Zombies et homme : "La Nuit a dévoré le monde"

BRAIIIN ! | Escape game dans les conditions d’un réel apocalyptique, ce premier long-métrage aussi sobre que maîtrisé réunit un trio brillant autour d’un scénario rigoureux. En peuplant la capitale de zombies désarticulés, Dominique Rocher gagne haut le moignon son Paris.

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Photo : © Laurent Champoussin


Au lendemain d'une nuit agitée, dans un recoin de l'appartement de son ex — où il était venu chercher ses affaires en pleine soirée festive —, Sam découvre que le monde est désormais peuplé de zombies. Se pourrait-il qu'il soit l'ultime homme sur Terre ? À lui d'organiser sa survie…

De son titre poétique à sa réalisation d'une efficacité à faire pâlir George A. Romero — lequel, là où il réside à présent, ne doit plus avoir le mélanocyte très vaillant —, La Nuit a dévoré le monde s'impose par sa singularité dans un paysage contemporain montrant une insatiable appétence pour le cinéma de genre, et tout particulièrement horrifique. Les séries à succès telles que The Walking Dead ou Les Disparus n'y sont sans doute pas étrangères, qui contribuent de surcroît au décloisonnement des univers, et prouvent aux derniers rétifs que Cronenberg ou Carpenter sont davantage que des seigneurs (saigneurs ?) dans leur partie gore.

Naufrage, ô désespoir

Maîtrisant la grammaire du film de zombies, Dominique Rocher installe un climat parfaitement anxiogène de bout en bout : il évite tout temps mort — si l'on ose — en dosant les surgissements de figures terrifiantes et distillant avec un vice d'horloger les situations de contamination pour son héros. Plutôt que de saturer l'écran d'images grand-guignolesques, le réalisateur investit à la manière d'un virus l'imaginaire de ses spectateurs. La base, direz-vous, lorsque l'on se risque dans ce registre… Attendez de voir Les Bonnes Manières de Rojas & Dutra pour constater combien un maniement maladroit des FX et une réalisation paresseuse peuvent saborder le potentiel fantastique d'un film !

Rocher transcende son survival en faisant de Sam un Robinson au milieu d'un océan de zombies pareils à des requins affamés ; l'immeuble dans lequel il s'est retranché a d'ailleurs tout d'une île qu'il va écumer pour en tirer la moindre ressource, les moindres vivres. Il se découvrira même plusieurs équivalents de Vendredi donnant quelques-uns de ses appréciables rebonds à ce récit haletant pouvant, de surcroît, se prévaloir d'une distribution internationale sans défaut. À consommer de toute urgence : ce genre de denrée cinématographique a une durée de validité souvent réduite sur les écrans.

La Nuit a dévoré le monde (Fr, int-12 ans, 1h34) de Dominique Rocher avec Anders Danielsen Lie, Golshifteh Farahani, Denis Lavant…


La Nuit a dévoré le monde

De Dominique Rocher (Fr, 1h34) avec Anders Danielsen Lie, Golshifteh Farahani... En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s'organiser pour continuer à vivre. Mais Sam est-il vraiment le seul survivant ?
Lumière Terreaux 40 rue du Président Édouard Herriot Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Au revoir mon amour : "L'Angle Mort"

Fantastique | Dominick possède depuis l’enfance l’étrange pouvoir de se rendre invisible. Une faculté dont il fait un usage modéré — chaque “passage“ lui coûtant cher en énergie vitale — car elle suscite aussi, surtout, moult quiproquos gênants avec ses proches. Est-ce un don ou une malédiction ?

