Festival Lumière : Godard se fait la belle

Vincent Raymond | Jeudi 31 août 2017

Photo : © DR



Le Redoutable

De Michel Hazanavicius (Fr, 1h47) avec Louis Garrel, Stacy Martin...

De Michel Hazanavicius (Fr, 1h47) avec Louis Garrel, Stacy Martin...

voir la fiche du film


Paris 1967. Jean-Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu'il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde. Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoiste hors système aussi incompris qu'incompréhensible.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Food Society : à voir…

Food Court | Food Society, l'une des deux nouvelles extensions gastronomico-cool de la Part-Dieu, en envoie plein la vue. Côté goût, ce n'est pas encore ça, par contre.

Adrien Simon | Mercredi 25 août 2021

Food Society : à voir…

Les temps de construction aidant, il y a des projets qui, quand ils s'achèvent, semblent surgis du passé. Ainsi cette extension de la Part-Dieu : quatre ans de travaux, 400M€, 32 000m2 de boutiques supplémentaires. Le cours des choses fait que l’ensemble s’inaugure finalement en pleine multi-crise (sanitaire, économique, écologique). En deux fois : à l’automne les nouvelles échoppes, et cet été une offre de restauration tendance. Un espace de shopping ne saurait se passer désormais d’un espace food, snacking, lunching. Ce qu’on appelait jusque-là un "centre commercial" se veut un "nouveau lieu du vivre ensemble". Et la cuisine, comme (le reste de) la culture, peut bien servir à vendre des fringues. Le mall face à la gare s’est donc agrandi vers l’ouest, avec notamment un ensemble de toits terrasses, modestement appelés « les jardins suspendus ». On les rejoint par des escaliers dits « monumentaux » et on débouche sur le RoofPop d’un côté et le Food Society, de l’autre. C'est ce dernier qui nous intéresse, puisqu’il annonce réunir les « meilleurs concepts de restauration, au cœur d’un véritabl

Continuer à lire

Guillermo del Toro : « Le genre de mon film ? Un film de moi ! »

Festival Lumière | Lion d’Or à Venise pour La Forme de l’eau, Guillermo del Toro fait escale au Festival Lumière ce week-end pour présenter une sélection de ses œuvres de chevet. Il en profitera pour montrer en avant-première sa romance fantastique entre un homme aquatique et une femme de ménage muette…

Vincent Raymond | Samedi 14 octobre 2017

Guillermo del Toro : « Le genre de mon film ? Un film de moi ! »

Quand vous avez reçu votre Lion d’Or, vous avez dit « Si vous restez pur et fidèle à ce que vous croyez — et pour moi ce sont les monstres —, alors vous pouvez faire ce que vous voulez ». D’où vous vient cette fascination pour les monstres ? Guillermo del Toro : Tout d’abord, je veux revenir sur cette phrase : à Venise, ils avaient traduit « monsters » par « mustard », c’est-à-dire « moutarde » (rires), trouvant que c’était une métaphore géniale : « il aime les condiments ». Mais sinon pour moi, ça a commencé tôt, presque au berceau, quand j’avais deux ans. Mon psy dit que c’était un mécanisme d’inversion, tellement j’était tellement effrayé d’être né. Quand j’étais gosse, je me sentais étrange. Déjà, j’étais incroyablement mince — si si —, mes cheveux étaient extrêmement blonds, presque blancs, et j’étais tellement timide que je boutonnais ma chemise jusqu’au col. Je me battais si fréquemment que j’ai commencé à prendre du poids pour être capable de me défendre. Alors forcément, j’éprouvais de l’empathie pour les monstres : je voyais la cr

Continuer à lire

Hello et Goodbye, Mister Wong

Festival Lumière | Adoucir le moment des adieux par un nuage de beauté et d’évanescence… Dimanche après-midi, quand viendra (déjà) l’heure de saluer Wong Kar-wai et de le (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Hello et Goodbye, Mister Wong

Adoucir le moment des adieux par un nuage de beauté et d’évanescence… Dimanche après-midi, quand viendra (déjà) l’heure de saluer Wong Kar-wai et de le remercier de sa présence à Lyon, le public de la Halle Tony Garnier pourra en guise de consolation appliquer sur ses yeux embués cet élixir visuel qu’est In the Mood for Love (2000) — au risque de verser quelques larmes. Mais avant cette projection de clôture, l’homme aux lunettes noires aura promené sa silhouette vendredi de la scène du Théâtre des Célestins pour sa masterclass à l’Amphi 3000 de la Cité Internationale pour la remise solennelle de son Prix Lumière, suivie de la projection des Anges déchus (1995). Et samedi, il aura sacrifié au rite du tournage d’une Sortie d’usine, rue du Premier-Film. D’autres rendez-vous marquent la fin de la décade prodigieuse. On ne reviendra pas sur la visite d’Anna Karina (rencontre et projections notamment de son film

