Michel Saint-Jean : la hauteur du politique

CANNES 2018 | Avec Pawel Pawlikowski (Meilleur réalisateur pour Cold War), Stéphane Brizé et Lee Chang-dong en compétition ainsi que trois autres réalisateurs dans les sections parallèles dont Lukas Dhont, Caméra d'Or pour Girl, le distributeur et producteur Michel Saint-Jean a contribué au succès du festival de Cannes 2018. Affable mais discret, le patron de Diaphana y fait souvent résonner des voix indépendantes et engagées. Rencontre.

Vincent Raymond | Samedi 19 mai 2018

Photo : © VR


Même si rien ne vient jamais amenuiser son prestige, la rumeur prétend que son éclat s'estompe avec le temps. C'est un fait chimique : l'oxydation est la pire ennemie des César. Celui décorant discrètement le bureau de Michel Saint-Jean a de fait gagné son pesant de patine. Sans doute s'agit-il de la statuette remportée en 1999 avec La Vie rêvée des anges ; sa petite sœur conquise en 2009 pour Séraphine demeurant chez ses producteurs. Un trophée du meilleur film toutes les années en 9, comme pour célébrer chaque nouvelle décennie de sa société Diaphana fondée en 1989… Le distributeur peut toucher du bois pour 2019.

Et pourquoi pas dès 2018 grâce à En guerre, la nouvelle réussite de Stéphane Brizé ? Ce « combat pour la dignité et la justice allant au-delà de la photographie de la délocalisation », s'inscrit dans la cohérence des près de 350 films qu'il a portés sur les écrans depuis ses débuts, où l'on croise le Lucas Belvaux de la géniale Trilogie ou de La Raison du plus faible, presque tout Robert Guédiguian, les Dardenne, Ken Loach ou Manuel Poirier.

J'ai envie de parler des gens dont il est nécessaire de parler. Même si j'ai une vie complètement bourgeoise, j'ai vécu mes vingt premières années dans des HLM. Mon père était ouvrier et ma mère ne bossait pas. Je sais d'où je viens.

Pour autant, Michel Saint-Jean ne revendique pas une ligne éditoriale à l'inflexibilité d'airain : « j'adore tous les cinémas ! » Un rapide survol de sa filmographie le confirme : n'a-t-il pas sorti Braindead (1992) du Peter Jackson période gore ; n'a-t-il pas accompagné l'émergence d'un nouveau cinéma d'animation en important Wallace & Gromit, puis en distribuant Les Triplettes de Belleville ou Persepolis ?

Saint-Étienne, Saint-François, Saint-Jean

Sa vocation naît grâce à la plus traditionnelle des animations, lors d'une séance de Dumbo l'éléphant volant au cinéma L'Anabel de Saint-Étienne ; il a alors 10 ou 11 ans.

Je me revois dans le long couloir menant à la sortie, ma mère me demandant si ça m'avait plu. Quand je lui ai répondu que je voulais en faire mon métier, elle avait beaucoup ri en me disant que je n'étais pas un éléphant ! En fait, j'avais tellement été enthousiasmé par le film et par l'émotion qu'il m'avait apporté que je voulais la ressentir toute ma vie.

Le jeune Michel se met alors à dévorer du film. Étudiant, il devient un fidèle des Rencontres Internationales de Saint-Étienne : « il y avait jusqu'à 300 films projetés, des avant-premières, des rencontres avec Truffaut ou Mastroianni… En huit jours, je voyais près de 50 films. » Son assiduité lui vaut d'être remarqué par la créatrice de l'événement, la distributrice et productrice Nella Banfi. Et le convainc que le meilleur moyen d'assouvir sa passion, c'est de travailler dans un cinéma.

Il propose donc ses services au France (l'actuel Méliès Saint-François) et démarre au bas de l'échelle : caissier, homme de ménage, il passe son CAP de projectionniste — « on projetait encore des copies flamme à l'époque » — et finit par diriger la salle. C'est alors que le service national se lasse de ses demandes de reports d'incorporation. Pour cet antimilitariste convaincu, hors de question d'être troufion. L'assouplissement du régime des objecteurs de conscience l'autorise heureusement à effectuer son service civil au sein d'une association. Pourquoi ne pas tenter sa chance à l'Institut Lumière à Lyon ? « Bernard Chardère a eu la gentillesse de m'accueillir et cela a été 15 mois magnifiques parce que j'ai consolidé ma cinéphilie, j'ai rencontré des gens extraordinaires comme Raymond Chirat ou Barthélémy Amengual… » Michel sympathise aussi avec un jeune bénévole de son âge, un certain Thierry Frémaux, futur patron de l'Institut et délégué général de la Croisette. Tous deux n'ont jamais coupé les ponts :

Aujourd'hui encore, on s'envoie des textos d'insultes à chaque derby », rigole-t-il.

Ces Mozart qu'il accompagne

Rendu à la vie civile, Michel Saint-Jean est plus que jamais résolu à persévérer dans la profession. Mais il veut aller plus en amont, à la source créative. L'IDHEC, ancêtre de la FEMIS, ne lui a pas ouvert ses portes ? Qu'à cela ne tienne : il multiplie les CV et contacte Nella Banfi qui se souvient du cinéphile stéphanois. Elle l'invite à gagner Paris et l'embauche comme responsable de programmation. Sa première mission : distribuer l'intégrale Nanni Moretti — difficile de faire mieux. Il découvre un métier dont la spécificité le fascine encore : « on est là pour accompagner le film, le mettre en valeur, faire en sorte qu'il rencontre un public le plus large possible. » Un métier dont il mesure, également, la position centrale mais ambiguë, prise en étau entre l'exploitation (les salles) et la production : « ils sont beaucoup plus nombreux et structurés que nous qui sommes des rêveurs, des saltimbanques… »

Tout saltimbanque qu'il se proclame, le jeune homme va rapidement prendre son autonomie en créant sa propre société, Diaphana — la beauté du mot et l'idée de la transparence ayant présidé au choix du nom. Les débuts sont portés par de nombreux succès étrangers, signés notamment Ken Loach (Riff-Raff, Raining Stones, Land and Freedom…) ou Mark Herman (Les Virtuoses). Quand en 1997, deux auteurs “maison“, Guédiguian et Poirier, sont adoubés à Cannes pour Marius et Jeannette et Western, le bénéfice en terme de visibilité est considérable.

D'autres jeunes cinéastes émergent dans la foulée, faisant des razzias à tous les palmarès : Sólveig Anspach (Hauts les cœurs !), Dominik Moll (Harry un ami qui vous veut du bien), Edward Yang (Yi Yi), Pierre Schoeller (L'Exercice de l'État)… Bientôt trente ans d'activité marqués par deux Palmes (L'Enfant et Le Vent se lève), des fidélités à la pelle et la douleur de la rupture quand Loach, après une dizaine de films, accepte une offre de Why Not : « Je n'ai pas d'amertume, personne n'appartient à personne, mais ses derniers films, je ne peux pas les voir, c'est trop dur. On se parle toujours, hein. »

Michel Saint-Jean a dû s'investir dans la production — une nécessité vitale pour un indépendant : plus tôt il s'engage sur un film (en l'occurrence, dès l'écriture), meilleures sont ses chances d'en acquérir les droits. C'est ainsi qu'il peut soutenir de nouvelles signatures en misant parfois gros. Dithyrambique sur son précieux poulain Xavier Dolan — « ce type a 26 ans, il a fait 7 films, c'est Mozart » — à qui il promet le meilleur, soutien sans faille de Safy Nebbou, il accompagne aussi Lukas Dhont dont Girl est une sensation d'Un certain regard :

« S'il me demande de faire ses cinq prochains films, sans savoir ce que c'est, je signe tout de suite ; s'il veut 400 millions, je me démerde, je les aurai.

Diaphana a par le passé connu un petit trou d'air, comme tout le monde dans ce milieu fait de risques et d'incertitudes. « Mais on a retourné le truc. En plus de 300 films, je n'ai jamais planté quiconque, il n'y a pas un seul technicien à qui on doit de l'argent. C'est parce que j'ai été bien éduqué. » On n'oublie jamais ses vertes années…

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Embrasse-moi idiot : "Matthias & Maxime"

Drame | À la suite d’un pari perdu, deux amis d’enfance (Matthias et Maxime) doivent s’embrasser devant une caméra. La situation les perturbe profondément et affecte leur relation, d’autant plus tendue que Maxime va partir deux ans en Australie. Ce baiser aurait-il révélé une vérité enfouie ?

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Embrasse-moi idiot :

Débarrassons-nous tout de suite des tics dolanniens qui, à l’instar d’excipients dans une recette, font du volume autour du “principe actif“ ; en l’occurrence, le cœur palpitant et original du film. Oui, on retrouve un portrait vitriolé de la génération parentale, en particulier des mères — les pères étant globalement absents. La génitrice du personnage de Maxime joué par Dolan apparaît comme de juste dysfonctionnelle, excessive (et droguée, violente, sous tutelle pour faire bonne mesure). Autre constante, la B.O. ressemble encore au juke box personnel du cinéaste, les aplats de musiques se révélant bien commodes pour faire des ponts entre séquences. Sorti de cela, Matthias & Maxime se situe dans un registre moins exalté qu’à l’ordinaire : la trentaine approchant, la rébellion s’amenuise et certaines paix intimes se conquièrent. Ce qui ne signifie pas que le film soit un robinet d’eau tiède : les tensions et les passions qu’il abrite y sont intériorisées (principalement par le personnage de Matthias), explosent par moment, mais sans extraversion carnavalesque.

