"Sous le même toit" : objectif nul

ECRANS | de Dominique Farrugia (Fr, 1h33) avec Gilles Lellouche, Louise Bourgoin, Manu Payet…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Photo : © DR


Delphine et Yvan divorcent. Fauché, ce dernier revendique les 20% de la demeure familiale qu'il possède, et les occupe, histoire d'avoir en permanence un œil sur son ex. Ce sont leurs enfants, ignorés, qui en auront assez de cette scabreuse situation.

Difficile de rire avec, de ou grâce à ce personnage immature exerçant un chantage afin de maintenir son emprise sur la vie privée de son ancienne épouse : ce type de possessivité pathologique et de perversité narcissique aurait davantage sa place dans un thriller. Difficile également de ne pas être écœuré par la vulgarité diffuse dégagée par cet étalage de fric, de jalousie mesquine, de testostérone satisfaite et de machisme graveleux.

Et si à la toute fin, Farrugia tente de donner du sens à son (involontairement) dramatique comédie en abordant le sujet du harcèlement scolaire, c'est peu dire que le sujet tombe comme un cheveu sur la soupe. Bien que raté, L'Économie du couple (construit sur une trame immobilière proche), avait au moins le bon goût de ne pas sombrer dans un pareil pathétique.


Sous le même toit

De Dominique Farrugia (Fr) avec Gilles Lellouche, Louise Bourgoin...

De Dominique Farrugia (Fr) avec Gilles Lellouche, Louise Bourgoin...

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Delphine et Yvan divorcent. Alors que sa situation financière ne lui permet pas de retrouver un domicile, Yvan se rappelle qu'il détient 20% de la maison de son ex-femme. Il revient alors vivre chez Delphine, dans ses 20%. Les deux ex vont découvrir les joies de la colocation forcée...


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Graine de discorde : "L'Enfant rêvé" de Raphaël Jacoulot

Drame | Un drame passionné aux accents ruraux avec Jalil Lespert.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Graine de discorde :

À la tête de la scierie jurassienne familiale, François et Noémie luttent chaque jour pour leur entreprise comme pour leur couple, infécond. Mais voilà que François entame une liaison clandestine avec Patricia, une cliente par ailleurs mariée. Celle-ci va tomber enceinte… Le drame passionné en gestation, aux accents ruraux (et musicaux) de La Femme d’à côté, est hélas rattrapé par une triste prévisibilité lorsqu’à la trame sentimentale s’ajoutent des enjeux plus terre à terre. Le personnage de François ressemble alors une foultitudes de protagonistes masculins vus ici ou là ces dernières années, embringués dans des histoires vaguement similaires (entreprise à sauver avec patriarche emmerdeur dans le terroir/couple en déroute/histoire de fesses) ; à croire que cette situation tient du lieu commun, et que Jalil Lespert se substitue ici à Guillaume Canet ou Gilles Lelouche en chemise à carreaux. Restent les paysages du Jura filmés par drone… L'Enfant rêvé ★★☆☆☆ Un film de Raphaël Jacoul

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Encore un peu plus à l’ouest : "Nous finirons ensemble"

Comédie dramatique | De Guillaume Canet (Fr, 2h15) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Encore un peu plus à l’ouest :

Dix ans après l’été maudit qui vit périr l’un des leurs, le groupe d’amis du Cap Ferret s’est disloqué. Sous l’impulsion d’Éric, ils se retrouvent tous pour célébrer les 60 ans de Max. Or celui-ci, sur le point de vendre sa maison, goûte guère la surprise… On prend les mêmes et on continue en suivant la recette : faire fermenter dans une résidence de nabab émirati ou de milliardaire texan un groupe “d’amis“ aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la bande. Fatalement, il faut s’attendre à du combat de coqs. Quand ils en ont le temps, certains et certaines de ces quadra adulescents pensent (un peu) aux autres. Pas forcément à leurs enfants — ces boulets d’arrière-plan décoratif conservés en cas de nécessité dramatique — ; plutôt à la planète le temps d’un couplet fédérateur dans l’air du temps. Ces personnages seraient faits pour être raillés, on souscrirait volontiers. Mais non : il faut les aimer pour leurs “blessures“, conséquences de leur égoïsme et de leur arrogance aveugle. Des liens profonds unissant Canet

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Fisc de zup ! : "Jusqu'ici tout va bien"

Comédie | De Mohamed Hamidi (Fr, 1h30) avec Gilles Lellouche, Malik Bentalha, Sabrina Ouazani…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Fisc de zup ! :

Fred Bartel a jadis faussement domicilié son entreprise de com’ en zone franche pour éviter taxes et impôts. Le fisc l’ayant rattrapé, il doit soit s’acquitter d’une lourde amende, soit déménager sa boîte à La Courneuve. Ce qu’il fait avec ses salariés. À chacun de s’acclimater… Vingt-cinq ans après La Haine, au prologue duquel il fait explicitement référence par son titre, ce nouveau “film sur la banlieue“ laisse pantois. Car s’il prétend raconter le bilan “globalement positif“ d’une implantation dans des « territoires perdus de la République » et une osmose réussie entre bobo de souche et jeunes-des-cités, Jusqu’ici tout va bien ne franchit pas tout à fait le Périph’ : son esprit reste ailleurs, dans les quartiers dorés. Et son angélisme de façade, irréel, est bien incapable de réduire la moindre fracture. En alignant plus de clichés qu’une planche-contact, Mohamed Hamidi les dénonce moins qu’il ne les perpétue. Trop lisse — sans doute pour cadrer avec la promesse d’une comédie — le film s’encombre de

