"Marie-Francine" : le retour en grâce de Valérie Lemercier

Le Film de la Semaine | Valérie Lemercier célèbre la rencontre de deux quinquas bouillis par la vie dans une comédie sentimentale touchante ranimant les braises d’une délicatesse désuète. Un beau couple de personnages qu’épouse un duo d’acteurs idéal : la cinéaste et l’extraordinaire Patrick Timsit.

Vincent Raymond | Mardi 30 mai 2017

Photo : © Jean-Marie Leroy / Rectangle Productions


Tuiles en cascades pour la quinquagénaire Marie-Francine : son mari la quitte pour une jeunesse, elle perd son boulot de chercheuse puis doit retourner vivre chez ses parents (et supporter leurs manies hors d'âge). Une éclaircie tempère ce chaos : sa rencontre avec Miguel, un cuisinier attentionné traversant peu ou prou les mêmes galères qu'elle. Et si le bonheur était à venir ?

On avait laissé, pour ne pas dire abandonné, Valérie Lemercier seule face à la Bérézina que constituait 100% Cachemire (2013), film trahissant un essoufflement ultime dans sa mécanique de comédie. Comme une fin de cycle en triste capilotade. Changement de ton et de registre ici, avec ce qui pourrait bien être la plus belle réussite de la cinéaste : sous l'impulsion de sa coscénariste Sabine Haudepin, Valérie Lemercier sort en effet de sa zone de confiance, au-delà de l'aimable charge contre les bourgeois — plus prévisible que corrosive chez elle. Certes, elle s'octroie le (petit) rôle de la jumelle snobinarde de Marie-Francine, clone des emplois qu'elle a mille fois tenus, mais ce doit être pour faire une concession à sa base de fans. Et (peut-être ?) se résoudre à lui faire ses adieux en douceur.

Patriiiiick !

Engagé sur les rails hasardeux d'une comédie de caractères inspirée par la problématique des enfants-boomerang (comme Retour chez ma mère, avec décor studio de série et frictions générationnelles intégrées), Marie-Francine bifurque soudain, se transformant en une attachante bluette dès l'irruption de Miguel, campé par Patrick Timsit : on en oublie de sourire pour considérer sans ironie ni dérision la belle histoire sentimentale en train de cristalliser entre ces deux personnages cabossés, qui à bien des égards rappellent les héros ordinaires de Pourquoi pas nous ?.

Avec son calme olympien et sa simplicité bienveillante, Miguel sied à merveille à la nature profonde du comédien, aux antipodes du côté dynamite volontiers recherché par la plupart des réalisateurs — à ce jour, Coline Serreau demeurait l'une des rares à avoir approché sa tendresse et sa délicatesse dans La Crise. Il n'est pas exclu de penser que beaucoup de specta·trice·teurs vont (enfin) le découvrir dans ce film.


Entretien avec Valérie Lemercier

Cinquième long-métrage de Valérie Lemercier, "Marie-Francine" est sans doute le plus réussi. Et n'est pas (uniquement) une comédie. Rencontre avec la coscénariste / réalisatrice / interprète.

Est-il facile de signer une comédie romantique ?
Valérie Lemercier : C'est ma première histoire d'amour au cinéma, et elle est venue malgré moi. À l'écriture avec Sabine Haudepin, je redoutais que ce soit “uc-uc”. Le sujet était la résurrection de Marie-Francine, je ne voulais pas qu'elle soit trop victime : les victimes, on a envie de leur en remettre un coup, c'est humain. Alors, j'ai beaucoup raccourci au montage.

Il y a une évidence entre Patrick Timisit et vous à l'écran. Comment est né ce couple ?
Cette évidence était évidente pour moi ! Elle ne l'était probablement pas sur le papier, mais je savais que le choix de Patrick serait bon, car il me plaisait dans la vie — ce n'est pas plus compliqué que cela. Il a du charme, c'est l'homme idéal, il a l'âge du rôle, il pouvait faire portugais… Et je voulais qu'on voie ce que moi j'avais vu — même si je ne l'avais jamais vu sur scène avant de lui proposer le rôle. Je voyais bien qu'il pouvait être Miguel et que ce serait bien, c'était différent. Mais j'ai l'impression que tout le monde le sait, qu'il est comme ça. Il a eu l'humilité de ne pas se formaliser d'arriver page 40 ; sans que je lui demande, il est allé tout seul faire des tests dans des cuisines pour avoir les gestes pour être crédible en cuistot, alors qu'il n'est pas très manuel (rires). Alors, quand j'entends les filles sortir du cinéma et le vouloir pour mari, je me dis que c'est réussi.

