Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d'un secret, d'une intimité secrète”

Entretien | Déjà porté à l’écran par Joseph Losey en 1962 avec Jeanne Moreau, le thriller psychologique "Eva" est à présent adapté par Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre.

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 mars 2018

Photo : © EuropaCorp Distribution


Qu'est-ce qui vous a plu dans cette histoire?
Benoît Jacquot
: J'avais lu le livre de Chase en cachette à un âge précoce, quand je devais avoir 14 ans, bien avant d'avoir vu Eva de Joseph Losey, sorti sur le grand écran autour de mes 17 ans. Ce film m'avait marqué dans la mesure où je considérais Losey comme un maître à une époque où je commençais à vouloir faire du cinéma. Lorsque j'ai pris connaissance du livre de Chase, je m'étais dit que ce serait un film que je pourrais faire un jour. Cette idée m'a poursuivi de façon régulière pendant longtemps, jusqu'à ce qu'enfin l'occasion se présente.

Quant au film de Losey, je ne l'ai pas revu depuis 50 ans. J'en garde un souvenir très imprécis. Je ne peux pas dire qu'il m'ait soit inhibé, soit élancé pour le film que je faisais. Au final, je l'ai réalisé comme si celui de Losey n'existait pas.

Il faut croire que c'est un exercice que j'aime bien : j'ai fait à peu près la même chose avec le Journal d'une femme de chambre, qui était encore plus marquant dans la mesure où c'étaient deux très grands cinéastes (Jean Renoir, 1946 et Luis Buñuel, 1964) qui l'avaient mis en scène auparavant. Ceux-là en revanche, je les avais gardé en tête.

La version de Buñuel avait aussi été réalisée avec Jeanne Moreau dans le rôle principal…
Je ne crois pas qu'il y ait de lien. Effectivement, un autre film avec Jeanne Moreau avait suscité mon intérêt, mais beaucoup moins connu du public. Le titre était Mademoiselle, d'après Jean Genet. Il avait écrit le scénario avec Marguerite Duras. Le film avait une certaine force.

Au moment venu, j'ai proposé aux productrices avec qui j'étais en contact de mettre en scène soit Eva, soit Mademoiselle qui avaient déjà été réalisés avec Jeanne Moreau. Après, il faut quand même souligner que sa carrière est quand même extraordinairement abondante en bons films, en films intéressants et en chefs d'œuvres… Un peu comme Isabelle ! (rires)

Qu'est-ce qui a motivé vos choix géographiques ?
C'est un peu hasardeux. Je savais que ce film pourrait se faire, j'allais donc entreprendre l'écriture du scénario et la mise en place du projet, sans pour autant avoir d'idée de lieu (je me doutais que ce ne serait pas Venise, comme avec Losey). En allant à un festival italien à Annecy, je me suis dit que l'endroit s'y prêtait bien avec sa géographie, cet enclavement de la ville, ses lacs, la région avec ses montagnes les unes au-dessus des autres. Les hôtels et toute l'activité présente autour du lac ont aussi motivé mes choix de lieux.

Pour Eva, aviez-vous eu immédiatement Isabelle en tête lors de l'écriture du scénario ?
Quasiment. Mais, dans mon processus habituel, j'ai pris l'habitude d'écrire le scénario avant de penser à l'actrice qui interpréterait mon personnage principal — ce qui n'est pas le cas en général quand je travaille avec Isabelle. Quand je fais des films avec elle, on en discute avant même qu'il se mette sur pied. De telle sorte que je l'ai dit au producteur, éventuellement intéressé, qu'Isabelle pourrait interpréter Eva.

Pourquoi avoir fait de Gaspard un personnage de prostitué ?
Parce que ce qui m'intéressait, c'était de fabriquer le film sur un écho des deux lignes de vie — qui sont celles d'Eva, jouée par Isabelle et de Bertrand, incarné par Gaspard Ulliel — et de créer des échos entre leur duplicité, c'est-à-dire leur façon d'être double, divisé. Mais chacun est porteur d'un secret, d'une intimité secrète. L'un, ce quasi crime qu'il a commis, et l'autre la cause réelle, vécue, de son activité prostitutionnelle, qui est cette prison où elle visite son mari. En fait, le personnage d'Eva est peut-être une pute d'un côté mais c'est aussi une très grande amoureuse. C'est une femme absolument fidèle, une Pénélope.

Avez-vous travaillé ensemble sur l'aspect de la ”tenue de travail“ d'Eva ?
Effectivement, on se voit beaucoup pour travailler sur cet aspect-là. Par exemple, l'idée de la perruque — initialement non prévue dans le scénario — est venue d'elle-même en discutant. La question était de savoir comment manifester de façon forte le passage de la vie quotidienne avec les heures de boulot de ton personnage. C'est ainsi que l'idée de la perruque est venue. On s'était dit : « Pourquoi pas une perruque ? », puis Isabelle en a essayé une. On a trouvé que c'était bien.

Vos personnages féminins ont souvent une personnalité complexe et manipulatrice…
Elles ont effectivement des personnalités complexes. Mais je ne dirais pas manipulatrices parce qu'en général, je crois plutôt qu'elles cherchent à s'extraire justement d'une situation manipulée dans mes films. Elles sont douées d'une autonomie qui leur permet de sortir de quelque chose, d'une situation où elles seraient manipulables, où elles dépendraient.

D'où vient cet intérêt pour la gent féminine ?
C'est difficile à dire. Cela fait un bout de temps que je suis au monde et je me suis toujours intéressé beaucoup à la part féminine de l'humanité. Y compris à la mienne d'ailleurs. Cela m'intéresse plus a priori que l'autre côté. Je préfère parler doucement avec Isabelle pendant des heures — ce qu'on fait quand on tourne — plutôt que d'être avec un pote, lui taper sur l'épaule et lui dire : « Hé ça va ? ».

Comment cela s'est passé sur le tournage avec Gaspard Ulliel ?
Gaspard, je m'entends très bien avec lui parce qu'il a quelque chose de très féminin. Enfin, on peut appeler cela "féminin", d'autres diront "félin" ou… Il a même un côté animal. Parfois, on dirait qu'il flaire ce qu'il se passe autour de lui et j'aime bien cela. Et il est immédiatement sexuel, c'est toujours intéressant.


Eva

De Benoît Jacquot (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, Gaspard Ulliel...

De Benoît Jacquot (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, Gaspard Ulliel...

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Tout commence par une tempête de neige. Eva, troublante et mystérieuse, fait irruption dans la vie de Bertrand, écrivain prometteur. Cette rencontre va bouleverser Bertrand jusqu’à l’obsession et le fera glisser jusqu’à sa perte.


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Le long des lônes

Rhône | Elles ne sont pas spectaculaires mais les lônes du Rhône sont un paysage apaisant entre la route très fréquentée et le fleuve qui les ceinturent. De quoi aussi aller s’élever sur les coteaux viticoles tout proches. Île du Beurre, de la Platière, Condrieu et Malleval. En route sur les abords plein est du parc régional du Pilat.

Nadja Pobel | Jeudi 7 octobre 2021

Le long des lônes

Long de 813 km, au tiers situé dans sa patrie de naissance, la Suisse, le Rhône a été dompté notamment par la CNR, Compagnie Nationale du Rhône dans les années 50 avec la mise en eau du barrage de Génissiat, le deuxième sur le fleuve après celui de Cusset en 1899. Ces aménagements de l’humain pour ses besoins ont fait des lônes, ses bras secondaires, un havre de paix pour la nature, calmes et stagnantes. Les Lônes Île du Beurre Rien à voir avec ce qui se tartine au petit matin, mais avec un dérivé du mot "bièvre" ancien nom du castor, principal habitant du lieu qui sort de ses planques surtout vers 20h car cette masse animale (entre 25 et 30 kg et de 100 à 130 cm dont 20 à 30 cm de queue !) est dit crépusculaire et nocturne. Pour les autres espèces, il faudra vous armer de jumelles et de patience et il est fort possible que vous découvriez des castors donc, ou de nombreux oiseaux comme le pic vert, le pic noir ou ses confrères plus petits pic épeiche et pic épeichette. Ces indications sont simplement documentées dans les observatoires, cabanes en bois où chacun peut s’approcher au plus près de l’eau sans être vu des anima

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Bron : un drôle de vent souffle sur Les Alizés

Cinéma | L’un des plus anciens cinémas associatifs municipaux de la Métropole risque de changer de tête et de cœur : les Alizés de Bron sont jugés pas assez rentables par le nouvel exécutif, qui souhaite transformer sa gestion en les passant en DSP. Querelles à l’Est.

