Guy Lutz : "Guy"

Documenteur | de et avec Alex Lutz (Fr, 1h41) avec également Tom Dingler, Pascale Arbillot…

Vincent Raymond | Lundi 20 août 2018

Photo : © Apollo Films


Pour approcher Guy Jamet, vieille gloire de la musique depuis l'époque yéyé dont sa mère lui a révélé qu'il était son père, Gauthier a entrepris de tourner un documentaire dans l'intimité du chanteur. Mais plus il filme, plus il repousse le moment de révéler son secret à star déclinante…

Pour sa deuxième réalisation, Alex Lutz s'est essayé au format toujours plaisant du documenteur, empruntant l'apparence du documentaire pour servir un propos totalement imaginaire. Filmé en caméra subjective (et à la manière de ces séries télé s'accrochant aux basques d'une célébrité pour en divulguer les jardins secrets), Guy est entrelardé de séquences “d'archives“ forcément bidons retraçant un demi-siècle de sa carrière fictive. C'est sur ce point que Lutz se montre le plus efficace — sans doute sa pratique de la pastille-pastiche n'y est-elle pas étrangère — : ses contrefaçons de tubes années 1960, 1970 et 1980 avec mises en images à l'appui s'avèrent crédibles et drôles au premier degré. Nul besoin d'en rajouter quand les costumes ou les play-backs sont à la base approximatifs.

Mais les prises de vues contemporaines jouent une autre partition, montrant le personnage-titre sous des dehors exagérément ringards et recourant à de grosses ficelles comiques. Lutz va chercher le rire facile avec son Guy pathétique — synthèse à parts variables de Guy Lux, Pascal Danel, Guy Mardel, Hervé Villard et tant d'autres “idoles“ éphémères — dans un segment lui permettant de convoquer des “témoins“ (Drucker, Julien Clerc…) visant à authentifier l'existence de son Jamet. Obnubilé par la volonté de faire la paillasse, il se complaît dans des gags faciles et passe à côté d'un immense potentiel émotionnel : les retrouvailles avec son amours de jeunesse (jouée par Dani), ses confidences d'artiste au bout du rouleau. Parfois, il faut arrêter de faire le clown.


Guy

De Alex Lutz (Fr, 1h41) avec Alex Lutz, Tom Dingler...

De Alex Lutz (Fr, 1h41) avec Alex Lutz, Tom Dingler...

voir la fiche du film


Gauthier, un jeune journaliste, apprend par sa mère qu'il serait le fils illégitime de Guy Jamet, un artiste de variété française ayant eu son heure de gloire entre les années 60 et 90. Celui-ci est justement en train de sortir un album de reprises et de faire une tournée. Gauthier décide de le suivre, caméra au poing, dans sa vie quotidienne et ses concerts de province, pour en faire un portrait documentaire.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Clermont-Ferrand, en long, en large... et en courts

Puy-de-Dôme | Peut-être sera-t-elle capitale européenne de la Culture en 2028. Clermont-Ferrand, n’est pas que la ville-Michelin (même si l’entreprise est omniprésente) et lance sérieusement sa campagne en ce début d’année, au moment où le festival du court, le plus grand au monde, retrouve son public du 28 janvier au 4 février. Cap sur l’attachante capitale auvergnate.

Nadja Pobel | Mardi 18 janvier 2022

Clermont-Ferrand, en long, en large... et en courts

Il faut bien reconnaitre que la consécration de capitale européenne de la culture lui irait comme un gant. En 2023, on saura qui des villes françaises candidates (Amiens, Bastia, Bourges, Clermont, Lens, Reims, Rouen et Saint-Denis) sera à l’honneur en 2028. Ici la Scène Nationale est flambant neuve, le FRAC s’apprête à déménager pour s’agrandir, la Coopérative de Mai est l'une des SMAC les plus remuantes de l’Hexagone et le festival du court-métrage s’apprête à montrer 154 films. D’un lieu à l’autre, balade dans la cité anthracite où les affiches colorées de Castelbajac et du maire socialiste Olivier Bianchi souhaitent, aux passants, une bonne année. Clermont, plein centre Le marché de Noël vient juste de remballer ses cabanes et la place de la Victoire peut laisser apparaitre la majesté de Notre-Dame-de-l’Assomption. Construite comme tant d’habitations de la ville en

Continuer à lire

2022, tous les âges de la danse contemporaine

Danse | L’année 2022 sera l’occasion de réviser ses classiques de la danse contemporaine : Maguy Marin, Jiří Kylián, Ohad Naharin, Pina Bausch… Et entre deux révisions, de découvrir aussi nombre de jeunes talents internationaux.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 4 janvier 2022

2022, tous les âges de la danse contemporaine

L’année chorégraphique commence dans un grand souffle signé Mourad Merzouki. Avec sa nouvelle pièce Zephyr, la figure de proue du hip-hop français lance dix interprètes dans les turbulences d’un vent bien concret sur scène, avec lequel et contre lequel il s’agit de danser, sur une musique signée Armand Amar et au travers d'une scénographie riche en objets divers et étonnants (à la Maison de la Danse du 11 au 21 janvier). Des tourbillons qui se poursuivront avec le Ballet de Genève qui vient à Lyon danser une pièce d’Andonis Fondianakis, Paron, sur un concerto pour violon de Philip Glass, véritable vertige de mouvements calés sur le tempo accéléré de la musique (du 26 au 30 janvier à la Maison de la Danse). Le hip-hop fera son retour à la Maison de la Danse (du 23 au 26 mars) avec deux compagnies, dont une 100% féminine Femme fatale, et M

Continuer à lire

May B de Maguy Marin, voici le DVD

Danse | Créée en 1981, représentée plus de 800 fois à travers le monde, la pièce May B de la chorégraphe Maguy Marin est un monument de la danse contemporaine, et même (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 16 décembre 2021

May B de Maguy Marin, voici le DVD

Créée en 1981, représentée plus de 800 fois à travers le monde, la pièce May B de la chorégraphe Maguy Marin est un monument de la danse contemporaine, et même au-delà. Librement inspirée de l’univers et des écrits de Samuel Beckett, elle met en scène une dizaine de danseurs recouverts d’argile, pour une odyssée mi-drolatique mi-tragique, qui est tout simplement celle de notre condition humaine. Le fils de la chorégraphe, David Mambouch qui a lui-même été danseur pour May B, en a réalisé un film qui sort ce mois-ci en DVD chez Naïa Productions (en parallèle, le cinéaste avait aussi tourné un documentaire sur Maguy Marin : Maguy Marin, l’urgence d’agir). Un DVD qui comporte aussi des images inédites du tournage en bonus.

Continuer à lire

Alice Guy à l'Institut Lumière

Matrimoine | Imaginez la migraine pour les Anglo-saxons : la première cinéaste de l’histoire s’appelait Guy — bon, d’accord de son nom de famille, Alice (1873-1969) (...)

Vincent Raymond | Jeudi 18 novembre 2021

Alice Guy à l'Institut Lumière

Imaginez la migraine pour les Anglo-saxons : la première cinéaste de l’histoire s’appelait Guy — bon, d’accord de son nom de famille, Alice (1873-1969) étant son prénom. Tombée dans l’oubli pendant près d’un siècle, cette pionnière est pourtant réputée avoir signé les premières fictions scénarisées dès l’âge de… 23 ans en 1896, parmi lesquelles La Fée aux choux. Créatrice et volontariste, celle qui débuta comme secrétaire chez Gaumont devint même patronne de studio aux États-Unis, avant de tout perdre — à cause de son époux. Un destin hors du commun, tardivement réhabilité, qui bénéficie d’un double éclairage grâce à Catel & Bocquet. Après leurs albums consacrés à Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges ou Joséphine Baker, les deux auteurs ajoutent un nouveau chapitre à leur superbe série de biographies de grandes figures féminines/féministes. Ils la présenteront à l’Institut Lumière lors d’une conférence à 18h30 le jeudi 25 novembre puis lors d’une dédicace à la librairie La BD le lendemain. Les insc

Continuer à lire

Tanguy Viel : « je trouve les gens très tolérants à la domination »

Littérature | Lorsque Laura, jeune femme de retour dans sa ville natale, demande une faveur au maire sur les conseils de son boxeur de père, également chauffeur de l'édile, débute une tristement banale affaire d'emprise qui conduira à la vengeance la plus triviale. À la suite d'Article 353 du Code pénal, Tanguy Viel, à Passages le 12 octobre, livre avec La Fille qu'on appelle le deuxième acte d'un diptyque judiciaire, qui ausculte la question du consentement. Où les phrases s'enroulent jusqu'au vertige autour d'une colère qui sourd jusqu'à l'explosion.