Marie-Francine vous ressemble-t-elle ?
Elle n'a jamais été confrontée à la sévérité de la vie, elle est un peu plus dans la lune et naïve que je ne le suis. Personnellement, je devance plus les choses : j'aurais vu mon mari s'éloigner, mes filles grandir… Mais je ne suis pas pour autant sa jumelle, Marie-Noëlle [la bourgeoise, NDLR] !

Votre personnage porte des lunettes. Vous ont-elles aidé à composer le rôle ?
Elles ont été très importantes ! Pour moi, Marie-Francine a des lunettes : ça maquille sans maquiller ; c'est un accessoire de beauté. Les gens bigleux sont plus dans leur monde. Je n'étais pas Marie-Francine quand je ne les mettais pas. J'ai mis du temps à les trouver. Pourtant, ce sont des lunettes de rien, de pharmacie à 12€. Mais c'était le bon modèle — qu'il ne fallait surtout pas perdre : il n'y en avait qu'une paire.

Ce type de détail est-il prévu dès l'écriture ?
Tout, mêmes les décors, est pensé et écrit dans les didascalies. Ce sont des détails, mais les gens les voient. Cela fait que l'on peut regarder deux fois le film, c'est important. Moi, je veux qu'on y croit. L'appartement est faux, tout est faux, c'est en studio. La boutique aussi. Mais sur le tournage, je pensais tellement qu'on était dans un vrai appartement avec des magazines qui traînent, un bouquet de monnaie-du-pape dans l'entrée, de la toile de Jouy dans la chambre des jumelles… que j'allais prendre l'air sur un balcon, face à un pauvre mur. Je m'intéresse aussi beaucoup aux costumes. Il y a les musiques que j'écoutais enfant. Je mets beaucoup de moi-même. C'est très intime, un film, même si ça fait travailler 200 personnes. Ça n'est que le fantasme et l'obsession de quelqu'un. Et heureusement : je trouve parfois dommage que les metteurs en scène ne soient pas obsessionnels.

Parvenez-vous à avoir un regard sur vos films précédent ?
J'ai revu Quadrille il y a peu : j'ai voulu montrer un costume. Je n'ai pas trop crié. En fait, il n'y a quasiment que le jeu qui m'intéresse. Un travelling, un plan de grue, de drone ou des prouesses techniques, ça ne m'intéresse pas du tout. Je suis très heureuse d'avoir eu un chef-op' qui a très bien éclairé tout le monde ! Parfois, je choure des trucs dans des films que je vois : les parents qui se parlent de chambre en chambre, j'ai vu ça dans Madame de… d'Ophüls, un de mes films préféré, ça m'a amusé. Et la crise de Marie-Francine est un peu copiée sur L'Effrontée de Claude Miller. Les petites boutiques, avec la musique de Michel Legrand, ça fait un peu Jacques Demy — je ne l'ai vu qu'après. Ce sont des choses qui me parlent et me nourrissent, c'est un peu inconscient. Les personnages et l'intimité des gens m'intéressent davantage. Je remarque que beaucoup de mes films se passent dans les chambres et les cuisines.


Marie-Francine

De Valérie Lemercier (Fr, 1h35) avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit...

De Valérie Lemercier (Fr, 1h35) avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit...

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Trop vieille pour son mari, de trop dans son boulot, Marie-Francine doit retourner vivre chez ses parents...... à 50 ans ! Infantilisée par eux, c'est pourtant dans la petite boutique de cigarettes électroniques qu'ils vont lui faire tenir, qu'elle va enfin rencontrer Miguel. Miguel, sans oser le lui avouer, est exactement dans la même situation qu'elle. Comment vont faire ces deux-là pour abriter leur nouvel amour sans maison, là est la question...


