À poil les culs terreux ! : "Normandie Nue"

Comédie mal fagotée | de Philippe Le Guay (Fr, 1h45) avec François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison…

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Photo : © Sévérine Brigeot / Les Films des Tournelles


Pour attirer l'attention du monde entier sur sa commune où les éleveurs et paysans n'en finissent plus de crever à petit feu, le maire Balbuzard accepte la proposition d'un artiste américain souhaitant photographier ses concitoyens nus dans un champ. Il lui reste juste à les convaincre…

Transposer la démarche de Spencer Tunick sur une communauté en pleine lutte sociale, voilà qui aurait pu faire un bon Ken Loach. Sauf que c'est un Le Guay. Et que le cinéaste français a des ambitions de téléfilm, préférant à une comédie à enjeu dramatique des plans brumeux bucoliques, une surabondance de protagonistes vêtus de chemises à carreaux et des sous-intrigues de clocher éculées. Certes, pour la caution sociale, il glisse bien de-ci de-là une allusion aux cours de la viande, à la concurrence germano-roumaine, aux grandes surfaces, à l'usage des produits phytosanitaires, mais cela pue l'alibi comme une fosse à purin.

Le Guay semble avoir en outre la même vision étriquée de la campagne que le personnage du néo-rural — un pubard parisien, interprété par Demaison, tentant à son corps défendant un calamiteux retour à la terre. On s'attend d'ailleurs à ce que la fille de ce dernier raconte l'histoire, puisqu'elle porte la voix off ouvrant le film, avant de plonger dans un méli-mélo ne pouvant se réclamer de ”l'énonciation chorale”. Pauvre Normandie, pauvres paysans et pauvre Cluzet, qui surjoue au lieu "d'être”. S'il faut retenir une chose de ce film : privilégiez les circuits courts.


Normandie Nue

De Philippe Le Guay (Fr, 1h45) avec François Cluzet, Toby Jones... Au Mêle sur Sarthe, petit village normand, les éleveurs sont touchés par la crise. Georges Balbuzard, le maire de la ville, n’est pas du genre à se laisser abattre et décide de tout tenter pour sauver son village… Le hasard veut que Blake Newman, grand photographe conceptuel qui déshabille les foules, soit de passage dans la région. Balbuzard y voit l’occasion de sauver son village. Seulement voilà, aucun normand n’est d’accord pour se mettre à nu…
PASSrL Les Écrans Rue Georges Clémenceau Voiron
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Encore un peu plus à l’ouest : "Nous finirons ensemble"

Comédie dramatique | De Guillaume Canet (Fr, 2h15) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Encore un peu plus à l’ouest :

Dix ans après l’été maudit qui vit périr l’un des leurs, le groupe d’amis du Cap Ferret s’est disloqué. Sous l’impulsion d’Éric, ils se retrouvent tous pour célébrer les 60 ans de Max. Or celui-ci, sur le point de vendre sa maison, goûte guère la surprise… On prend les mêmes et on continue en suivant la recette : faire fermenter dans une résidence de nabab émirati ou de milliardaire texan un groupe “d’amis“ aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la bande. Fatalement, il faut s’attendre à du combat de coqs. Quand ils en ont le temps, certains et certaines de ces quadra adulescents pensent (un peu) aux autres. Pas forcément à leurs enfants — ces boulets d’arrière-plan décoratif conservés en cas de nécessité dramatique — ; plutôt à la planète le temps d’un couplet fédérateur dans l’air du temps. Ces personnages seraient faits pour être raillés, on souscrirait volontiers. Mais non : il faut les aimer pour leurs “blessures“, conséquences de leur égoïsme et de leur arrogance aveugle. Des liens profonds unissant Canet

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Rich Moore & Phil Johnston : « on donne des coups de coudes, mais avec amour »

Ralph 2.0. | Auteurs des Mondes de Ralph et de Zootopie, les sympathiques Rich Moore & Phil Johnston ont à nouveau uni leurs forces pour donner une suite aux aventures de leurs héros d’arcade. Conversation.

