Un joyeux Barnum : "The Greatest Showman"

Musical | de Michael Gracey (E-U, 1h46) avec Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Photo : © Twentieth Century Fox


Des poussières de son enfance miséreuse aux paillettes de la gloire, en passant par ses échecs, la vie romancée à la façon d'une comédie musicale de l'inventeur du spectacle moderne, l'entrepreneur Phineas Taylor Barnum (1810-1891).

Créée ex nihilo pour le cinéma, sans passer par la case Broadway — une exception partagée avec La La Land , cette comédie musicale adopte les codes du grand spectacle contemporain pour en conter la genèse, avec ce qu'il y a d'extravagance, de scintillant, mais aussi de clichés et de tape-à-l'œil façon Baz Luhrmann — la mise en abyme est de ce point de vue réussie. Et quel meilleur ambassadeur pour incarner Barnum que Hugh Jackman ? Ultime représentant de ces showmen plus qu'accomplis : absolus, conservant leur crédibilité sur toutes les scènes, il fait évidemment le job. Paradoxalement, sa franchise sert la rouerie vaguement cynique de l'entrepreneur, dont on ne parvient à savoir ce qui chez lui primait de la soif de reconnaissance sociale et de l'argent ou du désir d'entertainment.

Partition aux notes volontairement appuyées, The Greatest showman souffre quelques bémols. Ainsi, la présence ultra-charismatique de Jackman éclipse-t-elle celle de ses partenaires : Michelle Williams, en épouse-inspiratrice, fait figure de silhouette ; Zendaya tire davantage son épingle du jeu. Quant aux arrangements, les oreilles les moins raffinées pourront fustiger leur banalité commerciale et leur absence de lyrisme. Dommage, car les chansons sont la colonne vertébrale d'un musical.


The Greatest Showman The Greatest Showman

The Greatest Showman

De Michael Gracey (ÉU, 1h45) avec Hugh Jackman, Michelle Williams...

De Michael Gracey (ÉU, 1h45) avec Hugh Jackman, Michelle Williams...

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L’histoire de P.T Barnum, un visionnaire parti de rien pour créer un spectacle devenu un phénomène planétaire.

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Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Entretien | Hugh Jackman a posé les griffes de Logan et enfilé la tenue de Monsieur Loyal de l’inventeur du spectacle moderne, Phineas Taylor Barnum. Showtime !

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Pour quelles raisons teniez-vous à ce film et à ce que vous vouliez réussir, en tant qu’artiste et être humain ? Hugh Jackman : J’ai grandi dans l’amour des comédies musicales avec Fred Astaire et Gene Kelly — comme Chantons sous la pluie. En 2009, alors que je présentais la cérémonie des Oscars, son producteur Larry Mark m’a proposé de faire un musical. Mais à l’époque, c’était difficile de convaincre Hollywood sur un projet totalement original et neuf — l’ironie étant que La La Land était parallèlement en production, sans que nous le sachions. L’essentiel dans un musical étant le livret, c’était risqué de soumettre onze chansons originales à l’approbation du public. Lorsque Justin Paul en a écrit cinq, on a su que l’on tenait quelque chose — et le studio aussi. D’abord, le sujet “Barnum” s’adaptait parfaitement à un musical : avec ses rêves et son imagination, le personnage était plus grand que nature

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Notre poison quotidien : "Sugarland"

Le Film de la Semaine | Pour prouver la nocivité du sucre, un Australien s’impose le régime moyen de ses compatriotes et observe les résultats sur son organisme. Une plongée terrifiante dans nos assiettes donnant envie de gourmander nos dirigeants. Sans aucune douceur.

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Notre poison quotidien :

Après avoir découvert ce documentaire, le moindre hydrate de carbone d’extraction industrielle vous semblera plus pathogène qu’un virus Ebola fourré au cyanure ; même l’écoute d’un titre de Sixto Rodriguez vous incitera à tester votre glycémie à jeun et d’expier par précaution avec une heure de step. Sortant sur les écrans en pleine période de détox, Sugarland aura-t-il une influence sur le consommation des crêpes au sucre durant la Chandeleur d’ici moins de dix jours ? Peu de chances, en tout cas, de le voir programmé dans des salles vendant du pop-corn : il y a des limites au masochisme. Le réalisateur australien Damon Gameau, lui, l’est tout de même un brin. Suivant le principe de Supersize Me! (2004), il s’inflige devant la caméra pendant deux mois le régime “normal” d’un de ses compatriotes comptant 40 cuillères à café de sucre quotidiennes (!) Des sucres cachés, présents dans l’alimentation transformée en apparence saine et/ou bio, qu’il ingurgite donc sans même recourir

