Ça craint en Ukraine : "Frost"

Là-balte si j’y suis | de Šarūnas Bartas (Lit-Fr-Ukr-Pol, 2h) avec Mantas Janciauskas, Lyja Maknaviciute, Andrzej Chyra, Vanessa Paradis…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Photo : © KinoElectron


Pour dépanner un ami, Rokas et Inga acceptent de convoyer une camionnette humanitaire de Lituanie en Ukraine. Sauf que la zone n'est pas si facile d'accès en période de guerre — une guerre dont Rokas n'avait même pas idée, et qui intrigue ce jeune homme sans but…

Cinéaste du politique, voire du géopolitique, Bartas ne pouvait rester insensible à la situation ukrainienne et au chaos qu'elle produit. Un chaos mâtiné d'incertitudes et de danger, conforme à l'ambiance inquiétante de ses premiers films, explorant par la contemplation le flou des frontières et de l'attente. Pourtant, c'est par une structure des plus linéaires que Bartas engage son récit : il faut que ses deux protagonistes se perdent, littéralement ; qu'ils éprouvent la réalité de la guerre en discutant avec des “humanitaires” pour qu'ils se trouvent — ou du moins parviennent à orienter leur boussole intérieure.

La curiosité de Rokas, cette irrépressible pulsion le menant au plus près du danger — histoire d'en apprécier la réalité mais aussi de tester le hasard — rappelle la démarche de John Locke, héros de Profession : Reporter (1975) d'Antonioni dans son illusoire quête de liberté, tendant l'élastique jusqu'au point de rupture, découvrant un sens à sa vie au moment où elle risque de lui échapper.


Frost

De Sharunas Bartas (Lit-Fr, 2h) avec Mantas Janciauskas, Lyja Maknaviciute...

De Sharunas Bartas (Lit-Fr, 2h) avec Mantas Janciauskas, Lyja Maknaviciute...

voir la fiche du film


Rokas et Inga, un couple de jeunes lituaniens, conduisent un van d’aide humanitaire depuis Villnius jusqu’en Ukraine. Au fur et à mesure de leur voyage au gré des rencontres, ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, traversant les vastes terres enneigées de la région de Donbass, à la dérive entre des vies déchirées et les débris de combats. En s’approchant de la ligne de front, ils se découvrent l’un l’autre et appréhendent peu à peu la vie en temps de guerre.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Lesbien descendu ? : "Un couteau dans le cœur"

Sapho-melon | de Yann Gonzalez (Fr, 1h42) avec Vanessa Paradis, Nicolas Maury, Kate Moran…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Lesbien descendu ? :

Productrice de séries Z porno gay, Anne digère mal sa rupture avec Loïs, sa monteuse. À ses finances déclinantes s’ajoute une épidémie de meurtres sanglants ravageant son équipe, laissant indifférente la police en cette fin des années 1970. Pourtant, Anne s’obstine à tourner… Copains comme cochons, Yann Gonzalez et Bertrand Mandico ont biberonné aux mêmes sources filmiques et partagent le désir de fabriquer un cinéma pétri de leurs références esthétiques. Mais quand le réalisateur des Garçons sauvages bricole un univers cohérent et personnel où affleure un subtil réseau d’influences savamment entremêlées, Gonzalez produit un bout-à-bout de séquences clinquantes et boiteuses se réfugiant derrière l’hommage à Argento, Jess Franco, Jean Rollin — qui sais-je encore parmi les vénérables du genre horrifico-déshabillé — pour en justifier la kitschissime maladresse ou l’outrageuse complaisance. Tout ici semble procéder d’une extrême roublardise. En premier lieu le choix de “l’icône” Vanessa Paradis, dont les qua

Continuer à lire

Portrait de famille : "The Last Family"

Biopic | de Jan P. Matuszynski (Pol, 2h03) avec Andrzej Seweryn, Dawid Ogrodnik, Andrzej Chyra…

Vincent Raymond | Mercredi 17 janvier 2018

Portrait de famille :

Principalement connu des amateurs d’art et de faits divers, Zdzisław Beksiński (1929, assassiné en 2005) est un peintre polonais dont la singulière existence, au moins aussi atypique que ses toiles (classées “surréalistes”), méritait a minima un coup de projecteur. Créant de l’étrangeté par son hypernaturalisme, ce biopic propose une approche astucieuse des trente dernières années de ce plasticien vivant quasi reclus avec sa famille — comptant un fils bancal et suicidaire —, en faisant se succéder de longues séquences empruntées à leur quotidien. L’acte créatif ne figure pas au centre du propos de Jan P. Matuszynski, c’est bien la vie privée — ce ferment de l’imaginaire — qui l’intéresse. Beksiński y apparaît comme exagérément stable dans des situations requérant des émotions chez des individus lambda (comme la maladie ou la mort de ses proches), doublé d’un authentique maniaque enregistrant tout, jusqu’aux conversations domestiques. Imperméable à ce qui se passe hors de son pâté de maison, il l’est aussi aux chamboulements considérables rencontrés par la Pologne durant ces trois décennies : c’est le monde qui doit faire des inc