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Au revoir mon amour :

Les histoires de couples perturbés par des interférences créées par des mondes parallèles — ésotériques ou psychiques — forment “l’ordinaire fantasmatique“ du cinéma de Bernard & Trividic, collectionneurs de discordances en tous genres. Dancing (2003) et L’Autre (2009) traquaient déjà en effet des irruptions singulières dans ce que l’on nomme la normalité, en adoptant des constructions cinématographiques volontiers elliptiques, mentales ou peu linéaires. Est-ce ici l’influence d’Emmanuel Carrère, qui leur a soufflé l’argument de L’Angle Mort ? Sans déroger à leur propension au fantastique, ce film manifeste un changement de forme radical, adoptant une narration plus posée et une structure de conte contemporain à morale philosophique — comme si Rohmer s’était aventuré dans le registre du super-héros décalé, ou Alphonse Daudet au cinéma. Drame à double niveau sur la question de la disparition du corps social — ce qu’il advient de l’individu lorsque sa présence physique s’évanouit au sens propre, mais aussi lorsque son ex

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Vies, modes d’emploi : "Les Grands Squelettes"

Drame | De Philippe Ramos (Fr, 1h10) avec Melvil Poupaud, Denis Lavant, Anne Azoulay…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Vies, modes d’emploi :

Une heure dans la vie de passants ; une heure parmi leurs pensées, leurs désirs, leurs amours, leurs douleurs. Une heure empruntée à chacune et chacun, figée dans le grand manège de la journée et du monde… Impossible de ne pas penser d’entrée à La Jetée (1962) de Chris Marker, référence obligée lorsqu’un cinéaste s’aventure dans un film à narration photographique. Au-delà de la performance ou du gadget, la forme doit servir le fond et c’est bien entendu le cas ici — au reste, Philippe Ramos avait déjà montré son appétence pour les tableaux fixes dans l’excellent Fou d’amour. En saisissant au vol des individus lambda, en s’immisçant dans leur course ordinaire, il réalise des instantanés de leur vie, au plus intime de leur psyché et de leur affect. L’interruption de leurs mouvements rend leur voix plus audible et l’oreille plus captive aux inflexions ténues de leurs confessions : ce qu’ils se disent à part soi, ils ne le confieraient sans doute pas à des tiers. Tout juste long-métrage,

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Cachées : "Le Dossier Mona Lina"

Espionnage | de Eran Riklis (Isr-All, 1h33) avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin, Lior Ashkenazi…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Cachées :

Remise d’une mission éprouvante, une agent du Mossad est affectée à une opération en théorie tranquille : veiller le temps de sa convalescence sur une transfuge du Hezbollah libanais, Mona, dans une planque sécurisée en Allemagne. Mais les anciens alliés de Mona sont sur ses traces… Qui manipule qui, qui est l’appât, qui est la proie ? À la base complexe — et plongée dans un vortex diplomatique depuis les décisions intempestives de Donald Trump — la situation géopolitique au Levant constitue un terreau favorable pour un bon thriller d’espionnage en prise avec le réel. Rompu aux questions de frontières (voir notamment La Fiancée syrienne), le réalisateur israélien n’hésite pas ici à critiquer le cynisme officines d’État — y compris le sien — manœuvrant en dépit de la morale et en fonction des intérêts du moment, quitte à sacrifier autant de pions (c’est-à-dire de vies) que nécessaire. Après un démarrage tonitruant porté par une musique et une distribution dignes des grandes productions internationales, le film s’engage dans un face à face prometteur puisq

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The Great Haenel

Littérature | Dans Tiens ferme ta couronne, dernier Prix Médicis, Yannick Haenel lance son héros à la poursuite d'une obsession qui le projettera dans mille aventures : celle de faire réaliser un film sur Herman Melville au cinéaste américain Michael Cimino. Tout un programme, confié à Bron, à la lecture experte du comédien Denis Lavant.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 mars 2018