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Une aussi longue attente : "Pupille"

Drame | de Jeanne Herry (Fr, 1h47) avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Une aussi longue attente :

Une jeune femme arrive pour donner naissance à un petit garçon dont elle ne veut pas et qui aussitôt est pris en charge par toute une chaîne d’assistantes sociales et d’assistants maternels. Au bout du compte, ce bébé né sous X sera confié à une mère célibataire en souffrance d’enfant… De l’amour irraisonné à l’amour inconditionnel. Tel est le chemin que la réalisatrice Jeanne Herry a suivi, troquant l’obsession érotomane destructrice de la fan de Elle l’adore contre le bienveillant désir d’une mère méritante, son opposée exacte. Documenté à l’extrême, suivant une procédure d’adoption dans ses moindres détails psycho-administratifs aux allures parfois ésotériques (le cérémonial de rupture entre la mère biologique et l’enfant peut ainsi laisser dubitatif), Pupille s’échappe heureusement du protocole jargonnant par la mosaïque de portraits qu’il compose. Diversité d’approches, de caractères ; espoirs et désespoirs ordinaires meublent l’existence des personnages intervenant dans la lente chaîne menant le bébé à sa future maman ; autant d’accidents heu

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J’ai piscine : "Le Grand Bain"

Comédie | de Gilles Lellouche (Fr., 2h02) avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

J’ai piscine :

Chômeur dépressif, Bertrand rejoint un groupe de bras cassés, tous vaguement en déroute personnelle, pour former une très baroque équipe de natation synchronisée masculine. Entraînés par deux ex championnes azimutées, les gars vont se révéler aux autres et à eux-mêmes… Gilles Lellouche réalisateur, ce n’est pas une nouveauté : co-auteur de courts ainsi que d’un long avec son ancien complice Tristan Aurouet (Narco, 2004), il avait aussi participé à la trop inégale (dé)pantalonnade Les Infidèles (2012) avec un autre de ses potes, Jean Dujardin. En revanche, c’est la première fois qu’il se retrouve en solo derrière la caméra pour un long. Si son fidèle Guillaume Canet figure au générique, il n’en est pas le centre de gravité : Le Grand Bain est une authentique histoire sur le groupe et la force de l’union. Pas d’un club de quadra friqués pérorant en buvant des huîtres ; plutôt une collection de paumés de la classe jadis mo

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"L'Amour est une fête" : et le film, une défaite

Cul-cul | de Cédric Anger (Fr, 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent de Boogie Night à la française. Narrant l’infiltration de deux flics dans l’univers des peep-shows et du X des années 1980 parisiens, ce pensum n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coup de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O. de Grégoire Hetzel, et la mélancolie mélodique de ses part

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Y a comme une noce… : "Le Sens de la fête" de Éric Toledano & Olivier Nakache

ECRANS | de Éric Toledano & Olivier Nakache (Fr, 1h57) avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

Y a comme une noce… :

Depuis trente ans, Max, traiteur exemplaire, organise des mariages. Mais ce soir, il arrive au bout du rouleau : ses vies personnelle et professionnelle semblent s’être concertées pour se déliter au cœur d’une noce compliquée. Pourtant, Max fait comme d’habitude : il gère… Cette comédie douce-amère est taillée sur mesure pour (et un peu par) Jean-Pierre Bacri, idéal en chef-d’orchestre désabusé d’un cortège de bras-cassés, de parasites et d’imprévus. Le droopyssime comédien a en effet mis la main à la pièce montée scénaristique, permettant de judicieuses relances quand le soufflé tend à retomber. On ne fera pas grief à la paire Nakache & Toledano de quelques baisses de régime : il y a tant de “vrais” personnages en jeu — pas des silhouettes — que leur donner de la substance à chacun tient du casse-museau. Essuyant bien des tempêtes, ce mariage-paquebot gouverné par le capitaine Max (seul maître à bord après les réalisateurs) rassem

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J’aurai ta peau ! : "L'un dans l'autre" de Bruno Chiche

ECRANS | de Bruno Chiche (Fr, 1h25) avec Louise Bourgoin, Stéphane De Groodt, Pierre-François Martin-Laval…

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

J’aurai ta peau ! :

Amants, Pierre et Pénélope sont mariés chacun de leur côté. Enfin, pas Pénélope, qui va épouser Éric, l’ami et collègue de Pierre. Ce dernier le prend mal mais obtient un ultime rendez-vous, à l’issue duquel, tada ! chacun se retrouve dans le corps de l’autre. Définitivement. De Blake Edwards à Audrey Dana (…), la liste des réalisat·eurs·rices désireux de tâter du body swap ne cesse de s’allonger. En général, c’est pour le plaisir de se frotter à un ressort comique bien particulier : faire en sorte que la dame découvre (puis joue avec) ses bijoux de famille masculins — et réciproquement. Une fois qu’on a réglé la chose, comment occuper les 1h15 restantes ? Facile : il suffit de coller du bourgeois néo-defunèsien, des portes qui claquent, des décors de studio, de l’homosexualité honteuse comme dans les années 60 (de quel siècle ?) et un p’tit drame intime de société “concernant” en forme de désir d’adoption. On éprouve une peine sincère pour Stéphane De Groodt, qui a accumulé les films ces derniers mois, mais pas franchement les réussites. Savoir écrire

