Los Angeles, 1992 : "Kings"

Historico-urbain | de Deniz Gamze Ergüven (Fr-E-U, 1h32) avec Halle Berry, Daniel Craig, Kaalan Walker…

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Photo : © Ad Vitam


Mère courage, Millie accueille sans compter tous les gamins à la rue. Si la tension est continue entre les forces de l'ordre et les habitants de son quartier de Los Angeles, la tenue du procès des policiers ayant tabassé Rodney King déclenche des émeutes. Et Millie a peur pour ses enfants…

Le succès international de Mustang ayant ouvert grandes les frontières à sa réalisatrice, celle-ci a consenti à franchir l'Atlantique… sans pour autant succomber à l'appel des studios : projet personnel porté de longue date, Kings n'aurait sans doute pas correspondu, dans sa forme et son fond, aux critères hollywoodiens.

Volontiers hybride avec ses surimpressions visuelles, ses inclusions d'images d'actualités, ses parenthèses lyriques, drolatiques ou abstraites venant éclater le réalisme contextuel, cette chronique chorale d'un quartier populaire rappelle la tension moite et revendicative des Spike Lee ou John Singleton d'antan, autant qu'elle évoque le regard sur l'adolescence de Larry Clark — en plus soft, tout de même ! Des nuits orangées aux coiffures délirantes en passant par les jeans délavés, Deniz Gamze Ergüven restitue la texture et la manière d'une époque plongée dans un chaos brûlant.

Un détail pourtant entrave une pleine immersion parmi ses personnages : son choix d'avoir confié ses têtes d'affiche à des comédiens cannibalisés par leurs emplois passés. Difficile en effet d'accepter Halle Berry et Daniel Craig en prolos du coin, quand on a coutume de les voir en robe du soir et smoking…

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Matthew Vaughn : « Faisons les films que personne ne peut faire »

Kingsman - Le Cercle d'Or | Le réalisateur de Kingsman remet le couvert, plaçant une baronne de la drogue sur la route de son armada d’élégants. Du sur-mesure pour ses interprètes, et du cousu-main par l’auteur qui détaille ici son patron. Propos recueillis lors de sa conférence de presse parisienne.

Vincent Raymond | Mercredi 11 octobre 2017

Matthew Vaughn : « Faisons les films que personne ne peut faire »

C’est la première fois que vous tournez la suite d’un de vos films. En quoi Kingsman est-il si différent de Kick Ass ou X-Men ? Matthew Vaughn​ : Je n’a pas pu refuser de le réaliser ni lui résister : j’avais adoré tourner le premier ; il n’était pas question pour moi que quelqu’un prenne mes propres jouets et joue avec ! Le Cercle d’Or est davantage une expansion qu’une suite à Kingsman… MV : En effet. Il était très important pour moi de continuer l’histoire amorcée, plutôt que de faire une suite pour une suite ou pour, disons, l’argent. Kingsman est surtout l’histoire d’Eggsy, qui d’un très jeune garçon, évolue jusqu’au 3e opus. C’est son parcours, son voyage personnel que nous suivons, où qu’il nous emmène. En aucun cas je n’ai voulu me répéter : ça aurait été aussi ennuyeux pour vous que pour moi. Quand avez-vous pris la décision de réintégrer le personnage de Colin Firth ? Était-ce prévu dès son exécution à la fin du précédent épisode ? MV :

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La suite à l’anglaise : "Kingsman - Le Cercle d’or" de Matthew Vaughn

Espionnage | de Matthew Vaughn (G-B-EU, 2h21) avec Taron Egerton, Colin Firth, Mark Strong, Julianne Moore…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

La suite à l’anglaise :

Promu Agent Galahad et fiancé à une princesse scandinave, le jeune Eggsy a tout l’avenir devant lui. Las ! La trafiquante de drogue psychopathe Poppy Adams éradique Kingsman. Pour se venger, Eggsy va pouvoir compter sur Merlin et les cousins d’Amérique de l’Agence Statesman… Stupéfiante combinaison entre un spoof et un action movie (à la violence hallucinante, mais monstrueusement bien chorégraphiée), Kingsman (2015) aurait difficilement pu demeurer à l’état de singleton — d’autant qu’il s’était révélé des plus rentables. Certes, ce nouvel opus ne bénéficie plus de l’effet de surprise du précédent, mais il renoue avec les fondamentaux de ce qu’il faudra donc considérer comme la matrice de la franchise, plaçant dès l’ouverture sa séquence de bravoure : une poursuite dans les rues de Londres dont la réalisation n’a rien à envier aux MI où cavale Tom “Peter Pan” Cruise. Si Kingsman est ouvertement plus décalé que James Bond, longeant volontiers les rives du fantastique ou de la parodie sarcastique, il se montre a