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Matthias & Maxime (& Xavier)

Avant-Première | Même si officiellement le Festival Lumière ne débute que le lendemain, certains invités devancent l’appel et en profitent pour venir présenter leur film en (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Matthias & Maxime (& Xavier)

Même si officiellement le Festival Lumière ne débute que le lendemain, certains invités devancent l’appel et en profitent pour venir présenter leur film en avant-première. C’est le cas de Xavier Dolan, auteur et interprète de Matthias & Maxime, qui va écumer les salles pour accompagner son dernier-né, lequel faisait partie de la compétition cannoise ce printemps. Comme vous aurez sans doute plein d’autres films à voir le 16 octobre lors de sa venue au festival, prenez de l’avance ! Matthias & Maxime Au Lumière Terreaux​ le vendredi 11 octobre à 18h & 18h15, au Pathé Bellecour à 19h, à l’UGC Ciné-Cité Confluence à 19h45 et au Comœdia à 20h30

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À la Bibliothèque de la Part-Dieu, haut les filles !

Culture Rock | Parmi les événements placés en annexe de son exposition consacré à l'âge d'or du rock lyonnais, la BmL invite Sophie Rosemont à venir présenter son livre Girls rock, indispensable piqûre de rappel sur l'importance (quantitative et qualitative) des femmes dans l'Histoire du rock.

Stéphane Duchêne | Mardi 4 juin 2019

À la Bibliothèque de la Part-Dieu, haut les filles !

À l'exception de la regrettée Marie (et de ses Garçons), on ne compte guère de femmes à l'exposition Lyon capitale du rock proposée actuellement par la Bibliothèque municipale de Lyon. Est-ce à dire que le rock est exclusivement une affaire d'hommes ? Qu'à l'époque en tout cas, il l'était ? L'Histoire, essentiellement racontée par les (mâles) dominants tendrait à le prouver. Sauf qu'il ne faut pas gratter longtemps la surface de cette Histoire écrite au masculin pour que tombe l'évidence : les femmes et le rock c'est une histoire aussi vieille que le rock lui-même. Aussi loin que les premières notes de Rosetta Tharpe et Trixie Smith, pionnières (bien plus qu'on ne le sait) amazones de ce genre musical genré. C'est ce que tend non pas à démontrer – il n'y a pas lieu de le faire – mais à simplement montrer, décrire, raconter, la critique Sophie Rosemont (Rolling Stones, Les Inrocks, France Culture). Un travail de fourmi qui aurait pu donner lieu à un épais dictionnaire (les

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Juste après la fin du monde : " Ma vie avec John F. Donovan"

ECRANS | De Xavier Dolan (Can, 2h03) avec Kit Harington, Jacob Tremblay, Susan Sarandon…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Juste après la fin du monde :

Jeune acteur dans le vent, Rupert Turner raconte à une journaliste pète-sec dans quelles circonstances il entretint enfant une correspondance épistolaire avec John F. Donovan, un autre comédien à l’existence torturée, et comment cet échange influa sur leurs destinées… Un petit saut de l’autre côté de la frontière et voici donc enfin (pour lui) Xavier Dolan aux manettes d’un film étasunien. Mais, outre la langue et donc les interprètes la pratiquant, point de métamorphose dans son cosmos : la structure nucléaire basique de son cinéma reste inchangée (une relation fusion/répulsion entre un fils et sa mère renforcée par l’absence du père, le sentiment teinté de culpabilité de se découvrir habité par des pulsions différentes de la “norme hétéro“, de la musique pop forte plaquée sur des ralentis, des éclats de voix…). Certes, le maniérisme formel est (un peu) mis en sourdine au profit de l’histoire — elle mérite toute l’attention de l’auteur, puisqu’il s’agit d’un enchâssement de récits —, mais il demeure quelques facilités consternantes empesant inut

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Rideau de fer et voix de velours : "Cold War"

Jazzy | de Paweł Pawlikowski (Pol-G-B-Fr, 1h27) avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Agata Kulesza…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Rideau de fer et voix de velours :

Années 1950. Compositeur, Wictor sillonne la Pologne rurale pour glaner des mélodies populaires et trouver des voix. Bouleversé par celle de Zula, il fait de cette jeune interprète sa muse et sa compagne. Leur romance connaîtra des hauts des bas, d’un côté puis de l’autre du rideau de fer. Pawlikowski, ou la marque des origines. Est-ce un hasard si Cold War, ayant pour décor la Pologne d’après-guerre et d’avant sa naissance comme son film précédant Ida (2013), présente également la même radicalité formelle, la même rigueur quadrangulaire, le même noir et blanc ? Consciemment ou non, Pawlikowski renvoie ce faisant de ce pays au système intransigeant un visage âpre, et reproduit dans le même temps les procédés du cinéma des origines — en lui donnant toutefois la parole, même s’il l’économise. Son “année zéro“ intime devient un peu celle de la Pologne, voire celle du cinéma. Encore davantage ici, où l’histoire de Wictor et Zula s’inspire (on ne sait à quel degré) de celle de ses parents. Mais la rigueur formelle

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Lara au bal du diable : ""Girl"

Camera d'Or | Le portrait plein de vie d’une adolescente née garçon luttant pour son identité sexuelle et pressée de devenir femme. Une impatience passionnée se fracassant contre la bêtise à visage de réalité, filmée avec tact et transcendée par l’interprétation de l’étonnant·e Victor Polster.

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Lara au bal du diable :

Jeune ballerine de quinze ans, Lara se bat pour rester dans la prestigieuse école de danse où elle vient d’être admise, mais aussi pour accélérer sa transition de garçon en fille. La compréhension bienveillante de ses proches ne peut hélas en empêcher d’autres d’être blessants. Jusqu’au drame. Girl pose sur des sujets divers un regard neuf, lesquels sont loin de l’être : la danse comme école de souffrance et de vie (on se souvient de la claque Black Swan), la difficulté de mener une transition de genre (voir Transamerica), la vie d’un parent isolé élevant deux enfants. Des thèmes rebattus mais qui, par coagulation et surtout grâce à une approche déconcertante, c’est-à-dire bannissant les situations attendues, trouvent une perspective nouvelle. Ainsi, la question de l’acceptation par la famille du choix intime de la jeune Lara ne se pose même pas ; au contraire bénéficie-t-elle ici d’un accompagnement solide et complice. Quant aux professeurs de danse, ils n’ont rien des tyrans ordinaires martyrisant les

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De l’amour, de la lutte, de la danse

Avant-Premières | Attention, embouteillage d’avant-premières à prévoir dans toutes les salles lyonnaises ! Rien de très étonnant, en vérité : le mois d’octobre étant surchargé de (...)

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

De l’amour, de la lutte, de la danse

Attention, embouteillage d’avant-premières à prévoir dans toutes les salles lyonnaises ! Rien de très étonnant, en vérité : le mois d’octobre étant surchargé de sorties, les films tentent fort logiquement d’exister auprès des spectateurs le plus en amont possible… Voilà pourquoi chaque cinéma multiplie les soirées exceptionnelles en présence d’équipes. Ainsi, après sa semaine de la comédie, l’UGC Confluence fait place aux sentiments en recevant Cédric Anger, le réalisateur du polar dans le milieux du X des années 1980 L’Amour est une fête (vendredi 14 septembre à 20h) puis Michel Blanc et William Lebghil pour Voyez comme on danse (lundi 17 à 20h), suite de Embrassez qui vous voudrez. Au Cinéma Lumière Terreaux, Debra Granik accompagnera Leave no trace (mercredi 12 à 21h) tandis que Guillaume Senez viendra avec Romain Duris pour Nos batailles (mercredi 19 à 19h30) — deux films qui figuraient dans les sections parallèles du dernier festival de Cannes.

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Lee Chang-dong : « je voulais raconter la colère qui se forme chez les jeunes d’aujourd’hui »

Burning | Invité à ouvrir la saison de la Cinémathèque Française (qui lui consacre une rétrospective), le cinéaste coréen y a présenté l’avant-première post-cannoise de son nouveau film, "Burning", adapté de Murakami et Faulkner. Conversation privée avec l’auteur de "Peppermint Candy".

