Sans piper mot : "À genoux les gars"

Comédie | Revenu du diable Vauvert, Antoine Desrosières signe une comédie à la langue bien pendue fouillant à bouche-que-veux-tu les désarrois amoureux de la jeunesse. Une histoire de fille, de mec, de sœurs, de potes, de banlieue hilarante et profonde (sans jeu de mot salace) à la fois.

Vincent Raymond | Mardi 19 juin 2018

Rim sort avec Majid et trouverait cool que sa sœur Yasmina sorte avec le pote de Majid, Salim. Rim en classe verte, Yasmina est pressée par Salim de lui prodiguer une caresse buccale et d'en faire profiter Majid. À contre-cœur, la belle y consent, à condition que sa sœur n'en sache rien. Seulement, Salim la filme…

Entre ce qu'on tente de faire avaler ici par tous les moyens — sans distinctions, bobards ou appendices — et la profusion de discours dont chacun des protagonistes est le généreux émetteur, À genoux les gars tourne autour de l'oralité dans toutes ses acceptions. Et avec une singulière crudité, dépourvue cependant de la moindre vulgarité. C'est l'une des très grandes habiletés de ce film causant vrai d'un sujet casse-gueule sans choir dans la grivoiserie ni le voyeurisme. Le mérite en revient à ses jeunes interprètes, et tout particulièrement aux impressionnantes Souad Arsane et Inas Chanti, également coscénaristes : leur inventivité langagière irrigue de sa verdeur spontanée et de sa fraîcheur percutante un dialogue essentiel à ce projet, que la moindre fausse note ou réplique trop écrite aurait disqualifié.

Le plaisir de la langue

En les écoutant, en incorporant leur tchatche, leur énergie, leur parler d'aujourd'hui comme leurs idées — car il ne faudrait pas croire qu'il n'y a là qu'une série de punchlines vides de sens —, Desrosières atteint ce degré de vérité restitué par Doillon dans Carrément à l'Ouest !, Kechiche dans certains films, Rohmer dans quasiment tous (mais dans un contexte radicalement différent) ; des œuvres ou la puissance du verbe, souveraine, commande à l'action.

À genoux les gars parle ainsi d'une jeunesse contemporaine de banlieue, issue de culture arabe mais non stigmatisée par ses origines, saisie par les pulsions et les tentations de l'âge, le goût pour les joutes en mode Marivaux X PNL, en intégrant l'éclosion progressive d'un féminisme émancipateur, porteur d'épanouissement. Le finale orgasmique (et poétique dans sa pudeur) tranche avec la vision socio-dramatique à laquelle nous sommes, à force, habitués. Voilà le genre de comédie dont on aimerait que les ados s'emparent : qu'il y arrivent échauffés par le soufre de l'argument et qu'ils en repartent un peu ébranlés, mais avec la banane. Si l'on ose dire…

À genoux les gars de Antoine Desrosières (Fr, int. -12 ans avec avert., 1h38) avec Souad Arsane, Inas Chanti, Sidi Mejai


À genoux les gars

De Antoine Desrosières (Fr, 1h38) avec Souad Arsane, Inas Chanti...

De Antoine Desrosières (Fr, 1h38) avec Souad Arsane, Inas Chanti...

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En l'absence de sa sœur Rim, que faisait Yasmina dans un parking avec Salim et Majid, leurs petits copains ? Si Rim ne sait rien, c'est parce que Yasmina fait tout pour qu'elle ne l'apprenne pas. Quoi donc ? L’inavouable… le pire… la honte XXL, le tout immortalisé par Salim dans une vidéo potentiellement très volatile.


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Antoine Desrosières et Inas Chanti : « ce film est un grand #MeToo »

À genoux les gars | Rencontre à deux voix avec le réalisateur et l’un de ses co-scénaristes et interprètes. Le duo complice ayant façonné À genoux les gars évoque les coulisses d’un film atypique, et ses prochaines ramifications à découvrir, voire à entendre…

Vincent Raymond | Mardi 19 juin 2018

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Vous revoici après une éclipse exceptionnellement longue : votre précédent long métrage au cinéma, Banqueroute, datait de 2000… Antoine Desrosières : Ah, ma drôle de carrière… Que dois-je en dire ? Je dois me justifier ? (rires) Je ne me suis jamais perdu, j’ai toujours eu des projets ; simplement, ils ne se montaient pas. Le seul miracle à noter, c’est que j’ai toujours vécu de mon métier sans être obligé d’en faire un autre, et en nourrissant ma famille. Mais les années étaient longues et j’avais l’impression curieuse de mener la vie d’un autre, et non la mienne propre. Ma vie, c’est de faire des films et je voyais les années passer sans faire de films, donc c’était bizarre. Je ne savais pas du tout si j’arriverais à en refaire un jour. Et aujourd’hui, on est là. Mais vous aviez commencé très jeune : À la belle étoile (1993) est sorti pour vos 22 ans… AD : Oui, mais ce n’est pas une raison pour arrêter pendant 18 ans ! L’avance que j’avais prise au début, je l’ai perdue. Bon, Oliveira a fait son premier film au temps du muet et à partir de 70 ans, i

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