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"Aquarius" : péril(s) en la demeure

ECRANS | Guerre d’usure entre l’ultime occupante d’un immeuble et un promoteur avide usant de manœuvres déloyales, le deuxième long-métrage du Brésilien Kleber Mendonça Filho tient tout à la fois du western, de la fable morale, du conte philosophique melvillien et de la réflexion sur le temps.

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Clara vit dans son petit immeuble en bord d’océan, l’Aquarius, depuis toujours. En apparence, tout le monde respecte cette ancienne critique musicale, brillante intellectuelle, mère de famille, ayant de surcroît survécu à la maladie. Les opinions à son encontre changent lorsqu’elle refuse une offre pour l’achat de son appartement : seule à résister à l’appât du gain, aux intimidations diverses du promoteur (et à ses manœuvres déloyales), elle essuie en sus l’hostilité des copropriétaires de l’Aquarius comme de ses enfants, favorables à la conclusion de la vente. Mais l’obstinée Clara est dans son bon droit… La Folle du logis Reparti bredouille de la Croisette, Aquarius mérite sa chance en salle. Ce combat du pot de terre contre le pot de fer est davantage qu’une chicanerie immobilière, même s’il corrobore incidemment les relations immorales entre le pouvoir (médias, religion, politique…) et les promoteurs — le Brésil est actuellement secoué par un gigantesque scandale de corruption dans lequel se retrouvent bien placées les omnipotentes entreprises de BTP du pays. Aquarius illustre surtout un très problématique (

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"Rodéo" : aiguille et meule de foin

ECRANS | de Gabriel Mascaro (Bré, Uru, P-B, 1h41) avec Juliano Cazarré, Maeve Jinkings, Vinicius de Oliveira…

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

Il est des arguments de films laissant pantois, révélant l’incommensurable faculté d’imagination de leurs auteurs. Pour son atypique galerie de personnages, Rodéo mérite le pompon (à défaut des oreilles et de la queue) : on y suit une petite communauté réunie autour d’une camionneuse se livrant à des danses grimées le soir, et de sa fille. Parmi le groupe figure un vacher, Iremar, spécialiste du talcage de queues de taureau, ayant le stylisme pour violon d’Ingres. Son charme lui vaut d’être courtisé par une vendeuse de parfums proche d’accoucher — ce qui ne l’empêche pas d’arrondir ses fins de mois en étant veilleuse de nuit dans une usine textile… Derrière ce capharnaüm baroque se dessine la situation économique calamiteuse des habitants du Nordeste (au Brésil), condamnés à empiler les boulots pour ne pas même s’en sortir ; à peine surnager jusqu’à un lendemain autant baigné d’incertitudes. C’est sans doute pour cela qu’Iremar et les autres ont des dérivatifs aussi exotiques. Lui cultive l’insolite jusque dans ses transgressions, en volant du sperme d’étalon (plutôt comique) ou en s’offrant des rendez-vous câ

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007 Spectre

ECRANS | 24e opus de la franchise officielle, "007 Spectre" n’a rien d’une fantomatique copie. À la réalisation comme pour "Skyfall", Sam Mendes poursuit son entreprise subtile de ravalement du mythe, consistant à jouer la continuité tout en reprenant le mâle à la racine…

Vincent Raymond | Mardi 10 novembre 2015

007 Spectre

De tous les serials modernes, James Bond est le seul dont on puisse garantir la survie, quelques péripéties que connaisse le monde. À l’écran depuis 1962, s’il a connu une seule éclipse entre 1989 et 1995, elle n’était même pas liée à la fin de la Guerre froide et n’a eu aucune incidence sur son succès — à peine dût-elle troubler son cocktail martini. Davantage qu’un personnage, 007 est une marque, un label en soi, dont l’aura dépasse celle de tous les interprètes prenant la pose dans son smoking. D’avatars en résurrections, chaque épisode parvient à battre des records techniques, artistiques ou, le plus souvent, économiques. Le dernier en date, Skyfall (2012), ne s’est pas contenté de dépasser le milliard de dollars de recettes au box office ni de glaner (enfin) l’Oscar de la chanson originale grâce à Adele — on pourrait parler là de bénéfices collatéraux. Il s’était surtout distingué par une écriture renouvelée, qui coupait court avec les incertitudes et les bricolages de Casino Royale (2006) et de Quantum of Solace (2008), premières apparitions de Daniel Craig sous le célèbre matricule. Bond. James Rebond