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Sortie de piste pour Pixar : "Cars 3" de Brian Fee

Animation | de Brian Fee (É-U, 1h49) animation avec les voix (v.f.) de Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Nicolas Duvauchelle…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Sortie de piste pour Pixar :

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue sa génération aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez — une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse — en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa

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"Rock’n’roll" : ego trip

ECRANS | Quand Guillaume Canet comprend qu’il fait figure, pour la nouvelle génération, de mec installé et pépère dans sa vie de famille comme dans son métier, le (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Quand Guillaume Canet comprend qu’il fait figure, pour la nouvelle génération, de mec installé et pépère dans sa vie de famille comme dans son métier, le quadra pète un câble et veut (se) prouver qu’il possède encore au fond de lui une étincelle rebelle. Mais l’a-t-il jamais eue ? Naviguant, à l’instar du Grosse Fatigue (1993) de Michel Blanc, dans la sphère privée voire l’intimité des stars, cette auto-fiction cathartique permet à Canet de (presque) assouvir tous ses fantasmes sans (réellement) basculer dans la transgression : c’est son image — c’est-à-dire son “moi ” médiatique — qui prend les coups qu’il s’assène lui-même. Sous l’œil complice de nombreux guests, l’acteur-réalisateur s’inflige un catalogue d’auto-punitions gros comme un dico — éprouverait-il un besoin inconscient et masochiste d’expier ? — avant de trouver un second souffle dans une seconde partie inattendue, nettement plus délirante. À mille lieues de toute subversion, Rock’n’roll souffre surtout d’un manque de décision dans la coupe et le montage, qui le plombe d’une grosse vingtaine de minutes.

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Tout pour être heureux

ECRANS | de Cyril Gelblat (Fr, 1h37) avec Manu Payet, Audrey Lamy, Aure Atika, Joe Bel…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Tout pour être heureux

Ses yeux de cocker l’ont conduit à prêter sa voix au chien Bill ; sa barbe de trois jours et son poil grisonnant semblent le condamner à des emplois d’épave en rupture de famille, de copine, de boulot (mais qui arrivera bien par s’en sortir, allez) assistant à leur propre déchéance avec une fatalité lasse… Peut-être que Manu Payet devrait envisager le rasage de près pour accéder à des rôles différents, ne tournant pas autour du nombril d’un quadra bobo exprimant son ressenti de victime d’une précarité sournoise, tout ça parce qu’il a craqué le lacet de sa Stan Smith droite — sa préférée. Ce n’est en tout cas pas avec cette comédie fatiguée, espérant sans doute se parer de l’épithète “dramatique” parce qu’elle ne se boucle pas totalement en faveur du héros, qu’il sort de sa zone de confiance. Dommage pour Audrey Lamy qui, elle, arrive à faire quelque chose de son maigre personnage.

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Les Chevaliers blancs

ECRANS | S’inspirant de l’affaire de l’Arche de Zoé, Joachim Lafosse confie à un Vincent Lindon vibrant un rôle d’humanitaire exalté prêt à tout pour exfiltrer des orphelins africains. L’année 2016 pourrait bien être aussi faste que la précédente pour le comédien récompensé à Cannes avec "La Loi du marché".

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Les Chevaliers blancs

Qu’il situe ses histoires dans le cadre intime d’une famille en train de se disloquer (Nue Propriété, À perdre la raison) ou, comme ici, au sein d’un groupe gagné par le doute et miné par les tensions, Joachim Lafosse suit film après film des shémas psychologiques comparables : il décrit des relations excessives, où un dominateur abusif exerce une subjugation dévastatrice sur son entourage. Cette figure charismatique n’est pas toujours ab initio animée d’intentions malveillantes : le personnage que joue Lindon dans Les Chevaliers blancs est mu par une mission humanitaire qu’il considère comme supérieure à toute autre considération, toute contingence, y compris la sécurité des membres de son équipe. La poursuite orgueilleuse de son idéal va le faire glisser dans une spirale perverse. Hors de tout manichéisme, Lafosse ne réduit pas ce mentor déviant aux seuls effets de sa malignité : sans chercher à l’exonérer, il le montre dévoré par de sincères souffrances ; pareil au Drogo du Désert des Tartares, écrasé par la chaleur, l’attente, l’impatience — plus éprouvé et manipulé en s

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Bis

ECRANS | De Dominique Farrugia (Fr, 1h38) avec Franck Dubosc, Kad Merad…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Bis