Continuer à lire

Anna Karina : sous la Lumière, exactement

Festival Lumière | « Tellement fière d’être invitée à Lyon », l’icône danoise est à l’honneur au Festival Lumière où elle présentera sa première réalisation Vivre ensemble (1973), Une femme est une femme de Godard et un documentaire de Dennis Berry qui lui est consacré, Anna Karina, souviens-toi…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Anna Karina : sous la Lumière, exactement

Votre première réalisation Vivre ensemble vient d’être restaurée (et resortira au printemps 2018 dans les salles). Comment avez-vous vécu cette renaissance ? Anna Karina : Mon vieux film, c’est magnifique ! La pellicule avait déjà été restaurée une première fois par la Cinémathèque il y a 20-25 ans. Là, je l’ai revu. Les garçons ont bien travaillé : le son est parfait, l’image identique. J’étais un peu émue… Je n’ai pas pleuré quand même (rires) ou alors de joie, peut-être. Ce film est empreint d’une terrible insouciance, mais aussi d’une terrible gravité… Oui, j’ai voulu faire un portrait de cette époque, qui était comme cela, insouciante. Mon personnage y effectue un transfert avec celui de son amant. Au départ, elle vit sa vie au jour le jour, un peu je-m’en-foutiste… Et puis une fois qu’elle est enceinte, elle devient responsable, alors que lui, qui était professeur et petit-bourgeois, devient comme elle. C’était une sacrée intuition de choisir le journaliste Michel Lancelot pour vous donner la réplique…

Continuer à lire

Festival Lumière : qui pour accompagner Wong Kar-wai ?

La Programmation Dévoilée | À cinq semaines de l’ouverture du grand rendez-vous du film classique, la liste (presque) définitive des programmations et des premiers invités est tombée. Du 14 au 22 octobre, vous allez croiser du beau monde dans les salles…

Vincent Raymond | Jeudi 7 septembre 2017

Festival Lumière : qui pour accompagner Wong Kar-wai ?

On savait déjà depuis juin que Wong Kar-wai serait présent — logique, il est récipiendaire du Prix Lumière —, tout comme Georgio Moroder ; que Tilda Swinton, Diane Kurys et Guillermo del Toro feraient escale pour une masterclass. Et que Bertrand Tavernier viendrait avec un assortiment de westerns classiques… Le temps est venu d’en annoncer davantage. Par exemple, que del Toro fera l’objet d’une Nuit le soir de l’ouverture à l’Institut Lumière avec Le Labyrinthe de Pan, Hellboy, Cronos et Pacific Rim. Un concentré de fantastique qui vous dispensera de rêver, voire de cauchemarder, pendant quelques semaines. Il ne sera pas le seul cinéaste mexicain à être honoré : Alfonso Cuarón est de retour au festival Lumière pour présenter La Fórmula Secreta de Rubén Gámez, mais aussi à l’occasion de la Nuit

Continuer à lire

JLG, portrait chinois : "Le Redoutable" de Michel Hazanavicius

Le Film de la Semaine | Une année à part dans la vie de Godard, quand les sentiments et la politique plongent un fer de lance de la Nouvelle Vague dans le vague à l’âme. Une évocation fidèle au personnage, à son style, à son esprit potache ou mesquin. Pas du cinéma juste ; juste du cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

JLG, portrait chinois :

1967. Au sommet de sa gloire, Jean-Luc n’est pas à une contradiction près : s’il provoque en public en professant des slogans marxistes ou égalitaristes, il aspire en privé à une union conformiste de petit-bourgeois jaloux avec la jeune Anne. Tiraillé entre son Mao et son Moi, le cinéaste passe de l’idéologie au hideux au logis. L’insuccès de La Chinoise ne va rien arranger… Toutes proportions gardées, la vision du Redoutable rappelle celle de AI (2001), cette étonnante symbiose entre les univers et manière de deux cinéastes (l’un inspirateur, l’autre réalisateur), où Spielberg n’était jamais étouffé par le spectre de Kubrick. L’enjeu est différent pour Hazanavicius, à qui il a fallu de la témérité pour se frotter à un Commandeur bien vivant — certes reclus et discret, mais toujours prompt à la sentence lapidaire ou la vacherie définitive. Hommage et dessert En savant théoricien-praticien de l’art du détournement, Hazanavicius a extrait du récit autobiographique d’Anne Wiazemsky

Continuer à lire

Le Mépris, le plan cul de Godard

Redoutable Reprise | L’anecdote a beau être connue, elle vaut qu’on la raconte tant elle en dit long sur le cinéma, les hommes qui le produis(ai)ent et le caractère taquin du (...)

