Sans pitié pour le cheval : "La Route sauvage (Lean on Pete)"

Le Film de la Semaine | Cavale épique d’un gamin s’étant piqué d’affection pour un canasson promis à la fin dévolue aux carnes hippiques, cette errance passant du hara qui rit au chaos corral est menée par le prometteur Charlie Plummer, Prix Marcello-Mastroianni du meilleur jeune espoir à la Mostra.

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Photo : © Ad Vitam


Vivant seul avec un père instable, Charley, 15 ans, a su tôt se prendre en charge. À peine arrivé en Oregon, il découvre fasciné le monde hippique et est embauché par l'entraîneur grognon d'un vieux pur-sang, Lean on Pete. Quand il apprend que l'animal est menacé, Charley fugue avec lui.

Rebaptisés en débarquant en France, les films étrangers sont souvent gratifiés d'une dénomination outrepassant la pure traduction. Si la mode est aux franglaisicismes approximatifs — The Hangover (La gueule de bois) de Todd Philips se soigne en Very Bad Trip autrefois, on aimait embrouiller les spectateurs : connu comme La Cinquième Victime, While The City Sleeps (1956) de Fritz Lang pouvait difficilement être traduit par Quand la ville dort, déjà attribué à Asphalt Jungle (1950) de John Huston !

Parfois, les deux titres coexistent. Et se succèdent comme pour témoigner d'une variété de focalisations ou d'inflexions soudaines à venir. C'est le cas ici où Lean on Pete (le cheval dont le nom signifie de surcroît “Compte sur Pete”) aura un rôle de catalyseur pour Charley. Il est donc le point d'origine de La Route sauvage, laquelle renvoie implicitement à La Balade sauvage (1973) de Terrence Malick (Badlands en v.o., on s'y perd…), soit à la promesse d'un road-movie.

Selle-de-cheval-de-course-à-pied…

Comme un jeu de piste initial, le titre annonce également les différents mouvements du film, pareils aux allures d'un cheval : trot, galop puis, enfin, pas. Le parcours de Charley connaîtra bien des tumultes avant de parvenir à l'apaisement auprès d'une tante idéalisée — l'ultime vestige de sa lointaine enfance, qu'il pense retrouver grâce à Lean on Pete. Mais, on le sait, l'important est davantage le voyage que la destination. Et la somme de relais qui façonnent l'ado, bouleversant sa trajectoire : les coups de pouces favorables du destin et les anges-gardiens, et les mauvaises rencontres risquant de le faire pencher du mauvais côté, voire de lui coûter la vie.

Cavalcade initiatique dans la poussière étasunienne, entre les soirées barbecue-bière chez des bidasses désœuvrés et la promiscuité périlleuse de junkies crevant la misère entre deux sandwiches au secours catholique, La Route sauvage (Lean on Pete) n'en finit plus d'afficher le visage ravagé de l'intérieur d'un pays rouillé par le désespoir et la misère. Où les services sociaux sont fantomatiques, où la fuite solitaire est la meilleure option. À bride abattue.

La Route sauvage (Lean on Pete) de Andrew Haigh (E-U, 2h01) avec Charlie Plummer, Steve Buscemi, Chloë Sevigny…


La Route sauvage

De Andrew Haigh (ÉU, 2h01) avec Charlie Plummer, Steve Buscemi...

De Andrew Haigh (ÉU, 2h01) avec Charlie Plummer, Steve Buscemi...

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Charley Thompson a quinze ans et a appris à vivre seul avec un père inconstant. Tout juste arrivé dans l’Oregon, le garçon se trouve un petit boulot chez un entraineur de chevaux et se prend d’affection pour Lean on Pete, un pur-sang en fin de carrière. Le jour où Charley se retrouve totalement livré à lui-même, il décide de s’enfuir avec Lean on Pete, à la recherche de sa tante dont il n'a qu’un lointain souvenir. Dans l'espoir de trouver enfin un foyer, ils entament ensemble un long voyage….


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"Love & Friendship" : une délicieuse adaptation de Jane Austen

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45 ans

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45 ans

Deux excellentes idées se nichent dans 45 ans — attention, cela ne suffit pas à soutenir un film, mais permet seulement de le voir sans déplaisir et lui assure son content de résonance. La première, c’est de confier à Charlotte Rampling un rôle d’Anglaise taciturne s’apprêtant à célébrer ses 45 ans de mariage — d’où le titre. Bonne pioche : la comédienne, qui a convolé avec le public depuis peu ou prou un demi-siècle, est la distinction british incarnée ; du flegme à l’état brut serti d’un œil bleu glacier. La seconde, c’est un plan de fin d’une beauté tragique, stupéfiante et déchirante, comme une explosion muette à valeur de libération intime ; un ressort se détendant en silence après quatre-vingt-dix minutes de compression continue. Mais tout splendide qu’il soit, ce genre de conclusion façon twist conviendrait davantage à un court-métrage à chute. Andrew Haigh tire à la ligne, dilue son histoire en se reposant sur l’intensité bien commode de sa comédienne, qui habille les (nombreux) silences par sa présence douloureuse. L’Académie des Oscars l’a citée cette année pour ce rôle, la proposant pour la première fois de sa carr

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