C’est un cas d’école : comment le succès d’un film d’auteur français — Camille redouble — conduit à un dérivé opportuniste et commercial qui en reprend exactement la même formule — ce Bis signé Dominique Farrugia. Impossible d’oublier cette donnée pendant qu’on regarde cette comédie, pourtant pas la plus nulle engendrée par le cinoche français ces derniers temps. Il y a certes les éternels jeux de mots foireux qu’affectionne l’ex-Nul et qui nous donnent plutôt envie de chialer de dépit ; et une fin d’un conservatisme tellement inouï et assumé qu’on se demande si Farrugia ne fait pas déjà campagne pour la réélection de Sarkozy en 2017. Ceci mis à part, dans le foutoir ambiant, il y a quelques bonnes idées, notamment celle qui montre ces deux vieux-jeunes tenter de convaincre la secrétaire de Claude Berri de produire les futurs succès du box office hexagonal. Voir Kad Merad voler l’idée des Ch’tis à Dany Boon est assez amusant, mais la réaction sceptique de la secrétaire l’est plus encore, venant corroborer l’idée qu’un succès est avant to

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L’Enquête

ECRANS | De Vincent Garenq (Fr, 1h46) avec Gilles Lellouche, Charles Berling, Laurent Capelluto…

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

L’Enquête

C’était un défi : raconter le calvaire de Denis Robert, aux prises avec l’affaire Clearstream pendant près de dix ans en une fiction (très) documentée de 106 minutes. D’autant plus que L’Enquête vient après une série de films français tirés de faits réels tous plus inopérants les uns que les autres, incapables de transcender leur matériau de départ ou de contourner les clichés du genre. Vincent Garenq, peut-être parce qu’il avait déjà essuyé les plâtres avec le pas terrible Présumé coupable d’après l’affaire d’Outreau, s’en sort avec les honneurs : son film est prenant, rapide, habilement construit et cherche en permanence à donner de l’ampleur cinématographique à son sujet. Il n’y parvient pas toujours, les scories du polar hexagonal sont bien là — les flics sont raides comme des flics, les avocats parlent comme des avocats — et on reste loin d’un Sidney Lumet. Mais L’Enquête a pour lui son désir de ne rien cacher, ni les noms des protagonistes, ni leurs renoncements, ni leurs énigmes. De Libération à De Villepin en passant par

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Louise l’insoumise

ECRANS | Ancienne des Beaux-arts, ex-Miss météo du "Grand Journal" sur Canal + récupérée par le cinéma industriel français, Louise Bourgoin s’affirme enfin comme une comédienne libre et accomplie avec "Un beau dimanche". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Louise l’insoumise

L’histoire est connue mais mérite d’être rappelée : alors qu’elle étudie les Beaux-Arts à Rennes, celle qui ne s’appelle pas encore Louise Bourgoin se retrouve à jouer les mannequins pour des photos de mode. Ce drôle de mélange entre profondeur et superficialité, approche conceptuelle et glamour sur papier glacé déterminera la suite de son parcours : animatrice télé sur le câble, puis Miss Météo dans Le Grand Journal de Canal +, où ses prestations marqueront durablement l’exercice au point de devenir l’étalon de toutes celles qui s’y essaieront ensuite. Dans ce cadre a priori rigide, elle utilise ses atours sexy et son naturel éclatant pour en faire des armes de distraction massive, donnant à ses interventions des airs de performances subversives. Sur le plateau, elle n’a peur de rien, ni de la nudité, ni du ridicule, ni des invités en tournée promo — version people — ou en tournée de propagande — version politique… «Sur les rotules» C’est justement pour la promo du dernier film de Nicole Garcia, Un beau dimanche, qu’on la rencontre, dans un chalet-restaurant cerné par d’abondantes chutes de neige, quelques jours avant Noël. Elle sign

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Mea culpa

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Vincent Lindon, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Mea culpa

«Sur une idée d’Olivier Marchal» nous dit le générique de fin. Tout s’explique ! L’idée en question est en fait un fonds de commerce : un ex-flic traumatisé et au fond du trou va tenter de se racheter en protégeant son fils et en flinguant à tout va du méchant, ici des gangsters serbes dont les motivations sont très sommairement résumées : «les filles et la came». Justice expéditive, tirage de tronches et gros accès de virilité sont donc au programme, mais là n’est pas le problème de cet actionner à la française. Il y a d’un côté la minceur du scénario — pas grave — et de l’autre sa farandole d’incohérences, que Cavayé tente de noyer sous une pluie de fusillades, poursuites et bastons qui ne justifient jamais la réputation de "bon artisan" appliquée un peu vite au cinéaste. Rien ne tient debout donc, que ce soit la gestion du temps, de l’espace ou de l’élémentaire réalisme des situations — les flics interviennent une bonne heure après un carnage homérique dans une boîte de nuit, une bagnole va plus vite qu’un TGV… On a tendance à fustiger l’état de la comédie française ; mais entre Besson, Cavayé et Marchal, le polar d’ici n’est pas for

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Un beau dimanche

ECRANS | De Nicole Garcia (Fr, 1h35) avec Pierre Rochefort, Louise Bourgoin, Déborah François…