Vincent Raymond | Mardi 19 février 2019

Rich Moore & Phil Johnston : « on donne des coups de coudes, mais avec amour »

Comment vous avez eu l’idée de projeter Ralph dans l’Internet ? Phil Johnston : Elle est venue au-dessus de mon bureau. Nous venions d’avoir un bébé avec ma femme et elle s’est faite avoir par une arnaque sur Internet par un type qui vendait de la viande en ligne. À ce moment-là, on a réalisé que ça arrivait à tout le monde. Et on a imaginé ce qu’il pouvait se passer si jamais Ralph était obligé d’aller dans Internet, s’il se faisait arnaquer, jusqu’où ça pourrait nous mener… Rich Moore : Ça a juste commencé avec l’idée d’aller dans Internet, sans histoire ; à partir de là, on a commencé à travailler. L’Internet que vous montrez est un océan de marques. Comment avez-vous fait pour obtenir l’autorisation de les utiliser ? RM : On n’avait pas besoin de demander. Aux États-Unis, il existe dans le droit le fair-use qui dit que tant que l’on ne dénigre pas ou que l’on ne détourne pas la marque, on peut l’utiliser dans un film. Ainsi, eBay ne savait même pas qu’ils étaient dans le film avant la sortie du trailer

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La fibre de l’amitié : "Ralph 2.0"

Animation - dès 6 ans | de Rich Moore & Phil Johnston (É-U, 1h53) avec les voix (v.f.) de François-Xavier Demaison, Dorothée Pousséo, Jonathan Cohen…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

La fibre de l’amitié :

Ayant provoqué malgré lui la casse du jeu d’arcade de son amie Vanellope, Ralph plonge avec elle dans l’univers multidimensionnel de l’Internet pour trouver l’argent permettant de le réparer. Il leur faudra triompher de nouveaux adversaires et de féroces bugs pour boucler ce niveau… On connaît tous le principe évolutif d’une suite : offrir davantage que l’opus précédent afin d’élargir sa “surface de contact“ pour ne pas perdre le public de base et, si possible, en gagner un nouveau. Contrat rempli pour Ralph 2.0 qui délaisse le monde vernaculaire des jeux d’arcade pour conquérir en toute logique ce qui lui a succédé, son hyper-extension cosmique qu’est Internet. Moore & Johnston le matérialisent avec une indéniable virtuosité graphique et esthétique, comme une réplique de notre réalité, reprenant en cela le concept élaboré dès Tron — auquel leur film rend un hommage en forme de tacle. Le terme “matérialiser“ convient d’ailleurs assez bien à ce territoire virtuel, saturé de banderoles, de log

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Chienne de guerre ! : "Le Collier rouge"

Pacifiste | de Jean Becker (Fr, 1h23) avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle, Sophie Verbeeck…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Chienne de guerre ! :

1919. L’officier Lantier doit instruire le dossier de Morlac, un héros de guerre accusé d’un mystérieux crime contre la Nation. Pendant qu’un chien aboie sans cesse hors de la caserne où le prévenu est retenu, Lantier cherche à comprendre et, pourquoi pas, à obtenir son élargissement… De Jean Becker, on espère encore la sécheresse et la sensualité d’un Été meurtrier ; hélas, depuis Les Enfants du marais, il semble préférer les crépuscules du passé ou d’un présent vitrifié. Parfois, cela donne des moments de grâce (le tendre La Tête en friche) ; parfois de fausses bonnes idées. Tel ce film-dossier montant tout une mayonnaise autour d’un acte que des yeux contemporains jugeront insignifiant de banalité. Car jamais il ne leur est permis d’épouser le regard de l’époque, ni de s’installer dans la mentalité d’alors. L’emboîtement des récits, la romance et la politique se marchent sur les pieds au point de se faire trébucher ; quant aux personnages, il n’ont pas le temps d’être incarnés dans leurs profondeurs

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"Comment j'ai rencontré mon père" de Maxime Motte : “Je” est un autre

ECRANS | de Maxime Motte (Fr, 1h25) avec François-Xavier Demaison, Isabelle Carré, Albert Delpy…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Enguerrand a six ans et des parents adoptifs qui moulinent un peu avec ce concept. Alors, lorsqu’il découvre un soir sur la plage un sans papier d’origine africaine comme lui, il est persuadé d’avoir rencontré son père biologique. Sauf que non : Kwabéna veut juste passer en Angleterre… La promesse du titre est à moitié tenue : le “je” laisse entendre que le film va être vu à hauteur d’enfant. En réalité, ce sont les parents (et surtout le grand-père délinquant-débauché joué par Albert Delpy) qui occupent le premier plan, l’enfant — doté de la maturité d’un grand pré-ado — se contentant de vignettes. Privé de cette ambition, le film équivaut à un Welcome traité façon comédie, émaillé de séquences de “Papy sème sa zone à l’hospice avec ses potes les vieux” et d’engueulades sitcom entre les parents (elle, juge rigide ; lui, libraire nonchalant). Un (gros) peu d’écriture en plus n’aurait pas nui.