Stéphane Duchêne | Jeudi 7 octobre 2021

Tanguy Viel : « je trouve les gens très tolérants à la domination »

Au départ de votre livre il y avait le désir d'écrire sur la boxe, de faire votre Raging Bull, avez-vous dit. Comment est né La Fille qu'on appelle, comment son sujet — la question de l'emprise et du consentement — a-t-il fini par dépasser votre désir initial ? Tanguy Viel : Cela s'est fait en deux temps très distincts. J'ai en effet d'abord rêvé un roman de boxe qui s'est un peu écroulé sur lui-même. Et puis quelques mois plus tard est née cette figure de jeune fille. C'est au moment où les deux se sont rencontrés, le boxeur et la jeune fille, que j'ai senti que je tenais le roman, comme si l'un était nécessaire à l'autre. Je crois que la boxe donne une dimension romanesque, mythologique à une histoire qui sans cela serait trop triviale à mon goût. Il y a dans le livre comme l'écho des innombrables affaires ayant éclaboussé le monde, disons, politico-culturel. Jusqu'à présent vos livres se voulaient très romanesques, hors du réel. Quand on s'approche, comme vous le faites ici, de l'actualité, comment maintenir le cap d'une ambition vér

Continuer à lire

Un livre sur Guy Darmet, catalyseur de la danse à Lyon

Danse | Un ouvrage signé de la journaliste Marie-Christine Vernay et consacré à Guy Darmet retrace une certaine histoire de la danse : Danse la vie, danse la ville.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 9 septembre 2021

Un livre sur Guy Darmet, catalyseur de la danse à Lyon

D’abord journaliste à Lyon, Marie-Christine Vernay a ensuite rejoint Paris et le quotidien Libération pour lequel elle a été critique de danse. A travers la figure de Guy Darmet (né à Lyon en 1947), son livre Danse la vie, danse la ville, tente, sous forme de petits récits éclatés et kaléidoscopiques, de retracer plus de trente ans d’histoire de la danse à Lyon (et au-delà). « Ce livre est constitué d’une multitudes d’histoires courtes où l’on croise beaucoup de danseurs et de chorégraphes, une équipe de choc autour de Guy, le solitaire, l’exigeant et parfois le colérique » annonce-t-elle dans la préface. Ancien journaliste culturel lui-même, Guy Darmet a pris la direction artistique de la Maison de la Danse à la Croix-Rousse en 1980, avant que celle-ci ne déménage dans le 8e arrondissement en 1992. Il fut aussi à l’initiative de la Biennale de la Danse (première

Continuer à lire

Maguy Marin, remontages et reprises

Danse Contemporaine | Le philosophe Walter Benjamin pensait que l’Histoire ne se lit pas une seule fois de manière chronologique, mais qu’elle est chaque fois le fruit d’un (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 9 septembre 2021

Maguy Marin, remontages et reprises

Le philosophe Walter Benjamin pensait que l’Histoire ne se lit pas une seule fois de manière chronologique, mais qu’elle est chaque fois le fruit d’un montage ou d’un remontage entre deux événements, deux citations, deux images… C’est en suivant cette idée que la chorégraphe Maguy Marin s’est plongée récemment dans la Guerre du Péloponnèse pour sa dernière création au Festival d’Avignon 2021, Y aller voir de plus près. On est impatients que cette pièce passe à Lyon et, en attendant, la chorégraphe reprendra à la Maison de la Danse l’une de ses pièces les plus puissantes et bouleversantes, Umwelt datant de 2004. Sous un souffle d’air continu et le flux d’une guitare électrique, les danseurs viennent exécuter de courtes actions (manger, crier, s’aimer, se battre…) au milieu de rangées de souples miroirs… Soit une représentation mi-comique, mi-tragique, de la vie quotidienne avec ce qu’elle peut avoir de plus beau et de plus laid. Par ailleurs, David Mambouch (fils de

Continuer à lire

"Présidents" d'Anne Fontaine : vieilles choses publiques

Comédie | Enchaînant films et sujets opposés, Anne Fontaine s’attaque après Police à l’étage supérieur : le pouvoir suprême et ceux qui l’ont exercé… lorsqu’ils en sont dépossédés. Entre fable et farce, une relecture des institutions et de l’actualité politique bien plus intéressante que ce que les teasers-sketches laissaient supposer…

Vincent Raymond | Mercredi 30 juin 2021

Reconverti en homme d’intérieur dépressif, l’ex président Nicolas S. prend pour prétexte la popularité grandissante de la candidate d’extrême-droite pour partir en Corrèze afin de convaincre son ancien adversaire et successeur François H. de monter un nouveau parti avec lui. La cohabitation sera d’autant plus rude qu’ils sont opposés en tout, et que leurs compagnes s’invitent dans la campagne… Une évidence en préambule : sur les arcanes de la Ve République — et ses bruits de cabinet, diront les mauvaises langues — il sera difficile de parvenir un jour à se montrer plus complet que le magistral L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller. Rien n’empêche toutefois d’attaquer le sujet par la bande, en se focalisant sur des espèces s’ébattant dans cet écosystème. Tels les Présidents du film homonyme d’Anne Fontaine construit comme une fable dont les protagonistes ne seraient pas de grands fauves, mais deux ex éconduits par leur bien-aimée, trompant ensemble leur déni dans l’illusoire espoir d’une reconquête. Sauf que la belle, de plus en plus v

Continuer à lire

Nuits de Fourvière : bienvenue au théâtre des Flandres

Théâtre | Les Nuits de Fourvière s’apprêtent à faire souffler un vent de Flandres revigorant sur le théâtre lyonnais. Guy Cassiers, les comp. Marius et les tg STAN débarquent du Thalys avec leur art de l’immédiateté, que ce soit dans des décors minimalistes ou dans la sophistication des images. Au centre : le texte. Embarquement immédiat.

Nadja Pobel | Vendredi 11 juin 2021

Nuits de Fourvière : bienvenue au théâtre des Flandres

Il y a les flandriennes et les flandriens. Les premières désignent ces classiques cyclistes à se damner qui font les beaux jours du début du printemps et embarquent le peloton sur ses murs et ses monts. Les seconds sont les artistes que les Nuits de Fourvière accueillent dans cette édition : Guy Cassiers, les tg STAN et les comp. Marius. Le premier est un des symbole de la "vague flamande" qui a vu renaitre dans les année 90 sur la scène européenne les arts de la scène néerlandophone avec Jan Lawers, Jan Fabre, Anne Teresa De Keersmaeker… Les deux collectifs ont cheminé ensemble au Conservatoire d’Anvers ; Waas Gramser a co-fondé les tg STAN puis travaillé en compagnie avec Guy Cassiers de 1994 à 2005 avant de fonder les Marius avec Kris Van Trier. Auteurs vivants et mythes Tout trois ne travaillent pas avec les mêmes outils mais placent au cœur de leur réflexion le texte et la

Continuer à lire

Pas celle que vous croyez : "Miss" de Ruben Alves

Comédie | Une comédie grand public aux accents de feel good movie.

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Pas celle que vous croyez :

Passer de l’exception à l’acceptation : telle est la situation d’Alex dans Miss, où un jeune homme à demi-marginalisé recherche un épanouissement libérateur en mentant sur son identité et en participant au concours Miss France… Signée Ruben Alves, cette comédie grand public aux accents de feel good movie devrait contribuer à dégetthoïser la situation des personnes transgenres — d’autant qu’elle est tournée avec la transparente complicité du Comité Miss France (qui s’achète ici une image de modernité, alors même que ses statuts poussiéreux prouvent régulièrement leur inadéquation avec la société contemporaine) et de comédiens hyper-populaires, comme Isabelle Nanty ou Thibaut de Montalembert en trav’…ailleuse du sexe au Bois. Mais ce film, qui tient beaucoup du conte d’Andersen, ne tiendrait pas sans la personne ni la personnalité d’Alexandre Wetter, qui fait ex

Continuer à lire

Affaires de famille : "Mon Cousin" de Jan Kounen

Comédie | Le retour de Jan Kounen, avec une comédie. Et Vincent Lindon.

