No zob in lob : "Battle of the Sexes"

ECRANS | de Jonathan Dayton & Valerie Faris (G-B-E-U, 2h02) avec Emma Stone, Steve Carell, Andrea Riseborough…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Photo : © Twentieth Century Fox


Auteur·e·s d'un redoutable hold up aux bons sentiments et au box office il y a une décennie avec sa grossière contrefaçon de "pitit" film indépendant (Little Miss Sunshine), la paire mixte Jonathan Dayton & Valerie Faris reprend les raquettes. Pour un biopic se doublant d'un sujet de société pile dans l'air du temps : l'inégalité de traitement salarial entre les hommes et les femmes, spectacularisée lors du match de tennis mixte opposant l'ancien champion Bobby Riggs — rien à voir avec L'Arme fatale — à la n°1 mondiale Billy Jean King. Joueur compulsif et macho invétéré, le premier fanfaronnait qu'aucune athlète féminine n'était apte à défaire un porteur de testicules. Jusqu'à ce qu'il se retrouve la queue entre les jambes (6-4, 6-3, 6-3). Les boules pour lui !

Ruisselant d'une musique “contexte temporel” omniprésente, ce catalogue de grimaces attendues s'intéresse moins au sport, à la politique ou au cinéma qu'à la potentielle quantité de citations au Golden Globe et à l'Oscar qu'il peut ravir en surfant sur du consensuel lisse et joliment photographié. Ah sinon, ça fait plaisir de revoir Elisabeth Shue, une comédienne qui accepte le temps qui passe et mériterait d'être plus souvent à l'écran.


Battle Of The Sexes

De Jonathan Dayton, Valerie Faris (Angl-ÉU, 2h02) avec Emma Stone, Steve Carell... 1972. La championne de tennis Billie Jean King remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s'engage dans un combat pour que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. C'est alors que l'ancien numéro un mondial Bobby Riggs, profondément misogyne et provocateur, met Billie Jean au défi de l'affronter en match simple…
UGC Astoria 31 cours Vitton Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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“Possessor” de Brandon Cronenberg : de la mort des marionnettes

VOD | Possessor aurait pu constituer l’Easter Egg idéal du festival Hallucinations Collectives si… Mais avec des si, les cinémas seraient ouverts et on ne serait pas obligé de voir le Grand Prix de Gérardmer signé Brandon Cronenberg en direct to DVD en espérant qu’il sorte enfin sur grand écran…

Vincent Raymond | Mardi 13 avril 2021

“Possessor” de Brandon Cronenberg : de la mort des marionnettes

Dans un monde parallèle, une firme hi-tech vend à ses très fortunés clients ses “talents“ consistant à téléguider neurologiqument des individus afin qu’ils commettent des meurtres ciblés. Tasya Vos, l’une de ces marionnettistes du subconscient, éprouve de plus en plus de difficultés à sortir de ses missions. Et la dernière qu’elle accepte pourrait bien lui être également fatale… En d’autres circonstances, on aurait été embarrassé d’évoquer le père à travers le fils. Mais ici tout, du thème au style organique choisis par Brandon, renvoie au cinéma de David Cronenberg et tend à démontrer par l’exemple (et l’hémoglobine) la maxime « bon sang ne saurait mentir ». Non qu’il s’agisse d’un film par procuration, plutôt de la perpétuation logique d’un esprit, de la manifestation d’un atavisme cinématographique. Avant que le concept soit énoncé et surtout banalisé dans toutes gazettes, l’idée de l’Humain augmenté — quel que soit le moyen choisi (hybridation vidéo, amélioration psychique,

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Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Vice | Biopic pop d’un politicien matois peu bavard, Vice approche avec une roublarde intelligence et un judicieux second degré le parcours du terrible Dick Cheney. Nous avons rencontré son auteur à Paris, ainsi que l’interprète de Lynne Cheney. Et nous les avons fait parler…