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"Logan" : little Miss Wolverine

Le Film de la Semaine | Confirmation d’une tendance : les dérivations des X-Men surclassent les recombinaisons des Avengers. Mangold le prouve à nouveau dans ce western crépusculaire poussant un Wolverine eastwoodien dans ses tranchants retranchements — au bout de son humanité.

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Fin des années 2020. Chauffeur de limousine de location, Logan n’est plus qu’une loque catarrheuse et alcoolique prenant soin d’un Professeur Xavier nonagénaire avec l’aide de Caliban. Sa routine explose quand surgit Laura, traquée par une horde de tueurs. Une jeune mutante à part : elle est sa fille. Si le cadre dystopique et anxiogène semble issu des cauchemars de Frank Miller, Logan pourrait quant à lui être un avatar eastwoodien, traînant sa splendeur passée comme un boulet et implorant inconsciemment la délivrance dans un ultime râle d’héroïsme. Le James Mangold de Copland (1997) ou Walk the Line (2005) semble de retour : après avoir signé un Wolverine III en demi-teinte, où les exigences du grand spectacle prenaient le pas sur les potentialités dramatiques offertes par le cadre politico-historique, il radicalise ici son propos, confrontant le mutant griffu aux limites ultimes de ses ambivalences et de sa noirceur. Telles serres, telle fille Cette dystopie contigue dans le temps s’approche dangereusement de la réalité : Mangold montre des multinationales “fabricant”

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Chappie

ECRANS | Déroute intégrale pour Neill Blomkamp avec ce blockbuster bas du front, au scénario incohérent et à la direction artistique indigente, où il semble parodier son style cyberpunk avec l’inconséquence d’une production Luc Besson. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 6 mars 2015

Chappie

S’il fallait une preuve que la politique des auteurs a des limites, Chappie jouerait à merveille ce rôle : on y voit un cinéaste, le Sud-africain Neill Blomkamp, dont on a pu apprécier la cohérence de ses deux premiers films — District 9 et Elysium — commuer sa rage punk en une grotesque parodie sur un scénario écrit à la va-vite, incapable d’élaborer le moindre discours et même pas foutu d’assurer le minimum syndical en matière de blockbuster futuriste. Pourtant, tout est là : l’alliance entre l’humain et la machine — ici, un robot policier doté d’une intelligence artificielle et récupéré par des gangsters très méchants pour lui faire commettre un braquage permettant d’honorer leurs dettes — un futur proche qui ressemble à une extrapolation de nos ghettos sociaux contemporains, un goût de la destruction et des ruines urbaines… Cet effet de signature n’est qu’un trompe-l’œil : Blomkamp ne retrouve jamais la substance politique, même manichéenne et schématique, de ses œ

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X-Men : Days of future past

ECRANS | Pour son retour à la mythologie X-Men, Bryan Singer signe un blockbuster stimulant visuellement, intellectuellement et politiquement, où il se plaît à courber l’espace et le temps, dans sa narration comme dans la chair de ses plans. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

X-Men : Days of future past

Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les Sentinelles) capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past, basé sur l'un des plus fameux arcs narratifs du comic book d'origine (signé Chris Claremont et John Byrne en 1981), consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruines, une mutante aide ses camarades à co

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Prisoners

ECRANS | Deux enfants kidnappés, un père prêt à tout pour les retrouver, un suspect tout trouvé, un détective tatoué et solitaire : les ingrédients d’un film noir très noir sur la contagion du mal signé Denis Villeneuve qui, après "Incendies", réussit haut la main ses débuts aux États-Unis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Prisoners