Continuer à lire

Démise en scène : "Maryline"

ECRANS | de Guillaume Gallienne (Fr, 1h47) avec Adeline D'Hermy, Vanessa Paradis, Alice Pol…

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Démise en scène :

Venue de sa province, Maryline se rêve comédienne. Outre la blondeur attachée à son prénom si lourd à porter, elle dégage un je-ne-sais quoi séduisant les cinéastes. Las ! Son incapacité à fendre l’armure la plombe et elle végète, quand elle ne s’auto-détruit pas dans l’alcool… La bonne nouvelle, c’est que Guillaume Gallienne a renoncé à jouer dans son second long-métrage — il nous devait bien cela, après avoir doublement imposé sa présence dans Les Garçons et Guillaume, à table ! La mauvaise, c’est le choix de la presque jeune Adeline D’Hermy, empruntée au Français. Son visage marqué est dépourvu de la cinégénie requise pour ce rôle : on ne perçoit jamais la radieuse séduction censée émaner de son personnage. La malheureuse semble pourtant se donner du mal pour être à la hauteur ; sans beaucoup de succès : on est plus enclin à la conspuer avec ses opposants qu’à éprouver de la compassion pour elle. Paradoxalement, le réalisateur parvient à tirer de ce malaise un effet productif à la toute fin, quand Maryline au

Continuer à lire

Vanessa Paradis revient aux Nuits de Fourvière

MUSIQUES | Après une première date à guichet fermé, Vanessa Paradis aurait dû se produire une seconde fois aux Nuits de Fourvière en compagnie des musiciens du (...)

Benjamin Mialot | Mardi 24 juin 2014

Vanessa Paradis revient aux Nuits de Fourvière

Après une première date à guichet fermé, Vanessa Paradis aurait dû se produire une seconde fois aux Nuits de Fourvière en compagnie des musiciens du Conservatoire à Rayonnement Régional - et de son compagnon et chef d'orchestre d'un soir Benjamin Biolay. C'était compter sans la gronde des intermittents qui, de mystérieuses promotions du premier album de The XX en journées de grève, entraina l'annulation de ce retour. Bonne nouvelle, Vaness' revisitera bel et bien une seconde fois ses Love Songs aux Nuits de Fourvière : ce sera le 27 juillet à 21h30. A croire que les histoires d'amour ne finissent pas toujours mal. Les billets seront en vente à partir du 27 juin à 11h.

Continuer à lire

L'amour à la française

MUSIQUES | Revenue au sommet sous l'impulsion de Benjamin Biolay, Vanessa Paradis, cette délicate pâte à modeler, retrouve son Pygmalion le temps d'une paire de concerts avec l'orchestre du CRR de Lyon. Un événement "made in" Nuits de Fourvière. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 10 juin 2014

L'amour à la française

Plus de vingt-cinq ans que Vanessa Paradis navigue dans le monde de la chanson française, sous-catégorie variété haut de gamme. Une longévité remarquable pour celle qui n’écrit pas (ou si peu) ses morceaux : le pari, risqué, la rend dépendante d’autres. Mais ce serait sans compter sur ce mystère qui lui permet de subtilement diffuser sa sève, pour que les disques qu’on lui écrit semblent venir directement d’elle. Normal, puisqu’elle s’est souvent associée à des auteurs-compositeurs de renom, principalement des hommes, avec lesquels il lui est arrivée d'entretenir une relation plus que professionnelle – fut-elle amicale ou amoureuse. Serge Gainsbourg en 1990 pour le moins cul-cul qu’il n’y paraît Variations sur le même t’aime, Lenny Kravitz en 1992 pour l’envoûtant (et tout en anglais) Vanessa Paradis, ou encore Matthieu Chédid et quelques autres musiciens de la même veine en 2000 pour l’écrin Bliss 

Continuer à lire

Vanessa Paradis se dédouble à Fourvière

MUSIQUES | Rapidement complet, le concert de Vanessa Paradis (et Benjamin Biolay à la direction musicale) aux Nuits de Fourvière ne restera pas sans suite : elle (...)

Benjamin Mialot | Lundi 19 mai 2014

Vanessa Paradis se dédouble à Fourvière

Rapidement complet, le concert de Vanessa Paradis (et Benjamin Biolay à la direction musicale) aux Nuits de Fourvière ne restera pas sans suite : elle reviendra au Grand Théâtre lundi 16 juin. Ouverture de la location à partir du jeudi 22 mai, 11h.

