Une équipe hors du commun : "Champions"

Comédie | de Javier Fesser (Esp, 1h58) avec Javier Gutiérrez, Jesús Lago, Roberto Sanchez…

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Photo : © Samantha Lopez Speranza


Après un mouvement d'humeur et un excès de vitesse alcoolisé, Marco, entraîneur de basket pro est condamné à une TIG : former une équipe de sport adapté composée de joueurs en situation de handicap. D'abord révulsé et réticent, Marco finit par s'adapter lui-même à l'enjeu…

Les films populaires traitant du handicap se voient souvent intenter un procès en illégitimité au motif que des auteurs (et surtout des comédiens) n'étant pas directement concernés par le sujet, donneraient une interprétation forcément inexacte ou caricaturale, voire empêcheraient des acteurs en situation de handicap d'être choisis pour incarner les rôles principaux. Si leur sous-représentation à l'écran — comme dans la société — est effectivement sujette à débat voire depuis 2005 en contravention avec la loi, tout ce qui participe d'une meilleure visibilité des handicaps, donc de leur déstigmatisation, d'Intouchables à La Famille Bélier, est toujours bon à prendre.

Champions conjugue plusieurs atouts en étant une comédie (certes ultra classique dans son mélange du burlesque de la situation et de l'émotion) sur un type à l'ego hypertrophié apprenant énormément de ceux qu'il supposait dénués de savoir. Marco fait office de “passeur“ pour le spectateur lambda, qui s'identifie à lui dans sa découverte du sport adapté et de ses pratiquants. Javier Fesser tire parti de sa troupe mêlant des comédiens “avec ou sans“ — on ne dispose pas hélas en français de l'équivalent du syntagme disabled/not disabled jadis utilisé par Obama, inversant le doublet habituel en : handicapé/non handicapé — pour donner sa vérité au film. En n'hésitant pas à être cru dans le dialogue, à traiter sur un mode comique dépourvu de toute moquerie l'apprivoisement mutuel entre l'entraînement et les joueurs, mais également à fuir la compassion de dame-patronnesse, le cinéaste à choisi la bonne tactique : il gagne son pari. Et son match.


Champions

De Javier Fesser (Esp, 1h58) avec Javier Gutiérrez, Itziar Castro...

De Javier Fesser (Esp, 1h58) avec Javier Gutiérrez, Itziar Castro...

voir la fiche du film


Marco occupe le prestigieux poste d’entraîneur-adjoint de l'équipe d'Espagne de basket. Mais son mauvais caractère lui pose problème. Après une série de déconvenues dont il est le seul responsable, Marco se retrouve à devoir coacher une équipe de déficients mentaux.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Javier Fesser : « dire que l’on est tous égaux, c’est une manière de juger »

Champions | Sergio Olmo, Gloria Ramos et Jesús Lago — trois des comédiens du film Champions — ont accompagné leur réalisateur Javier Fesser pour l’avant-première parisienne et répondu sportivement à nos questions.

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Javier Fesser : « dire que l’on est tous égaux, c’est une manière de juger »

Champions est votre première expérience à l’écran. Mais aviez-vous une pratique de comédien préalable, ainsi qu’une pratique sportive ? Sergio Olmo : J’avais une expérience pas du basket, mais du football en salle. Avec mon équipe, on a été vice-champions d’Espagne de football en salle, entre 2011 et 2012. Et depuis, je pratique toujours. Au niveau du cinéma, c’était ma première fois dans ce milieu. Je n’avais jamais fait de cinéma ni de théâtre auparavant. Gloria Ramos : Toute petite, je voulais être comédienne, mais c’était là ma première expérience de cinéma. Après le film, je me suis mise au théâtre. En sport, j’ai pratique le judo depuis toute petite et j’ai aussi fait du cheval, mais j’ai vite arrêté car j’ai eu peur. Actuellement, je fais de la danse. Jesús Lago : Je suis acteur professionnel au théâtre depuis cinq ans : je joue actuellement une œuvre qui s’appelle Cascaras Vacias (coquilles vides), de Magda Labarga et Laila Ripoll ; c’est une coproduction du Centre dramatique national d’Espagne,

Continuer à lire

La Isla Minima

ECRANS | Deux flics enquêtent sur des assassinats de femmes dans une région marécageuse et isolée, loin des soubresauts d’un pays en pleine transition démocratique. En mélangeant thriller prenant et réflexion historique, Alberto Rodríguez réalise avec maestria un "True Detective" espagnol. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 juillet 2015

La Isla Minima

Au tout début des années 1980, l’Espagne continue sa transition entre la dictature franquiste et la monarchie républicaine. Les échos de cette mutation ne parviennent que lentement vers une région reculée de l’Andalousie cernée par les marais, où les habitants ont définitivement renoncé à mettre leurs pendules à l’heure. Pourtant, l’assassinat de deux jeunes filles lors des fêtes annuelles va conduire deux flics venus de Madrid à débarquer dans cette communauté fermée et discrète pour faire surgir la vérité et lever les hypocrisies morales. Alberto Rodríguez, cinéaste jusqu’ici plutôt mineur au sein de la nouvelle génération espagnole, parvient très vite à lier ensemble son thriller et le contexte politique dans lequel il l’inscrit. Et ce grâce à la personnalité de ses deux enquêteurs : l’un, Juan, obsédé par la résolution de l’affaire, représente la nouvelle Espagne qui se met en place lentement et tente de remplacer les méthodes expéditives des milices franquistes ; l’autre, Pedro, a plus de mal à oublier ses vieux réflexes et y voit surtout une forme d’efficacité non entravée par les droits des suspects. Mais cette tension se retrouve aussi dans l’intrigue elle-même

Continuer à lire