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"La Mécanique de l'ombre" : Affaires intérieures

ECRANS | de Thomas Kruithof (Fr-Bel, 1h33) avec François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Solitaire, chômeur et buveur repenti, un comptable est recruté par un discret commanditaire pour retranscrire à la machine à écrire des écoutes téléphoniques enregistrées sur cassettes magnétiques. Sans le savoir, il va pénétrer dans les sordides coulisses de l’appareil d’État… Un thriller politique s’inscrivant dans le contexte de ces officines supposées gripper ou fluidifier les rouages de notre république, bénéficie forcément d’un regard bienveillant. Pas parce qu’il alimente la machine à fantasmes des complotistes — fonctionnant sans adjonction de carburant extérieur — mais parce qu’elles recèlent autant de mystères et d’interdits que les antichambres du pouvoir américaines, si largement rebattues. Comme un creuset où se fonderaient entre elles les affaires Rondot, Squarcini, Snowden et Takieddine, cette première réalisation de Thomas Kruithof est à la fois très concrète et pétrie de symboles (tel celui du puzzle, l’objet fétiche du héros ; une structure complexe rendue inopérante dès lors que la plus misérable pièce fait défaut). Esthétiquement composé en Scope, ce film à la lisière de l’enquête intérieure et de l’actualité rappelle aut

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François Cluzet : « Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant »

3 questions à... | La Mécanique de l’ombre est aussi l’occasion d’explorer celle du comédien en compagnie de François Cluzet. Cours magistral sur son métier qu’il résume ainsi : « Un acteur, c’est d’abord un corps dans une situation. »

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

François Cluzet : « Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant »

Comment ressent-on la question de la surveillance d’une manière générale lorsqu’on exerce un métier où l’on est constamment scruté ? François Cluzet : À dire vrai, je ne m’occupe pas trop d’être scruté ; c’est le problème des spectateurs. Nous, les acteurs, on est des exhibitionnistes ; il faut qu’on se se méfie du narcissisme, de l’ego hypertrophié. Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant — j’ai beaucoup réfléchi à cela parce que je suis passionné et que j’essaie de faire mon boulot le mieux possible. Alors, depuis très longtemps, je ne joue plus : j’essaie de vivre les situations sans ramener mon grain de sel. Bien sûr, elles sont vécues sur commandes, car reliées au script, mais finalement j’aime bien cette idée. Longtemps ça m’a fait peur, je pensais qu’il ne se passerait rien. Je me suis rendu compte que c’était le contraire. Je me sens proche de cet acteur américain à qui un metteur en scène avait demandé s’il pouvait jouer plus expressif, et qui avait répondu : « — Non, mais toi tu peux rapprocher un peu plus ta caméra. » (rires) Quelles sont les exigences d’un tel rôle ?

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"L'Outsider" : pour enfin comprendre l'affaire Kerviel

ECRANS | Christophe Barratier remise patine et chansonnette pour prendre le parti de Jérôme Kerviel face à la Loi des marchés. Il réalise une jolie plus-value au passage : grâce à ce film maîtrisé, la séance se clôt par une forte hausse de la valeur de son cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Qu’il semble loin, le temps des Choristes, de Faubourg 36 ou de La Nouvelle Guerre des boutons ; cette époque laissant croire que Christophe Barratier préférait idéaliser un passé de carton-pâte, baigné d’insouciance nostalgique, comme s’il fuyait toute représentation du présent. Pour son premier film réellement contemporain, le cinéaste se paie le luxe de traiter frontalement un sujet en or que beaucoup de ses confrères français auraient sans doute évacué comme le mistigri : “l’affaire Kerviel”. Frontalement, c’est-à-dire sans recourir à ce faux-nez habituel qu’est “l’évocation de faits réels” — une touchante pudeur visant à se prémunir d’éventuelles poursuites. Ici, tout étant avéré, Barratier cite nommément et sans barguigner les protagonistes et les ra

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Médecin de campagne

ECRANS | Porté par le succès d’Hippocrate, chronique du monde impitoyable des carabins et des mandarins, le Dr Lilti renouvelle son ordonnance dans l’univers des blouses blanches en se focalisant sur un malade très singulier, puisqu’il prend soin des autres.