The Great Haenel

C'est l'histoire d'un écrivain "fou". Et d'un projet qui ne l'est pas moins : un film sur l'auteur de Moby Dick, Herman Melville, baptisé The Great Melville. Il en a écrit le script, une baleine scénaristique de 700 pages à la recherche d'une énigme : « la solitude de l'écrivain », « l'immensité qui peuple sa tête » et qui est un monde, « la population de ses pensées », toutes choses qui se résument à une analogie avec le cachalot traqué par le Capitaine Achab : c'est « l'intérieur mystiquement alvéolé de la tête Melville » qu'il s'agit de percer à jour. Loin du biopic traditionnel, inutile de dire que le projet n'intéresse guère les producteurs. Ce qui n'est pas si grave puisque l'auteur ne veut pour son scénario que le plus grand, Michael Cimino : « parce que Cimino incarnait dans le cinéma américain ce que Melville avait incarné dans la littérature. » L'épiphanie à lieu lorsque le narrateur, qui passe le plus clair de son temps à picoler et regarder des films, revoit son Voyage au bout de l'Enfer. Monstres sacrés Jaillit alors, à la visi

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Lutins de sa glace ! : "Santa & Cie"

Comédie de Noël | de & avec Alain Chabat (Fr, 1h35) avec également Pio Marmaï, Golshifteh Farahani, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Lutins de sa glace ! :

Comme par un fait exprès, la Saint-Nicolas tombe cette année le jour de la sortie de la nouvelle comédie d’Alain Chabat consacrée au Père Noël. Un Père Noël à sa hotte, c’est-à-dire prêt à transgresser les conventions. En l’occurence de quitter le pôle Nord en avance afin de venir chercher de quoi soigner la soudaine épidémie frappant ses lutins. Sauf que Santa Claus n’ayant pas l’habitude des usages du monde réel, ni des enfants éveillés, va un peu patiner… Chabat ne cesse de se bonifier avec le temps. Au départ très inféodé aux ZAZ — ces stakhanovistes du gag visuel/référentiel le distribuant à la mitraillette dans Y a-t-il un pilote dans l’avion et compagnie —, le réalisateur-comédien s’est depuis affranchi de ces tutelles d’outre-Atlantique hurlantes pour travailler un registre où la connivence demeure, mais à un niveau plus souterrain : la parodie n’étant plus une finalité, il dispose de plus de place pour sa vaste fantaisie. Ses multiples niveaux de lecture font de ce film une authentique comédie grand public et familiale, dépourvue de ce kitsch fa

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"Paterson" : Poète, vos papiers (du véhicule)

ECRANS | Une semaine ordinaire dans la vie de Paterson, chauffeur de bus à Paterson, New Jersey et poète à ses heures. Après la voie du samouraï, Jarmusch nous indique celle d’un contemplatif alter ego, transcendant le quotidien sur son carnet. Une échappée hors du temps bienvenue.

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors, la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa quiétude provinciale, ne pourrait-elle être le nord magnétique de la poésie américaine ? Escale obligée — semble-t-il — pour une foule de maîtres du verbe, de Ginsberg à Iggy Pop, ce cadre apparemment dépourvu de pittoresque et de distractions a inspiré William Carlos Williams tout au long de sa carrière. Il est aussi la patrie d’un bien nommé Paterson, émule du précédent ; le lieu d'où il compose son œuvre dans le secret d’un carnet de notes, sans jamais se départir de son impassibilité. Citoyen en apparence quelconque d’une ville banale, Paterson trouve dans son train-train matière à émerveillement, transmutant les choses vues en vues singulières. Carnet de notes sur revêtement de ville Emboîtant les pas de ce scribe machiniste, Jarmusch révèle le caractère ininterrompu du processus d’écriture : entre la cristallisation de l’inspiration et la fixation du texte sur le papier, les mots s’affichent, s’accumulent, s’agencent dans son esprit —

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"Go Home" : maison, dure maison