Vincent Raymond | Mardi 28 août 2018

Lee Chang-dong : « je voulais raconter la colère qui se forme chez les jeunes d’aujourd’hui »

Burning usant volontiers d’une forme métaphorique, comment interpréter votre choix de faire de votre héros Jongsu un écrivain ayant du mal à écrire, sachant que justement vous avez débuté comme écrivain ? Lee Chang-dong : Effectivement, Jongsu représente un aspirant écrivain, et je voulais montrer un caractère inhérent de ces jeunes gens, au moment où ils se posent beaucoup de questions sur ce qu’ils doivent absolument écrire. J’ai été écrivain. Il y a même un moment où je voulais écrire un roman : après avoir démissionné de mes fonctions ministérielles. Mais autour de moi, les gens étaient furieux, et me disaient de recommencer à faire des films. Alors j’ai abandonné. À présent, je suis un vieux cinéaste (sourire), mais dans mon for intérieur, je pense ne pas avoir trop changé. À chaque fois, je me demande comme un débutant quel film réaliser ; comment dialoguer avec les spectateurs… Cela traduit mes limites et mes faiblesses. Et c’est la raison pour laquelle j’ai

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Déclare ta flamme ! : "Burning"

Drame | de Lee Chang-Dong (Cor. du S., 2h28) avec Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jeon Jong-seo…

Vincent Raymond | Lundi 20 août 2018

Déclare ta flamme ! :

Jong-soo accepte de nourrir le chat d’Hae-mi, une amie d’enfance, pendant son voyage à l’étranger. Lorsqu’elle revient, elle est flanquée de l’étrange et fortuné Ben, dont elle semble éprise. Double problème : Jong-soo est épris d’elle et Ben révèle des penchants tordus… « Qui entre pape au conclave, ressort évêque ». Sur la Croisette, la sentence vaut également pour les films adulés par la rumeur — découlant d’un phénomène d’autosuggestion massive lié à la promiscuité et à la surexcitation cannoises… ou à l’habileté des publicitaires. À l’issue de la proclamation du palmarès, leur palme putative envolée, des œuvres entament leur vie en salle auréolées d’une vapeur d’échec ou d’une réputation de victime biaisant leur découverte. Burning aura donc été invisible aux yeux du jury. Singulière mise en abyme pour ce film où la suggestion de présence, l’absence et la disparition physique ont une importance considérable. Ainsi Jong-soo — écrivain en devenir à la production virtuelle, vivant dans une ferme fantôme à portée d'oreilles de la Corée du Nord

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La Loi n’a pas dû marcher : "En guerre"

On ne Loach rien ! | « Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Brecht en préambule, et dans la foulée de La Loi du marché, Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition à Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

La Loi n’a pas dû marcher :

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est sensé ignorer La Loi du marché (2015), pénultième réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le vulgum pecus à crever de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement, révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité.

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Des femmes initiatrices d'un monde nouveau

Art Rebelle | Loin de nous, à Cuba, Lima ou Bogota, des femmes ne cessent de faire des pas vers une société plus juste. Et pour cela, Núria Güell, Nadias Granados, Ana Mendieta, Tania Bruguera et Daniela Ortiz rapprochent l'art de problématiques concrètes (politiques, sociales) avec des œuvres, actes ou performances qui interrogent le rôle de l'artiste femme dans la société civile.

Sarah Fouassier | Mardi 20 février 2018

Des femmes initiatrices d'un monde nouveau

L'engagement comme œuvre d'art Toutes se mettent d'une façon particulière en danger, à l'instar de Núria Güell, artiste espagnole qui questionne les limites et l'éthique même de son engagement par l'organisation d'un concours de lettres d'amour à Cuba, où le gagnant, choisi par un jury composé de prostituées, se verra octroyer le droit de se marier et par extension obtenir la nationalité espagnole. Ainsi, elle inverse subtilement le rapport de domination de l'homme sur la femme, tout en perpétuant l'hégémonie européenne sur les pays du Sud, comme le dénonce la Péruvienne Daniela Ortiz dans un abécédaire aux images d'Épinal retraçant l'histoire colonialiste et raciste de l'Europe. Au-delà du sujet de l'engagement de l'artiste, il s'agit d'interpeller sur le sens et la forme même d'une œuvre. En quoi l'acte de Núria Güell est-il relatif à l'art ? Idem pour Tania Bruguera, performeuse cubaine à l'initiative d'un mouvement international promouvant l'action positive des migrants dans l'avancée de la société (Immigrant Movement). Usage des st

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Girls in Hawaii : vers les lueurs

Pop | Après quatre ans d'absence et un album, sublime, consacré à la douleur de la perte d'un de ses membres, le groupe belge Girls in Hawaïï renaît une fois de plus à lui même et retrouve la lumière en se tournant vers l'électronique et un rien d'abstraction.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 décembre 2017

Girls in Hawaii : vers les lueurs

La dernière fois qu'on avait eu affaire à Girls in Hawaii, ceux-ci nous avait livré un album de deuil, celui du batteur du groupe et frère du chanteur, Denis Wielemans. À voir débarquer ce Nocturne on se dit, sur la foi de son titre, qu'il s'agit ici d'en prendre la suite. Surtout quand sur l'élégiaque ouverture du disque This Light, le groupe répète « Keep your distance from this light », celle qu'on verrait, blanche, au bout du dernier tunnel. Et pourtant un autre genre de lumière vient rapidement contredire ce titre et celui d'un album plein de couleurs. Le même genre de lumière que celle de l'étoile filante qui éclaire la nuit sur la peinture naïve (une toile du peintre britannique Tom Hammick) qui orne la pochette du disque. À moins qu'il ne s'agisse, suivant l'interprétation qu'on en fait, d'un volcan en éruption. Dans les deux cas, une manière brute et poétique d'éclairer la nuit, de l'embraser, et peut-même de l'embrasser, d'en accepter l'augure. De se livrer à une métamorphose aussi, d'accomplir un souhait comme on en fait au passage d'une étoile filante, d'entrer

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Ultra léché

Théâtre | Photographe, Cédric Roulliat a fait les beaux jours et les belles Unes, durant trois ans, de notre confrère préféré, le journal gay mais pas que... Hétéroclite, (...)

Nadja Pobel | Mardi 26 septembre 2017

Ultra léché

Photographe, Cédric Roulliat a fait les beaux jours et les belles Unes, durant trois ans, de notre confrère préféré, le journal gay mais pas que... Hétéroclite, avec ses clichés calibrés de femmes plus fantasmées qu'érotisées. Cette esthétique est la base même de son premier travail de mise en scène, Ultragirl contre Schopenhauer créé en février dernier à l'Élysée et repris au même endroit jusqu'au 29 septembre. Dans les années 80 à Lyon, une traductrice (Sahra Daugreilh) s'affaire à nous rendre intelligibles des comics. Et de se prendre elle-même pour l'une de ses héroïnes à travers son double fictif (Laure Giappiconi)... Alambiquée, filant à toute allure sans que tout ne soit vraiment compréhensible, cette fable est constamment séduisante par sa vitalité et son ambition affirmée de soigner à la fois le jeu, mais aussi ce qui est souvent annexe dans les petites productions : le décor et les costumes. Cette politesse permet à l'intrigue de progresser malgré un name-dropping presque éreintant quoique drôle. Dans le rôle masculin, David Bescond, tantôt réparateur vind

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Sorcières bien aimées

Riot Girls | La deuxième soirée du collectif lyonnais Dynastits, dédié aux artistes féminines, se tient le vendredi 20 janvier au Sonic. Après une première party sur le thème des (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 17 janvier 2017

Sorcières bien aimées

La deuxième soirée du collectif lyonnais Dynastits, dédié aux artistes féminines, se tient le vendredi 20 janvier au Sonic. Après une première party sur le thème des femmes vénales (où brushing Dallas et bagouses bling-bling étaient de mise), celle-ci convie les sorcières, magiciennes et cartomanciennes de tous styles. Coïncidence, avec le retour de la série Charmed (un préquel est en production) ? Nous ne croyons pas. Au programme : le rock cosmique des Death Valley Girls, des Californiennes possédées qui brûlent à vif sur scène les fantômes de leur garage hanté. Et Tombouctou, des Lyonnais vaudou aux expérimentations sous tension. Mais aussi un blind-test de l’enfer animé par Nina et Fifi du Calvaire et des DJs sets concoctés par Calavera, Ramona Tornado et Old but Gold. Et bien sûr, vos tenues les plus ensorcelantes (dress code oblige...). C’est à 20h30 et ça coûte 8€ (3€ après minuit) mais l’on vous conseille d’arriver tôt : la crypte était complète pour la première édition.

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Aux Célestins, place au burlesque

Réveillon | Si la plupart des théâtres, comme chaque année, ferment le soir du 31 décembre, l'Iris (avec le clown loufoque Philippe Goudard), l'Instant T., le Fou et le (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 décembre 2016

Aux Célestins, place au burlesque

Si la plupart des théâtres, comme chaque année, ferment le soir du 31 décembre, l'Iris (avec le clown loufoque Philippe Goudard), l'Instant T., le Fou et le Carré 30 partagent ce changement d'année avec leurs spectateurs à l'instar de tous les cafés-théâtres. Seule grande salle à assurer le service le jour J : les Célestins qui, cette saison, programment deux spectacles au lieu d'un. Pas sûr que l'on y gagne au change après la très réjouissante Carmen de Turak ou encore le Theatro Delusio des Flöz. Au menu des petits ce 31 : le très classique et déjà vu Circus incognitus de Jamie Adkins, une suite de numéros très simples quoiqu'évidemment techniques (jonglage, équilibre sur un fil, entre deux échelles...), acces

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"Une vie" Brizé

Le Film de la Semaine | Une ingénue sort du couvent pour se marier et mener une existence emplie de trahisons et de désenchantements. Maupassant inspire Stéphane Brizé pour un récit ascétique situé dans un XIXe siècle étrangement réaliste, et habité jusqu’à la moelle par Judith Chemla.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

« Plutôt que de tourner “l'adaptation” d’Une vie, Stéphane donnait l’impression de vouloir réaliser un documentaire sur les gens qui avaient inspiré Maupassant ; de faire comme si l’on avait la chance de retrouver des images d’époque, certes un peu différentes du livre : Maupassant ayant pris des libertés et un peu romancé ! » Jean-Pierre Darroussin, qui incarne le père de Jeanne — un hobereau quasi sosie de Schubert —, a tout dit lorsqu’il évoque sa compréhension du projet artistique, voire du postulat philosophique de Stéphane Brizé. Il y a en effet dans la démarche du réalisateur une éthique de vérité surpassant le classique désir de se conformer à la véracité historique pour éviter l’anachronisme ballot. Nulle posture, mais une exigence participant du conditionnement général de son équipe : plutôt que de mettre en scène le jeu de comédiens dans l’ornière de la restitution de sentiments millimétrés, Brizé leur fait intérioriser à l’extrême le contexte. Ils éprouvent ainsi le froid ambiant sans recourir à un vêtement contemporain pour s’en prémunir, ou s’éclairent à une lumière exclusivement dispensée par des bougie

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Stéphane Brizé : « J’ai eu l’impression d’avoir l’outil à la forme de ma main »

3 questions à... | Tout juste quinquagénaire, le cinéaste affiche la satisfaction d’un artisan ayant achevé son Tour de France et son chef-d’œuvre. Une vie, à nouveau, est un grand film.