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Médecin de campagne

Pour ouvrir Le Samouraï (1967), Melville avait choisi une citation prétendument extraite du bushido : « Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï. Si ce n'est celle d'un tigre dans la jungle… Peut-être… » Toutes proportions gardées, cette sentence pourrait s’appliquer au personnage de Jean-Pierre, ici incarné par François Cluzet. Taiseux, déterminé, porté par un sens de sa mission confinant à l’apostolat (et longeant les lisières de la fierté orgueilleuse), le médecin de campagne, s’il est l’ultime avatar du sorcier ou druide au sein de sa communauté, tient aussi du rōnin : un fauve inflexible prêt à lutter et de préférence sans secours jusqu’au terme de ses forces. Thomas Lilti ne va pas jusqu’à transformer son portrait de toubib en ferraillerie — le scalpel ou l’abaisse-langue se substituant au katana. Il dépeint bien, en revanche, l’obstination d’un homme dans toutes ses nuances : en proie à des combats stériles et vains (son refus initial de se soigner), préservant à tout crin le droit de ses ouailles à bénéficier de traitements adaptés, même s’ils s’écartent des pratiques orthodoxes. L’on pourrait aussi parler d’u

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Tale of Tales

ECRANS | De Matteo Garrone (It-Fr-Ang, 2h13) avec Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones…

Christophe Chabert | Mercredi 1 juillet 2015

Tale of Tales

Que Matteo Garrone n’ait pas souhaité s’enfermer dans le réalisme suite au succès de Gomorra est une bonne chose ; d’ailleurs, lorsqu’il osait la stylisation dans Reality, il parvenait à déborder l’hommage à l’âge d’or de la comédie italienne pour en retrouver l’esprit esthétique. Avec Tale of Tales, les choses se compliquent : abordant un genre en vogue — les contes et l’heroic fantasy — via l’adaptation d’un classique de la littérature italienne, il tente le grand pont vers l’imaginaire pur, entrecroisant plusieurs récits où l’on retrouve des monstres, des sorcières, un roi, des reines et des princesses. Or, le style Garrone s’avère assez vite à la remorque de son ambition : jamais la mise en scène ne parvient à donner le souffle nécessaire pour nous faire pénétrer cet univers baroque et fantastique. D’où une suite d’hésitations fatales : entre le sérieux et la dérision, l’auteurisme et le divertissement, le film à sketchs et le film choral… Mal construit — l’épisode des faux jumeaux est de loin le plus faible, et le scénario le traîne comme

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En solitaire

ECRANS | De Christophe Offenstein (Fr, 1h36) avec François Cluzet, Samy Seghir, Guillaume Canet…

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

En solitaire

Yann Kermadec, marin chevronné, remplace au pied levé son frère qui s’est cassé une jambe pour participer au Vendée Globe. À peine parti, il découvre un clandestin dans la soute, se retrouvant malgré lui en infraction avec le règlement de cette course «en solitaire». Si on enlève le défi du tournage dans les conditions réelles de la navigation, ce premier film du chef opérateur de Guillaume Canet est un naufrage intégral. Le récit prend l’eau de partout, noyé par une avalanche de bons sentiments, sur le bateau comme sur la terre ferme, ce qu’une musique de supermarché vient souligner jusqu’à l’overdose. Surtout, le film ne prend le temps de rien, ni de filmer le professionnalisme du marin, ni de montrer les liens affectifs qui se nouent entre les personnages. C’est une bouillie télévisuelle écrite par des disciples de Robert MacKee qui créent des conflits artificiels et les résolvent en deux secondes — les rapports entre la fille de Cluzet et sa belle-mère jouée par Virginie Efira atteignent ainsi des sommets de niaiserie. Heureusement que le film sort un mois avant

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Alceste à bicyclette

ECRANS | De Philippe Le Guay (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Lambert Wilson…

