ici son meilleur film depuis Presque célèbre, de travailler à recréer l’espoir naïf d’un monde où la mort et la crise sont surmontées non par l’ironie, mais par un optimisme lucide. C’est de cela dont il est question dans Nouveau départ (réglons une bonne fois pour toutes le sort de ce titre français pourri : le film s’appelle We bought a zoo, On a acheté un zoo). Benjamin Mee (Matt Damon, excellent, et à nouveau surprenant après The Informant, True Grit, Contagion…), reporter casse-cou qui a bravé bien des épreuves sauf une, la mort de sa femme, veut renouer

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