Hybrides débridés : "Mutafukaz"

Animation | Retour gagnant sur grand écran pour Guillaume Renard, alias Run, qui offre de l’espace et du temps aux héros de l’univers pop-pulp-futuriste de Mutafukaz, la série qu’il avait développée en BD. Une synthèse street punk bariolée, avec des cafards, des mutants et de la lucha libre.

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

Photo : © Tamasa distribution


Dark Meat City. Livreur de pizzas parfumé à la lose, Angelino voit sa vie changer le jour où, après avoir un peu trop maté une belle donzelle, il percute un camion. Une armée de tueurs détruit son taudis, le forçant à partir en cavale avec son coloc'. Au passage, il se découvre des pouvoirs…

Apparue avec le millénaire et son cortège de néo-usages techno-ludiques, la maison Ankama héberge une flopée de séries transmédia qui, fort logiquement, trouvent au cinéma un terrain de jeu supplémentaire. Après le réussi Dofus, livre 1 : Julith (hélas passé un peu inaperçu), voici donc un nouvel objet pop-fusion post-moderne tirée de cette galaxie aux inspirations multiples et débridées : entre l'anticipation et la dystopie, la jungle urbaine peuplée d'aliens undercover visant à prendre le contrôle de la planète en asservissant les humains rappelle le John Carpenter de Invasion Los Angeles.

Ados dans le viseur

Mais aussi la désinvolture vitaminée du Tarantino de Pulp Fiction ne lésinant pas sur les flingues ni l'hémoglobine — la violence visuelle n'est pas ici éludée, loin s'en faut — et prenant autant de libertés qu'il est permis d'en voler avec la stricte linéarité du récit. Deux arguments de choix pour conquérir une cible adolescente (en-dessous de 12 ans, ce serait du massacre), sans doute déjà appâtée par la tête de gondole Orelsan/Gringe, duo sélectionné pour prêter sa voix à Angelino et Vinz.

Dans cette histoire peuplée de créatures à la physionomie indéterminée, l'objet de toutes les convoitises est l'hybride parfait entre un humain et un extra-terrestre ; une sorte de chimère aussi improbable et puissante qu'un cocktail tequila-saké. Cohérence suprême, Mutafukaz milite aussi pour les vertus du métissage et de l'hétérogénéité à travers sa forme auto-zappante et sa conception eurasienne. Preuve que même dans le chaos on finit toujours par trouver un semblant d'ordre…


Mutafukaz

De Shoujirou Nishimi, Guillaume Renard (Fr-Jap, 1h33) avec Orelsan, Redouanne Harjane...

De Shoujirou Nishimi, Guillaume Renard (Fr-Jap, 1h33) avec Orelsan, Redouanne Harjane...

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À la suite d’un accident de scooter provoqué par la vision d’une mystérieuse inconnue, Angelino, un bon à rien comme il y en a des milliers à Dark Meat City, une sordide mégapole de la côte Ouest, commence à avoir de violentes migraines accompagnées d’étranges hallucinations. Avec son fidèle ami Vinz, il tente de découvrir ce qui lui arrive, alors que de menaçants hommes en noir semblent bien déterminés à lui mettre la main dessus...


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"Bloqués" : kéblo comme Oblomov

Série TV | C'est en 2015 que Gringe entame sa carrière de comédien aux côtés, comme pour sa carrière musicale, de son acolyte Orelsan. Bloqués, imaginé par Kyan (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 22 octobre 2020

C'est en 2015 que Gringe entame sa carrière de comédien aux côtés, comme pour sa carrière musicale, de son acolyte Orelsan. Bloqués, imaginé par Kyan Khojandi, c'est deux trentenaires squattant leur canapé avec un baobab dans la main, deux types qui, « en attendant qu'il se passe quelque chose, ont décidé de ne rien faire ». À la shortcom, souvent hilarante, on doit le personnage de Serge Le Mytho, spin-off qui lancera le talent d'impro de Jonathan Cohen. Mais difficile surtout de ne pas la relier à Comment c'est loin, le film qui met en scène la jeunesse mollusque des deux rappeurs, déjà évoquée par Orelsan dans un morceau adressé à son pote atteint d'oblomovisme, La Morale. Une sorte de Slackers (Richard Linklater) à la française qui dépeint le quotidien de la j

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Gringe : « reconstituer le puzzle de notre histoire commune »

Récit | Rappeur et maître slacker auprès de son acolyte Orelsan au sein de Casseurs Flowteurs ou en solo, dans la série Bloqués ou le film Comment c'est loin, Gringe lève le voile dans son premier livre, Ensemble, on aboie en silence, sur un aspect plus grave de son existence, avec lequel il lui a fallu composer parfois dans la douleur : la schizophrénie de son frère Thibault, diagnostiquée il y a vingt ans. Avant une rencontre au Mob Hotel, il nous entretient de ce livre, de son élaboration avec Thibault, également co-auteur, d'un lien fraternel aussi chaotique que puissant, et de son rapport naissant à d'autres formes d'écriture.

