Patricia Mazuy : « il faut garder John Cale sur les rails sans l'empêcher de partir ailleurs »

Paul Sanchez est revenu ! | Avec sa franchise bienvenue, la trop rare réalisatrice de "Saint-Cyr" ou "Sport de filles" évoque la conception de son thriller et tout particulièrement sa troisième collaboration avec l’ancien du Velvet Underground, compositeur de la bande originale de "Paul Sanchez est revenu !".

Vincent Raymond | Mardi 24 juillet 2018

Photo : © SBS


Est-ce l'affaire Dupont de Ligonnès en particulier qui vous a inspirée ?
Patricia Mazuy
: Je me suis surtout intéressée à une boulimie de Faites en entrer l'accusé : dans quel état cela nous met quand on s'abandonne dans les faits divers les plus morbides qui soient ? On est content de se coucher après en se disant « c'est pas nous ! ». Ce qui est rigolo au cinéma, c'est que l'on pousse les choses à l'extrême, on va plus loin que dans le réel — le film n'est pas du tout naturaliste. C'était bien de travailler cette matière-là.

Le film est très ancré dans le Var. Or peu de personnages, notamment parmi les gendarmes, ont l'accent du midi. Cela est-il voulu ?

Absolument. Parce que les gendarmes sont souvent mutés, il fallait qu'on retrouve cela — seuls deux ou trois ont l'accent. Et je ne voulais pas tomber dans le syndrome Gendarme de Saint-Tropez : on serait parti sur une autre piste, et on était certain de ne pas en sortir. Cela dit, quand j'étais en préparation dans le Var, dans cet arrière-pays qui fait rêver, j'ai découvert beaucoup de gens n'étant pas du Sud échoués dans ce paysage.

Autre élément sonore signifiant, la musique crée une ambiance très particulière. Vous avez à nouveau confié la partition à John Cale ; pouvez-vous nous en raconter la genèse ?

Grave ! J'adore la musique de films — Bernard Herrmann, François de Roubaix, Ennio Morricone, les premières partitions de Ryuichi Sakamoto… tous les grands, quoi ! — mais je ne supporte pas dans quand on met une espèce de soupe pour faire semblant d'en avoir : ça me rend nerveuse.

Ici, on était sur un budget serré, et j'avais tout de suite dit que la musique serait pour moi un des éléments aussi importants que le rocher de Roquebrune où le fugitif se planque.

Comme je voulais un peu de jazz au début, je ne voulais pas reprendre John Cale parce que je me disais qu'il était trop carré, qu'il ne connaissait rien au swing, au soul ni à la musique provençale. Mais j'avais quand même du vécu avec lui : on a fait deux films ensemble ! Alors j'ai appelé sa manageuse en faisant part de mes doutes. Elle m'a dit de venir le lendemain à Cardiff. Et là, en arrivant, j'ai vu John avec vingt chanteuses de gospel de Harlem et de Londres. « T'as vu ? Il fait du soul ! » Bon, pas tout à fait, mais il essaie de bouger sa forme.

Comment avez-vous collaboré par la suite ?

Trouver le “son“ du film a été un vrai chantier, comme le tournage. Il nous a fallu 6 mois de travail entre la monteuse, moi et John Cale qui ne parle pas un mot de français et qui n'avait pas de traduction du scénario — pourtant ça nous aurait aidé.

John se fout du cinéma, il fait ça pour le blé, il pense à son prochain concert. Au début, il essaye de se débarrasser de la commande, mais ça dure une semaine.

Mais ce qui est excitant, c'est qu'il adore travailler la musique. Alors il envoie des trucs. On lui dit : « non, franchement John… » C'est comme avec un acteur : il faut trouver le bon mot, lui donner le bon truc : des mélodies. On travaille en maquette, tant qu'on n'a pas identifié des mélodies, on ne fait rien au synthé.

