"Noces" : la mariée l'était contre son gré

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Photo : © DR


Ayant grandi dans une famille d'origine pakistanaise parfaitement intégrée en Belgique, Zahira a une vie de lycéenne classique. Jusqu'à ce qu'elle apprenne ses prochaines noces avec un inconnu au pays, au nom de la coutume. Si elle se dérobe, le déshonneur sera pour les siens, lui dit-on…

L'histoire de Zahira n'a rien d'un cas d'école, puisque Stephan Streker s'est nourri d'(au moins) un fait divers tragique. Les mariages arrangés sont encore communément pratiqués, justifiés à la fois par la tradition et la supposée stabilité des unions ainsi contractées — des arguments équivoques, puisque la pression communautaire et la peur du qu'en-dira-t-on entretiennent artificiellement cette prétendue stabilité, dissuadant les rebelles de sortir de ce cercle vicieux. Sauf s'ils sont prêts à couper tout lien avec leur famille, et à porter la responsabilité de sa disgrâce.

C'est à ce douloureux cas de conscience que Zahira se trouve confrontée, qu'elle n'a pas la liberté de trancher seule. L'intimidation, la tromperie et la lâcheté de ses proches auront raison de son avenir, dans le temps que ses amis se révèleront incapables de l'aider. Maniant un sujet épineux avec l'objectivité requise et sans arrière-pensée xénophobe, l'exemplaire Noces surclasse le décoratif Rendez-vous à Brick Lane (2007) de Sarah Gavron effleurant le même thème.


Noces

De Stephan Streker (Bel-Lux-Pak-Fr, 1h38) avec Lina El Arabi, Sébastien Houbani...

De Stephan Streker (Bel-Lux-Pak-Fr, 1h38) avec Lina El Arabi, Sébastien Houbani...

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Zahira, belgo-pakistanaise de dix-huit ans, est très proche de chacun des membres de sa famille jusqu’au jour où on lui impose un mariage traditionnel. Ecartelée entre les exigences de ses parents, son mode de vie occidental et ses aspirations de liberté, la jeune fille compte sur l’aide de son grand frère et confident, Amir.


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La mort en direct ? : "Yalda, la nuit du pardon" de Massoud Bakhshi

Drame | "Yalda, la nuit du pardon" : une rencontre entre Ionesco, Jafar Panahi et Philip K. Dick...

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

La mort en direct ? :

Un programme de télévision durant lequel une condamnée à mort tente d’obtenir sa grâce auprès de la fille de son défunt époux, le tout devant les caméras, en direct et en temps réel… Cela pourrait être une pièce de théâtre de l'absurde contemporaine ; quelque chose comme la rencontre entre Ionesco, Jafar Panahi (la scène se déroulant dans l’Iran d’aujourd’hui) et Philip K. Dick, allant au-delà de ce que Le Prix du danger (1983) et Running Man (1988) extrapolaient avec l’avénement de la société du spectacle et du capitalisme. Ici, la loi religieuse se soumet à ces nouveaux maîtres (ce qui en dit long sur son élasticité morale) et c’est étonnamment le représentant de la justice — de l’État ! — qui porte la voix la plus modérée et la plus humaine, dépassé qu’il est par l’immondice du procédé incitant les téléspectateurs à infléchir le sort de la malheureuse, comme aux jeux du cirque. Sauf qu’en 2020, la responsabilité de chacun est diluée et la mise à mort, virtuelle. Avec son huis clos propice à une adaptation sur les planches, Yalda serait-il une parabole ? Hélas non : les émi

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Petit pavillon : "Les Drapeaux de papier"

Drame | De Nathan Ambrosioni (Fr, 1h42) avec Guillaume Gouix, Noémie Merlant, Sébastien Houbani…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Petit pavillon :

Charlie habite seule, entre ses rêves artistiques et son boulot de caissière, au seuil de la précarité. Débarque alors dans sa vie Vincent, son frère aîné libéré de prison. Une cohabitation de fait s’engage, d’autant plus difficile que Vincent doit se réinsérer et apprendre à gérer sa colère… Abordons d’emblée la question de l’âge du réalisateur, puisque sa grande jeunesse (19 ans) n’a pas manqué d’être divulguée : entre "l’argument de vente“ et la performance, elle constitue objectivement une curiosité, tant la précocité est monnaie peu courante dans l’industrie cinématographique. Elle permet également de rappeler la réelle proximité entre l’âge des personnage et celui de l’auteur, mais aussi d’expliquer — voire excuser — sa naturelle et sans doute inconsciente porosité aux atmosphères et/ou situations déployées par quelques devanciers. Ainsi en est-il de ce frère dévoré par une rage incoercible, gâchant les chances qui lui sont offertes, cousin lointain de celui interprété par Viggo Mortensen dans Indian Runner (1991) de Sean Penn. Ou de ces scènes vo

