Le jeune Park : "JSA - Joint Security Area"

Thriller politique | de Park Chan-wook (Cor du S, 1h50) avec Lee Byung-hun, Song Kang-ho, Lee Young-ae…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Photo : © La Rabbia


Un incident a éclaté à un poste frontière entre les deux Corées : on compte des morts chez les soldats du Nord, des blessés côté Sud. Pour éviter un envenimement diplomatique, une mission neutre est chargée d'instruire l'affaire. L'Helvète Sophie Jean, d'origine coréenne, enquête…

Bonheur sans nom que de découvrir sur grand écran — et en version restaurée, merci La Rabbia — ce film inédit en salle de Park Chan-wook, dont le cinéma n'a été diffusé en France qu'à partir de Sympathy for Mr Vengeance (2003) ! La providence, toujours facétieuse, fait coïncider cette résurrection avec une actualité géopolitique des plus brûlantes : le rapprochement entre Pyongyang et Séoul, indépendamment d'un certain trublion semblant désireux d'allumer une autre mèche que celle ornant son chef orangé. Car JSA s'avère tout autant un manifeste de l'art virtuose de Park qu'un acte fort — visionnaire, même, puisqu'il date de 2000 ! — dans la démarche de normalisation entre le nord et le sud du 38e parallèle : il raconte la complicité de soldats issus de ce deux pays officiellement en guerre. Ce genre d'audace tient de l'exploit, y compris chez nous où Les Sentiers de la gloire fut censuré par le pouvoir gaulliste (ben alors, Malraux ?) et il fallut attendre 2005 pour qu'un cinéaste français, Christian Carion traite dans Joyeux Noël des fraternisations de 14-18.

Sur ce substrat humaniste, Park tisse une histoire aux savants entrelacs, insérant des plans d'une gymnastique estomaquante et surtout un flash back donnant toute sa profondeur dramatique à ce récit d'une profonde amitié scellée par le sang. Il est à ce propos amusant de noter que celui qui se fera connaître par la suite avec une trilogie de revanchards célèbre ici paradoxalement le jusqu'au-boutisme de l'entente. Brillant dans sa construction, JSA l'est jusqu'à son dénouement qui apporte en une seule image une myriade de réponses. Une claque.


JSA (Joint Security Area)

De Park Chan-Wook (Sud-Cor, 1h50) avec Kim Myoeng-su, Song Kang-Ho...

De Park Chan-Wook (Sud-Cor, 1h50) avec Kim Myoeng-su, Song Kang-Ho...

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A la suite d'une fusillade dans la Zone Commune de Sécurité (Joint Security Area) séparant les deux Corée : deux soldats de l’armée nord-coréenne sont retrouvés morts. Cette affaire donne lieu a un incident diplomatique majeur entre les deux pays. Afin que la situation ne dégénère pas, une jeune enquêtrice suisse est chargée de mener les auditions des soldats qui étaient en poste... Elle se rend très vite compte que les divers témoignages rendent l’enquête complètement indémêlable… Que s’est-il vraiment passé, ce soir-là, entre les soldats des deux Corée, dans la Zone Commune de Sécurité ?


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Coucous, c’est nous ! : "Parasite"

Palme d'Or | Une famille fauchée intrigue pour être engagée dans une maison fortunée. Mais un imprévu met un terme à ses combines… Entre Underground et La Cérémonie, Bong Joon-Ho revisite la lutte des classes dans un thriller captivant empli de secrets. Palme d’Or 2019.

Vincent Raymond | Mardi 4 juin 2019

Coucous, c’est nous ! :

Recommandé par un ami étudiant, Kevin devient le professeur d’anglais de la fille de riches Coréens, les Park. Ce faisant, il tire un peu sa famille de sa misère. Puis, grâce à d’habiles ruses, sa sœur, son père et sa mère finissent par se placer chez les Park. Jusqu’où cela ira-t-il ? Un film asiatique montrant une famille soudée vivant dans la précarité, devant astucieusement flirter avec la légalité pour s’en sortir… Les ressemblances avec Une affaire de famille s’arrêtent là : quand Kore-eda privilégiait la dramédie, Joon-Ho use du thriller psychologique teinté d’humour noir pour raconter une fable sociale corrosive bien qu’elle ne soit pas exempte de traits caricaturaux — après tout, la persistance d’une dichotomie franche entre une caste de super-riches et une d’infra-pauvres ne constitue-t-elle pas une aberration grotesque pour une société censément civilisée ? Certes, la famille Ki-taek se rend bien coupable de faux en écriture ainsi que de quelques machinations visant à congédier les employés occupant les places qu’ils convoitent, mais leur mal

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J'ai rencontré le Diable

ECRANS | Confirmant son statut de suiveur dans le cinéma sud-coréen, Kim Jee-woon tente d’épuiser le genre du film de vengeance par une surenchère de sadisme et de virtuosité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 juin 2011

J'ai rencontré le Diable

À côté des vrais maîtres que sont Bong Joon-ho, Park Chan-wook ou Na Hong-jin (son Murderer, à sortir dans deux semaines, le confirmera avec éclat), Kim Jee-woon a toujours semblé à la traîne de ce renouveau du cinéma en Corée du Sud. Même son meilleur film, le polar A bittersweet life, peinait à convaincre au-delà de l’exercice de style brillant et maîtrisé. J’ai rencontré le diable est, dans le fond, du même acabit : impossible de ne pas reconnaître un grand talent derrière la caméra, mais difficile aussi d’y déceler un regard personnel sur ce qu’il filme. Il faut dire que cette œuvre extrêmement violente, sinon jusqu’auboutiste (y compris dans sa longueur, près de 2h30 !) passe après Old boy, The Chaser, Memories of murder ou même l’inédit Bedevilled, et cherche absolument la comparaison : dans tous les cas, il s’agit de tisser un récit de vengeance où le sadisme et la cruauté sont les moteurs principaux de l’action. Sang pour sang Dans un premier temps, l’élégance qu’imprime Kim Jee-woon a ses séquences fait illusion. Et lorsque le principe du récit est lancé (

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Thirst

ECRANS | De Park Chan-wook (Corée du Sud, 2h13) avec Song Kang-ho, Kim Ok-vin…

Christophe Chabert | Mercredi 23 septembre 2009

Thirst

Un prêtre en mission en Afrique s’inocule volontairement un vaccin qui le transforme en vampire. De retour en Corée, il tombe amoureux de l’épouse délaissée de son meilleur ami. Vampirisée, la belle convainc son amant de se débarrasser de son mari. Voilà, dans les grandes lignes, ce que raconte Park Chan-wook dans 'Thirst' ; autant dire que le cinéaste sud-coréen, après une petite errance entre farce au goût douteux ('Sympathy for Lady Vengeance') et comédie en mode mineure ('Je suis un cyborg'), retrouve la gnaque qui l’avait imposée auprès du public international avec 'Old Boy'. Thirst est donc un film généreux, ultra-romanesque et archi-maîtrisé, parfois bordélique mais toujours en quête d’émotions fortes. L’introduction est une merveille, magnifiquement mise en scène mais sans ostentation, avec un Song Kang-ho loin de ses prestations habituelles de De Funès sud-coréen ; c’est du Park en version sobre et efficace, à l’humour noir finement dosé. Le baroque surgira quand le sang se mêlera à d’autres fluides (une scène d’amour sensationnelle où la jeune Kim Ok-vin affole littéralement les sens), puis lorsque la machination se mettra en place. Le cinéaste va certes un peu loin da

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