Liam Neeson : « Les personnages que j'aime jouer ne sont pas des super-héros, mais des gens de la rue »

Entretien | Regard bleu mélancolie et silhouette émaciée, Liam Neeson marque une pause pour évoquer sa nouvelle course contre la montre à grande vitesse dans The Passenger. En voiture s’il vous plaît…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Photo : © Studiocanal / Jay Maidment


C'est la quatrième fois que vous travaillez avec Jaume Collet-Serra ; dans quelle mesure parvenez-vous à vous surprendre mutuellement ?
Liam Neeson
: Nous ne nous surprenons pas vraiment. En tout cas, à chaque fois c'est de plus en plus facile pour nous de travailler ensemble et nous sommes de plus en plus proches. On ne cherche pas à suranalyser chaque chose ni des motivations aux personnages ; on est tout de suite dans le concret. J'arrive sur le tournage, on regarde les mouvements de caméra, et puis on met en boîte — c'est aussi simple que cela. Sauf s'il y a une scène un peu plus complexe, auquel cas on fait une répétition. Nous aimons notre énergie mutuelle. L'équipe le perçoit ; elle sait qu'on ne va pas attendre jusqu'à la cinquième prise.

Et puis, il est très inventif ; sa caméra est au service de l'histoire et j'adore ça. Après Non Stop, il m'a fait passer d'un avion à un train — j'étais curieux de savoir comment il allait filmer. Et l'on va recommencer pour notre cinquième film ensemble, dans un espace encore plus petit : un placard (sourires) Non, en fait je ne peux pas encore en parler.

Quelle est la part d'effets spéciaux, et celle de votre implication physique ?
On a tourné dans l'un des studios de Pinewood où un Star Wars venait de s'achever. Le décor, c'était un compartiment et demi sur des vérins hydraulique, placé devant un fond vert — je ne comprends pas vraiment comment ça marche, mais le train est supposé avoir 6 ou 7 voitures différentes. Pendant la semaine nous tournions dans un compartiment donné, et puis le week-end le chef-décorateur et ses équipes changeaient des éléments pour que ce compartiment en devienne un autre — et ainsi de suite. Tout était extrêmement organisé. Donc, quand j'arpente le train en entier, cela correspond en réalité à une semaine et demi de boulot.

Sur le plan physique, j'aime être en forme. Tous les matins, je mettais le réveil à 5 heures pour aller faire de la gym, puis direction le studio pour tourner non-stop jusqu'à 18h30. Après quoi je m'octroyais une sieste de 15 minutes avant de retourner à la gym où je retrouvais les cascadeurs pour répéter les combats. Enfin, je rentrais à l'hôtel pour m'écrouler. Voilà à quoi ressemblait ma vie pendant le tournage : monastique.

À la lecture du scénario vous êtes-vous demandé de ce que vous feriez si l'on vous proposait de faire “quelque chose” pour rendre service ou pour une somme d'argent ?
Les personnages que j'aime jouer ne sont pas des super-héros, mais des gens de la rue. Chacun peut donc s'identifier à ce qu'éprouve ce personnage : c'est un dilemme moral. Que ferais-je, moi, si j'étais viré à 60 ans, perclus de dettes avec des enfants à mettre à l'université ? Dans ces conditions, je serais tenté.

Vous apparaissez aux yeux des spectateurs comme un protecteur. Aimeriez-vous revenir vers un rôle plus ambigu ?
Avoir cette image est sympathique. Si c'est celle que j'ai en ce moment à l'écran, je ne vais pas cracher dessus ! En tant qu'acteur, le mélange est intéressant. Je viens de tourner le rôle d'un mec pas très cool avec les frères Coen — d'où ma barbe : il nous reste deux jours à faire dans la neige au Colorado, sauf qu'il y fait en moment 15°C…

Dans vos films, les durées se raccourcissent de plus en plus. Avez-vous un rapport au temps particulier ?
L'idée de temps est toujours présente. J'ai 65 ans, et à chaque fois que je reçois un scénario, j'ai un choc quand au départ le personnage principal est supposé avoir 35 ans, que son âge a été corrigé en “dans la petite cinquantaine”. C'est génial, ça veut dire qu'on me veut. Alors je prends mon téléphone et je demande : « Combien ? » Si ça me va, alors j'arrive !


The Passenger

De Jaume Collet-Serra (ÉU-Fr, 1h45) avec Liam Neeson, Vera Farmiga...

De Jaume Collet-Serra (ÉU-Fr, 1h45) avec Liam Neeson, Vera Farmiga...

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Comme tous les jours après son travail, Michael MacCauley (Liam Neeson) prend le train de banlieue qui le ramène chez lui. Mais aujourd’hui, son trajet quotidien va prendre une toute autre tournure. Après avoir reçu l’appel d’un mystérieux inconnu, il est forcé d’identifier un passager caché dans le train, avant le dernier arrêt. Alors qu’il se bat contre la montre pour résoudre cette énigme, il se retrouve pris dans un terrible engrenage. Une conspiration qui devient une question de vie ou de mort, pour lui ainsi que pour tous les autres passagers !


