Christa Théret : « J'ai besoin de sentir le centre de la terre »

Entretien | Déjà une petite quinzaine d’années de carrière pour la comédienne découverte dans Le Couperet de Costa-Gavras et révélée par LOL. Dans Gaspard va au mariage, elle ne voit pas l’ours : elle revêt sa peau.

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Photo : © AGAT FILMS / Jeannick Gravelines


Est-ce le ton comique ou mélancolique du scénario de Gaspard va au mariage qui vous a le plus touchée à la première lecture ?
Christa Théret :
Sa mélancolie — je suis très mélancolique. Il y a des envolées, de la légèreté, plein de métaphores. Et l'on ressent aussi du spleen. Même si on n'est pas dans Baudelaire ! (rires)

Trouvez-vous cette famille “normale” ?
Aucune famille ne l'est. Mais celle-ci est en train de se libérer : les choses ne sont pas tues et il n'y a pas d'hypocrisie. Souvent, dans les repas de famille, on dit que chacun doit avoir une place, être bien sous tout rapport… Ici, la folie peut se libérer et il y a une honnêteté dans les rapports.

Vous endossez une peau d'ours durant quasiment tout le film. En quoi un costume de cette nature vous a-t-il aidé à composer votre personnage de Camille ?
Ça aide toujours, un costume. Avec une peau d'ours, on se sent un peu exclue, et en même temps il y a un côté très familier : c'est un peu comme un cocon, une cabane dont elle n'aurait jamais voulu descendre. Ça fait penser aussi à un déguisement d'enfance. Je ne me sentais pas déguisée quand je l'avais, c'était assez naturel — d'autant qu'il faisait un peu froid lorsqu'on tournait à l'extérieur. C'était comme un truc de super-héros : je me disais que Coline avait des super-pouvoirs, et que la nuit elle partait… Qu'elle était un peu princesse Mononoke, un peu guerrière…

Pensez-vous que votre jeu a été “contaminé” par l'animalité de l'ours ?
Un petit peu, oui. Quand je répétais avec le coach, les mouvements que l'on faisait, le fait d'être à quatre pattes, de grogner, se gratter, faisait écho à des choses de l'enfance qui ne sont pas si éloignées. En grandissant, on doit gommer tout cela parce que l'on vit ensemble et que l'on ne peut plus le faire. Mais finalement, si on se laisse un peu aller…

Est-il possible de donner son avis sur les costumes ?
Quand on se sent mal à l'aise, on peut réfléchir. Je sais que je ne suis pas très à l'aise avec des talons : j'ai besoin de sentir le centre de la terre. Déjà, on est un peu fébrile quand on joue, on est anxieux, donc ça me déstabiliserait... Si ça sert le personnage, c'est bien. Mais de moi-même, je n'en mettrais pas.

Comment se sont passées vos retrouvailles avec Félix Moati ?
Ça a aidé que l'on se connaisse d'avant : il y avait cet esprit un peu fraternel. Félix m'a vu un peu grandir, évoluer. Entre nous, il n'y avait pas de “manières” et un côté enfantin qui revenait assez vite.

Depuis LOL (2009), vos choix vous ont davantage conduit vers le cinéma d'art et d'essai…
J'ai adoré faire LOL ! Tourner avec Lisa Azuelos, c'était vraiment génial. Le film se passe de génération en génération : les gamines de treize ans aujourd'hui me disent qu'elles le regardent tous les jours, et j'en suis super fière. C'est une grande joie pour moi que ce film perdure. Mais après, j'ai fait des choix : je ne suis pas entrée dans le cinéma populaire, je me sentais moins proche de cette famille de cinéma-là. Donc, j'ai opté pour des rôles dans des films plus marqués socialement, humainement, expérimentalement — et peut-être aussi qui m'intéressaient plus.

Je vois moins le cinéma comme un divertissement. Pour moi, ce n'en est pas un. Quand je vais au cinéma, je ne me dis pas : « je vais me marrer » ; j'aime regarder un beau cadre, que ce soit lent. Tout ça me touche, et j'aime de plus en plus m'orienter dans cette direction. Bon ensuite, on fait avec le choix que l'on a : je n'ai pas été prise pour certains films que je voulais faire. Mais j'en ai fait d'autres.


Gaspard va au mariage

De Antony Cordier (Fr, 1h45) avec Félix Moati, Laetitia Dosch...

De Antony Cordier (Fr, 1h45) avec Félix Moati, Laetitia Dosch...

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Après s'être tenu prudemment à l'écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l'annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l'ont vu grandir... Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n'a pas conscience qu'il s'apprête à vivre les derniers jours de son enfance.


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Le Fort de Gamut, un cluster de création

Résidence Artistique | Là-haut, perché sur la colline de Fourvière, existe un ancien fort militaire où artistes et animaux cohabitent à l’abri des regards. Situé à deux pas du Jardin des Curiosités, le Fort de Saint-Just, renommé par ses actuels occupants Fort de Gamut, abrite désormais l’association éponyme qui œuvre au soutient de projets artistiques. Visite.

Louise Grossen | Jeudi 22 avril 2021

Le Fort de Gamut, un cluster de création

C’est le bouc, Stanley, qui nous guide à l’aide de ses plus belles vocalises jusqu’à la porte d’entrée. Dès l’arrivée, le panorama est à couper le souffle. À moins que ce ne soit les 200 marches de la montée des Épies qu’il nous a fallu gravir avant d’arriver... Ce lieu se mérite ! Le temps de reprendre notre souffle, et Victor Boucon, artiste plasticien en résidence, nous emmène en visite. Il dispose d’un espace de création depuis plusieurs mois : « ici, je suis sûr de pouvoir forger, souder et faire du bruit sans déranger les voisins, c’est un vrai terrain de jeu pour artistes. » Pour accéder à son atelier, il faut s’enfoncer dans une aile défensive du bâtiment, semi-enterrée, que les résidents appellent « les catacombes ». Ici, Victor travaille surtout le métal. Parmi ses créations en cours : une épée de type médiévale ou un couteau, posés sur la forge qu’il a imaginée et construite seul. À Gamut, on peint, sculpte, photographie, chante, forge, soude, écrit, et on partage l’extérieur avec les quatre poules, le bouc et les béliers. « Le bouc, on le s

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La Fête du Livre de Bron jette l'éponge et se réfugie à son tour dans le virtuel

Littérature | La traditionnel rendez-vous de mars fidélisant les amateurs de littérature n'aura pas lieu cette année — et se contentera d'une édition virtuelle, comme plusieurs autres événements (Assises Internationales du Roman, Quais du Polar...) l'ont fait l'année dernière.