Vincent Raymond | Mercredi 23 novembre 2016

Stéphane Brizé : « J’ai eu l’impression d’avoir l’outil à la forme de ma main »

Jeanne est un personnage d’une pure intégrité, c’est ce qui fait son malheur ? Stéphane Brizé : Jeanne reste très fidèle au regard qu’elle avait sur le monde à vingt ou quinze ans ; ce qui en fait un être d’une grande pureté. Cet endroit du beau est en même temps celui du tragique : il faut parfois être capable de trahir son regard pour ne pas souffrir. Lorsque la bonne lui dit « vous voyez, la vie c’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit », cette simple phrase dite par une petite paysanne — une phrase sublime, de très haute philosophie — lui fait accéder à la nuance après trente ans de souffrance. Comme si deux nuages s’écartaient pour laisser apparaître cette vérité. Je crois que j’ai voulu faire ce film pour accéder à cette nuance-là. En permettant à Jeanne d’y accéder, j’évite la désillusion, très douloureuse. Quand on est petit, on est doté d’une certaine forme d’idéalisme, ensuite on accède à la réalité et à la duplicité de l’Homme — et c’est une grande violence de voir la pureté qui s’éloigne. Après, on acquiert des outils de défense, il faut essayer de ne pas basculer dans le cynisme, trouver le juste milieu. Jeanne ne sait

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Xavier Dolan : « Je ne pouvais pas imaginer de personnages plus prometteurs »

3 questions à | Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

Xavier Dolan : « Je ne pouvais pas imaginer de personnages plus prometteurs »

Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers ou en en attendant un autre. Les choses se prolongeaient sur la préparation de The Death and Live of John F. Donovan et moi, j’avais besoin de tourner, de raconter une histoire. Quels rapports aviez-vous avec cette pièce de Lagarce et de manière plus générale, avec son théâtre ? X. D. : Un rapport un peu ignare. Je n’ai pas lu toute son œuvre et je n’ai jamais vu ses pièces jouées sur scène. Anne Dorval un jour m’a parlé d’une pièce que je devais absolument lire, qui lui avait été donnée de jouer, absolument inoubliable, « faite sur mesure pour moi » selon ses mots. J’ai commencé à lire la pièce et je n’ai pas été convaincu de ressentir le choc qu’elle m’avait promis. Je l’ai rangée dans la bibliothèque. Après Lawrence Anyways,

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Gaspard Ulliel : « La parole sert de fuite, tout est dans le non-dit »

Juste la fin du monde | Acteur discret et intérieur, Gaspard Ulliel incarne Louis, le pivot de Juste la fin du monde. Xavier Dolan et lui reviennent sur la genèse de ce film, ainsi que leur rapport à l’écriture de l’auteur, Jean-Luc Lagarce…

Vincent Raymond | Dimanche 18 septembre 2016

Gaspard Ulliel : « La parole sert de fuite, tout est dans le non-dit »

Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers ou en en attendant un autre. Les choses se prolongeaient sur la préparation de The Death and Live of John F. Donovan et moi, j’avais besoin de tourner, de raconter une histoire. Si on m’avait appelé pour me dire « on peut faire Donovan tout suite », j’aurais dit « trop tard, c’est celui-ci que je fais. » Quels rapports aviez-vous avec cette pièce de Lagarce et de manière plus générale, avec son théâtre ? X. D. : Un rapport un peu ignare. Je n’ai pas lu toute son œuvre et je n’ai jamais vu ses pièces jouées sur scène. Anne Dorval un jour m’a parlé d’une pièce que je devais absolument lire, qui lui avait été donnée de jouer, absolument inoubliable, « faite sur mesure pour moi » selon ses mots. J’ai ramené chez moi son grand cahier — son texte de théâtre, en fait — avec ses annotations en marge, les déplacements... J’ai commencé à lire la pièce et je n’ai pas été co

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Voilà l'été : un jour, une sortie #5

Saison Estivale | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

La rédaction | Mercredi 3 août 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #5

29 / Mercredi 3 août : cinéma La Chanson de l’éléphant L’appétence de Xavier Dolan pour les rôles de jeunes hommes détraqués ayant un problème avec leur môman et, accessoirement, une orientation homosexuelle, risque de l’enfermer dans un carcan dont il aura le plus grand mal à s’extraire lorsque la puberté aura achevé de le travailler. (lire la suite de l'article) 30 / Jeudi 4 août : art martial & danse Initiation à la capoeira Vous apprêtant à décoller pour assister aux JO de Rio, on ne saurait trop vous conseiller de tenter l'initiation à la capoeira, cette technique de combat dansée qui pourrait bien vous servir si vous vous égarez un soir dans quelque favela. Dans le pire des cas, si vous n'allez pas au Brésil, vous pourrez toujours faire l'intéressant pendant que cuisent les saucisses du barbecue familial, en prenant bien soin de ne pas vous bloquer le dos ou de renverser la sangr

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"La Chanson de l’éléphant" : les mimiques exagérées de Xavier Dolan

ECRANS | Un film de Charles Binamé (Can, 1h50) avec Bruce Greenwood, Xavier Dolan, Catherine Keener…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

L’appétence de Xavier Dolan pour les rôles de jeunes hommes détraqués ayant un problème avec leur môman et, accessoirement, une orientation homosexuelle, risque de l’enfermer dans un carcan dont il aura le plus grand mal à s’extraire lorsque la puberté aura achevé de le travailler. S’il s’agissait de montrer l’étendue de ses capacités de comédien, la prestation qu’il a livrée à Cannes en recevant son Grand Prix en mai dernier laissait déjà planer de sérieux doutes. A-t-il voulu camper (en anglais) un résident d’hôpital psychiatrique jouant au chat et à la souris avec le directeur de l’établissement par amour pour la pièce originale, pour en remontrer à ses confrères anglo-saxons, pour s’accorder une ultime chance ou bien par pur masochisme ? Quel que soit le mobile, ses mimiques exagérées de Norman Bates canadien valorisent le jeu retenu de ses partenaires — en particulier l’excellent Bruce Greenwood.

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Little go girls

ECRANS | de Éliane de Latour (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Little go girls

On ne pourra jamais reprocher à Éliane de Latour de manquer d’engagement ou d’honnêteté dans ses projets documentaires. Little go girls montre comment, parce qu’elle s’est intéressée au sort de ces prostituées ivoiriennes, les suivant et les accompagnant, elle leur a permis de sortir de la rue et du tapin. Une aventure exemplaire, dont le rendu manque hélas épouvantablement de vie. L’exposition photographique par laquelle tout a débuté devait en concentrer davantage que ce film asthénique. VR

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The Danish Girl

ECRANS | De Tom Hooper (GB, 2h) Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

The Danish Girl

Cela va finir par se voir : certains réalisateurs et comédiens n’aspirent qu’à garnir leur cheminée de trophées. Peu leur importe le film, du moment qu’il satisfait à quelques critères d’éligibilité : biopic avec sujet concernant, pathos et performance d’interprète bien apparente. Sa sinistre parenthèse Les Misérables refermée, Tom Hooper renoue donc avec le portrait académique en jetant son dévolu sur Einar Wegener, peintre danois(e) entré(e) dans l’Histoire pour avoir fait l’objet d’une opération de réattribution sexuelle. Mais Hooper, léger comme un bison scandinave, tangue entre clichés niais et ellipses hypocrites — ah, la ridicule propension à occulter les aspects biographiques trop abrupts ! Il ne suffit pas de costumer un acteur aux traits androgynes pour créer un personnage authentique, ni de lui demander d’exécuter des poses délicates et des grimaces pleines de dents comme Jessica Chastain pour figurer le trouble ou l’émoi. L’inspiration et l’originalité du Discours d’un roi semblent, décidément, taries… VR

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Le Lyon Antifa Fest hausse le ton

MUSIQUES | Où l'on apprend que les antifascistes ont meilleur goût musical que les communistes. Ce qui ne veut pas dire grand chose, il est vrai. Disons qu'on (...)