Qu’y a-t-il dans les caves des honnêtes gens ? Des cadavres, des enfants martyrisés, mais aussi de la paranoïa sécuritaire et de la mauvaise conscience qui peut, à tout moment, refaire surface et transformer une grise mais paisible bourgade en succursale de l’enfer. Le labyrinthe de Prisoners — figure que le film utilise comme un motif de l’intrigue mais aussi comme modèle de narration — est sans issue, et c’est ce qui impressionne en premier lieu : Denis Villeneuve, pour ses débuts aux États-Unis, ne fait aucune concession rassurante au spectateur. Aidé par un scénario remarquable, il plonge aux confins de la noirceur humaine pour montrer comment le mal se propage et finit par tout gangrener. C’est l’enlèvement de deux fillettes qui enclenche l’engrenage : le père de l’une d’entre elles — stupéfiant Hugh Jackman dans un de ses meilleurs rôles — se persuade que le coupable est un vieux garçon un peu attardé, malgré les dénégations du suspect et sa remise en liberté au terme de sa garde-à-vue. Il va donc le séquestrer et le torturer pour provoquer ses aveux. En parallèle, un flic désespérément solitaire et

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Wolverine : le combat de l’immortel

ECRANS | Wolverine va se promener au Japon dans une aventure impersonnelle et ennuyeuse au possible, signe d’une franchise qui avance en roue libre et d’un cinéaste, James Mangold, totalement perdu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 24 juillet 2013

Wolverine : le combat de l’immortel

Face à ce Wolverine, qui laisse pas mal de temps pour penser à autre chose tant il sollicite peu la participation du spectateur, contraint d’en suivre les péripéties anémiques et les scènes d’action aussi rares que foireuses, on se dit qu’Hollywood est devenue une centrifugeuse folle prise au piège de sa productivité. Que faire pour maintenir en vie la franchise X-Men en attendant qu’un cinéaste ambitieux s’attelle à retrouver son essence de saga ? Décliner son personnage-phare dans des aventures prétextes que l’on regardera comme on lit le 115e numéro de Strange : d’un œil distrait avant de s’endormir. Ainsi va ce Combat de l’immortel : Logan / Wolverine survit à l’explosion atomique de Nagasaki et, soixante ans plus tard, après avoir vainement tenté de jouer les ermites barbus au milieu de la forêt — Into the wild beast ? — est contraint d’aller au chevet du soldat japonais qu’il avait sauvé à l’époque. Devenu un magnat de l’industrie tokyoïte, il s’apprête à léguer sa fortune à sa petite fille qui, évidemment, ne sera pas indifférente au charme du Glouton, entre temps passé par un bon bain chaud pour retrouver so

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Le Monde fantastique d’Oz

ECRANS | La rencontre entre Disney et Sam Raimi autour d’une ingénieuse genèse au "Magicien d’Oz" débouche sur un film schizo, où la déclaration d’amour au cinéma du metteur en scène doit cohabiter avec un discours de croisade post-"Narnia". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mars 2013

Le Monde fantastique d’Oz

En écrivant la semaine dernière que Spring Breakers était une variation autour du Magicien d’Oz où James Franco serait une version gangsta dudit magicien, on ne savait pas encore que celui-ci l’incarnait pour de bon dans cette version signée Sam Raimi. Il faut dire que le titre français est trompeur : il laisse entendre que l’on est face à un remake du classique de Victor Fleming, alors qu’il en écrit en fait la genèse. Il s’agit donc de raconter comment un prestidigitateur minable et très porté sur la gente féminine, qui se rêve en Thomas Edison mais se contente de tours à deux sous dans une roulotte du Kansas, va passer de l’autre côté de l’arc-en-ciel et découvrir le monde d’Oz, ses vilaines sorcières et son chemin de briques jaunes. Sam Raimi rend avant tout un hommage esthétique à l’original : il débute par trente minutes en noir et blanc, son mono et format carré, avant de laisser exploser couleurs, effets sonores et 3D débridée par la suite.

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Les Misérables

ECRANS | À force d’adaptations, le roman de Victor Hugo devait en arriver là : la version filmée de la version anglaise de la comédie musicale. Elle confirme les limites de Tom Hooper derrière une caméra et accumule les faiblesses manifestes et les fautes de goût impardonnables. Pourtant… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Les Misérables

