La beauté sera convulsive : "Thelma"

Le Film de la Semaine | On sait depuis Spider-Man qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Mais comment les assumer si l’on a pas encore conscience d’en posséder un ? Dans Thelma, son éveil chez une jeune femme coïncidera avec la résolution radicale de son Œdipe. Hypnotique.

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Photo : © Le Pacte


La post-adolescence féminine a toujours suscité fascination et fantasmes : un corps qui se métamorphose et devient apte à concevoir peut bien recéler d'autres prodiges plus secrets encore. Pouvoirs supra-naturels ou appétits déviants figurent alors en bonne position — demandez à la Carrie de Stephen King, ou aux deux sœurs de Grave (2016) leur avis sur la question. Joachim Trier à son tour a succombé à la séduction janusienne de cette nouveauté, qui dans le même temps attire et effraie avec Thelma, portrait d'une jeune femme résolument différente.

Issue d'une famille rigoriste vivant en marge du monde, Thelma arrive à la faculté avec sa solitude et sa timidité. Une soudaine crise épileptoïde survenue à la bibliothèque lui permet de socialiser avec Anja, qui devient son amie et l'initie à la vie : boisson, cigarette et même davantage…

Pupille absente…

Film fantastique qui se retient le plus longtemps possible avant de s'affirmer comme tel, et se maintient sans faillir dans un minimalisme bienvenu, Thelma opère une très efficace synthèse entre mysticisme nordique et parapsychologie. La tension est ici continue, d'autant plus aiguë que l'on ignore la provenance réelle de la menace pesant sur l'héroïne : intérieure avec ses crises de “haut mal” ou extérieure face aux “autres”, parents et amis. Le trouble véhiculé par Eili Harboe est contagieux, qui se révèle inquiétante sans recourir aux artifices du genre. Même constat quant aux scènes ouvertement sensorielles et sensuelles, que Trier débarrasse de l'attirail porno-soft pour en offrir une variation farcie de symboliques bibliques. Et c'est logique : Thelma est davantage victime de son auto-suggestion et de son imaginaire nourri de représentations de la géhenne que d'images érotiques.

S'il est officiellement assorti d'un avertissement du fait « de scènes, des propos ou des images pouvant heurter la sensibilité des spectateurs », le film présente sans doute plus de risques pour les spectateur·trice·s épileptiques photosensibles, soumis à un généreux bombardement de flashes stroboscopiques.

Thelma de Joachim Trier (Nor-Fr-Dan-Sué, 1h 56 avec avert.) avec Eili Harboe, Okay Kaya, Ellen Dorrit Petersen…


Thelma

De Joachim Trier (Nor-Fr, 1h56) avec Eili Harboe, Okay Kaya...

De Joachim Trier (Nor-Fr, 1h56) avec Eili Harboe, Okay Kaya...

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Thelma, une jeune et timide étudiante, vient de quitter la maison de ses très dévots parents, située sur la côte ouest de Norvège, pour aller étudier dans une université d'Oslo. Là, elle se sent irrésistiblement et secrètement attirée par la très belle Anja. Tout semble se passer plutôt bien mais elle fait un jour à la bibliothèque une crise d'épilepsie d'une violence inouïe. Peu à peu, Thelma se sent submergée par l'intensité de ses sentiments pour Anja, qu'elle n'ose avouer - pas même à elle-même, et devient la proie de crises de plus en plus fréquentes et paroxystiques. Il devient bientôt évident que ces attaques sont en réalité le symptôme de facultés surnaturelles et dangereuses. Thelma se retrouve alors confrontée à son passé, lourd des tragiques implications de ces pouvoirs...


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L’amour en queue de poisson : "Poissonsexe" de Olivier Babinet

Comédie | Un futur inquiétant, où il ne reste qu’une seule baleine. Scientifique dans un institut de recherches maritimes, Daniel s’échine à essayer de faire s’accoupler des poissons et échoue à trouver l’âme sœur. Son existence change lorsqu’il ramasse sur la plage un poisson mutant doté de pattes…

Vincent Raymond | Mercredi 2 septembre 2020

L’amour en queue de poisson :

Initialement prévu le 1er avril sur les écrans, jour ô combien adapté à une fable poissonneuse, ce film avait dû pour cause de confinement rester le bec dans l’eau attendant l’avènement de jours meilleurs. S’il est heureux de le voir émerger, on frémit en découvrant le monde pré-apocalyptique qu'il décrit en définitive aussi proche du nôtre : certains ne prophétisent-ils pas la pandémie comme faisant le lit de la 6e extinction massive ? Guère optimiste, mais comme s’en amusait Gustave Kervern, « je ne joue que dans des films tristes ; je refuse les films gais ». Au-delà de la boutade, Poissonsexe marie les menaces du conte philosophique d’anticipation et la poésie du parcours sentimental de Daniel, colosse au cœur de fleur bleue égarée dans un monde où amour et procréation sont totalement décorrélés ; où les couleurs froides font écho aux relations du même tonneau. Après la parenthèse lumineuse que constituait son documentaire Swagger, Olivier Babinet renoue donc

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ECRANS | De Joachim Trier (Nor/Dan/Fr, 1h49) avec Isabelle Huppert, Gabriel Byrne, Jesse Eisenberg…

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2015

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Après la réussite de son Oslo 31 août, Joachim Trier s’offre une petite tranche d’europudding avec un portrait en creux d'une photographe de guerre défunte. Et surtout celui de son veuf, de ses enfants face au deuil impossible. C’est beau, c’est froid, c’est austère. C’est arty, aussi, avec plein de résonances drôlement bien pensées. Mais c’est surtout très attendu, dans les intentions, les développements et la construction.