Comme il est altiste de formation, il essaie de mettre des cordes. Pour Marion, comme c'était une gendarme, je voulais une trompette — finalement, elle a bougé, elle est allée sur Sanchez, et Marion a eu la petite flûte provençale toute fragile et émouvante. Puis des tambours, un cor… Au finish, on a ajouté des cordes à la Herrmann pour le côté thriller sur des moments mélodiquement identifiés. Ensuite, il a fallu déterminer des thèmes. Il m'en envoyait dix ; on en gardait un. Il fallait le garder sur les rails sans l'empêcher de partir ailleurs : c'est comme ça qu'il a trouvé quelques-uns des plus beaux thèmes — qu'on a rajoutés. Ensuite, on l'a fixé au synthé. Poser les instruments dessus s'est fait comme manger du gâteau si l'on aime ça — c'était rigolo.

Cette musique a un important rôle narratif…

L'idée était de faire une musique provençale — un “provençal“ très John Cale — qui rentre dans la tête de la folie. Très étonnamment, au début, il n'y en a presque pas : quelques tambours, la petite flûte de Marion. Ensuite presque rien : un moment de fanfare avec un trombone merveilleux, puis plus rien pendant 35 minutes. Enfin pendant les dernières 40 minutes, il y a un côté opéra ; c'est complètement libre : elle devient un personnage.

C'est grâce à la musique qu'on a pu tracer le thriller au montage, resserrer le polar et aller tout droit sans avoir besoin d'explication psychologique sur le personnage de Marion.

Vous avez attendu sept ans entre Sport de filles et Paul Sanchez

Je m'y prends très mal ! (rires) J'ai voulu faire des films trop cher ensuite j'ai été embringuée sur un projets qui marchait pas. Il y a des tas de films qui devaient faire qui ne se font pas, j'ai habité en province — c'était trop tôt : il faut être Chabrol en fin de vie pour habiter en province ! Mais j'ai deux projets en cours : une commande faite à Yves Thomas [son coscénariste, NDR] et moi par le producteur de Paul Sanchez… pour un “thriller sexuel et violent“ Je trouve ça très dur, je suis très prude. Dans Paul Sanchez…, la scène de cul — vous dites cul ou baise — c'est pas facile parce que c'est toujours pareil au cinéma, je me suis pris le chou pour que ça soit intéressant ! Et ensuite, j'ai un projet de comédie qui se passe en 1928, voire 1932 pour être un peu plus cruelle avec le communisme, à Moscou avec un quiproquo. C'est l'inverse de Ninotchka.

Vous allez vous y diriger vous-même ?

Non. Je n'ai pas de rôle pour moi dans mon “thriller sexuel et violent“ ! (rires) Mais être acteur, c'est un super plan pour gagner de l'argent. Par rapport à réalisateur : l'engagement est intense mais ponctuel ; il ne prend pas trois ans de la vie.


Paul Sanchez est revenu !

De Patricia Mazuy (Fr, 1h51) avec Laurent Lafitte, Zita Hanrot...

De Patricia Mazuy (Fr, 1h51) avec Laurent Lafitte, Zita Hanrot...

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Paul Sanchez, criminel disparu depuis dix ans, a été aperçu à la gare des Arcs sur Argens. A la gendarmerie, on n'y croit pas, sauf peut-être la jeune Marion…


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Cachée : "Les Hirondelles de Kaboul"

Animation | De Zabou Breitman & Eléa Gobbé-Mévellec (Fr, 1h33) avec les voix de Simon Abkarian, Zita Hanrot, Swan Arlaud…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Cachée :

Dans l’Afghanistan asservi par les Taliban, le jeune couple formé par Mohsen et Zunaira tente de résister à la terreur quotidienne. Mais lors d’une dispute, la belle Zunaira tue par accident son amant. Elle est aussitôt incarcérée sous la garde du vieux Atiq, en attendant d’être exécutée… À l’instar de Parvana, autre film d’animation renvoyant à l’Afghanistan des années de fer et de sang — hélas pas si lointaines — cette transposition du roman de Yasmina Khadra raconte plusieurs mises à mort, symboliques et réelles, consécutives à la prise du pouvoir par les Taliban et à leur doctrine fondamentaliste. Certes, les autrices Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec prennent quelques libertés avec le texte initial pour “sauver“ un personnage, en lui octroyant ici des scrupules qu’il n’a pas à l’origine, mais elles ne dévoient pas globalement le sens de ce conte moral au finale aussi mar