Vincent Raymond | Lundi 14 juin 2021

Bron : un drôle de vent souffle sur Les Alizés

Un coup de bambou. Trois semaines tout juste après la réouverture tant attendue de ses deux salles, l’équipe du cinéma Les Alizés de Bron voit son enthousiasme douché d’un coup. Conviés mercredi 9 juin pour une réunion à la mairie de Bron, les salariés ainsi que quelques membres de l’association Les Amis du cinéma — qui préside à ses destinées depuis une quarantaine d’années — apprennent du premier édile Jérémie Bréaud (LR) la décision de retirer la gestion des Alizés à l’association. À la place, la Ville (propriétaire des murs du cinéma) a décidé d’opter pour une DSP (délégation de service public). Presque tout le monde dans la pièce tombe des nues. Sauf la présidente de des Amis du cinéma, Manon Vialle. « On s’y attendait plus ou moins, détaille-t-elle. Il y avait eu un audit en 2016 par l’ancienne majorité municipale, qui avait été mis de côté ; et là, nouvelle majorité municipale… Ils avait dit qu’ils comptaient faire un nouvel audit. On se doute bien qu

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La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

Cinéma | « La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se (...)

Vincent Raymond | Mercredi 3 mars 2021

La Daronne, de Jean-Paul Salomé, 17e Prix Jacques-Deray

« La galérance, elle est finie ! » Retour gagnant pour Jean-Paul Salomé qui avait mis sa carrière de cinéaste entre parenthèses quelques années pour se dévouer à la présidence d’Unifrance — l’organisme en charge du “rayonnement” du cinéma français à l’international. Auréolé d’un joli succès dans les salles françaises avec 421 578 spectateurs — cela, du fait d’une exploitation prématurément réduite puisqu’il était sorti avant la seconde fermeture des salles fin octobre 2020 —, très bien accueilli à l’étranger, son huitième long-métrage La Daronne, adapté du polar homonyme d’Hannelore Cayre vient d’être désigné Prix Jacques-Deray par l’Institut Lumière, succédant à Roubaix une lumière d’Arnaud Desplechin, également distribué par

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Eva Offredo : un Japon graphique pour petits et grands

Kids | Voyage en circuit court au lointain. C'est que propose la maison d’édition lyonnaise Maison Georges avec ce merveilleux ouvrage d'Eva Offredo pour enfants, pour tout savoir du Japon via les femmes qui font ce pays.

Nadja Pobel | Mardi 16 février 2021

Eva Offredo : un Japon graphique pour petits et grands

Higasa est ensableuse, Kodomo artiste chingogu, Chawan restauratrice kintsugi. Le vocabulaire n’est pas un verrou mais un délicat mystère qui se résout au fil des pages et des dessins d’Eva Offredo dans Yahho Japon (Yahho étant le « salut que s’adressent les petites filles japonaises »). À travers le portrait de huit femmes se révèle un Japon à la fois ancestral et archi contemporain, pratique et plus contemplatif. À hauteur d’enfants (dès 7 ans), l’autrice et illustratrice n’oublie pas de glisser quelques fondamentaux d’aujourd’hui, sans en faire des slogans : l’écriture inclusive qui ne concerne que quelques mots ici, une attention particulière à un personnage qui préfère moquer plutôt que déifier la surconsommation — en faisant des œuvres muséales d’une capuche à hublots ou d’un refroidisseur de nouilles. Chaque récit — une couleur monochrome attribuée à chacun d’eux — se décline en dix planches qui frayent parfois avec les poupées russes tant l’une entraîne l’autre. Ainsi, en marron, via Tsuyu, meunière et maîtresse soba, il est question

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Alain Chevarin « ces groupes radicaux d'extrême-droite défendent l'idée d'une guerre culturelle »

Politique | Lyon, laboratoire des extrême-droites. Une affirmation sans cesse assénée dans les différents médias, ces dernières années. Et ressentie localement, nombre de ces groupes radicaux s'emparant régulièrement de l'espace public pour mener leur combat obscurantiste. Alain Chevarin, ancien enseignant, spécialiste du sujet — il avait déjà publié Fascinant/Fascisant, s'est penché avec précision sur le sujet, remontant aux sources, cartographiant les groupuscules, et fait paraître en cet automne Lyon et ses extrêmes droites. On en parle.

Sébastien Broquet | Jeudi 8 octobre 2020

Alain Chevarin « ces groupes radicaux d'extrême-droite défendent l'idée d'une guerre culturelle »

Pourriez-vous nous faire une photographie de l'extrême-droite lyonnaise actuelle, afin que nous comprenions bien l'importance du livre que vous venez de publier ? Alain Chevarin : Effectivement, Lyon occupe une place particulière par rapport à l'extrême-droite dans la mesure où l'on y trouve à peu près tous les mouvements existants. Bien sûr, les vieux mouvements : le Rassemblement National s'y trouve depuis l'origine du Front National ; l'Action Française a un local de l'autre côté de la Saône ; et à côté de ces historiques, on trouve tous les autres : l'extrême-droite radicale, groupusculaire, comme les identitaires qui sont les plus visibles actuellement sur Lyon et qui ont rouvert il y a quelques jours leur salle La Traboule, qui avait été fermée administrativement. On trouve aussi tous les groupes nationalistes révolutionnaires : le GUD et son successeur le Bastion Social, dissous l'an dernier, qui n'existe plus officiellement mais dont les militants sont toujours présents. Le Parti Nationaliste Français, installé rue Saint-Georges, un vieux mouvement pétainiste refondé dans les années 80. Ce sont ceux qui ont des locaux et pignon sur rue. À côté de

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Flic ou voyou ? : "A Dark-Dark Man" de Adilkhan Yerzhanov

Policier | Un polar avec Daniar Alshinov, qui se distingue par sa radicalité formelle.

Vincent Raymond | Mercredi 14 octobre 2020

Flic ou voyou ? :

Au fin fond des steppes kazakhes, bien loin de la capitale, un commissaire corrompu qui a pris l’habitude de régler toutes les affaires vite et à sa façon, a “contaminé” Belzat, un jeune flic. L’arrivée d’une journaliste à l’occasion d’une enquête sur des meurtres pédophiles sort Belzat de sa sujétion et lui ouvre les yeux sur ses pratiques douteuses. Mais est-ce encore temps de changer ? Si ce combat d’un flic pour la restauration de son intégrité morale (et la réhabilitation d’un probable innocent) rappelle La Promesse de Dürrenmatt, il se distingue surtout par sa radicalité formelle : plans fixes, mouvements et travellings lents créant une tension qui se sublime dans l’abstraction d’un finale à revolvers tirés. L’âme de l’Homme seule est sombre dans ces décors en demi-teinte et ces extérieurs superbement photographiés. A Dark-Dark Man ★★☆☆☆ Un film de Adilkhan Yerzhanov (Kaz-Fr, 1h50) avec Daniar Alshinov, Dinara Baktybaeva, Teoman Khos…

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Papa, maman, forbans : "Kajillionaire" de Miranda July

Comédie | Miranda July retrouve la tonalité du cinéma indé US du milieu des années 1980 à 1990.

Vincent Raymond | Jeudi 1 octobre 2020

Papa, maman, forbans :

Un couple d’escrocs semi-clochards et leur fille de 26 ans Old Dolio vivent de combines médiocres en attendant l’arnaque absolue. Attirée par cette famille atypique, une jeune beauté joint le gang. Et c’est le cataclysme intérieur… N’était le générique attestant leur présence à l’écran, on refuserait d’admettre que sous la défroque usée et hagarde des protagonistes se cachent Debra Winger et Evan Rachel Wood. Mais il y a aussi quelque chose de réjouissant à les (non) voir, puisqu’elles s’effacent totalement derrière des personnages, passant leur temps à se faire oublier d’un monde les ayant exclues. Avec ces bras cassés et son absurdité burlesque, Miranda July retrouve la tonalité du cinéma indé US du milieu des années 1980 à 1990 pratiqué par Jarmush, LaBute, DiCillo, Zwigoff voire Wes Anderson… — ne manque ici que Steve Buscemi pour assurer la caution vintage ! Si elle évite le maniérisme, elle ne résiste pas à un p’tit cliché en insistant lourdement sur l’obsession de Old Dolio pour le Big One. La méchanceté pure et la folie de ses parents rattrapent heureusement cette facilité.