Sébastien Broquet | Mardi 2 février 2021

La Fête du Livre de Bron jette l'éponge et se réfugie à son tour dans le virtuel

En 2020, ayant avancé ses dates pour ne pas se superposer aux élections municipales, la Fête du Livre de Bron avait réussi à se tenir tout à fait normalement et à ne pas intégrer la longue liste des événements annulés, toujours en cours d'élaboration — et ce sans doute jusqu'à l'automne prochain. Mais pour cette 35e édition de 2021, c'est rapé : « après avoir tenté, avec enthousiasme et persévérance, de proposer un festival en présence des auteurs et du public, l'association s'est résolue à transformer la 35e édition de la Fête du Livre de Bron en un événement 100% digital. Une formule inédite et attractive, entièrement en ligne, qui se déploiera sur les réseaux sociaux et le tout nouveau site de la Fête du Livre de Bron, appelé dans l'avenir à constituer un véritable média numérique autour de la littérature, des sciences humaines et de la littérature jeunesse. Dans le contexte actuel, l’équipe de la Fête du Livre de Bron est plus que jamais convaincue de la nécessité de donner la parole aux écrivains, aux intellectuels et aux artistes pour comprendre le temps présent et en

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Jean-Charles Mbotti Malolo : Beau(x) geste(s)

Portrait | Arts graphique et chorégraphique ne font qu’un pour Jean-Charles Mbotti Malolo, réalisateur de l’effervescent Make it soul, sublime évocation d’un duel entre James Brown et Solomon Burke. En lice pour le César du Film d’animation ce vendredi 28 février.

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Jean-Charles Mbotti Malolo : Beau(x) geste(s)

C’est tout un art de s’accomplir dans plusieurs disciplines distinctes ; encore faut-il y parvenir dans l’harmonie et avec la conscience des autres. Voyez Ingres : sa virtuosité de peintre et de violoniste ne suffisait pas à adoucir un tempérament qu’on disait… peu commode, par euphémisme. Fort heureusement, la grâce parfois touche des individus si aimables que l’on ne peut même pas leur en vouloir d’avoir reçu bien davantage de talents que le vulgum pecus. Doués pour la création, ils le sont aussi par nature dans les relations humaines ; un charisme inné ou une aura évidente qu’on serait en peine d’expliquer. Quiconque a approché le peintre-photographie-poète-comédien Viggo Mortensen, ou la comédienne-peintre-danseuse Juliette Binoche, peut ainsi en témoigner. Ah oui : ce supplément d’âme s’appelle la modestie. « Beaucoup de gens pensent que je suis pointu dans les deux domaines. Mais dès que je suis avec des gens de l’animation ou de la danse, je suis l’inculte… » Sourire lumineux, voix posée, le chorégraphe et cinéaste d’animation Jean-Charles Mbotti Malolo appa

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La mention portée sur l’affiche est d’une terrible actualité : « Comment a-t-on pu faire un film comme Lolita ? » À l’époque (1962), le publicitaire voulait attiser le scandale suscité par l’adaptation du roman sulfureux de Nabokov, où un universitaire tombe éperdument amoureux d’une gamine. Kubrick, avec Sue Lyon dans le rôle-tire, en fit une lycéenne, ce qui était déjà moins choquant pour les ligues de vertus. Reste qu’il s’agit d’une histoire de passion pédophile et qu’aujourd’hui, il est clair que personne ne pourrait se lancer sans dommage dans un tel film. Ce qui est dommage : il s’agit d’un chef-d’œuvre sur la manipulation avec un Peter Sellers magistral et un James Mason rendu pathétique par l’amour. Lolita À l’UGC Astoria, Confluence, Cité Internationale le ​2 mai

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Soutiens de famille : "Deux fils"

Comédie Dramatique | De Félix Moati (Fr, 1h30) avec Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Mathieu Capella…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Soutiens de famille :

Dans la famille Zucarelli, la mère est partie depuis belle lurette, le père médecin déprime depuis deux ans et se rêve romancier, le fils aîné Joachim fait semblant de préparer sa thèse ; le cadet Ivan se passion pour le latin (et la fille du gardien du collège). On a connu des jours meilleurs… Avec cette histoire touchante de mecs cabossés, Félix Moati prouve qu’on peut signer en guise de premier long-métrage un film de copains, une déclaration d’admiration pour ses confrères et consœurs, ainsi qu’une dramédie tournant plus loin que les environs immédiats de son petit nombril — il s’agit vraiment du parcours d’un trio —, le tout dans une réalisation un peu bringuebalante et jazzy, très en phase somme toute avec le sujet. Sous des dehors éminemment masculins, Deux fils fait ressortir les fragilités de ses protagonistes, fanfaronnant ou s’abandonnant à diverses excentricités pour masquer (mais en vain) leur sentiment d’être orphelins — de mère, de compagne. Moati les montre dans un délitement pathétique, petit îlots de solitude comprenant

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Deux fils

Avant-Première | Il figurait naturellement parmi le bain et l’arrière-bain des comédiens français nageant dans le film de Gilles Lellouche, mais on l’a vu aussi dans Gaspard (...)

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Deux fils

Il figurait naturellement parmi le bain et l’arrière-bain des comédiens français nageant dans le film de Gilles Lellouche, mais on l’a vu aussi dans Gaspard va au mariage, À trois on y va et bien sûr Hippocrate. Voici à présent que Félix Moati coiffe la casquette de réalisateur pour Deux fils, son premier long-métrage, qu’il vient présenter en avant-première sans Anaïs Demoustier ni Benoît Poelvoorde, mais avec Vincent Lacoste et le producteur Pierre Guyard. Deux fils Au Comœdia le ​mercredi 30 janvier à 20h

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Les affaires de famille de Jean-Paul Rouve : "Lola et ses frères"

Comédie Dramatique | de et avec Jean-Paul Rouve (Fr, 1h45) avec également Ludivine Sagnier, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

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Depuis la mort de leurs parents, Lola joue un peu le rôle de grande sœur pour ses deux frères aînés que rien ne rapproche : Benoît est aisé et aime tout contrôler ; Pierre, en difficulté, très soupe-au-lait. Ils en oublieraient presque que leur benjamine a, elle aussi, une vie à elle… Voici l’histoire de famille que l’on aurait aimé voir réalisée par Michel Blanc il y a quelques semaines, et que son excellent interprète du pathétique Voyez comme on danse signe avec la sensibilité qu’on lui connaît. Oh certes, il ne retrouve pas la grâce de Quand je serai petit (2012) mais s’obstine (à raison) dans cette trajectoire qui lui fera accomplir un jour une indiscutable réussite ; ce film sur les relations entre frères et sœurs, parents et enfants autour duquel beaucoup tournent sans aller nulle part, mais que lui pressent. Dans les familles cinématographiques de Rouve — et donc dans celle de Lola — il n’y a pas que des cadres sup’ urbains, ni de coucheries entre notaires blancs, ni de magot en héritage : c’est la recherche du

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Gitanes sans filtre : "Carmen et Lola"

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Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Gitanes sans filtre :

Carmen s’apprête à convoler avec un jeune Gitan de sa communauté madrilène, quand elle rencontre Lola, travaillant sur les marchés comme elle. Rebelle, grapheuse et lesbienne, Lola lui révèle la possibilité d’une autre romance. Avec, comme conséquences, le secret ou l’exil… De la difficulté de sortir du rang et des traditions séculaires… Drame sentimental urbain et bariolé, Carmen et Lola est aussi un film ethnographique où Arantxa Echevarría montre à quel point l’homosexualité féminine, considérée comme une malédiction dans une culture soumise à des codes ultra patriarcaux, peut encore créer de rejet et de violence, avec de surcroît — hélas — la complicité des femmes de la précédente génération. En filigrane, la réalisatrice montre l’ostracisme et la méfiance dont les Gitans sont l’objet en Espagne, qui les contraint à demeurer en vase-clos, dans un analphabétisme humiliant. Ce contexte permet de mieux mesurer la menace pesant sur les deux protagonistes hors du groupe : une marginalisation définitive sans espoir de futur, ni retour en

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Yelolino prend vie dans les murs de l'ex Clacson

Oullins | À Oullins, du neuf : l'ancienne salle du Clacson devient le Yelolino, sous l'égide d'une nouvelle équipe porteuse d'un projet revisité à hauteur des moyens financiers, limités.