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Pas sages mais protégés : "Hors Normes"

Comédie | Au sein de leurs associations respectives, Bruno et Malik accueillent ou accompagnent des adolescents et jeunes adultes autistes mettant en échec les circuits institutionnels classiques. Quelques jours dans leur vie, alors qu’une enquête administrative frappe la structure de Bruno…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Pas sages mais protégés :

Ceux qui connaissent un peu Nakache & Toledano savent bien que la réussite (et le succès) de leurs meilleurs films ne doit rien au hasard, plutôt à une connaissance intime de leurs sujets ainsi qu’à une envie sincère de partage : Nos jours heureux, puis Intouchables, puisaient ainsi à des degrés divers dans leur vécu commun et complice. Ainsi, Hors Normes “n’exploite pas un filon“ en abordant à nouveau la question du handicap, mais souligne l’importance que les deux auteurs accordent aux principes d’accueil et d’entraide sous-tendant (en théorie) notre société ; cet idéal républicain décliné au fronton des bâtiments publics qu’ils célèbrent film après film dans des fables optimistes et humanistes. Hors Normes est construit sous cette forme de chronique “loachienne“, tenant davantage du manifeste que de la comédie à gags : au fur et à mesure s’impose le caractère indispensable des associations investissant le secteur sanitaire et social, ainsi que leur rôle dans l’insertion. Le dernier quart d’

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"La Jeune Fille sans mains" : on applaudit à tout rompre

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Vincent Raymond | Mardi 13 décembre 2016

Un pauvre meunier se fait circonvenir par le Diable et lui cède sa fille en échange d’une fortune. Mais la belle étant trop pure pour être corrompue, le démon ne peut la toucher. Le père a beau couper les mains de sa fille, rien n’y fait… Cette adaptation animée de Grimm tranche littéralement avec le tout-venant, d’emblée par l’originalité de sa technique : toutes signées Sébastien Laudenbach, les illustrations la composant sont davantage des évocations, des esquisses à l’encre émaillées de masses colorées vibrantes que des images sagement bouclées. Il en ressort une intensité fiévreuse, une intranquillité en parfaite adéquation avec un sujet ne s’embarrassant pas de précautions inutiles — un conte étant un tissu de cruautés, un chapelet d’événements brutaux dont il faut tirer une morale, en adoucir les contours par crainte de choquer les jeunes esprits, frise toujours le contresens ! Triomphant sans hargne de toutes les injustices de la vie avec opiniâtreté, classe et optimisme, l’héroïne de La Jeune Fille sans les mains est une él

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"Le Petit locataire" : un dernier pour la route

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Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Aux abords de la ménopause, une fringante grand-mère se découvre enceinte. Compliqué, quand on fait tourner quasi seule une maisonnée comprenant une aïeule déclinante, un mari velléitaire, une fille immature mère-célibataire, et qu’il faut s’éviter toute émotion… Version rallongée d’un court-métrage (retournée avec une nouvelle distribution, du coup), cette comédie n’a pas grand chose de surprenant dans le ventre. Alors, elle se repose confortablement sur sa distribution, les rôles-clefs étant confiés à des interprètes coutumiers d’emplois similaires : Karin Viard en tornade fofolle mais attach(i)ante et Philippe Rebbot en aboulique sympa mais lunaire — tous deux habillés en un peu trop démodé pour être réaliste. Ça n’est pas bien méchant ; pas tellement rythmé non plus : une enfilade de gags en gestation jusqu’au terme, précipité par quelques contractions artificielles. L’impression d’une soirée téléfilm sans les chaussons, en somme. La toujours lumineuse présence d’Hélène Vincent, en ancêtre yoyotante, et celle du bonhomme Antoine Bertrand, apportent heureusement une bouffée de poésie fanta

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Humour à Lyon : Deux festivals et des stars

Humour | Commençons par ce qui gratte : deux festivals d'envergure pour le café-théâtre à Lyon, c'est une belle idée et clairement, il y a un public pour les faire vivre (...)

Sébastien Broquet | Mardi 6 septembre 2016

Humour à Lyon : Deux festivals et des stars

Commençons par ce qui gratte : deux festivals d'envergure pour le café-théâtre à Lyon, c'est une belle idée et clairement, il y a un public pour les faire vivre tous les deux. Sauf que... quelle idée saugrenue de les organiser exactement aux mêmes dates, tous deux prenant fin le 1er octobre ! Collision regrettable, mais programmations délectables pour qui aime les bons mots. À l'Espace Gerson, c'est la 4e édition du festival d'Humour qui accueille en parrain Vincent Roca cette année, lequel donnera deux soirs d'affilée son Délirium Très Mots (26 et 27 septembre) créé en 2010 : virtuose de la langue, jongleur de mots, concurrent direct des titreurs de Libé, il s'est offert une belle notoriété en alignant les chroniques sur France Inter durant onze ans, dans le Fou du Roi de Stéphane Bern. Côté découvertes, se côtoieront Jérémy Vaillot, Margot Winch et Félix Dhjan (le mercredi 28 septembre), Ben H, Timothé Poissonnet et Pierre Daverat qui oscillent entre chanson et humour (jeudi 20 septembre) ou encore Haroun, Mathias Pradenas et Perrine Rouland (vendredi 30 septembre) avant un final hors-les-murs en c