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Affaires de famille :

Hasard des dé/re/programmations, ce nouveau Jan Kounen va voisiner sur les écrans avec les films de Gaspar Noé et d'Albert Dupontel, auteurs avec qui le réalisateur partage une fugace figuration parmi les pensionnaires d’un hôpital psychiatrique dans Mon Cousin. Cette camaraderie rappellera à ceux qui pensent trouver ici un “simple“ buddy movie qu’ils pourraient bien en être. Certes, il s’agit bien d’une comédie de caractères reposant sur la réconciliation entre un milliardaire aigri et un exalté cyclothymique sur fond d’héritage, cousue sur mesure pour Lindon (d’ailleurs crédité au scénario) et Damiens. Mais au-delà de la farce et de la critique, il y a une interprétation à la Piccoli chez Sautet pour le premier, et une totale projection des valeurs new age de Kounen dans le personnage du second. Ajoutez l’habituelle mise en scène virtuose de l’auteur de Dobermann et vous aurez une fable oscillant entre burlesque et mélancolie, anticipant avec une redoutable acuité le besoin de nature, d’espace et de contacts humain des urbains post-confinement.

Continuer à lire

Elle fut la première : "Be Natural, l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché"

Documentaire | Première femme-réalisatrice de l’histoire du cinéma, Alice Guy-Blaché a joué un rôle essentiel dans le devenir cet art naissant : un documentaire édifiant, malgré une forme un peu galvaudée. (Un article signé Anna Soloviova)

Vincent Raymond | Jeudi 25 juin 2020

Elle fut la première :

Née en 1873, Alice Guy-Blaché commence à travailler comme sténographe avec Léon Gaumont, l’un des producteurs de l’aube du cinéma. Elle est l'autrice de la première fiction cinématographique, La Fée aux choux (1896), avant de superviser une grande partie de la production Gaumont. Envoyée en 1907 aux États-Unis, elle y crée sa propre maison de production qui connait un essor important, avant de s’effondrer. S’appuyant sur un travail d’enquête minutieux, ce documentaire met en avant les qualités de l’œuvre cinématographique de cette pionnière longtemps passée sous silence, soulignant sa grande maitrise technique, son progressisme moral (féminisme, inclusion des acteurs noirs), ou encore son mantra à l’adresse des acteurs : « be Natural ». Porté par la voix-off de Jodie Foster, actrice et réalisatrice dont l’engagement et le talent en font une manière d'héritière d’Alice Guy

Continuer à lire

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un vrai bonhomme | Pour son premier long-métrage, Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le “coming at age movie“ — une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnages d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnue, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; j’ai essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie “la plus intéressante“. Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : “et si“ on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait ? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de

Continuer à lire

Je mets mes pas dans les pas de mon frère : "Un vrai bonhomme"

Comédie Dramatique | Un adolescent solitaire s’appuie sur le fantôme de son aîné pour s’affirmer aux yeux de ses camarades, de la fille qu’il convoite et de son père qui l’ignorait, perdu dans le deuil de son fils préféré. Une brillante première réalisation signée par le coscénariste de Mon Inconnue.

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Je mets mes pas dans les pas de mon frère :

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shyamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitret

Continuer à lire

Chienne de vie ! : "Mon chien Stupide"

Comédie | Jadis écrivain prometteur, Henri n’a rien produit de potable depuis des années. La faute en incombe, selon lui, à sa femme et ses enfants qu’il accuse de tous ses maux. Lorsqu’un énorme molosse puant et priapique débarque ex nihilo dans sa vie, il y voit un signe bénéfique du destin.

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Chienne de vie ! :

Les personnages perdant toute inhibition pour cracher une misanthropie sans filtre au monde entier emportent facilement la sympathie du public, qui aimerait bien souvent se comporter comme eux. Incorrect au plus haut degré, l’égotique Henri est de cette race d’anars domestiques en ayant soupé des convenances et du masque social ; peu lui chaut de dire ses quatre vérités à son épouse ou à sa progéniture. En cela, il évoque beaucoup le narrateur de American Beauty (1999) — dont on se demande par ricochet s’il n’a pas été inspiré par le roman posthume de John Fante que Yvan Attal adapte ici. Mais aussi cet autre écrivain obsessionnel et râleur, héros de Kennedy et moi (1999), campé par Jean-Pierre Bacri. D’ailleurs, cela peut-être l’enseignement principal de Mon chien stupide, Yvan Attal se révèle parfait pour tenir les emplois échéant habituellement à Bacri. Cruelle et jubilatoire variation sur la crise de la cinquantaine, cet authentique film de famille joue la connivence avec le spectateur en mettant une nouvelle fois en scène le vr

Continuer à lire

Lucie Campos nouvelle directrice de la Villa Gillet

Mercato | Le successeur de Guy Walter à la tête de la Villa Gillet est désormais connu et c'est une femme : il s'agit de Lucie Campos, membre du jury du Booker International Prize et de la revue La Vie des idées. Elle prendra son poste le 1er novembre.

Sébastien Broquet | Jeudi 5 septembre 2019

Lucie Campos nouvelle directrice de la Villa Gillet

Guy Walter, l'historique directeur de la Villa Gillet, a pris sa retraite avant l'été. La question de sa succession était donc posée depuis plusieurs mois, avec d'autant plus d'acuité que les tutelles (Région, Ville, DRAC) réfléchissaient en parallèle à l'évolution du modèle et au projet à défendre dans le futur par ce lieu créé en 1989, le jeune retraité l'incarnant autant qu'un Thierry Frémaux à l'Institut Lumière et l'ayant clairement marqué de son empreinte durant 30 ans, l'imposant comme un spot incontournable des idées et de la littérature en France, à travers en particulier les Assises Internationales du Roman. Un audit a ainsi été commandé à un cabinet extérieur en début d'année, afin d'évaluer les possibles changements comme les désirs et idées de l'équipe en place, fortement réduite après la baisse drastique de subventions faisant suite à un rapport incisif de la Chambre Régionale des Comptes début 2016, qui mettait alo

Continuer à lire

Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Danse | Festivals installés comme Sens Dessus Dessous ou le Moi de la Danse, chorégraphes stars tels Christian Rizzo ou Merce Cunningham, découvertes potentielles : voici les dix dates que les amateurs de danse se doivent de cocher de suite sur leur agenda.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 septembre 2019

Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Spirituelle La grande chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker tisse toujours des liens singulièrement étroits entre la musique et ses chorégraphies : qu'il s'agisse de musique classique (Beethoven, Mahler...) ou plus contemporaine (Joan Baez, Steve Reich...). Créée en 2005 avec Salva Sanchis, sa pièce A Love Supreme explore l'album éponyme de John Coltrane, album mythique du Free Jazz. Chaque danseur est associé à un instrument du quatuor de Coltrane, et l'écriture précise de De Keersmaeker s'octroie ici une part de liberté et d'improvisation (à l'instar du jazz). Douze ans après, en 2017, la pièce est recréée avec quatre nouveaux interprètes et leurs nouvelles sensibilités. A Love Supreme À la Maison de la Danse du 1er au 3 octobre Technique Les pièces de Merce Cunningham sont d'une difficulté technique rare, et le Ballet de l'Opéra en compte déjà plusieurs à son répertoire. Cet automne, le Ballet présentera deux pièces du maître new-yorkais, créées à vingt ans d'intervalle : Exchange (1978) et Scenario

Continuer à lire

Danse Cocotte !

Danse | Le Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape, toujours privé de ses locaux habituels (suite à un incendie), organise une nouvelle édition de l'étonnant (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 juin 2019

Danse Cocotte !

