WTF ? à l'italienne : "Call Me By Your Name"

Ciao Bello | de Luca Guadagnino (Fr-It-E-U-Br, 2h11) avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg…

Vincent Raymond | Mardi 27 février 2018

Photo : © Courtesy of Sundance Institute


Italie, dans la moiteur de l'été 1983. Elio traîne ses 17 ans entre son piano, ses doctes échanges avec ses parents, et un flirt avec Marzia. L'arrivée du nouveau doctorant de son père, Oliver, le met étrangement en émoi. D'abord distant, celui-ci se montre aussi sensible à ses appâts…

Cette roublardise de moine copiste, aux forts relents de Maurice, Chambre avec vue ou Mort à Venise entre autres films avec éphèbes torse nu et/ou James Ivory au générique et/ou Italie vrombissante de cigales, a beaucoup fait parler d'elle dans tous les festivals où elle a été distillée depuis un an — même Hugh Jackman a succombé à son charme.

Ah, c'est sûr que Luca Guadagnino ne lésine pas sur les clichés pour fédérer dans un même élan les publics quadra-quinqua (indécrottables nostalgiques, toujours ravis qu'on leur rappelle leur adolescence) et gays (jamais contre une idylle entre deux beaux gosses, dont un façon Ruppert Everett blond) ; au point que ressortir du film sans avoir Love My Way des Psychedelic Furs gravé dans le crâne, ni le désir d'un bain de minuit en mini-short relève de l'exploit. Mais que de superficialité, que de prétextes et d'auto-contemplation satisfaite pour diluer un argument de court-métrage !

Car la romance entre Elio et Oliver se révèle assez ordinaire. Cette première amourette d'ado ne se heurte à aucune impossibilité extérieure : au contraire, la famille intello et libérale d'Elio considère avec bienveillance leur relation. Et si la séparation est vécue comme un immense dramuscule par ce petit égoïste, c'est qu'il s'agit de la seule écharde dans sa vie douillette.

Donnant parfois l'impression de vouloir contrefaire jusqu'au vertige et au moindre costume l'époque de narration, Guadagnino laisse planer un doute un peu malsain sur des marques affectant le corps d'Oliver — une allusion au sida, qui commençait alors sa terrible hécatombe ? — et se montre surtout bien plus timoré que les cinéastes d'il y a trente ans (notamment Belocchio dans Le Diable au corps) au moment de filmer les étreintes charnelles. Trop poli, Call Me By Your Name est long et morne comme une méridienne sans bain.


Call Me By Your Name

De Luca Guadagnino (Fr-It, 2h1) avec Armie Hammer, Timothée Chalamet...

De Luca Guadagnino (Fr-It, 2h1) avec Armie Hammer, Timothée Chalamet...

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Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.


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Grosse Pomme à l’eau : "Un jour de pluie à New York" de Woody Allen

Comédie | Ashleigh a obtenu d’interviewer un réalisateur arty pour le journal de sa fac… à condition d’aller à Manhattan. Bonne nouvelle pour son petit copain Gatsby, qui leur organise un week-end en amoureux dans son New York chéri. Sur place hélas, rien ne se déroulera comme prévu…

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Grosse Pomme à l’eau :

Cette histoire d'un couple qui se remet en question à l’issue d’une nuit marquée par les tentations sentimentales erratiques de l’un des deux partenaires dans un New York à la fois mondain et irréel, ça vous a un petit air de Eyes Wide Shut ; donc d’une relecture de la Traumnovelle de Schnitzler dont Kubrick s’était inspirée, accommodée à la sauce Allen. Mais Woody ayant déjà encensé son bien-aimé Manhattan dans toutes les hauteurs ne parvient plus à en offrir un regard qui ne soit à la limite de l’auto-citation, voire de l’auto-parodie. Et si l’on doit admettre de ne frayer ici — une fois encore — qu’avec des démocrates érudits ayant des névroses de couple et résidant autour d’un Central Park réchauffé par les couleurs de l’automne, faut-il en plus supporter des dialogues d’une prévisibilité caricaturale et inégalement pétillants ? Une photographie médiocre, artificielle, parfois franchement terne, prouvant que le numérique ne réussit pas à Vittorio Storaro ? Le jeu tout en mimiques meg-ryannesques de Elle Fanning et la composition miméti

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La drogue, c’est mal : "My Beautiful Boy"

Drame | de Felix van Groeningen (É-U, avec avert. 2h01) avec Steve Carell, Timothée Chalamet, Jack Dylan Grazer…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

La drogue, c’est mal :