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Rires enregistrés

SCENES | Moins féconde que la précédente, la saison café-théâtre 2014/2015 n'en demeure pas moins réjouissante, entre reprises de spectacles qui gagnent à être connus et défilé de têtes qui le sont déjà. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 9 septembre 2014

Rires enregistrés

En cette rentrée, les cafés-théâtres lyonnais ont des airs de champs en jachère : à leur programme figurent  nombre de reprises d'une saison 2013/2014 exceptionnellement riche en créations. Côté one-man-show, on retrouvera ainsi avec plaisir Jefferey Jordan (aux Tontons Flingueurs, jusqu'au 2 octobre), Karim Duval (même endroit, en octobre), François Martinez (idem), Yann Guillarme (au Boui Boui, en janvier et février), Alex Ramirès (au Boui Boui également, jusqu'au 30 décembre), Gérémy Crédeville (au Complexe du Rire, en novembre et décembre) ou encore

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100% Cachemire

ECRANS | De et avec Valérie Lemercier (Fr, 1h38) avec Gilles Lellouche, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Vendredi 6 décembre 2013

100% Cachemire

Un drôle de désir semble avoir guidé Valérie Lemercier pour son quatrième film en tant qu’actrice-réalisatrice… S’approprier un fait divers glauque où une mère adoptive décide de rendre son fils après quelques mois "d’essai" ; faire le portrait acide d’une bourgeoisie étranglée entre bonne et mauvaise conscience ; mais aussi s’écrire un personnage détestable dont la caméra, toutefois, ne se détache jamais, exercice narcissique très curieux et, à l’image du film tout entier, plutôt déplaisant. Car si Lemercier a un vrai talent pour écrire des dialogues de comédie qui claquent, et si elle sait les mettre dans la bouche de comédiens ravis de s’amuser avec cette musique virtuose, le scénario de 100% Cachemire n’a pas de centre, sinon une misanthropie qui s’exerce aveuglément sur les riches et les pauvres, les premiers très cons, les seconds très cons et très moches. Il y avait pourtant une idée magnifique, hélas laissée en jachère : cet enfant russe muet et impavide, mur indéchiffrable sur lequel les émotions des adultes alentour ricochent ou se fracassent. Mais la mise en scène semble fuir ce trou noir émotionnel, préférant se réfugier dans la peinture sarc

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Une chanson pour ma mère

ECRANS | De Joël Franka (Fr, 1h35) avec Sylvie Testud, Patrick Timsit, Dave...

Jerôme Dittmar | Jeudi 21 mars 2013

Une chanson pour ma mère

Survivant d'une époque plus lointaine mais qui ne fait pas plus rêver que celle de l'affreux Stars 80, Dave avait su résister jusqu'ici à la réhabilitation par voie cinématographique ; sa présence sur les canaux télé et son aura plus mineure justifiant sans doute l'absence de nécessité. Son nom au générique d'Une chanson pour ma mère, comédie à l'anglaise réunissant une famille de bras cassés kidnappant le fameux chanteur pour faire plaisir à leur maman malade et en sursis, avait de quoi faire peur. Si le film ne fait pas de miracles, s'évertuant à enchaîner des situations un peu trop improbables et pataudes aux moyens de personnages commodément stupides, Dave se révèle de loin le meilleur acteur du casting et une vraie surprise. Sans trop sombrer dans la complaisance kitsch, Joël Franka observe avec une réelle tendresse un Dave attachant qui, transformé malgré lui en levier d'une grande réconciliation familiale, devient un joli héros ordinaire. Jérôme Dittmar

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Main dans la main

ECRANS | De et avec Valérie Donzelli (Fr, 1h25) avec Jérémie Elkaïm, Valérie Lemercier…

