César doit mourir : "La Planète des Singes - Suprématie" de Matt Reeves

Saga | Dans cet ultime volet de la trilogie, tout est bien qui finit simien. Mais qu’on ne compte pas sur nous pour révéler le pourquoi du comment : les Humains n’ont sur cette Planète plus voix au chapitre…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Photo : © Twentieth Century Fox France


Chef incontesté des Singes, César aspire à vivre en paix avec son peuple. Mais un bataillon mené par le Colonel vient le défier en semant la mort parmi les siens. Le chimpanzé parlant se résout donc à l'affronter. En route vers son destin, il adopte une étrange fillette muette…

La Planète des Singes est l'exemple rare d'une franchise dont l'intérêt ne s'émousse pas au fil des épisodes. Au volume 3 de la série en cours — dont César est le fil conducteur — on assiste même à un point d'orgue épique et tragique : Suprématie n'a rien d'une conclusion sommaire sans enjeu. C'est un total western darwinien.

S'il propose sa récurrente lecture écologique en plaçant à nouveau l'humain en situation d'“espèce menacée” (l'inscription se trouve d'ailleurs arborée par un soldat sur son casque) du fait de l'avènement des singes, il suggère un moyen plus raffiné pour oblitérer l'ancien maître de la planète de son humanité — qui ne constituera cependant pas une surprise aux familiers de la saga.

Au-delà, Suprématie ressemble à une variation sur les batailles entre tribus amérindiennes et l'armée américaine (soi-disant plus "civilisée"), où le dominé prendrait sa revanche sur le dominant. César venge tous les chefs rebelles sacrifiés sur l'autel de leur cause, depuis Spartacus jusqu'à Sitting Bull. Et cela, sans pétarade superflue, merci Matt Reeves.

de Matt Reeves (É-U, 2h22) avec Andy Serkis, Woody Harrelson, Judy Greer…


La Planète des singes - Suprématie

De Matt Reeves (ÉU, 2h20) avec Andy Serkis, Woody Harrelson...

De Matt Reeves (ÉU, 2h20) avec Andy Serkis, Woody Harrelson...

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Dans ce volet final de la trilogie, César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.


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Une ville mise aux placards : "3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance"

Le film de la semaine | Marqué par un enthousiasmant trio d’interprètes (Frances McDormand/Woody Harrelson/Sam Rockwell) et une narration exemplaire, ce revenge movie décalé nous fait tomber avec délices dans le panneau. Le Midwest, le vrai…

Vincent Raymond | Mercredi 17 janvier 2018

Une ville mise aux placards :

Excédée par l’inertie de la police dans l’enquête sur le meurtre de sa fille, l’opiniâtre Mildred le fait savoir sur trois pancartes géantes jusqu’alors à l’abandon au bord d’une route peu fréquentée. Les conséquences indirectes de cette initiative dépasseront tout ce qu’elle aurait pu imaginer… La présence en tête de gondole de Frances McDormand biaise sans doute l’appréciation. N’empêche : Joel & Ethan Coen auraient pu signer 3 Billboards… Son scénariste et réalisateur, Martin McDonagh, qui s’était déjà illustré avec Bons baisers de Bruges (2008) — polar sérieusement déviant en dépit de son titre français bien naze — fond en effet avec une maestria comparable chronique sociale et sarcasme décapant dans une matrice de film noir. Certes, la géographie les sépare (McDonagh opte pour le Missouri quand les Coen balancent entre la froidure du Minnesota et le torride du Texas), mais le creuset humain est le même : une population globalement rurale riche en stéréotypes conservateurs ; un vase clos éloigné de l’administration fédérale conspuée à l’envi.

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« Notre plus grande force, c’est notre empathie émotionnelle » selon Matt Reeves

La Planète des Singes : Suprématie | Avec "La Planète des Singes : Suprématie", le réalisateur de "Cloverfield" Matt Reeves clôt la Trilogie simiesque, toujours accompagné par l’indispensable Andy Serkis. Rencontre avec deux sacrés primates.

Vincent Raymond | Mercredi 2 août 2017

« Notre plus grande force, c’est notre empathie émotionnelle » selon Matt Reeves

Qu’avez-vous souhaité explorer dans cet ultime volet de la trilogie ? Matt Reeves : Je voulais montrer ce moment où le personnage de César risquait de perdre l’empathie émotionnelle qu’il éprouve autant pour les Hommes que pour les Singes — car il n’est ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre —, et sur laquelle repose son héroïsme. Cela m’intéressait de mettre le spectateur pendant deux heures dans la peau de César, confronté à la guerre entre les humains, mais aussi à une lutte intérieure comme nous en connaissons tous. Andy Serkis : J’ai beaucoup de chance d’avoir participé à une telle trilogie, qui a une âme, un sens, une vérité et un message politique. C’est incroyable d’avoir pu passer de l’enfance à la fin de vie, mais aussi de voir un personnage de leader trouvant sans cesse des solutions pacifiques découvrir le phénomène de la haine. Le faire passer à l’acte, voire tuer, était pour moi un formidable défi physique et psychologique. Bien qu’étant de tous les plans, vous n’êtes jamais jamais reconnaissable à l’écran. Que retrouvez-vous de vous en César ? AS : Je me vois