Benjamin Mialot | Mardi 8 décembre 2015

Le Lyon Antifa Fest hausse le ton

Où l'on apprend que les antifascistes ont meilleur goût musical que les communistes. Ce qui ne veut pas dire grand chose, il est vrai. Disons qu'on est plus Festival contre les discriminations, puisque c'est de cela qu'il s'agit, que Fête de l'Humanité. Question de combativité sans doute, exprimée dans un programme où le meilleur du hip-hop révolté d'hier et d'aujourd'hui côtoie une certaine idée du rock ouvert d'esprit – et à cet égard bien plus politique que la plupart de ceux déposés dans nos boîtes aux lettres récemment. Vendredi 11 décembre au CCO se produiront ainsi la Scred Connexion, quatuor francilien dont le rap feelgood et chiadé défend les valeurs du fonctionnement en collectif depuis le mitan des années 90 (soit bien avant qu'il ne devienne une nécessité), et Casey, MC hantée par le spectre colonial dont le flow, mu par une sombre et implacable colère, a un temps résonné dans la Zone Libre délimitée par Serge Teyssot-Gay. Le lendemain, au même endroit, place aux influents Burning Heads qui, toutes proportions gardées, furent au punk d'ici ce que The Clash fut à celui d'Outre-Manche, prédisposition aux rythmes et

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En août, les filles prennent le pouvoir au Sucre

MUSIQUES | Au Sucre, le vendredi, c'est frenchy (XIII de France, panorama de la musique électronique bien de chez nous), le samedi, c'est (...)

Benjamin Mialot | Mardi 28 juillet 2015

En août, les filles prennent le pouvoir au Sucre

Au Sucre, le vendredi, c'est frenchy (XIII de France, panorama de la musique électronique bien de chez nous), le samedi, c'est blacky (Black Summer, cycle mettant au jour les racines africaines des musiques à danser contemporaines)... Et le jeudi ? Le jeudi, c'est désormais girly avec les soirées Girls on Top qui, non contentes de mettre à l'honneur des selectas d'un autre genre, furent-elles d'ici (la vénéneuse P.I.L.A.R., les piles électriques du crew Too Girly DJ's) ou d'ailleurs (la Londonienne Moxie, qui pourra bientôt prendre la double nationalité vue la régularité de ses venues), sont gratuites.

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Stéphane Brizé : «Un film d’indignation et de colère»

ECRANS | Méthode Stéphane Brizé : «J’avais un scénario écrit avec des dialogues, mais aux acteurs, je ne donnais à chacun que les infos qu’ils devaient savoir. Par (...)

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

Stéphane Brizé : «Un film d’indignation et de colère»

Méthode Stéphane Brizé : «J’avais un scénario écrit avec des dialogues, mais aux acteurs, je ne donnais à chacun que les infos qu’ils devaient savoir. Par exemple, à Pôle Emploi, j’avais donné à Vincent le nombre de mois depuis lesquels il était au chômage, combien il gagnait, les stages qu’il avait fait, combien il touchera avec l’ASS. Et le type en face de lui, c’est comme quand il reçoit un vrai demandeur d’emploi : il a les mêmes infos. Ils savent l’enjeu de la situation, ils savent où ils doivent arriver et ensuite ils viennent remplir avec leurs mots à eux.» Acteurs non professionnels «Même quand je travaille avec des acteurs professionnels, je les prends pour ce qu’ils sont. Ici, ce n’est pas tant ce qu’ils sont que ce qu’ils font. Il y avait des fonctions, et nous nous sommes dirigés vers des gens qui avaient ces fonctions : la banquière, c’est la banquière des castings ; elle a proposé un de ses collègues qui était le DRH de sa banque pour jouer le DRH ; le directeur du supermarché, c’est un chef d’entreprise que je connaissais. Moi-même, j’ai fait un stage d’agent de sécurité pour le film. Vous ne pouvez pas imaginer c

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La Loi du marché

ECRANS | Comment un chômeur de longue durée se retrouve vigile et fait l’expérience d’une nouvelle forme d’aliénation par le travail : un pamphlet de Stéphane Brizé, radical dans son dispositif comme dans son propos, avec un fabuleux Vincent Lindon. Critique et propos du cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

La Loi du marché

Thierry, 51 ans, 20 mois de chômage derrière lui, constate avec calme l’aporie sociale dans laquelle il se trouve : d’abord face à un conseiller Pôle Emploi qui a bien du mal à lui donner le change, puis à la table d’un café où ses anciens collègues syndiqués tentent de lui expliquer qu’il faut attaquer le mal à la racine. Et la racine, c’est la malhonnêteté et l’avarice du patron qui les a licenciés. Mais Thierry n’en démord pas : il veut seulement du travail pour sortir de cette foutue précarité dans laquelle il se trouve, cesser d’épousseter les meubles et faire vivre sa famille — dont un fils handicapé. Alors, de guerre lasse, il accepte un emploi de vigile dans un centre commercial, où on l’initie à la surveillance des clients, mais aussi des autres employés. L’itinéraire de Thierry a tout de la fiction édifiante, proche sur le papier de ceux accomplis par les personnages des frères Dardenne. Mais Stéphane Brizé a sa propre manière de filmer conflits moraux et injustices sociales liés au monde du travail. Celle-ci repose, comme c’était déjà le cas dans son très beau film précédent,

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Music and lyrics au Ciné O’Clock

ECRANS | Ciné O’Clock, manifestation consacrée au cinéma britannique par Le Zola, fête ses vingt ans cette année. Et comme tout anniversaire se doit d’être célébré avec des (...)

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2015

Music and lyrics au Ciné O’Clock

Ciné O’Clock, manifestation consacrée au cinéma britannique par Le Zola, fête ses vingt ans cette année. Et comme tout anniversaire se doit d’être célébré avec des chansons, la tonalité de cette édition sera en partie musicale. Ce sera notamment le cas grâce à la version restaurée de A Hard Day’s Night, rencontre entre les Beatles, au sommet de leur gloire, et le free cinema pop de Richard Lester, qui a immortalisé l’esprit swinging London sur les écrans. À quelques décennies et mutations d’intervalle, la pop britannique est toujours vivace, notamment grâce à un groupe comme Belle and Sebastian, qui célèbre lui aussi ses vingt années d’existence en 2015. Un nouvel album vient de sortir, marquant un virage électro plutôt inattendu, mais juste avant, son leader Stuart Murdoch s’était lancé dans l’aventure cinématographique avec God Help the Girl. Un premier long-métrage encore inédit à Lyon, avec la charmante Emily Browning en songwriter à la recherche d’âmes sœurs pop pour fonder un groupe à Glasgow. Musique toujours avec un ciné-concert autour du Chantage de Hitchcock, qui fait

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Mademoiselle K

MUSIQUES | La synth-pop quelle que soit la forme qu'elle prend au final, est devenue la nouvelle spécialité lyonnaise. On vous a déjà parlé – oui, on sait – de Pethrol, (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

Mademoiselle K

La synth-pop quelle que soit la forme qu'elle prend au final, est devenue la nouvelle spécialité lyonnaise. On vous a déjà parlé – oui, on sait – de Pethrol, Erotic Market, Holy Two et De La Montagne, voici Kcidy, qu'on pourrait voir comme un savant mélange des quatre précités. Après un passage par les scènes découvertes du Ninkasi en novembre dernier, la jeune femme et son look de prêtresse 80's va enchaîner coup sur coup les deux festivals lyonnais de la rentrée : d'abord All Girls to the Front, un "mini fest" (ou "festival de courte durée", pour les membres de l'Académie Française) autoproclamé féministe avec donc pas mal de filles, de films, de live (Terrine, from Amiens, et Theoreme, from Lyon) et même du body-painting en mode riot grrrl. Autant de choses promettant une "méchante ambiance" et que l'on doit à l'esprit de Kathleen Hannah de Bikini Kill. Puis, moins d'une semaine plus tard, le plus long mais tout aussi défricheur Plug & Play – dont on reparlera, c'est promis Deux occasions de découvrir donc la jeune Pauline Le Caignec et les morceaux de son EP Pursuit, dont l'assez peu o

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A Girl at my Door

ECRANS | De July Jung (Corée du Sud, 1h59) avec Doona Bae, Kim Sae-Ron…

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

A Girl at my Door

Sitôt vu, sitôt oublié à Cannes dans la section Un certain regard, ce drame sud-coréen avait pour ambassadeur son prestigieux producteur, Lee Chang-Dong. Au premier abord, cette peinture cruelle d’une commissaire de police de Séoul mutée dans un bled où elle décide de prendre la défense d’une jeune fille qui s’est réfugiée chez elle, rappelle par son inscription géographique (la province sud-coréenne) et son point de vue (une femme au bord de la rupture intérieure) le sublime Secret Sunshine. Mais là où Lee Chang-Dong est capable de désamorcer tout ce qui pourrait virer à la thèse par la force de son écriture et de sa mise en scène, July Jung pense qu’il faut empiler les sujets sensibles pour livrer un film fort. L’escalade est ici infernale : harcèlement, mauvais traitements, pédophilie, corruption, homophobie… A Girl at my Door croule ainsi sous les intentions au point de virer au ridicule, d’autant plus que le film ne prend absolument aucun risque visuel, se contentant d’un réalisme gluant qui est la marque d’un world cinema d’auteur définitivement calibré pour les festivals internationaux. Christophe Chabert