Vincent Raymond | Mardi 19 février 2019

Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Après le 11 septembre, étiez-vous conscient de la politique manipulatrice de Cheney ? Adam McKay : Franchement, non. Ça n’a été qu’au moment de l’invasion de l’Irak que soudain il y a eu une prise de conscience que quelque chose n’allait pas, qu’une riposte n’était pas justifiée. Nous avons participé à toutes les grandes manifestations de protestation, mais il a fallu près de deux ans pour que nous puissions réagir. Adam, vous dites en ouverture du film que les renseignements sur Cheney ont été difficiles à trouver. Comment avez-vous procédé ? AMcK : Au départ, notre équipe de chercheurs à exploré tout le corpus “cheneyen“ existant : tous les livres officiels, les interviews disponibles sur sa vie et son travail politique — ça ne manquait pas ! Une fois ce travail accompli, on a recruté nos propres journalistes qui sont allés faire des enquêtes sur les coulisses, à la rencontre de toutes ces personnes qui ont eu, à un moment ou un autre, affaire à la famille Cheney, à son parcours politique, à ce qui n’était pas officiel ni établi. Avez-vous cherché à

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Au cœur du pourri pouvoir : "Vice"

Biopic | En général, la fonction crée l’organe. Parfois, une disposition crée la fonction. Comme pour l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney, aux prérogatives sculptées par des années de coulisses et de coups bas, racontées ici sur un mode ludique. Brillant et glaçant.

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Au cœur du <s>pourri</s> pouvoir :

Le fabuleux destin d’un soûlard bagarreur troquant, après une cuite de trop et les admonestations de son épouse, sa vie de patachon pour la politique. D’abord petite main dans l’administration Nixon, l’insatiable faucon parviendra à devenir le plus puissant des vice-présidents étasuniens… Reconnaissons à Hollywood ce talent que bien des alchimistes des temps anciens envieraient : transformer la pire merde en or. Ou comment rendre attractive, à la limite du grand spectacle ludique, l’existence d’un individu guidé par son intérêt personnel et son goût pour la manipulation occulte. C’est que Dick Cheney n’est pas n’importe qui : un type capable d’envoyer (sans retour) des bidasses à l’autre bout du monde lutter contre des menaces imaginaires, histoire d’offrir des concessions pétrolières à ses amis, de tordre la constitution à son profit et de déstabiliser durablement le globe peut rivaliser avec n’importe quel villain de franchise. Il est même étonnant que McKay parvienne à trouver une lueur d’humanité à ce Républicain pur mazout : en l’occurrence son ren

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Dames de cœur, à qui l’honneur ? : "La Favorite"

Le Film de la Semaine | Deux intrigantes se disputent les faveurs de la cyclothymique Anne d’Angleterre afin d’avoir la mainmise sur le royaume… Une fable historique perverse, où Olivia Colman donne à cette reine sous influence un terrible pathétique et Lánthimos le meilleur de lui-même.

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Dames de cœur, à qui l’honneur ? :

À l’aube du XVIIIe siècle. La Couronne d’Angleterre repose sur la tête d’Anne. Sans héritier malgré dix-sept grossesses, maniaco-dépressive, la souveraine se trouve sous la coupe de Sarah, sa dame de compagnie et amante (par ailleurs épouse de Lord Marlborough, le chef des armées), laquelle en profite pour diriger le royaume par procuration. Lorsque Abigail, cousine désargentée de Sarah arrive à la cour, une lutte pour obtenir les faveurs de la Reine s’engage… Demandez à Shakespeare, Marlowe, Welles, Frears, Hooper… La royauté britannique constitue, plus que tout autre monarchie, une source inépuisable d’inspiration pour la scène et l’écran. Au-delà de la fascination désuète qu’elle exerce sur son peuple et ceux du monde, elle forme en dépit des heurts dynastiques une continuité obvie dans l’Histoire anglaise, lui permettant de s’incarner à chaque époque dans l’une de ses figures, fût-elle fantoche. Telle celle d’Anne (1665-1717). Son humeur fragile la fit ductile, favorisant un jeu d’influences féminin inédit que La Favorite raconte sans trop trahir l’authenticité des faits, dan

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La drogue, c’est mal : "My Beautiful Boy"

Drame | de Felix van Groeningen (É-U, avec avert. 2h01) avec Steve Carell, Timothée Chalamet, Jack Dylan Grazer…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

La drogue, c’est mal :