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Kingsman : services secrets

ECRANS | De Matthew Vaughn (Ang, 2h09) avec Colin Firth, Taron Egerton, Samuel L. Jackson…

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

Kingsman : services secrets

Drôle de film raté que ce Kingsman, antipathique à force de chercher la connivence et le deuxième degré avec le spectateur. L’idée est de créer une sorte de James Bond 2.0 qui connaîtrait par cœur les codes de son modèle et se plairait à les pasticher en multipliant clins d’œil et références décalées. Une sorte de Scream de l’espionnage que Matthew Vaughn, tentant de reprendre la formule déjà contestable de son Kick-Ass, plonge dans une esthétique de comic book où la violence, pourtant extrême — corps coupés en deux, têtes qui explosent — serait dans le même temps totalement déréalisée. Même le propos politique, plutôt judicieux sur le papier — comment un nerd félé, incarné par un Samuel L. Jackson s’amusant manifestement à jouer avec son cheveu sur la langue, utilise le consumérisme ambiant pour pratiquer une ségrégation radicale entre les élites et le peuple, promis à l’autodestruction — ne va finalement pas plus loin qu’une grosse baston dans une église et des décapitations en série transformées en feux d’artifices multicolores. Des idées to

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Iron Man 3

ECRANS | Ce troisième volet des aventures de Tony Stark n’est pas à la hauteur des deux précédents, et l’arrivée de Shane Black derrière la caméra s’avère plutôt contre-productive, partagé entre retrouver son mauvais esprit des années 80 et s’inscrire dans une ligne post-"Avengers". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Iron Man 3

Les deux premiers Iron Man avaient séduit par leur sens du contre-courant : à une époque où les super-héros au cinéma se devaient d’avoir une névrose intime et où le réalisme à la Nolan commençait à faire école, Jon Favreau, pourtant pas le cinéaste le plus fin de la terre, avait fait de Tony Stark un homme sans états d’âme, déconneur et flambeur, œuvrant pour la bonne cause comme un industriel exploiterait un marché juteux. Surtout, Iron Man se confondait avec son acteur, Robert Downey Jr, dont le débit mitraillette et la décontraction affichée avaient dans le fond plus de poids que la lourde armure qui le transformait en justicier. Une sorte de héros cool et pop dont ce troisième volet ne sait plus tellement quoi faire… Shane Black, scénariste culte dans les années 80 et 90, réputé pour son esprit badass et ses vannes provocatrices, par ailleurs auteur d’une très bonne comédie policière déjà avec Downey Jr, Kiss Kiss Bang Bang, a été appelé à la rescousse de la franchise, et se retrouve avec un fardeau à porter : faire le premier film de super-héros

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Cloud Atlas

ECRANS | Projet épique, pharaonique et hors des formats, Cloud Atlas marque la rencontre entre l’univers des Wachowski et celui du cinéaste allemand Tom Tykwer, pour une célébration joyeuse des puissances du récit et des métamorphoses de l’acteur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

Cloud Atlas

Qu’est-ce que cette «cartographie des nuages» qui donne son titre au nouveau film des Wachowski ? Stricto sensu, c’est une symphonie qu’un jeune ambitieux (et accessoirement, homosexuel) va accoucher de l’esprit d’un vieux musicien reclus qui fait de lui son assistant. Métaphoriquement, mais toujours dans le film, c’est cette comète, marque de naissance qui relie les personnages principaux par-delà les lieux et les époques, dessinant peu à peu le plan du dédale narratif qui se déroule sous nos yeux (ébahis). Plus symboliquement encore, on sent ici que Lana et Andy Wachowski ont trouvé dans le best seller qu’ils adaptent une matière à la hauteur de leurs ambitions, un film qui se voudrait total, englobant le ciel et la terre, le passé, le présent et le futur. Mégalomanes mais conscients de l’ampleur du projet, ils ont su délégué une part de la tâche à l’excellent cinéaste allemand Tom Tykwer, donnant une singularité supplémentaire à Cloud Atlas, qui n’en manquait déjà pas : celle d’une œuvre absolument personnelle signée par des personnalités extrêmement différentes.