Continuer à lire

J'aime (pas) la chanson française

MUSIQUES | Au Petit Bulletin nous avons cette réputation, en laquelle nous croyons parfois nous-mêmes, qui veut qu’à l’instar du titre des opus du dessinateur Luz, «[On] n'aime (toujours) pas la chanson française». La preuve que si, un peu. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

J'aime (pas) la chanson française

On a beau eu noircir des Unes sur Françoiz Breut, la révélation Daisy Lambert, faire des ronds de jambes à Emilie Loizeau, Jean-Louis Murat, Benji Biolay, ou même ce drôle d'animal qu'on appelle Fauve – qui revient d'ailleurs déverser sa bile casse-gueule au Festival Nouvelles Voix à Villefranche – rien n'y fait. Une réputation, ça vous colle à la peau comme le pansement du Capitaine Haddock, tout ça parce qu'on n'est pas à fond sur Calogero – et ce n'est pas avec Circus, son opéra pop, que ça va s'arranger – ou que Jean-Jacques Goldman n'est pas notre français préféré. Le truc c’est qu’appréhender la notion de chanson française c’est comme essayer d’attraper un

Continuer à lire

La Terre outragée

ECRANS | Étrange film qui raconte en deux parties l’accident de Tchernobyl et ses conséquences vingt-cinq ans après sur une poignée de rescapés, avec la force visuelle du cinéma russe et la pesanteur psychologique du cinéma français. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 23 mars 2012

La Terre outragée

En 1986, tandis que la centrale de Tchernobyl explosait, la vie continuait dans les villages environnants. À Pripiat, Anya et Piotr se marient, et la joie de cet amour juvénile va, en pleine cérémonie, être obscurci par une menace que personne ne soupçonne, sinon un ingénieur ayant immédiatement compris l’ampleur de la catastrophe. Piotr, pompier, est appelé pour éteindre le feu ; il n’en reviendra pas, laissant Anya seule et marquée à jamais par le drame. Cette histoire, c’est celle que raconte Michale Boganim dans la première partie de La Terre outragée. Loin de s’en tenir à une reconstitution façon docu-fiction, elle saisit littéralement le spectateur par la force d’évocation des images : personnages et décors ne semblent faire qu’un au sein de plans composés dans la tradition du meilleur cinéma russe, avec un lyrisme visuel qui rappelle Klimov, Tarkovski ou Kalatozov. Dans ce bout d’Ukraine hors du temps et insouciante, seule une statue de Lénine en plein cœur du village vient rappeler que la liberté n’est que conditionnelle. Une fois la catastrophe arrivée, la machine étatique se met en marche et Boganim filme quelques séquences terrifiantes où les hommes sont arra

Continuer à lire

Café de Flore

ECRANS | Café de Flore avait le potentiel pour faire décoller le spectateur. Jean-Marc Vallée, réalisateur québécois de C.R.A.Z.Y, a voulu avec son nouveau long combiner (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 27 janvier 2012

Café de Flore

Café de Flore avait le potentiel pour faire décoller le spectateur. Jean-Marc Vallée, réalisateur québécois de C.R.A.Z.Y, a voulu avec son nouveau long combiner deux histoires dans un même scénario. La première, en 2011, est celle d’un DJ montréalais tiraillé entre son ex-femme et son nouvel amour ; la seconde, dans le Paris des années 1960, raconte le combat et l’amour inconditionnel d’une mère pour son fils trisomique. La partie "parisienne" est, de toute évidence, la mieux maîtrisée. Mais jusqu’ici pas de lien entre les deux si ce n’est la musique, à savoir ce morceau de Matthew Herbert qui sert de fil conducteur et de titre au film. Malheureusement, le spectateur se perd dans les envolées lyriques, la longueur de certaines scènes et ces incessants va-et-vient temporels. L’histoire part dans tous les sens et au fur et à mesure, on s’agace de ne pas connaître ce lien qui réunit les deux histoires. Il faut patienter un bon moment pour enfin comprendre le rapport entre ces destins. Le voile se lève par le biais d’un personnage de second plan ; et c’est par la voie de l’esprit et de l’irrationnel que l’on trouve l’explication finale. Un dénouement mystique, donc

Continuer à lire

Frost / Nixon, l'heure de vérité

ECRANS | De Ron Howard (EU, 2h02) avec Frank Langella, Michael Sheen…

Christophe Chabert | Lundi 30 mars 2009

Frost / Nixon, l'heure de vérité

Commençons par être positif : nous avons affaire au meilleur film de Ron Howard. Ce faiseur terriblement anodin de l’industrie hollywoodienne, dont le dernier fait d’arme était tout de même le consternant Da Vinci Code, s’est vaillamment repris en main, a retrouvé une contenance cinématographique en se laissant porter par une intrigue qui, cette fois-ci, a du sens. En même temps, pour saloper le fascinant matériau de base (une reconstitution de l’interview vérité du président américain déchu Richard Nixon, trois ans après le scandale du Watergate), tout en reprenant les deux excellents acteurs qui venaient de camper les rôles principaux pendant deux ans sur les scènes londoniennes, il aurait vraiment fallu y aller très fort ! Conscient de la portée de son projet, Ron Howard témoigne d’une retenue salutaire dans ses effets, patine un peu dans sa longue première moitié avant de se reprendre dès que l’affrontement entre les deux protagonistes débute. C’est là que le film quitte enfin ses oripeaux de machine à Oscar classique pour se concentrer sur le combat rhétorique entre Frost et Nixon, fantasmant au gré d’une logique narrative assez efficace les à-côtés, coups bas et autres retour

Continuer à lire