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Cannes 2015, jour 5. Oh ! Carol…

ECRANS | "Carol" de Todd Haynes. "Mon roi" de Maïwenn. "Plus fort que les bombes" de Joachim Trier. "Green Room" de Jeremy Saulnier.

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

Cannes 2015, jour 5. Oh ! Carol…

Il fait beau et chaud sur Cannes, et tandis que les plagistes ont les pieds dans l’eau, les festivaliers continuent de macérer dans une mare de sueur, brûlant au soleil de files d’attente désespérées, rabrouant les resquilleurs, espérant secrètement découvrir de beaux films. À la mi-temps du festival, on est encore dans l’expectative. Il faut dire que des films, on n’en voit moins que les années précédentes, et surtout que l’on se concentre sur les films événements. A perdre chaque jour entre trois et cinq heures à attendre, on doit forcément sacrifier la part de découverte pourtant essentielle à la manifestation. D’où l’impression d’assister à une grande preview des films importants de l’automne, plus qu’à une compétition en bonne et due forme. Carol : Tood Haynes sublime le mélodrame Si toutefois on devait jouer le jeu des pronostics, on dirait que Carol de Todd Haynes ferait une très belle Palme d’or. Ce n’est pas ce qu’on a vu de mieux dans ladite compétition — Le Fils de Saul a notre préférence — mais il marque une étape décisive dans la carrière d’un cinéaste plutôt rare, dont chaque œuvre était jusqu’ici pétrie de contradic

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Blind

ECRANS | D’Eskil Vogt (Norvège, 1h31) avec Ellen Dorrit Petersen, Henrik Rafaelsen…

Christophe Chabert | Mardi 28 avril 2015

Blind

Connu pour avoir coécrit les scénarios de Joachim Trier — bientôt en compétition cannoise avec Louder than Bombs — Eskil Vogt se lance ici dans la mise en scène, mais il est vite rattrapé par sa nature d’auteur. En effet, à travers son personnage principal, une femme devenue aveugle qui se met à rêver le monde et les gens qui l’entourent comme une romancière fabriquant des morceaux de fiction, il offre un reflet à peine fantasmé de sa propre situation. Blind se grise de sa structure labyrinthique et de son étrangeté, grillant ses meilleures cartouches au cours de sa première demi-heure : ainsi, tandis qu’Ingrid perd la vue, son mari développe des pulsions voyeuristes, traînant sur YouPorn ou espionnant sa voisine d’en face. Pour faire sentir l’aveuglement, la mise en scène amplifie les autres sens de son héroïne, mais là, Vogt ne fait que reprendre la plupart des idées développées par Meirelles dans son sous-estimé Blindness. Au bout d’un moment, le procédé lasse, le film patinant dans ses mises en abyme glaciales et son petit traité cérébral sur le

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Oslo, 31 août

ECRANS | Le Danois Joachim Trier adapte dans la Norvège d’aujourd’hui "Le Feu follet" de Drieu La Rochelle, transformant son anti-héros en ex-drogué ayant perdu le goût de la vie. Une errance magistralement mise en scène, sensuelle et mélancolique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 février 2012

Oslo, 31 août

Anders se réveille avec une fille dans son lit. Il s’habille, traverse le périphérique, s’avance dans une forêt jusqu’à une rivière. Puis il remplit ses poches de lourdes pierres et s’enfonce dans l’eau. Au dernier moment, il renonce à son projet et utilise ses dernières forces pour retourner sur la rive. Dès cette première séquence, Joachim Trier a déjà posé l’étrange contradiction qui habite son personnage : tiraillé entre pulsion de vie et tentation du néant, Anders met son existence en balance. Le souvenir de sa vie d’avant est une douleur : la fête, les rencontres, la drogue dans laquelle il a basculé, la femme aimée qu’il a perdue et qu’il tente sans succès de joindre au téléphone… Tout cela l’a conduit en cure de désintoxication et, par une belle journée d’été à Oslo, il profite d’un entretien d’embauche pour retrouver ses amis et faire le point sur son envie de vivre. Voyage au bout de la nuit Le spectateur français n’aura pas de mal à reconnaître la trame du Feu follet de Pierre Drieu La Rochelle, déjà génialement adapté par Louis Malle avec Maurice Ronet.

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Thelma, Louise et Chantal

ECRANS | De Benoît Pétré (Fr, 1h30) avec Jane Birkin, Catherine Jacob, Caroline Cellier…

Christophe Chabert | Jeudi 25 février 2010

Thelma, Louise et Chantal

Ce road-movie féministe où trois quinquagénaires s’embarquent direction La Rochelle pour assister au mariage de leur ancien amour avec une inconnue est une nouvelle déconfiture de la comédie française. Le film est dévoré par un instinct publicitaire cannibale qui conceptualiste absolument tout : le titre, le générique, le pitch, les personnages, le casting, la mise en scène, la musique, les dialogues et, bien entendu, les inévitables placements produits. Benoît Pétré, dont le CV tient de l’exploit nanardesque (co-réalisateur de Foon, acteur dans Mes stars et moi, réalisateur du making of de Humains…), lutte en permanence pour imposer un semblant de sincérité, un frisson d’émotion à l’écran… Mais le sentiment que tout ici est matière à vendre, comme une suite ininterrompue d’extraits et de clips du film à venir, balaie toutes ses tentatives dans un grand vent de superficialité mal assumée. CC

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