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Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

La Daronne | Impossible de la manquer cette semaine à Lyon : sa silhouette est aux frontons de tous les cinémas et vous la croiserez peut-être au gré des rues puisqu’elle vient de débuter le tournage du nouveau film de Laurent Larrivière avec Swann Arlaud. Elle, c’est, évidemment Isabelle Huppert, une des “daronnes“ du cinéma français et celle que Jean-Paul Salomé a choisie pour incarner Patience Portefeux dans son polar. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce que vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et qu’on se redit et rien que pour cette phrase on a envie de faire le film… C’est mystérieux de le définir précisément, parce que c’est un processus particulier qui vous amène chaque fois à faire un film. C'est à chaque fois une aventure un peu existentielle : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscénariste, NdlR] à la radio et, tout de suite, j’ai été très intéressée par ce qu’elle rac

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Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans "La Daronne"

Son film à l'affiche | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr, 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle “Daronne“… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’EHPAD de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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L’adolescence au tapis : "L'Envolée" d'Eva Riley

Drame | Mère décédée, père au comportement infantile, démissionnaire et absent… À 14 ans, Leigh s’assume toute seule, tenant grâce à la gymnastique. Las, ses résultats sont en berne depuis peu. L’arrivée d’un grand frère, jusqu’alors inconnu et un brin voyou, va faire évoluer son caractère…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

L’adolescence au tapis :

Rien de nouveau sous le soleil de cette satanée Angleterre : une banlieue entre pavillons premier prix et villas de quartiers huppés, de la misère sociale, des ados qui zonent et des adultes qui picolent. Et puis, au club gym, Leigh la petite prolo se fait chambrer par les “copines“ trop stylées, trop méchantes, trop blondes, trop friquées, trop pétasses… Avouons que le cadre est connu, proche du cliché. Mais Eva Riley sait se centrer sur le ressenti de son personnage et le transmettre sans un mot de trop. Confrontée trop tôt à la solitude, Leigh cherche des yeux une attention — ses regards vers les autres mères en disent long. Pas forcément quelqu’un qui l’admire, juste une présence qui fasse d’elle une “fille normale“, et non une orpheline mendiant de l’affection… et refusant la pitié tout à la fois. La relation ambiguë, semi incestueuse, qu’elle noue avec son demi-frère Joe tombé du ciel, témoigne de sa confusion : parce qu’il la fascine par la liberté qu’il incarne, son audace juvénile, sa qualité de presqu’adulte et qu’elle est en manque de repère, elle plaque sur lui des senti

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Benjamin Forel fore son théâtre

Portrait | À 34 ans, Benjamin Forel a déjà soulevé quelques montagnes pour que le théâtre existe hors les murs. Cet art de l'éphémère, il l'a appris en option théâtre au lycée (...)

Nadja Pobel | Mercredi 24 juin 2020

Benjamin Forel fore son théâtre

À 34 ans, Benjamin Forel a déjà soulevé quelques montagnes pour que le théâtre existe hors les murs. Cet art de l'éphémère, il l'a appris en option théâtre au lycée Charlie Chaplin de Décines où il passe un bac S et c'est le metteur en scène Sarkis Tcheumlekdjian qui est aux manettes les mercredis après-midi. Inscrit en fac de bio, sur le chemin de la Doua, il s'arrête souvent à Charpennes où est installé la compagnie Premier acte du metteur en scène du bel Andorra, au point qu'il deviendra son assisant durant cinq années. En 2008, Benjamin Forel crée sa compagnie, la Troupe du Levant dont certains font encore route avec lui. Il a bien joué aux Marronniers, aux Clochards Célestes, mais, féru de Mnouchkine et son Théâtre du Soleil, il veut du monde sur le plateau et pouvoir aussi imaginer le bar, la fa

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Frédéric Legros : « on a travaillé deux fois plus vite pour être prêts »

Palais Idéal du Facteur Cheval | Comme beaucoup de responsables d’institutions culturelles, Frédéric Legros se souviendra du printemps 2020 comme d’une saison non en enfer, mais au purgatoire. Le directeur du Palais Idéal du facteur Cheval se projette néanmoins avec confiance dans l’avenir…

Vincent Raymond | Vendredi 29 mai 2020

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Comment s’est déroulée votre réouverture ? Frédéric Legros : Pour tout vous dire, nous nous attendions à rouvrir en juin. Et au cours d’une conférence de presse, le préfet de la Drôme a annoncé qu’il invitait les musées et différentes structures du département à rouvrir au public, dont le Palais Idéal — seule structure nommément citée. On a donc accéléré le travail en cours sur le protocole de réouverture qui passait notamment par la mise en place d’une billetterie en ligne et d’un système de réservation, ce qui n’avait jamais existé au Palais. On l’avait prévu pour juin afin de gérer les flux, et au finale on a travaillé deux fois plus vite pour être prêts. Mais c'était plutôt heureux d’avancer dans ce sens. D’autant que ça été vécu vraiment comme une bonne nouvelle, et un très bon signe. La semaine dernière j’ai fait une réunion en visio avec les différents partenaires de la Communauté de commune — 39 communes entre l’Ardèche et l

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Correspondances : Les Pages d’Agnès Varda

Palais Idéal du Facteur Cheval | Jeune photographe, Agnès Varda avait en 1955 visité et immortalisé par quelques clichés le Palais Idéal. Celui-ci lui rend son hommage en lui consacrant un triptyque d’expositions dont la première s’admire en ce moment, en toutes lettres…

Vincent Raymond | Vendredi 29 mai 2020

Correspondances : Les Pages d’Agnès Varda

Fécondes sont depuis toujours les noces entre les artistes et le Palais Idéal. En particulier ceux et celles dont l’originalité ne souffre pas de frontière ni ne conçoit rien d’impossible. Picasso, Breton, Lee Miller, Éluard, Max Ernst ou Neruda sont ainsi tombés sous le charme de l’étrange édifice quand une masse objectait encore des atrocités sur cette œuvre spontanée. Entre eux, les artistes se reconnaissent, s’inspirent et nouent naturellement d’osmotiques correspondances. Pour les développer, le Palais Idéal accueille depuis une quinzaine d’années dans son enceinte (où il dispose d’un espace muséographique flambant neuf, en sus de la Villa Alicius) ainsi que dans le Château de Hauterives, des expositions en résonance, vibration ou capillarité artistique avec l’univers du facteur. Inventive, fantasque et pluridisciplinaire,

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Le Palais idéal du Facteur Cheval, le message au-delà de l’enveloppe

Escapade | À 75km de Lyon, se dresse à Hauterives dans la Drôme le Palais Idéal du Facteur Cheval, « unique exemple d’architecture naïve » selon André Malraux qui le fit classer Monument historique. Une destination elle aussi idéale pour renouer avec l’Art…

Vincent Raymond | Vendredi 29 mai 2020

Le Palais idéal du Facteur Cheval, le message au-delà de l’enveloppe

Au premier abord, cela tiendrait presque de la provocation : pourquoi, après presque deux mois de confinement, sortir de chez soi pour se précipiter vers… une maison — pardon : un “palais” ? Atypique, certes, car bien loin du faste et de l’immensité généralement attachés à ce type de bâtiment : assez monumental pour être gravi ou traversé de part en part, mais trop réduit pour servir de demeure. “Idéal“, il l’est pourtant, puisqu’il constitue l’exceptionnelle matérialisation d’un rêve, offrant à tout un chacun la possibilité de le partager concrètement, d’en faire collectivement l’expérience physique. Nous sortons d’une période entre parenthèses qui nous a forcés à habiter différemment l’espace et reconsidérer les notions de domicile, de dedans, de dehors. Mais permis, aussi, de mieux percevoir l’importance structurante des méthodiques rituels quotidiens, quels qu’ils soient, ainsi que la valeur de l’obstination. Un contexte propice pour comprendre à quel point la fameuse sentence (attribuée à un peu tout le monde) « l’imagination est la folle du logis » prend son sens devant cet édifice, fruit du

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Evasion Festival annule aussi

Covid-19 | Pas de festival techno sur les plages de Miribel cet été...

Sébastien Broquet | Mardi 14 avril 2020

Evasion Festival annule aussi

Un été sans pouvoir se réunir autour de la musique se profile de manière quasi certaine : troisième festival du secteur à jeter l'éponge, après Nuits de Fourvière et Jazz à Vienne, Evasion Festival annonce à son tour l'annulation de son édition 2020 qui devait se dérouler du 3 au 5 juillet. Là encore, le coup est rude, d'autant que ce festival est indépendant et autofinancé : « après avoir essayé de conserver notre optimisme naturel, imaginer de nombreux scénarios et formats pour pouvoir maintenir notre 5e anniversaire, nous vous informons aujourd’hui du report d'Evasion Festival 2020. C’est une nouvelle difficile pour notre jeune structure qui a déjà fait face à de nombreux challenges, notamment l’évacuation à cause de la météo en 2019. C’est un coup dur supplémentaire au vu des frais déjà engagés pour cette édition. » Parmi les artis

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Creuzevault, enfin !

Théâtre | Comme Vincent Macaigne, Sylvain Creuzevault a débarqué dans le milieu théâtral au mitan des années 2000 avec l’envie de renverser la vieille table de son (...)