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Gone Girl

ECRANS | Film à double sinon triple fond, "Gone Girl" déborde le thriller attendu pour se transformer en une charge satirique et très noire contre le mariage et permet à David Fincher de compléter une trilogie sur les rapports homme / femme après "The Social Network" et "Millenium". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Gone Girl

Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa «première». Tournant majeur qui consiste à ne plus vouloir scotcher le spectateur sur son siège par une succession d’effets de surprise, mais à s’inscrire dans un temps plus long où le film gagnerait en profondeur et en complexité, révélant à chaque vision de nouvelles couches de sens. C’est ce qui a fait, en effet, le prix de Fight Club, Zodiac et The Social Network. Gone Girl, cependant, a les apparences du pur film de «première» : le calvaire de Nick Dunne, accusé de la disparition de sa femme le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, repose sur un certain nombre de retournements de situations importés du roman de Gillian Flynn qu’il convient de ne pas révéler si l’on veut en préserver l’efficacité. La matière est donc celle d’un bon thriller psychologique : un écriv

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Mommy

ECRANS | De Xavier Dolan (Can, 2h18) avec Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval, Suzanne Clément…

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Mommy

L’encensement précoce de Xavier Dolan ne pouvait conduire qu’à l’accueil exagérément laudatif qui a été celui de Mommy au dernier festival de Cannes. Disproportionné mais logique : même inégal, c’est son meilleur film, celui où il s’aventure dans des directions nouvelles, mais bien plus maîtrisées que dans son précédent Tom à la ferme. La première heure, notamment, est vraiment excitante. Si on excepte une inexplicable mise en perspective futuriste du récit, la description de cet Œdipe hystérique entre un adolescent hyperactif et colérique et sa maman borderline et débordée, dans laquelle se glisse une enseignante névrosée qui va tenter de dompter le gamin, permet à Dolan de s’adonner à une comédie furieuse et décapante, remarquablement servie par son trio d’acteurs, tous formidables, et par cette langue québécoise incompréhensible mais fleurie. Même le choix d’un cadre rectangulaire et vertical façon écran d’iPad est habilement géré par la mise en scène, redéfinissant les notions de plans larges et de gros plans — dommage qu’il en fasse fin

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Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

ECRANS | Moins flamboyante que l’an dernier, la rentrée cinéma 2014 demandera aux spectateurs de sortir des sentiers battus pour aller découvrir des films audacieux et une nouvelle génération de cinéastes prometteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

Si l’extraordinaire Leviathan ne lui avait ravi in extremis la place de chouchou de la rentrée cinéma, nul doute qu’elle aurait échu à Céline Sciamma et son très stimulant Bande de filles (sortie le 22 octobre). Troisième film de la réalisatrice déjà remarquée pour son beau Tomboy, il suit le parcours de Meriem, adolescente black banlieusarde qui refuse la fatalité d’une scolarité plombée et se lie d’amitié avec une «bande de filles» pour faire les quatre-cents coups, et en donner quelques-uns au passage, afin d’affirmer sa virilité dans un monde où, quel que soit son sexe, la loi du plus fort s’impose à tous. Cette éducation par la rue et le combat n’est pas sans rappeler les deux derniers films de Jacques Audiard ; Un prophète en particulier, puisque Sciamma cherche elle aussi à filmer l’éclosion dans un même mouvement d’une héroïne et d’une actrice — formidable Karidja Touré. S’il y a bien une com

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Party Girl

ECRANS | Réalisé par trois anciens élèves de la FEMIS, ce premier film suit, dans un mélange invisible de réalité et de fiction, la vie d’une danseuse de cabaret prête à raccrocher les gants et à se caser avec un homme gentiment bourru. Une réussite. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Party Girl

Angélique (Litzenburger), la soixantaine, mène une existence à la fois tranquille et joyeusement chaotique de danseuse dans un cabaret. Enfin, elle ne danse plus tellement, laissant ça à de plus jeunes qu’elles et se contentant de faire boire les clients. Même si elle possède encore l’envie de plaire et de faire la fête, elle sent que l’heure de la retraite approche. Alors, elle finit par céder aux avances de Michel, brave gars simple et bourru qui en pince manifestement pour elle. Ils s’installent ensemble et il la demande en mariage. Pour Angélique, cela signifie réunir ses trois enfants, dont le premier est parti à Paris, la deuxième est restée auprès d’elle et la troisième a été placée dans une famille d’accueil.   Angélique, marquise de la nuit Party Girl n’est pas un documentaire, même si tout le monde tient ici peu ou prou son propre rôle ; Angélique est la véritable mère d’un des trois réalisateurs du film — Samuel Theis — et le trio cherche à créer un cinéma qui reproduirait par les moyens de la fiction un effet de réel bluffant. C’est sans doute ce qui intrigue le plus à la vision de Party Girl : à aucun moment Marie Amachouk

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Cannes par la bande (de filles)

ECRANS | Premier bilan d’un festival de Cannes pour le moins insaisissable : les filles y ont pris le pouvoir, à commencer par celles de Céline Sciamma, événement de la Quinzaine des réalisateurs, qui pour l’instant éclipse la sélection officielle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Cannes par la bande (de filles)

On ne sait vraiment pas par quel bout prendre ce drôle de festival de Cannes, compressé à cause des futures élections européennes, et dans lequel se télescopent en compétition gros films longs et parfois assez lourds à digérer et cinéma daté et has been, sinon carrément inepte. Pour l’instant, ami lecteur, réjouis-toi, les deux meilleurs films vus sont aussi ceux qui sortent cette semaine dans les salles françaises : Deux jours, une nuit et Maps to the stars. Il faut reconnaître toutefois qu’en ouvrant sa sélection avec ce navet indiscutable qu’est Grace de Monaco, déjà mort et enterré une semaine seulement après son arrivée sur les écrans, Thierry Frémaux n’a pas vraiment fait démarrer le festival du pied droit… On reviendra donc en détails la semaine prochaine sur la compétition, et on préfèrera lister ici les quelques découvertes faites au gré des sélections parallèles. Les combattantes Lesdites découvertes ont été marquées par l’émergence de figures féminines fortes et absolument contemporaines, comme dans la formidable comédie Les Combattants de Thomas Cailley,

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Cannes 2014, jour 2. Girls power.

ECRANS | "Bande de filles" de Céline Sciamma. "Party girl" de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. "White bird in a blizzard" de Gregg Araki.

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 2. Girls power.

Deuxième jour à Cannes, et déjà l’école buissonnière hors de la compétition. Il faut dire que le jeudi est traditionnellement le jour de l’ouverture des sections parallèles, et comme elles sont assez alléchantes cette année, on peut très bien remettre à plus tard la projection du dernier Mike Leigh (2h30 sur le peintre Turner, c’est vrai qu’en début de festival, c’est sans échauffement).   C’est un hasard, mais il est réjouissant : les femmes ont pris le pouvoir dans les trois films vus aujourd’hui, et notamment dans ce qui constitue le premier choc de Cannes, le nouveau film de Céline Sciamma, Bande de filles. Après Naissance des pieuvres et Tomboy, Sciamma confirme qu’elle n’est plus très loin d’être une de nos grandes cinéastes, et ce troisième opus démontre une inéluctable montée en puissance qui n’est pas sans rappeler celle d’un Jacques Audiard. Avec qui elle partage une intelligence du scénario et de la mise en scène, mais surtout l’envie de faire émerger conjointement des héro(ïne)s et des comédien(ne)s qui vont hanter longtemps l’esprit du spectateur, via des trajets de fiction puissants et authentiquement cont

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Tom à la ferme

ECRANS | Même s’il affirme une sobriété inédite dans sa mise en scène, Xavier Dolan échoue dans ce quatrième film à dépasser le stade de la dénonciation grossière d’une homophobie rurale dont il se fait la victime un peu trop consentante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Tom à la ferme

Un discours d’adieu écrit à la peinture bleue sur du papier cul, une reprise des Moulins de mon cœur de Michel Legrand, une crise d’hystérie en bord de route : Tom à la ferme démarre en caricature du cinéma de Xavier Dolan, mélange d’immaturité et de pose qui nous l’a d’abord rendu insupportable, avant qu’il ne réussisse à en extraire d’authentiques fragments de sidération dans son beau quoiqu’inégal Laurence anyways. Surprise ensuite : le film adopte une sobriété inattendue pour raconter l’arrivée de Tom (Dolan lui-même) dans la ferme familiale de son ancien compagnon décédé. La musique de Gabriel Yared, le climat lourd de menaces et quelques clins d’œil appuyés lorgnent vers le thriller à la Hitchcock, mais la peinture de cette famille hypocrite et sadique rappelle plutôt le cinéma de Chabrol, Que la bête meure en premier lieu. Dolan brouille ainsi les motifs qui conduisent Tom à s’éterniser sur les lieux du "crime" — désir de vengeance ? Volonté de témoignage ? Attirance-répulsion envers ses hôtes, et notamment le frère bruta

