"Visages, Villages" d'Agnès Varda et JR

Le Film de la Semaine | Sans vraiment se connaître, une figure tutélaire des arts visuels et une nouvelle tête du street art partent ensemble tirer le portrait de bobines anonymes et dévider le fil de leur vie. Hanté par les fantômes d’Agnès Varda ce buddy-road-movie est surtout un film sur le regard.

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Photo : © Agnes_Varda / JR / Cine Tamaris


L'attelage peut paraître baroque. Agnès Varda, auto-proclamée non sans humour “grand-mère de la Nouvelle Vague”, s'allie à JR, l'installateur graphique à la mode. On ne peut suspecter la malicieuse doyenne des cinéastes français de tenter un coup de pub. Il s'agit là de curiosité pour la démarche de son cadet : avant même sa naissance, ne tournait-elle pas déjà Mur, murs (1980), un documentaire sur ce support que l'ancien graffeur affectionne ? Donnant le tempo, mais aussi son architecture globale au projet — elle a assumé quasi seule la discipline du montage, c'est-à-dire de l'écriture finale du film —, Agnès Varda guide notre regard et montre ce qu'elle a envie de montrer.

Tout à l'œil

Davantage que la “machinerie” JR (l'alpha et l'oméga du dispositif technique de la photo grand format de gens normaux contrecollée sur des murs), le film capte l'interaction de cette image avec les modèles, les passants ou parfois les souvenirs. La photo se fait catalyseur, porte d'entrée dans leur intimité, dans leurs histoires.

Bienveillante maïeuticienne, Varda obtient des fragments de vécu dont le récit surpasse par sa sincérité toute forme de construction plastique éphémère. Elle aussi se raconte, pudiquement, sans s'épargner cependant. D'ailleurs, lorsqu'elle accepte de se faire chambrer (photographier ou affectueusement moquer) par JR, c'est pour servir un sous-thème mélancolique : le chant du cygne de sa propre vision, grignotée par la maladie. Induit-elle chez JR le désir inconscient de la représenter face à cette image de son regard qui s'enfuit ? On la suspecte plus encline à l'empathie qu'à la manipulation.

Il y a en tout cas dans ce film un réel méta-réalisateur, le surplombant de sa fantomatique absence et donnant lieu à un singulier coup de théâtre. Cet œil suprême, c'est l'autre survivant de la Vague, le reclus de Rolle, qui joue à l'ermite hermétique — appelons le JLG par commodité. Son invocation à l'intérieur du film (et ce qui s'ensuit) vaudrait à Visages, Villages de le créditer comme troisième coréalisateur. Mais elle valide également le proverbe “loin des yeux, loin du cœur”…


Entretien avec Agnès Varda et JR

Dans le cadre prestigieux de la Fondation Cartier pour l'Art contemporain, mécène de Visages, Villages, Agnès Varda et JR reviennent sur l'aventure inédite de leur tandem.

Votre film parle des autres, mais aussi de vous puisque vous dialoguez énormément à l'écran…
Agnès Varda
: C'est un documentaire sur les gens rencontrés, même si on fait un petit peu les fous dedans. Notre présence dans le film a construit une relation. Mais au départ, je n'ai jamais pensé que ça deviendrait en fait le regard de JR sur moi. On a l'impression d'avoir travaillé modestement pour un projet qu'on avait en commun : approcher et photographier des personnes inconnues, anonymes, dans des villages et d'en tirer le meilleur en paroles et en illustrations sur des murs pour vous les faire connaître.

JR : C'est l'un des rôles de l'artiste d'apprendre à re-regarder. Avec Agnès, on s'est rencontrés pour la première fois de notre vie un lundi à son atelier, elle est venue le mardi dans le mien et le mercredi, on a commencé à travailler ensemble. Elle n'avait jamais coréalisé, moi non plus, et on a passé les deux dernières années ensemble. Quand on ne se voyait pas, on s'appelait ; quand on ne tournait pas, on mangeait des chouquettes (sourires). On a discuté, créé, créé, créé, en partant tous les mois sur la route.

AV : On ne partait pas à l'aventure, quand même ! On avait des points de chute : chez quelqu'un qu'on connaissait ou dans un village dont on nous avait parlé… Par exemple, dans les corons, on a toqué à des portes dans des rues désertes, et on est tombé sur Janine. C'était comme un cadeau : elle était ouverte, elle nous a dit beaucoup de choses. JR a eu l'idée d'évoquer les anciens mineurs en mettant leurs images sur les maisons vides, puis de mettre son portrait en grand sur sa maison, tant elle était extraordinaire. Ça se faisait en se faisant…

JR : Toutes les rencontres se sont faites comme ça, avec le hasard qui est notre meilleur assistant, comme le dit si bien Agnès.

La production du film a suivi, quant à elle, un chemin de croix…
JR
: Le film a coûté un peu plus d'un million d'euros. On n'avait pas de scénario, et des gens nous ont fait confiance en mettant de l'argent sur Internet. C'est comme ça que c'est parti.

AV : Ce sont les premiers 50 000 euros qui ont été envoyés par 20, 50 euros. Et avec ça, on a fait un premier tournage pour voir si ça prenait et si ça nous plaisait. Après, on l'a fait dans des conditions normales.

