Mythes au logis : "Les Indestructibles 2"

Animation | De retour à l’animation après sa parenthèse en prise de vues réelles, Brad Bird donne une suite superlative à ses Indestructibles, où le divertissement n’exclut pas le politique. La marque de Pixar.

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Photo : © Walt Disney Pictures France


Après un énième sauvetage destructeur, la famille Indestructible est, comme tous autres super-héros, définitivement hors-la-loi. Mais un milliardaire désireux de les réhabiliter propose à Hélène d'incarner cette reconquête. Pendant ce temps, Bob gère les enfants à la maison, et notamment bébé Jack-Jack qui révèle d'étonnantes dispositions…

À cette lointaine époque (il y a… quatorze ans) où les héros masqués étaient moyennement à la mode — Sam Raimi venait tout juste de sortir Spider-Man Brad Bird avait eu le nez creux en sortant Les Indestructibles. Non seulement il revisitait l'univers codifié des “super“ selon le prisme Pixar, en combinant vision décalée et parodique, mais il permettait indirectement à Disney d'entrer (certes par une porte dérobée) dans ce territoire, jalousement gardé par Warner (Superman, Batman) et la Fox.

Et Dieu dans tout ça ?

La donne a changé aujourd'hui où la Maison de Mickey possède l'essentiel de la plus grande fabrique à mutants en activité, Marvel. Pour autant, pensez-vous que Pixar aurait pu se priver d'une joyeuse transgression ? Que nenni ! Si le film, avec l'interdiction faite aux super-héros d'avoir recours à leurs pouvoirs, use de l'habituelle métaphore pour dénoncer l'exclusion des minorités, il développe un sous-texte plus corrosif visant une fois n'est pas coutume le public et le renvoyant à ses responsabilités.

Le villain que les Indestructibles affrontent en effet ici est un hypnotiseur abrutissant les masses par le biais des écrans, reprochant aux foules de s'abandonner à une bienfaitrice providence venue du ciel avec sa cape pour résoudre tous ses problèmes. Ce prédicateur divergent vomit explicitement les couch potatoes et leurs cultes infantiles ; celui voué aux super-héros salvateurs et rédempteurs, lesquels ne sont que des pop simulacres divins. Certes, l'hypnotiseur finira défait (ce n'est pas un spoil), mais avoir placé un discours ayant de telles résonances athéistes tient de l'exploit surnaturel. Ajoutons que le premier rôle est confié à une héroïne et que le personnage le plus fantastique est un bébé. On a bien changé de paradigme.

Animation de Brad Bird (Fr, 1h58) avec les voix (v.o./v.f) de Craig T. Nelson/Gérard Lanvin, Holly Hunter/Déborah Perret, Sarah Vowell/Louane Emera, Brad Bird/Amanda Lear…


Les Indestructibles 2

De Brad Bird (EU, 1h58) avec Gérard Lanvin, Louane Emera...

De Brad Bird (EU, 1h58) avec Gérard Lanvin, Louane Emera...

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Notre famille de super-héros préférée est de retour! Cette fois c’est Hélène qui se retrouve sur le devant de la scène laissant à Bob le soin de mener à bien les mille et une missions de la vie quotidienne et de s’occuper de Violette, Flèche et de bébé Jack-Jack. C’est un changement de rythme difficile pour la famille d’autant que personne ne mesure réellement l’étendue des incroyables pouvoirs du petit dernier… Lorsqu’un nouvel ennemi fait surface, la famille et Frozone vont devoir s’allier comme jamais pour déjouer son plan machiavélique.


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« On essaie de rentrer dans le caractère de notre personnage »

Les Indestructibles 2 | Gérard Lanvin, Louane Emera et Amanda Lear figurent au générique français des "Indestructibles 2", dont ils ont assuré la post-synchronisation. La tentation était grande de les faire parler de leur voix, et de leur rapport au doublage…

Vincent Raymond | Lundi 9 juillet 2018

« On essaie de rentrer dans le caractère de notre personnage »

