Cinéma saignant

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Photo : © DR



Grave

De Julia Ducourneau (Fr-Bel, 1h38) avec Garance Marillier, Ella Rumpf...

De Julia Ducourneau (Fr-Bel, 1h38) avec Garance Marillier, Ella Rumpf...

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Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.


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“Titane” de Julia Ducournau : au lit, motors !

Palme d'Or 2021 | Une carrosserie parfaitement lustrée et polie, un moteur qui rugit mais atteint trop vite sa vitesse de croisière pépère… En apparence du même métal que son premier et précédent long-métrage, Grave, le nouveau film de Julia Ducournau semble effrayé d’affronter la rationalité et convoque le fantastique en vain. Dommage.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Titane” de Julia Ducournau : au lit, motors !

Victime enfant d’un accident de voiture dont elle a été la cause, Alexia vit depuis avec une plaque de titane dans le crâne. Devenue danseuse, elle se livre en parallèle des meurtres affolant le sud de la France et “s’accouple” avec une voiture. Pour se faire oublier après une soirée très sanglante, Alexia endosse l’identité d’Adrien, un adolescent disparu depuis dix ans. Son père, un commandant de pompiers détruit, va cependant reconnaître ce “fils” prodigue et l’accueillir… Programmé par la Semaine de Critique en 2016, le sympathique Grave avait instantanément transformé Julia Ducournau, dès son premier long-métrage, en nouvelle figure de la hype cinématographique française. Sans doute les festivaliers, déjà peu coutumiers des œuvres se revendiquant d’un “autre cinéma” louchant vers le fantastico-gore, la série B et les séances de minuit, avaient-il été titillés par le fait que ce film soit signé non pas par l’un des olibrius vaguement inquiétants fréquentant les marches du Palais (Gaspar

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Léo Love Caniveau : "Sauvage"

Drame | Un film de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Mardi 28 août 2018

Léo Love Caniveau :

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées — elles.

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Au charbon ! : "Makala"

ECRANS | de Emmanuel Gras (Fr, 1h36) avec Kabwita Kasongo, Lydie Kasongo…

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Au charbon ! :

Kabwita bâtit sa maison. Afin d’acheter les tôles destinées à recouvrir le toit, il entreprend de fabriquer du charbon qu’il ira vendre sur le marché de Kowelzi. Alors s’engage un très long processus : coupe du bois, calcination, acheminement “à dos d’homme” et cycle de lourds sacs… Dûment récompensé par le Prix de la Critique sur la Croisette, ce film oscille — sans avoir vocation à trancher, d’ailleurs — entre documentaire et fiction ; flirte parfois avec le suspense pour s’achever par une envolée mystique. Captivant par sa pure élégance formelle, avec ses plans enveloppants (voire caressants), Makala est un film quasi marxiste, dans la mesure où il matérialise toutes les étapes de la production d’un — très exigu — capital, conquis par un forçat de la terre. Emmanuel Gras saisit du labeur l’abrutissante mécanique hypnotique, l’ingratitude de la rétribution, comme il montre l’aisance des intermédiaires ou le racket ordinaire opéré par les forces de l’ordre. D’aucuns pourraient se gausser devant la croisade dérisoire de Kabwita, arguant

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Makala

Avant-Première | Les palmarès se suivent et ne se ressemblent (heureusement) pas. Après l’hermétique Mimosas (2016), le Grand Prix de la Semaine de la Critique cannois a (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Makala

Les palmarès se suivent et ne se ressemblent (heureusement) pas. Après l’hermétique Mimosas (2016), le Grand Prix de la Semaine de la Critique cannois a couronné cette année un documentaire fascinant dont l’argument tient pourtant en deux lignes : un homme fabrique du charbon, puis le transporte pour aller le vendre au marché afin d’avoir de quoi acheter des tôles pour couvrir sa maison. Emmanuel Gras transforme un labeur harassant et ordinaire en une quête extraordinaire ; et son documentaire, qui pourtant se borne à représenter une mécanique méthodique et répétitive, prend des allures de film d’aventures, pour s’achever en transe mystique. Le cinéaste vous expliquera ses secrets lors de l’avant-première, à laquelle il assistera. Makala Au Comœdia ​le mardi 7 novembre à 20h

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"Grave" : tu vas prendre chair !

Le Film de la Semaine | Parabole initiatique apprêtée en conte ogresque, la première réalisation de Julia Ducournau conjugue gore soft avec auteurisme arty. Un galop d’essai qui vaut une pinte de bon sang, même s’il finit, hélas, en eau de boudin. À réserver à celles et ceux qui ont de l’estomac.