Sébastien Broquet | Mercredi 29 août 2018

Yelolino prend vie dans les murs de l'ex Clacson

La rupture a été violente. Le Clacson, l'une des plus anciennes salles de concert de la métropole, co-gérée par la MJC d'Oullins et l'équipe de la radio rock Sol FM, a fermé ses portes en juin 2014 dans une atmosphère de conflit larvé. Les tentatives de relancer des concerts dans cette salle qui avait accueilli Zebda ou la Mano Negra sont toutes restées vaines. Jusqu'à 2018 : la nouvelle équipe de la MJC a décidé de s'affranchir des conflits passés dont elle n'était pas partie prenante et de se réapproprier totalement le projet. Résultat : le 15 septembre prochain ouvrira officiellement ce nouveau spot. Adieu Clacson, bonjour Yelolino ! Le Yelolino prendra place dans les murs du Clacson, rafraîchis. Peu de concert, si ce n'est à l'occasion en acoustique : il n'y a plus de console son. Mais une programmation tournée vers le théâtre, les marionnettes, le cinéma, les ciné-concerts - avec un tropisme pour le monde ama

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Lola Lafon : connais-toi toi-même

Fête du livre de Bron | Avec un Mercy Mary Patty trop alambiqué, Lola Lafon signe un roman hautement libertaire et féministe, fidèle à ce que l'écrivaine produit depuis 2003.

Nadja Pobel | Mardi 6 mars 2018

Lola Lafon : connais-toi toi-même

À trop mettre en abîme ses personnages, Lola Lafon perd parfois son lecteur. Pourtant, cette opacité est à l'image de son sujet-même. Patty Hearst a-t-elle adhéré de son plein gré à la cause de ses ravisseurs ? Flash-back. En 1974, l'héritière de 19 ans d'un magnat de la presse est enlevée sur un campus américain par la SLA, une armée de libération symbionaise, groupuscule révolutionnaire quasi inconnu qui réclame une rançon, non pour se constituer un butin mais pour redistribuer l'argent à ceux qui en ont besoin. La post-ado découvre alors une autre Amérique que celle des nantis et s’aperçoit que sa famille bien-sous-tous-rapports lui attribue une valeur, celle qu'elle accepte ou non de verser. Cela aura pu suffire à faire un roman, mais Lola Lafon s’intéresse à d'autres femmes, une professeur américaine (Gene Neveva) venue en France pour faire décortiquer à une étudiante française, Violette, les archives de ce fait divers. Il est question de l'émancipation de chacune de ses femmes comme des Mercy et Mary du titre, des Amérindiennes elles aussi enlevées aux XVIIe et XVII

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Ménagerie et ménages : "Gaspard va au mariage"

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En route pour le mariage de son père, Gaspard offre à l’excentrique Laura rencontrée dans le train de jouer à la compagne-alibi, contre rémunération mais en tout bien tout honneur. Proposition étrange, à la mesure de la famille du jeune homme, qui tient un zoo baroque en déroute… Intéressé depuis toujours par des figures de “transgressions douces” — libertinage adolescent dans Douches froides puis entre adultes dans Happy Few —, Antony Cordier voit plus grand avec cette parentèle gentiment branque, au sein d’un film dont la tonalité (ainsi que le chapitrage) évoquent la folie tendre de Wes Anderson, époque Famille Tenenbaum. Un autre tenant de la comédie contemporaine américaine arty décalée bénéficie au passage d’un hommage explicite : Noah Baumbach, le réalisateur de Margot va au mariage (2007). Mais à l’absurdité romantique des situations dans un zoo artisanal, au gothique des ambiances truffées d’apparitions animales ; au saugrenu

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"Cherchez la femme" de Sou Abadi : cachez ce film qu’on ne saurait voir

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Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Anne Alvaro est, décidément, une immense comédienne que son talent préserve de l’adversité — c’est-à-dire des pires des naufrages cinématographiques. Sa confondante interprétation d’une militante iranienne (accent inclus) réfugiée dans le XVIe arrondissement lui vaut de sortir sans dommage de cette épouvantable comédie sentimentale. Elle est bien la seule. La réalisatrice, par exemple, manque son coche dans ce mariage entre romance et critique sociale humoristique. Pas du fait d’une hybridation hasardeuse, ni du thème puisque l’on peut rire de tout, si c’est fait avec intelligence et talent. Car hélas, le choix d’un sujet brûlant n’exonère pas un auteur de maladresse ni de naïveté. Sou Abadi raconte ici le stratagème trouvé par un étudiant désirant continuer à voir sa copine enfermée chez elle par son grand frère revenu radicalisé d’un camp : il se couvre d’une burqa et se fait passer pour une femme. Quiproquos à l’ancienne, situations balourdes, personnage de fondamentalistes d’une bêtise profonde…

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Lola Gonzalez au MAC, la communauté désœuvrée

Vidéo | Lola Gonzalez présente son nouveau court-métrage, fruit d'une courte résidence au Musée d'Art Contemporain.. L'idée du collectif y prend littéralement l'eau, mais parvient, vaille que vaille, à surnager.

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Étonnant succès d'une artiste a priori discrète, formée à Lyon, et dont les œuvres n'ont rien de flamboyant. Depuis, au moins, la Biennale d'Art Contemporain de 2015, Lola Gonzalez empile : presse nationale, expositions et résidences internationales, et galerie parisienne prestigieuse ! Ses vidéos présentées à la Biennale oscillaient entre composition précise et apparente improvisation, recherche collective d'un possible avenir commun et déambulation désabusées ou festives de jeunes trentenaires à la campagne. Les films n'ont aucune qualité esthétique particulière (voire restent un peu bancals), mais nous y captons immédiatement un "air du temps", des questions et des angoisses sourdes (d'une génération donnée, mais pas seulement), la mise en scène d'une communauté autant en déshérence qu'en quête de nouveaux fondements. « Depuis sept ou huit ans, confie l'artiste, je travaille avec un groupe d'amis. Nous nous réunissons trois ou quatre fois par an dans une maison en Charente pour réaliser un film sur la question du collectif. Tous mes films sont en lien les un

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"Corniche Kennedy" : Plouf !