Le Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape, toujours privé de ses locaux habituels (suite à un incendie), organise une nouvelle édition de l'étonnant festival Cocotte. Ce samedi 22 juin, de 16h à minuit sur le parvis du CCNR puis au studio de danse de La Velette, c'est une véritable ribambelle de performances, de concerts, de pièces de danse, de cirque et de théâtre qui sera proposée... Avec notamment un bal participatif animé par Jérôme Oussou, un extrait de l'une des pièces de la figure montante de la scène contemporaine française Anne Nguyen (À mon bel amour, à partir de krump et de popping), une performance du metteur en scène et acteur lyonnais Michel Raskine, le rock électro de Mona Kazu, deux soli de Cindy Van Acker... Et pour clore les festivités, le chorégraphe belge Daniel Linehan présentera son solo performatif, Not about everything (2007), basé sur un mouvement

Continuer à lire

Alan Menken : « il fallait que je maintienne l’intégrité de mon bâtiment »

Aladdin | Compositeur historique des studios Disney, lauréat de huit Oscar — dont deux pour la version animée de Aladdin —, le toujours affable Alan Menken est venu converser (au piano) de son travail au long cours sur ses partitions…

Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Alan Menken : « il fallait que je maintienne l’intégrité de mon bâtiment »

Quel a été votre processus d’écriture pour ce film ? S’agit-il d’une “réécriture” ? Alan Menken : Écrire la musique pour un film animé est différent que pour un film en prises de vues réelles : il faut trouver des moments plus intenses et d’autres plus courts, des thèmes musicaux qui reviennent encore et encore… Au début d’Aladdin, j’ai été inspiré par des gens comme Fats Waller. Ensuite, pour la comédie musicale Aladdin — qui est sur scène depuis longtemps à Broadway mais n’a pas encore été jouée à Paris —, c’est encore très différent : j’ai dû écrire davantage de chansons et penser différemment… Enfin, ça a évolué vers cette version en prises de vues réelles, qui a nécessité que je modifie la musique afin qu’elle colle mieux. Écrire trois fois une partition, je l’avais déjà fait pour La Belle et La Bête. La clef pour vraiment y p

Continuer à lire

Super calife agile : "Aladdin"

Disney | De Guy Ritchie (É-U, 2h09) avec Mena Massoud, Naomi Scott, Will Smith…

Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Super calife agile :

Se livrant à ses activités délictuelles dans la cité d’Agrabah, le jeune tire-laine Aladdin sauve la princesse Jasmine qu’il prend pour une servante et en tombe amoureux. Grâce aux pouvoirs d’une lampe magique (et de son génie), il deviendra prince et sauvera le royaume du félon vizir… Même s’il se montre ici singulièrement calme — oubliez le surmontage rehaussé de ralentis et d’effets de variation de vitesse de défilement dont il est d’habitude si friand — le frénétique Guy Ritchie a d’emblée le mérite de remettre le minaret au centre du village, c’est-à-dire de renvoyer au cimetière du carton-pâte le pitre franchouillard piètre simulacre d’Aladdin en jouant la carte de la superproduction à l’ancienne, avec danseurs par milliers, éléphants et costumes chamarrés pour tout le monde. Bien sûr, il y a du numérique, mais il ne remplace pas les immenses plans d’ensemble où les chorégraphies prennent vie. Will Smith n’étonne guère dans la peau (bleue) du génie : sur le papier, il était évident qu’un showman de sa trempe glisserait aisément ses pieds da

Continuer à lire

Salut la compagnie ! : "Maguy Marin : l'urgence d'agir"

Documentaire | De David Mambouch (Fr, 1h48) avec Maguy Marin…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Salut la compagnie ! :

Prenant l’emblématique pièce May B. comme fil rouge, David Mambouch retrace le parcours de Maguy Marin en sa compagnie et celle des membres… de sa compagnie. Un regard intime et familial embrassant près d’un demi-siècle d’une aventure chorégraphique particulière… Cela fait près de quarante ans que David Mambouch suit au plus près le travail de la chorégraphe Maguy Marin, dans les coulisses et en bord, voire sur scène. Et pour cause : il est son fils. C’est donc de l’intérieur qu’il peut témoigner de la progressive construction d’une œuvre, dans sa cohérence et son intégrité morale (en résonance avec des enjeux sociaux et des problématiques historiques, économiques ou humanistes), mais aussi de ses nécessaires évolutions artistiques — comme l’introduction de la parole, le glissement vers la “non-danse“, rendant plus intelligible encore le propos ou le message politique sous-tendant chacune de ses créations. Portrait collectif d’une femme de troupe indissociable de ses compagnons de route, mettant en avant un goût viscéral pour la transmi

Continuer à lire

Toutes les routes mènent au Vietnam

Cirque & Jazz | Confluences n'est pas que ce musée dont le succès jamais ne se dément, c'est aussi depuis son ouverture il y a 4 ans un lieu de création de spectacles. OverSeas est le plus ambitieux des projets montés jusque-là. Arpentage des coulisses et répétitions avec des artistes vietnamiens, entre jazz, cirque et danse, avant les représentations des 25, 26 et 27 octobre.

Nadja Pobel | Mardi 23 octobre 2018

Toutes les routes mènent au Vietnam

Une collaboration au long cours va se cristalliser fin octobre au Musée des Confluences. Celle du jazzman Nguyen Lê et du co-directeur du Cirque National du Vietnam, Tuan Lê. Le premier poursuit un compagnonnage entamé dès le commencement du musée avec un projet autour de Guimet et l'Asie, puis un deuxième lié à la Corée. Cette fois, il se livre à un travail plus personnel : la commande était de traiter des minorités ethniques du Vietnam, un pays que ses parents ont quitté à vingt ans pour la France, devenant ainsi des Vietkeu, ces vietnamiens qui ont fuit leur pays à la chute de Diên Biên Phu parce qu'ils collaboraient avec les Français et qui, à partir de 1996, ont eu l'autorisation de revenir en Asie. Caroline Guiela Nguyen, fille de Vietkieu comme Nguyen Lê, avait consacré à ce sujet un spectacle de théâtre ovationné à Avignon en 2016, Saïgon. Des minorités ethniques il n'est pas question ici, mais le sujet du Vietnam est au cœur de ce spectacle puisqu'est évoquée la diaspora. Se retrouv

Continuer à lire

Coup de balai

Danse | Une danseuse de Ballet (de l'Opéra de Lyon) qui passe le balai (à l'Opéra), et c'est toute une métaphore ironique que met en scène la chorégraphe Maguy Marin dans (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 octobre 2018

Coup de balai

Une danseuse de Ballet (de l'Opéra de Lyon) qui passe le balai (à l'Opéra), et c'est toute une métaphore ironique que met en scène la chorégraphe Maguy Marin dans Cendrillon. Ici, les rêveries de princesse et de prince, sur fond musical de Prokofiev, reviennent littéralement aux cendres de l'enfance : et c'est très logiquement que Maguy Marin revisite Cendrillon en installant sa chorégraphie dans un décor de magasin de jouets un peu poussiéreux, peuplé de "soldats de bois" (le prince par exemple), de poupées, de pantins, tous aussi maladroits qu'un enfant sans formation se lançant dans un pas de deux. Cette pièce créée en 1985 (et fruit d'une commande de l'Opéra de Lyon), bourrée de grotesque grinçant et d'une critique à peine voilée de la société de consommation, est paradoxalement devenue un tube de la danse contemporaine ! Et ne cesse, de saison en saison, d'être reprise au programme du Ballet de l'Opéra... au grand dam sans doute de ses danseurs étriqués et étouffés dans de pesants costumes. Pour celles et ceux qui ne l'aura

Continuer à lire

"Ligne de Crête" : la colère étouffante de Maguy Marin

Biennale de la Danse | Bam ! Maguy Marin nous donne une grosse claque au TNP. Mais pour nous réveiller ou pour nous assommer ?

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 13 septembre 2018

Imaginez un remake contemporain des Temps modernes de Chaplin tourné par Michael Haneke, et vous obtiendrez, peu ou prou, la nouvelle création de Maguy Marin présentée à la Biennale de la Danse. Soit (comme chez Haneke) un véritable piège à spectateur où, sous les coups de butoir du son très amplifié d'une photocopieuse, six interprètes cheminent mécaniquement sur un plateau représentant un open space. Chacun vient, en entrées et sorties de scène répétitives, déposer dans son propre bureau quelques objets. Des objets d'abord raccords avec la situation (des stylos, un encas pour la pause déjeuner, une lampe...), puis des objets de plus en plus incongrus (vêtements, paire de skis, puzzle, perruques...). Et cela continue ainsi, pendant une heure, jusqu'à saturation et au syndrome de Diogène (maladie de l'entassement), sans interruption ni changement, si ce n'est quelques bugs furtifs des danseurs sur leurs trajets, ou quelques spasmes préfigurant un burn out. Leçon d

Continuer à lire

Peeping Tom et Maguy Marin ouvrent la Biennale

Biennale de la Danse | La Biennale de la Danse débute, mardi prochain, avec deux chocs chorégraphiques : Maguy Marin et Peeping Tom.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 3 septembre 2018

Peeping Tom et Maguy Marin ouvrent la Biennale

« La danse, et par conséquent le théâtre, n'ont pas encore commencé à exister » écrivait en 1948 Antonin Artaud dans le Théâtre de la cruauté. Cette phrase pourrait nous servir de grigri avant de se lancer dans une nouvelle Biennale de la Danse, avec l'espoir, à chaque édition, d'y être bouleversé, chamboulé dans ses repères artistiques, désorienté... Le cru 2018 s'annonce sous les meilleurs auspices, et, surtout, commence fortissimo avec une nouvelle création de Maguy Marin (Ligne de crête), et la venue à Lyon du collectif bruxellois Peeping Tom pour transmettre au Ballet de l'Opéra l'une de ses pièces phares, 32 rue Vanderbranken (rebaptisée 31 rue Vanderbranken pour l'occasion). On connaissait les affinités de Peeping Tom avec le cinéma en général, et celui de David Lynch en particulier, mais cette pièce-ci est inspirée de Kurosawa et de La Ballade de Narayama, où une vieille dame est contrainte de s'isoler dans une montagne. L'exploration de l'intime (par dix-neuf interp