Nadja Pobel | Mardi 7 janvier 2020

Creuzevault, enfin !

Comme Vincent Macaigne, Sylvain Creuzevault a débarqué dans le milieu théâtral au mitan des années 2000 avec l’envie de renverser la vieille table de son art, de ne diriger aucun lieu, flirter avec le cinéma et faire vivre une expérience quasi physique aux spectateurs avec de grands textes pour le premier (Shakespeare, Dostoïevski) et des impros au plateau sur de hauts faits historiques pour l’autre. Ainsi Creuzevault a revisité la Révolution française avec Notre terreur : pas de majuscule car il fouinait dans les détails de la fabrication de ce qui n’était pas encore un fait de l’Histoire mais des discussions entre Barère, Saint-Just ou Collot, qui préparaient cela comme des syndicalistes une manif'. Remuant, implacable, Notre terreur était immédiatement séduisant au risque de minimiser les faits. Avec Le Père Tralalère, Creuzevault avait déjà joué du bi-frontal pour cette fois dynamiter la famille.

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Maman est au ciel : "Proxima"

Drame | Sélectionnée pour une mission d’un an à bord de l’ISS, la spationaute Sarah Loreau s’entraîne intensivement. Mais elle doit composer avec un paramètre de plus par rapport à ses collègues masculins : le fait d’être mère. Et anticiper la séparation d’avec sa fille Stella s’avère compliqué…

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Maman est au ciel :

À la toute fin de son film, Alice Winocour fait défiler les portraits des femmes astro-cosmo-spationautes posant avec leurs enfants. Si le doute subsistait encore, son intention était bien avec Proxima d’inscrire la situation particulière de la mère (et donc de la femme) dans la conquête spatiale particulièrement, et dans le milieu professionnel en général. Signant un film hautement documenté sur la marche d’une mission — on n’a d’ailleurs rarement vu les protocoles aussi bien détaillés, et sans la poudre aux yeux hollywoodienne —, la cinéaste fait pourtant de ce barnum un sujet satellite. En effet, c’est autant à la symbolique “ombilicale” de l’arrachement — le terme revient d’ailleurs dans le vocabulaire astronautique — avec toutes ses dérivées (naissance, fin de l’enfance, deuil…) qu'aux rapports entre les genres que Proxima renvoie. Surtout pour Stella dont la mère vise Mars et le père travaille sur… Vénus. En plus de sa distribution internationale, pour une fois logique du fait du sujet et du contexte, Alice Winocour élargit les horizons en confiant la bande originale à

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Abraham Poincheval sur un nuage

Biennale d'Art Contemporain | Parmi les 56 artistes invités de la Biennale 2019, l'inénarrable Abraham Poincheval est sans doute l'un des plus singuliers et fantasques ! Mais il est aussi représentatif d'une Biennale qui cherche à traverser les frontières entre les règnes, les matériaux, les identités...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 septembre 2019

Abraham Poincheval sur un nuage

Il a couvé des œufs au Palais de Tokyo, vécu pendant plusieurs jours dans la peau d'un ours empaillé au Musée de la Chasse et dans une bouteille géante sur une place de Villeurbanne. Il a creusé des tunnels, traversé à pied la France en ligne droite, et la Bretagne en armure. Il a fait la vigie haut perché à la gare de Lyon à Paris et s'est envoyé lui-même dans un colis en carton à l'adresse d'un critique d'art... Abraham Poincheval présente cette fois-ci à la Biennale de Lyon une vidéo retraçant sa marche aérienne sur la crête de nuages au Gabon ! Rencontre avec cet artiste-performeur qui traverse les frontières et les idées. Marcher sur les nuages, un rêve d'enfant ? Abraham Poincheval : Toutes mes performances sont des réalisations de rêves d'enfants, et elles sont aussi des rêves que chacun d'entre nous, adultes, portons.

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Remise en selle : "Nevada"

Drame | De Laure de Clermont-Tonnerre (Fr-É-U, 1h36) avec Matthias Schoenaerts, Jason Mitchell, Bruce Dern…

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Remise en selle :

Détenu asocial et mutique, enfermé dans sa colère et sa douleur, Roman arrive dans une prison du Nevada où sa juge le convainc de participer à un programme visant à dresser des mustangs. À leur contact, l’indomptable Roman renoue avec lui-même. Et les autres. Premier long-métrage d’une remarquable maîtrise, Nevada se révèle économe en mots, mais en dit long sur nombre de sujets connexes : d’une part la situation carcérale, l’aménagement des longues peines, le travail de réinsertion des détenus ; de l’autre la condition sociale et familiale de ceux qui ont été condamnés. Ces gens au col plus bleu que blanc payent parfois toute leur existence le prix d’une micro-seconde d’égarement — inutile d’insister sur la responsabilité du deuxième amendement garantissant le droit de porter une arme aux États-Unis, où se déroule le film. Si Nevada limite le dialogue, la réalisatrice préserve cependant de l’espace et du temps afin que les spectateurs assistent à un groupe de parole de prisonniers, durant lequel chacun explique pourquoi et depuis quand il est là. Non pour les juger

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L'affaire est dans le sac : "Greta"

Thriller | de Neil Jordan (É-U-Irl, int.-12ans, 1h38) avec Isabelle Huppert, Chloë Grace Moretz, Maika Monroe…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

L'affaire est dans le sac :

Serveuse à New York, Frances trouve un soir dans le métro un élégant sac à main. Il appartient à Greta, une excentrique vieille Française qui conquiert vite la jeune fille. Frances découvre alors combien Greta peut se montrer intrusive et inquiétante. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Depuis combien de temps n'avait-il pas été plaisant de voir Isabelle Huppert à l'écran ; c'est-à-dire appelée pour autre chose qu'un rôle lui donnant le prétexte d'être soit une victime à la passivité suspecte pour ne pas dire consentante, soit une épave bourgeoise — les deux n'étant pas incompatibles ? Neil Jordan a eu le nez creux en pensant à elle : d'ordinaire agaçantes, les minauderies de son jeu se révèlent ici franchement inquiétantes et servent à asseoir la dualité de son personnage de prédatrice : sous des dehors lisses et respectables, sans âge, Greta tient du vampire, auquel il ne faut jamais ouvrir sa porte si l'on veut s'en prémunir, mais qui ne vous lâchera pas si vous l'invitez chez vous. Jordan s'y connaît sur le sujet. Le terme a beau paraître galv

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"Nevada" au Pathé Bellecour

Avant-première | Laure De Clermont-Tonnerre sera présente pour l’avant-première de son long-métrage Nevada, l’histoire de la réadaptation de Roman, un prisonnier violent, grâce à (...)

Élise Lemelle | Mardi 4 juin 2019

Laure De Clermont-Tonnerre sera présente pour l’avant-première de son long-métrage Nevada, l’histoire de la réadaptation de Roman, un prisonnier violent, grâce à un programme de dressage de chevaux sauvages. Le film attire des têtes d’affiches tel Matthias Schoenaerts, récompensé du César du meilleur espoir masculin pour son rôle dans De rouille et d’os. Robert Redford est le producteur exécutif de ce projet qui combine deux de ses thématiques récurrentes : la prison et les chevaux. Nevada Au Pathé Bellecour le mercredi 6 juin

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Justine Triet : « la particularité de Sibyl, c’est son côté kaléidoscopique »

Sibyl | Le troisième long-métrage de Justine Triet, "Sybil", sera le dernier à être présenté aux jurés du 72e festival de Cannes. Avant les marches et donc le palmarès, la scénariste-réalisatrice évoque la construction de ce film complexe et multiple…

Vincent Raymond | Jeudi 23 mai 2019

Justine Triet : « la particularité de Sibyl, c’est son côté kaléidoscopique »

Est-ce difficile de parler d’un film où la confession occupe une place aussi importante ? Justine Triet : Le plus difficile quand on fait un film, c’est quand il n’est pas assez vu ou qu’il reste très peu en salle… C’est une expérience que j’ai un peu connue avec mon premier, La Bataille de Solférino. Le reste franchement, c’est chouette… (rires) Sibyl parle de la création et aussi de la transgression (des confessions, des serments médicaux)… Est-ce qu’il faut une part de transgression dans tout acte de création ? Je pense que oui. C’est difficile de ne pas être tenté de transgresser pour écrire, pour faire un film, pour tourner : on est tous des vampires, d’une certaine façon. Après, Sibyl va beaucoup plus loin que la majorité des gens et ça m’intéressait de pousser mon personnage dans les limites extrême. Quand elle est sur l’île, elle ne distingue même plus ce qui est de l’ordre de la réalité et de la fiction : elle est dans un vertige absolu de son existence, elle a dépassé les limites …

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Voleuse de vie : "Sibyl"

Dramédie | Une psy trouve dans la vie d’une patiente des échos à un passé douloureux, s’en nourrit avec avidité pour écrire un roman en franchissant les uns après les autres tous les interdits. Et si, plutôt que le Jarmusch, Sibyl était LE film de vampires en compétition à Cannes ?

Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Voleuse de vie :

Alors qu’elle cesse peu à peu ses activités de psychanalyste pour reprendre l’écriture, Sibyl est contactée par Margot, une actrice en grande détresse qui la supplie de l’aider à gérer un choix cornélien. Sibyl accepte, mais elle va transgresser toutes les règles déontologiques… « On construit sur la merde », lâche à un moment Sibyl à sa patiente désespérée, comme l’aveu de sa propre déloyauté : pour accomplir son œuvre artistique et se réconcilier avec son propre passé, n’est-elle pas en train de piller les confidences de Margot, d'interférer dans sa vie ? Comme si la pulsion créatrice l’affranchissait des commandements inhérents à sa profession de thérapeute, et justifiait son entorse éthique majeure. Dans Petra de Jaime Rosales, un grand artiste — mais être humain parfaitement immonde — proclamait qu’il fallait être d’un égoïsme total pour réussir dans sa partie ; à sa manière, Sibyl suit son précepte. Coup de psychopompe La tentation est grande d’effectuer une interprétation lacanienne

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La croix et la manière : "Dieu existe, son nom est Petrunya"

Drame | Ayant perturbé par accident une tradition religieuse masculine, une jeune femme a défié l’équilibre passéiste de son village macédonien. Prise en étau entre le sabre et le goupillon, elle ne renonce pourtant pas à son bon droit. Un conte moral corrosif et une actrice d’enfer.

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

La croix et la manière :

Stip, en Macédoine. Trentenaire, surdiplômée, corpulente, célibataire, Petrunya est dotée d’un solide tempérament. Elle le prouve en se jetant à la rivière pour attraper la croix porte-bonheur lancée par le prêtre de la paroisse aux hommes du village. À leur grand dam. Mais malgré les intimidations physiques et policières la pressant de rendre la croix, Petrunya n’en démord pas : elle l’a gagnée. Et son histoire, devant les caméras, devient une affaire nationale. Comment une tradition, en apparence bon enfant, apparaît comme le symptôme d’une société figée dans le jus rance du conservatisme : certains rites étant les faux-nez justifiant la survivance d’archaïsmes perpétuant ici le patriarcat, ailleurs la xénophobie, la haine du roux, de l’albinos ou du gay ; bref, tout ce qui n’est pas conforme à l’identité de la communauté, au sens “d’équivalence avec la majorité dominante“ — et désirant le rester. Faut-il que la gent masculine se sente menacée pour rugir en meute infantile contre le “sacrilège“ de Petrunya, obligeant le pouvoir temporel, vassal du spirituel, à enfreindre la loi en la retenant arbitrairement ? À un

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Un belvédère sur l’art contemporain

Biennale d'Art Contemporain | L’exposition internationale de la 15e Biennale d’Art Contemporain sera consacrée au thème du paysage. Un thème revu et corrigé par une cinquantaine d'artistes méconnus, de toutes générations, qui se confronteront notamment à l’immensité des anciennes usines Fagor-Brandt.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 avril 2019

Un belvédère sur l’art contemporain

La 15e Biennale d’Art Contemporain est la biennale de tous les changements : dirigée par Isabelle Bertolotti qui succède au créateur de l’événement Thierry Raspail, avec un commissariat invité composé de sept jeunes individus (le collectif qui dirige le Palais de Tokyo à Paris, grand centre d’art contemporain capable du meilleur comme du pire), et un déménagement du site central de la Sucrière et ses 6000 m² vers la friche industrielle des anciennes usines Fagor-Brandt et ses… 29 000 m² ! Les 55 artistes conviés ont donc tout intérêt à ranger leurs miniatures pour des réalisations de plus grande envergure s’ils veulent exister. Parmi eux, aucune star, seulement quelques noms connus des mordus d’art contemporain (Gustav Metzger, Abraham Poincheval, Yona Lee…), beaucoup de jeunes artistes internationaux, un tiers de Français. Tout (et c’est bien là l’intérêt d’une biennale) sera donc à découvrir ou presque, jusqu’aux œuvres elles-mêmes, créées pour 90 % d’entre elles pour l’occasion, et produites en collaboration avec des artisa

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La fin justifie les grands moyens : "Avengers : Endgame"

Marvel | Les Avengers s’unissent pour défaire l’œuvre destructrice de Thanos. Après un "Infinity War" en mode “demande à la poussière“, ce "Endgame" boucle (quasiment) par un grand spectacle philosophique la troisième phase de l’Univers cinématographique Marvel.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

La fin justifie les grands moyens :

Après que Thanos a, grâce au gantelet orné des six Pierres d’Infinité, exterminé la moitié des êtres de l’univers, les Avengers survivants tentent de se rassembler. Il faudra attendre cinq ans que Ans-Man sorte accidentellement de l’infiniment petit quantique, pour que Tony Stark accepte de joindre ses forces à leur plan fou : remonter dans le temps afin d’empêcher Thanos de s’emparer des Pierres… Où l’ensemble des fils et arcs narratifs laissés en suspens depuis 21 films et trois phases par les différentes franchises Marvel sont appelés à se boucler. Mais de même qu’« il faut savoir finir une grève » comme disait Thorez, mettre un terme à un cycle ne s’improvise pas. Avengers : Infinity War (2018) avait laissé entrevoir une bienheureuse inflexion dans la série : à la surenchère de combats de colosses numériques entrelardés de punchlines boutonneuses (Captain America Civil War), avait succédé une dimension plus sombre, volontiers introspective grâce à l’intégration de Thanos. Un antagoniste moins manichéen qu’il y semblait, semant

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La Maîtrise de l'enfer à la Renaissance

Théâtre | D'une dureté sans nom, la vie de gamins sur l'île du Levant à la fin du XIXe siècle est magnifiquement restituée par la Maîtrise de l'Opéra. Travail haut de gamme mené par la metteuse en scène Pauline Laidet.

Nadja Pobel | Mardi 9 avril 2019

La Maîtrise de l'enfer à la Renaissance

Aujourd'hui surface dédiée au naturisme au large de Hyères dans la France varoise, l'île du Levant fut au tournant du XIXe siècle une terre brutale pour des gamins touts petits jusqu'à vingt ans, délinquants ou orphelins, malmenés par la vie. Là-bas, au grand air et au soleil, le comte de Pourtalès a voulu que son île soit un refuge, « une colonie agricole ». Mais alors que Napoléon a autorisé en 1850 l'ouverture des bagnes pour mineurs, un directeur (Olivier Borle, fidèle de la troupe du TNP) sans foi ni loi s'occupe de faire marcher droit. Les prévenances de l'infirmière désemparée devant tant de maltraitance n'y pourront rien. Composée d'une centaine d'enfants, la Maîtrise de l'Opéra de Lyon se déploie avec trente minots sur le plateau, à raison de deux castings différents en alternance. De toute évidence, leurs compétences individuelles, et surtout le degré de travail collectif entre eux, est très haut. Constamment en scène, éclipsant les adultes, ils portent ces 80 minutes de spectacle avec l'orchestre et le chœur dirigé par Karine Locatelli, qui leur est familière puisqu'elle les a préparés sur des productions

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Stupeur et tremblements : "Comme si de rien n'était"

Drame | De Eva Trobisch (All, 1h30, avec avert.) avec Aenne Schwarz, Andreas Döhler, Hans Löw…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Stupeur et tremblements :

Encore un peu secouée par la liquidation de sa petite société d’édition, Janne se rend à une soirée d’anciens. Si elle renoue avec un prof d'antan, elle y rencontre aussi le patron de celui-ci qui abuse d’elle. Sous le choc, Janne est incapable de réaliser ce qu’elle a subi… On ne pouvait choisir meilleur titre pour ce portrait de femmes — car au-delà de Janne, sa mère et l’épouse de son agresseur sont aussi représentées — à la fois mélancolique et terriblement actuel. Perturbant dans le bon sens du terme, ce film sortant dans le sillage du mouvement #MeToo met en lumière l’état de sidération psychique touchant de nombreuses victimes de viol pouvant les rendre mutiques, honteuses voire les contraindre à refouler leur traumatisme, histoire de “sauver les apparences“. Piégée par son silence, par le contexte social et les pressions professionnelles comme sa volonté de donner le change pour complaire aux stéréotypes sociétaux, Janne perd doucement pied ainsi que ses proches. Renvoyant chacune et chacun à son seuil d’acceptation et de tolérance face aux agressions du quotidien, qu’el

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Kuro Goma, nouvel "izakaya"

Restaurant | Izakaya ? Un lieu où l'on vient traditionnellement, après le travail, boire du saké et piocher quelques amuses-gueules... Visite.