Christophe Chabert | Lundi 14 janvier 2013

Alceste à bicyclette

À l’origine de l’«idée originale» du film, Fabrice Luchini a sans doute voulu s’offrir son Looking for Richard : une réflexion sur son métier d’acteur et sa confrontation avec un texte monstre de Molière, Le Misanthrope. Il y a d’ailleurs, dans Alceste à bicyclette, quelques scènes fascinantes où ce comédien génial abolit la frontière entre la réalité et la fiction et se montre seulement au travail, cherchant, hésitant, se reprenant jusqu’à trouver la note juste pour faire vivre sans pompe les alexandrins de Molière. Mais plutôt que de créer un dispositif fort autour de son acteur, Philippe Le Guay lui colle dans les pattes un sparring partner encombrant (Lambert Wilson, très moyen en acteur précieux rendu célèbre par un feuilleton médical sur TF1) et brode autour de pauvres intrigues de fiction qui sentent bon le téléfilm parfumé à la naphtaline. Dire qu’on se fout intégralement de la belle Italienne, du chauffeur de taxi ou de la jeune fille qui tourne des «films X» est un euphémisme, et pourtant, ce foutoir poussiéreux finit par prendre toute la place. Alceste à bicyclette projette ainsi Molière dans une médiocre

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Do not disturb

ECRANS | Yvan Attal s’empare d’une commande — faire le remake de «Humpday» — et la transforme en exercice de style fondé sur le plaisir du jeu et la sophistication de la mise en scène, prenant le risque d’intensifier la vacuité de son matériau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 1 octobre 2012

Do not disturb

Yvan Attal ne s’en est jamais caché : Do not disturb est avant tout une commande venue de son producteur, qui avait acheté les droits d’une comédie indé américaine de Lynn Sheldon, Humpday. Où il était question de deux vieux potes qui, par défi, décident de participer à un festival de porno amateur en tournant un film où ces deux hétéros convaincus se mettraient en scène en plein ébat homosexuel. Après Ma femme est une actrice et Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, tous deux marqués par les questions existentielles, sentimentales et professionnelles de leur auteur, voilà donc Attal face à un matériau impersonnel au sens strict. Sa stratégie, évidente, consiste alors à y instiller du plaisir pur. D’abord celui du jeu : son tandem avec François Cluzet est le vrai moteur de la comédie, lui en bourgeois bohème dont la vie affective est sur des rails trop huilés, Cluzet en aventurier de pacotille dissimulant derrière son chapeau de paille et sa barbe mal taillée sa nature profonde de glandeur velléitaire. Do not disturb aurait pu se contenter de mettre en scène de manière théâtrale cette joyeuse rencont

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L’Art d’aimer

ECRANS | De et avec Emmanuel Mouret (Fr, 1h25) avec François Cluzet, Frédérique Bel, Judith Godrèche…

Christophe Chabert | Mercredi 16 novembre 2011

L’Art d’aimer

Critique / Depuis Changement d’adresse, le cinéma d’Emmanuel Mouret tournait en rond dans ses ratiocinations amoureuses et son envie de fantaisie, déclinant le personnage campé par Mouret acteur et sa sympathique gaucherie dans des situations timidement burlesques. L’Art d’aimer lui donne enfin un nouvel horizon, tout en renforçant la petite musique qui lui sert de style. Dans cette ronde de personnages qui éprouvent, chacun à leur manière, le décalage entre suivre leurs désirs et prendre en compte le désir des autres, il place dès l’ouverture une pincée de tristesse qui, paradoxalement, ne rendra que plus drôle les segments suivants. La colonne vertébrale, par exemple, où un François Cluzet magistral tente de séduire une Frédérique Bel hilarante dans ses perpétuelles valses-hésitations, va à l’essentiel (un appartement, deux acteurs) mais pousse la folie de la situation jusqu’au vertige. Par instants, Mouret s’approche d’un vrai trouble des sentiments, comme lors de ce double adultère voulu mais avorté qui devient une preuve d’amour, ou dans le marivaudage sexuel à l’aveugle qui se développe entre Julie Depardieu et Laurent Stocker. Précis autant que précieux,

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Intouchables

ECRANS | Raconter l’amitié entre un ancien homme d’affaires, tétraplégique après un accident de parapente, et un gaillard de banlieue tout juste sorti de prison, en (...)