JR : Mais on a été recalés par l'avance sur recettes et la Région PACA…

AV : Et le CNC a dit qu'on ne donnait pas assez d'informations sur le scénario. Mais on ne peut pas écrire ce que les gens vont dire, vu qu'on ne les connaît pas. C'est le principe des documentaires. Alors, ils nous ont refusés. On l'a ensuite présenté fini, et on a eu quelques sous.

Trouvez-vous normal d'avoir dû passer par ce financement participatif pour lancer la production ?
JR
: C'est un point extrêmement intéressant. Je me serais dit qu'avec Agnès ça allait être simple de monter un film — sachant que je n'en ai monté qu'un seul dans ma vie et que ça avait été compliqué : c'était un combat pour que des marques ne soient pas coproductrices. Quand on s'est mis à travailler ensemble, elle m'a dit avoir beaucoup de mal parce que ses films ne font pas d'argent. Aujourd'hui, on vit dans une telle crise du cinéma que ce sont surtout les comédies qui se retrouvent avec des financements. On a donc fait appel aux gens, ce que nous n'avions jamais fait de notre vie ni l'un ni l'autre : si je donne à chacun quelque chose en échange, c'est un peu comme quand moi je vends mes œuvres pour réinvestir dans mes projets. Et on a levé la somme en deux temps trois mouvements. Quelques personnes nous l'ont reproché.

Maintenant, ça pose des questions. Comment sont montés les documentaires de ce type ? Les films sur les océans ou l'écologie sont financés par des marques qui polluent ; Agnès et moi on voulait protéger ça coûte que coûte. Aux États-Unis où je vis depuis six ans, n'importe qui va mettre des sous sans se poser de questions dans un projet de skateboard électrique parce qu'il a envie que ça existe. Il est temps de bouger les mentalités pour que ça soit possible dans le cinéma. Sinon, les films comme le nôtre ne seront possibles que par le soutien de grandes marques et on deviendra des bannières publicitaires.

Un film, c'est un budget de plus d'un million. Si on veut le faire bien, il faut payer les cadreurs, six mois de montage… Il était hors de question de faire bosser les gens gratuitement, dès le début, on s'est dit que ça prendrait du temps et qu'il faudrait trouver des sous. Mais on l'a fait par étapes. Grâce à ces premiers 50 000 euros, on est partis tout de suite, et petit à petit, des gens sont venus nous aider et le film a été possible. Après Cannes, où il a été montré pour la première fois et primé [l'Œil d'or, NDLR] il a été acheté au Japon, en Italie, en Chine, aux Etats-Unis…

Qu'avez-vous appris l'un de l'autre ?
JR
: Maintenant, je ne dis plus “vieille amie”, mais “amie de longue date” ; j'arrive à placer le mot “facétieux” dans une phrase. Elle m'a appris quelques petites choses comme ça. Un peu plus de politesse, car elle me reprend tout le temps.

AV : (le reprenant) Je ne te reprend pas, non, c'est pas vrai ; j'essaie de commenter tes facéties.

JR : Grâce à moi, elle fera des FaceTime correctement. Je préfère voir ses yeux que ses oreilles. De mon petit âge, je suis content de lui avoir appris quelque chose.


Visages villages

De Agnès Varda et JR (Fr, 1h29) documentaire

De Agnès Varda et JR (Fr, 1h29) documentaire

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Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies en plein air. Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique (et magique) de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés. Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant des différences.


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Sébastien Broquet | Vendredi 17 juin 2016

Sam Clayton, l'homme de l'ombre

Le point de départ, la cheville ouvrière du projet, c’est Sam Clayton Jr. Peux-tu nous conter qui est ce personnage de l’ombre mais omniprésent, comment tu l’as rencontré, le lien qui s’est tissé entre vous deux ? Martin Nathan : Sam est un personnage fascinant, au parcours atypique. Jamaïcain, il est le fils de Brother Samuel Clayton, qui pris la direction en 1976 des Mystic Revelation of Rastafari, au départ de Count Ossie. Après avoir longuement vécu à New York, il s'est installé en France, où nous nous sommes rencontrés il y a une quinzaine d'années. C'est un ami depuis. Ingénieur du son hors pair, il est aussi connu pour ses talents "d'entremetteur" en quelque sorte. Via ses innombrables connections sur l'île, c'est lui qui m'a ouvert les portes du mythique studio Harry J à Kingston, et qui y a fait venir les artistes qui ont participé au projet. LES AUTRES ÉPISODES

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Varda et ses dames

Ciné Collection | Seule réalisatrice (ou presque) à avoir accompagné la Nouvelle Vague — qu’elle a même précédée d’une courte pointe avec La Pointe Courte (1955) — Agnès Varda n’est (...)