Adrien Simon | Mardi 26 mars 2019

Kuro Goma, nouvel

Parions peu, parions bien : l'intérêt des gastronomes français pour le saké va aller grandissant. La curiosité pour tout ce qui se boit en mangeant et qui n'a pas le goût du bordeaux (le vin nature, la bière artisanale, les cocktails) et le jumelage historique entre les traditions culinaires françaises et nippones devraient amener le vin de riz (nihonshū) à déborder des tables japonaises. À Lyon, on pouvait déjà piocher dans une jolie collection de sakés chez les historiques Terra et Tomo, dans le 6e, et dans un restaurant pas tout à fait nippon, chez Imouto dans le 7e. Le client a cependant encore « l'image du saké comme d'un mauvais digestif », déplore Maximilien Risch. Celui « que l'on sert dans les restos chinois », dans des tasses cachant parfois des créatures dénudées. Le véritable nectar japonais n'est pourtant pas un spiritueux, ni même un vin, son procédé de fabrication étant plus proche de celui de la bière : une céréale cuite (ici le riz, à la vapeur), ensemencée par une levure. Sa qualité dépend, outre du savoir-faire du brasseur (le toji) de la pureté de l'eau, qui constitue to

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Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

Dernier Amour | Passionné comme toujours et comme toujours passionnant, Vincent Lindon évoque sa nouvelle collaboration avec l’un de ses metteurs en scène fétiche. De l’approche d’un rôle historique et de la philosophie de l’interprétation des personnages…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

Comment avez-vous convaincu Benoît Jacquot, avec qui vous avez une longue complicité, de vous confier ce rôle de Casanova ? Vincent Lindon : Au départ, je venais le chercher pour déjeuner, il était dans son bureau et il parlait de son prochain film avec ses producteurs. Il m’a annoncé : « je vais faire Casanova ». Et j’ai aussitôt répondu : « Non, c’est moi qui vais faire Casanova. — Non, il a 26 ans, c’est l’histoire d’un jeune Casanova avec une dame plus âgée. — Ben, c’est plus ça. Il y a bien un moment où il est vieux ? — Tu plaisantes ? — Non, non, je suis très sérieux. — Fais attention, Vincent : si je te prends au mot, tu vas être bien embêté — Pas du tout : prends-moi au mot ! — Il y a bien un épisode avec la Charpillon… » Et ils ont bifurqué sur cette histoire. Qu’est-ce qui vous a séduit à ce point dans ce personnage ? Casanova, quand même ! Il n’y a pas beaucoup de personnages de cette dimension. J’ai fait Rodin, le professeur Charcot. Si demain on me demande de jouer Enzo Ferrari je vais

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Plaire, aimer, éconduire vite : "Dernier Amour", avec Vincent Lindon

Drame | De Benoît Jacquot (Fr, 1h38) avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Plaire, aimer, éconduire vite :

Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil ; un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tout lieux précédait et qui, de surcroît taquina la muse pour composer en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors normes sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effiloche

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La Grenade : les pitas bien dans leurs assiettes

Restaurant | On jurerait un énième coffee shop, ou concept de street food. En fait : de belles assiettes, qui convoquent le soleil en avance.

Adrien Simon | Mardi 12 mars 2019

La Grenade : les pitas bien dans leurs assiettes

On a coutume de dire que les cuisines méditerranéennes se sont construites autour de trois éléments de base : le raisin, qu'on transforma en vin, l'olive, en huile et le blé, en pain. À quoi pouvait bien ressembler ce dernier il y a cinq mille ans quand les Égyptiens apprenaient tout juste à maîtriser le levain ? A priori, plus à une galette qu'à une baguette. C'est ce que laissent penser les miches en forme de soleil que les archéologues ont pu excaver, mais aussi la persistance du pain plat dans la cuisine du Proche-orient et autour. Le naan plus à l'Est et la pita plus à l'Ouest sont certainement de lointains descendants des pains premiers : l'un est fabriqué avec un levain de lait et cuit sur les parois d'un tandoor, comme on le faisait depuis longtemps dans le croissant fertile ; l'autre intègre de la levure et est cuite à plat, comme l'avaient expérimenté les anciens grecs. La pită/pitta/pitka/pide/khubz/ʿaish, en bref la galette levée de blé - à la fois roumaine, juive, bulgare, turque et arabe, entre autres - a fait du chemin depuis la Méditerranée. Le pain plat a conquis les rues du monde entier, surtout depuis qu'il sert de base à ces best-sellers mondiaux q

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Vieilles canailles ! : "Un coup de maître"

Comédie | De Gastón Duprat (Esp-Arg, 1h41) avec Guillermo Francella, Luis Brandoni, Raúl Arévalo…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Vieilles canailles ! :

Galeriste à Buenos Aires, Arturo est las de soutenir Renzo, un ami peintre jadis à la mode, mais aujourd’hui dépassé et aigri. Alors qu’il vient de saborder une magnifique chance de se refaire, Renzo est victime d’un accident qui le laisse amnésique. Pour Arturo, c’est une occasion en or… Coréalisateur de l’excellent Citoyen d’honneur, Gastón Duprat continue d’explorer les saumâtres coulisses de la création artistique, jetant ici son dévolu sur un plasticien et son nécessaire double, conjointement homme-lige et parasite, le galeriste. Car dans ce duo complexe (l’un s’acquitte de l’art, l’autre des chiffres), bien malin qui saurait les départager en termes de filouterie : le peintre se vante d’être ontologiquement ambitieux et égoïste (il prétend que c’est une condition sine qua non pour exercer son métier), le marchand ne fait pas mystère de sa passion pour les dollars. À partir de ces deux personnages en apparenc

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Aux marges du palais : "L'Incroyable histoire du Facteur Cheval"

Biopic | de Nils Tavernier (Fr, 1h45) avec Jacques Gamblin, Laetitia Casta, Bernard Le Coq…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Aux marges du palais :

Drôme, XIXe siècle. Maladivement réservé et mutique, le facteur Cheval effraie bon nombre des villageois qu’il croise durant sa tournée. Sauf la belle Philomène, qu’il va épouser. Pour leur fille Alice, il va entreprendre la construction d’une œuvre spontanée et insensée : un palais idéal. À partir des bribes de témoignages et de rares documents d’époque (dont le fameux cahier autographe de Joseph-Ferdinand Cheval), Nils Tavernier dresse son portrait du mystérieux architecte naïf autodidacte, postulant à demi-mots que son aversion pour les rapports humains relevait peut-être d’un trouble du spectre de l’autisme. Obstiné, raide dans son col et sa souffrance, Gamblin s’accapare ce personnage s’exprimant davantage par ses doigts bandés et ses monosyllabes soufflées sous ses volumineuses moustaches : le moindre de ses tressaillements est signifiant. De fait, sa construction de Cheval s’avère tout aussi fascinante que l’histoire de l’édification de son palais, qui elle répond à des impératifs narratifs plus classiques, scandée de drames et de deuils ayant marqué le bâtisseur,

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Jeunesse qui rouille fait l’andouille : "Une jeunesse dorée"

Autobiopic | De Eva Ionesco (Fr-Bel, 1h52) avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

 Jeunesse qui rouille fait l’andouille :

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses — mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier, Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune — tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, l

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Aux limites du genre : "Border"

Le Film de la Semaine | La rencontre de deux êtres à la monstruosité apparente, une enquête sur des monstruosités cachées et des éveils sensuels peu humains… Chez Ali Abbassi, la Suède est diablement fantastique et plus vraie que nature. Prix Un Certain Regard Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Aux limites du genre :

Dotée d’un physique ingrat, Tina possède un odorat hors du commun lui permettant de repérer les fraudeurs à la frontière où elle est douanière. Un jour, elle détecte un suspect au physique aussi repoussant que la sien, Vore. En sa compagnie, Tina va découvrir qui elle est réellement… Par ses personnages rivalisant avec l’immonde Jo “Le Ténia“ Prestia (Irréversible) ou le répugnant Willem “Bobby Peru“ Dafoe (Sailor & Lula), Ali Abbasi interroge ici en premier chef la féconde question de la monstruosité, travaillant le traditionnel syntagme affichée/effective : la disgrâce physique n’étant pas le réceptacle obligé d'une âme hideuse — le fantastique abonde d’exemples contraires ; souvenons-nous de Freaks ou de La Belle et la Bête. Mais s’il tient du conte initiatique, Border ne se borne pas à traiter des seules apparences et oppositions ; il explore cette zone grise, intermédiaire, aux contours indistincts et flous constituant la frontière, dans les nombreuses acceptions du concept. Et m