David tombe de haut lorsqu’il découvre que son fils aîné, Nicolas, étudiant apparemment sans histoire, est accro depuis la sortie de l’enfance à toutes les substances stupéfiantes que l’on puisse imaginer. David va tenter tout, et même davantage pour que Nic décroche… Franchir l’Atlantique n’a pas spécialement dévié Felix van Groeningen de ses thèmes de prédilection : les familles dysfonctionnelles et passablement infectées par l’intoxication — en général alcoolique. Si les intérieurs et les costumes changent (nous ne sommes plus dans le prolétariat flamand, mais dans la bonne société étasunienne), les addictions sont aussi destructrices. Il ne s’agit évidemment pas de tirer la larme sur le malheureux destin des pauv’ petits gosses de riches, mais de montrer à quel point leurs proches se trouvent désarmés et aveugles face à leur dépendance, misère qui transcende les classes. Hors cela, van Groeningen signe un film témoignage “propre“ et conforme aux canons (pas ceux que l’on écluse), où les comédiens accomplissent la prestation que l’on attend d’eux (mensonge fil

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"La La Land" : Je m’voyais déjà…

ECRANS | À Los Angeles, cité de tous les possibles et des destins brisés, l’histoire en cinq saisons de Mia, aspirante actrice, et Seb ambitionnant d’ouvrir son club de jazz. Un pas de deux acidulé vers la gloire ou l’amour réglé à l’ancienne par l’auteur du pourtant très contemporain Whiplash. Un aspirateur à Oscar ?

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

N’est-il pas agréable, parfois, de se rencogner dans de vieux vêtements assouplis par le temps, de déguster un mets régressif ou de revoir un film jadis adoré ? Ces doux instants où l’on semble s’installer au-dedans de soi procurent un réconfort magique… à condition qu’ils demeurent brefs. Plaisant à visiter, la nostalgie est ce territoire paradoxal où il est déconseillé de s’attarder, au risque de se trouver prisonnier de ses charmes trop bien connus. Lorsqu’un artiste succombe à la tentation de ressusciter le passé par le simulacre, il s’attire de bien faciles sympathies : celles des résidents à plein temps dans le "c’était-mieux-avant", auxquels se joignent les fervents amateurs des univers qu’il cite ou reproduit — ici, un canevas digne de Stanley Donen/Gene Kelly, habillé de tonalités musicales et colorées à la Jacques Demy/Michel Legrand, émaillé de jolis tableaux façon Bernstein/Robbins ou Minnelli. Vintage d’or hollywoodien Attention, il ne s’agit pas de minorer les mérites ni le talent de Damien Chazelle :

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Café Society : Hollywoody boulevard

ECRANS | Le 47e opus de Woody Allen-réalisateur semble avoir été taillé sur mesure pour effectuer l’ouverture de la 69e édition du festival de Cannes : glamour, artifices et nostalgie des vieilles bobines s’y bousculent. On passe un charmant moment, sans être transporté…

Vincent Raymond | Jeudi 12 mai 2016

Café Society : Hollywoody boulevard

Un film situé, au moins partiellement, dans les arcanes du Hollywood de l’âge d’or ne pouvait que finir (ou, à tout le moins, commencer sa carrière) sur la Croisette. Café Society tend une sorte de miroir temporel pareil à une vanité à la foule des producteurs, cinéastes, comédiens, agents qui se pressent aux marches du Palais et dans les réceptions pour participer à la gigantesque sauterie cannoise. Car du cinéma, il ne montre absolument rien si ce n’est un extrait de La Dame en rouge (1935) de Robert Florey. En cela, il se situe aux antipodes de Avé César des frères Coen qui avait effectué l’ouverture de la Berlinale. Ici, les stars demeurent cachées dans leurs résidences exubérantes, ou des noms évoqués par paquets de dix, d’éphémères symboles de puissance dans l’Usine à rêve, totalement privées de substance et d’incarnation. Woody et ses doubles C’est plus la nostalgie jazzeuse, l’élégance du cadre et les vestes cintrées qui intéressent Woody Allen dans ce décor-prétexte. Les plateaux, il leur a déjà réglé leur compte dans Hollywood Ending (2002), comédie décriée et pourtant débordant

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Birdman

ECRANS | Changement de registre pour Alejandro Gonzalez Iñarritu : le cinéaste mexicain laisse son désespoir misérabiliste de côté pour tourner une fable sur les aléas de la célébrité et le métier d’acteur, porté par un casting exceptionnel et une mise en scène folle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Birdman

