Si jeunesse pouvait ! : "Les Affamés"

Comédie | de Léa Frédeval (Fr, 1h35) avec Louane Emera, François Deblock, Nina Melo…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Photo : © Studio Canal


Pauv' Zoé ! À 21 ans, elle cumule étude, stage et p'tit boulot et désespère d'obtenir un job à responsabilités digne de ses compétences. La faute aux méchants z'adultes verrouillant la société. Avec ses colocataires, elle tente de fédérer sa génération pour pouvoir en croquer à son tour…

« Il faut toujours viser la lune car même en cas d'échec on atterrit dans les étoiles ». N'en déplaise à Oscar Wilde, on peut aussi s'écraser tristement, comme une bouse. C'est un peu ce que l'on se dit devant ce premier long-métrage de Léa Frédeval hallucinant de candeur — le degré 1 (celui qu'on retient ?) de l'engagement politico-citoyen.

Reposant sur un argument de classe de 4e et cousu de gags éventés vus dans tous les films de colocs, Les Affamés donnent de la jeunesse contemporaine une image nunuche d'elle-même, fantasmant son Mai-68 en carton, mais incapable de militantisme dans la durée, de se fondre dans un collectif (l'individualisme est trop puissant) et surtout de tenir un discours cohérent — il manque quelques notions de dialectique.

Ajoutons une direction d'acteur calamiteuse qui mène Louane Emera sur les sentiers de la perdition : elle est ici si catastrophique de fausseté geignarde qu'on la prierait bien de rendre son César. On objectera que c'est un affreux géronte qui a rédigé cette critique, et que forcément, il a cher le seum paske le film il est trop frais. Admettons. Mais que les mineurs cœur de cible se rassurent, leur tour viendra : « les jeunes d'aujourd'hui sont les vieux de demain ».


Les Affamés

De Léa Frédeval (Fr, 1h37) avec Louane Emera, François Deblock...

De Léa Frédeval (Fr, 1h37) avec Louane Emera, François Deblock...

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Zoé a 21 ans. Et Zoé en a sa claque d'entendre « c'est normal, t'es jeune ! ». Alors qu’elle emménage en colocation, elle prend conscience qu’elle n’est pas seule à se débattre entre cours, stages et petits boulots mal payés. Déterminée à bouleverser le complot qui se trame, elle unit autour d'elle une génération d'affamés. Ensemble, ils sont bien décidés à changer les choses et à faire entendre leur voix !


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« On essaie de rentrer dans le caractère de notre personnage »

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Vincent Raymond | Lundi 9 juillet 2018

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Pensez-vous que votre voix ait un super-pouvoir ? Louane Emera : Ah, ça c’est pour Gérard ! Gérard Lanvin : Oui… Les trois personnes que vous avez en face de vous ont des “voix“. On n’y peut rien, c’est un don ; on l’a reçu et on s’en sert. En fait, on nous l’a fait découvrir : à un moment, on vous a dit : « tu sais que tu as une fois vachement intéressante » Et c’est là que vous prenez conscience que la voix pour un acteur est vraiment indispensable et fondamentale : elle fait la différence. Elle donne l’énergie. Amanda Lear : Il y a des voix qui vous calment, vous guérissent, vous donnent des érections instantanées… GL : La mienne ! (rires) LE : Moi c’est différent, parce que j’ai vraiment commencé par la musique, par chanter — parce que j’aimais ça. J’ai pas vraiment compris tout de suite ce que cela pouvait faire. C’est après qu’on le ress

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Mythes au logis : "Les Indestructibles 2"

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Mythes au logis :

Après un énième sauvetage destructeur, la famille Indestructible est, comme tous autres super-héros, définitivement hors-la-loi. Mais un milliardaire désireux de les réhabiliter propose à Hélène d’incarner cette reconquête. Pendant ce temps, Bob gère les enfants à la maison, et notamment bébé Jack-Jack qui révèle d’étonnantes dispositions… À cette lointaine époque (il y a… quatorze ans) où les héros masqués étaient moyennement à la mode — Sam Raimi venait tout juste de sortir Spider-Man — Brad Bird avait eu le nez creux en sortant Les Indestructibles. Non seulement il revisitait l’univers codifié des “super“ selon le prisme Pixar, en combinant vision décalée et parodique, mais il permettait indirectement à Disney d’entrer (certes par une porte dérobée) dans ce territoire, jalousement gardé par Warner (Superman, Batman) et la Fox. Et Dieu dans tout ça ? La donne a changé aujourd’hui où la Maison de Mickey possède l’essentiel de la plus grande fabrique à mutants en

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Léa Frédeval : « ma génération doit s’enlever de l’individualisme »

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Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Léa Frédeval : « ma génération doit s’enlever de l’individualisme »

Votre aventure est partie d’un roman ? Léa Frédeval : Oui, Les Affamés a été publié en 2014. Ce sont les édition Bayard qui m’ont commandé le livre… Je n’avais pas prévu d’écrire du tout. J’en étais à ma troisième année de fac dans mon troisième établissement, moi-même en errance, je n’avais aucune piste. J’essayais des choses en faisant de grands écarts universitaires assez fous. Et à la fin de ma troisième année, frustrée par un mauvais résultat, je lance un blog. Pas pour être connue : il y a quinze ans j’aurais ouvert un journal intime. J’ai pris mon ordi et trois semaines plus tard, j’ai reçu un email des éditions Bayard me disant être tombées sur mon blog par hasard et me demandant de faire dans un livre le constat de ma génération. Je l’ai fait, il n’y avait rien de plus sympa. Un an et demi après, on m’a appelé pour l’adapter au cinéma. Comment avez-vous abordé cette première expérience cinématographique ? Il n’y a rien de plus cool à faire dans la vie ; je ne vois pas ce que je pourrai faire de plus enrichissant et beau — où je me s

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"C’est beau la vie quand on y pense" : risques de rejet

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