ECRANS | de Jihane Chouaib (Fr-Sui-Bel-Lib, 1h38) avec Golshifteh Farahani, Maximilien Seweryn, François Nour…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Longtemps après avoir dû quitter la maison familiale, une Libanaise exilée en Europe est de retour pour exhumer des souvenirs et élucider un mystère datant de son enfance… malgré l’indifférence — voire l’hostilité du village. Creuser le passé comme on déblaye un sol jonché de détritus ; réinvestir sa maison pour se réapproprier son histoire… La métaphore choisie par la réalisatrice est plutôt transparente dans ce film à certains égards austère : silences, obscurité, intériorité, permanence d’un deuil, tension continue et surtout machisme latent. Dans ce village où règne la tradition du patriarcat, Nada l’héroïne est ignorée, tandis que son frère est considéré comme un Messie — guère surprenant, mais toujours consternant. Jihane Chouaib dépeint l’inconscient d’un pays marqué par la guerre, où le refoulé a encore de beaux jours devant lui grâce à l’omerta. Comédienne caméléon pour toutes les productions moyen-orientales, Golshifteh Farahani constitue davantage qu’une colonne vertébrale à ce film, hanté à chaque plan ou presque par sa beauté douloureuse ; elle en est quasiment la raison d’être.

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Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation, à destination des enfants autant que des adultes.

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Les Malheurs de Sophie

La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d’une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d’être échaudés, ils ont appris et la méfiance, et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche” lorsque l’enrobage les déçoit. Sophistication, heurs et malheurs Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n’avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S’emparant d’un pilier des bibliothèques respectables, il procède à l’inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu’égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes — ce que l’ouvrage dans sa forme théâtrale incite à faire et que l’amorce du film laisse croi

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Louis-Ferdinand Céline

ECRANS | Bourdieu intègre un nouveau spécimen de monstre dans sa galerie déjà pourtant très étoffée : rien moins que le plus urticant des sulfureux écrivains français. Et c’est le prodigieux Denis Lavant qui endosse sa funeste peau.

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Louis-Ferdinand Céline

Ne comptez pas sur Emmanuel Bourdieu pour se faire l’écho docile de la doxa, et vanter les hautes sphères intellectuelles ou leurs mandarins ! Avant même d’être cinéaste, lorsqu’il œuvrait comme scénariste — Comment je me suis disputé… (1996) de Desplechin —, c’est l’instabilité intime de ces élites, leur désordre structurel et leurs bassesses occasionnelles qu’il mettait au jour. Des traits de caractère à nouveau scrutés dans son moyen-métrage Candidature (2001). Une plongée ironique dans le marigot sordide des recrutements universitaires, montrant qu’un degré élevé d’éducation n’empêchait pas un être humain de succomber à ses instincts primaires, de se livrer à des actes d’une prodigieuse médiocrité — voire à des monstruosités. Or le monstre, l’individu divergeant de la norme, fascine Bourdieu : n’a-t-il pas consacré à son comédien fétiche Denis Podalydès le documentaire Les Trois Théâtres (2001), suivant ce “monstre” de la scène, engagé par le Français sur trois productions simultanées ? Le docteur abuse Avec Céline, l’exception a un visage bien moins humain. S’intéresser à son cas relève de la transgression ordinai

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Ce sentiment de l'été

ECRANS | De Mikhaël Hers (Fr, 1h46) avec Anders Danielsen Lie, Judith Chemla, Marie Rivière... Sortie le 17 février

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Ce sentiment de l'été

Si Mikhaël Hers situe son film successivement à Berlin, Paris, Annecy et New York, lui semble résider en ce pays plus virtuel mais transversal qu’est la nostalgie. L’inspiration qu’il en tire connaît des fortunes diverses : Memory Lane (2010), film de bande flasque, avait manqué le coche ; Ce sentiment de l’été réussit en revanche avec une remarquable délicatesse à emmagasiner toutes les promesses de son titre elliptique (telle l’impression physique de la chaleur irradiante) en évoquant comme rarement le deuil à travers l’absence. Celle d’un personnage dont la mort survient de manière inattendue et dont la cérémonie funéraire elle-même est occultée. Seuls restent les vivants, devant composer avec leur stupeur muette, avant de recomposer leur vie. Plutôt que de les montrer succombant à la déréliction et la déprime, Hers les présente pendant des phases de reconstruction. Ce parti pris se retrouve à l’écran : avec son gros grain vibrionnant, ses couleurs vives, l’image rappelle le format 16mm du cinéma son direct, avide de parcourir les rues en quête d’un souffle de vie nouveau et d’inattendu. Une pulsion d’éne