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"Le Client" : justice est défaite

Le film de la Semaine | Un homme recherche l’agresseur de son épouse en s’affranchissant des circuits légaux. Mais que tient-il réellement à satisfaire par cette quête : la justice ou bien son ego ? Asghar Farhadi compose un nouveau drame moral implacable, doublement primé à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Devant déménager en catastrophe, Rana et Emad se voient proposer par leur confrère comédien Babak l’appartement tout juste récupéré d’une locataire “compliquée”. Mais à peine dans les lieux, Rana est agressée par un étrange visiteur nocturne, pensant avoir affaire à la précédente résidente — une prostituée. Blessé dans son orgueil, Emad traque le coupable… Moins oublié en apparence que Mademoiselle au palmarès du dernier festival de Cannes, Le Client fait figure en définitive de grand perdant, tout en étant le film le plus lauré : il a décroché deux très belles récompenses, les Prix du scénario et d’interprétation masculine pour Shahab Hosseini. Nul besoin d’être grand clerc pour en déduire qu’une bonne histoire bien jouée promet un grand film, surtout signée par l’auteur de Une séparation et de

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Les Noces rebelles

ECRANS | Cinéma / De Sam Mendes (ÉU, 2h05) avec Leonardo Di Caprio, Kate Winslet, Michael Shannon…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2009

Les Noces rebelles

Ben Stiller a décidemment joué un mauvais tour au cinéma américain avec son dévastateur Tonnerre sous les tropiques. En voyant Les Noces rebelles, on pense sans arrêt à Satan’s alley, le faux film dont on voyait la vraie bande-annonce au début : du cinéma à oscars balisé, où clignote sans arrêt dans le coin du cadre «Attention sérieux», où les acteurs tirent en permanence la tronche sur une musique dramatique et dans une lumière chiadée. C’est très beau tout cela, mais aussi terriblement ennuyeux, surtout quand le propos du film, progressiste à souhait, vire constamment au pontifiant. Dans les années 50, un jeune couple veut casser la routine du «papa travaille pendant que maman brique la baraque» en partant pour l’Europe accomplir ses rêves de bohème. Mais le poids des conventions sera plus fort, et Les Noces rebelles tourne à la scène de ménage façon Qui a peur de Virginia Woolf. Théâtrale au possible, la mise en scène de Sam Mendes coule tout dans un béton infernal, à commencer par les deux comédiens principaux, en roue libre de grimaces et d’émotions surjouées. Pénible spectacle, mais qu’on prend l’habitude de voir en début d’année cinémat

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Folle soirée

MUSIQUES | Opéra / Les Noces de Figaro, Opéra de Mozart, livret de Lorenzo da Ponte d'après la pièce de Beaumarchais La Folle Journée ou le mariage de Figaro est une succession de tubes joyeusement mis en relief par toute l'équipe de cette production. Pascale Clavel

Christophe Chabert | Mercredi 11 juillet 2007

Folle soirée

En une soirée sous nos yeux, c'est une folle journée qui se déroule : l'action commence au petit matin et se termine le soir de cette même journée. Là, s'ébattent, se débattent une ribambelle de personnages mus par des désirs fous, remplis de sentiments paradoxaux. Figaro, serviteur du Comte Almaviva, prépare son mariage avec Suzanne la servante lorsqu'il apprend que le Comte la poursuit de ses assiduités. Bartolo et Marcellina complotent de leur côté pour que Figaro épouse Marcellina. Un jeune page Cherubino est secrètement amoureux de la Comtesse et celle-ci se languit de son Comte qui ne pense plus à elle. Après maints rebondissements, déguisements, faux-semblants et coups de théâtre, tout finit dans la joie. Pour ceux qui ne sont jamais allés à l'opéra, c'est exactement le moment puisque les Noces sont traitées là comme un grand spectacle pour tous, presque comme du théâtre de boulevard. Les 3 heures 20 de spectacle se dégustent comme un bonbon acidulé accompagné de champagne. Pas de lit, pas de décimètre Avant le lever du rideau, on a peur, par pure anticipation, d'être prisonniers d'une énième mise en scène qui montre à l'envi un lit près duquel se tient le pauvre

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