Continuer à lire

Canaille Peluche : "Le Doudou"

Comédie | Employé à Roissy, Sofiane excelle dans les magouilles foireuses et le baratin. Découvrant l’avis de recherche d’un nounours perdu, il espère dans un premier (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 juin 2018

Canaille Peluche :

Employé à Roissy, Sofiane excelle dans les magouilles foireuses et le baratin. Découvrant l’avis de recherche d’un nounours perdu, il espère dans un premier temps escroquer des parents aux abois. Mais finit par partager l’obsession du papa excédé : retrouver le précieux doudou. Première réalisation de Philippe Mechelen & Julien Hervé, ce buddy movie des familles se révèle bien plus sympathique que Les Tuche, la série à succès commise par le duo. Car s’y côtoient en bonne intelligence et avec rythme de l’absurde (un maître-chien psychopathe persuadé que son dogue est sa “fille“, des châtelains fin de race et hors d’âge), une pointe d’incorrection (Isabelle Sadoyan, dans son ultime rôle, campe une vieille résistante frappée d’Alzheimer révélant ses sympathies collabo) ainsi qu’une certaine tendresse de mieux en mieux assumée par Kad Merad. Paupière lourde de patriarche à l

Continuer à lire

Guy Ben-Ner présente "Escape artists" à la BF15

Vidéo | Depuis le début des années 1990, l'artiste vidéaste israélien Guy Ben-Ner (né en 1989) met en scène sa propre famille et ses espaces intimes, pour glisser peu à peu (...)

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 11 juin 2018

Guy Ben-Ner présente

Depuis le début des années 1990, l'artiste vidéaste israélien Guy Ben-Ner (né en 1989) met en scène sa propre famille et ses espaces intimes, pour glisser peu à peu vers des atmosphères fantastiques, et entremêler sa vie privée à de nombreuses références de l'histoire de l'art. Pour sa première exposition personnelle en France, Guy Ben-Ner présente à la BF15 (jusqu'au 28 juillet) deux films, dont sa toute dernière production intitulée Escape artists. Ce film est une œuvre collective issue des ateliers vidéo que donne l'artiste depuis trois ans dans la prison de Holot, dans le désert du Néguev près de la frontière avec l'Égypte, où des demandeurs d'asile venus du Soudan et d’Érythrée sont enfermés. Les caméras y sont interdites et c'est avec des téléphones portables que les réfugiés ont réalisé un film qui donne, certes, la parole aux demandeurs d’asile, mais qui est surtout une manière d'inventer de nouvelles formes de cinéma.

Continuer à lire

Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

Biennale de la Danse | La programmation de la prochaine Biennale de la Danse a été dévoilée cette semaine, et réunit, a priori, tous les ingrédients d'une édition réussie : risquée, créative, pluridisciplinaire.

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 10 juin 2018

Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

À deux exceptions japonaises près, la Biennale de la Danse 2018 est une Biennale européenne. Elle s'annonce donc moins exotique qu'à l'accoutumée, mais plus exigeante artistiquement, et plus aventureuse dans ses formes d'expression... L'un des fils rouges de cette édition est celui des liens entre la danse et les images, images issues des nouvelles technologies notamment. Ce fil rouge ira, par exemple, de l'utilisation par Merce Cunningham (1919-2009) du logiciel informatique DanceForms (mouvements et enchaînements générés par ordinateur) pour sa pièce Biped, à des créations s'étayant sur la réalité virtuelle par le chorégraphe suisse Gilles Jobin ou par le poète circassien Yoann Bourgeois (artiste très présent dans cette Biennale avec trois spectacles). 27 créations et premières Parmi les 42 spectacles programmés en salles, on compte 27 créations et premières françaises qui constituent le cœur de cette Biennale et, bien souvent, celui de nos attentes... Maguy Marin cré

Continuer à lire

Tranche de quartier de Big Apple : "Manhattan stories"

New-yorkais | de Dustin Guy Defa (É-U, 1h25) avec Abbi Jacobson, Michael Cera, Tavi Gevinson…

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Tranche de quartier de Big Apple :

Morceaux choisis prélevés dans l’un des plus fameux arrondissements new-yorkais au cours d'une journée ordinaire (?) en compagnie d’une apprentie journaliste, d’un amateur de vinyles, d’un dépressif, d’une lycéenne et de tous ceux qu’ils rencontrent au gré des hasards de la vie… Entremêlant ses intrigues façon patchwork, ce faux film à sketches lorgne moins l’ode solennelle de Woody Allen que le puzzle baroque de Wayne Wang et Paul Auster consacré au borough quasi-limitrophe, Brooklyn Boogie (1995), voire le roman fondateur de Dos Passos, Manhattan Transfer, célébrant la diversité profuse et cependant, déjà, interconnectée des habitants de l’île. Bon, pour la diversité, on repassera : les protagonistes sont, pour la plupart, de braves bobos nantis de problèmes de riches. Cela n’exclut pas des faits de délinquance pouvant aller jusqu’à l’homicide. Mais leur nature, leur mobile, leurs mode d’exécution n’ont rien à voir avec un Scorsese d’antan, ni un blaxploitation vintage : ici, la présumée meurtrière ressemble aux coupables des épisode

Continuer à lire

Saga Saïgon

Théâtre | La jeune metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen proposera au Théâtre de la Croix-Rousse, du mercredi 4 au samedi 7 avril, une fresque théâtrale (3h20 tout de même), ovationnée cet été à Avignon, sur le destin des Vietnamiens contraints à l'exil en France au milieu des années 1950.

Nadja Pobel | Mardi 27 mars 2018

Saga Saïgon

Après avoir fait un détour par Flaubert (Elle brûle, adapté de Madame Bovary) et proposé le récit d'une perte (Le Chagrin), la jeune metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen a embrassé un sujet qui coule dans ses veines : celui de son histoire personnelle qui croise le récit contemporain de l'Indochine, du Vietnam et de la France. Elle a alors porté sur le plateau, de façon panoramique, ce qui s'est joué entre Saïgon et Paris au cours de la seconde moitié du XXe siècle, soit notamment le déchirement des "Viet kieu", poussés à rejoindre la métropole à la chute de Diên Biên Phu parce qu'ils collaboraient avec les Français et qui, à partir de 1996, ont eu l'autorisation de revenir en Asie. Qui sont-ils ? Comment conjugu

Continuer à lire

La force politique de la danse de Maguy Marin

Sens Dessus Dessous | Immense danseuse et chorégraphe multi-primée, cette enfant d’exilés du franquisme n'a de cesse de mettre son art au service de la résistance à la violence du monde. Via sa dernière création Deux mille dix sept et la transmission d'une de ses œuvres phare à de jeunes artistes, May B, Maguy Marin est très présente dans les prochaines semaines. Et c'est une chance.