Partons du titre complet de Birdman : la surprenante vertu de l’ignorance. De la part d’un cinéaste aussi peu modeste qu’Alejandro Gonzalez Iñarritu, ce sous-titre a de quoi faire peur, tant il nous a habitué dans ses films précédents à donner des leçons sur la misère du monde sous toutes ses formes. Or, Birdman séduit par sa volonté de ne pas généraliser sa fable, circonscrite entre les murs d’un théâtre à Broadway : ici va se jouer à la fois une pièce adaptée de Raymond Carver et la tragi-comédie d’un homme ridicule, Riggan Thompson. Des années avant, il était la star d’une série de blockbusters où il jouait un super héros ; aujourd’hui, il tente de relancer sa carrière et gagner l’estime de ses contemporains en jouant et mettant en scène du théâtre "sérieux". Le naufrage de son existence ne se résume pas seulement à ses habits de has been : sa fille sort d’une cure de désintox, son mariage a sombré et il se fait écraser par une star mégalomane et égocentrique, Mike Shiner, plus roué et cynique que lui pour conquérir les faveurs de la critique et du public. Pour filmer les secousses qui vont bousculer Thompson dans le

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Foxcatcher

ECRANS | Histoire vraie, acteurs visant la performance, mise en scène arty, sous-texte politique lourdement appuyé : Bennett Miller se montre incapable de légèreté pour traiter cette histoire de mentor toxique cherchant à transformer un lutteur en futur médaillé olympique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Foxcatcher

Qu’aime-t-on dans le cinéma américain lorsque celui-ci s’aventure hors de ses sentiers les plus commerciaux ? Sa capacité à traiter avec simplicité les sujets les plus ambitieux, à mettre le spectacle et l’efficacité au profit de leur exact contraire, une approche critique et dialectique du monde. Récemment, J. C. Chandor avec son extraordinaire A Most Violent Year en a fait la démonstration éclatante : voilà un cinéaste qui ose raconter des choses complexes sur son pays et son économie sans perdre de vue le plaisir du spectateur. Depuis son premier film — le biopic Truman Capote — Bennett Miller semble, à l’inverse, adopter une posture particulièrement hautaine par rapport à ce cinéma-là, comme s’il devait faire sentir à tous les niveaux sa supériorité d’artiste et le sérieux de sa démarche. Foxcatcher ne fait qu’enfoncer le clou, tant il clame dès ses premières images son envie de ne pas sombrer dans la vulgarité d’un tout-venant qu’au demeurant il est assez seul à exécrer. Miller bannit ainsi toute forme de légèreté de son film,

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Oblivion

ECRANS | Après "Tron l’héritage", Joseph Kosinski avait toutes les cartes en main pour confirmer son statut de nouveau maître de la SF avec cette adaptation de son propre roman graphique. Hélas, le voilà rattrapé par son fétichisme kubrickien, qu’il tente vainement de transformer en blockbuster à grand spectacle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 avril 2013

Oblivion

Dans une des pubs qui l’avaient fait connaître, Joseph Kosinski s’amusait à faire circuler le spectateur dans la reproduction virtuelle de l’hôtel Overlook imaginé par Stanley Kubrick pour Shining. Dans Tron l’héritage, qui marquait ses débuts prometteurs au cinéma, il recréait la chambre de 2001 et envoyait ses personnages dans un bar qui ressemblait comme deux gouttes de lait à celui d’Orange mécanique. Autant dire que Kosinski fait une fixette sur l’immense Stanley ; ce qu’on ne lui reprochera pas, loin de là, mais disons qu’il faut avoir les épaules solides pour oser se mesurer à un tel monument. Face à Oblivion, qui croule sous les références à 2001 — jusqu’au nom d’une des boîtes de production du film, Monolith Pictures ! — on ne peut que constater que cette obsession est filtrée par une culture geek avec laquelle elle ne fait pas forcément bon

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Gangster squad

ECRANS | De Ruben Fleischer (ÉU, 1h52) avec Josh Brolin, Ryan Gossling, Sean Penn…

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Gangster squad

Le ratage de ce Gangster squad est plutôt surprenant : un casting en or, une relecture du film de gangsters par un cinéaste habile à revigorer les codes des genres (son Zombieland était grandiose à ce niveau)… Assez vite, il faut se rendre à l’évidence : le script n’est qu’un laborieux décalque de celui des Incorruptibles, sans les dialogues admirables de David Mamet, mais avec beaucoup de grandes phrases toutes plus ridicules les unes que les autres. Du coup, les acteurs sortent les rames. Sean Penn a beau en faire des caisses dans le rôle de Mickey Cohen, on ne voit que son maquillage qui lui donne des allures de freak grotesque. Très mauvais aussi, Josh Brolin, mâchoire serrée et front plissé tout du long. On aimerait sauver le duo archi-glamour Emma Stone-Ryan Gossling du naufrage, mais leur couple ressemble plutôt à des icônes lisses sorties d’un poster d’époque. Quant à la mise en scène, desservie par une photo numérique d’une absolue laideur, elle tente de noyer le poisson en en rajoutant dans la violence (et même le

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Shadow dancer

ECRANS | Excellente surprise que ce thriller glacial signé James Marsh. Le cinéma anglais, dans la lignée du canon Ken Loach (Hidden agenda) / Paul Greengrass (...)