Pensez-vous que votre voix ait un super-pouvoir ? Louane Emera : Ah, ça c’est pour Gérard ! Gérard Lanvin : Oui… Les trois personnes que vous avez en face de vous ont des “voix“. On n’y peut rien, c’est un don ; on l’a reçu et on s’en sert. En fait, on nous l’a fait découvrir : à un moment, on vous a dit : « tu sais que tu as une fois vachement intéressante » Et c’est là que vous prenez conscience que la voix pour un acteur est vraiment indispensable et fondamentale : elle fait la différence. Elle donne l’énergie. Amanda Lear : Il y a des voix qui vous calment, vous guérissent, vous donnent des érections instantanées… GL : La mienne ! (rires) LE : Moi c’est différent, parce que j’ai vraiment commencé par la musique, par chanter — parce que j’aimais ça. J’ai pas vraiment compris tout de suite ce que cela pouvait faire. C’est après qu’on le ress

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Léa Frédeval : « ma génération doit s’enlever de l’individualisme »

Les Affamés | Léa Frédeval raconte la genèse du film adapté de son livre qu’elle avait présenté en primeur au Rencontres du Sud d’Avignon. Elle confie également ses futurs projets…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Léa Frédeval : « ma génération doit s’enlever de l’individualisme »

Votre aventure est partie d’un roman ? Léa Frédeval : Oui, Les Affamés a été publié en 2014. Ce sont les édition Bayard qui m’ont commandé le livre… Je n’avais pas prévu d’écrire du tout. J’en étais à ma troisième année de fac dans mon troisième établissement, moi-même en errance, je n’avais aucune piste. J’essayais des choses en faisant de grands écarts universitaires assez fous. Et à la fin de ma troisième année, frustrée par un mauvais résultat, je lance un blog. Pas pour être connue : il y a quinze ans j’aurais ouvert un journal intime. J’ai pris mon ordi et trois semaines plus tard, j’ai reçu un email des éditions Bayard me disant être tombées sur mon blog par hasard et me demandant de faire dans un livre le constat de ma génération. Je l’ai fait, il n’y avait rien de plus sympa. Un an et demi après, on m’a appelé pour l’adapter au cinéma. Comment avez-vous abordé cette première expérience cinématographique ? Il n’y a rien de plus cool à faire dans la vie ; je ne vois pas ce que je pourrai faire de plus enrichissant et beau — où je me s

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Si jeunesse pouvait ! : "Les Affamés"

Comédie | de Léa Frédeval (Fr, 1h35) avec Louane Emera, François Deblock, Nina Melo…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Si jeunesse pouvait ! :

Pauv’ Zoé ! À 21 ans, elle cumule étude, stage et p’tit boulot et désespère d’obtenir un job à responsabilités digne de ses compétences. La faute aux méchants z’adultes verrouillant la société. Avec ses colocataires, elle tente de fédérer sa génération pour pouvoir en croquer à son tour… « Il faut toujours viser la lune car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles ». N’en déplaise à Oscar Wilde, on peut aussi s’écraser tristement, comme une bouse. C’est un peu ce que l’on se dit devant ce premier long-métrage de Léa Frédeval hallucinant de candeur — le degré 1 (celui qu’on retient ?) de l’engagement politico-citoyen. Reposant sur un argument de classe de 4e et cousu de gags éventés vus dans tous les films de colocs, Les Affamés donnent de la jeunesse contemporaine une image nunuche d’elle-même, fantasmant son Mai-68 en carton, mais incapable de militantisme dans la durée, de se fondre dans un collectif (l’individualisme est trop puissant) et surtout de tenir un discours cohérent — il manque quelques notions d

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Grande journée des enfants

Kids | Le programme de la Grande Journée des Enfants des cinémas Pathé est désormais bien affûté : la reprise d’un classique entre deux avant-premières de suite, (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 juin 2018

Grande journée des enfants

Le programme de la Grande Journée des Enfants des cinémas Pathé est désormais bien affûté : la reprise d’un classique entre deux avant-premières de suite, convoitées par le jeune public cet été. Apparemment insensible aux néo-nicotinoïdes Maya l’Abeille 2 : Les Jeux du Miel ouvrira donc la matinée, suivie d’une lame par Edward aux mains d’argent (présenté — en vidéo — par Philippe Rouyer). Le héros à la triste figure de Tim Burton précédera une famille extraordinaire dont le retour ravira les amateurs d’élégance (et de Pixar) : Les Indestructibles 2. Grande Journée des Enfants Aux Pathé Bellecour, Vaise et Carré de Soie le dimanche 24 juin dès 10h30

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"Sahara" : Pour qui sont ces serpents qui sifflent dans le désert ?