Nadja Pobel | Mardi 20 février 2018

La force politique de la danse de Maguy Marin

Qu'est-ce qui vous pousse à vous remettre au travail et faire une nouvelle création comme Deux mille dix sept, dont la première a eu lieu en octobre à Vandœuvre-les-Nancy ? Maguy Marin : L'état social est assez catastrophique, de plus en plus de gens tentent de survivre, prennent des bateaux pour vivre. Cette situation n'arrête pas de cogner. Et quand je me suis remise au travail, je me suis dit qu'il fallait essayer de se donner du courage. Mon principal objectif est de renvoyer cette violence puisque on a l'impression qu'on est comme abasourdi, assez impuissants devant ce qui se passe, il n'y a pas de mobilisation suffisante. Des gens se battent bien sûr par groupes, associations, il y a parfois des manifs mais au fond on devrait tous se lever et agir. La danse, c'est votre façon de vous lever ? Oui mais c'est bien insuffisant. C'est mon territoire de travail disons ; c'est l'axe que je suis donc c'est à partir de là que j'essaye d'agir. Vous avez beaucoup lu pour créer ce spectacle, le travail a été long, depuis décembre 2016. Vous avez

Continuer à lire

Il leur manque des cases : "Les Aventures de Spirou et Fantasio"

BD BRADÉE | de Alexandre Coffre (Fr, 1h29) avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bedia…

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Il leur manque des cases :

Un rat d’hôtel roux déguisé en groom et un journaliste frustré en quête de scoop partent à la recherche d’un inventeur de génie enlevé par un atrabilaire maléfique, désireux de dominer le moooonde. Et voilà comment déboulent des bulles Spirou, Fantasio, Champignac et Zorglub… Réussir l’adaptation d’une bédé au cinéma tient de l’exploit, surtout lorsqu’il s’agit de l’école franco-belge : seul Alain Chabat s’en est tiré sans trop de dégâts (et encore, au risque de défriser la doxa, avec plus de réussite dans Le Marsupilami que dans Mission Cléopâtre). Les raisons expliquant qu’Alexandre Coffre achoppe sont obvies à la vision de ce film d’aventures bon marché. Par exemple, gratifier ses personnages principaux d’un air ahuri permanent et faire jouer à Alex Lutz — qui

Continuer à lire

Du théâtre pour panser

L'essentiel de la saison | Au vu des programmations hétéroclites (trop) touffues et qui confèrent aux différents théâtres des identités de plus en plus floues, émerge une vague de trentenaires qui, au travers de faits historiques, ou simplement d’histoires d’aujourd’hui, livrent un travail précis, exigeant pour panser nos plaies intimes ou universelles.

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

Du théâtre pour panser

Laïka. Avec l’évocation de cette petite chienne jamais revenue de l’espace et de la guerre froide spatiale russo-US, c’est tout un pan d’un monde bien amoché que déploie David Murgia, celui de maintenant, en relatant la vie d'un clochard, de vieilles dames ou d'une prostituée. Il retrouvera le Théâtre de la Croix-Rousse (du 17 au 21 octobre) où il est passé récemment seul (Discours à la nation) ou en collectif avec ses amis du Raoul (Le Signal du promeneur et Rumeurs et petit jour). À nouveau, il travaille en binôme avec Ascanio Celestini et donne à ce texte puissant une fulgurante densité, ajoutant à la pertinence du propos une véritable performance de comédien. Et pour s’intéresser aux gens de peu, que Macron, dans son propos le plus détestable depuis son élection, a qualifié de « ceux qui ne sont rien » en opposition

Continuer à lire

Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Portrait | Il a révélé en France Asghar Farhadi ou Joachim Trier, et accompagne désormais Nuri Bilge Ceylan ou Bruno Dumont. À Cannes cette année, le patron de Memento Films présente quatre films, dont 120 battements par minute de Robin Campillo, en lice pour la Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Alexandre Mallet-Guy : n’oublie pas que tu vas produire

Sur un plateau de tournage, il pourrait passer pour la doublure lumière de Pierre Deladonchamps ou de quelque jeune premier blond. Silhouette élancée et regard bleu franc, ce tout juste quadragénaire ne colle pas à ces portraits de producteurs dessinés par Hollywood : volumineux, grincheux, tonitruants ; bref, à l’image des frères Weinstein. Alexandre Mallet-Guy parle d’une voix mesurée. Et si son débit parfois se précipite avant de s’étouffer dans un sourire timide, n’en tirez pas de conclusions hâtives : il a le caractère aussi solide que son goût est affirmé. Depuis 2003 aux manettes de Memento Films, la structure de production, distribution et ventes internationales qu’il a créée ex nihilo, l’homme revendique une ligne éditoriale parmi les plus exigeantes de la profession. Ce qui ne le prive pas d’aligner un palmarès enviable. Le produit de la chance et d’un indubitable flair : « Chez Memento, il n’y a pas de comité de visionnement. Les personnes travaillant sur les acquisitions viennent avec moi sur les festivals, je les écoute… ma

Continuer à lire

"Aurore" : Agnès Jaoui donne émotion et fantaisie

Le Film de la Semaine | Portrait d’une femme à la croisée des émotions et de la vie, cette comédie culottée sur la ménopause brise réellement les règles. Interprète du rôle-titre, Agnès Jaoui donne émotion et fantaisie à ce grand-huit émotionnel, usant de son superbe naturel. Tendre et drôle.

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Aurore a la cinquantaine et les hormones en panique. Et quand son aînée lui annonce qu’elle est enceinte, sa cadette son désir d’arrêter ses études, son nouveau patron ses délires jeunistes, la coupe déborde. Au milieu de ce chaos surgit alors un fantôme de son passé : son premier amour. Heureusement que des actrices comme Agnès Jaoui existent dans la galaxie souvent monochrome du cinéma français pour épouser la figure de la normalité à l’écran. Pour donner une silhouette, un corps et un visage à un personnage féminin irréductible à une seule caractéristique physique ou psychologique ; pour accepter d’être ce qu’elles sont, et non entretenir un paraître pathétique. À ces comédiennes qui s’offrent “nues” à la caméra — non sans vêtement, mais dans la vérité de leur âge et la pureté d’un jeu dépourvu d’afféterie, il convient de manifester avant toute chose un maximum de gratitude. Car on peut parier que sans la conjonction du talent et de la notoriété d’Agnès Jaoui, Aurore n’aurait pas vu le jour. Du genre tout public Film funambule, Aurore se joue de la gravité de son sujet avec un

Continuer à lire

Pierre De Maria : vie et œuvre des machines

Peinture | La galerie Descours consacre une exposition monographique au peintre méconnu Pierre De Maria, et à son univers atypique peuplé de "monstres" mi-organiques mi-mécaniques.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 11 avril 2017

Pierre De Maria : vie et œuvre des machines

Fils unique issu d'une famille très fortunée, Pierre De Maria (1896-1984) coule une enfance tranquille à Paris. Les De Maria possèdent l'une des rares industries produisant des appareils d'optique pour la photographie et la cinématographie. À dix-huit ans, la fleur au fusil, il s'engage dans l'armée et est envoyé au front comme artilleur. Il traversera la Première guerre mondiale sans blessure, mais non sans trauma psychique : « Je me suis engagé en 1914 par goût du spectacle rare. Celui-ci fut long et atroce mais j’ai appris l’amour des paysages calcinés, des monstres de fer et d’acier crachant du feu » déclare-t-il dans un entretien en 1980. Le monde industriel, la guerre et ses machines à tuer marqueront durablement Pierre De Maria et trouveront bientôt une place essentielle dans son œuvre picturale. À l'ombre des surréalistes Au retour du front, Pierre De Maria travaille comme peintre décorateur, retrouve sa vie de dandy, se lie d'amitié avec Henri-Pierre Roché, l'auteur du roman Jules et Jim. Il fré

Continuer à lire

Tanguy Viel : « Obtenir réparation par le récit »

Fête du Livre de Bron | Un homme, Martial Kermeur, jette dans la rade de Brest un agent immobilier qui quelques années auparavant l'a escroqué comme il a escroqué toute une ville avec un projet de « station balnéaire » jamais édifiée. Puis s'en explique longuement auprès d'un juge. C'est la trame, irrésistible, du roman de Tanguy Viel, Article 353 du Code pénal, écrit sous la forme d'une confession réparatrice. Avec l'idée que la parole et par là, la littérature, peuvent sauver de tout, même du pire. Entretien avec l'auteur, invité de la Fête du livre de Bron. Où il est question de la fin de l'idéal socialiste, de filiation impossible, de l'homme, cette plante verte, de bonne conscience et d'injustice, des Mille et Une Nuits, de Darwinisme et de méta-fiction.

Stéphane Duchêne | Mardi 7 mars 2017

Tanguy Viel : « Obtenir réparation par le récit »

Qu'est-ce qui a présidé – l'idée, l'image, la situation – à l'écriture d'Article 353 du Code pénal ? Cette scène de meurtre qui ouvre le livre, comme pour s'en débarrasser ? Tanguy Viel : Pour qu'il y ait vraiment roman, il fallait qu'il y ait un acte dramatique fort. Donc la première scène, la scène du meurtre [le narrateur jette à la mer l'agent immobilier qui l'a arnaqué, NDLR], est une des premières que j'ai écrite, même si je savais qu'elle était pratiquement de l'ordre du dénouement. Mais je ne dirais pas que c'est forcément la première idée qui m'a inspiré le livre. D'abord il y a cette histoire toute bête d'imaginer un type qui allait installer une station balnéaire dans la rade de Brest. Le caractère presque absurde du projet était en fait une sorte d'idée romanesque dont je ne voyais pas trop ce que j'allais faire. Et presque parallèlement à ça, ce qui est né, c'est la figure du narrateur, Martial Kermeur. Ce qui m'

Continuer à lire

"David Lynch : The Art Life" : plongée dans l'intimité d'un maître

Documentaire | Inutile de présenter le cinéaste David Lynch, auteur de films cultes et de chef-d’œuvres célébrés. Jon Nguyen (qui avait déjà co-produit un documentaire en 2007 (...)