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Beauté, matin, midi et soir

Colloque | Faire se croiser arts, sciences et soins, telle est l'ambition roborative de l'association L’Invitation à la beauté. Elle propose cette semaine deux journées de rencontres et de spectacles autour de ce thème.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 janvier 2019

Beauté, matin, midi et soir

De la catharsis (purification) grecque à l’art-thérapie contemporaine, les liens entre création et santé ont depuis longtemps été défrichés en tous sens, et même parfois en sens contraires... L'association L'Invitation à la beauté, co-présidée par le neurologue toulonnais Pierre Lemarquis et par la psychologue lyonnaise Laure Mayoud, relance le débat et les investigations transdisciplinaires sur les fonctions préventives et curatives de « la rencontre avec la beauté ». Le terme de "beauté", bien sûr, ne va pas sans poser quelques (lourds) problèmes esthétiques et philosophiques, et le concept clef de Pierre Lemarquis « d'empathie esthétique » demeure à nos yeux un peu fruste : la confrontation à une œuvre (tableau, musique, pièce de danse...) induit en l'humain une certaine activité cérébrale d'obédience mimétique (via notamment les fameux neurones miroirs), ainsi que la sécrétion de substances chimiques plutôt sympathiques (dopamine, sérotonine, endorphines...). Dit autrement, le cerveau du spectateur fonctionne, et ce plutôt dans le bon sen

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Nuit super héroïnes

ECRANS | Voici le genre de soirée auquel on aimerait convier Martin Solveig. Surtout pas pour le charger d’ambiancer les séances — il serait capable de demander (...)

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Nuit super héroïnes

Voici le genre de soirée auquel on aimerait convier Martin Solveig. Surtout pas pour le charger d’ambiancer les séances — il serait capable de demander aux spectatrices si elles veulent pogoter à l’entracte au bar ou tektoniker sur les génériques — mais pour lui prouver par l’image que ses réflexes paternalistes de fin de banquet appartiennent résolument à un autre âge. Cela fait bien longtemps que diverses amazones (mise d’ailleurs à l’honneur de la nouvelle livraison de la revue Carbone) en remontrent aux machos sur la toile, et il ne suffirait pas d’une nuit pour s’en convaincre. Celle programmée par l’Institut Lumière réunit cependant un joyeux panel de ces héroïnes ayant imposé leur marque dans un monde résolument taillé pour l’autre sexe. On commencera à 20h30 avec la complexe Lisbeth Salander version Rooney Mara dans Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes signé par Fincher, incarnation d’une perfection clinique parasitée par les né

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Guillaume Nicloux : « le cinéma, c’est le traitement du mensonge »

Les Confins du monde | Le prolifique Guillaume Nicloux a mené Gaspard Ulliel aux tréfonds de la jungle et de l’Histoire pour ce qui pourrait être un prélude français à "Apocalypse Now". Rencontre en tête à tête avec un réalisateur qui compte.

Vincent Raymond | Jeudi 13 décembre 2018

Guillaume Nicloux : « le cinéma, c’est le traitement du mensonge »

La Guerre d’Indochine fait figure d’oubliée de l’Histoire, mais aussi du cinéma. Comment vous êtes-vous intéressé à ce conflit ? Guillaume Nicloux : Il y a d’abord une date : le 9 mars 1945 qui m’ a été murmurée à plusieurs reprises de façon insistante par ma productrice Sylvie Pialat et Olivier Radot, mon directeur artistique. Mais ça n’a jamais résonné plus que ça. Un jour, il sont revenus à la charge en me disant de regarder ce qui s’était passé. Et j’ai vu : les Japonais — qui à l’époque occupaient l’Indochine parce qu’Hitler les avaient autorisés à prendre possession de ces territoires pour faire la guerre à la la Chine par les terres — avait décidé le même jour à la même heure d’envahir les garnisons et de tuer soldats, femmes et enfants. Ça a été un massacre terrible, une sorte de coup de force opéré par les Japonais pour convaincre De Gaulle de renoncer aux colonies. Comme il n’était absolument pas soutenu pas Roosevelt à l’époque, qui ne voulait pas que la France étende son pouvoir colonial, ça été une espèce d’anarchie, de débandade pour l’armée française. Le temps

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Dragueur de Minh : "Les Confins du monde"

Guerre | de Guillaume Nicloux (Fr, 1h43) avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Gérard Depardieu…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Dragueur de Minh :

Indochine, 1945. Rescapé par miracle de l’exécution d’un village où son frère a péri, le soldat Robert Tassen reprend du service afin de châtier l’auteur du massacre, un chef rebelle. S’il n’hésite pas pour cela à recruter d’anciens ennemis, il est aussi chamboulé par Maï, une prostituée… Deux séquences étrangement symétriques encadrent ce film dont le décor et l’histoire sont imprégnés par la guerre, mais qui transcendent ce sujet. Deux séquences où l’absence de mots dits font résonner le silence ; un silence éloquent renvoyant indirectement à l’assourdissante absence de représentation de la Guerre d’Indochine, cette grande oubliée des livres d’Histoire, enserrée qu’elle fut entre 39-45 et les “événements“ algériens. Une guerre sans mémoire (ou presque), dont l’essentiel de la postérité cinématographique repose sur Pierre Schoendoerffer. Une quasi “terre vierge“ historique donc, où Nicloux greffe ses obsessions, notamment le principe d’une quête (ici dissimulée en vengeance) plus métaphysique que réelle. La forme, volontairement elliptique,

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Ohad Naharin, la danse en continu

Danse | À la seule évocation du nom d’Ohad Naharin, les superlatifs déferlent à grands jets : figure majeure de la danse contemporaine, directeur (jusqu’en 2018 et (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 novembre 2018

Ohad Naharin, la danse en continu

À la seule évocation du nom d’Ohad Naharin, les superlatifs déferlent à grands jets : figure majeure de la danse contemporaine, directeur (jusqu’en 2018 et ancien danseur) de la Batsheva, l’une des plus grandes compagnies de danse au monde, immense chorégraphe… De quoi évidemment se méfier, d’autant plus que lors de son passage aux Nuits de Fourvière, ce grandissime bonhomme avait présenté à Lyon un pot pourri de son œuvre, d’un intérêt très très relatif. Toutes choses dithyrambiques remises à leur place donc, il faut cependant reconnaître à Ohad Naharin un travail patient, continu, passionnant sur la matière chorégraphique elle-même, débarrassée de ses scories narratives et démonstratives : le corps, le mouvement, le rythme. Et lui reconnaître aussi un peu d’humour avec sa technique dite "gaga" qui explore les émotions et les sensations des danseurs pour en tirer un langage et une confiance en eux, essentiellement physiques. Ce flux chorégraphique quasi pur est sans cesse remis sur le métier, de pièce en pièce, à travers des mouvements parfois contradictoires dan

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Hue, facteur !

Avant-Première | Pierre après pierre, tournée après tournée, ce vaillant employé des Postes a construit en autodidacte un Palais Idéal dans sa commune de Hauterives, comptant (...)

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Hue, facteur !

Pierre après pierre, tournée après tournée, ce vaillant employé des Postes a construit en autodidacte un Palais Idéal dans sa commune de Hauterives, comptant aujourd’hui parmi les chefs-d’œuvre d’art brut mondiaux. Pour Nils Tavernier qui a voulu conter L'incroyable histoire du Facteur Cheval, cet architecte drômois revêt les traits de Jacques Gamblin. Le cinéaste ainsi que son interprète féminine Lætitia Casta mais aussi Jacques Gamblin seront présents lors de l’avant-première lyonnaise de ce film évidemment tourné en Auvergne-Rhône-Alpes. L'incroyable histoire du Facteur Cheval Au Pathé Bellecour ​le lundi 3 décembre à 20h45

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Gitanes sans filtre : "Carmen et Lola"

¡Hola Amor! | de Arantxa Echevarría (Esp, 1h43) avec Rosy Rodriguez, Zaira Romero, Moreno Borja…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Gitanes sans filtre :

Carmen s’apprête à convoler avec un jeune Gitan de sa communauté madrilène, quand elle rencontre Lola, travaillant sur les marchés comme elle. Rebelle, grapheuse et lesbienne, Lola lui révèle la possibilité d’une autre romance. Avec, comme conséquences, le secret ou l’exil… De la difficulté de sortir du rang et des traditions séculaires… Drame sentimental urbain et bariolé, Carmen et Lola est aussi un film ethnographique où Arantxa Echevarría montre à quel point l’homosexualité féminine, considérée comme une malédiction dans une culture soumise à des codes ultra patriarcaux, peut encore créer de rejet et de violence, avec de surcroît — hélas — la complicité des femmes de la précédente génération. En filigrane, la réalisatrice montre l’ostracisme et la méfiance dont les Gitans sont l’objet en Espagne, qui les contraint à demeurer en vase-clos, dans un analphabétisme humiliant. Ce contexte permet de mieux mesurer la menace pesant sur les deux protagonistes hors du groupe : une marginalisation définitive sans espoir de futur, ni retour en