Critique + Rencontre | Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les frontières de leurs territoires. Mais leur expédition tourne mal et Eva est capturée par un montreur de reptiles. Ajar part à sa recherche… Dans le paysage plutôt singulier de l’animation français, où fleurissent d’un côté des créations aux partis-pris stylistiques et/ou scénaristiques radicaux (Avril, Ma vie de courgette, Tout en haut du monde…), de l’autre de médiocres décalques des studios américains (Le Petit Prince), Sahara apparaît comme une curiosité. Car s’il emprunte à ces dernières leur esthétique “standardisée” ainsi que la bonne vieille trame d’une quête initiatique riche en personnages aux formes rondes et aux couleurs vives, le propos ne se trouve pas pour autant aseptisé. Derrière l’apparente convention se tient un buddy movie solide à l’animation tout sauf boiteuse — en même temps, a-t-on déjà vu serpent boiter… Pierre Coré n’est pas là pour épater l’œil en oubliant de raconter son histoire, il réfléchit à une harm

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Premiers crus

ECRANS | De Jérôme Le Maire (Fr., 1h37) avec Gérard Lanvin, Jalil Lespert, Alice Taglioni…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2015

Premiers crus

Un patriarche bourguignon bourru (comme le vin) ayant laissé partir à vau-l’eau son domaine viticole depuis que femme et enfants l’ont abandonné est sauvé de la faillite par son fils prodigue, devenu un critique réputé. Aussi têtu que son père, le fiston décide de recourir aux bonnes vieilles méthodes artisanales… Sur la réserve, en bon comédien de garde, Lanvin évoque le Gabin massif et taiseux époque La Horse – à la différence qu'il ne distribue pas de taloches. Il se dévoue hélas à un scénario un peu bouchonné, laissant une impression de déjà-bu. Reste une imagerie de la Bourgogne forcément magnifiée, assourdie par la partition de Jean-Claude Petit.

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La Révolution Pixar

ECRANS | Vice-versa, chef-d’œuvre absolu signé Pete Docter, est un nouveau cap pour la révolution initiée depuis vingt ans par les studios Pixar dans le cinéma d’animation. Ou comment une bande de geeks sont venus bousculer le monstre Disney, qui n’est pas parvenu à tuer leur créativité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

La Révolution Pixar

«Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?». On ne sait pas si John Lasseter et ses camarades des studios Pixar ont lu Lamartine, mais ils auraient pu graver cette fameuse citation au frontispice de leurs bureaux. Au moins en ont-ils donné une version 2.0 à travers leur mythique logo : une lampe fait des bonds comme à pieds joints, lançant des œillades de lumière au spectateur avant d’aller écraser et remplacer le i de Pixar. L’objet doté de personnalité, de vie et d’humour : un véritable credo à la source de leurs premiers travaux, mais aussi l’amorce de la révolution Pixar. C’est d’abord un pied-de-nez à la tradition Disney : là où la firme du haut château s’intéressait avant tout aux héros des contes classiques — de Blanche-neige à Pinocchio — et à l’humanisation des animaux — Bambi, Dumbo, la centaine de dalmatiens ou encore les Aristochats — Pixar choisit de laisser la figure humaine dans l’ombre et ne se consacre à nos amis les bêtes que si celles-ci lui autorisent un changement radical d’échelle. Avec les deux Toy Story et Mille et une pattes, réalisés par le grand manitou John Lasseter (épaulé par le non moins influent Andre

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La Famille Bélier

ECRANS | Bons sentiments à la louche, pincée d’humour trash, mise en orbite d’une star de télé-crochet, célébration de l’art de Michel Sardou, regard pataud sur le handicap, populisme facile : Eric Lartigau signe un film dans l’air moisi du temps, qui donne des envies de seppuku critique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

La Famille Bélier

«Bélier : n. m. 1) Mâle non châtré de la brebis. 2) Machine de guerre des anciens servant à battre les murailles en brèche.» Cette double définition piquée dans le Robert sonne comme la meilleure critique possible de La Famille Bélier. 1) Le nouveau film d’Éric Lartigau s’apparente à une comédie sentimentale mi-chèvre, mi-chou, qui met les pieds dans le purin campagnard et la tête dans les étoiles de la réussite, les mains dans le cambouis du populisme et le nez dans la grande cause du handicap, via une famille de sourds-muets avec en son centre Paula, jeune adolescente qui non seulement parle et entend, mais en plus chante d’une voix d’or. Lartigau emprunte d’abord la piste gonflée du comique trash, avec une scène chez le médecin où les parents s’engueulent à cause de la mycose de madame et de l’appétit sexuel de monsieur. Admirateur des Farrelly, Lartigau est loin de leur humanisme par la provoc’ : le vrai gag de la séquence, ce sont les traductions de Paula, et les reproches qu’elle adresse à ses géniteurs. Ce qui compte, ce n’est pas que le spectateur s’identifie aux parents sourds, mais à la petite valide. Qui, comme le spectateur,