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Lycéenne rangée rongée par l’ennui, Suzanne s’abîme dans la contemplation des jeunes de son âge qui, sous ses fenêtres, défient le vide en plongeant du haut de la Corniche Kennedy. Sa fascination et son désir l’emportant sur sa timidité, elle force l’entrée de ce groupe flirtant avec le risque. À plus d’un titre… Comédienne dont les cinéastes ont compris qu’ils n’avaient aucun intérêt à se priver, Aïssa Maïga se trouve par les semi-hasards de la programmation en compétition avec elle-même sur les écrans. De cet absurde combat, elle sort forcément victorieuse. On ne peut pas en dire autant de cette adaptation de Maylis de Karangal (quelques semaines après l’escroquerie aux sentiments Réparer les vivants, cela commence à peser) reposant sur du pur cliché. Cette fable de la jouvencelle bourgeoise en pinçant pour les petits cadors de banlieue (ou des quartiers nord, histoire de napper le t

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Le Voyage de Fanny : Lola Doillon se frotte à l'Histoire

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Au départ, il y avait l’histoire vraie de Fanny Ben-Ami, gamine de 12 ans ayant courageusement mené en sûreté (en Suisse) une troupe de gamins juifs menacés d’être raflés pendant l’Occupation. Et Lola Doillon, qui désirait pour son troisième long-métrage se confronter à l’Histoire tout en dirigeant à nouveau de jeunes interprètes. La rencontre entre le sujet et la réalisatrice a donné lieu à ce film qu’elle souhaitait “d’aventures”. Certes, il y a ce focus utile sur les enfants cachés (bon point) ; bien sûr la détermination de l’héroïne est très visible grâce à Léonie Souchaud, belle découverte rappelant par certains aspects Adèle Haenel à l’époque des Diables (2001) de Christophe Ruggia. Mais Le Voyage de Fanny demeure terriblement scolaire, comme si justement il ne tenait pas spécialement à s’adresser à un autre public que celui des écoles. Pourtant, quel splendide défi que celui de filmer pour tous et pour chacun...

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Avant-Première : Le Voyage de Fanny

ECRANS | Inspiré de l’histoire de Fanny Ben Ami, adolescente ayant conduit en lieu sûr (en l’occurrence, la Suisse) une petite troupe d’enfants menacés par les (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 mai 2016

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Inspiré de l’histoire de Fanny Ben Ami, adolescente ayant conduit en lieu sûr (en l’occurrence, la Suisse) une petite troupe d’enfants menacés par les nazis, le troisième film de Lola Doillon a été mis en boîte l’été dernier dans la région Rhône-Alpes. Comme le veut la coutume, la réalisatrice vient le présenter en avant-première au public désormais auverno-rhônalpin, ce lundi 9 mai, dans une salle qui comptera sans doute de nombreux membres de l’équipe de tournage. Au Pathé Bellecour le lundi 9 mai à 20h

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Les Ogres

ECRANS | Léa Fehner tend le barnum de son deuxième long-métrage au-dessus du charivari d’une histoire familiale où les rires se mêlent aux larmes, les sentiments fardés aux passions absolues… Qu’importe, le spectacle continue !

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Les Ogres

Surprenant de voracité, le titre ne ment pas : Les Ogres est bien un film-monstre. Car pour évoquer de manière lucide le quotidien d’une troupe tirant le diable par la queue, confondant la scène et la vraie vie, l’enfant de la balle — voire, enfant de troupe — Léa Fehner n’aurait pu faire moins que cette chronique extravagante, profuse, débordante de vie. D’une durée excessive, et cependant nécessaire, cette œuvre vrac et foutraque rend compte du miracle sans cesse renouvelé d’un spectacle, né d’un effarant chaos en coulisses, produit par la fusion d’une somme d’individus rivaux soumis à leurs démons, leurs passions et jalousies. Quel cirque ! Ogres, ces saltimbanques le sont tous à des degrés divers, se nourrissant réciproquement et sans vergogne de leur énergie vitale — à commencer par le propre père de la cinéaste. Chef de bande tout à la fois charismatique et pathétique, odieux et investi dans le fonctionnement de la compagnie qu’il dirige en pote-despote, il tiendrait même de Cronos, dévorant ses enfants comme le Titan mythologique. Si Léa Fehner a su dépeindre les relations complexes se nouant au sein de ce groupe d’artistes cabossé

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Tout en haut du monde

ECRANS | Le renouveau de l’animation viendrait-il de la diversité européenne ? Même si l'on trouve mille qualités à Vice-Versa, à Dragons voire à L’Âge de glace, l’honnêteté (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Tout en haut du monde

Le renouveau de l’animation viendrait-il de la diversité européenne ? Même si l'on trouve mille qualités à Vice-Versa, à Dragons voire à L’Âge de glace, l’honnêteté oblige à admettre que ces films souffrent d’un regrettable conformisme esthétique — quand ils ne succombent pas à certains gimmicks narratifs. Comme si la créativité de leurs auteurs ne pouvait s’exprimer qu’à l’intérieur d’un champ clos produisant des fruits ronds, colorés et sucrés, à la saveur prévisible. De notre côté de l’Atlantique, les cinéastes ont une autre approche : ils ne cherchent pas à rivaliser dans la restitution de la réalité — cette course à l’échalote technique servant d’argument aux films ayant les scénarios les plus pauvres —, ils investissent l’écriture en traitant de sujets plus segmentants, moins glamour ; et réfléchissent à la dimension plastique de leurs œuvres. Découvrir Tout en haut du monde, c’est avoir le regard ébloui par une bourrasque de pureté et de clarté. Rémi Chayé propose un traitement visuel allant à l’essentiel, très flat design, qui change les perspectives

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La Fille du patron

ECRANS | De et avec Olivier Loustau (Fr, 1h38) avec Christa Théret, Florence Thomassin…

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

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Premier long métrage de fiction d’un fidèle de Kechiche formé de surcroît au documentaire, La Fille du patron ne surprendra donc pas par son réalisme social, à la tonalité presque anglaise : un courant affectif et solidaire lie entre eux les protagonistes, mais aussi les attache à leur usine, qui est comme un prolongement organique de leur être. Ce qui étonnera en revanche, c’est la détermination sans faille du personnage Vital campé par le réalisateur : chacun de ses choix (dans la sphère professionnelle ou privée) est irrévocable — remords et regrets lui étant étrangers. Un caractère entier et droit, couplé à un profil plutôt taciturne, conférant à ce héros prolo le mixte de mystère et de charisme expliquant la fascination qu’il exerce sur la fameuse “fille du patron”, au-delà des clichés relatifs aux différences d’âges, de milieux sociaux, etc. S’écartant des insupportables standards réclamant du happy end, La Fille du patron s’achève tout en nuances, confirmant si besoin était l’ineptie du manichéisme simpliste…

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Lolo

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 septembre 2015

La jeune garde artistique donne

Très réussie, la nouvelle édition de Rendez-vous, rassemblant une vingtaine de jeunes artistes internationaux, porte cette année un nom bien paradoxal. Plusieurs d'entre eux, en effet, lèvent le poing, grondent de colère, entonnent des chants de révolte ou d'énergie collective. «L'être humain se dresse, non pas contre le monde ou contre la nature, mais contre la fausseté, contre le mensonge, contre ce qui est caché, contre un vivre ensemble de plus en plus injuste» écrit Johann Rivat (né en 1981). Le peintre grenoblois s'inspire dans ses tableaux de scènes de révoltes urbaines ou des mouvements de contestation récents. Une sorte de nouveau romantisme brûle sur ses toiles, éclate en couleurs phosphorescentes parmi les fumées de gaz lacrymogènes, isole parfois un individu face au hors champ du pouvoir. L'ennemi est peu visible, l'objet du combat demeure inconnu, l'histoire ici est représentée avec une grande force plastique dans son "moment négatif", dans l'urgence du "non", la béance du cri... Ce cri se fait beaucoup plus mélodieux dans les vidéos de Lola Gonzalez (née en 1988 à Angoulême), e