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

Le Mépris, le plan cul de Godard

L’anecdote a beau être connue, elle vaut qu’on la raconte tant elle en dit long sur le cinéma, les hommes qui le produis(ai)ent et le caractère taquin du rusé Godard époque 62-63. L’histoire commence lorsque le cinéaste convainc le mogul Sam Levine de cofinancer son adaptation du roman de Moravia, en lui promettant Bardot au générique. Au premier montage du film, l’Américain tombe des nues, car la comédienne ne l’est justement jamais à l’écran. Or Levine a cher payé pour voir BB en tenue d’Ève — très cher, même, puisque le cachet de la star représente la moitié du budget du film s’élevant à 5 millions de francs de l’époque. Alors il se fâche et met en demeure JLG d’ajouter une séquence, mais en lui retranchant des vêtements. Levine désire la nudité de Bardot ? Soit. Godard va lui offrir sur son plateau, dès l’ouverture du film dans une scène dialoguée raboutée dont on ne sait dans quelle mesure elle est improvisée. Couchée sur le ventre dans le plus simple appareil, la blonde callipyge passe en revue son anatomie, demandant à son partenaire

Continuer à lire

Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

14 pépites pour appétits cinéphiles | Bien sûr, on en oublie. Mais il y a fort à parier que ces quatorze films constituent des pierres de touche de la fin 2017. En attendant (entre autres), Joachim Trier, Depardon et Kathryn Bigelow, bon appétit !  

Vincent Raymond | Mercredi 30 août 2017

Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

Mother! de Darren Aronofsky Initialement programmée pour novembre, la sortie du nouveau Aronofsky a été avancée pour cause de sélection vénitienne et c’est, à bien des égards, une excellente nouvelle. Déjà victorieux sur la Lagune avec The Wrestler en 2008, l’auteur de Requiem for a dream et de Black Swan convoque ici du lourd — Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle - toujours active - Pfeiffer, Ed Harris — pour ce qui s’annonce comme un bon vieux thriller des familles, mâtiné de fantastique dérangeant. La double affiche préventive, offrande de style sulpicien revisité grand-guignol, tient de la promesse merveilleuse ; il faudra cependant patienter jusqu’à la clôture d’une très alléchante Mostra — le festival qui, désormais, donne avec Toronto le tempo des Oscar — pour savoir si ce mystérieux flacon recèle l’ivresse escomptée. Le 13 septembre

Continuer à lire

Première vague de Cannes

Comœdia | Le Festival de Cannes à peine achevé, le Comœdia nous titille en distillant chaque soir pendant une semaine un florilège de la sélection officielle, toutes (...)

Vincent Raymond | Mercredi 7 juin 2017

Première vague de Cannes

Le Festival de Cannes à peine achevé, le Comœdia nous titille en distillant chaque soir pendant une semaine un florilège de la sélection officielle, toutes sections confondues. Au programme, sept avant-premières pour prendre la température de la rentrée cinématographique, avec pour commencer Visages, Villages de Varda & JR, Un beau soleil intérieur de Claire Denis, Le Redoutable de Hazanavicius, Faute d’amour de Zvyagintsev (Prix du Jury), mais aussi L’Atelier de Laurent Cantet (entre autres). Une très heureuse initiative permettant au grand public de se raccrocher à l’actualité et de commencer à faire vivre les films avant la torpeur estivale. Au Comœdia du 7 au 13 juin

Continuer à lire

"Pierrot le Fou" : Puisqu’il vous dit qu’il s’appelle Ferdinand !

ECRANS | La récente disparition du chef-opérateur Raoul Coutard, deux ans après celle du vénérable compositeur Antoine Duhamel, poursuit l’inexorable dépeuplement de (...)