David tombe de haut lorsqu’il découvre que son fils aîné, Nicolas, étudiant apparemment sans histoire, est accro depuis la sortie de l’enfance à toutes les substances stupéfiantes que l’on puisse imaginer. David va tenter tout, et même davantage pour que Nic décroche… Franchir l’Atlantique n’a pas spécialement dévié Felix van Groeningen de ses thèmes de prédilection : les familles dysfonctionnelles et passablement infectées par l’intoxication — en général alcoolique. Si les intérieurs et les costumes changent (nous ne sommes plus dans le prolétariat flamand, mais dans la bonne société étasunienne), les addictions sont aussi destructrices. Il ne s’agit évidemment pas de tirer la larme sur le malheureux destin des pauv’ petits gosses de riches, mais de montrer à quel point leurs proches se trouvent désarmés et aveugles face à leur dépendance, misère qui transcende les classes. Hors cela, van Groeningen signe un film témoignage “propre“ et conforme aux canons (pas ceux que l’on écluse), où les comédiens accomplissent la prestation que l’on attend d’eux (mensonge fil

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Smooth Operator : "Sorry To Bother You"

Fantastique | Quand une entreprise de télé-marketing prolifère sur une traite humaine d’une genre nouveau… Pour son premier long-métrage bouillonnant d’inventivité formelle, le rappeur Boots Riley imagine un bizness no limit dans un société jumelle de la nôtre. Allô, quoi…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Smooth Operator :

Cassius vit dans le garage de son oncle, accumulant les échecs sans gloire. Son destin change lorsqu’il commence à travailler pour une plateforme d’appels : il se découvre alors un pouvoir de conviction qui lui fait grimper les échelons. Mais cette ascension a un prix moral et personnel… À la lointaine époque où il ne se prenait pas encore trop au sérieux, Spike Lee aurait pu réaliser un film de cette trempe, empli d’un désir si intense de cinéma qu’il ne se prive d’aucune expérimentation, saute de genre en genre pour ne pas être réduit à une catégorie. Démarrant comme une gentillette comédie suburbaine entre potes fauchés, Sorry to Bother You glisse rapidement vers une satire corrosive, sans jamais perdre sa fantaisie ni sa capacité à se renouveler : le fantastique s’insinue à la Gondry, comme une astuce esthétique, avant de devenir une composante de fond de l’intrigue. Raccrochez, c’est une horreur Se déploie alors une puissante fable métaphorique pour temps de crise généralisée, une sorte d’extrapolation à peine

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"Free Fire" de Ben Wheatley : trop de la balle !

ECRANS | Un hangar, quelque part dans les années 1970. Justine a organisé une rencontre entre des membres de l’IRA et des trafiquants d’armes. Au moment de la (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Un hangar, quelque part dans les années 1970. Justine a organisé une rencontre entre des membres de l’IRA et des trafiquants d’armes. Au moment de la transaction, un grain de sable en forme d’histoire d’honneur familial (donc de fesses) met le feu aux poudres. Et c’est l’hallali… Certes moins composé que le précédent opus de Ben Wheatley, le vertigineux High Rise (2016), Free Fire y fait écho par son ambiance vintage (ah, les looks croquignolets de Brie Larson, Armie Hammer et Cillian Murphy !) et son inéluctable spirale de violence dévastatrice. À ceci près que le ton est ici à la comédie : les traits comme les caractères sont grossis, les répliques énormes fusent autant que les projectiles, mais il faut moult pruneaux pour faire calancher un personnage : c’est un FPS revu par Tex Avery. N’en déduisez pas une expurgation de toutes les scènes gore : Scorsese figurant tout de même au générique en qualité de producteur exécutif, l’hémoglobine coule dru ; certaines exécutions valent même leur pesan

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"The Birth of a Nation" : Black Spartacus

ECRANS | Dans la Virginie du XIXe siècle, un esclave éduqué devenu prédicateur puise dans La Bible les arguments convaincant ses frères de chaîne de les briser. Le destin tant tragique que méconnu de Nat Turner inspire à Nate Parker un film digne, sans haine ni émollient. Ça change !