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10 Cloverfield Lane

ECRANS | de Dan Trachtenberg (É-U, 1h50) avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

10 Cloverfield Lane

En 2008, Matt Reeves électrochoquait le principe du film catastrophe apocalyptique en hybridant faux found footage et monstres exterminateurs dans Cloverfield, une expérience de cinéma aussi accomplie du point de vue théorique que spectaculaire. Ni suite, ni spin-off classique, 10 Cloverfield Lane s’inscrit dans sa lignée en combinant atmosphère de fin du monde, huis clos sartrien avec potentiel(s) psychopathe(s)… et monstres exterminateurs. Producteur des deux volets, J.J. Abrams pourrait lancer une franchise en s’attaquant ensuite au mélo, à la comédie musicale, au polar : tout peut convenir, du moment que l’on ajoute “Cloverfield” dans le titre et intègre des monstres en codicille ! Si Cloverfield montrait une fiesta virant au massacre, puis au survival, 10 Cloverfield Lane démarre privé de toute insouciance par une rupture pour se précipiter, très vite, dans le confinement subi d’un bunker et sa promiscuité. C’est que les temps ont changé : l’inquiétude et la paranoïa règnent. Plus pressante, la menace n’est plus le seul fait d’entités étrangères ; elle émane aussi de bon gros rednecks se révélant immédiatement

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La Planète des singes : l’affrontement

ECRANS | Cruelle déception : cette deuxième partie censée expliciter les origines du récit de Pierre Boulle ne possède ni l’efficacité, ni la puissance politique du premier volet, Matt Reeves se coulant dans le moule industriel du blockbuster estival. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

La Planète des singes : l’affrontement

Alors que personne ne misait un kopeck sur son éventuelle réussite, La Planète des singes : les origines avait séduit à peu près tout le monde par son mélange d’exploit technique et d’efficacité narrative, sans parler de son étonnant contenu politique, où les esclaves-singes se révoltaient contre leurs maîtres-humains. Rupert Wyatt et ses deux scénaristes, Rick Jaffa et Amanda Silver, avaient eu l’intelligence de coller aux codes du film de prison pour conférer à ce prequel la vitesse et la sécheresse des meilleures séries B. Dans un monde bien fait, on aurait dû en rester là et regarder en boucle ce modèle de divertissement intelligent. Mais la loi hollywoodienne exige qu’on ne laisse jamais un succès dormir sur ses deux oreilles… Wyatt au placard, remplacé par Matt Reeves, Jaffa et Silver cornaqués par le renégat Mark Bomback — le dernier Wolverine, le quatr

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Insaisissables

ECRANS | Un piteux exercice de manipulation, hypocrite et rutilant, avec un casting de luxe que Louis Leterrier n’arrive jamais à filmer, trop occuper à faire bouger n’importe comment sa caméra. Nullissime. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 5 août 2013

Insaisissables

De son apprentissage chez EuropaCorp comme yes man pour les scénarios torchés à l’arraché par Luc Besson, Louis Leterrier a visiblement retenu plusieurs leçons, toutes mauvaises : d’abord, confondre montage et rythme, mouvements incessants de caméra et retranscription de l’action. Il faut voir l’introduction d’Insaisissables, sorte de bouillie filmique d’une laideur visuelle à pleurer de dépit, pour saisir l’étendue du désastre. Aucun élément ne semble attirer le regard de Leterrier : ses plans n’enregistrent rien, s’annulent les uns les autres et chaque présentation d’un des magiciens se fait dans une hystérie de vulgarité putassière là encore bien bessonienne : les filles se foutent à poil — un peu — mais le sexe n’a jamais lieu, et lorsque le mentaliste de la bande hypnotise un couple, c’est avant tout pour fustiger l’infidélité du mari. Là où Insaisissables devient franchement insupportable, c’est quand ce grand barnum que l’on peine à qualifier de mise en scène finit par atteindre le casting lui-même, pourtant prestigieux. Leterrier ne s’intéresse absolument jamais à ces acteurs, ne leur donnant aucun espace pour jouer, les filmant à moitié dans l’obscurité

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7 psychopathes

ECRANS | De Martin McDonagh (Ang, 1h50) avec Colin Farrell, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Christopher Walken…