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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Michael Kohlhaas

ECRANS | Film difficile, qui cherche une voie moyenne entre l’académisme costumé et l’épure, cette adaptation de Kleist par Arnaud Des Pallières finit par séduire grâce à la puissance d’incarnation de ses acteurs et à son propos politique furieusement contemporain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Michael Kohlhaas

L’honnêteté critique oblige à avouer que Michael Kohlhaas commence mal. Sa première demi-heure, trop longue, mal racontée, est une laborieuse exposition de ses enjeux. Arnaud Des Pallières semble pétrifié face au texte de Kleist qu’il adapte, et en respecte la lettre jusqu’à oublier la plus élémentaire des concisions cinématographiques. Il faut d’abord faire comprendre le conflit qui oppose le marchand de chevaux Kohlhaas aux autorités, puis son environnement familial, puis l’assassinat de sa femme et, enfin, sa décision de soulever le peuple pour réclamer justice. Le tout est mis en scène dans des plans lents et austères, cadrés au cordeau et soulignés par un boum boum de tambour en guise de musique. On voit bien que le cinéaste cherche à se tenir à égale distance de l’ascétisme façon Straub et de l’académisme européen en costumes, mais sa proposition semble surtout réconcilier les deux autour d’un ennui commun. Alors qu’on s’apprête à subir la suite, Des Pallières sort une séquence magistrale où la petite armée de Kohlhaas décime un château à l’arbalète. Chaque plan dessine une action millimétrée, fluid

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Syngué Sabour

ECRANS | Atiq Rahimi a-t-il eu raison d’adapter son roman, lauréat du Prix Goncourt, à l’écran ? Pas vraiment, tant le film a du mal à aérer son huis-clos et à échapper aux scories d’un world cinéma académique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Syngué Sabour

Syngué Sabour, le livre, reposait sur un monologue-confession fait par une femme afghane auprès de son mari dans le coma, blessé d’une balle dans la nuque. Comment porter à l’écran ce récit anti-spectaculaire ? Comment passer de la parole pure à sa mise en espace ? Il faut reconnaître à Atiq Rahimi une bonne décision, peut-être la seule de cette auto-adaptation : miser énormément sur son actrice principale, l’épatante Golshifteh Farahani, pour apporter une force d’incarnation très troublante à son personnage. À la fois fragile et déterminée, sensuelle et contrainte à la pudeur, elle lui confère une vie que le scénario, chargé d’intentions et de vouloir-dire, ne cesse de lui dénier. Car le premier écueil de Syngué Sabour, c’est la lourdeur de son discours : il ne s’agit pas seulement pour cette femme de raconter le présent des événements à cet époux sans réaction, mais aussi de révéler derrière le héros de guerre célébré le mari négligent, sourd au désir de sa compagne, égoïste et in fine machiste. Récit d’émancipation très théorique, dont l’horizon est beaucoup trop évident : dire que la femme afghane n’a pas encore gagné le droit d’exister en tant que

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Malaxe le thorax

SCENES | Voilà du théâtre qui crisse, qui ne prend pas le spectateur par la main avec un gant de velours. D’ailleurs Denis Lavant est de la partie et il n’a pas (...)

Nadja Pobel | Jeudi 22 novembre 2012

Malaxe le thorax

Voilà du théâtre qui crisse, qui ne prend pas le spectateur par la main avec un gant de velours. D’ailleurs Denis Lavant est de la partie et il n’a pas pour habitude de jouer des bluettes. Habitué des planches théâtrales et re-re-re-re-révélé au cinéma avec le puissant et hors-normes dernier film de Leos Carax, Holy Motors, le comédien offre une composition parfaite des textes peu montés d’Heiner Müller : Paysage sous surveillance, Libération de Prométhée et Nocturne. Dans ces trois séquences distinctes, il opère un travail sur son corps et sa voix proprement unique, se fondant tel un animal dans la musique électronique de Kasper T. Toeplitz, devenant tour à tour élastique ou rugueux. Une matière au sens propre que le metteur en scène Wilfried Wendling malaxe. Toutefois ce n’est pas un solo de l’acteur en singe savant de la scène auquel on assiste mais bien à un spectacle sensoriel qui intègre, au-delà du jeu et de la musique, des bruits d'ambiance et la danse aérienne de Cécile Mont-Reynaud, qui se déplace dans une forêt de cordes par une nuit de pleine lune. Müller Machines