Vincent Raymond | Mercredi 4 mai 2016

Varda et ses dames

Seule réalisatrice (ou presque) à avoir accompagné la Nouvelle Vague — qu’elle a même précédée d’une courte pointe avec La Pointe Courte (1955) — Agnès Varda n’est pas le type d’auteure à s’enfermer dans un cinéma genré : ses films parlent de tout le monde, et s’adressent à tout un chacun comme à chacune. Pour autant, il lui est arrivé de capturer des portraits singuliers de personnages féminins, tels ceux de Cléo et Mona — des francs-tireuses à leur manière, livrées à leur solitude et à leurs angoisses. Par-delà des années, les héroïnes respectives de Cléo de 5 à 7 (1962) et de Sans toi ni loi (1985) partagent errance et incertitude. La première en temps réel et en noir et blanc redoute les résultats d’un examen médical ; la seconde fait la route comme si elle fuyait le spectre hideux de la stabilité, annonciateur de son inéluctable mort. Deux femmes en mouvement dans des sociétés rigides, deux rôles prodigieux offerts à des comédiennes aussi dissemblables que possibles : la délicate Corinne Marchand campe chignon relevé une Cléo toute entière absorbée par ses tourments intérieurs, quand Sandrine Bonnaire à peine échappée de l’étre

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10 Cloverfield Lane

ECRANS | de Dan Trachtenberg (É-U, 1h50) avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

10 Cloverfield Lane

En 2008, Matt Reeves électrochoquait le principe du film catastrophe apocalyptique en hybridant faux found footage et monstres exterminateurs dans Cloverfield, une expérience de cinéma aussi accomplie du point de vue théorique que spectaculaire. Ni suite, ni spin-off classique, 10 Cloverfield Lane s’inscrit dans sa lignée en combinant atmosphère de fin du monde, huis clos sartrien avec potentiel(s) psychopathe(s)… et monstres exterminateurs. Producteur des deux volets, J.J. Abrams pourrait lancer une franchise en s’attaquant ensuite au mélo, à la comédie musicale, au polar : tout peut convenir, du moment que l’on ajoute “Cloverfield” dans le titre et intègre des monstres en codicille ! Si Cloverfield montrait une fiesta virant au massacre, puis au survival, 10 Cloverfield Lane démarre privé de toute insouciance par une rupture pour se précipiter, très vite, dans le confinement subi d’un bunker et sa promiscuité. C’est que les temps ont changé : l’inquiétude et la paranoïa règnent. Plus pressante, la menace n’est plus le seul fait d’entités étrangères ; elle émane aussi de bon gros rednecks se révélant immédiatement

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Insomniaque

MUSIQUES | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 8 mars 2016

Insomniaque

11.03.16 Ninkasi Kao Derrick May De la longue liste des musiciens inspirés venus de Détroit, Derrick May n’est pas le dernier, loin de là. Cité parmi les trois innovateurs ayant créé ce style qui fait le bonheur des kids d’aujourd’hui, la techno, il en est clairement l’un des emblèmes - de sa ville natale comme de sa famille musicale - les plus cruciaux. Créateur du label Transmat dès 1986, il inaugura en parallèle les carrières de gens comme Kenny Larkin et Carl Craig, avec lesquels il partage cet indicible groove propre à Motor City que l’on retrouve sur l’anthem Strings of Life. Clairement la soirée du mois, concoctée par Papa Maman. Pionnier. 11.03.16 Encore FunkinEven + Seven Davis Jr Il était l’une des plus belles claques de l’édition 2014 de Nuits Sonores : son set final au Marché de Gros avait mis à genoux un dancefloor déjà bien chaud, à coups de pépites house music, d’edits disco, de funk millésimé fricotant avec de l’acid bien sauvage, le tout en vinyle, à

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Nuits sonores : Seth Troxler invite Fort Romeau et Seven Davis Jr

MUSIQUES | Au tour du fantasque Seth Troxler de dévoiler le programme de son NS Days. Lui-même choisissant de clôturer le dancefloor de la salle 1830 d'un set (...)

Sébastien Broquet | Vendredi 29 janvier 2016

Nuits sonores : Seth Troxler invite Fort Romeau et Seven Davis Jr

Au tour du fantasque Seth Troxler de dévoiler le programme de son NS Days. Lui-même choisissant de clôturer le dancefloor de la salle 1830 d'un set de trois heures, précédé d'un warm-up pas encore confirmé et bientôt annoncé. Au Sucre, salle dédiée aux concerts, c’est Seven Davis Jr, le très prometteur producteur basé en Californie et signé sur Ninjatune qui ouvrira les festivités : adepte de soul music vintage, il en donne lors de ses shows une vision futuriste qui en fait l’artiste le plus intéressant de cette journée. PolyRythmic, le duo composé des deux producteurs de Chicago Kate Simko et Tevo Howard, prendra le relais pour un live réputé enjoué et en partie improvisé, avant que le solide canadien Mathew Jonson ne conclue cette scène. L’esplanade des diggers est confiée au londonien Fort Romeau, fondu de house et pétri d’influences disco, et Honey Soundsystem, crew de quatre DJs issus de la scène house de San Francisco qu'il faudra surveiller de près. Moins emballant à priori que les Days signés Garnier et MCDE dévoilés les vendredis précéde

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Lewis & co

MUSIQUES | Si on le voulait, on pourrait remplir les lignes de cet article rien qu'en énumérant le nom des différentes formations de Jeffrey Lewis (Jeffrey Lewis (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 9 juin 2015