Les Misérables n’est pas un bon film. On pourrait même passer la critique entière à en lister les défauts. À commencer par le travail de Tom Hooper lui-même, dont le trop admiré Discours d’un roi montrait déjà les limites : par exemple, Hooper s’avère absolument incapable de donner une forme aux passages non chantés. Alternant grand angle et longues focales, ils sont cousus n’importe comment par un montage aberrant réduisant l’action à une bouillie d’images incohérentes. On peut aussi s’interroger sur la valeur musicale de la partition de Schönberg et Boublil : ces "tubes" pensés pour des chanteurs à voix ont pris du plomb dans l’aile et seul l’investissement des comédiens permet de leur donner un nouveau souffle. Au milieu de ce casting all stars, on trouve une incroyable faute de goût : Russell Crowe dans le rôle de Javert. L’acteur sort sa grosse voix dans les passages parlés, mais part dans les aigus dès qu’il se met à chanter, sapant toute la crédibilité du personnage. Le récit est ce qui résiste le mieux à ce duplicata musi

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Paperboy

ECRANS | De Lee Daniels (ÉU, 1h48) avec Nicole Kidman, Zac Efron, Matthew McConaughey…

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Paperboy

Le mirage continue autour de Lee Daniels : après les louanges déversées sur ce navet putassier et obscène qu’était Precious, le voilà sélectionné à Cannes pour un film encore pire, Paperboy. Daniels a désormais un style : en tant qu’auteur, il raconte à peu près n’importe comment ses histoires, passant d’un point de vue à un autre, ne choisissant jamais un angle pour traiter les sujets qu’il brasse, en général plein de bonne conscience (ici : racisme, peine de mort, identité sexuelle). En tant que cinéaste, c’est la fête puisque l’image, déjà enlaidie par l’utilisation de filtres glauques pour faire vintage, est triturée avec d’incompréhensibles surimpressions, ralentis et anamorphoses, avant d’être baignée dans de la musique rétro. En tant qu’homme, Daniels aimerait provoquer (il faut voir Nicole Kidman se livrer à de pathétiques simagrées sexuelles pour mesurer l’étendue des dégâts), émouvoir (on n’a jamais vu mort d’un personnage aussi peu touchante à l’écran) et pousser à l’indignation. Mais le seul souvenir que laisse Paperboy, c’est celle d’un typ

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My week with Marilyn

ECRANS | Il n’y a paradoxalement que peu de genres cinématographiques aussi balisés que le biopic (pour “biographic picture“), alors que dans un monde parfait, (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 30 mars 2012

My week with Marilyn

Il n’y a paradoxalement que peu de genres cinématographiques aussi balisés que le biopic (pour “biographic picture“), alors que dans un monde parfait, chaque personnalité ainsi transfigurée par le 7e art devrait au moins voir ses singularités respectées… Hélas : l’œuvre d’une vie est vouée à y être résumée et expliquée par les plus petits dénominateurs communs, et l’interprète se doit de foncer dans un mimétisme outré, garant de nombreuses nominations. Dans ce contexte lénifiant, un film comme My week with Marilyn, où les comédiens courent moins à l’imitation qu’à la réinterprétation, fait donc a priori un bien fou – il ne se concentre que sur une parenthèse désenchantée de la tumultueuse vie de Marilyn Monroe, lors d’un tournage en Angleterre sous la houlette du très pincé Laurence Olivier. L’occasion pour le réalisateur de nous amuser du choc des cultures entre le professionnalisme guindé de l’establishment cinématographique anglais et le capricieux star system américain ne jurant que par la «method» chère à l’Actors Studio. Dans l’écrin d’une mise en scène discrète mais élégante, l’expérience se révèle même savour

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Happy New Year

ECRANS | de Garry Marshall (USA, 1h58) avec Hilary Swank, Michelle Pfeiffer, Robert De Niro, Zac Efron, Katherine Heigl…

Jerôme Dittmar | Vendredi 16 décembre 2011

Happy New Year

Echec permanent, le nouvel an avait peu de chance de trouver un salut au cinéma. Pas plus que la Saint-Valentin, déjà prétexte à un film people pour Garry Marshall. Regroupant une brochette de stars dans le creux de la vague ou à l'avenir incertain, Happy New Year tente pourtant l'impossible : le film choral sur la Saint-Sylvestre. Suivant le patron de Love Actually, Marshall assemble dix intrigues bidons pour n'en traiter aucune, veillant seulement au temps de présence du casting et justifier l'événement qui lui sert d'alibi. Jumeau en tout mais moins honteux que Valentine`s Day, Happy New Year tient du pudding de Noël, de la comédie romantique sucrée et eucharistique, entièrement prisonnière de son concept marketing sur la rédemption. Du néant, assez linéaire, s'échappe malgré tout Michelle Pfeiffer. En duo improbable avec Zac Efron, l'actrice erre ébahie, fragile, insaisissable, Catwoman malade fissurant d'un regard la formule insipide pour lui offrir un peu de sublime.Jérôme Dittmar    