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Blues de la blouse : "L'Ordre des médecins"

Urgences | De David Roux (Fr-Bel, 1h33) avec Jérémie Renier, Marthe Keller, Zita Hanrot…

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Blues de la blouse :

Médecin hospitalier avalé par les urgences quotidiennes d’un métier vocation-passion, Simon fait admettre sa mère pour une rechute cancéreuse. Face à la gravité du mal, à l’inertie de certains collègues et à la résignation de sa mère, il se met en congé pour s’occuper d'elle… Ce premier long-métrage de David Roux mérite de se frayer son chemin singulier dans la jungle des films (et désormais de la série) “médicaux“ initiés par Thomas Lilti. Car en dépit de ce que le titre peut laisser supposer, il s’agit ici surtout des ordre et désordre d’un médecin en particulier ; de sa vie réduite par la force des choses à la pratique hospitalière — par contiguïté, on devine que l’addiction de Simon est largement partagée, même si tous ne vivent pas leur métier comme un apostolat. D’une certaine manière, il est la pathologie de son existence tout en étant son remède — la dose fait le poison, pour reprendre Paracelse. Le grand mérite de ce film est d’opérer (si l’on ose) un virage à 180° à l’intérieur de l’institution, permettant au soignant de la contempler en position distan

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Classe tous risques : "L'Heure de la sortie"

Thriller | De Sébastien Marnier (Fr, 1h43) avec Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Pascal Greggory …

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Classe tous risques :

Drame au Collège Saint-Joseph : le professeur de français d’une classe pilote regroupant des enfants précoces s’est défenestré. Pierre Hoffman est recruté pour le remplacer, à quelques semaines du brevet. Il va vite constater que ses élèves, comme l’établissement, sont atypiques… Dans Irréprochable (2016), Sébastien Marnier avait déjà montré son appétence pour les prédateurs troubles. La troupe de surdoués sociopathes qu’il anime ici — une sorte de précipité des manies déviantes des ados de Haneke ou de Lars von Trier dans l’ambiance mortifère du Tour d’écrou d’Henry James — pousse un cran plus loin le malaise, avec ses jeux sado-masochistes, son discours catastrophiste et son extra-lucidité ingénue confinant à la prescience. Jusqu’à l’ultime minute, on ne sait en effet si l’on se trouve dans un thriller psychologique ou bien dans une œuvre fantastique. Assumant les codes du cinéma de genre, Marnier exacerbe les pulsions propres à l’âge de ses protagonistes, érotise les corps avec insistance — notamment celui de Laurent Lafitte,

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En vert et contre tous ! : "Le Grinch"

Animation | de Yarrow Cheney & Scott Mosier (E-U, 1h26) avec les voix (v.f.) de Laurent Lafitte, Lior Chabbat, Nicolas Marié…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

En vert et contre tous ! :

Grommelant dans sa grotte solitaire en marge de Chouville, la cité où les Choux vivent dans l’attente heureuse de Noël, le verdâtre Grinch abhorre cette fête durant laquelle les gens se témoignent leur affection mutuelle. Alors, il décide de voler Noël… Signée par le studio Imagination fabriquant les Minions à la chaîne, cette nouvelle adaptation du conte du Dr Seuss en polit la structure un peu trop âpre (à la limite terrifiante) et trop inscrite dans un folklore américain. Il suffit de se replonger dans la précédente (2000), réalisée par Ron Howard en prises de vues réelles et incarnée par Jim Carrey, pour être saisi d’horreur : décor, costumes, scansion rimée… Tout puait le factice et l’import frauduleux. Le Grinch de Cheney & Mosier est ici un “gentil“ méchant, dont la laideur physique et morale est adoucie : poil soyeux, farces pas trop graves justifiées par une enfance traumatisée. Ce ne sera donc pas si difficile de le convertir à l’esprit de Noël. Graphiquement honnête mais sans surprise, cette version aseptisée convient à l’époque et au marc

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Astre déchu : "Un Peuple et son roi"

Le Film de la Semaine | Dans cette fresque révolutionnaire entre épopée inspirée et film de procédure, Schoeller semble fusionner Versailles et L’Exercice de l’État, titres de ses deux derniers long-métrages de cinéma. Des moments de haute maîtrise, mais aussi d’étonnantes faiblesses. Fascinant et bancal à la fois.