Lewis & co

Si on le voulait, on pourrait remplir les lignes de cet article rien qu'en énumérant le nom des différentes formations de Jeffrey Lewis (Jeffrey Lewis & The Creeping Brains, Jeffrey Lewis & The Jitters, Jeffrey Lewis & The Jackals...), ce qui serait graphiquement très joli et que donc l'intéressé apprécierait sans doute. Tant parce que tout ce qui est graphique le préoccupe – Lewis est aussi dessinateur et aime le montrer sur ses pochettes – et tant, donc, il aime changer le nom de ses sidekicks. Voici donc que se pointent les Jrams, dont il faut bien parler parce que c'est avec eux, enfin elles (une batteuse et une claviériste), que ce père fondateur de l'anti-folk se présente à Lyon, un nouvel album sous le bras. Une énième petite merveille, du genre qu'on trouve sous une pierre, de la part de celui que Jarvis Cocker tient pour l'un des meilleurs paroliers du monde (ce qui n'est pas mince). Car le New-yorkais est ce genre d'alchimiste qui métamorphose ses blessures les plus profondes en (anti-)folk songs tantôt légères et court vêtues, tantôt graves (Water et sa marée de cymbales), chantées d'une voix de fond

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Insomniaque - Soirées de la semaine du 4 au 10 mars

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : The Unik et Must Die! au Transbordeur, Roy Davis Jr. au Sucre et DVS1 à la Plateforme. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 3 mars 2015

Insomniaque - Soirées de la semaine du 4 au 10 mars

06.03 EZ! #26 The Unik était l'un des grands absents de la nuit Château Bruyant, du nom de ce label versé dans l'art plus subtil qu'il n'y paraît de la bass music supermassive qu'il co-régente. Une semaine après la fin du siège mené par ses camarades au Transbordeur, il sera, au même endroit, l'un des grands présents du prochain raout LF de Totaal Rez. Un rattrapage bienvenu, d'autant qu'il précédera un set de Must Die!, étoile montante du dubstep skrillexien qui, bien qu'il se dise originaire d'Atlanta, a du grandir à l'ombre de montagnes russes, si vous voyez ce qu'on veut dire. 06.03 Encore L'an passé, Roy Davis Jr. a publié un album pour le moins étrange, Destroy and Rebuild, à la fois repoussoir de ses tentations EDM e

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Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

ECRANS | « Under electric clouds » d’Alexei Guerman Jr. « Every thing will be fine » de Wim Wenders. « Selma » d’Ava Du Vernay. « Body » de Malgorzata Szumowska. « Angelica » de Mitchell Lichtenchtein.

Christophe Chabert | Mercredi 11 février 2015

Berlinale 2015, jour 6. Le cinéma au futur antérieur.

Après une semaine de Berlinale et 25 films, on commence un peu à fatiguer. D’autant plus que les films ne font pas trop de cadeaux. À commencer par Under electric clouds d’Alexei Guerman Jr, présenté en compétition, épreuve assez rude à 9 heures du matin, sachant qu’en plus la durée annoncée (2h10) était largement sous-estimée d’une bonne dizaine de minutes supplémentaires. Là n’est pas forcément la question car eût-il été plus court ou encore plus long, le film n’en aurait pas été plus facile à avaler, tellement il nécessite qu’on s’accroche en permanence à ce qui se passe à l’écran pour espérer — mais ce n’est pas une certitude — parvenir à en percer le sens. Présenté comme une fable se déroulant en 2017 — date symbolique du centenaire de la révolution soviétique — où une poignée de personnages se croisent autour d’une tour dont la construction a été arrêtée et dont l’architecte se serait suicidé de désespoir, Under electric clouds décline ensuite en chapitres les vies de ces hommes et de ces femmes qui, d’une manière ou d’une autre, sont liés à l’édifice. Le prologue pose en voix-off ce principe narratif et explique la situation ; on

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Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

ECRANS | Comme dans les années 80, la saison estivale est devenue le moment privilégié pour exposer des classiques dans les salles. La moisson 2014 est belle du côté du Comœdia, avec notamment un thriller génial de John Frankenheimer et les aventures américaines d’Agnès Varda. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

Premier événement de cet été de classiques au Comœdia : l’exhumation d’une perle rare du thriller américain, un film matrice et pionnier de John Frankenheimer, Seconds, L’Opération diabolique (à partir du 23 juillet) où un banquier âgé et déprimé par la monotonie de son existence accepte la proposition d’une mystérieuse organisation : changer de visage et démarrer ainsi une nouvelle vie. Le visage en question est celui de Rock Hudson, et voilà notre homme propulsé dans une communauté constituée uniquement d’autres «reborns» menant la vie facile, jusqu’à ce qu’il se rende compte du prix à payer pour cette opération effectivement diabolique. Dans un noir et blanc spectaculaire signé par le vétéran James Wong Howe — qui fut le directeur photo de John Ford — Frankenheimer signait un objet culte, le premier film casse-tête de l’histoire du cinéma. Tourné en 1965, c’est aussi un prototype parfait et précoce du cinéma conspirationniste et parano qui allait envahir Hollywood cinq ans plus tard. Terres étrangères Devenu invisible depuis sa sortie en 1970, Moonwalk One (à partir du 30 juillet) de Theo Tamecke r

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«Quand t'es dans le désert…

SCENES | …depuis trop longtemps» disait la rengaine eighties de Jean-Patrick Capdevielle, retour aux bas instincts et la rudesse du rapport au corps que (...)