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Holy Motors

ECRANS | Étonnant retour en grâce de Leos Carax avec Holy motors, son premier long-métrage en treize ans, promenade en compagnie de son acteur fétiche Denis Lavant à travers son œuvre chaotique et un cinéma mourant. Qui, paradoxe sublime, n’a jamais été aussi vivant que dans ce film miraculeux et joyeux. Critique et retour sur une filmographie accidentée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 28 juin 2012

Holy Motors

Dans Boy meets girl, premier film de Leos Carax, Alex (Denis Lavant, déjà alter-ego du cinéaste au point de lui emprunter son vrai prénom) détache un poster dans sa chambre et découvre une carte de Paris dessinée sur le mur où chaque événement de sa vie a été relié à une rue, un monument, un quartier. Ce plan, c’est celui de la Caraxie, cet étrange espace-temps construit à partir des souvenirs personnels et cinématographiques du cinéaste, celui qu’il a ensuite arpenté jusqu’à en trouver le cul-de-sac dans son film maudit, Les Amants du Pont-Neuf. Au début d’Holy motors, Leos Carax en personne se réveille dans une chambre, comme s’il sortait d’un long sommeil. Sommeil créatif, pense-t-on : cela fait treize ans qu’il n’a pas tourné de long-métrage. Le voilà donc qui erre dans cette pièce mystérieuse qui pourrait aussi, si on en croit la bande-son, être la cabine d’un bateau à la dérive ; et ce qu’il découvre derrière un mur n’est plus une carte, mais une porte qui débouche sur une salle de cinéma où des spectateurs sans visage regardent un écran où l’on projette ce film que Carax ne pouvait plus réaliser. Près de trente ans après, la Caraxie n’es

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Oslo, 31 août

ECRANS | Le Danois Joachim Trier adapte dans la Norvège d’aujourd’hui "Le Feu follet" de Drieu La Rochelle, transformant son anti-héros en ex-drogué ayant perdu le goût de la vie. Une errance magistralement mise en scène, sensuelle et mélancolique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 février 2012

Oslo, 31 août

Anders se réveille avec une fille dans son lit. Il s’habille, traverse le périphérique, s’avance dans une forêt jusqu’à une rivière. Puis il remplit ses poches de lourdes pierres et s’enfonce dans l’eau. Au dernier moment, il renonce à son projet et utilise ses dernières forces pour retourner sur la rive. Dès cette première séquence, Joachim Trier a déjà posé l’étrange contradiction qui habite son personnage : tiraillé entre pulsion de vie et tentation du néant, Anders met son existence en balance. Le souvenir de sa vie d’avant est une douleur : la fête, les rencontres, la drogue dans laquelle il a basculé, la femme aimée qu’il a perdue et qu’il tente sans succès de joindre au téléphone… Tout cela l’a conduit en cure de désintoxication et, par une belle journée d’été à Oslo, il profite d’un entretien d’embauche pour retrouver ses amis et faire le point sur son envie de vivre. Voyage au bout de la nuit Le spectateur français n’aura pas de mal à reconnaître la trame du Feu follet de Pierre Drieu La Rochelle, déjà génialement adapté par Louis Malle avec Maurice Ronet.