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Une dernière danse

MUSIQUES | L'hédonisme ne consistant pas tant à rechercher le plaisir qu'à éviter le déplaisir, il n'est qu'un pessimisme mal assumé. Partant de là, difficile de s'étonner (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 13 décembre 2012

Une dernière danse

L'hédonisme ne consistant pas tant à rechercher le plaisir qu'à éviter le déplaisir, il n'est qu'un pessimisme mal assumé. Partant de là, difficile de s'étonner que, au moment où retentit le funeste galop des Quatre Cavaliers de l'Apocalypse, les événements invitant à se mettre les sens à l'envers une dernière fois se multiplient plus vite que les vans Volkswagen sur les routes menant au village de Bugarach, seul bout de Terre qui, selon une croyance New Age, sera épargné. Trois d'entre elles méritent que vous laissiez vos proches retourner à la poussière dans leur coin. Primo, celle organisée par les bookers hyperactifs d'Enover, les seuls à avoir compris que si la fin est pour le 21, c'est le 20 qu'il faut s'y résoudre. Au programme de celle-ci : Kaptain Cadillac, figure parisienne de la ghettotech (dévoiement vulgos et speedé de la techno de Detroit), et les USA Kings, les Chev Chelios de la dance music, du nom du personnage incarné par Jason Statham dans Hyper Tension (lui ne peut laisser son rythme cardiaque ralentir, chez le duo de Dallas ce sont les bpm qui semblent ne jamais devoir passer sous la barre des 200). Deuxio, la soirée donnée

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Skyfall

ECRANS | C’était à prévoir : avec Sam Mendes aux commandes, ce nouveau James Bond n’est ni efficace, ni personnel, juste élégamment ennuyeux et inutilement cérébral. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Skyfall

Rappel des faits : avec Casino Royale, la plus ancienne franchise de l’histoire du cinéma tentait un lifting radical, à la fois retour aux origines du héros et volonté de lui offrir une mise à jour réaliste. Globalement salué, notamment à cause de l’implication de Daniel Craig pour camper un James Bond badass et pourtant vulnérable, ce premier volet s’est vu immédiatement entaché par une suite catastrophique, Quantum of Solace, qui courait pathétiquement derrière les Jason Bourne de Paul Greengrass et ne produisait que du récit indigent et de l’action illisible. Le prologue de Skyfall montre que les producteurs ont bien retenu la leçon : sans être révolutionnaire, il offre une scène d’action parfaitement claire et plausible, filmée avec calme et élégance — Roger Deakins, le chef op’ des Coen, est à la photo et cela se sent. La conclusion montre une fois de plus un Bond fragile, qu’une balle pourrait bien envoyer ad patres — là encore, beau plan sous-marin qui embraye sur un générique tout de suite plus kitsch, mais c’est la l

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Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

ECRANS | Avec cette version frénétique du best-seller de Stieg Larsson, David Fincher réussit un thriller parfait, trépidant et stylisé, et poursuit son exploration d’un monde en mutation, où la civilisation de l’image numérique se heurte à celle du photogramme et du récit. Critique et retour sur le premier livre consacré à ce cinéaste majeur. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 11 janvier 2012

Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Avant de voir Millénium, il faut d’abord oublier le médiocre (télé)film suédois sorti en 2009, première adaptation du best-seller de Stieg Larsson. Ce n’est pas difficile, tant la mise en scène de David Fincher, impressionnante de fluidité et de rapidité, laisse loin derrière les laborieuses velléités illustratives de Niels Arden Oplev. Mais il faut aussi oublier le livre lui-même, et se comporter comme Fincher et son scénariste Steven Zaillan l’ont fait : doubler le plaisir feuilletonesque créé par une intrigue aux ramifications multiples d’un autre récit, purement cinématographique, qui n’aurait été qu’esquissé par l’auteur entre les lignes de son propre roman. De fait, si on a pu s’interroger un temps sur l’intérêt que Fincher portait à Millénium, et se demander s’il n’allait pas, comme à l’époque de Panic room, s’offrir un exercice de style récréatif avec cette nouvelle version, le générique (comme souvent chez lui) dissipe immédiatement les soupçons : sur une musique hardcore de Trent Reznor, Atticus Ross et Karen O., des corps noirs et liquides comme du p