Nadja Pobel | Jeudi 15 mai 2014

«Quand t'es dans le désert…

…depuis trop longtemps» disait la rengaine eighties de Jean-Patrick Capdevielle, retour aux bas instincts et la rudesse du rapport au corps que prolonge Régis Pégeot dans Canicule. La sexualité y est fatalement très présente. Elle ouvre même la pièce : abrupte, sauvage, mal et peu partagée, elle demeure un lien entre trois égarés dont les repères se sont disloqués, cramés par le soleil et l’ennui. Restituer cette ambiance de perdition est la grande force de ce spectacle qui se donne les moyens de ses ambitions : cornes biscornues de mammifères et vieux tonneau rouillé gisent sur un tas de sable mordoré qu'écrasent les projecteurs. Dans ce no man’s land réaliste, ce que se racontent les protagonistes – une femme et deux hommes, dont notre collègue Christian Jeulin – passe parfois au second plan. Seules des bribes de conversations disent leur fatigue et leurs irritations les uns vis-à-vis-des autres, ponctuant une pièce surtout rythmée par un fort travail sur les corps et les déplacements. Ceux-ci auraient toutefois gagnés à être encore plus répétitifs, plus étirés, comme ce ballet d’automates que la metteur en scène (et ici excellente a

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Des rotatives aux planches

SCENES | «La critique est aisée, mais l'art est difficile». Au Petit Bulletin, nous avons évidemment peu de sympathie pour ce dicton et son auteur, l'oubliable (et (...)

Benjamin Mialot | Mardi 29 avril 2014

Des rotatives aux planches

«La critique est aisée, mais l'art est difficile». Au Petit Bulletin, nous avons évidemment peu de sympathie pour ce dicton et son auteur, l'oubliable (et oublié) dramaturge Philippe "Destouches" Néricault. Deux membres du journal l'ont toutefois pris au pied de la lettre : Christophe Chabert et Christian Jeulin. Le premier, critique cinéma de son état, s'est essayé à la mise en scène l'an passé avec Effraction, drôle de huis clos criminel qui sous son atmosphère électrique planquait un discours acéré sur les rapports de domination. Il récidive du 6 au 31 mai au Boui Boui avec Ventes privées, ou les petites mésententes et grosses querelles de copines de lycée devenues antagonistes sociaux, incarnées par les charmantes et épatantes Alexandra Bialy et Thaïs Vauquières. Le second, head honcho de notre service commercial, mène de son côté une belle petite carrière de comédien sous la direction de Meissoune Majri-Pégeot. Après Variations sur M., qui revisitait sur un mode chic et décadent L'Homme à tête de chou de Gainsbourg, il sera cette saison à l'affiche de Canicule du 13

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Cases départ

CONNAITRE | L'an passé, la rentrée BD nous était apparue tristement routinière. Cette saison, c'est tout le contraire : de dédicaces majeures en initiatives éditoriales de niches, il y a d'ores et déjà de quoi légitimer pas mal de RTT. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 26 septembre 2013

Cases départ

Après un démarrage sur les chapeaux de roue avec Eric Powell et Julie Maroh, la rentrée BD se tasse un peu. Pour une raison toute bête : les libraires élaborent leur calendrier quasiment au jour le jour. Difficile, en conséquence, d'avoir une visibilité au-delà du mois d'octobre, sauf chez La BD, où se profilent deux événements : une masterclass au cours de laquelle Denis Bajram présentera la suite d'Universal War One, le magistral space opera qui l'a fait connaître au tournant du siècle (le 29 novembre) ; une rencontre avec Philippe Geluck (le 11 décembre), dont on ne peut que saluer la longévité artistique (les premiers gags du Chat datent de 1983), quand bien même il

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Dinosaur Senior

MUSIQUES | Créature à trois pattes et famille dysfonctionnelle, Dinosaur Jr. fut l’un des piliers de l’indie rock des années 80-90 et un annonciateur du grunge, avant d’exploser en une déflagration d’egos et de non-dits. Miraculeusement rabiboché en 2005, le mastodonte de J. Mascis et Lou Barlow connaît une seconde jeunesse plus sereine mais tout aussi bruyante. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 16 mai 2013

Dinosaur Senior

Avec quelques autres, Dinosaur Jr. a contribué à semer le vent dont Nirvana récolta la tempête. Et s’il fallait comparer chacun des piliers de l’indie rock à un Cavalier de l’Apocalypse, nous dirions que Sonic Youth fut Pestilence (aussi appelé Conquête), le déclencheur, introduisant dans le fruit le ver d’une révolte sonique (voir encadré) ; les Pixies seraient Guerre, cheval rouge comme le visage hurlant de Black Francis, imposant la dynamique furieuse et létale du morceau qui brise la nuque ; Nirvana, bien sûr, serait Mort, incarnant à la fois l’avènement ultime de l’Apocalypse, la Révélation et dans le même temps l’achèvement du mouvement par le geste symbolique que l’on sait. Manque le troisième cavalier, Famine. C’est Dinosaur Jr., cheval (de trait) noir claudiquant car, comme dans la Bible, porteur d’une balance qu’il n’a jamais su maintenir en équilibre. Famine, car Dinosaur Jr. dont on a dit qu’il était à Nirvana ce que Chuck Berry fut aux Beatles, laissa quoi qu’on en dise le monde de l’indie rock sur sa faim, se fossilisant dans sa propre aigreur. «Ear-bleeding