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La griffe des Nuits

MUSIQUES | Faire d'un quartier-étendard en plein développement une plateforme festivalière cohérente : tel est le pari que s'est lancé Arty Farty pour l'édition 2014 de Nuits Sonores en investissant la Confluence. Au-delà de l'enjeu politique, force est d'admettre, à la découverte de la teneur de de sa programmation, que l'affaire est en bonne voie. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 26 février 2014

La griffe des Nuits

Depuis l'annonce de son déménagement à la Confluence, on se demandait bien, sorti de quelques évidences, quels lieux allait concrètement investir Nuits Sonores. On sait désormais que le Lab se répartira entre l'Hôtel de région et l'Hôtel de ville, tandis que la partie purement musicale du festival se déroulera sous les halles du Marché de Gros (qui avaient déjà accueilli les éditions 2009, 2010 et 2011), à la Sucrière (NS Days et Mini sonore), à la Maison de la Confluence (pour la traditionnelle carte blanche) et au Parc des Berges (pour le "Sunday Park", un événement de clôture présenté comme un clin d’œil convivial à l'extension de Nuits Sonores à Tanger). En attendant de voir comment le Sucre s’intégrera dans ce circuit et comment les collectifs Superscript² et Looking for Architectures l'habilleront, on remarquera que la programmation des Days, scindée en trois scènes (dont une extérieure), poursuit les efforts de thématisation et de brassage démographique produits l'an passé, mais cette fois avec un vrai souci d'équilibre. Comprenez par-là qu'aucune tête d'affiche ne devrait s'accaparer le public de la Carte blanche comme Laurent Garnier et Carl Cox l'ont fait en 20

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Girls in Heaven

MUSIQUES | Co-leader d'une scène belge alors florissante, révélé par le fantastique From Here to There en 2003, Girls in Hawaïï a mis cinq ans pour réapparaître. Et pas (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 29 novembre 2013

Girls in Heaven

Co-leader d'une scène belge alors florissante, révélé par le fantastique From Here to There en 2003, Girls in Hawaïï a mis cinq ans pour réapparaître. Et pas seulement parce que les Girls ont toujours pris leur temps – il s'était déjà passé cinq ans entre leurs deux premiers albums. Si l'on souligne ce fait, c'est qu'après la tournée Plan Your Escape (2008), le retour du groupe a été quelque peu retardé par un drame à la fois terrible et banal : la disparition du batteur Denis Wielemans, frère du chanteur Antoine Wielemans, victime d'un accident de voiture.  Retard à l'allumage, site Internet laissé en plan pendant deux ans, le deuil a été long mais a fini par accoucher du cathartique Everest. Comme une tentative de prendre de la hauteur par rapport à l'épreuve, de toucher du doigt quelque chose qui les dépasse. Où l'on retrouve un groupe toujours aussi inspiré – et attaché à ses fascinantes nappes de synthés "grandaddyesques" – mais nettement plus sombre dans l'écriture et l'exécution, y compris dans cette douce mélancolie dont Girls in Hawaï

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La rentrée musicale en dix dates

MUSIQUES | Nous ne savions pas dans quelle case faire entrer les dix concerts qui suivent. Mais ils sont tout autant que ceux couverts par nos panoramas, si ce n'est plus, des jalons incontournables de ce début de saison musicale. Stéphane Duchêne, Benjamin Mialot et Térence Caron

Benjamin Mialot | Mardi 24 septembre 2013

La rentrée musicale en dix dates

Born Ruffians Les quatre Canadiens de Born Ruffians avaient produit leur petit buzz en 2008 avec Red, Yellow and Blue, un disque d'indie rock de campagne galopant, joué sans effet, avec humour, en direct du garage de maman. Autant fans de country que de funk ou tout simplement de pop sophistiquée, ils sont surtout imprévisibles et là est tout leur talent. Après Say It, disque attachant où la recette se faisait encore plus raffinée et complexe, Birthmarks, le petit dernier, les voit basculer dans des sphères dansantes, électro-pop même (Permanent Hesitation, Rage Flows), tout en gardant leur versatilité. Un son plus "club-friendly" qui a séduit le brasseur Grolsch et le Sucre, mais qui s'estompera derrière les grosses guitares et la liste de tubes impeccables du groupe. Au Sucre, jeudi 3 octobre

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Nuits Sonores 2013 - Jour 3

MUSIQUES | L'événement de cette troisième journée de Nuits Sonores était la tenue de la toute première Boiler Room (des DJ sets pour happy few retransmis sur le web) lyonnaise. Nous n'y étions pas. Tant mieux, sans quoi nous serions passés à côté d'un paquet de prestations mémorables. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Samedi 11 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 3

Le troisième NS Days était placé sous le signe de la cérébralité, voire de la prise de tête. Le quatrième, lui, aura fait la part belle au corps et à sa mise en pièces méthodique. A coups de kicks plus compacts que les marteaux maniés par Kaori dans le manga City Hunter (Nicky Larson en version franchouillarde) sous la verrière, où les puristes techno Shifted, DVS1, Planetary Assault Systems et Ben Klock ont rivalisé d'implacabilité – surprise, à ce petit jeu, ce n'est pas le patron du label Klockworks, dont le set avait l'an passé failli démolir l'Hôtel-Dieu avant l'heure, qui s'en est le mieux tiré, mais l'Anglais qui a ouvert le bal. A coups de riffs abrasifs du côté du hangar, qui aura notamment vu se succéder Girls Against Boys, le temps d'un concert qui, à défaut d'être à la hauteur de la réputation de ces figures du post-hardcore, a surclassé en tension celles de bon nombre de petites frappes bruitistes, et le duo synth punk australien Civil Civic – qui, joie, n'a rien pe

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Des gars, des filles

MUSIQUES | On connaît peu de gens qui, objectivement, au-delà de l'aura rock 'n' roll du personnage, aimeraient avoir Mark E. Smith de The Fall pour père. Imaginez ce (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 26 avril 2013

Des gars, des filles

On connaît peu de gens qui, objectivement, au-delà de l'aura rock 'n' roll du personnage, aimeraient avoir Mark E. Smith de The Fall pour père. Imaginez ce vieux grigou déambulant en chaussons – rien que de l'imaginer en chaussons – dans le salon toute la journée en maugréant des borborygmes traînants, la tête massacrée par les drogues et un moral qui n'a de cesse de plonger depuis la lecture un peu trop littérale de La Chute d'Albert Camus. On en connaît beaucoup en revanche qui se réclament ou méritent de se réclamer de son héritage spirituel – si tant est que l'expression fut adaptée. A commencer par Girls Against Boys qui, dans la même veine, encore plus labourée (par les aiguilles ?) et plus métal hurlante, trimbale l'esprit corrosif de The Fall tête la première et à l'américaine : façon Hummer pour la rythmique à deux basses et Limo pour les tubes. Les choses étant bien faites, c'est pile au milieu de la tournée fêtant le vingtième anniversaire de Venus Luxure N°1 Baby, titre ô combien "fallien", que le quatuor, "âgé" lui de 25 ans (génération Fugazi et

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Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

MUSIQUES | «Nuits Sonores n'est pas un festival de blockbusters». La phrase est de Vincent Carry, le directeur de Nuits Sonores et elle a rarement été aussi appropriée que pour l'édition 2013 du festival, l'équipe d'Arty Farty ayant choisi de rester stable sur ses fondamentaux plutôt que de se lancer dans la course à la surenchère que laissait entrevoir le très solennel dixième anniversaire de l'événement. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 24 janvier 2013

Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

Ça pour une belle fête d'anniversaire, c'était une belle fête d'anniversaire : de l'édition du bouquin commémoratif 10 ans sans dormir à l'accueil des séminaux New Order en passant par la conclusion de sa programmation nocturne sur un plateau secret, le festival Nuits Sonores a l'an passé mis les petits plats dans les grands au moment de célébrer sa décennie d'existence. A tel point qu'on ne voyait pas bien comment il allait pouvoir poursuivre sa croissance sans verser dans l'excès. Arty Farty nous a ouvert les yeux ce matin : l'édition 2013 de l'événement ne sera ni plus maousse ni plus timide que les précédentes, elle sera dans leur droite lignée, c'est-à-dire urbaine, sélective, éclectique et réflexive. A ceci près qu'elle durera six jours, mitoyenneté calendaire du 8 mai et de l'Ascension oblige.Pour le reste donc, les habitués du festival seront en terrain connu, en tout cas pour ce qui concerne la partie diurne des

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«Des sentiments, pas de sentimentalisme»

ECRANS | Stéphane Brizé, réalisateur de Quelques heures de printemps, cinquième film de cet amoureux des silences gênés, des plans séquences qui donne «vertige» et d’un cinéma qui créerait des émotions (fortes). Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 17 septembre 2012

«Des sentiments, pas de sentimentalisme»

Comment en êtes-vous venu à écrire ce scénario original, après l’adaptation d’Éric Holder pour Mademoiselle Chambon ?Stéphane Brizé : Mademoiselle Chambon était pour l’instant l’exception, c’était la seule adaptation que j’avais faite jusqu’ici. Après, comment naît une histoire, c’est une question que l’on pose régulièrement aux réalisateurs, et ils répondent en général que c’est assez mystérieux. Dans mon cas, c’est très organique : quelque chose dans ma vie me pousse vers une histoire. Il y a deux choses ici : la difficulté de communication entre un fils et sa mère, c’est autour de cela que l’on a tout structuré ; et un autre élément dramaturgique fort, le choix de cette femme de mettre fin à ses jours par un suicide assisté. Ça, c’est particulier, je crois que c’est la première fois qu’on le voit dans une fiction. Ça étonne, ça questionne, ça fait écho à des choses qui sont évoquées en ce moment par les politiques. Pourquoi l’histoire entre un fils et sa mère ? J’ai déjà écrit des histoires autour des liens familiaux, et j’étais mûr pour parler de celui-là. Ce n’est pas ma vie, mais je parle de