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Camus roi de la steppe : "La Tendre indifférence du monde"

ECRANS | de Adilkhan Yerzhanov (Kaz-Fr, 1h39) avec Dinara Baktybayeva, Kuandyk Dussenbaev, Kulzhamiya Belzhanova…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Camus roi de la steppe :

Kazakstan. Les usuriers s’apprêtant à saisir la ferme familiale, la belle Saltanat n’a trouvé qu’un seul moyen pour la sauver : aller en ville, escortée par le costaud Kuandyk, son ami d’enfance. Ces deux innocents découvrent alors un monde corrompu où réussite rime avec compromission… Empruntant au réalisme magique, au roman picaresque, à la philosophie camusienne comme à la comédie sentimentale burlesque, ce conte kazakh où les héros tentent de préserver leur candeur feinte ou réelle, dissimule aux détours de son récit de multiples surprises cocasses ou stupéfiantes. Et notamment cette fascination pour les arts, qu’il partage avec le personnage de Kuandyk, portraitiste à ses heures : le film véhicule en contrebande de discrètes mais reconnaissables reconstitutions d’œuvres picturales (de Van Gogh, Caspar David Friedrich...) inscrivant les protagonistes dans une forme d’éternité, entre la fatalité et l’évidente postérité. Se déroulant sur un territoire à cheval entre l’Asie et l’Europe, La Tendre indifférence du monde peut aisément

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Léa Frédeval : « ma génération doit s’enlever de l’individualisme »

Les Affamés | Léa Frédeval raconte la genèse du film adapté de son livre qu’elle avait présenté en primeur au Rencontres du Sud d’Avignon. Elle confie également ses futurs projets…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Léa Frédeval : « ma génération doit s’enlever de l’individualisme »

Votre aventure est partie d’un roman ? Léa Frédeval : Oui, Les Affamés a été publié en 2014. Ce sont les édition Bayard qui m’ont commandé le livre… Je n’avais pas prévu d’écrire du tout. J’en étais à ma troisième année de fac dans mon troisième établissement, moi-même en errance, je n’avais aucune piste. J’essayais des choses en faisant de grands écarts universitaires assez fous. Et à la fin de ma troisième année, frustrée par un mauvais résultat, je lance un blog. Pas pour être connue : il y a quinze ans j’aurais ouvert un journal intime. J’ai pris mon ordi et trois semaines plus tard, j’ai reçu un email des éditions Bayard me disant être tombées sur mon blog par hasard et me demandant de faire dans un livre le constat de ma génération. Je l’ai fait, il n’y avait rien de plus sympa. Un an et demi après, on m’a appelé pour l’adapter au cinéma. Comment avez-vous abordé cette première expérience cinématographique ? Il n’y a rien de plus cool à faire dans la vie ; je ne vois pas ce que je pourrai faire de plus enrichissant et beau — où je me s

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Si jeunesse pouvait ! : "Les Affamés"

Comédie | de Léa Frédeval (Fr, 1h35) avec Louane Emera, François Deblock, Nina Melo…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Si jeunesse pouvait ! :

Pauv’ Zoé ! À 21 ans, elle cumule étude, stage et p’tit boulot et désespère d’obtenir un job à responsabilités digne de ses compétences. La faute aux méchants z’adultes verrouillant la société. Avec ses colocataires, elle tente de fédérer sa génération pour pouvoir en croquer à son tour… « Il faut toujours viser la lune car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles ». N’en déplaise à Oscar Wilde, on peut aussi s’écraser tristement, comme une bouse. C’est un peu ce que l’on se dit devant ce premier long-métrage de Léa Frédeval hallucinant de candeur — le degré 1 (celui qu’on retient ?) de l’engagement politico-citoyen. Reposant sur un argument de classe de 4e et cousu de gags éventés vus dans tous les films de colocs, Les Affamés donnent de la jeunesse contemporaine une image nunuche d’elle-même, fantasmant son Mai-68 en carton, mais incapable de militantisme dans la durée, de se fondre dans un collectif (l’individualisme est trop puissant) et surtout de tenir un discours cohérent — il manque quelques notions d

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Les trois candidats retenus pour la Salle Rameau

Politique Culturelle | On connaît les noms des trois porteurs de dossiers qui ont retenu l'attention de la Ville de Lyon ce lundi pour la reprise de la Salle Rameau.

Sébastien Broquet | Lundi 23 avril 2018

Les trois candidats retenus pour la Salle Rameau

La Ville de Lyon a tranché ce matin parmi les 13 dossiers de candidatures déposés pour la reprise de la Salle Rameau, comme nous l'évoquions dans notre édition de la semaine dernière. Deux d'entre eux sont déjà bien connus à Lyon, étant porteurs d'autres projets innovants sur la cité, le troisième répondant aux critères d'une salle de théâtre humoristique plus classique. - Le premier retenu est le dossier mené par Steven Hearn, entrepreneur culturel aux multiples activités et patron de la holding Scintillo, que l'on a déjà croisé à Paris au sein du Trabendo, de la Gaité Lyrique ou encore à l'organisation de la Nuit Blanche 2008. À Lyon, il est engagé sur le projet Hôtel 71 en compagnie de Vincent Carry, directeur de Arty Farty. Sans surprise, ce dernier apparaît aussi ici comme conseiller artistique. Le projet est porté par le promoteur immobilier Compagnie de Phalsbourg. - Second habitué des appels à projets dans la région, Urban

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Du rouge au front : "Les Municipaux, ces héros"

Agit’-sale | de et avec Éric Carrière & Francis Ginibre avec Bruno Lochet…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Du rouge au front :

À leurs débuts, Les Chevaliers du Fiel s’étaient sans doute baptisés ainsi par dérision, en clin d’œil gamin à la série qu’ils devaient idolâtrer minots. Le temps a depuis filé, faisant son office délétère : il a ainsi comblé le duo de succès. Tant mieux pour eux, pour leur percepteur et pour Bolloré qui a trouvé avec ces faquins de quoi meubler ses tuyaux. La paire a dû sacrifier au passage un petit quelque chose en échange de cette bonne fortune. Oh, trois fois rien quand on ne s’embarrasse pas d’un semblant de dignité : sa conscience. Las, non contents de l’oublier sur le petit écran, les deux lurons l’omettent aussi sur le grand, en reprenant leurs boucs émissaires favoris : les employés communaux, assimilés à des parasites ultimes entretenus par les représentants corrompus de la collectivité et jamais satisfaits de leurs privilèges indus. D’une rare abjection poujadiste, ce long-métrage vomit à jet continu de la haine sociale sous couvert de “galéjade”. Ni farce, ni satire, c’est une attaque mesquine enfilant les clichés anisés sur les planqués, les syndicalistes, les placardisés, les guichetie

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Gloria aux lassos : "My Wonder Women"

Biopic | de Angela Robinson (E-U, 1h49) avec Luke Evans, Rebecca Hall, Bella Heathcote…

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Gloria aux lassos :

Université de Harvard, années trente. Chercheur en psychologie avec son épouse, le Pr Marston recrute pour l’assister une étudiante, qui devient l’amante du couple. Ce ménage à trois leur vaut d’être virés. Marston rebondit en instillant ses théories dans une BD féministe, Wonder Woman… La première authentique héroïne de comics méritait bien qu’on rétablisse les conditions particulières de sa genèse faisant d’elle un personnage ontologiquement transgressif, épousant les penchants SM et le goût pour le bondage de son créateur que la censure et le politiquement correct tentèrent d’atténuer à plusieurs reprises. Dominatrice, indépendante, désinhibée, dotée d’un audacieux caractère, Wonder Woman est un fantasme accompli en même temps qu’un modèle d’émancipation. Hélas, le révisionnisme esthétique dont la fiction s’est fait une spécialité ordinaire (en glamourisant, notamment, à outrance les protagonistes) résonne ici comme une contradiction absolue. Plutôt que de préférer l’évocation réaliste (on ne parle pas de ressemblanc

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Bozon maudit : "Madame Hyde"

Pas fantastique | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Bozon maudit :

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip-Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman de Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine d’ailleurs à comprendre le “pourquoi” de ce film. Son “comment” demeure également mystérieux, avec ses séquences coupées trop tôt, son pseudo humour décalé sinistre

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