Dorotée Aznar | Mardi 25 octobre 2011

Intouchables

Raconter l’amitié entre un ancien homme d’affaires, tétraplégique après un accident de parapente, et un gaillard de banlieue tout juste sorti de prison, en voilà du sujet casse-gueule. Mais Olivier Nakache et Eric Toledano ont su slalomer entre les écueils et si leur film s’avère émouvant, c’est aussi parce que l’émotion ne surgit jamais là où on l’attend. On aurait pu se retrouver avec une double dose d’apitoiement (sur les handicapés et sur les déclassés), mais les deux s’annulent et le film raconte la quête d’une juste distance entre ce qui nous contraint (son corps ou ses origines) et ce que l’on aspire à être. C’est en refusant la compassion facile que le film trouve son ton, parfois au prix d’un effort un peu mécanique pour ménager l’humour et la mélancolie, mais en s’appuyant sans arrêt sur son atout principal : un couple de comédiens qui, comme les personnages qu’ils interprètent, ne semblaient faits ni pour se rencontrer, ni pour se compléter à l’écran. Rivé à son fauteuil, Cluzet doit réfréner son tempérament explosif et physique, tandis qu’Omar Sy, assez bluffant, troque en cours de route sa nonchalance sympathique pour une gravité et une précision qu’on ne lu

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Les Femmes du 6e étage

ECRANS | De Philippe Le Guay (Fr, 1h46) avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain, Natalia Verbeke…

Christophe Chabert | Jeudi 10 février 2011

Les Femmes du 6e étage

Visiblement passé sous les fourches caudines des «décideurs» du cinéma français, "Les Femmes du 6e étage" fait partie de cette zone grise où vont s’entasser en ce début de saison des films tièdes, manquant de tranchant et d’enjeux, sinon de mise en scène. Philippe Le Guay avait des velléités modianesques au départ, totalement gommées à l’arrivée. À la place, cette comédie humaniste antidate dans les années 60 la prise de conscience par un banquier bourgeois (Luchini, reprenant en mode mélancolique son rôle dans "Potiche") de la condition des femmes de ménage espagnoles vivant au-dessus de son appartement. Le Guay parle dans une transparence trop voyante du racisme contemporain, mais ce discours-là ne va pas bien loin. Plus intéressante est la tentative d’érotiser ce revirement politique. L’attirance entre le banquier et la jeune (très) bonne qui prend la suite d’une gouvernante ronchonne signifie bien que la lutte des classes est surtout soluble dans la chimie des corps. Un plan très bref sur l’anatomie magnifique de la formidable Natalia Verbeke fait penser au désir trouble des films de Buñuel. Mais n’exagérons rien : "Les Femmes du 6e étage", avec sa photo plate et son ambitio

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Les Petits Mouchoirs

ECRANS | De Guillaume Canet (France, 2h34) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Benoît Magimel

Dorotée Aznar | Jeudi 14 octobre 2010

Les Petits Mouchoirs

Quels meilleurs qualificatifs que gentil et inoffensif pour définir Guillaume Canet ? Naïf ? Fade ? Nul ? On est méchant ? C’est vrai, mais il le faut. Car s’il manquait une preuve à ses admirateurs après le surestimé et invraisemblablement récompensé Ne le dis à personne, Les Petits Mouchoirs devrait mettre tout le monde d’accord. Inspiré par un florilège bâtard de références où se croisent pêle-mêle Jean-Marie Poiret, Yves Robert, Claude Sautet, Lawrence Kasdan et Cassavetes (sic), Canet s’offre un film de potes, avec ses potes (Cluzet, Lellouche, Dujardin etc.), pour la bagatelle de 25 millions d’euros. Un peu cher pour un projet dont l’ambition se résume, grosso modo, à filmer les tracas existentiels et sentimentaux de petits-bourgeois en vacances. Rien ne fonctionne dans ce grand film personnel sur la vie et l'amour selon Saint-Guillaume : le scénario s’acharne à combler du vide et tresser laborieusement des enjeux ; la mise en scène est molle et insignifiante ; le casting en pilotage automatique ; les personnages aussi passionnants à regarder qu’un poster de l’UMP – la palme à Marion Cotillard en anthropologue bisexuelle fumeuse de joints. L’envi

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Blanc comme neige

ECRANS | De Christophe Blanc (Belgique, 1h35) avec François Cluzet, Olivier Gourmet, Louise Bourgoin