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Astre déchu :

1789. La Bastille vient de tomber, et le Roi quitte Versailles après avoir signé la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen soumise par l’Assemblée. Dans les rues de Paris, la famille d’un souffleur de verre est portée par ce vent d’espérance. Et si le peuple avait enfin voix au chapitre ? Moment clef de notre histoire, tournant civilisationnel du fait de sa résonance sur les nations voisines, de son potentiel dramatique et de ses conséquences contemporaines, la Révolution française constitue un morceau de choix pour tout amateur de geste épique, de combats d’idées et d’élans tragiques. Filmer l’exaltation d’une guerre civile éclatant sous l’auspice des Lumières et la conquête de la liberté par le peuple a déjà galvanisé Gance, Guitry ou Renoir. Comme eux, Schoeller rallie ici la quintessence des comédiens de son époque : le moindre rôle parlé est donc confié à un ou une interprète de premier plan. Le défilé en est étourdissant, mais pas autant que celui des députés ayant à se prononcer par ordre alphabétique de circonscription et à haute voix sur la mort de Louis XVI dans une séquence aussi édifiante que ca

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Identification d’un homme : "Paul Sanchez est revenu !"

Policier | de Patricia Mazuy (Fr, 1h51) avec Laurent Lafitte, Zita Hanrot, Idir Chender…

Vincent Raymond | Mercredi 18 juillet 2018

Identification d’un homme :

Aux Arcs-sur-Argens, la gendarmerie a été informée qu’un meurtrier recherché depuis dix ans, Paul Sanchez, a été identifié dans un train. Volontariste, mais souvent gaffeuse, la jeune Marion se lance sur ce dossier dédaignée par ses collègues militaires. Et si elle avait raison d’y croire ? Cinéaste rare faisant parfois des incursions bienvenues devant la caméra (son tempérament pince-sans-rire y est hélas sous-exploité), Patricia Mazuy a toujours su animer des caractères atypiques, et tout particulièrement des francs-tireuses imposant leur loi à l’intérieur de cadres pourtant rigides : Peaux de vaches, Saint-Cyr ou Sport de filles étaient ainsi portés par des battantes qui, si elle n’étaient guère victorieuses, infléchissaient les règles. Marion la gendarme est du même bois, ce qui ne l’exonère pas d’une certaine maladresse la rendant plus attachante et réaliste. Dans ce thriller en forme de chasse à l’homme, davantage que la menace c’est l’omniprésence de la fragilité qui transparaît : la gendarmerie enregistre son lo

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Paire et manque : "La Fête est finie"

ECRANS | de Marie Garel-Weiss (Fr, 1h33) avec Zita Hanrot, Clémence Boisnard, Michel Muller…

Vincent Raymond | Mardi 27 février 2018

Paire et manque :

La cure de désintox’, c’est l’ultime chance pour Sihem et Céleste, deux jeunes femmes ayant déjà trop usé (et abusé) des psychotropes. Chacune a besoin de soutien, chacune trouve dans l’autre l’appui nécessaire, surtout quand après une bêtise de trop, elle se font renvoyer du centre… Deux boiteuses peuvent-elles réapprendre à marcher droit en se reposant l’une sur l’autre ? Grandement inspiré du propre parcours de la réalisatrice (qui n’en fait pas mystère) La Fête est finie semble vouloir le démontrer par l’image, en détaillant la lente expulsion de la béquille chimique, les immanquables chutes et les douleurs qu’elles provoquent. Si fête il y eut jadis, elle fut illusoire et fort brève. Par son approche réaliste, et la nature complexe du lien de dépendance mutuelle unissant les héroïnes, ce premier film rappelle à bien des égards le destin cabossé des comparses en galère dans La Vie rêvée des anges (1998), tiraillées entre phases de complicité absolue et rivalité forcenée. Marie Garel-Weiss creuse leur toxico

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Les statues leurrent aussi : "Au revoir là-haut"

Le Film de la Semaine | Conte noir plongeant ses racines dans la boue des tranchées et s’épanouissant dans la pourriture insouciante des Années folles, le sixième long-métrage de Dupontel fait rimer épique et esthétique en alignant une galerie de personnages (donc une distribution) estomaquante.