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À trois on y va

ECRANS | Entre vaudeville et étude des indécisions sentimentales, Jérôme Bonnell livre sa vision du triangle amoureux dans un film qui ne manque ni de charme, ni de sincérité, mais plutôt de rigueur dans sa mise en scène et son scénario. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

À trois on y va

Charlotte vit avec Micha, mais elle aime en secret Mélodie. Or Mélodie va tomber amoureuse de Micha, tentant de dissimuler cette aventure à Charlotte. Le triangle amoureux est-il un triangle isocèle ou équilatéral, à partir du moment où se retrouvent abolies les barrières de sexe et de genre ? La réponse à cette équation est dans le dernier film de Jérôme Bonnell, qui pourtant n’a que faire des mathématiques. Son cinéma reste obstinément dans le viseur d’une tradition bien française héritée de la littérature et du théâtre, avec cette petite musique qui lui sert de style depuis Le Chignon d’Olga jusqu’au Temps de l’aventure. Il y aura donc des amant(e)s dans le placard — ou sur le rebord de la fenêtre — comme dans tout bon vaudeville qui se respecte ; et si le téléphone portable et les SMS font ici figure de portes qui claquent, cette mise à jour n’occulte pas les ressorts boulevardiers du scénario. Plus originale est la matière humaine que pétrit Bonnell : celle de ses jeunes acteurs, en particulier Anaïs Demoustier, qui semble elle aus

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Anton Tchekhov 1890

ECRANS | De René Féret (Fr, 1h36) avec Nicolas Giraud, Lolita Chammah, Jacques Bonnaffé…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Anton Tchekhov 1890

Comme il l’avait fait pour Nannerl, la sœur de Mozart, René Féret consacre à Anton Tchekhov un biopic en costumes qui louvoie entre académisme télévisuel et volonté de ne pas se laisser embastiller par sa reconstitution. Projet bizarre, assez ingrat, qui récupère des défauts de tous côtés, que ce soit dans des dialogues beaucoup trop sentencieux et littéraires ou dans une caméra à l’épaule qui, loin de donner de l’énergie à la mise en scène — comme chez Benoît Jacquot, quand il est en forme — souligne surtout le manque de moyens de l’entreprise. Il y a aussi cette manière très scolaire d’exposer sa thèse sur l’auteur : médecin modeste et pétri d’un sentiment de culpabilité et d’impuissance, Tchekhov — Nicolas Giraud qui, comme les autres jeunes acteurs du film, paraît frappé d’anachronisme — ne s’épanouit pas non plus dans la littérature, se jugeant indigne des honneurs qu’on lui consacre. Il faudra qu’il s’exile dans un bagne pour que ses deux vocations se rejoignent et que Tchekhov parvienne à une forme de paix intérieure. C’est d’ailleurs le

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Gaby Baby Doll

ECRANS | De Sophie Letourneur (Fr, 1h27) avec Lolita Chammah, Benjamin Biolay, Félix Moati…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Gaby Baby Doll

Qu’est-il arrivé à Sophie Letourneur ? Depuis son prometteur La Vie au Ranch, elle s’est enfermée dans un cinéma de plus en plus autarcique et régressif. Les Coquillettes sentait le truc potache vite fait mal fait, un film pour happy few où la blague principale consistait à reconnaître les critiques cinéma parisiens dans leurs propres rôles de festivaliers traînant en soirées. Gaby Baby Doll, à l’inverse, choisit une forme rigoureuse, presque topographique, reposant sur la répétition des lieux, des actions et des plans, pour raconter… pas grand-chose. Car cette love story campagnarde longuement différée entre un ermite barbu et épris de solitude (Biolay, égal à lui-même) et une Parisienne qui ne supporte pas de passer ses nuits seule (Lolita Chammah, plutôt exaspérante) est pour le moins inconsistante. Letourneur semble parodier la forme de la comédie rohmerienne en la ramenant sur un territoire superficiel et futi

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Alleluia

ECRANS | Fabrice Du Welz passe au tamis du surréalisme belge "Les Tueurs de la lune de miel" pour une version qui, malgré ses embardées baroques, son humour très noir et un Laurent Lucas absolument génial, reste proche de son modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Alleluia

Météore cinématographique, Les Tueurs de la lune de miel appartient à cette catégorie de films dont le souvenir se grave à vie dans l’esprit de ceux qui le voient. Leonard Kastle, musicien contemporain qui signait là sa seule réalisation pour le cinéma, s’emparait d’un fait divers tragique — un couple d’amants meurtriers recrutait des veuves par petites annonces, avant de les assassiner sauvagement une fois le mariage célébré — pour en faire une œuvre au romantisme paradoxal, entre amour fou et amour virant à la folie. S’attaquer au remake d’un tel monument tient de la gageure, mais Fabrice Du Welz, qui a démontré dans Calvaire et le mésestimé Vinyan qu’il savait digérer ses influences cinéphiles pour en faire des films hautement personnels, a relevé le défi. Transposant l’histoire aujourd’hui dans les Ardennes, remplaçant les petites annonces par des sites de rencontres en ligne, il injecte surtout à la dramaturgie de Kastle ce qui fait sa patte : un goût pour le surréalisme belge, les apartés baroques et un humour particulièrement ma

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La Pièce manquante

ECRANS | De Nicolas Birkenstock (Fr, 1h25) avec Philippe Torreton, Lola Dueñas…

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

La Pièce manquante

André découvre un matin que sa femme Paula est partie, le laissant seul avec ses deux enfants. Ils décident ensemble de cacher la chose au reste de la famille mais aussi à la petite communauté rurale dans laquelle ils vivent. Raconté comme ça, l’argument de La Pièce manquante ressemble à un prototype de téléfilm France Télévisions. À l’écran, c’est exactement ce que l’on voit : une enfilade de scènes attendues, dialoguées comme du Plus belle la vie et filmées sans la moindre audace. La platitude généralisée du résultat, où tout le monde semble s’appliquer consciencieusement à ne jamais sortir de ce psychodrame étriqué farci de silences et de mines déconfites, où l’on ne nous épargne aucun cliché du genre — le premier flirt de l’adolescente, qui fait du trampoline comme sa mère avant elle — et où la moindre tentative de romanesque retombe comme un soufflé — l’enquête du détective, pas crédible pour un rond — tient du mystère absolu. Mystérieuse aussi, la carrière de Philippe Torreton : comment peut-il être aussi ambitieux dans ses choix théâtraux et aussi mal avisé lorsqu’il tourne pour le cinéma ? Christophe Chabert

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Sens interdits, jours 5 & 6 : aux noms des pères

SCENES | "El año en que nací" de Lola Arias.