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96 heures

ECRANS | De Frédéric Schoendoerffer (Fr, 1h36) avec Niels Arestrup, Gérard Lanvin, Laura Smet…

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

96 heures

Pris en otage par Kancel, un truand suave mais très méchant, le patron de la BRB a 96 heures pour avouer quel est l’enfant de salaud qui l’a balancé et l’a envoyé croupir derrière les barreaux. Entouré d’hommes de main aussi bêtes que sadiques, Kancel boit du bon vin, fait un barbecue, va rendre visite à sa fille et à son petit fils et s’énerve de temps en temps, de préférence quand on ne s’y attend pas. Un rôle sur mesure pour un Niels Arestrup excellent mais qui, cette fois-ci, ne sauve pas le film de la médiocrité totale. Entre un Gérard Lanvin qui laisse ses couilles tranquilles pour s’occuper exclusivement de l’oreillette très visible dans laquelle on lui souffle ses dialogues, des rebondissements que l’on devine en moyenne vingt minutes avant leur arrivée à l’écran et une direction artistique calamiteuse qui souligne le budget visiblement serré de cette série B mal assumée au scénario débile, tout est au bas mot grotesque et dépourvu de toute intensité dans le suspense. Depuis son nanar Truands, on ne croit plus trop en un sursaut de Schoendoerffer ; 96 heures confirme qu’il ferait mieux d’aller tourner des épisodes de Braquo — à moins qu

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Mission : impossible – Protocole fantôme

ECRANS | De Brad Bird (ÉU, 2h13) avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Paula Patton…

Dorotée Aznar | Lundi 12 décembre 2011

Mission : impossible – Protocole fantôme

Alors que JJ Abrams avait tenté, sans convaincre totalement, une humanisation de l’agent Ethan Hunt, ce nouveau Mission : Impossible le remet dans la posture du héros indestructible traversant un monde en mutation tel que Brian de Palma l’avait défini dans le premier volet. Mais dès son évasion d’une prison moscovite, Hunt affirme aussi son goût du risque, un plaisir ludique à choisir toujours la voie la plus difficile pour se sortir des ennuis. C’est aussi le principe de ce blockbuster trépidant : multiplier les complications à l’intérieur des complications, les défis improbables à relever jusqu’au vertige (littéral et figuré). Que ce soit dans une incroyable poursuite à Dubai au milieu d’une tempête de sable ou dans un hallucinant ballet de corps et de voitures dans un parking automatique, tout ici repose sur le déchaînement des éléments et la résistance surhumaine de Hunt-Cruise. Si le scénario tente de dessiner une nouvelle géopolitique des rapports de force (une Amérique dépassée par les pays émergents), c’est bien ce côté cartoonesque et bigger than life qui impressionne ; la présence de Brad Bird, auteur de quelques-uns des plus beaux fleurons Pixar (

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Les Lyonnais

ECRANS | D’Olivier Marchal (Fr, 1h40) avec Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, Daniel Duval…

Dorotée Aznar | Mercredi 16 novembre 2011

Les Lyonnais

À l’origine, Olivier Marchal voulait retracer l’histoire du gang des Lyonnais, célèbres braqueurs des années 70, sur deux époques, à travers une fresque cinématographique dont le premier montage dépassait les deux heures quarante. Que s’est-il passé pour qu’à l’arrivée il accouche d’un fantôme de film centré sur la part la moins pertinente de son récit, celle, contemporaine, où Edmond Vidal reprend du service pour sortir de taule son ancien complice Serge Sutel ? Le rythme de ces Lyonnais pose assez vite question : tout est expédié, les enjeux sont flous, les personnages mal dessinés, les séquences (à l’exception d’une évasion assez spectaculaire) réduites à des clips esthétisants (la musique, éternel péché du cinéma de Marchal, insupporte par son omniprésence). N’assumant rien, ni la mélancolie de ces truands vieillissants (on est loin de Touchez pas au Grisbi), ni la fougue rock’n’roll de leurs alter-ego juvéniles, Marchal commet de plus une erreur fatale : privilégier à la sobre prestation de Karyo celle, grandiloquente de virilité constipée, d’un Lanvin en phase de «delonisation» (plus un film où il ne dit pas à un moment qu’il a «des couilles»). Plus ennuyeux qu’énervant, L