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Les statues leurrent aussi :

Après avoir frôlé la mort dans les tranchées, une gueule cassée dotée d’un talent artistique inouï et un comptable tentent de “s’indemniser” en imaginant une escroquerie… monumentale. Honteux ? Il y a pire : Aulnay-Pradelle, profiteur de guerre lâche et assassin, veut leur peau… La barre était haut placée : du monumental roman de Pierre Lemaitre, statufié par un de ces Goncourt que nul ne saurait discuter — ils sont si rares… — Albert Dupontel a tiré le grand film au souffle épique mûrissant en lui depuis des lustres. La conjonction était parfaite pour le comédien et réalisateur qui, s’il n'a jamais caché ses ambitions cinématographiques, n’avait jusqu’à aujourd’hui jamais pu conjuguer sujet en or massif et moyens matériels à la mesure de ses aspirations. Chapeau, Lafitte Le roman se prêtait à l’adaptation mais n’a pas dû se donner facilement — l’amplitude des décors et des situations augmentant les risques de fausse route et d’éparpillement. Galvanisé, Dupontel s’est réapproprié ce récit picaresque et

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"Jamais contente" : Plein l’dos, l’ado !

ECRANS | de Émilie Deleuze (Fr, 1h29) avec Léna Magnien, Patricia Mazuy, Philippe Duquesne…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Mal dans sa peau en famille et au collège, seule parmi ses copines à redoubler, Aurore commence l’année dans la déprime. Mais avec ce prof de lettres moins nul que les autres et ce beau gosse lui proposant de rejoindre son groupe de rock, elle va trouver des raisons d’espérer… Cette adaptation de Marie Desplechin offre une alternative moins bécasse à ces films pour ados qu’on croirait d’habitude écrits par d’aspirants-ados de tous âges. Pour autant, il n’y a pas de quoi frôler l’extase ni la pâmoison : on parcourt de jolis lieux communs, un peu dépassés mais charmants, en compagnie du prof révélateur de potentiel (Alex Lutz, dans sa version sérieuse) et d’un groupe de garage comme il s’en constituait il y a trente ans. On peut se montrer disons… réservé sur l’habillage jaune bubble-gum du film, mais l’essentiel est ailleurs : le choix judicieux de l’interprète principale, la jeune Léna Magnien, une gamine en apparence insignifiante et renfermée, qui envoie du bois au micro. Elle trouve en la réalisatrice Patricia Mazuy, ici comédienne, une mère criante de vérité molle.

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Elle : le retour de Paul Verhoeven

Festival de Cannes | Curieuse, cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Elle : le retour de Paul Verhoeven

Près d’un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d’inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert. Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l’héroïne Michèle — qui assume déjà depuis l’enfance d’être la fille d’un meurtrier en série — se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c’est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu’elle ne subira pas le contrecoup normal d’une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous — sa fameuse technique de jeu “plumes de canard”, les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris… Basiq

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L’Art de la fugue

ECRANS | De Brice Cauvin (Fr, 1h40) avec Laurent Lafitte, Agnès Jaoui, Benjamin Biolay, Nicolas Bedos…

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

L’Art de la fugue

Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se demande s’il doit s’engager plus avant avec son boyfriend psychologue ; Gérard est en instance de divorce avec sa femme ; et Louis entame une relation adultère alors qu’il est sur le point de se marier. Le tout sous la férule de parents envahissants et capricieux — savoureux duo Guy Marchand / Marie-Christine Barrault. On sent que Brice Cauvin aimerait se glisser dans les traces d’une Agnès Jaoui — ici actrice et conseillère au scénario — à travers cette comédie douce-amère à fort relents socio-psychologiques. Il en est toutefois assez loin, notamment dans des dialogues qui sentent beaucoup trop la télévision — les personnages passent par exemple leur temps à s’appeler par leurs prénoms, alors qu’ils sont à dix centimètres et qu’ils entretiennent tous des liens familiaux ou professionnels… C’est un peu pareil pour la mise en scène, plus effacée que transparente, tétanisée à l’idée de faire une fausse note. Malgré tout cela, le film se laisse voir, il arrive même à être parfois touchan