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

“Au commencement était le Verbe”, énonce l’Évangile selon Jean dans La Bible, livre polysémique et contradictoire, justifiant comme il condamne l’esclavage. C’est justement par son savoir de ces textes aussi réversibles que paradoxaux que Nat Turner va s’élever et enclencher la première rébellion massive d’Afro-américains à l’échelle d’une région. Cultivé, ayant conscience de l’injustice frappant les siens et maîtrisant la parole, le prêcheur est devenu tel un Messie, la plus puissante des armes ; il connaîtra un destin similaire. Sollicitée pour chanter lors de l’investiture de Donald Trump, Rebecca Ferguson a posé comme condition de pouvoir également interpréter Strange Fruit de Billie Holiday. À ceux qui ignoreraient le sens de cette chanson à peine métaphorique, on conseillera le finale de The Birth of a Nation, illustration frontale des coutumes punitives jadis en vigueur chez les suprémacistes blancs. L’image de ces dizaines de corps lynchés pour avoir

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Queen and Country

ECRANS | De John Boorman (Ang, 1h55) avec Callum Turner, Caleb Landry Jones…

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Queen and Country

Il faudrait, pour apprécier Queen and Country, oublier assez vite qu’il est signé John Boorman. Ce qui n’est pas chose aisée car : 1) le film est largement autobiographique ; 2) il est la suite directe d’Hope and Glory, une de ses dernières grandes réussites. Mais, entre temps, Boorman a visiblement perdu le plaisir de la mise en scène, et Queen and Country n’a absolument rien à voir avec la fougue de ses œuvres les plus mythiques (du Point de non retour au Général). C’est une sorte de téléfilm BBC amélioré qui ne compte que sur son art du storytelling pour raconter avec une pointe de nostalgie l’initiation sentimentale de son héros, Bill, en même temps que son apprentissage militaire. Boorman soigne sa reconstitution, joue sur un humour old school et un romanesque pour le moins anachronique, ce qui donne à Queen and Country un certain charme désuet. Seul bémol, la théâtralité des comédiens, même si l’halluciné Caleb Landry Jones, repéré dans Antiviral, confirme un certain talent cabotin et fiévreu

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A serious man

ECRANS | Sous des allures modestes de comédie noire, les frères Coen signent leur film le plus personnel, où leur maîtrise ahurissante interroge le hasard et l’absurdité de l’existence. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 14 janvier 2010

A serious man

C’est quoi, "A serious man" ? Une comédie juive ? Un drame de l’absurde ? Une fable philosophique ? Tout cela, en vérité… En tout cas, c’est un nouveau palier pour les frères Coen qui, depuis leur retour fracassant avec No country for old men, semblent redéfinir film après film les contours de leur cinéma. Pourtant, A serious man ressemble à une œuvre modeste : des inconnus au générique, un argument assez banal (dans les années 60, un père de famille juif subit une série d’événements qui vont l’emmener au bord du gouffre) et aucun morceau de bravoure au milieu de sa petite musique. La scène la plus spectaculaire est d’ailleurs son prégénérique : un conte yiddish où un homme, mort trois ans avant, revient manger une soupe chez un couple dont la femme finira par le poignarder, persuadée d’avoir affaire à un démon. Un conte à la conclusion incertaine : erreur tragique ou véritable fantôme ? Le principe d’incertitude, c’est justement ce qu’enseigne l’anti-héros du film, Larry Gopnik. Pour rendre concrète l’équation de Schrödinger, il utilise une petite fable : celle d’un chat dont on ne peut savoir s’il est mort ou vivant. Plus tard, alors qu’il ne sait plus commen

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Boorman grandeur nature

ECRANS | Rétrospective à l’Institut Lumière autour de John Boorman, cinéaste insituable à force d’être hors des modes, dont la filmographie est émaillée de hauts et de bas, mais surtout de quelques œuvres mythiques. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 mai 2008

Boorman grandeur nature

Boorman et l’Institut Lumière, c’est une grande histoire d’amour. En 1993, alors que le cinéaste est en plein creux de la vague, se cherchant quelque part entre Hollywood et son Angleterre natale, une première rétrospective lui est consacrée, associée à la traduction de son autobiographie dans la collection Actes Sud. Depuis, Boorman a connu un retour en grâce aussi fulgurant qu’éphémère avec un de ses meilleurs films, Le Général, puis un divertissement sympathique tiré de John le Carré, The Tailor of Panama, avec un Pierce Brosnan en vacances entre deux James Bond. Mais ses deux derniers films, Country of my skull (avec Juliette Binoche et Samuel L. Jackson) et The Tiger’s tail ne sont même pas sortis en France ! Dans le même temps, les reprises plutôt réussies de ses premières œuvres, notamment l’extraordinaire Point de non-retour, achevaient de creuser le fossé entre le Boorman flamboyant des années 70-80, et celui, un peu loser, des années 90-2000. Panthéiste sans panthéonÀ vrai dire, le cas Boorman est encore plus complexe. C’est un cinéaste qui a d’abord cul

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