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Iron Man 3

ECRANS | Ce troisième volet des aventures de Tony Stark n’est pas à la hauteur des deux précédents, et l’arrivée de Shane Black derrière la caméra s’avère plutôt contre-productive, partagé entre retrouver son mauvais esprit des années 80 et s’inscrire dans une ligne post-"Avengers". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Iron Man 3

Les deux premiers Iron Man avaient séduit par leur sens du contre-courant : à une époque où les super-héros au cinéma se devaient d’avoir une névrose intime et où le réalisme à la Nolan commençait à faire école, Jon Favreau, pourtant pas le cinéaste le plus fin de la terre, avait fait de Tony Stark un homme sans états d’âme, déconneur et flambeur, œuvrant pour la bonne cause comme un industriel exploiterait un marché juteux. Surtout, Iron Man se confondait avec son acteur, Robert Downey Jr, dont le débit mitraillette et la décontraction affichée avaient dans le fond plus de poids que la lourde armure qui le transformait en justicier. Une sorte de héros cool et pop dont ce troisième volet ne sait plus tellement quoi faire… Shane Black, scénariste culte dans les années 80 et 90, réputé pour son esprit badass et ses vannes provocatrices, par ailleurs auteur d’une très bonne comédie policière déjà avec Downey Jr, Kiss Kiss Bang Bang, a été appelé à la rescousse de la franchise, et se retrouve avec un fardeau à porter : faire le premier film de super-héros

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Insomniaque - Semaine du 20 au 26 mars

MUSIQUES | 22.03. Zuper! #5Lancées au crépuscule de l'année 2012, les soirées Zuper! ont, comme le laisse supposer leur nom, d'une fantaisie phonétique à faire passer Michel (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 14 mars 2013

Insomniaque - Semaine du 20 au 26 mars

22.03. Zuper! #5Lancées au crépuscule de l'année 2012, les soirées Zuper! ont, comme le laisse supposer leur nom, d'une fantaisie phonétique à faire passer Michel Leeb pour un imitateur, pour ambition de programmer la crème des producteurs d'Outre-Rhin. Jusqu'à présent, elles y parviennent plutôt bien, même si la cinquième, accueillie à la Plateforme, aura pour tête d'affiche un Français au pseudo latino : Rodriguez Jr. Ça va que le bonhomme est signé chez Mobilee (Berlin) et que sa tech house n'a rien à envier en groove et en sophistication à celle de ses labelmates.    

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Dinosaur Jr. À l'Epicerie Moderne le 29 mai.

MUSIQUES | On l'attendait (si, si) depuis sa reformation complète et trois albums : le Dinosaur Jr. Le 29 mai à l'Epicerie Moderne, ce sera donc Jurassic Park, Le (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 18 février 2013

Dinosaur Jr. À l'Epicerie Moderne le 29 mai.

On l'attendait (si, si) depuis sa reformation complète et trois albums : le Dinosaur Jr. Le 29 mai à l'Epicerie Moderne, ce sera donc Jurassic Park, Le Monde Perdu d'Arthur Conan Doyle et Godzilla – la vie a un peu irradié le trio – en même temps. Les murs trembleront lourdement comme à l'approche d'un diplodocus au son de la basse de Lou Barlow et de la batterie de Murph cependant que des vélociraptors aiguiseront leurs dents sur les guitares de J Mascis – qui dit-on ressemble de plus en plus à sa grand-mère. Oui, il y aura pour beaucoup l'impression d'être revenu à l'âge de pierre – et un peu d'or aussi – du grunge ou plus généralement de l'indie rock. Avec, en plus, des types bien épaissis qui ont un peu l'air de sortir de leur caverne. Mais ça n'en sera que meilleur et l'occasion de sortir les vieux pulls et les vieilles grosses baskets qu'on avait fait semblant de jeter. Les places seront en vente dès mercredi.

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The Delano Orchestra

MUSIQUES | EITSOYAM (Kütü Folk/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 4 février 2013

The Delano Orchestra

A sa manière, le label Clermontois Kütü Folk a toujours été l'équivalent français de son collègue canadien Constellation. Au sens où chez l'un, Kütü, comme chez l'autre, Constellation – qui ajoute une dimension résolument politique à sa raison d'être –, l'on ne voit la pratique musicale et tout ce qui l'entoure que comme un artisanat. Ce qui, outre la découverte de quelques talents bien salés, a longtemps valu à Kütü Folk, d'être le label-où-l'on-coud-ses-pochettes-à-la-main – un usage de l'aiguille alors bien peu répandu dans l'univers du rock. Xxx De ce collectif devenu label qui abrite aujourd'hui joyaux locaux (St Augustine, également membre fondateur, Zak Laughed) aussi bien qu'« estrangers » (Hospital Ships, SoSo), The Delano Orchestra tire depuis toujours plus ou moins les ficelles. Longtemps celles-ci son restées résolument folk. Mais comme le label, TDO a opéré avec l'énigmatique EITSOYAM une mue esthétique aussi impressionnante que légèrement entrevue sur leur précédent disque Will anyone else leave me. Dans une atmosphère amniotique et une lumière de nuit américaine qui vire au crépuscule islandais avorté –

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Dinosaur Jr

MUSIQUES | I Bet on Sky (Jagjaguwar/Pias)