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Un beau dimanche

On connaît désormais si bien le cinéma de Nicole Garcia, et on l’apprécie si peu, que chaque film vient consolider une œuvre dont la cohérence est aussi indéniable que l’absence d’intérêt. Sans surprise, Un beau dimanche regorge de plans où les personnages se figent, le regard pénétré, absorbés par leur tourment, et de dialogues signifiants et sentencieux, psychologisme souligné au feutre noir. Le film repose en partie sur les épaules de Pierre Rochefort, qui doit composer un personnage corseté par cette introversion forcée et une forme de passivité face au monde guère pratique pour discerner ses qualités de comédien. Dans un paradoxe qui rendrait presque l’ensemble mystérieux, on nous raconte comment un homme décide de refuser l’héritage familial, alors que Garcia cherche à offrir son premier grand rôle à l’écran à son propre fils… Cette curiosité ne tient pas longtemps, emportée par un dernier acte où la lutte des classes se résume à un empilement de clichés gênants — la haute bourgeoisie réduite à de grandes demeures, des parties de tennis et des pulls noués autour des épaules. Au milieu de ce film congelé, Louise Bourgoin apporte une rafraîchissante

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100% Cachemire

ECRANS | De et avec Valérie Lemercier (Fr, 1h38) avec Gilles Lellouche, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Vendredi 6 décembre 2013

100% Cachemire

Un drôle de désir semble avoir guidé Valérie Lemercier pour son quatrième film en tant qu’actrice-réalisatrice… S’approprier un fait divers glauque où une mère adoptive décide de rendre son fils après quelques mois "d’essai" ; faire le portrait acide d’une bourgeoisie étranglée entre bonne et mauvaise conscience ; mais aussi s’écrire un personnage détestable dont la caméra, toutefois, ne se détache jamais, exercice narcissique très curieux et, à l’image du film tout entier, plutôt déplaisant. Car si Lemercier a un vrai talent pour écrire des dialogues de comédie qui claquent, et si elle sait les mettre dans la bouche de comédiens ravis de s’amuser avec cette musique virtuose, le scénario de 100% Cachemire n’a pas de centre, sinon une misanthropie qui s’exerce aveuglément sur les riches et les pauvres, les premiers très cons, les seconds très cons et très moches. Il y avait pourtant une idée magnifique, hélas laissée en jachère : cet enfant russe muet et impavide, mur indéchiffrable sur lequel les émotions des adultes alentour ricochent ou se fracassent. Mais la mise en scène semble fuir ce trou noir émotionnel, préférant se réfugier dans la peinture sarc

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Gibraltar

ECRANS | De Julien Leclercq (Fr, 1h53) avec Gilles Lellouche, Tahar Rahim, Riccardo Scamarcio…

Christophe Chabert | Jeudi 5 septembre 2013

Gibraltar

Avec à son passif un film de SF épouvantable (Chrysalis) et un tract de propagande pour le GIGN (L’Assaut), il y avait de quoi redouter le troisième long-métrage de Julien Leclercq. D’autant plus qu’il s’est associé avec Abdel Raouf Dafri, scénariste surcoté de Mesrine et de la saison 2 de Braquo. La (relativement) bonne surprise de Gibraltar, c’est que tous deux optent pour un traitement sobre et rigoureux de leur sujet : la descente aux enfers d’un patron de bar criblé de dettes qui accepte de jouer les indics pour les douanes françaises sur le rocher de Gibraltar, plaque tournante du trafic de drogue. Pas d’"enculé" à toutes les répliques, ni de découpage frénétique de l’action, mais un film-dossier qui tente de raconter simplement cette histoire vraie et de dénoncer au passage l’hypocrisie et la lâcheté du pouvoir. On se croirait face à un vieil Yve

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Tirez la langue, mademoiselle

ECRANS | D’Axelle Ropert (Fr, 1h42) avec Louise Bourgoin, Laurent Stocker, Cédric Kahn…

Christophe Chabert | Mardi 27 août 2013

Tirez la langue, mademoiselle

Critique de cinéma et scénariste des films de Serge Bozon (dont l’exécrable Tip Top, en salles la semaine prochaine), Axelle Ropert signe ici son deuxième long après La Famille Wolberg et confirme son projet de cinéaste : refaire les films qu’elle aime en leur enlevant tout ce qui pourrait faire spectacle, comme si les originaux avaient ingurgité un tube de Lexomil. Après La Famille Tenenbaum, c’est Faux semblants de Cronenberg qui est ici lointainement remaké, puisqu’on y retrouve deux frères médecins dont la relation à la fois fusionnelle et complémentaire va être fragilisée lorsqu’ils tombent amoureux de la même femme. Plutôt que de jouer la carte de la tragédie, Ropert s’en tient donc à un recto tono émotionnel, sans cris, larmes, rires ou effusions d’aucune sorte. Le film semble avancer sur une ligne droite d’où il ne doit absolument jamais dévier, entraînant tout (dialogues, séquences, jeu des acteurs) vers une platitude absolue. Ce qui, pour la réalisatrice, est sans doute une preuve de radicalité, apparaît en fin de compte, à l’inverse, comme le plus ordinaire d

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La Religieuse

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h54) avec Pauline Étienne, Louise Bourgoin, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