Stéphane Duchêne | Jeudi 22 octobre 2020

Gringe : « reconstituer le puzzle de notre histoire commune »

Qu'est-ce qui a présidé à ce livre ? Dans le premier chapitre vous expliquez avoir été convaincu par la confortable avance proposée par l'éditeur mais c'est peut-être un peu court... Gringe : Je n'avais absolument rien prémédité, c'est vraiment la proposition qui déclenche l'envie à un moment où je finissais la tournée de mon premier album solo, où je n'avais rien de prévu, pas de perspectives de dates et assez peur de m'ennuyer. On me proposait cette carte blanche d'écriture en évoquant la participation de mon frère. Voilà comment c'est né, en septembre-octobre de l'année dernière. Vous avez dû travailler au corps votre frère Thibault pour le convaincre de faire ce livre dont l'un des sujets est sa schizophrénie. Comment se sont passées ces négociations ? Avant qu'il ne décide de s'engager il a fallu le rassurer, lui expliquer les enjeux du bouquin, lui parler de mon approche, du fait que je ne comptais pas le résumer à son état de souffrance. Je le dis en rigolant au début du livre mais l'aspect financier à joué dans le sens où il se re

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Grand bain musical

Musilac | Vieilles gloires, valeurs sûres, piliers de festoches, jeunes pousses, smoothies de genres, et autres étrangetés à découvrir, le festival lacustre baigne l'été musical d'un éclectisme qui attire les foules comme les amateurs éclairés, jusqu'à les confondre.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

Grand bain musical

Jeudi : old wave D'une certaine manière, s'il fallait un hymne en ouverture de cette édition 2018 de Musilac, il pourrait consister en trois bouts de refrains se répondant depuis le fin fond des âges 80, quand les uns martèleraient : « I Just can get enough », les autres répondraient « Don't you forget about me » ou « Always the sun ». Car on l'aura compris c'est une soirée très marquée "ressac de la new-wave" que celle-ci, avec Depeche Mode, Simple Minds et The Stranglers – quand bien même les carrières de chacun n'auraient pas résisté d'égale manière au passage du temps. Pour le reste, on notera que J. Bernardt, transfuge des Belges de Balthazar, remplacera numériquement son collègue Warhaus, présent l'an dernier ce même soir, que le rock indé répondra présent avec le Stroke Albert Hammond Jr. (le

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Musilac annonce Orelsan, Feu! Chatterton et Lomepal

Festival | Le festival Musilac vient d'annoncer une vingtaine de nouveaux noms, qui complètent ceux dévoilés précédemment. On fait le point.

Aurélien Martinez | Mardi 27 février 2018

Musilac annonce Orelsan, Feu! Chatterton et Lomepal

IAM, Franz Ferdinand, Beth Ditto, MC Solaar, Depeche Mode, Deep Purple, Simple Minds, Rone, Indochine, Roméo Elvis, Chloé… On connaissait déjà une partie des artistes qui seront programmés cet été, entre le jeudi 12 et le dimanche 15 juillet, à Aix-les-Bains, face au lac. Son équipe organisatrice vient de dévoiler d'autres noms, dont des têtes d'affiche comme : le on-ne-le-présente-plus Orelsan, qui a tout raflé aux dernières Victoires de la musique grâce à son rap simple et basique le rappeur qui monte Lomepal – écoutez Yeux disent et

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Aime le mot dit : "M"

Et aussi | Elle est bègue ; il n’ose lui avouer qu’il ne sait pas lire. Malgré une foule de barrières, ils vont tenter de s’aimer. Pour sa première réalisation de long-métrage, Sara Forestier opte pour la complexité d’une romance abrupte nourrie de réel, de vécu et de non-dit. De beaux débuts.