Dorotée Aznar | Vendredi 12 mars 2010

Blanc comme neige

Le thriller starring François Cluzet, presque un genre en soi. Avec toujours un peu les mêmes personnages et motifs, de vagues décalques naissant de ce corps nerveux au regard naïf et idéalement dépassé par les événements. Ce qu’a bien compris Christophe Blanc qui, en se reposant, trop, sur cette Cluzet touch, en oublie de blinder les enjeux de son scénario. Peu importe alors que son récit se déploie en cascade stylisée d’accidents ou qu’il évoque de loin les frères Coen (le talent en moins). Pas facile de s’attacher à son personnage d’homme candide, enlisé en famille dans une spirale meurtrière pour sauver son standing de nouveau riche. En prenant l’argent comme seul leitmotiv, renversé lors d’un twist hélas tardif, Blanc camoufle mal sa petite vision du monde. JD

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Sans laisser de traces

ECRANS | De Grégoire Vigneron (Fr, 1h35) avec Benoît Magimel, François-Xavier Demaison…

Christophe Chabert | Jeudi 4 mars 2010

Sans laisser de traces

Le tandem Vigneron / Tirard responsable du "Petit Nicolas" nous vend un thriller qui se voudrait immoral, mais qui est surtout très bête. Résumons : un futur PDG, presque self-made-man (il a quand même épousé la fille du patron), a des remords. Le produit qui a fait sa gloire au sein de l’entreprise repose sur un brevet spolié à un petit inventeur. Pensant aller le dédommager pour régler ses problèmes de conscience, il finit par le buter avec l’aide d’un ancien pote loser. Le reste est à l’avenant de ce début branlant : mou comme de la chique, reposant sur un casting improbable (Magimel, comme absent à lui-même, et Demaison, qui est loin de savoir tout jouer…), des dialogues affreux et surtout, un parfait connard en guise de protagoniste, qui blâme le monde entier de la médiocrité de ses actes sans jamais se remettre en question. Son apologie de la «chance» ressemble en fait à un plaidoyer pour un monde décomplexé face à l’argent, au crime, à la goujaterie, etc. CC

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À l'origine

ECRANS | Remonté et raccourci après sa présentation cannoise, le quatrième film de Xavier Gianolli y a gagné en force, cohérence et mystère, donnant à l’odyssée d’un petit escroc construisant un tronçon d’autoroute un caractère épique et fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 novembre 2009

À l'origine

Lors du dernier festival de Cannes, 'À l’origine' avait surtout frappé par sa durée un peu mégalo (2h35 !) et son désir de tout expliquer, frisant la surdose psychologique. Xavier Gianolli a depuis revu sa copie, dans le bon sens : la version qui sort en salles est bien meilleure, puisqu’elle ressert et opacifie les enjeux, se concentre sur l’action et relègue les motivations à l’arrière-plan (il en reste toutefois quelques traces dans des dialogues qui, parfois, mettent dans la bouche des personnages les intentions de l’auteur). Ainsi du protagoniste de l’histoire ; on ne sait plus rien du passé de ce type bizarre qui, dès les premiers plans, monte un «coup» aussi énorme qu’étrange. Il se fait passer pour Philippe Miller, patron d’une filiale fictive de la CGI, une entreprise de travaux publics qui a arrêté net la construction d’une autoroute sous la pression des écologistes locaux défendant une race de scarabées. Miller fait croire qu’il va la remettre en chantier. Son plan fonctionne au-delà de ses attentes : dans une région dévastée par le chômage, il apparaît comme un messie moderne, ressuscitant les rêves de travail de la population, élus ou citoyens, entrepreneurs ou simples

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Divorces

ECRANS | De Valérie Gugnabodet (Fr, 1h40) avec François-Xavier Demaison, Pascale Arbillot…

Christophe Chabert | Mardi 6 octobre 2009

Divorces

Ça va mal au pays de la comédie française… Après 'Victor' la semaine dernière, 'Divorces' enfonce le clou du cercueil : point de salut hors le recensement vulgaire et téléfilmé de la médiocrité ordinaire, comme si le spectateur ne pouvait rire face à l’écran que de sa bassesse et de la merde quotidienne dans laquelle il est englué. Bizarre, tout de même, comme remède contre la morosité ambiante ! Toujours est-il que Valérie Guignabodet, pourtant réalisatrice de l’intéressant 'Danse avec lui', se pourlèche les babines face à ce jeu de massacre entre un couple d’avocats spécialisés dans le divorce à l’amiable, dont la belle alliance est menacée par leur propre séparation. On apprendra, entre autres questions vitales à la survie de l’humanité, que le couple, c’est castrateur, que le ticket de métro, pour vous mesdames, est une bonne manière de réveiller l’appétit sexuel de monsieur, et que quand on appelle une jeune chienne une «chiotte», c’est drôle. Non ? On est d’accords, alors… CC