La Religieuse

Pour avoir beaucoup défendu Guillaume Nicloux dans ces colonnes, on sait aussi à quel point les échecs répétés (et souvent injustes) de ses films dans les salles l’ont rendu amer et méfiant. Cette nouvelle adaptation de La Religieuse montre en effet un cinéaste qui, sans mauvais jeu de mots, ne sait plus à quel saint se vouer pour séduire le public, et lorgne ouvertement vers le triomphe de Des hommes et des dieux. Comment expliquer autrement sa quasi démission dans la mise en scène, qui confond austérité et académisme, à la lisière du téléfilm, embourbée dans l’uniforme grisaille des murs et des habits sacerdotaux, les chuchotements du cloître et le silence de sa religieuse incapable de se révolter contre les injustices qu’elle subit ? Le problème, c’est que si Beauvois affichait une empathie (contestable) pour ses moines, Nicloux doit faire avec l’anticléricalisme du roman de Diderot, qu’il tente de désamorcer jusqu’au contresens. Il faut attendre l’arrivée d’Isabelle Huppe

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Thérèse Desqueyroux

ECRANS | Avec cette adaptation de François Mauriac, Claude Miller met un très beau point final à son œuvre : réquisitoire contre une bourgeoisie égoïste, cruelle et intolérante, le film fait vaciller son rigoureux classicisme par une charge de sensualité et d’ambiguïté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 novembre 2012

Thérèse Desqueyroux

Quatre gouttes d’arsenic dans un verre d’eau. C’est le rituel quotidien qu’effectue Bernard Desqueyroux, riche bourgeois girondin un peu hypocondriaque, pour calmer ce qu’il pense être des alertes cardiaques. Pour sa femme Thérèse (Audrey Tautou, dans un grand rôle à sa mesure), avec qui il s’est uni par intérêt, ce rituel est comme le reflet d’un ordre qui l’étouffe. Un jour, elle décide de le fausser et son geste va tout faire vaciller. À commencer par la mise en scène de Claude Miller : jusqu’ici, il racontait avec un classicisme élégant l’histoire de Thérèse Desqueyroux, préférant la chronologie aux flashbacks du roman de Mauriac. Le trouble venait d’ailleurs : de cette ouverture pleine de sensualité où deux jeunes adolescentes se livraient à des jeux aux relents érotiques, baignées dans la lumière dorée de l’été aquitain ; de ce voilier qui passe au loin et dont le propriétaire, Jean Azevedo, n’est qu’un «juif» pour Bernard Desqueyroux ; dudit Azevedo qui séduit la sœur de Bernard, passion fougueuse qui ébranle un temps la discipline bourgeoise de la famille. C’est d’ailleurs lors d’une lune de miel pétrifiée dans l’ennui de Baden Baden que Miller

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Nous York

ECRANS | De Géraldine Nakache et Hervé Mimran (Fr, 1h45) avec Géraldine Nakache, Leïla Bekhti, Manu Payet, Baptiste Lecaplain…

Christophe Chabert | Mardi 30 octobre 2012

Nous York

Après l’excellente surprise que constituait Tout ce qui brille, le tandem Nakache/Mimran a visiblement cherché à reproduire ce qui en avait fait le succès : Nous York interroge à nouveau l’amitié à l’épreuve de la maturité et tente de faire le portrait générationnel d’une jeunesse grandie dans les quartiers, le tout délocalisé du centre de Paris à New York. Mais cette fois-ci, rien ne marche. La personnalité des trois compères (Payet, Boussandel et Lecaplain, tous trois très biens, surtout le dernier) n’est pas assez affirmée, les gimmicks de dialogue («To the…») ont l’air forcés, et certains enjeux sont carrément flous : rien n’explique pourquoi Bekhti et Nakache se tirent la gueule au début ; du coup, on ne pige jamais vraiment pourquoi elles se réconcilient ensuite. Le film oscille ainsi entre un sous-régime scénaristique où tout semble flotter à la surface du récit et un sur-régime déjà observé dans le dernier acte de Tout ce qui brille. Un exemple, frappant : quand Mimran et Nakache veulent illustrer un thème, il faut

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Radiostars

ECRANS | De Romain Lévy (Fr, 1h40) avec Manu Payet, Clovis Cornillac, Douglas Attal…

Christophe Chabert | Mercredi 4 avril 2012

Radiostars

Une bande d’animateurs exerçant leur art de la grossièreté et de la vanne sur une radio FM le matin sont punis de leurs excès par leur directeur d’antenne et doivent aller faire le tour de la France profonde pendant l’été s’ils veulent garder leur place sur la grille de rentrée. En voilà un bon argument pour faire sauter les stéréotypes, ramener les personnages à la réalité, les changer en profondeur tout en tricotant une comédie douce-amère sur les aléas de la célébrité. Mais Radiostars n’est pas Intouchables, au contraire. Radiostars n’aime que le conflit, la dispute, l’engueulade, le couteau tiré, portrait d’un monde qui ne cherche pas la réconciliation, mais la conservation de son esprit de clan pour garder, en fin de compte, le succès et l’argent. La France d’en bas ? Des cons, des racistes, des bouseux, des passionnés de trucs pourris dont on se moque parce que ça fait de l’audience — parce que c’est l’audience ! La comédie elle-même se fout d’être parfois d’une lourdeur incroyable (Cornillac et les chambres pour handicapés,

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Les Infidèles

ECRANS | De Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Michel Hazanavicius, Emmanuelle Bercot, Éric Lartigau, Alexandre Courtès, Fred Cavayé (Fr, 1h48) avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Dimanche 26 février 2012