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

La récente disparition du chef-opérateur Raoul Coutard, deux ans après celle du vénérable compositeur Antoine Duhamel, poursuit l’inexorable dépeuplement de l’affiche de Pierrot le Fou. Un paradoxe pour ce film dont l’une des incommensurables particularités est d’arracher au néant primitif pour son générique de début les noms de sa distribution, lettre après lettre et dans l’ordre alphabétique. Fantaisiste, bohème, contestataire et désinvolte, comme seuls peuvent se le permettre les fils de famille, Godard s’offre ici sa dernière récréation digeste, son ultime moment d’enfance véritable et de poésie colorée. Son regard est encore celui d’un bébé admiratif des dinosaures (ici, Sam Fuller), d’un homme amoureux de son actrice et ex-épouse (ici, Anna Karina). L’appel de la politique se fait plus pressant, mais l’heure n’est pas encore à la dialectique maoïste : il manifeste une ironie distante (OAS est maquillé en OASIS), succombe aux charmes de l’aventure comme à la tentation de la comédie musicale : trois ans avant Mai-68, et deux avant La Chinoise, JLG se défend de s’i

Continuer à lire

Adieu au langage

ECRANS | Sublime conversion de Jean-Luc Godard à la 3D, qu’il manie en peintre romantique dans un film somme et pourtant accueillant, où il prône la Révolution et le devenir-chien d’une humanité à bout de souffle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 mai 2014

Adieu au langage

D’où parle Jean-Luc Godard aujourd’hui ? D’un lieu double, comme l’est son dernier film : si l’on suit la première partie — «La Nature» — ce serait quelque part du côté du lac de Genève, où transitent deux types de fantômes, ceux des touristes arrivés des bateaux de plaisance battant alternativement pavillon suisse et pavillon français, et ceux de Lord Byron et Mary Shelley, dans un exil romantique forcé qui donne naissance au fameux Frankenstein. Mais selon la deuxième partie — «La Métaphore» — Godard nous parle d’un lieu plus mystérieux, un au-delà du langage où il retrouve son outil et se fait peintre du monde, de ses bruissements, de ses êtres mis à nu. Cette dualité n’est pas neuve chez lui : elle dure au moins depuis Nouvelle Vague, où la noyade d’un homme entraînait l’apparition de son double. Nouvelle Vague était aussi un film d’exil : le premier à montrer ce bout de Suisse dans lequel Godard s’est réfugié et le premier à mettre en scène un Alain Delon qui n’hésitait pas à y faire quelques navettes pour planquer son pognon — l’exilé romantique et l’exilé fiscal, la nature et la métaphore. Or, depuis ce film matrice du

Continuer à lire

De l’amour et de la pellicule

ECRANS | Dans l’excellent magazine SoFilm, Maroussia Dubreuil se pose chaque mois cette question : «Doit-on tourner avec son ex ?». L’Institut Lumière la (...)

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

De l’amour et de la pellicule

Dans l’excellent magazine SoFilm, Maroussia Dubreuil se pose chaque mois cette question : «Doit-on tourner avec son ex ?». L’Institut Lumière la retourne dans sa programmation printanière en "Que se passe-t-il quand un cinéaste filme la femme / l’homme qu’il aime ?". Ce cycle "Je t’aime, je te filme" sera donc l’occasion de passer en revue des couples célèbres, comme celui formé par le regretté Alain Resnais et sa muse Sabine Azéma — Mélo — ou celui, tumultueux, qui unit le temps du tournage interminable des Amants du Pont-Neuf Leos Carax et Juliette Binoche. Restons en France, mais quelques années auparavant, où Jean-Luc Godard magnifia Anna Karina du Petit Soldat à Pierrot le fou, avec au milieu un film qui semble n’exister que pour elle, Vivre sa vie, travail d’iconisation amoureuse à la croisée de la fétichisation cinéphile — Karina filmée comme Falconetti dans La Passion de Jeanne d’Arc — et de la contemplation subjuguée… C’est un rapport du même ordre que l’on trouve dans La Belle et la bête ; Cocteau est tellement fasciné par la Bête-Jean Marais qu’il en oublie complètement d

Continuer à lire

La Chinoise / Bande à part

ECRANS | Jean-Luc Godard Gaumont vidéo

Christophe Chabert | Lundi 15 octobre 2012

La Chinoise / Bande à part

Les restaurations continuent à un bon train dans le catalogue Gaumont, et témoignent d’un joyeux éclectisme, puisqu’on y passe des fleurons du cinéma populaire (Lautner, Deray, De Broca) à des piliers du cinéma moderne, comme ces deux Godard dont l’un d’entre eux (La Chinoise) était carrément inédit en DVD ! Alors dans sa période la plus spectaculairement créative, enchaînant les chefs-d’œuvre tout en renouvelant, à chaque film, de fond en comble la grammaire cinématographique, Godard y opère de l’un à l’autre un basculement encore plus décisif : celui qui va le faire passer d’anarchiste de droite à maoïste convaincu. Bande à part est ainsi marqué par son goût pour le cinéma pur et l’art pour l’art, avec son intrigue simili-policière surtout prétexte à filmer de beaux jeunes gens (Sami Frey, Claude Brasseur et Anna Karina) qui s’aiment, s’engueulent et se trahissent à Paris la nuit, dans sa banlieue un peu triste le jour. C’est le film où Godard ne joue que sur les rythmes disloqués, tels cette visite de musée au pas de course ou ce long moment où le trio se fige dans le silence dans un café. Bande à part a irrigué l’imaginaire des cinéastes à