Christophe Chabert | Mardi 11 décembre 2012

Main dans la main

Ceux qui ont sacralisé le tandem Donzelli / Elkaïm sur la foi de leur il est vrai correcte Guerre est déclarée vont en être pour leurs frais. Avec Main dans la main, c’est retour à la case départ, celle de leur premier film, ce navet indescriptible qu’était La Reine des pommes. L’argument (un danseur du dimanche tombe en «synchronicité» avec une prof de danse de l’Opéra Garnier) s’épuise en trente minutes et ne donne même pas lieu à une quelconque virtuosité physique ou gestuelle : tout est approximatif et ruiné par un surdécoupage qui traduit une réelle absence de point de vue. On assiste alors à un film entre potes (Lemercier, pièce rapportée, semble paumée au milieu de la bande) dont les blagues ne feront rire personne au-delà du XVIe arrondissement parisien et où l’amateurisme est presque une condition pour faire partie du club (pourquoi avoir donné un tel rôle à Béatrice De Staël, absolument nulle d’un bout

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Stars 80

ECRANS | Projet improbable emmené par l’équipe d’«Astérix aux jeux olympiques» autour de la réunion de vieilles gloires du «Top 50», «Stars 80» fascine par son envie farouche d’être aussi médiocre que son pitch. Y avait-il une autre issue ? Peut-être… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 22 octobre 2012

Stars 80

Si tant est qu’on aime le cinéma et la musique, il n’y a aucun espoir au moment où l’on franchit les portes de Stars 80 : ce sera affreux, il ne peut pas en être autrement. Imaginer Thomas Langmann aux commandes d’une fiction retraçant l’histoire vraie de deux producteurs qui décident de monter un show avec les vedettes du Top 50 dans les années 80 (quelques noms, juste pour mesurer l’enfer : Début de soirée, Jeanne Mas, Sabrina, Émile et images…), c’est déjà une sorte de cauchemar. Et pourtant, à la vision du film, quelque chose d’étrange se produit : Stars 80 n’est pas bon, nos yeux piquent et nos oreilles saignent à de nombreuses reprises durant ses 110 minutes, mais on se dit qu’on passe toujours à deux doigts d’une improbable réussite. Il suffit pour cela de se rappeler qu’il y a deux mois sortait Magic Mike ; sur le papier, l’idée est proche : raconter le passé de strip-teaseur de Channing Tatum, et dresser la chronique d’un groupe humain soudé par un métier alimentaire qu’ils exercent pourtant avec professionnalisme et dignité. Scéna

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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Quelques heures de printemps

ECRANS | Un fils sort de prison et renoue des rapports électriques avec sa mère malade. Avec ce film poignant emmené par une mise en scène sans psychologie ni pathos et deux comédiens incroyables, Stéphane Brizé s’affirme comme un grand cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Quelques heures de printemps

C’est un malentendu qui persiste et qui s’agrandit : un fils, Alain, et sa mère, Yvette, deux échoués de la classe moyenne dans une banlieue pavillonnaire en Bourgogne. Lui vient de purger un an et demi de prison pour une connerie qui lui a coûté cher, elle souffre d’une tumeur au cerveau dont l’avancée inéluctable la pousse à envisager un suicide assisté en Suisse. Les voilà à nouveau sous le même toit, mais les épreuves ne les rapprochent pas ; au contraire, le fossé du ressentiment qui a toujours existé entre eux se creuse encore. Un ressentiment qui est surtout affaire de non-dits. Dans Mademoiselle Chambon, Stéphane Brizé mettait en scène des silences qui en disaient long sur le désir et le sentiment amoureux ; avec Quelques heures de printemps, le silence se fait douloureux, blessant, cruel. Commencé à la manière d’Un mauvais fils de Sautet, le film bifurque peu à peu vers un territoire qui lui est propre, où le cinéaste observe la dernière tentative de communication entre Alain et Yvette avec un vérisme constant (de l’accent des p

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Adieu Berthe !

ECRANS | De et avec Bruno Podalydès (Fr, 1h40) avec Denis Podalydès, Isabelle Candelier, Valérie Lemercier…

Christophe Chabert | Jeudi 14 juin 2012

Adieu Berthe !