Vincent Raymond | Mardi 14 mars 2017

Débarquant en école vétérinaire, la frêle Justine est saisie d’une étrange pulsion : elle se découvre un goût soudain pour la viande… humaine. Cet appétit contre-nature, qui surgit parmi moult perturbations et dérèglements, affecte dans un premier temps cette jeune femme issue d’une famille de végétariens. Avant de lui ouvrir de nouveaux horizons… Pour asseoir leur aura horrifique, les œuvres d’épouvante font volontiers précéder leur sortie de rumeurs insolites censément survenues lors des premières séances publiques, nourries d’évanouissements, syncopes et autres catalepsies. Grave n’échappe pas à cette tradition (commerciale) ; il tranche cependant par son origine “exotique” pour un film de genre — la France — et ses aspirations esthétiques revendiquées. Le fait qu’il ait en sus été présenté à la Semaine de la Critique l’a nimbé d’emblée d’un prestige de ravissant monstre, qui a alléché tous les assoiffé(e)s d’hémoglobine scandaleuse et de transgressions sur grand écran. Le grand écarlate Julia Ducournau use avec délices des lignes de fuites et des profondeurs offertes par le décor de l

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Julia Ducournau : « je parle d’abord aux corps des spectateurs avant de parler à leur tête »

3 questions à... | D’ores et déjà assuré de figurer parmi les concurrents au prix du meilleur premier long-métrage l’an prochain, Grave est avant même sa sortie un phénomène international.

Vincent Raymond | Mercredi 15 mars 2017

Julia Ducournau : « je parle d’abord aux corps des spectateurs avant de parler à leur tête »

D’où vous vient cet attachement viscéral à la question du corps et l’organique ? Julia Ducournau : La question de l’organique est depuis toujours au centre de ce que je fais — même dans mon premier court-métrage pourri à la Fémis ! C’est une thématique très personnelle : l’intérêt pour le corps existe depuis que je suis toute petite. Mes parents sont médecins, ça a nourri beaucoup de fantasmes chez moi et mes premières amours cinéphiles (Cronenberg, dont je parle tout le temps) traduisent bien le fait que pour moi, le corps a toujours été un sujet passionnant par sa trivialité et son aspect ontologique, humaniste. Quand je fais mes films, je parle d’abord aux corps des spectateurs avant de parler à leur tête. J’aime beaucoup l’idée de ressentir des choses avant de les analyser. Les films où je prends le plus de plaisir sont comme ça. C’est ce que j’essaye de faire en général

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Caroline Deruas : « Je suis très contente de sentir des gens qui ont envie de faire des choses barrées »

Entretien | Fantômes et sculptures se confondent à la Villa Médicis et les tourments intérieurs des personnages troublent un peu plus la frontière entre fantasme et réalité. Eléments de réponse sur ce théâtre sensoriel avec la réalisatrice de L’Indomptée, Caroline Deruas.

Julien Homère | Lundi 20 février 2017

Caroline Deruas : « Je suis très contente de sentir des gens qui ont envie de faire des choses barrées »

Pourquoi la Villa Médicis est le lieu du film ? Caroline Deruas : J’ai été en pensionnat dans cet endroit durant une année. Pour m’approprier davantage le lieu, j’ai décidé d’en faire une déclaration d’amour filmée. J’ai eu tout de suite des scènes en tête, très baroques et irréalistes. Dans le film, la Villa est un personnage à part entière. Pour moi, elle est une mère à la fois protectrice et étouffante dont la voix serait la musique du film. C’est une sorte de chant des sirènes qui attire les artistes dans son ventre et les mange. Après, je reconnais qu’il peut y avoir beaucoup de choses inconscientes dans le film. Les références culturelles dans L’Indomptée sont-elles réfléchies ? Elles sont multiples mais dans mes court-métrages, je vois qu’il y avait toujours un film phare qui donnait une direction. Pour celui là, ce n’était pas du tout le cas. J’avais l’impression de me libérer de mes influences, même si je suis une passionnée de cinéma depuis que je suis gosse. Le seul film que je revoyais un peu était Mulholland Drive de David Lynch. Comme je

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"Mimosas" : le prix de la Semaine de la critique à Cannes

ECRANS | de Oliver Laxe (Esp/Mar/Fr/Qat, 1h33) avec Ahmed Hammoud, Shakib Ben Omar, Said Aagli…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

Si l’on voulait se montrer bienveillant, on dirait de Mimosas qu’il tente de transposer le mysticisme d’essence chrétienne irriguant le Stalker de Tarkovski dans un contexte musulman — mais franchement, ce serait lui faire infiniment d’honneur. Car le concentré de cinéma abscons dont se rend coupable Oliver Laxe, dont la plus remarquable faculté est sa capacité à dilater le temps — au point de donner l’illusion de l’éternité à ses spectateurs —, se révèle un monument d’hermétisme satisfait, dans notre monde comme dans tous les univers parallèles concernés par l’histoire de Mimosas. Pourquoi les esprits brillants présidés par Valérie Donzelli ont-il décerné à ce film autocontemplatif et puissamment soporifique le prix de la Semaine de la critique ? Le fait que la récompense soit dotée par une marque de café peut constituer un début d'explication, à défaut d’excuse…