Stéphane Duchêne | Mardi 25 septembre 2012

Dinosaur Jr

Avec les années, pas loin de trente, Dinosaur Jr aurait peut-être eu meilleur goût de se rebaptiser Denver (ou Amherst, du nom de leur bled d'origine), le dernier dinosaure. Entendez : dernier dinosaure du grunge et de ce mouvement slacker (« branleur » en Français) qui lança tendances et mouvements artistiques muant la force d'inertie d'une génération en théorie du chaos quotidien : du Slacker de Richard Linklater à Clerks de Kevin Smith, du Génération X Douglas Coupland à Harmony Korine en passant par le Reality Bites de... Ben Stiller. Sauf que la bande d'un J Mascis rabiboché depuis 2005 avec ses bassiste et batteur historiques (le grand Lou Barlow, prince protéiforme de la lo-fi (Sebadoh, Sentridoh,

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Date limite

ECRANS | De Todd Phillips (ÉU, 1h35) avec Robert Downey Jr, Zach Galifianakis…

Christophe Chabert | Lundi 8 novembre 2010

Date limite

À la fois buddy movie et road movie, "Date limite" est à "Very bad trip" ce que "Funny People" était aux précédents films de Judd Apatow : une variation douce-amère, moins drôle mais plus profonde. Peter, un architecte propre sur lui (Downey Jr, sobre, remarquable) et Ethan, un hurluberlu qui veut devenir acteur à Hollywood (Galifianakis, mélange détonnant de lourdeur et de subtilité) doivent tailler la route ensemble, entre coups de gueule et coups de blues. Détail qui donne tout son sens à cette rencontre de fiction : Peter va devenir père et Ethan promène les cendres du sien dans un paquet de café. Le scénario orchestre des variations autour de ce thème, certaines réussies (les deux gamins turbulents de Juliette Lewis), d’autres avortées (la sous-intrigue avec Jamie Foxx, à la conclusion expéditive). "Date limite" parvient, dans ses meilleurs moments, à faire vaciller la frontière entre le comique et le tragique : une engueulade avec un vétéran de l’Irak, une séquence où Ethan contourne ses piètres talents d’acteur en se laissant déborder par l’émotion… Sans oublier l’ambivalence de son attirance pour Peter : homosexualité ou solitude ? Todd Phillips laisse des points de susp

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Iron Man 2

ECRANS | Blockbuster ludique, théorique et même politique, "Iron Man 2" confirme la bonne surprise de son premier volet : la naissance d’un super-héros différent dont les aventures sont aussi divertissantes que riches de sens. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 avril 2010

Iron Man 2

Le blockbuster de printemps annonce l’arrivée des beaux jours et la promesse d’un été américain, souvent en deçà de ce coup d’éclat inaugural. Évidemment, le Iron Man 2 de 2010 est moins surprenant que le Star Trek de 2009 ou… le Iron Man de 2008 ! Et pourtant, il est encore mieux… Il y a deux ans, on ne misait pas grand-chose sur cette énième adaptation de comics, lassés par trop de sous Spider-man (dont le 3e du nom !) et plutôt flippés par la présence derrière la caméra de Jon Favreau, acteur comique de seconde zone reconverti dans la mise en scène de navets. Contre toute attente, Iron Man nous avait épatés : le film se payait le luxe de repenser la manière de construire un super-héros en affichant, dans une posture aussi ludique que théorique, son "making of" à l’écran. D’abord choisir un acteur ; pas n’importe lequel, le génial Robert Downey Jr, revenu de la came et de l’alcool pour s’établir en comédien ultra-populaire aussi à l’aise chez les grands auteurs — Fincher — les francs-tireurs — Stiller — que dans cette machine moins lourde qu’on ne le pensait. Downey Jr, comme il le disait à la fin du film, est Iron Man : un

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Sherlock Holmes

ECRANS | De Guy Ritchie (ÉU-Ang, 2h08) avec Robert Downey Jr, Jude Law…

Christophe Chabert | Jeudi 28 janvier 2010

Sherlock Holmes

Alléchant sur le papier, décevant à l’arrivée, ce "Sherlock Holmes" relooké par Guy Ritchie souffre, de la première à la dernière image, d’un trop-plein fatigant. Ça ne part pas mal, pourtant, Ritchie ayant la bonne idée de s’inspirer d’"Iron Man" pour construire autour des ambivalences de son acteur (c’est le même : Robert Downey Jr) une vision nouvelle du personnage. C’est l’homosexualité latente et la jalousie patente entre Holmes et le Docteur Watson qui attirent surtout l’attention. Deux vieux garçons qui vivent ensemble, une fille au milieu, et en avant pour un marivaudage sans conséquence mais plutôt bien vu. Problème : le film est aussi un blockbuster et nous embarque dans un scénario compliqué plus que complexe, mélangeant dans un sacré foutoir surnaturel et théories du complot. Ritchie en rajoute dans le montage épileptique, l’action surdécoupée, les explosions massives et les effets spéciaux filmés pour eux-mêmes. Pas de bol : Cameron et son "Avatar" sont passés par là, et ont rappelé que la mise en scène, c’est d’abord de l’espace et de la durée, pas une centrifugeuse à images. Du coup, ce "Sherlock Holmes" paraît déjà un peu daté… CC

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Notorious B.I.G.

ECRANS | De George Tillman Jr. (ÉU, 1h55) avec Jamal Woolard, Derek Luke…

Dorotée Aznar | Lundi 22 juin 2009

Notorious B.I.G.