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Le Dernier pour la route

ECRANS | De Philippe Godeau (Fr, 1h47) avec François Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz…

Christophe Chabert | Mardi 15 septembre 2009

Le Dernier pour la route

Qu’allait donc faire Philippe Godeau, producteur français important, notamment de Pialat (Le Garçu) et Despentes (Baise-moi), une fois passé derrière la caméra ? Avec cette adaptation du récit autobiographique d’Hervé Chabalier racontant son passage en centre de désintoxication pour lutter contre son alcoolisme, Godeau s’efface devant son sujet, mais surtout devant ses acteurs. La mise en scène, à quelques affèteries en flashbacks près, cherche la discrétion et la note juste, une élégance invisible et efficace qui ne confond jamais objectivité et froideur, vérité humaine et psychologisme. Le Dernier pour la route est donc un film d’acteurs au sens le plus noble du terme : Cluzet, impressionnant, magnifique, bouleversant, mais aussi une Mélanie Thierry transfigurée, formidable en nymphette autodestructrice, incapable de saisir la main qu’on lui tend pour la sauver de la noyade. Les meilleures scènes du film prennent le temps de capter ce fil fragile où un destin peut basculer sur un geste, un regard, une parole mal dite, mal comprise ou mal interprétée. Un beau film, tout simplement. CC

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Coluche

ECRANS | D’Antoine De Caunes (Fr, 1h43) avec François-Xavier Demaison, Léa Drucker, Olivier Gourmet…

Christophe Chabert | Mercredi 8 octobre 2008

Coluche

Coluche ressemble exactement à ce que l’on pouvait attendre de la part d’Antoine De Caunes : la copie sans rature d’un élève ayant si peur de mal faire qu’il ne fait pas grand chose. Tous ses films sont ainsi, et celui-ci peut-être plus que les autres… Plutôt qu’une bio filmée, Coluche évoque un moment de la vie de l’acteur, quand il décide de se présenter aux présidentielles en 1981. Décision intéressante, mais dont on ne trouvera jamais de justification à l’écran. La période ? Juste un décorum folklorique… La politique selon Coluche ? Un poujadisme irresponsable mais finalement salutaire. Sa vie privée ? Des fêtes et de la came, mais pas vraiment de drame à l’horizon. Ce qu’il manque à tout ça, c’est un point de vue qui donnerait du relief aux événements qui se succèdent à l’écran. Film plat agité par d’agaçants gimmicks de réalisation et plombé par le syndrome Patrick Sébastien (Demaison transparent, Drucker enlaidie…), Coluche laisse indifférent ; un comble vu le côté polémique du personnage… CC

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La Vérité ou presque

ECRANS | de et avec Sam Karmann (Fr, 1h35) avec Karin Viard, André Dussollier, François Cluzet...

Christophe Chabert | Mercredi 19 septembre 2007

La Vérité ou presque

Vaudeville comique dans le microcosme de la bourgeoisie quadra lyonnaise (à peine plus crédible que dans le Chabrol, ce qui est un exploit !), le nouveau film de Sam Karmann est le genre de produit inoffensif qui fera les beaux jours de France Télévisions d'ici quelques années. Autant dire que l'affaire se regarde avec distraction, à quelques détails involontairement amusants près, que l'on ne peut s'empêcher de raconter ici : Karin Viard y bosse à TLM, décrit dans le film comme un sommet de ringardise provinciale dirigé par un requin démago obsédé par le «local». Bon, toute ressemblance avec des faits et des personnes existants ne serait que pure coïncidence, hein... Les traboules y deviennent un lieu de drague homosexuelle, propices aux petits coups vite faits dans les coins sombres. Et cette classe moyenne-là baise dans les 4 étoiles et a les moyens de se faire livrer par le traiteur le repas du soir. Dernier point au crédit du film : chaque fois que François Cluzet apparaît à l'écran, pour défendre un personnage pourtant gratiné (un businessman macho et menteur), il est simplement génial. Cet acteur-là est un miracle. Dire qu'il surclasse tous ses camarades du cinéma français e

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