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Hors du train-train quotidien : "The Passenger"

Action ferroviaire | de Jaume Collet-Serra (E-U-Fr-G-B, 1h43) avec Liam Neeson, Vera Farmiga, Patrick Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hors du train-train quotidien :

Ancien flic reconverti dans les assurances, Michael est brutalement viré. Le même jour, ce fringant sexagénaire voit sa routine chamboulée dans son train de banlieue quand une inconnue lui propose un étrange marché. À la clef, beaucoup d’argent. Mais aussi des dangers potentiels… Jaume Collet-Serra serait-il devenu pour Liam Neeson ce que J. Lee Thompson fut pour Charles Bronson — un réalisateur transmutant ad lib un type ordinaire harcelé par des malfaisants en surhomme capable de sauver la planète ? Relativisons : Neeson est moins ouvertement vigilante que Bronson, et semble plutôt pousser pour leur quatrième collaboration son personnage du côté des Tom Hanks/Harrison Ford : toute l’ouverture est une tentative en ellipses “pixariennes” pour l'ancrer dans sa monotonie consentie de banlieusard. Ensuite, la victime idéale se transforme en bourreur de pifs expert. Si Collet-Serra maîtrise son espace contraint (en un seul mot), il succombe à la tentation de la surenchère, perdant dans les vingt dernières minutes le bénéfice de l’ar

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Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

C'est à moi que tu parles ? | Lors de son bref passage en France, Martin Scorsese a brisé le silence pour évoquer celui qui donne le titre à son nouveau film. Morceaux choisis et propos rapportés de sa conférence de presse.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

Votre titre est accompagné au générique de début par un réel silence. Doit-il s’entendre comme un constat ou une injonction ? Martin Scorsese : C’est une façon d’attirer l’attention du spectateur, mais aussi une forme de méditation intime, car ce film exige une concentration du public. Nous venons tous du silence et nous allons tous y retourner ; alors autant s’y habituer et s’y sentir bien. Qu’est-ce qui vous a autant attiré dans le livre de Shūsaku Endō ? J’ai été attiré — obsédé, devrais-je dire — par l’histoire qu’il raconte. Pour moi, il parle d’une manière extraordinaire de la façon d’accepter la spiritualité qui est en nous. Sa résonance est toute particulière de nos jours, alors que le monde rencontre de grands changements technologiques et que des faits horribles se déroulent. J’espère que cette histoire — donc le film — pourra ouvrir un dialogue en montrant que la spiritualité existe, puisque qu’elle est une part intégrante de notre humanité profonde. Vous avez porté ce projet

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Sans identité

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Sans identité

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L'Agence tous risques

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À l’image du récent Iron man 2, The A Team (le titre français, hérité des années 80 et de la série d’origine, paraît soudain bien ridicule…) est un blockbuster qui marque un retour aux fondamentaux du genre : de l’action, certes, mais aussi des neurones ; du numérique, d’accord, mais aussi des comédiens, du verbe, du concret. L’introduction relate en une petite dizaine de minutes déjà spectaculaires la formation de cette équipe de rangers à la complémentarité parfaite (des muscles, un cerveau, une belle gueule et un grain de folie), puis l’envoie en Irak dans un futur proche au moment où l’Amérique retire ses troupes. Chargée de récupérer une machine à faux billets volée par les Irakiens, elle se fait doubler par un autre commando, avant de signer un pacte avec un agent de la CIA qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un trader de wall street. Cette excellente entame scénaristique fait donc un grand pont entre le fiasco militaire et la déroute financière des États-Unis, cultivant un esprit anar où les institutions américaines sont ridiculisées au profit de la bande de mavericks rigolards en quête de rédemption. Carnahan n’a plus qu’à déplier avec un savoir-fa

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Esther

ECRANS | De Jaume Collet-Serra (ÉU, 2h03) avec Vera Farmiga, Peter Sarsgaard…

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Esther

Pour le cinéma horrifique, 2009 marqua le grand retour des enfants psychopathes, de la menace intérieure dévoilant les troubles insurmontables du foyer idéal. Nul doute que les responsables d’Esther ont révisé leurs classiques, tant la (très) longue montée en puissance du récit ne dévie jamais d’un cahier des charges tant honoré par le jeune Damien de ‘La Malédiction’ que par l’inénarrable Macaulay Culkin dans ‘Le Bon Fils’ : air faussement angélique, mutisme inquiétant, passé flou, violence sur animaux puis sur d’autres enfants, mépris glacial pour l’autorité parentale… En fait, il faut attendre la dernière partie du film pour se rendre compte que Jaume Collet-Serra nous fait le même coup que dans son déjà très dispensable remake de ‘La Maison de cire’ – une œuvre tellement codifiée qu’on a l’impression de l’avoir déjà vu une dizaine de fois, mais qui se réveille dans son dernier acte, ici à la faveur du retournement de situation le plus admirablement grotesque vu depuis longtemps. Le film, pour peu qu’on arrive à faire abstraction de son imbitable heure et demi d’exposition, en deviendrait presque transgressif… FC

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