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Hugo Cabret

ECRANS | Sous couvert d’un conte familial aux accents dickensiens, Martin Scorsese signe une œuvre ambitieuse et intemporelle, où il s’empare de la 3D pour redonner vie au cinéma des origines et à un de ses maîtres, Georges Méliès. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 7 décembre 2011

Hugo Cabret

Dans la première partie d’Hugo Cabret, le jeune orphelin Hugo délaisse un temps les horloges de la Gare Montparnasse pour emmener sa nouvelle amie Isabelle au cinéma. Elle n’y est jamais allée, son père — qu’elle appelle Papa Georges — vouant une haine inexplicable envers ses images en mouvement. Dans cette salle obscure où les deux gamins sont rentrés clandestinement, on diffuse Monte là-dessus, avec Harold Lloyd suspendu dans le vide se retenant aux aiguilles d’une immense pendule. Ce parallèle entre les activités d’Hugo et la fiction qu’il regarde n’est pas ce qui intéresse la mise en scène de Martin Scorsese. En effet, le cinéaste ne cherche pas la rime mais le contraste. Car si l’image du film dans le film reste obstinément dans sa 2D originelle, celle des deux enfants face à lui est en 3D, et les rayons lumineux du projecteur découpent à la perfection leurs silhouettes avant de se jeter hors de l’écran vers le spectateur, à son tour émerveillé. En quelques plans, Scorsese trace un pont fulgurant entre l’image cinématographique des débuts du XXe siècle, muette, en noir et blanc, plate mais véhiculant l’émotion naïve des films pionniers, et celle, colorée,

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Shutter Island

ECRANS | Cinéma / Avec "Shutter Island", Martin Scorsese adapte le thriller de Dennis Lehane, retrouve Leonardo Di Caprio et confirme son nouveau statut, unique à Hollywood, de cinéaste de studio personnel et audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Shutter Island

La brume se lève sur Shutter island, un matin de 1954. Un bateau s’apprête à accoster avec à son bord deux détectives, Teddy Daniels et Chuck Aule, appelés pour une enquête mystérieuse : sur cette île au large de Boston où l’on soigne des criminels atteints de déficience mentale, une des patientes, Rachel Solando, a disparu sans explication. Au fil de sa plongée dans l’univers fermé et oppressant de Shutter island, Teddy Daniels va voir ressurgir les traumas de son passé : ses années de soldat pendant la Deuxième Guerre mondiale où il participa à l’ouverture du camp de Dachau, puis la mort de sa femme et de ses enfants… Le dernier film de Martin Scorsese suit ainsi avec fidélité les méandres du roman éponyme de Dennis Lehane, et ce jusqu’à son twist final. Autant dire tout de suite que les lecteurs du bouquin en seront quitte pour l’effet de surprise ; étrangement, ceux qui ne le connaissent pas risquent aussi de deviner assez vite le pourquoi du comment tant Scorsese, cinéaste tout sauf roublard, se refuse à perdre le spectateur dans un labyrinthe de fausses pistes. De plus, cette transposition cinématographique fait surgir, par un effet de calque, ce qui était sans do

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Quantum of Solace

ECRANS | De Marc Forster (ÉU, 1h57) avec Daniel Craig, Matthieu Amalric, Judi Dench…

Christophe Chabert | Mardi 21 octobre 2008

Quantum of Solace

James Bond est de retour… Daniel Craig reprend une nouvelle fois le rôle et le film tente de prolonger le tournant sérieux et réaliste de Casino Royale. Après deux scènes d’action aussi spectaculaires qu’illisibles à l’écran, le récit démarre dans la confusion. L’idée est de mettre Bond, obsédé par une vengeance personnelle, dans une position de solitude absolue, rejeté par ses employeurs et traqué par ses ennemis. Autrement dit : en faire un Jason Bourne… Quantum of Solace prend acte du lifting décisif que Paul Greengrass a fait subir au genre, mais Marc Forster rame pour échapper à la pesanteur des codes James Bond. Le scénario, pourtant co-signé par Paul Haggis (Dans la vallée d’Elah), est à la fois minimaliste et incompréhensible dans ses implications politiques (le gouvernement américain en prend pour son grade, les dictatures sud-américaines aussi, mais le grand méchant est français, joué par un Amalric à l’étroit dans ce type de productions). Gonflé aux hormones (mâles) mais assez creux, parfois ennuyeux, Quantum of Solace est probablement un Bond de transition. Mais de transition vers quoi ? Christophe Chabert

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