Nadja Pobel | Mardi 29 octobre 2013

Sens interdits, jours 5 & 6 : aux noms des pères

Appliquant à la lettre une mesure de gauche existante (oui ça existe encore parfois), nous nous sommes accordés une pause dominicale.Retour au théâtre ce lundi avec la première déception du festival : El año en que nací, présenté au Radiant. Onze jeunes Chiliens nés entre 1971 et 1989 racontent la dictature de Pinochet et le sort de ses opposants via l'histoire vraie de leurs pères. Au plateau, le dispositif scénique est réjouissant : une table en verre avec caméra à jardin (qui, exactement, comme dans Je suis de Tatiana Frolova, va servir à faire défiler des documents liés à l'histoire de chacun), une série de casiers de lycées américains en fond de scène et des comédiens à vue côté cour... Et puis des micros et une guitare, qui semblent garantir que la pièce ne se vautrera pas dans la naphtaline passéiste. Problème, les onze racontent leur histoire sur le même mode opératoire : des documents réels ayant appartenus à leurs paternels (photos, pièces d'identité...) sont systématiquement filmés, projetés sur écran et sourlignés au feutre au fur et à mesure qu'ils sont commentés.C'est là que le

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Les Salauds

ECRANS | De Claire Denis (Fr, 1h40) avec Vincent Lindon, Chiara Mastroianni…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Les Salauds

J’ai pas sommeil, Trouble every day, Les Salauds : trois films qui, dans l’œuvre de Claire Denis, forment une sorte de trilogie de l’horreur, où elle fouille les désirs monstrueux pour en sortir des récits en forme de cauchemars éveillés. On peut aussi y voir l’asymptote d’une carrière, du vouloir-dire omniprésent (J’ai pas sommeil) à un plus rien à dire franchement gênant (Les Salauds), avec au milieu un point d’équilibre fragile (Trouble every day, son meilleur film). Les Salauds donc, est une sorte de magma filmique incohérent, que ce soit dans l’enchaînement des séquences ou celui des plans, où Denis s’enfonce dans le ridicule à mesure qu’elle s’approche de l’immontrable. Grotesque, ce plan récurrent de Lola Creton avançant nue sur une route le vagin ensanglanté ; ridicules, ces scènes de cul entre Lindon et Mastroianni ; risible, ce porno final qui semble répondre à ceux que projetait Lynch dans Lost highway. Tout cela paraît assemblé à l’arrache sur un banc de montage, comme un work in progress dénué de sens, masquant à grand pe

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L’Homme qui rit

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr, 1h33) avec Gérard Depardieu, Marc-André Grondin, Christa Theret…

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

L’Homme qui rit

Il y a quelque chose d’involontairement comique à voir sortir, deux semaines après Le Hobbit, cet Homme qui rit signé Jean-Pierre Améris. Là où Jackson étire chaque ligne de Tolkien jusqu’à la nausée, Améris compresse façon César le roman de Victor Hugo ; là où Le Hobbit surjoue l’épique, L’Homme qui rit ramène tout le grandiose hugolien à une platitude de téléfilm tourné dans les pays de l’Est. De la tempête initiale au grand discours de Gwynplaine devant le Parlement, la mise en scène est d’une pauvreté désarmante, incapable de donner du souffle aux images sinon en les inondant d’une musique pompière ou en creusant les fonds verts de décors numériques laids à pleurer. C’est simple, on se croirait dans un plagiat de Tim Burton filmé par Josée Dayan ! Si Depardieu reste digne au milieu du naufrage, Marc-André Grondin ne sait visiblement pas dans quel film il est embarqué, et Christa Theret, qu’on aime beaucoup pourtant, joue les aveugles comme au temps du muet, les yeux écarquillés et les bras tendus en avant. Gr

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Renoir

ECRANS | De Gilles Bourdos (Fr, 1h51) avec Michel Bouquet, Vincent Rottiers, Christa Theret…

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

Renoir

Quel est l’angle de ce Renoir signé Gilles Bourdos ? Ni biopic du père Auguste, saisi au crépuscule de sa vie, ni regard sur la jeunesse du fils Jean, soldat au front et pas encore cinéaste, le film s’intéresse surtout à ce qui va temporairement les unir : la belle Andrée Heuschling, modèle d’Auguste puis amante de Jean, avant de devenir son actrice sous le pseudonyme de Catherine Hessling. Le film ne va pas jusque-là et c’est comme un aveu de la part de Bourdos : le cinéma ne l’intéresse pas, ni comme sujet, ni comme matière. Tout au plus aime-t-il faire des images où il retrouve la lumière des tableaux de Renoir ; par contre, diriger les acteurs ou trouver un point de vue pour sa mise en scène est le cadet de ses soucis. Les scènes se déroulent dans la neurasthénie la plus complète, Christa Theret est ramenée à une pure présence charnelle, et même Michel Bouquet en fait trop (il faut le voir bredouiller des «Mon Jeannot !» dans sa fausse barbe pour mesurer le désastre). Un gâchis monumental. Christophe Chabert

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Télé Gaucho

ECRANS | De Michel Leclerc (Fr, 1h57) avec Félix Moati, Éric Elmosnino, Sara Forestier…

Christophe Chabert | Mardi 4 décembre 2012

Télé Gaucho

Visiblement, en France, il est impossible de transformer l’essai d’un succès (critique et public) surprise. Michel Leclerc vient s’ajouter à une liste déjà longue (et pas encore close cette année…) de cinéastes trop confiants qui tentent de retrouver un esprit qu’ils réduisent à une formule creuse. Reprenant l’équation politique + romantisme + fantaisie de son Nom des gens, il la métamorphose en bouillie informe, scénaristiquement décousue, filmée n’importe comment, où l’humour pèse des briques et où les sentiments ont l’air fabriqués comme jamais. On suit donc le parcours d’un naïf qui, délaissant son stage chez TF1 (mais ce n’est pas TF1) pour aller faire ses classes dans la télé libre (Télé Bocal est devenue Télé Gaucho), y croise de vrais gens passionnés, sincères et de gauche, avec tout ce que cela implique de purisme et de prise de courge sur celui qui a la plus grosse conscience militante. Probablement autobiographique, le film est surtout incroyablement égocentrique : Leclerc fait la voix-off, chante en live et au générique

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Après mai

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h02) avec Clément Métayer, Lola Creton, Carole Combes…

Christophe Chabert | Mercredi 7 novembre 2012

Après mai

De L’Eau froide à Carlos, la révolution politique avortée des années 70 hante le cinéma d’Olivier Assayas. Aujourd’hui, il s’y attaque de front à travers un récit aux relents autobiographiques où la jeunesse de son époque prend la route et le maquis pour contester la société conservatrice et prôner le marxisme et le maoïsme. Ce devrait être une fresque portée par un souffle romanesque fort ; ce n’est à l’arrivée qu’un film d’Assayas, où les états d’âme amoureux des personnages prennent le pas sur l’esprit d’une période, réduite à un simple folklore. Aux clichés hallucinants des scènes d’ouverture (manif, gaz lacrymo, pochettes de disques rock, lycéen faisant de la peinture abstraite dans sa chambre, créature garrellienne en longue robe blanche ânonnant un texte incompréhensible) succède un récit mal raconté, bourré de symboles transparents (la jeunesse se consume, alors tout brûle autour d’elle) et joué par des acteurs peu convaincants (exception faite de Lola Creton). Surtout, le film prend acte d’une démission de son auteur face à son sujet : Gilles, a

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Voie rapide

ECRANS | Rencontre improbable entre Fast and furious et le cinéma des frères Dardenne, ce premier film raconte la culpabilité d’Alex, un amateur de tuning (Libéreau) (...)