Continuer à lire

L’Amour fou

CONNAITRE | Anne Wiazemsky aurait pu reprendre ce titre d’André Breton,  L’Amour fou, pour Une année studieuse, mais elle et son amoureux, un certain Jean-Luc Godard, (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 23 février 2012

L’Amour fou

Anne Wiazemsky aurait pu reprendre ce titre d’André Breton,  L’Amour fou, pour Une année studieuse, mais elle et son amoureux, un certain Jean-Luc Godard, ne font référence à l’écrivain surréaliste que pour des considérations bien plus terre à terre : ils nomment leur chien «Nadja» ! Car Godard et Wiazemsky (petite-fille de François Mauriac), vivent, au milieu des années soixante, un amour à la fois simple et hors norme ; ils ne sont pas tout à fait n’importe qui. Godard vient de terminer Masculin/Féminin, Anna Karina s’est fait la malle et voilà qu’une rouquine pointe son nez par courrier. Elle veut le rencontrer. Elle a 19 ans, elle est mineure. Lui du haut de ses 35  ans et de son aura de chef de file de la Nouvelle Vague qui bouscule le langage cinématographique doit convaincre le grand-père Mauriac que la jeune bachelière n’a pas succombé à une star délurée. Elle continue sagement ses études sur les bancs de Nanterre, cette fac «dans la boue» qui vient d’ouvrir ses portes. Mai 68 prend racine sans que Wiazemsky ne s’en aperçoive même si un jeune gouailleur et dragueur, Dany Cohn-Bendit, tente de l’attirer dans ses filets. En écrivant comme si demain n’avai

Continuer à lire

Film socialisme

ECRANS | De Jean-Luc Godard (Fr-Suisse, 1h45) avec Catherine Tanvier, Christian Sinniger...

Dorotée Aznar | Lundi 17 mai 2010

Film socialisme

Fidèle à son cinéma quoique plus tranchant que dans Notre musique et Éloge de l'amour, Godard raconte en trois temps une certaine histoire du socialisme. Sur une croisière Corsa, des personnages connus (Patti Smith, Alain Badiou, Bernard Maris) ou inconnus aphorisent sur l'argent, les génocides contemporains ou l'Europe. On sent une double rage chez Godard : celle de filmer, tout et sur tous les supports ; et celle de témoigner à sa manière de l'état du monde, aussi chaotique que les vagues sur la mer déchaînée. La deuxième partie surprend par sa dimension narrative, même si en définitive l'affaire reste assez opaque. La dernière est la plus lyrique, montage d'images de films et de musiques samplées passant de la Palestine à Odessa, de Hellas à Barcelone. Une histoire du cinéma ou l'histoire primerait sur le cinéma, la part la plus attendue d'un Godard finalement assez inattendu. CC

Continuer à lire

1959-2009 : Nouvelle vague

ECRANS | Godard, Rivette, Chabrol, Resnais Studio Canal

Christophe Chabert | Lundi 7 décembre 2009

1959-2009 : Nouvelle vague

Drôle de coffret que celui-ci, qui rend hommage aux cinquante ans de la Nouvelle Vague en six films. Le gros problème, c’est l’absence de François Truffaut dans cette sélection ; et pour cause, ses films sont édités chez MK2 ! Idem, même si ça nous dérange moins, pour Eric Rohmer. Dernier point sujet à discutaille, l’affiliation de Resnais et de L’Année dernière à Marienbad au courant, alors que le groupe «rive gauche» était plutôt un cousin proche et expérimentateur de la Nouvelle Vague. Si Godard se taille la part du lion dans le coffret avec trois films essentiels (À bout de souffle, Pierrot le fou et Le Mépris), si on y trouve le meilleur film de Jacques Rivette (La Religieuse, adaptation controversée de Diderot), c’est surtout la présence des Bonnes femmes de Claude Chabrol, jusqu’alors inédit en DVD, qui fait figure d’événement. Après le coup double de 1959 (Le Beau Serge et Les Cousins), puis un polar devenu rare (À double tour avec Belmondo), Chabrol se mettait définitivement en orbite avec ce jeu de massacre social dont l’ironie fut si mal comprise à l’époque que certains y virent de la misogynie pure et simple

Continuer à lire