Berthe est morte, mémé n’est plus. C’est ce qu’apprend Armand Lebrec (Denis Podalydès), la tête dans une boîte transpercée de sabres factices. Son affliction à l’annonce du décès est, elle aussi, purement factice : cette grand-mère était si discrète que tout le monde l’avait oubliée dans la famille (son père en particulier, atteint d’une forme de démence burlesque ; un numéro aussi bref que grandiose pour Pierre Arditi). De toute façon, Armand a d’autres chats à fouetter : une femme qu’il tente vainement de quitter, une autre avec qui il essaie de trouver un modus vivendi, une pharmacie appartenant à une belle-mère intrusive… Après l’inégal Bancs publics, Bruno Podalydès revient à des territoires plus familiers de son cinéma : la comédie de l’indécision sentimentale, sur un mode plus grave et plus mature, âge des protagonistes oblige. La première moitié est effectivement hilarante, notamment la peinture de pompes funèbres délirantes, l’une tenue par une sorte de gourou new age (Michel Vuillermoz, génial), l’autre par un tax

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Bienvenue à bord

ECRANS | D'Eric Lavaine (Fr, 1h45) avec Franck Dubosc, Valérie Lemercier, Gérard Darmon…

Dorotée Aznar | Jeudi 29 septembre 2011

Bienvenue à bord

Franck Dubosc dans un ersatz de Croisière s'amuse par l'auteur de Poltergay, forcément ça fait peur. Sans miracle, Bienvenue à bord se hisse pourtant par-dessus la mêlée des comédies françaises qui font de la peine. Inutile de tergiverser sur les fantasmes hollywoodiens d'Eric Lavaine, le film est un brouillon de comédie US. Trop gras pour convaincre mais avec un échafaudage qui par rares moments fonctionne. L'essentiel c'est bien sûr Dubosc, dont la nullité intrigue. Idiot généreux et fédérateur, son personnage (toujours le même) rappelle parfois ceux de Will Ferrell. Le talent en moins, mais avec la même envie de déjouer l'ironie, d'être plus littéral que parodique, sentimental que cynique ou juste caricatural. Jérôme Dittmar

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La Célestine étoilée

SCENES | Théâtre / Sur un plateau nu, dans un dispositif bi-frontal, Christian Schiaretti exhume au TNP "La Célestine", un classique de la littérature espagnole du XVIIe siècle méconnu en France. Une tragi-comédie fleuve et convaincante. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 14 janvier 2011

La Célestine étoilée

En plongeant dans le siècle d'or espagnol (période florissante de la culture entre la fin de la Reconquista en 1492 et la fin de la guerre de Trente Ans en 1648), Christian Schiaretti a trouvé une pépite. Outre les incontournables "Don Juan" (à venir) et "Don Quichotte" (créé en décembre dernier), figure au programme du TNP "La Célestine". Ce texte de Fernando de Rojas, rédigé comme un roman dialogué, et publié en 1499, annonce ce XVIIe siècle foisonnant de créations artistiques. Il préfigure une série d'ouvrages qui malmèneront le catholicisme et le pouvoir. Chez Rojas, «les maîtres d'aujourd'hui [sont] comme les sangsues qui sucent le sang», les femmes d'éternelles insatisfaites et la seule religion des personnages est celle qu'ils s'inventent. Calixte, jeune amoureux survolté, se définit comme «mélibéen» en lieu et place de chrétien. Il aime follement Mélibée, mais ne sait comment lui dire. L'intrigue se noue alors autour de la Célestine, vieille prostituée reconvertie en sorcière mais surtout manipulatrice, motivée par l'appétit de l'argent qui lui permettrait de porter autre chose que des guenilles trop grandes pour elle. Elle se présente donc à Mélibée comme «vendeuse de subl

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Des hommes et des dieux

ECRANS | Les derniers jours des moines de Tibéhirine reconstitués par un Xavier Beauvois fasciné par son sujet, mais peu inspiré dans sa mise en scène, qui emprunte les chemins les plus attendus et évacue systématiquement le politique au profit du religieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 1 septembre 2010