Les Infidèles

Film à sketches dans la tradition des comédies italiennes (Les Monstres, surtout), Les Infidèles s’apprécie en dehors de ce qui en forme la colonne vertébrale : son prologue et son épilogue, qui labourent un humour beauf dont on ne sait trop si Dujardin et Lellouche se moquent ou s’ils le célèbrent. Sans parler des saynètes trash signées Alexandre Courtès, pas très drôles et surtout prétexte à inviter les copains (Canet, Payet…). C’est bel et bien quand de vrais cinéastes s’emparent de certains épisodes que le film s’avère étonnant (et franchement grinçant, dans la lignée du Houllebecq des débuts). Michel Hazanavicius dans La Conscience réussit le segment le plus étrange et dépressif, remarquablement mis en scène avec un Dujardin que le réalisateur utilise comme un stradivarius, développant un comique de l’embarras proche des OSS 117. Emmanuelle Bercot s’offre son Eyes wide shut avec le même Dujardin et sa compagne Alexandra Lamy, un peu appuyé mais là enc

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L’Amour dure trois ans

ECRANS | De Frédéric Beigbeder (Fr, 1h38) avec Gaspard Proust, Louise Bourgoin, JoeyStarr…

Dorotée Aznar | Mercredi 11 janvier 2012

L’Amour dure trois ans

Écrivain, Frédéric Beigbeder aimait les formules-choc, probablement héritées de son passé de publicitaire. Devenu cinéaste (mais on devrait plutôt dire qu’il s’improvise dans cette fonction), le voici qui tente pathétiquement d’en trouver un équivalent filmique. Solution 1 : faire reprendre par son personnage-alter ego (un médiocre Gaspard Proust dont le jeu bien pauvre consiste à dire son texte en bougeant les bras) les aphorismes lourdingues du roman, dans des intérieurs chics qui doivent valoir l’équivalent d’une vie entière d’un SMICARD. Solution 2 : pomper sans vergogne le style Fight club en lui ôtant toute substance (car ce que raconte le film sur l’amour, le couple, les hommes, les femmes et la vie, est au bas mot sans intérêt), comme un défilé fatiguant de formats courts télé (Bref n’est pas très loin…) où l’on injecte guests (certaines sont très bien, Lemercier en particulier) et clins d’œil, jusqu’à ce climax cauchemardesque où Louise Bourgoin regarde sur son écran plat Le Grand journal de Canal +. Dur de faire plus bêtement corporate que cette mise en abyme éloquente, où l’on regarde son nombril télévisuel avec satisfaction. L’

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Un heureux événement

ECRANS | De Rémy Bezançon (Fr, 1h50) avec Louise Bourgoin, Pio Marmaï…

Dorotée Aznar | Jeudi 22 septembre 2011

Un heureux événement

Le Premier jour du reste de ta vie sera-t-il comme un heureux accident dans la carrière de Rémy Bezançon ? Car cet Heureux événement retombe dans les scories de son premier film, Ma vie en l’air, ce mélange d’air du temps branchouille, d’observation sociétale façon magazine féminin et de cynisme médiocre qui glorifie la nullité ordinaire, laissant l’héroïsme et l’altérité dans un hors-champ phobique. Cette chronique d’une maternité comico-dramatique est non seulement très mal écrite (au bout d’une heure, on a déjà le sentiment d’attendre la dernière scène), mais se gargarise d’un déterminisme social qu’on croirait inspiré d’une mauvaise enquête d’opinion. Du coup, Bezançon fait du Bénabar cinématographique : de la vie de couple, il ne retient que les moments merdiques (les engueulades, les lâchetés, les gaps lacaniens en version hi-tech, lui devant ses films et sa Playstation, elle avec ses bouquins et ses cupines) ; de l’enfantement, il souligne les détails bien crados (l’utérus déchiré, puis recousu) ou franchement insupportables (les grands-mères intrusives) ; quant à l’amitié, il la transforme en complicité beauf, y compris au féminin. Dans un monde bien fa

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Ma part du gâteau

ECRANS | De Cédric Klapisch (Fr, 1h45) avec Karin Viard, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Mercredi 9 mars 2011

Ma part du gâteau

D’un côté, un trader irresponsable, mauvais père et vrai goujat (Lellouche, plutôt bien) ; de l’autre, une ouvrière du Nord licenciée de son usine, qui se fait embaucher comme femme à tout faire chez ce même trader (Karin Viard, méritante vu ce qu’on lui demande de faire). De cet argument pioché dans l’actualité, Cédric Klapisch tire une comédie pamphlétaire, ce qui résume assez bien l’impasse dans laquelle il s’engouffre. Imaginez Stéphane Hessel ayant glissé des blagues Carambar dans son "Indignez-vous", et vous aurez une idée de ce qu’est "Ma Part du gâteau". Non seulement la comédie est lourde (Karin Viard avec l’accent russe, Karin Viard parle anglais avec les maîtres du Dow Jones, arf !), mais elle annule toute la colère que le cinéaste voulait exprimer face à son sujet. Lors de l’escapade vénitienne de Lellouche avec la mannequin ou pendant les adieux de Karin Viard à son ancien mari, le film ébauche ce qu’il aurait pu être : un conte amer, sérieux et cruel. Mais non, ce sont les vieux fantasmes sociologiques et les réflexes sarcastiques de Klapisch qui l’emportent, conduisant vers une dernière séquence qui pose un gros problème, soudain appel à l’insurrection lancé par u