Christophe Chabert | Jeudi 12 juillet 2012

Voie rapide

Rencontre improbable entre Fast and furious et le cinéma des frères Dardenne, ce premier film raconte la culpabilité d’Alex, un amateur de tuning (Libéreau) qui, un soir, tue un jeune garçon sur la voie rapide qui le ramenait à son domicile, et décide de cacher l’accident à sa copine Rachel (Christa Théret, actrice définitivement épatante). Contre toute attente, Christophe Sahr trouve systématiquement la bonne distance entre réalisme social et envie de spectacle pour raconter l’errance morale de son héros. La peinture du milieu est crédible sans sombrer dans la caricature, et le film choisit de retranscrire le tourment qui s’empare d’Alex en faisant de sa passion un reflet de sa psyché. Plus Alex s’enfonce dans le remords, plus sa voiture se déglingue, comme si sa culpabilité atteignait l’ensemble de son environnement. Parfois démonstrative, la mise en scène n’hésite pourtant pas à aller fouiller dans des zones dérangeantes, comme lorsqu’Alex se rapproche, y compris physiquement, de la mère de la victime (Isabelle Candelier, inattendue). Tourné vite et pour un budget ridicule, Voie rapide est un objet fragile, mais évidemment sincère, avec des défauts m

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Mince alors !

ECRANS | De Charlotte De Turckheim (Fr, 1h40) avec Lola Dewaere, Victoria Abril…

Christophe Chabert | Vendredi 23 mars 2012

Mince alors !

Mince alors ! est tellement nul qu’on ne sait par quel bout prendre son ratage. On pourrait parler de cette manière laborieuse de faire de la comédie où, faute de trouver le tempo, on se rabat sur du mot d’auteur balourd façon Théâtre des deux ânes. On pourrait fustiger ce qui ressemble à un vaste spot de publicité pour les cures d’amaigrissement à Brides-les-Bains. On pourrait enfin se gausser des ficelles vaudevillesques du scénario, où l’émotion surgelée débarque comme un cheveu sur la soupe dans le dernier tiers. Mais plus subtilement foiré est le choix de Lola Dewaere dans le rôle principal. Rien à dire sur son talent de comédienne, un peu gauche certes, mais qu’on ne demande qu’à suivre dans autre chose qu’un nanar. Le problème, c’est qu’elle est supposée incarner une fille un peu ronde qui doit perdre du poids pour plaire à nouveau à son mari. Mais Lola Dewaere est si évidemment belle à l’écran qu’on ne voit pas où est la question et, du coup, pourquoi en faire un film…Christophe Chabert

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Un amour de jeunesse

ECRANS | De Mia Hansen-Løve (Fr, 1h50) avec Lola Creton, Sebastian Urzendowsky…

Christophe Chabert | Jeudi 30 juin 2011

Un amour de jeunesse

Déception. Après son très beau Le Père de mes enfants, Mia Hansen-Løve retombe dans les travers de son premier film, Tout est pardonné, avec Un amour de jeunesse. Racontant à l’aide de grandes ellipses et sur deux époques l’amour de Camille, jeune fille de 16 ans aux idéaux romantiques mais à la conduite rigide, pour Sullivan, garçon bohème et fantasque, qui la quitte puis qu’elle retrouve huit ans plus tard alors qu’elle s’est entre temps installée avec un architecte plus âgé, le film fuit sans arrêt le romanesque et les sentiments, préférant les intentions théoriques et les allusions démonstratives. La première partie est de toute façon plombée par le choix de son comédien, Sebastian Urzendowsky, dont la diction insupportable et geignarde rend impossible toute identification à la cristallisation de Camille. Mais la deuxième n’est pas forcément mieux, car s’y développe un discours très bizarre, où la «maison» est préférée à «l’art», le confort bourgeois à l’aventure romantique. Mia Hansen-Løve, avec une certaine cohérence, choisit d’inscrire sa mise en scène dans un académisme post-Truffaut, alors que les meilleures séquences sont celles où, à l’inver

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Memory Lane

ECRANS | De Mikhaël Hers (Fr, 1h38) avec Thibault Vinçon, Lolita Chamah…

Christophe Chabert | Mardi 16 novembre 2010

Memory Lane

Des garçons, des filles, un été, les vacances. Ils jouent de la musique, vont à la piscine, organisent des fêtes, travaillent à la FNAC, vont se promener… Mikhaël Hers lorgne de toute évidence vers Patrick Modiano (il avait adapté une de ses nouvelles dans un précédent court métrage), notamment par le choix de raconter cet été comme un souvenir évanescent, mais il atterrit plutôt du côté de Vincent Delerm ou de sa parodie grolandaise ("Premier baiser au Pantashop"). Il y a bien quelques drames (un père malade, un copain schizophrène), mais ils sont banalisés dans un récit à encéphalogramme plat qui déroule sa petite musique soporifique. On pensait que c’était fini, mais non ; "Memory Lane" donne des gages à tous ceux qui fustigent la vacuité (et la vanité) du cinéma auteuriste français. CC

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Semelles au vent

CONNAITRE | À tout juste 28 ans, Pierre Ducrozet, a publié à la rentrée un premier roman décapant, "Requiem pour Lola rouge". Esquisse de portrait d'un jeune homme qui n’aime rien tant que bourlinguer et écrire pour tenter d’exister dans un monde trop poli à son goût. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 12 novembre 2010

Semelles au vent

L’anecdote est presque trop "vendeuse" pour être vraie : tout petit, à Lyon, où il est né, avant de dormir, Pierre Ducrozet inventait des histoires pour son grand-frère qui demandait la suite, soir après soir. Car avant d’être passionné par la lecture, ce jeune écrivain, âgé désormais de 28 ans, a surtout envie de «raconter des histoires». Après avoir dévoré les Arsène Lupin et autres Sherlock Holmes, Rimbaud ou les poèmes de Boris Vian qu’il a sous la main à l'adolescence, son entrée en littérature se fait via le Transsibérien de Blaise Cendrars, «ce livre a fait le lien entre la poésie que je lisais déjà et le roman». Pour l’anniversaire de ses 16 ans, Pierre reçoit de son père cinq ouvrages qui sont restés fondateurs : Mort à crédit de Céline, Lolita de Nabokov, Conte de la folie ordinaire de Bukowski, Bourlinguer de Cendrars et Tropique du Capricorne. De ce récit d’Henry Miller, il parle encore avec une émotion intacte : «je me suis assis sur mon lit, j’ai lu ce livre avec obsession, en sueur. Je me suis rendu compte qu’un livre pouvait changer la vie puisque je le ressen

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Happy few

ECRANS | D’Antony Cordier (Fr, 1h47) avec Roschdy Zem, Marina Foïs, Élodie Bouchez…

Christophe Chabert | Mardi 7 septembre 2010

Happy few

Qu’ont donc les cinéastes français trentenaires avec la question de la liberté sexuelle ? Après "Peindre ou faire l’amour" des frères Larrieu, Antony Cordier, qui avait signé le déjà surestimé "Douches froides", en remet une couche : deux couples se rencontrent, et échangent leur partenaire tout en restant ensemble. Peu de drames, pas de vagues, tout cela est montré avec une normalité qui sent le volontarisme. Cette banalité contamine tous les étages du film : l’image est affreuse, la caméra à l’épaule produit plus de flous que de nets, les dialogues sont exsangues… On nage dans l’auteurisme le plus creux, jusqu’au dernier tiers où Cordier se rend quand même compte qu’il va falloir faire entrer un peu de scénario dans son film. D’où une série de renversements qui non seulement sont totalement factices, mais finissent par produire un discours réactionnaire bien de son temps, comme un sursaut moralisateur dans un film plus faux-cul que vraiment cul. CC