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Shadow dancer

Excellente surprise que ce thriller glacial signé James Marsh. Le cinéma anglais, dans la lignée du canon Ken Loach (Hidden agenda) / Paul Greengrass (Bloody sunday), nous avait habitué à traiter la question du terrorisme irlandais sous un angle réaliste, sinon hyper-réaliste. Marsh en prend le contre-pied, lorgnant plutôt du côté des fictions paranoïaques 70’s façon Alan Pakula. La scène d’ouverture (après un prologue posant le traumatisme initial) donne le ton : un attentat raté dans le métro de Londres, filmé entièrement du point de vue de la poseuse de bombe, Collette — extraordinaire Andrea Riseborough — que la caméra accompagne en longs plans méticuleusement composés en scope et baignés d’une lumière froide et métallique. Arrêtée, elle doit se plier au contrat proposé par un agent du MI5 (Clive Owens, qui se coule avec modestie dans ce second rôle fantomatique) : dénoncer ses frères, tous terroristes, et les têtes pensantes de l’IRA pour éviter d’aller croupir en prison. Marsh ne fait jamais retomber la tension et le suspense qui accompagnent les louvoiements de son personnage, privilégiant la durée des séquences et l’ambiance qui en découle plutôt que le

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The Amazing Spider-Man

ECRANS | Après un ravalement de casting, Spider-Man revient pour raconter à nouveau ses origines. Entre faiblesse des enjeux, mise en scène approximative et acteurs sous-employés, était-ce vraiment nécessaire ? Jérôme Dittmar

Jerôme Dittmar | Jeudi 28 juin 2012

The Amazing Spider-Man

Hollywood a toujours pratiqué l'amnésie forcée. Suites, remakes et désormais reboot ; recycler ou faire table rase est une pratique courante. Dix ans après le premier film de Sam Raimi, Sony remet donc les compteurs de Spider-Man à zéro pour relancer sa licence. Mais comment tout recommencer avec si peu d'intervalle entre les films ? En ne changeant rien. The Amazing Spider-Man n'a pas la prétention de raconter autre chose que l'histoire de son héros adolescent, et tant pis si elle est connue. Tout ou presque ce qui fait la mythologie du personnage est donc rapatrié ici : la figure du geek transformé en justicier, la découverte des pouvoirs et la responsabilité qui en découle, la perte de l'oncle Ben et la fabrication d'une icône héroïque populaire. Si le film se veut malgré tout une variation (le Lézard remplace le Bouffon vert ; Gwen Stacy devient la première amoureuse de Peter Parker), il suit les mêmes traces que son aîné, sauf que le casting a changé, et ce n'est qu'une partie du problème. Cahier des charges

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La Couleur des sentiments

ECRANS | De Tate Taylor (ÉU, 2h26) avec Emma Stone, Jessica Chastain…

Dorotée Aznar | Mercredi 19 octobre 2011

La Couleur des sentiments

Pour ceux qui l’ignoraient, dans le Mississipi des années 60, la ségrégation entre les noirs et les blancs était encore monnaie courante. Il fallait donc au moins 2h25 de mélodrame pâteux pour nous rappeler ce fait oublié. Le film n’existe d’ailleurs que par son sujet, le reste n’étant qu’habillage décoratif et grimaces larmoyantes. Si Tate Taylor prend clairement partie pour ses aides noires, il le fait avec un procédé pour le moins discutable : il ridiculise à outrance les bourgeoises blanches qui les exploitent. Ridicule est le mot : que de grandes actrices comme Jessica Chastain ou Bryce Dallas Howard cabotinent dans des décors ripolinés avec des costumes et des coiffures qui lorgnent vers Mad Men mais ressemblent surtout à de vieux chromos publicitaires, fait franchement peine à voir. Seule la géniale Emma Stone échappe à ce festival de minauderies et impose, non sans mal, une pointe de naturel. Tout cela provoque donc un certain embarras, lié aussi à la mollesse d’une mise en scène à la traîne des séries télés contemporaines (le film aurait sans doute été plus à sa place en feuilleton de prestige sur HBO). Il y a toutefois une maladresse significative dans La Coule