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Quelques heures de printemps

ECRANS | Un fils sort de prison et renoue des rapports électriques avec sa mère malade. Avec ce film poignant emmené par une mise en scène sans psychologie ni pathos et deux comédiens incroyables, Stéphane Brizé s’affirme comme un grand cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Quelques heures de printemps

C’est un malentendu qui persiste et qui s’agrandit : un fils, Alain, et sa mère, Yvette, deux échoués de la classe moyenne dans une banlieue pavillonnaire en Bourgogne. Lui vient de purger un an et demi de prison pour une connerie qui lui a coûté cher, elle souffre d’une tumeur au cerveau dont l’avancée inéluctable la pousse à envisager un suicide assisté en Suisse. Les voilà à nouveau sous le même toit, mais les épreuves ne les rapprochent pas ; au contraire, le fossé du ressentiment qui a toujours existé entre eux se creuse encore. Un ressentiment qui est surtout affaire de non-dits. Dans Mademoiselle Chambon, Stéphane Brizé mettait en scène des silences qui en disaient long sur le désir et le sentiment amoureux ; avec Quelques heures de printemps, le silence se fait douloureux, blessant, cruel. Commencé à la manière d’Un mauvais fils de Sautet, le film bifurque peu à peu vers un territoire qui lui est propre, où le cinéaste observe la dernière tentative de communication entre Alain et Yvette avec un vérisme constant (de l’accent des p

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Laurence anyways

ECRANS | Bonne nouvelle : Xavier Dolan fait sa mue et commence à devenir le cinéaste qu’il prétend être. Si Laurence anyways est encore plein de scories, d’arrogances et de références mal digérées, on y trouve enfin de vraies visions de cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 juillet 2012

Laurence anyways

Jusqu’ici, on avait du mal à excuser le côté tête à claques de Xavier Dolan, sinon par la fougue de sa jeunesse (il n’a que 23 ans et signe déjà son troisième film). S’imaginant à la fois comme un esthète et un penseur, il enfilait les clichés comme des perles et surfilmait ses maigres fictions, n’en révélant finalement que la profonde vacuité. La première heure de Laurence anyways montre Dolan tel qu’en lui-même. Pour raconter la décision de Laurence Alia (Melvil Poupaud, deuxième choix du réalisateur après la défection de Louis Garrel, une bonne chose à l’arrivée) de devenir une femme au grand désarroi de son amie Fred (Suzanne Clément, parfaite), il sort l’artillerie lourde : citations littéraires et références cinématographiques, hystérie pour figurer les rapports amoureux, ralentis chichiteux pour souligner les émotions et une barrique de tubes 80’s afin de coller avec l’époque du récit… C’est très simple : on se croirait face à un vieil Adrian Lyne ! Le clou étant cette fête costumée sur l’air de Fade to grey, où Dolan pousse son goût du vidéoclip kitsch jusqu’à son point de non retour. Désordre(s) Alors qu’on s’apprêtait à ferme

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Leos et les bas

ECRANS | Six films (dont un court métrage) en 28 ans avec de grandes galères et de longues traversées du désert : la filmographie de Leos Carax est un roman.

Christophe Chabert | Jeudi 28 juin 2012

Leos et les bas

1984 : Boy meets girl Le programme du titre n’est pas trompeur : dès son premier film, Leos Carax s’affirme avant tout comme un metteur en scène plus que comme un raconteur d’histoires, souvent banales chez lui. En noir et blanc, il filme la rencontre entre Alex, ado lunaire, et Mireille (Perrier), comédienne rongée par le mal-être. L’influence de Godard est sensible dans les nombreuses dissonances visuelles et sonores qui forment déjà le style Carax, mais aussi dans la rumination sur le cinéma en déclin, assassiné par la vidéo. 1986 : Mauvais sang Le tournage, compliqué, de ce deuxième film couronné par le prix Louis Delluc, va forger la réputation d’un Carax perfectionniste et irresponsable. Avec le recul, on voit bien quel mur le cinéaste s’apprête à se prendre en pleine face : alors qu’il radicalise encore son esthétique, où chaque plan doit être une œuvre en soi et où le scénario (qui entrecroise histoire d’amour, polar et trame d’espionnage) n’est que le prétexte à cette quête de la sidération, Carax engloutit des fortunes que même certains films «populaires» n’osent pas impliquer. Par ailleurs, Mauvais sang marque sa

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Nid d'abeilles

MUSIQUES | Le coup du «Un gars, une fille, une guitare, le blues» c'est pas la première fois qu'on nous le fait. Le truc c'est qu'avec She Keeps Bees, le 18 décembre (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 9 décembre 2011

Nid d'abeilles

Le coup du «Un gars, une fille, une guitare, le blues» c'est pas la première fois qu'on nous le fait. Le truc c'est qu'avec She Keeps Bees, le 18 décembre au Kraspek Myzik en compagnie de Jesus is my girlfriend, ça ne va guère plus loin. La formule n'est pas plus alambiquée, elle ne cherche pas à se compliquer la vie. Jessica Larrabee (un nom à jouer dans un western, auquel elle doit d'ailleurs son surnom, Bee) à une voix à se damner dont elle se sert comme d'un casseur de cailloux pour se donner du courage sous le cagnard. Sans effet de manche aucun, à l'ancienne. Pendant qu'Andy LaPlant (vivace mais pas verte) casse ces mêmes cailloux à grands coups de bâtons. Ressort de l'ensemble, un blues-rock qui tranche avec le reste de la production mixte habituelle : un côté laid-back, une rage rentrée qui jamais ne saute à la gorge. Plus blues de perron que blues de cave. Si bien qu'on pourrait croire ces deux-là échappés de quelques plantations du Sud, quand ils sont de Brooklyn la grouillante. Mais il est vrai que de plus en plus, on garde des abeilles en ville pour préserver l'équilibre naturel du monde.Stéphane Duchêne

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Hail ! Hail ! Rock'n'roll

MUSIQUES | Rock / Nous sommes en 2011 après Jésus-Christ, et toute la Gaule vibre au rythme d'un rock'n'roll surproduit, poseur et inoffensif. Toute ? Non ! Car des (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 28 octobre 2011

Hail ! Hail ! Rock'n'roll

Rock / Nous sommes en 2011 après Jésus-Christ, et toute la Gaule vibre au rythme d'un rock'n'roll surproduit, poseur et inoffensif. Toute ? Non ! Car des îlots peuplés d'irréductibles bad boys à rouflaquettes (et des bad girls à la crinière arrosée à l'eau oxygénée) résistent encore et toujours à l'envahisseur. Dans le Grand Lyon, le Trokson et le Clacson sont de ces poches de résistance et le secret de leur endurance tient en un festival : le Big Tinnitus qui, une fois l'an depuis 2008, permet à leur population de faire le plein de décibels, d'aérer sa collec' de boucles de ceinture ornées de cartes à jouer et de humer d'inimitables parfums de bière chaude et de cuir ruisselant de condensation. Mais laissons-là les clichés. Car avant d'être le défenseur d'une certaine idée du rock, le Big Tinnitus est un événement à la programmation modèle, au sens où s'y mêlent le starpower, la découverte et l'insolite. Les 3, 4 et 5 novembre, on pourra ainsi prendre la mesure du petit culte entourant les

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Enfants soldés

MUSIQUES | Musique / Ce doit être dans l'ADN américain, l'atavisme d'un peuple fou de sport, mais nombreux sont ces groupes indé US (The Killers, Kings of Leon, on en (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 29 avril 2011

Enfants soldés

Musique / Ce doit être dans l'ADN américain, l'atavisme d'un peuple fou de sport, mais nombreux sont ces groupes indé US (The Killers, Kings of Leon, on en passe) dont les chansons batailleuses et mal peignées n'ont pas pu s'empêcher au fil des albums de se muer en monstrueux hymnes pour superdomes à toit ouvrant. Réussir un touchdown ou un home-run devant les 60 000 personnes hurlantes d'une arena pleine comme un Big Mac, pour un Américain, ça doit être irrésistible. Mais pour ça, il faut soit porter une armure et un casque et peser 300 kilos (touchdown), soit accepter de faire du sport en pyjama moulant en agitant un bâton (home-run). Tout ça alors qu'on peut très bien obtenir le même résultat avec une guitare, une bonne chanson qui résonne et peut-être quelques concessions artistiques. «Tentant», ont dû se dire les Cold War Kids à leur de préparer Mine is yours, album au titre innocemment mélenchonien. Car ces Cold War Kids ne sont plus tout à fait les gamins turbulents de Long Beach des deux premiers albums. Impression nous est donnée que le chanteur Nathan Willett, déjà suffisamment extraverti vocalement pour mériter des beignes de temps à autres, s'est pris de passion pour

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