Des hommes et des dieux

Des hommes et des dieux, ce n’est pas 12 hommes en colère, mais 7 moines en paix. Comme pour son précédent Petit lieutenant, qui prenait ses aises avec le polar tout en en respectant les lieux communs, Xavier Beauvois retrace les derniers jours des moines de Tibéhirine avant leur massacre dans les montagnes de l’Atlas algérien en détournant les codes du huis clos «cas de conscience». Pas de procès cependant ; la décision finale n’a de conséquence que pour ceux qui la prennent : partir en abandonnant sa mission ou rester quitte à y laisser la vie. Le scénario du film est donc rythmé par trois grandes scènes de réunion où chacun doit prendre position, donner ses raisons puis finalement participer au vote. Le reste du temps, Beauvois alterne entre plusieurs modes de récit : la rencontre entre les moines et les habitants du village (les moments les plus libres du film, quoique non exempts de facilités didactiques), l’irruption des terroristes puis de l’armée au sein du monastère et les rituels liturgiques filmés dans leur continuité. Le goût du sacré Si le cinéaste fait preuve d’une indéniable ma

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Arme de distraction massive

SCENES | Humour / Les premières notes du P.I.M.P. de 50 cent résonnent, et Valérie Lemercier fait son entrée sur scène au gré d’une chorégraphie délicieusement décalée. Ça ne vaut (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 mars 2009

Arme de distraction massive

Humour / Les premières notes du P.I.M.P. de 50 cent résonnent, et Valérie Lemercier fait son entrée sur scène au gré d’une chorégraphie délicieusement décalée. Ça ne vaut peut-être pas sa mémorable danse aux Césars sur Zouk Machine, mais il ne nous en fallait pas plus pour être déjà un minimum conquis. Après cette pétulante intro, il faudra attendre l’ultime sketch pour revoir notre hôte s’adonner à quelques pas de danse (dans le rôle d’une odieuse prof de danse russe). Mais avec une interprète de ce calibre sur scène, pas besoin d’entrechats : Valérie Lemercier est un effet spécial à elle toute seule. Elle a su roder l’écriture d’un spectacle écrit dans l’urgence, se saisir des moindres inflexions de voix susceptibles de provoquer l’hilarité, développer les inénarrables gestuelles de ses personnages, peaufiner l’efficacité de ses virgules (notamment via deux personnages récurrents, une saoularde apostrophant les célébrités à Roland-Garros et une mauvaise conscience bobo moralisatrice), et offrir ainsi un tour de montagne russe humoristique au charme mutin. Ce qui séduit, ce sont donc avant tout les qualités d’interprétation mais aussi d’écriture. On retrouve ici un sens de la form

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L’Emmerdeur

ECRANS | De Francis Veber (Fr, 1h25) avec Richard Berry, Patrick Timsit…

Christophe Chabert | Mercredi 3 décembre 2008

L’Emmerdeur

La Doublure marquait déjà des signes d’essoufflement, mais avec L’Emmerdeur, Francis Veber part vraiment en vrille. À peine (et très mal !) adapté pour l’écran d’une pièce qui a pourtant beaucoup tourné l’an dernier, on n’y retrouve à aucun moment le sens du timing comique qui a fait la réputation de l’auteur-cinéaste. Signe cruel de ce manque d’inspiration, la prestation neurasthénique de Timsit semble attendre à chaque réplique la réaction complice de la salle. Sans parler du climax burlesque du film, où il s’agit de se gausser de deux hommes qui s’ébattent sur un lit ! Rien à sauver donc dans ce film aussi laid que balourd, et étrangement crépusculaire. CC

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Agathe Cléry

ECRANS | D’Étienne Chatiliez (Fr, 1h50) avec Valérie Lemercier, Anthony Kavanagh…

Christophe Chabert | Mercredi 26 novembre 2008

Agathe Cléry

Avec un tel slogan («Elle est blanche, elle est raciste, elle va devenir noire»), on pensait sortir les couteaux contre la pachydermie habituelle d’Étienne Chatiliez. Surprise : ce n’est même pas la peine car Agathe Cléry frappe surtout par son indolence cinématographique. Il faut plus d’une moitié de film pour introduire son argument, et la suite (développement et résolution) est expédiée à la va-vite. Question réalisation, Chatiliez régresse carrément : filmé platement, y compris les séquences de comédie musicale, monté, mixé et étalonné gauchement, Agathe Cléry est un produit bâclé et en fin de compte assez laid. Tout est résumé par le maquillage de Valérie Lemercier (grande actrice, ici cernée de toute part par la médiocrité ambiante) qui ne crée aucun trouble chez le spectateur, sinon la gêne de passer un film entier avec un effet si mal foutu sous le nez. Un vrai gâchis ! CC

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