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À bout portant

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h25) avec Gilles Lellouche, Roschdy Zem…

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

À bout portant

La deuxième réalisation de Fred Cavayé est grosso modo une variation plus frénétique de "Pour elle" (il y est encore question d’un homme “ordinaire“ embringué dans une intrigue de thriller pour sauver la femme de sa vie), avec les mêmes écueils – des raccourcis narratifs parfois énormes, des dialogues globalement faiblards, et des personnages secondaires mal dégrossis (mention spéciale à Gérard Lanvin et ses inénarrables moues crispées pour bien montrer qu’il a les plus grosses cojones du cinéma français). Une fois ces scories mises de côté, il faut reconnaître au garçon des talents indéniables de metteur en scène, à la fois dans les scènes d’intimité (pourtant flanquées de l’intolérable Gilles Lellouche), mais surtout dans ses dynamiques de suspense et d’action. Vu le caractère peu convaincant des dernières tentatives en la matière, on en viendrait presque, horreur suprême, à comprendre le mépris du 7e art français d’aujourd’hui pour le cinéma de genre. Fred Cavayé, disons-le, fait partie des rares réalisateurs actuels à pouvoir inverser la tendance… Il suffirait juste qu’il se dégotte un meilleur co-scénariste. FC

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L’Amour c’est mieux à deux

ECRANS | De Dominique Farrugia et Arnaud Lemort (Fr, 1h30) avec Clovis Cornillac, Virginie Efira, Manu Payet…

Christophe Chabert | Vendredi 30 avril 2010

L’Amour c’est mieux à deux

Sous ses allures de comédie romantique à l’anglaise, ce sinistre sous-produit n’est en fait qu’un vaudeville relooké qui ne cache guère sa nature rance et sa beaufitude satisfaite. Si le nom du comique sarkoziste Farrugia figure sur l’affiche comme co-réalisateur, c’est bien l’imbitable Franck Dubosc qui est à l’origine du désastre, auteur d’un scénario où figurent des dialogues aussi fins que «Je m’appelle Ariel et je suis homo», ou une scène pathétique de chat dont le quiproquo repose sur une faute de frappe autour du mot «col». Niveau réalisation, on a droit à des clips réguliers censés résumer l’action et qui ne font, prouesse, que la ralentir encore. Enfin, un mot sur Virginie Efira : pendant que ses deux collègues cabotinent à outrance, elle se contente de débiter son texte sans aucune conviction, comme si elle passait des essais pour le rôle. On la préférait dans la Nouvelle Star ! CC

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Tout ce qui brille

ECRANS | Excellente surprise : le premier film de Géraldine Nakache et Hervé Mimran fait oublier les récentes comédies françaises réactionnaires en imposant un ton doux-amer, un regard social pertinent et un vrai désir de cinéma populaire et ambitieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 17 mars 2010

Tout ce qui brille

Deux filles sur un banc à Puteaux, à dix minutes de Paris en métro. Ely (Géraldine Nakache) est de retour chez ses parents, dont un papa chauffeur de taxi aussi effacé que dévoué à sa famille ; Lila (Leila Bekhti) n’est jamais partie de chez sa mère, et fait lentement le deuil d’un père qui a refait sa vie ailleurs. Elles tchatchent avec un langage plein de codes qui scelle leur complicité ; et elles rêvent d’aller faire la fête dans les clubs branchés de la capitale, histoire d’oublier leur quotidien morose — Lila vend du popcorn dans un multiplexe Pathé, placement produit du producteur du film pour une fois assez savoureux ! Si le titre du film sent la fable morale, la première réalisation de Géraldine Nakache et Hervé Mimran est avant tout une comédie subtile qui illustre une réalité pas drôle : l’impossibilité de sortir de sa classe sociale et la honte qui accompagne cette impasse. Quiproquos sociaux Ely va rencontrer un couple de lesbiennes avec enfant (étonnant duo entre Virginie Ledoyen et Linh-Dan Pham), a priori «open», qui l’invite d’abord à leurs soirées avant de la cantonner dans un rôle humiliant de baby-sitter. L

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Blanc comme neige

ECRANS | De Christophe Blanc (Belgique, 1h35) avec François Cluzet, Olivier Gourmet, Louise Bourgoin

Dorotée Aznar | Vendredi 12 mars 2010

Blanc comme neige

Le thriller starring François Cluzet, presque un genre en soi. Avec toujours un peu les mêmes personnages et motifs, de vagues décalques naissant de ce corps nerveux au regard naïf et idéalement dépassé par les événements. Ce qu’a bien compris Christophe Blanc qui, en se reposant, trop, sur cette Cluzet touch, en oublie de blinder les enjeux de son scénario. Peu importe alors que son récit se déploie en cascade stylisée d’accidents ou qu’il évoque de loin les frères Coen (le talent en moins). Pas facile de s’attacher à son personnage d’homme candide, enlisé en famille dans une spirale meurtrière pour sauver son standing de nouveau riche. En prenant l’argent comme seul leitmotiv, renversé lors d’un twist hélas tardif, Blanc camoufle mal sa petite vision du monde. JD

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