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Les amants de la nuit

ECRANS | Jacques Bral revient à l’Institut Lumière pour présenter la copie restaurée d’"Extérieur nuit", film culte fonctionnant sur l’entre-deux : entre deux décennies, entre la nuit et le petit matin, entre l’utopie et la désillusion… CC

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Les amants de la nuit

En 1980, alors que le cinéma français se cherche un deuxième souffle, la société française s’apprête à tourner la page : mai 68 va devenir mai 81, et l’esprit du premier échouera sur la réalité pragmatique et les nombreux renoncements du second. En apparence, "Extérieur nuit" ne parle pas de ça, puisque son scénario ne fait que prolonger ce qui est, depuis la Nouvelle Vague, l’ordinaire du cinéma d’auteur français : deux hommes, Léo-Lanvin, vaguement musicien, et Bony-Dussollier, lointainement écrivain, tombent amoureux de la même femme, Cora, conductrice de taxi la nuit dans les rues de Paris. Surface sensible aussi fascinante que le visage de son actrice Christine Boisson, Cora passe au fil de nuits sans sommeil de l’écorché au timide, de l’impulsif au cérébral, sans jamais s’abandonner à l’un ou à l’autre. Crépusculaire Il y a dans "Extérieur nuit" un parfum de "Jules et Jim", mais surtout quelque chose de "La Maman et la putain". Du film de Truffaut, on retrouve évidemment le triangle amoureux, mais aussi l’absence de commentaire moral sur cette situation ; quant à la filiation avec Eustache, elle se traduit surtout par un

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Envoyés très spéciaux

ECRANS | De Frédéric Auburtin (Fr, 1h33) avec Gérard Jugnot, Gérard Lanvin…

Christophe Chabert | Jeudi 15 janvier 2009

Envoyés très spéciaux

C’est reparti pour une série de comédies françaises qui ne valent, quoiqu’on en pense, pas franchement le prix d’une place de cinoche. Même si Envoyés très spéciaux est loin d’être ce qu’il y a de pire en la matière (c’est juste… rien !), on se gardera bien d’en révéler les surprises : il n’y en a presque pas. C’est tout le problème du film : cette histoire de reporters radio qui, à la suite d’un quiproquo, simulent un enlèvement en Irak depuis un hammam de Barbès, se déroule avec une stupéfiante absence d’obstacles. Tout est facile dans le film d’Auburtin : monter un bidonnage national, récolter des fonds, passer des frontières (en un raccord, l’ellipse qui tue !) et finalement échapper aux griffes des terroristes. C’est une comédie, d’accord, mais la manière désarmante avec laquelle le scénario tue dans l’œuf tout enjeu dramatique donne un sentiment de téléfilm inoffensif alors que son argument était riche en possibilités satiriques (des manipulations médiatiques à l’appel compassionnel et financier pour des inconnus célèbres). CC

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Secret défense

ECRANS | De Philippe Haim (Fr, 1h40) avec Gérard Lanvin, Vahina Giocante…

Christophe Chabert | Mercredi 3 décembre 2008

Secret défense

Attention, nanar majeur ! Cette catastrophe intégrale signée par le réalisateur de l’impérissable Les Dalton déguise en thriller d’espionnage un tract de propagande pour le gouvernement Fillon (guettez son discours sur l’envoi de troupes en Afghanistan…) et orchestre un concours absurde : lequel, de la forme ou du fond, sera le plus nul ? Sur le fond : un racisme invraisemblable où un terroriste blanc vaut mieux qu’un terroriste arabe car lui, au moins, a des remords et des excuses ! Sur la forme, un télescopage de clips ridicules, de racolage actif (du cul et de la violence à tout bout de champ) et de scènes d’actions en forme de bouillie visuelle. Sans oublier la grandiose prestation de Gérard Lanvin et ses dialogues machos à l’emporte-pièce. Après Charlie Bauer, il semble postuler pour le biopic d’Éric Zemmour. Qu’on le lui donne, et le bidet qui va avec ! CC

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