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Supergrave

MUSIQUES | La cassette audio fêtait il y a peu ses 50 ans. L'occasion de souligner le regain d'intérêt que lui témoignent non seulement les mélomanes les plus avertis (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 27 septembre 2013

Supergrave

La cassette audio fêtait il y a peu ses 50 ans. L'occasion de souligner le regain d'intérêt que lui témoignent non seulement les mélomanes les plus avertis (du régionaliste Gnar Tapes, basé à Portland, au modèle de cohérence DIY The Tapeworm, on ne compte plus les labels indé éditant des morceaux exclusivement sous ce format), mais aussi les fossoyeurs de la sous-culture que sa démocratisation a engendré (quoi de plus ridicule qu'une coque pour smartphone en forme d'objet vintage ?). L'occasion, aussi, de se remémorer avec nostalgie les bruits propres à ce support : le claquement quand on l'enfourne dans le baladeur, le ronron quand on le rembobine, l'effet

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L'île aux grands enfants

SCENES | Avec deux reprises et une nouvelle création (Smart Faune, que nous vous recommandons à l'aveuglette) au Complexe du Rire et une résidence au Karavan (pour (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 13 septembre 2013

L'île aux grands enfants

Avec deux reprises et une nouvelle création (Smart Faune, que nous vous recommandons à l'aveuglette) au Complexe du Rire et une résidence au Karavan (pour une comédie footballistique intitulée Carton rouge), le prolifique Jacques Chambon est l'un des hommes forts de la rentrée café-théâtrale. Nous vous le sous-entendions la semaine passée, nous vous le confirmons maintenant que nous l'avons vu à l’œuvre dans Fin de race, délirant huis clos post-apocalyptique que Gilles Graveleau met en scène et co-interprète avec lui à Gerson jusqu'à la fin du mois. Car Chambon y est, avec sa voix de doubleur de séries d'animation japonaises et son physique de gamin tombé dans une fontaine de sénescence, tout simplement désopilant en last man on Earth amnésique et régressif prêt à tout pour se taper avant le mythomane qui lui sert de compagnon d'infortune (Graveleau, impeccable mais plus timoré) une belle blonde chargée de perpétuer la race humaine (Alexandra Bialy, qui aurait pour le coup mérité un rôle un peu moins bateau). Sa performance n'empêche pas Fin de race d'être perfectible e

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La danse s’éclate

SCENES | Après le passé (le Boom des années 80), la Maison de la danse se tourne vers l’avenir avec le festival Sens dessus dessous. Et invite cinq compagnies «qui (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 16 mai 2013

La danse s’éclate

Après le passé (le Boom des années 80), la Maison de la danse se tourne vers l’avenir avec le festival Sens dessus dessous. Et invite cinq compagnies «qui questionnent les formes scéniques, qui s’interrogent sur la fonction de l’art aujourd’hui et jouent avec les frontières des disciplines». On passera ainsi allégrement du nouveau one woman show (chant, danse, humour) d’Eugénie Rebetez, toute en rondeurs et truculences, aux manipulations mentales du magicien Thierry Collet ou à la "nature morte" dansée par le Nigérian Qudus Onikeku… Pour mieux brouiller les frontières encore, la compagnie belge Fabuleus reprendra son spectacle We Dance to Forget, fête déjantée nourrie pêle-mêle d'électro dancefloor, de rock et des grands classiques de la danse ! Au-delà de la révolte des chorégraphes de la non-danse des années 1990 (Alain Buffard, Boris Charmatz…), éclot une nouvelle génération d’artistes ouverts à bien des influences, bourrés d’énergie et n’hésitant pas à renouer avec l’expressionnisme, la narration, la "danse qui danse". On sera particulièrement attentif à la venue du Québécois Frédéri

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Talbot Horizon

MUSIQUES | Certes quand on dit "Talbot", on pense immédiatement aux voisins obèses de nos parents dans les années 80, dont on se demande comment ils faisaient pour (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 18 mai 2012

Talbot Horizon

Certes quand on dit "Talbot", on pense immédiatement aux voisins obèses de nos parents dans les années 80, dont on se demande comment ils faisaient pour s'entasser à six dans une Horizon pour parcourir le trajet jusqu'en Calabre avec le pare-choc arrière quasi en feu à force de frotter sur le bitume. Ca prouve que même si à l'époque il n'y avait pas la clim' et que la marque a disparu, ce nom est gage de qualité. La preuve avec deux autres Talbot : Joby, auteur de bien des arrangements classieux pour Paul McCartney et surtout The Divine Comedy. Et celui qui nous intéresse ici Nick, leader de Gravenhurst. S'il a un peu un look à fabriquer des Talbot sur une chaîne d'Europe de l'Est, le songwriter est pourtant à classer dans la catégorie mélodies fines et complexes (écoutez The Prize sur son tout dernier album et vous y trouverez tout, le folk à la Bert Jansch et les attaques de guitares électriques en piqué comme sur le précédent album, The Western Lands). Signe de la singularité de cet Anglais, son appartenance au label électro Warp qui ne fait d'exception que pour des ov

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