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Crazy, stupid, love

ECRANS | Les deux réalisateurs d’I love you Philip Morris s’essayent à la comédie romantique chorale mais ne confectionnent qu’une mécanique théâtrale boulevardière et ennuyeuse, dont seul s’extirpe le couple formé (trop tardivement) par Ryan Gossling et Emma Stone. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 9 septembre 2011

Crazy, stupid, love

Emily (Julianne Moore) demande en plein dîner le divorce à son mari Cal (Steve Carell). Dévasté, il ne voit pas que la toute jeune baby-sitter de ses enfants n’a d’yeux que pour lui, et préfère s’en remettre à Jacob (Ryan Gossling), playboy aux mille conquêtes croisé dans un bar, qui va lui donner des cours de séduction et faire de lui un vrai tombeur. D’abord tenté par l’envie de rendre jalouse son ex, Cal finit par prendre goût à cette nouvelle vie, renonçant à l’amour éternel pour les plaisirs d’un soir. Après I love you Philip Morris, John Requa et Glenn Ficarra s’inscrivent dans un genre américain par excellence, la comédie du remariage, dont les rebondissements forment l’échine de Crazy, stupid, love. Ils tentent cependant d’en renouveler le principe en la mariant avec une comédie de mœurs entre Robert Altman (en moins cruel) et James L. Brooks (en moins arthritique), créant autour de l’intrigue principale des micro-intrigues qui se croisent furtivement avant d’entrer en collision dans le dernier acte. Le monde est Stone Ce finale dit d’ailleurs la vérité sur le film tout entier : il est sans arrêt écrasé par sa mécaniqu

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Crazy night

ECRANS | De Shawn Levy (ÉU, 1h28) avec Steve Carell, Tina Fey…

Christophe Chabert | Dimanche 9 mai 2010

Crazy night

"Crazy night", c’est la réunion de deux vedettes populaires de la télé américaine, l’une (Carell) ayant déjà fait ses preuves sur grand écran, l’autre (Fey) s’y cherchant une crédibilité, pour une screwball comedy taillée sur mesure. Un couple de quadras englués dans la routine conjugale décide de s’encanailler au cours d’une virée à Manhattan, mais un quiproquo les entraîne dans une sombre affaire impliquant un ponte de la mafia, des flics ripoux, un politicien érotomane… Non seulement "Crazy night" manque cruellement de rythme, mais sa raison d’être semble avoir échappé à son réalisateur, le tâcheron Shawn Levy, qui ne laisse jamais l’espace nécessaire à ses deux comédiens pour s’exprimer. Plutôt que de les laisser improviser leurs numéros, il surdécoupe, monte à la serpe et pratique des inserts absurdes, là où il aurait fallu laisser la caméra tourner tranquillement. Du coup, seuls les gags purs fonctionnent à peu près à l’écran. Mais la photo horrible, les caméos inutiles ou pathétiques (pauvre Ray Liotta !), la morale familialiste rampante ; tout concourt à rendre "Crazy night" plus glauque que distrayant. CC

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Max la menace

ECRANS | de Peter Segal (ÉU, 1h49) avec Steve Carell, Anne Hathaway…

Dorotée Aznar | Jeudi 4 septembre 2008

Max la menace

Hollywood n’en finit plus de racler les fonds de tiroir de la nostalgie télévisuelle… C’est aujourd’hui au tour du héros créé par Mel Brooks dans les années 60 de subir un lifting - soit un agent secret qui compense ses maladresses sur le terrain par des dons de déduction extraordinaires allant jusqu’au grotesque. Le film de Peter Segal a beau vouloir jouer la carte d’un comique de situation un minimum recherché (mais alors, vraiment un minimum) et tenter d’atténuer le côté convenu de son intrigue par des scènes d’action rébarbatives, jamais il ne parvient à dépasser son statut de produit estival inoffensif. On retiendra uniquement à son crédit d’avoir propulsé Steve Carell en tête d’affiche, garant d’une poignée de sourires chez le spectateur contrit. On enjoindra plutôt les fans du grand Steve à se procurer la saison 3 de The Office US, sortie en DVD cet été… FC

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