Christophe Chabert | Mardi 22 janvier 2013

7 psychopathes

Dans 7 psychopathes, Colin Farrell incarne un scénariste alcoolique, coincé sur un script intitulé 7 psychopathes. Du coup, il ne faut pas avoir fait de hautes études pour oser l’identification entre le personnage et l’auteur du film, Martin McDonagh — même si on ne sait rien de ses penchants pour la bibine. En revanche, quand on voit Farrell et son pote taré (Sam Rockwell, au-delà du cabot) devant un Kitano au cinoche, alors que le précédent film de McDonagh, Bons baisers de Bruges, se référait avec malice au Sonatine du maître Takeshi, il n’y a plus de doute sur le degré de mise en abyme. Le problème, comme souvent dans ce genre de projets où l’écriture de la fiction et sa mise en scène à l’écran se fondent l’une dans l’autre, c’est de conserver une rigueur narrative là où le grand n’importe quoi est évidemment autorisé. Alors que McDonagh n’a même pas encore tiré le portrait des sept psychopathes du titre, le voilà déjà en train d’en fusionner deux en un, puis d’en faire le co-auteur de l’histoire des autres psychopathes… Vous n’y comprenez rien ? Normal, le film cherche la confusion et broie dans son délire tous ses atouts,

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Cadavres à la pelle

ECRANS | De John Landis (Ang, 1h31) avec Simon Pegg, Andy Serkis…

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Cadavres à la pelle

Comme Joe Dante ou John Carpenter (avec qui il officia au sein des Masters of horror), les années 2000 ont été dures pour John Landis. Son retour avec cette comédie où l’on sourit plus que l’on ne rit est une relative bonne nouvelle, même si le film a l’air d’avoir dix ans de retard (ce qui lui donne paradoxalement un petit charme rétro). Landis prend son temps pour raconter les tribulations de deux pauvres types dans l’Angleterre victorienne, assassinant plus misérable qu’eux pour vendre des cadavres aux anatomistes londoniens. Entre Pegg le romantique et Serkis le pragmatique, le film développe un humour gentillet loin du rire noir promis, et Landis glisse ici et là ses habituels clins d’œil cinéphiles. Voir "Cadavres à la pelle", c’est comme aller boire une bière avec un pote qu’on n’a pas vu depuis longtemps : on passe un bon moment, mais on l’a oublié au réveil.Christophe Chabert 

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Bienvenue à Zombieland

ECRANS | De Ruben Fleischer (ÉU, 1h20) avec Jesse Eisenberg, Woody Harrelson…

Dorotée Aznar | Vendredi 20 novembre 2009

Bienvenue à Zombieland

C’est le genre d’anomalie qu’on aimerait voir plus souvent : la première réalisation d’un inconnu, nanti d’un budget confortable pour donner vie à une comédie… avec des zombies. Ruben Fleischer ne cache pas son admiration pour le génial Shaun of the Dead mais parvient à s’en démarquer, penchant plus pour le teen-movie initiatique que pour la comédie romantique. Dans un monde, pardon, une Amérique envahie par les morts-vivants, Colombus (Jesse Eisenberg, la révélation d’Adventureland) va se composer une famille d’adoption constituée d’un redneck spécialiste du démastiquage de zomblards et de deux sœurs roublardes. Personnages attachants, mise en scène à l’efficacité surprenante, variations hilarantes sur les codes du genre, situations jouissives (guettez l’apparition d’une célébrité inattendue), Bienvenue à Zombieland se pose comme une œuvre dont la légèreté n’exclue pas de vraies qualités artistiques. François Cau

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Cloverfield

ECRANS | Un blockbuster tourné en faux-direct où des monstres attaquent Manhattan : Matt Reeves et JJ Abrams arrivent, malgré des faiblesses criantes, à renouveler le film-catastrophe en inaugurant la grande tendance de ce début d'année. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 février 2008

Cloverfield

Après un avertissement mystérieux nous prévenant que le film que nous allons voir à été retrouvé sur le site anciennement appelé «Central Park», Cloverfield démarre en caméra vidéo subjective sur une poignée de séquences absolument inintéressantes. Un petit couple au saut du lit, elle nue dans les draps, lui derrière sa DV ; «Ça va se retrouver sur Internet !», lui (et nous) dit-elle. Plus tard, la caméra a changé de main, et la demoiselle d'amoureux. C'est maintenant un geek lourdaud qui filme la soirée d'adieu de l'amant éconduit, et chaque participant doit lui enregistrer un petit message. Comme on regarde la cassette en entier, on se farcit toutes les longueurs et tous les ratés de cet amateur plutôt doué pour le cadre. Après une énorme explosion, la panique s'installe, tous les convives fuient dans la rue où ils assistent, médusés, à la décapitation de la statue de la liberté. You entube Qu'on se le dise, Cloverfield repose sur un concept malin proprement piqué à celui du Projet Blair Witch, en plus abouti toutefois. JJ Abrams, créateur de Lost et véritable instigateur de la supercherie, pratique ainsi

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