Julien Homère | Lundi 20 février 2017

Inutile de présenter le cinéaste David Lynch, auteur de films cultes et de chef-d’œuvres célébrés. Jon Nguyen (qui avait déjà co-produit un documentaire en 2007 à propos d’Inland Empire), Olivia Neergaard-Holm et Rick Barnes ont pourtant décidé de peindre son portrait. La qualité de ce long monologue du créateur iconoclaste réside dans le témoignage : The Art Life raconte Lynch, de son enfance à Washington jusqu’à la conception d’Eraserhead en Californie. On ne peut pas dire que le film présente un point de vue neuf. Si la réflexion sur l’homme est inexistante, le projet Kickstarter se justifie par des vidéos prises sur le vif où l’artiste peint, sculpte, scie et modèle. Vrai cadeau aux fans, Lynch se raconte dans la plus grande intimité, avec le spectateur pour seul confident. À voir pour tous ceux qui veule

Continuer à lire

Nous sommes des rigolos

Ramdam | En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 février 2017

Nous sommes des rigolos

En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de musiciens, sept danseurs assis et vêtus de costumes idoines entonnaient des partitions ininterrompues de blagues pourries, de mots d'humour stéréotypé, entrecoupés de grands éclats de rire... À proximité, dans l'obscurité et la plus grande indifférence, des mannequins de spectateurs à l'échelle 1 s'effondraient à intervalles réguliers. Dix ans plus tard, la chorégraphe reprend cette pièce en se concentrant sur le dispositif des danseurs et en le plaçant face au public, tel un oratorio représentant une soirée entre amis, un repas trop arrosé, un lâchage dans l'intimité de l'entre-nous... Et par là, Maguy Marin fait entendre dans les mots, comme dans la prosodie et le souffle des voix, dans les corps convulsés et secoués de rires, ce que Michel Foucault a appelé : « l'ordre du discours ». Soit tout cet impensé (cette pensée « toute faite

Continuer à lire

Le spectacle d'Alex Lutz reporté

Humour | Alex Lutz étant tombé malade, le spectacle prévu ce jeudi 12 janvier au Radiant-Bellevue est reporté au vendredi 19 mai 2017 à 20h30. Encore quelques mois à (...)

Lisa Dumoulin | Mercredi 11 janvier 2017

Le spectacle d'Alex Lutz reporté

Alex Lutz étant tombé malade, le spectacle prévu ce jeudi 12 janvier au Radiant-Bellevue est reporté au vendredi 19 mai 2017 à 20h30. Encore quelques mois à attendre pour voir et écouter le blondinet juvénile qui se grime en secrétaire dans La revue de presse de Catherine et Liliane sur Canal +. Les billets du 12 janvier donneront directement accès au spectacle le 19 mai. En cas d'impossibilité, le Radiant propose un échange avec un autre spectacle de la saison 2016/2017. Pur tout renseignement complémentaire, contactez le 04 72 10 22 19.

Continuer à lire

Tanguy Viel, violemment politique

Littérature | Un escroc anéantit un village et ses habitants. Sur ses terres de Bretagne, Tanguy Viel invente un drame social et ausculte la toujours vivace et forcément féroce lutte des classes.

Nadja Pobel | Mardi 24 janvier 2017

Tanguy Viel, violemment politique

C'est encore la période du franc, certes finissant. François Mitterrand est une figure qui n'appartient pas qu'aux livres d'Histoire. Son arrivée au pouvoir, le 10 mai 1981, revêt une double importance pour Martial Kermeur : la gauche prend enfin la tête de son pays, et son fils Erwan voit le jour. Fidèle à sa Bretagne d'origine, c'est de la rade de Brest que l'écrivain Tanguy Viel regarde la France via ses protagonistes, dans ce qu'il reste d'un XXe siècle qui a salement amoché son Kermeur, licencié avec une kyrielle d'autres de l'arsenal. La rigueur n'enraye pas le déclin économique, ni la cupidité des manipulateurs. Antoine Lazenec, prétendu sauveur d'une bourgade voisine, va investir pour transformer la colline donnant sur la mer en un complexe immobilier, pire « une station balnéaire » et comme le remarque Kermeur, « le château, cette chose qui avait appartenu à tout le monde pendant trois siècles, maintenant c'était la propriété d'un seul. » Mais pour l'instant, ce n'est qu'une maquette que chacun applaudit aveuglément. Vents contraires Tanguy Vi

Continuer à lire

Plongée dans les carnets de Jean-Guy Coulange

Création radiophonique | « Je rencontre Claire Bouteloup et commence la lecture de Mémoires vives, son recueil d'entretiens et d'analyses sur la marée noire de l'Amoco. Je (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 décembre 2016

Plongée dans les carnets de Jean-Guy Coulange

« Je rencontre Claire Bouteloup et commence la lecture de Mémoires vives, son recueil d'entretiens et d'analyses sur la marée noire de l'Amoco. Je note. La mer comme une tôle ondulée avec une espèce de bruit métallique. On n'entend pas un oiseau. Hululements des rouleaux de pétrole. C'est frappant le silence. Tracteurs, tonnes à lisier, pompes, pelleteuses » écrit Jean-Guy Coulange en 2010, dans l'un de ses carnets sonores et photographiques. Chaque carnet évoque ainsi, dans un style elliptique et sobre, le processus de création d'une œuvre sonore ou, plus rarement, d'un projet photographique. Et le lecteur le suit ainsi de Bretagne en Californie, du Havre en Grèce, au plus près de matières sonores et sensibles qui déboucheront ensuite sur des "essais radiophoniques", des "contes radiophoniques", des portraits, des entretiens, diffusés sur France Culture, la RTBF... Après avoir été compositeur et multi-instrumentiste pour la chanson, le théâtre et le cinéma, Jean-Guy Coulange se consacre, depuis 2008, entièrement à la création sonore et radiophonique.

Continuer à lire

Grandes fugues : un trio pour un quatuor

Opéra de Lyon | Superbe affiche pour le Ballet de l'Opéra de Lyon qui interprète les trois Grandes Fugues de Maguy Marin, d'Anne Teresa de Keersmaeker et de Lucinda Childs. Cette dernière étant venue tout spécialement à Lyon pour y créer sa pièce.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 novembre 2016

Grandes fugues : un trio pour un quatuor

Maguy Marin, Anne Teresa de Keersmaeker, et maintenant Lucinda Childs... que de succès féminins pour Ludwig Beethoven et sa Grande Fugue, l'une de ses dernières pièces musicales, composée entre 1824 et 1825 ! Les trois grandes dames de la danse ont, chacune dans leurs univers dissemblables, été fascinées par ce quatuor à cordes, controversé à l'époque de sa création et aujourd'hui considéré comme le sommet de l’œuvre de Beethoven. Il y entremêle la puissance d'expression dramatique qu'on lui connaît à une forme de composition des plus complexes : une savante combinaison de sonate, de fugue et de variation, ainsi qu'une structure contrapuntique. Inventant sa danse au plus proche des partitions musicales qu'elle entreprend de travailler, on imagine alors la jubilation d'Anne Teresa de Keersmaeker devant un t

Continuer à lire

Quatre plasticiens à La Tourette

Couvent de La Tourette | Les formes du silence réunit quatre artistes contemporains au Couvent de La Tourette, et des œuvres qui, subtilement, dialoguent avec les espaces du Corbusier et en ouvrent, virtuellement, beaucoup d'autres...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 octobre 2016

Quatre plasticiens à La Tourette

Au Couvent de La Tourette, sur les murs de béton brut du Corbusier, d’œuvre en œuvre, les objets et les figures disparaissent peu à peu, les formes bien définies se dissolvent insensiblement, pour laisser place à de "pures" sensations mouvantes de couleurs et de lumières... À partir des créations de quatre artistes contemporains de différentes générations, le frère Marc Chauveau tisse à travers les espaces du couvent un subtil labyrinthe à la fois imaginaire (on peut s'y projeter dans d'autres dimensions, ouvrir notre perception à d'autres espaces virtuels) et extrêmement concret (les œuvres, souvent abstraites, nous confrontent à leur matérialité, à leur factualité élémentaire). Et toute l'exposition maintient cette tension, incessante et dynamique, entre présence brute des choses et glissement progressif des perceptions, entre répétition et différence, entre un "étant donné" et un "étant dérivé"... Les formes

