Île est des nôtres : "Une année polaire"

Docu-fiction | de Samuel Collardey (Fr, 1h34) avec Anders Hvidegaard, Asser Boassen, Thomasine Jonathansen…

Vincent Raymond | Mardi 29 mai 2018

Photo : © Ad Vitam


Danemark, de nos jours. Destiné à reprendre la ferme familiale, Anders a préféré faire des études d'enseignant. Afin de montrer la force de sa détermination à ses parents, il postule pour un village du Groenland, Tiniteqilaaq, où il devra passer une année scolaire en immersion complète…

Y aurait-il chez les cinéastes français une tentation groenlandaise comparable à celle qu'exerce la Cité des Doges sur les maires de Bordeaux ? Le hasard, sans doute, a placé Collardey dans la trace de Sébastien Betbeder lequel avait d'abord tourné autour, puis sur l'île danoise. Mais Le Voyage au Groenland (2016) de ce dernier était davantage un roman d'apprentissage et de retrouvailles père-fils ayant la particularité de se dérouler au Groenland — il eût été sensiblement identique sous d'autres latitudes — qu'une œuvre cherchant à comprendre, partager et défendre l'âme inuite. C'est ce que fait avec audace, malice et rythme Samuel Collardey, qui de film en film réinvente sans avoir l'air d'y toucher le cinéma ethnographique.

Son approche respecte le réel tout en le “paraphrasant“ devant la caméra : en clair, le cinéaste ne tourne que des histoires vraies campées par des interprètes les ayant vécues. La matière documentaire se fond dans une masse fictionnalisée, sans pour autant en atténuer la richesse ni l'authenticité.

Ainsi, le cheminement du personnage (initialement missionné pour mener la politique danoise coloniale d'acculturation mais préférant s'intégrer dans la société groenlandaise) retrace-t-il celui d'Anders : tous ses faux-pas, sa bienveillance candide — son ignorance, en somme — ainsi que le moment-clef où il fait la démarche d'apprendre la langue inuite, chose qui lui avait été défendue par Copenhague. Une année polaire raconte donc bien une année scolaire : celle d'un élève prénommé Anders à qui les habitants de Tiniteqilaaq ont refait l'éducation.


Une année polaire

De Samuel Collardey (Fr, 1h34) avec Anders Hvidegaard, Asser Boassen...

De Samuel Collardey (Fr, 1h34) avec Anders Hvidegaard, Asser Boassen...

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Pour son premier poste d’instituteur, Anders choisit l’aventure et les grands espaces: il part enseigner au Groenland, à Tiniteqilaaq, un hameau inuit de 80 habitants. Dans ce village isolé du reste du monde, la vie est rude, plus rude que ce qu’Anders imaginait. Pour s’intégrer, loin des repères de son Danemark natal, il va devoir apprendre à connaître cette communauté et ses coutumes.


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Samuel Collardey : « je m’inspire de tranches de vie pour fabriquer des histoires »

Une année polaire | Grand écart climatique pour Samuel Collardey, qui a présenté en primeur aux Rencontres du Sud d’Avignon son nouveau film tourné aux confins de l’hémisphère boréal, Une année polaire. Une expérience inuite et inouïe.

Vincent Raymond | Mardi 29 mai 2018

Samuel Collardey : « je m’inspire de tranches de vie pour fabriquer des histoires »

Une année polaire s’achève avec une phrase précisant qu’Anders est toujours instituteur au Groenland. Ce que l’on a vu tient donc davantage du documentaire que de la fiction ? Samuel Collardey : Pour aller très vite, le film a été écrit : le scénario est très documenté, tout vient de témoignages que j’ai reçus d’anciens instituteurs ou de choses que moi-même j’ai vécues, ou que Anders a vécues ; je n’ai rien inventé. Tout ce qui est dans le film est documentaire, mais il est effectivement mis en scène comme une fiction. C’est-à-dire que tout le monde joue son propre rôle. Cela donne en effet un registre un peu hybride entre le documentaire et la fiction. Mais c’est un petit peu ma façon de faire — la question s’était déjà posée sur L’Apprenti, Tempête. J’aime travailler avec des non-professionnels sur des effets de réel très forts, et je m’inspire de leurs tranches de vie pour fabriquer des histoires. Est-ce que ce cela vous complexifie ou vous simplifie le travail de procéder ainsi ? Je ne sais pas si c’est plus fa

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Un cinéaste est-il un puissant manipulateur d’êtres ou bien un orfèvre méticuleux veillant à créer les conditions favorables au surgissement d’une vérité espérée ? Si chacun procède à sa manière, perverse ou empathique, douce ou rude, tous courent après le fantasme d’une fraîcheur et d’une spontanéité saisissantes à l’écran, d’un sentiment d’inédit. D’aucuns mélangent des hommes, des femmes ad libitum, s’enkystant dans une vérité contrefaite et vérolée rappelant à chaque seconde son caractère factice ; d’autres parviennent à restituer une authenticité telle que le spectateur en oublie parfois qu’il assiste à un spectacle cinématographique. Samuel Collardey appartient cette seconde catégorie, capable de captiver au sens premier, avec une histoire simple de père célibataire se débattant dans les tourments ordinaires. Sans recourir au joker de l’exotisme touristique : lui s’en tient à un arsenal… maritime. Le travailleur de l’amer Alors oui, Collardey transforme des personnes en personnages, en s’inspirant de l’existence de trois membres d’une famille, en leur faisant ré-interpréter devant la caméra ce qu’ils ont vécu. Mais pas dans une dém

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