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Copacabana

ECRANS | De Marc Fitoussi (Fr-Belg, 1h47) avec Isabelle Huppert, Lolita Chammah…

Christophe Chabert | Vendredi 2 juillet 2010

Copacabana

En inversant les termes du traditionnel conflit de générations — ici, c’est la mère qui est fantasque et irresponsable tandis que sa fille est casée et sérieuse — et en distribuant les Huppert mère et fille dans les rôles principaux, Marc Fitoussi dessine une comédie de mœurs crédible et attachante, et il confirme après l’intéressant La Vie d’artiste qu’il est un cinéaste à suivre. Si Copacabana souffre visiblement d’un budget riquiqui (HD mal maîtrisée et direction artistique assez flottante) et si son dernier tiers utilise beaucoup le chausse-pied scénaristique pour arriver à ses fins, le film possède un charme certain, sensible dans l’humour comme dans la mélancolie. Un charme qui tient à la performance toute en contrastes et ruptures d’Isabelle Huppert, mais aussi au soin apporté aux seconds rôles (Luis Rego, Aure Atika ou Noémie Lvosvky dans une scène à la Desplechin où un dialogue se développe autour du déplacement d’un canapé) et à la pointe de critique sociale que Fitoussi déploie dans la deuxième partie à Ostende, comme un doigt de belgitude dans son programme très français. CC

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Max Ophüls

ECRANS | La Ronde / Le Plaisir / Madame De… / Lola Montès Gaumont vidéo

Christophe Chabert | Vendredi 4 décembre 2009

Max Ophüls

Événement cinéphile de l’année en DVD, l’édition des quatre derniers films de Max Ophüls, bizarrement inédits chez nous, se fait via un beau coffret agrémenté en bonus d’un cinquième film réalisé par Marcel Ophüls, où il évoque le cinéma de son père. Dans sa dernière période, Ophüls, revenu en France après des années d’exil à Hollywood, laisse libre cours à son goût pour la virtuosité et l’expérimentation. Adaptant Schnitzler (La Ronde et sa construction en marabout-de-ficelle), Maupassant (les trois nouvelles qui forment l’autre rébus qu’est Le Plaisir), Louise de Vilmorin (Madame De…, sans doute le film qui raccorde le mieux avec les mélodrames tournés à Hollywood) et Cécil Saint-Laurent (Lola Montès), Ophüls se plaît à se couler dans les codes du cinéma en studio et du film en costumes pour s’offrir une audace totale dans le maniement de sa caméra. Le cinéaste est resté un des maîtres absolus du plan-séquence, mais chez lui, le moindre mouvement d’appareil est un ballet réglé au millimètre, d’une absolue fluidité. C’est plus que jamais le cas dans Lola Montès, dont la version restaurée et remontée est présentée ici : en cinémascope et en couleu

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«Un film à l’américaine mais à la française»

ECRANS | Cinéma / Lisa Azuelos, réalisatrice de LOL, petit film sur des ados propres sur eux, des adultes un peu paumés, et trente ans de teen movies à la française. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 2 février 2009

«Un film à l’américaine mais à la française»

Petit Bulletin : Dans LOL, il y a trois films : un film personnel, sur votre relation avec votre propre fille ; un film générationnel sur ces adolescents d’aujourd’hui ; et un film référentiel, sur les codes et l’histoire du film d’ados en France…Lisa Azuelos : Ces trois axes étaient importants pour moi. L’axe personnel, c’est la terre, c’est là-dessus que le film pousse. L’axe générationnel, d’accord, mais pas seulement sur les ados ; c’est aussi un film générationnel sur les adultes d’aujourd’hui. Je trouve que les adultes ont plus changé que les ados, qui sont toujours confrontés aux mêmes problèmes. Les moyens techniques sont différents, mais le corps se transforme de la même façon, les problèmes existentiels sont un peu les mêmes. Par contre, il y a une vraie nouvelle génération d’adultes à cause des divorces, des familles explosées, d’une vie qui se rallonge, qui se modernise… Aujourd’hui, une femme de 40 ans a une vraie deuxième vie après un divorce. Il y a même un jeunisme obligatoire et tyrannique qui provoque quelque chose de neuf, chez les femmes en particulier. Elles ont tendance à vouloir vivre une adolescence tardive : il n’y a plus d’obligation de s

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LOL

ECRANS | De Lisa Azuelos (Fr, 1h47) avec Sophie Marceau, Christa Théret…

Christophe Chabert | Mercredi 28 janvier 2009

LOL

La surprise de LOL tient au fait que pour la première fois depuis longtemps une cinéaste cherche à s’inscrire dans un genre (le film d’ados) sans aller braconner ses références outre-atlantique. Au générique, méga-cliché, des adolescentes marchent dans la rue au ralenti ; mais l’héroïne prend en voix-off ses distances avec ce code importé des Etats-Unis en rappelant que l’on est bien en France : l’image continue alors à vitesse normale. Un clin d’œil annonçant le programme à venir… Plus qu’un véritable scénario, LOL accumule des scènes renvoyant aux œuvres marquantes d’un cinéma par essence populaire et imprégné de nostalgie. Mais la grande idée tient au choix de Sophie Marceau pour incarner la mère quadragénaire aussi confuse sentimentalement que sa progéniture. Déjà, Marceau est absolument époustouflante ; surtout, elle apporte avec elle le souvenir de La Boum, comme si elle retrouvait son personnage vingt ans plus tard. Le seul reproche qu’on pourrait faire à Lisa Azuelos, c’est de ne pas avoir, au-delà de ce récapitulatif ludique, ajouté un chapitre vraiment neuf à l’histoire à laquelle elle se réfère. LOL est charmant, parfois inspiré, mais un poil

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Lola en suspens

ECRANS | La reprise de Lola Montès de Max Ophuls dans une version inédite et restaurée permet de redécouvrir ce film étrange et somptueux, en balance entre deux âges du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 4 décembre 2008

Lola en suspens

On gardait le souvenir d’un film somptueux, de plans-séquences vertigineux, d’une explosion de couleurs, d’une narration éclatée… Tout cela est bien dans Lola Montès, mais cette reprise dans la version voulue par Max Ophuls (ses producteurs en avaient coupé une demi-heure à sa sortie en 1955) et dans une copie soigneusement restaurée, oblige à creuser plus profond le mystère qui émane de cette œuvre inclassable. Lola Montès était une jeune danseuse se pliant au désir des hommes dont elle faisait ses amants, traversant une époque de turbulences en passant d’un pianiste célèbre à un officier alcoolique, d’un Roi sourd et vieillissant à un jeune révolutionnaire fougueux. Mais là voilà attraction principale d’un cirque tenu par un Monsieur Loyal aussi drôle qu’inquiétant. Le film s’ouvre sur ce que l’on croit être l’ultime tour de piste de Lola, puis remonte le temps par des flashbacks relatant les aventures amoureuses d’une femme qui se perd à force de n’être que le reflet des fantasmes des autres. Ophuls brouille pourtant sans arrêt les repères du spectateur : la reconstitution historique se confond avec celle, minimaliste, du cirque dans lequel se rejoue l’histoire de Lola, avec ell

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