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Si tu meurs, je te tue

ECRANS | D’Hiner Saleem (Fr, 1h30) avec Jonathan Zaccaï, Golshifteh Farahani…

Dorotée Aznar | Lundi 21 mars 2011

Si tu meurs, je te tue

Philippe, sympathique paumé, se lie d’amitié avec Avdal, Kurde de passage à Paris pour y traquer un criminel de guerre irakien. Manque de bol, son nouvel ami décède de façon pour le moins impromptue, et Philippe se retrouve avec son cadavre et sa famille sur le dos… Le caractère instable du premier acte nous fait redouter un film carte postale, une sorte de Paris je t’aime avec un tout petit peu plus de substance sociopolitique – une impression confirmée par les apparitions clin d’œil plus ou moins pertinentes de Jane Birkin et Maurice Bénichou. Mais avec une finesse appréciable, Saleem a la judicieuse idée de partager son film entre un aspect comique, figuré par la communauté kurde parisienne (autoproclamée «démocrate, progressiste, socialiste et patriote» à tout bout de champ !), et un côté tragique incarné par le père traditionnaliste d’Avdal. Avec comme enjeu central Siba, la fiancée endeuillée de ce dernier, qui trouvera dans ce drame l’occasion de s’émanciper. Certes, à force de courir plusieurs lièvres à la fois, le film s’égare souvent, écarte des pistes narratives jusqu’à les oublier, mais son équilibre maîtrisé dans l’énergie tragi-comique et sa lumineuse conclusion at

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À propos d’Elly…

ECRANS | Le cinéma iranien n’en finit plus de surprendre : tendue comme un thriller, cette chronique d’une disparition signée Asghar Farhadi frappe par sa liberté de ton et de forme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 septembre 2009

À propos d’Elly…

Il y a quelques semaines ressortait le très beau Picnic at hanging rock de Peter Weir. Le souvenir du film revient en mémoire à la vision d’À propos d’Elly…, tant tous deux se structurent autour d’un black out qui est aussi un point de bascule. Chez Weir, des adolescentes disparaissaient dans des montagnes menaçantes lors d’une balade scolaire un jour de Saint-Valentin ; dans le film d’Asghar Farhadi, c’est une jeune femme, Elly, qui va s’évaporer lors d’un week-end en bord de mer avec des étudiants en droit. Plus que les raisons de ce «départ» (accident ? Fugue ? Enlèvement ?), ce sont ses conséquences chez ceux qui restent qui intéressent les deux cinéastes : comment un groupe doit affronter la brutale révélation de ce qui le fonde, lâchetés et réflexes de classe inclus. Ivre de liberté Dans le film, Elly est belle et, pour ceux qui l’ont invitée à cette virée festive, libre. Parfaite donc pour la caser avec Ahmad, qui rentre d’Allemagne où il vient de divorcer. La peinture de cette jeunesse insouciante, loin de Téhéran, s’épanouissant entre blagues machistes, jeux de vacances et repas arrosés, est déjà en

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Mister Lonely

ECRANS | D’Harmony Korine (Fr-ÉU, 1h51) avec Diego Luna, Samantha Morton, Denis Lavant…

Christophe Chabert | Jeudi 11 décembre 2008

Mister Lonely

Scénariste et acteur chez Larry Clarke, réalisateur d’un premier film culte et impressionnant (Gummo) puis d’un deuxième certifié Dogma 95 (Julien Donkey Boy, nettement moins réussi), Harmony Korine revient avec ce Mister Lonely qui se sera fait attendre (17 mois entre sa présentation cannoise et sa sortie en salles). L’argument est improbable : un sosie de Michael Jackson croise à Paris un sosie de Marylin Monroe qui le convainc de rejoindre une île pleine d’autres sosies (tous assez peu ressemblants aux originaux, d’ailleurs). En parallèle à ce récit, un groupe de nonnes découvre qu’elles peuvent voler en sautant d’un avion sans parachute. Il y a chez Korine un goût de la bizarrerie qui n’est jamais très loin du voyeurisme pervers (quelques zooms recadrant l’émotion spontanée des acteurs trahit cette pulsion incontrôlée). Il y a aussi une tentation du scénario post it, dont l’ordre est parfois arbitraire, la scène étant plus importante que la construction générale. On a l’impression que le cinéaste vise une forme d’autoportrait fragmenté en imposteur tendre et paumé, souvent irritant mais parfois attachant, comme s’il cherchait à humaniser ses vignet

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