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Real steel

ECRANS | De Shawn Levy (EU, 2h07) avec Hugh Jackman, Dakota Goyo…

Dorotée Aznar | Vendredi 14 octobre 2011

Real steel

Les premières bandes-annonces matraquées dans les salles laissaient croire à un film de SF bourrin, construit autour de joutes de robots tunés à la testostérone. Dans un sens, c’est le cas, mais dans le cadre d’un film familial totalement inoffensif, relecture très grand public du synopsis d’Over the top – mais si, vous savez, ce nanar des années 80 avec Stallone en routier qui fait des compétitions de bras de fer… Là, le héros est un ancien boxeur reconverti dans les combats de robots, devenus la norme dans un futur pas super éloigné. Cet escroc à la petite semaine récupère temporairement la garde de son fils en échange d’un peu de cash, et les deux étrangers vont s’apprivoiser au fil des victoires d’un robot qu’ils ont conçu tous les deux. Real steel, produit Disney, consacre l’essentiel de son récit à la construction de cette relation père-fils, en misant sur l’abattage du toujours très classe Hugh Jackman et de l’étonnant Dakota Goyo. Le script est d’un classicisme pompier, la réalisation proprette, les quelques scènes d’action efficaces et bien cadrées. Le personnage d’Evangeline Lilly passe bien les plats. Comme ce sont des tas de ferraille qui se foutent sur la gueule, pe

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La Dernière Piste

ECRANS | De Kelly Reichardt (ÉU, 1h44) avec Michelle Williams, Paul Dano, Bruce Greenwood…

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

La Dernière Piste

Avec La Dernière Piste, la réalisatrice d’Old joy et Wendy et Lucy prend à revers le revival du western américain. Il s’agit pour elle non pas de revisiter ses codes, mais d’en tirer une épure méditative en raréfiant enjeux et dialogues. L’introduction décrit en quelques plans ascétiques des pionniers muets écrasés par l’espace désertique qui les entoure. Et pour cause : ce convoi est perdu dès la première image. Une brève séquence nous apprend que c’est en suivant le «raccourci» indiqué par Stephen Meek, cowboy sale et grossier (génial Bruce Greenwood) qu’ils se sont égarés. La question est posée : faut-il lyncher Meek, qui malgré son assurance et sa connaissance de cet ouest sauvage, reste un étranger à la communauté ? Reichardt va redoubler le conflit lorsqu’un Indien est capturé par Meek, et que le groupe se divise sur ce qu’il faut en faire : l’exécuter ou le suivre en espérant qu’il les conduise à un point d’eau salvateur ? C’est la très belle idée de La Dernière Piste, à la fois interrogation lancée à l’Amérique d’aujourd’hui et déclaration d’indépendance cinématographique : faut-il accueillir dans une société ce qui lui résiste (l’Indi

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Blue valentine

ECRANS | De Derek Cianfrance (ÉU, 1h54) avec Ryan Gosling, Michelle Williams…

Christophe Chabert | Mardi 7 juin 2011

Blue valentine

Présenté à Cannes dans la section Un certain regard en 2010, Blue valentine aura attendu treize mois avant de sortir en France. En même temps, cela paraît presque court pour un film dont l’auteur, Derek Cianfrance, a mis douze ans à accoucher. Est-ce ce long délai de réflexion qui confère à l’œuvre son parfum de maturité ? Ou bien est-ce l’osmose qui unit le couple du film, Ryan Gosling et Michelle Williams, dont on peine à distinguer ce qui les sépare des personnages qu’ils interprètent ? Toujours est-il que Blue valentine raconte avec une grande honnêteté et une franche cruauté le crépuscule d’un amour. Au présent, Cianfrance capte des instants flottants, des silences et des regards inquiets, presque endeuillés, avec une caméra qui stylise nature et visages. Au passé, il laisse la complicité naître entre les deux amoureux, optant pour un réalisme partiellement improvisé, comme lors de la grande scène de séduction où chacun montre son petit talent (lui au ukulélé, elle avec une danse charmante de gaucherie). Mais Blue valentine est plus subtil que ce

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