Continuer à lire

La Villa Gillet a de la repartie

Penser le monde | Certains annonçaient la Villa Gillet moribonde après ses déboires des derniers mois. Visiblement, le directeur Guy Walter et son équipe, réduite de moitié juste (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 13 octobre 2016

La Villa Gillet a de la repartie

Certains annonçaient la Villa Gillet moribonde après ses déboires des derniers mois. Visiblement, le directeur Guy Walter et son équipe, réduite de moitié juste avant l'été suite à la baisse drastique de ses subventions, ont de la repartie : on n'attendait pas si rapidement l'arrivée d'un nouveau rendez-vous, en l'occurrence La Chose Publique, qui se tiendra du 21 au 26 novembre dans les locaux de la Villa Gillet. Prenant la place laissée vacante par Mode d'Emploi, cette nouvelle semaine de débats d'idées s'articulera « autour de l'actualité française en philosophie, en sciences humaines et sociales. La Villa Gillet en assurera le commissariat scientifique » nous explique-t-on du côté de l'équipe. C'est l'arrivée d'un mécène qui permet la tenue de cet événement, en l'occurrence l'association Res Publica, basée à Lyon - et au Burkina Faso via son ONG - et

Continuer à lire

"La Philo vagabonde" : festin de cerveau

ECRANS | de Yohan Laffort (Fr, 1h49) documentaire avec Alain Guyard

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Avec ses rouflaquettes, ses tatouages, son costard de chanteur nouvelle scène française et sa tchatche exaltée, Alain Guyard renverrait presque Michel Onfray au rayon des ancêtres pontifiants. Célébré comme une rockstar, le volubile philosophe intervient partout où on le sollicite (dans les campagnes reculées, en prison, sous un chapiteau, en Belgique, dans une grotte) pour diffuser de façon ludique et accessible la parole des penseurs — et surtout inciter ses auditeurs à phosphorer par eux-mêmes. Davantage qu’un émetteur de “produit culturel”, Guyard se veut une sorte de coach intellectuel, exerçant à la gymnastique de la réflexion. Comment ne pas être séduit par cette démarche noble de propagation de la connaissance, engendrant un tel enthousiasme ? Ce que montre ce documentaire va bien au-delà du cas de Guyard, en révélant l’abyssal manque de repères ainsi que le désir de sens largement répandus et partagés parmi toutes les composantes de notre société, qui rendent chacun(e) vulnérable au discours du premier bon parleur venu — certes, lui porte et apporte des valeurs

Continuer à lire

"Juillet-Août" : la saison chaude inspire Diastème

ECRANS | Un film de Diastème (Fr, 1h40) avec Patrick Chesnais, Luna Lou, Pascale Arbillot…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en allant au-delà du périmètre étriqué des premiers émois d’adolescent(e)s. L’an dernier, c’était Microbe et Gasoil de Gondry ; Juillet-Août assure peut-être la relève. La saison chaude semble favorable à Diastème — son premier long, Le Bruit des gens autour, (2008), était déjà une évocation drôle et pleine de vie de l’intérieur du festival d’Avignon — ; elle l’inspire pour ce portrait de deux sœurs (dont une au tournant de la puberté), ainsi que de leurs parents, lesquels ont refait leur vie chacun de leur côté. Juillet avec la mère sur la Côte d’Azur, août avec le père en Bretagne… L’existence des frangines est décousue, mais elle se suit dans ses péripéties estivales, et se raccommode dans cette succession de villégiatures. Comme si la famille éclatée se reformait par-delà la distance et le protocole calendaire afin de résoudre toutes les crises — qui ne sont pas propres au jeune âge. Chacun ment ou dissimule un petit secret à ses proches, mais en définitive, c’est ce qui permet à la roulotte d’

Continuer à lire

Jazz : ils re-Vienne

Jazz à Vienne | Quel est le comble pour un festival de jazz ? De faire du classique. Ce pourrait être une blague récurrente du côté du Théâtre antique de la cité allobroge, mais c'est aussi la formule qui fait de Jazz à Vienne un incontournable de l'été. Où, en sus, il reste toujours quelque chose à découvrir.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 juin 2016

Jazz : ils re-Vienne

Toi aussi joue chaque année avec Jazz à Vienne au bingo des noms — c'est un peu comme compter les ponts ou les Peugeot rouge sur l'autoroute avec papa et maman lors des départs en vacances. Qui est venu ? Qui revient ? Quand l'a-t-on vu pour la dernière fois ? Qui opère son baptême du feu ? Et toi, dis, quand reviendras-tu ? Reste qu'un festival qui parvient à ce point à fidéliser ses invités ne peut être qu'un événement où l'on a envie de revenir, y compris en tant que spectateur. Il y a ce travail de défrichage de l'ombre avec les scènes dites annexes, depuis tant d'années, qui laisse aux jeunes pousses le temps de fleurir et de revenir en tête d'affiche (on pourrait appeler cela la jurisprudence Cecile McLorin Salvant / Chromb / Gregory Porter). Il faudra donc compter cette année, outre les précités, sur les présences de Diana Krall, l'immense guitariste John McLaughlin, l'incontournable Erik Truffaz, la désormais pop star internationale Ibrahim Maalouf, invité dans les plus grands raouts planétaires (cf. Cannes),

Continuer à lire

La fin pour Mode d'Emploi

Villa Gillet | Suite à la baisse drastique du budget de la Villa Gillet, Guy Walter, son directeur, se voit contraint de mettre fin à Mode d'Emploi, le rendez-vous consacré aux sciences humaines. Avant de probables licenciements.

Sébastien Broquet | Mardi 24 mai 2016

La fin pour Mode d'Emploi

Voilà, c'est fini. Mode d'Emploi s'arrête, après quatre éditions seulement. Et la Villa Gillet elle-même est dans la tourmente : probablement avant l'été, un plan social sera mis en place, et une partie des seize salariés de la structure sera licenciée et devra voguer vers d'autres aventures. Ces derniers ont lancé une pétition sur Internet ayant récolté 4177 signatures lundi soir. Au cours d'une réunion s'étant déroulée le mercredi 18 mai au matin dans le bureau de son directeur Guy Walter, mis en difficulté depuis plusieurs semaines par un rapport incisif de la Chambre Régionale des Comptes qu'il conteste ardemment, les différentes parties ont acté une baisse drastique des subventions accordées au lieu l'obligeant à amputer de sa programmation le festival Mode d'Emploi, son rendez-vous annuel consacré aux sciences humaines qui se déroulait en novembre. Les dixièmes Assises Internationales du Roman, qui se déroulent en ce moment-même, n'ont pas été impactées ; mais si la question de leur tenue l'an prochain ne se pose a priori pas, celle de la même exigence dans la programmation le sera inévitablement. Les trois tutelles (l'État via la DRAC et le Centre Nati

Continuer à lire

Virée en Corée

Sono Mondiale | Le virtuose de la guitare et maître ès jazz & musiques improvisées qu'est Nguyên Lê avait nommé son opus inaugural, en 1994, Million Waves, d'après une ancienne (...)

Sébastien Broquet | Mardi 10 mai 2016

Virée en Corée

Le virtuose de la guitare et maître ès jazz & musiques improvisées qu'est Nguyên Lê avait nommé son opus inaugural, en 1994, Million Waves, d'après une ancienne musique de Cour de Séoul qui l'avait inspiré pour ce disque. Cet adepte d'un jazz rock virant parfois pesant retrouve pour ce cycle au musée des Confluences les effluves de la Corée, qu'il dit être « la plus groovy qui soit en Asie de l'Est », pour un projet en compagnie du groupe Baraji. Le guitariste vietnamien et ses ambassadeurs des musiques traditionnelles donneront un concert commun samedi soir, explorant les sons pluriels de ce pays, fort peu connus dans nos contrées. Musiques de Cour (aak, tangak, hyangak) et musiques traditionnelles seront réinterprétées par l'ensemble venu de Corée en collaboration avec Nguyên Lê (les deux donnant également une masterclass commune la veille). Intrigante prestation que les curieux ne manqueront pas. Dans le cadre du même programme, une conférence de Alexandre Guillermoz plongera dans les arcanes du chamanisme en Corée du Sud avant la projection du film Un Kut à Séoul, relatant un rituel filmé en 1991 à Séoul. Enfin, la pause déj

Continuer à lire