Aaaaaaaah, le hip-hop américain, ses gangstas originels, ses biatchs, ses fringues de luxe, ses effluves de cigare et de spliff, ses rappeurs morts dont on ne cesse de souiller la légende… Dernière victime en date, l’étoile filante Notorious B.I.G. alias Biggie Smalls alias Christopher Wallace, magicien du flow passé à la moulinette du biopic formaté pour une soirée hommage sur MTV. Si la performance habitée du nouveau venu Jamal Woolard fait plus que convenablement illusion, le traitement du sujet, entre mythification béate et distance maladroitement gérée, ne fait que survoler l’aura du personnage, préférant l’épate bling-bling ringarde à une quelconque vision. FC

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«Des images pour le dire»

ECRANS | Entretien / Agnès Varda, au fil de la parole, aussi libre que son dernier film. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2008

«Des images pour le dire»

«J’ai fait rentrer dans tous mes films des moments de vie, de la mienne et des autres. Par exemple, dans Daguerréotypes, il y avait ce merveilleux boulanger et sa femme… Je signale qu’il y a un double DVD regroupant ce film et Cléo de 5 à 7. Cléo de 5 à 7, c’est de la fiction, sur la peur de cette fille qui marche dans Paris ; Daguerréotypes, je l’ai filmé dans ma rue, c’est le Paris des petits commerçants. Ce double DVD est vraiment comme je suis : un peu attiré par la fiction, l’imaginaire, et énormément attiré par les vrais gens. Je ne peux pas dire comme j’aime les mots d’amour de cette boulangère qui dit : «Il venait livrer le pain dans ma campagne, j’attendais le mercredi pour le voir.» C’est aussi beau que n’importe quelle tirade littéraire.» Mémoire«On peut tricher avec la mémoire. J’ai connu beaucoup de gens que j’aime qui ont perdu la mémoire et moi, je la perds aussi, doucement mais sûrement. Ma mère avait été élevée avec douze frères et sœurs, mais elle n’avait eu que cinq enfants. Quand elle parlait, elle parlait toujours de ses frères et sœurs, et jamais de ses enfants. La perte de mémoire est une extraordinaire liberté ! Ma mère était dans un brouillard q

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Les Plages d'Agnès

ECRANS | Cinéma / Dans son dernier film, Les Plages d’Agnès, Agnès Varda raconte «à reculons» l’histoire de sa vie, qu’elle transforme en leçon magnifique sur le plaisir de fabriquer du cinéma avec la réalité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 décembre 2008

Les Plages d'Agnès

Tout commence par un miroir posé sur une plage. Puis d’autres miroirs, encore. Les vagues viennent les caresser, à moins qu’elles ne caressent le reflet que l’on voit à l’intérieur. Au commencement de la vie d’Agnès Varda était une plage, celle de son enfance. Et au commencement de sa vie d’artiste était le cadre, celui des photos qu’elle prenait en arrivant à Paris, s’arrachant à sa famille mais aussi au souvenir de la Guerre et de ses blessures. Et puis il y eut d’autres cadres, ceux des films qu’elle a tournés dès 1954, cinq ans avant la Nouvelle Vague. Le miroir sur la plage dit tout cela, une vie de femme et une vie de cinéaste, réunies par cet œil qui isole et rend visible le réel, le passe par un prisme personnel nourri par les événements intimes et historiques, puis le sublime par la qualité du regard de l’artiste. L’Histoire dans une vieLes Plages d’Agnès, c’est donc la vie d’Agnès Varda, mais ce n’est pas seulement une autobiographie ; c’est aussi du très grand cinéma moderne, une ode au plaisir de filmer et de monter, ainsi qu’une ode aux gens qui rentrent un temps dans le cadre, ceux qu’on n’oublie jamais et qu’on passe une existence à faire vivre le souveni

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Tonnerre sous les tropiques

ECRANS | Des acteurs égocentriques tournent un film de guerre opportuniste, mais la fiction est dépassée par la réalité. Un jeu de massacre satirique et hilarant signé Ben Stiller. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 10 octobre 2008

Tonnerre sous les tropiques

C’est le genre de folie que s’offre Hollywood de temps en temps. Steven Spielberg et John Mac Tiernan l’avaient fait avec 1941 et Last action hero, et l’avaient payé cher. Beaucoup prédisaient la même chose à Tonnerre sous les tropiques… Non seulement Ben Stiller a sauvé sa peau au box-office mais il va être difficile de faire comme si cette tornade hilarante n’existait pas la prochaine fois qu’on nous refourguera une superproduction débile. Mettre à nu les câbles énormes derrière le cinéma américain pour s’en moquer et moquer, au passage, le pays qui l’abrite : voilà le projet de ce blockbuster parodique. Tonnerre sous les tropiques est l’adaptation d’un livre sur le Viêt Nam retraçant l’expérience de Four-leaves, revenu du merdier avec deux mains en moins. Pour interpréter les membres de son commando, on a réuni un yakayo en perte de vitesse (Stiller), un comique héroïnomane (Jack Black, célèbre grâce à La famille Prout !), un acteur australien adepte de la Méthode (Robert Downey Jr, qui s’est fait dépigmenter la peau pour jouer un sergent noir), une vedette du rap ayant pris comme pseudo Alpa Chino (Brandon Jackson) et un geek pucea

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