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Aime le mot dit :

Les gens lisses sont sans histoire. Pas les discrets. En dépit de quelques exubérantes spontanéités télévisuelles lors de remises de trophées ou d’une altercation avec un partenaire ayant conduit à son éviction d’un tournage, Sara Forestier appartient sans équivoque à cette seconde catégorie d’individus — rien de commun donc avec ces it-girls précieuses usant de tous les canaux médiatiques pour étaler leur ridicule suffisance. La preuve ? Elle n’a pas converti sa consécration dans le Nom des gens (2010) en un passeport pour les premiers plans (et le tout venant), ralentissant même la cadence pour choisir des rôles parfois plus succincts mais avec du jeu et de l’enjeu (La Tête haute). Mais aussi, on le comprend enfin, pour peaufiner l’écriture et la réalisation de son premier long succédant à trois courts ; démontrant au passage que devenir cinéaste pour elle n’a rien d’une toquade. Un film initial Le changement d’état, de statut, par l’accomplissement artistique est précisément l’un des sujets de

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Comment c’est loin

ECRANS | De Orelsan & Christophe Offenstein (Fr, 1h30) Avec Orelsan, Gringe, Seydou Doucouré…

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2015

Comment c’est loin

Les deux compères des Casseurs Flowters et de la capsule télé Bloqués se racontent, mais sans se la raconter, dans cette fiction largement inspirée de leurs débuts normands. Objet composite qui sent le bricolage et l’artisanat, Comment c’est loin assume sa forme bancale, à l’image de ses protagonistes — de sympathiques traîne-savates achoppant sur leur premier single de rap depuis des années. Cette tentative de cinéma se présente comme un concept et revendique, comble de l’honnêteté, la co-signature d’une caution technique : le chef-opérateur Christophe Offenstein, à qui Guillaume Canet doit beaucoup de son aura de cinéaste. On pardonne donc les incertitudes dans le rythme, qui peuvent passer pour des effets de style. Si prochain film il y a, il faudra trouver autre chose…

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À base de hip-hopopop

MUSIQUES | Hip hop / Pas besoin de s'appeler Olivier Cachin (le spécialiste français du rap, qui, pour l'anecdote, a fait ses premières armes chez Picsou Magazine) (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 30 mars 2012

À base de hip-hopopop

Hip hop / Pas besoin de s'appeler Olivier Cachin (le spécialiste français du rap, qui, pour l'anecdote, a fait ses premières armes chez Picsou Magazine) pour savoir que les cultures dites urbaines doivent leur essor à l'esprit de compétition, voire de confrontation, qui anime leurs ambassadeurs. L'une des grandes forces de L'Original Festival, vitrine annuelle desdites cultures, est justement de n'avoir depuis sa création jamais perdu du vue cette donnée, là où d'autres courent après la respectabilité avec l'avidité d'un présidentiable en mal de signatures. Un œil sur sa programmation musicale, en forme de choc des générations, suffit à en prendre conscience. Côté vieille garde, les immanquables se nomment Mash Out Posse, B-boys de la Côte Est à la proverbiale agressivité, Ali Shaheed, Dj des pionniers de l'anti-bling-bling A Tribe Called Quest, ou encore IAM, qui furent à NTM ce que Oasis fut à Blur (de très convaincants dauphins). Ce sont toutefois leurs héritiers qui se fen

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L'Original à découvert

MUSIQUES | Après avoir été dévoilée au compte-gouttes sans tambour, ni trompette (normal c'est du hip-hop), la programmation de l'Original Festival, qui se déroulera du 5 au 9 avril est enfin complète. Stéphane Duchêne

Christophe Chabert | Lundi 27 février 2012

L'Original à découvert

C'est sans doute la première information à retenir : cette année c'est DJ Fab (Hip Hop Résistance, Underground Explorer, La Caution) qui succède au graffeur Mode2 en tant qu'artiste associé (un synonyme ronflant et donc plus classe de «parrain»). On connaissait donc déjà certains noms de tête d'affiche d'une édition qui s'annonce dans les grandes lignes plutôt mainstream tout en brassant les générations (Orelsan, IAM, Oxmo Puccino, Youssoupha, Sefyu et les petits prodiges de 1995) mais qui accueillera également Ali Shaheed d'A Tribe Called Quest, l'un des plus nobles représentants de l'histoire du hip-hop. Entre «Matinales» (projection du film Les Lascars ou brunch hip-hop, une expérience à ne sûrement pas manquer), « Spéciales » (projection du film De l'Encre d'Hamé et Ekoué, vernissages et inaugurations diverses, concert acoustique d'Oxmo Puccino), «Nocturnes» en tout genre (dont un DJ set d'Ali Shaheed à la Plateforme), l'Original multiplie les

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