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Tristesse Club

ECRANS | Premier film sous influence Wes Anderson à l’humour doucement acide de Vincent Mariette, où deux frères et une sœur partent enterrer un père/amant devenu un fantôme dans leur vie, pour un road movie immobile stylisé et séduisant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Tristesse Club

Dans Tristesse Club, comme dans tout bon road movie, une voiture tient un rôle décisif : c’est une vieille Porsche et elle appartient à Léon, ancien tennisman tombé dans la lose intégrale, plaqué par sa femme et méprisé par son propre fils de dix ans, à qui il essaie pathétiquement de taxer de l’argent. Cette voiture, c’est un peu la dernière chose qu’il possède dans l’existence, et il s’y accroche comme à une bouée de sauvetage face au naufrage de sa vie. Ladite Porsche va servir à beaucoup de choses au cours du film : par exemple, elle se transformera en abri protecteur contre une meute de chiens errants, ou d’issue de secours pour échapper à la rancœur ambiante. Car Léon a rendez-vous avec son frère Bruno pour enterrer leur père, qu’ils n’ont pas vus depuis des lustres et avec qui ils entretenaient des rapports opposés : houleux pour Léon, résignés pour Bruno. Les choses s’enveniment encore lorsqu’ils font la connaissance d’une demi-sœur dont ils ignoraient l’existence. Elle leur avoue que leur père n’est pas mort ;  il a juste disparu sans laisser de traces. Le deuil d’un fantôme Voilà donc un trio de comédie formidablement constit

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Les Beaux jours

ECRANS | De Marion Vernoux (Fr, 1h34) avec Fanny Ardant, Laurent Lafitte, Patrick Chesnais…

Christophe Chabert | Mercredi 12 juin 2013

Les Beaux jours

Au croisement de plusieurs opportunités qui sont aussi, sans doute, des opportunismes — la mode du film pour seniors, la possibilité d’offrir un vrai grand premier rôle à une actrice adulée par les lecteurs de Télérama — Les Beaux jours arrive assez miraculeusement à transformer tout cela en un film imparfait mais cohérent. Mieux : Marion Vernoux, qui met fin à un trop long break pour le grand écran, y développe avec une perspective nouvelle le thème qui travaillait son œuvre jusqu’ici, à savoir la vacance nécessaire pour vivre une histoire d’amour. C’est parce qu’elle se retrouve prématurément à la retraite que Caroline peut passer son temps libre à tromper son mari avec un homme deux fois moins vieux qu’elle. Là encore, le film pourrait s’égarer dans une dissertation sociétale sur les cougars ; mais Vernoux ne généralise jamais, attachée à la dimension romanesque de son cinéma et à la singulière présence d’une Fanny Ardant magnifique de justesse. Surtout, en creux se dessine l’idée forte que le travail, le couple et plus globalement, les normes sociales sont autant de garde-fous qui mu

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Sport de filles

ECRANS | De Patricia Mazuy (Fr, 1h41) avec Marina Hands, Bruno Ganz…

Dorotée Aznar | Lundi 23 janvier 2012

Sport de filles

Il y a un grand film à réaliser sur le dressage équestre, les rapports entre le cavalier et son animal, leurs correspondances indicibles – mais de toute évidence, ce n’est pas celui-ci. Le gros problème, c’est qu’on ne sait pas vraiment de quoi cause Sport de filles, tant sa forme est en permanence à contretemps du fond. Le script embrasse plusieurs pistes qu’une mise en scène et un montage indolents peinent à suivre ; même les compositions originales de John Cale semblent victimes d’une greffe ratée sur les séquences qu’elles illustrent. On peut se reposer sur les honnêtes performances d’un casting foutraque et attachant pour passer le temps, et on ne pourra pas s’empêcher, pendant toute la durée du film, de rêver aux promesses du Cheval de guerre de Steven Spielberg.François Cau

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Extra Cale

MUSIQUES | Rock / Le journaliste et critique Arnaud Viviant a un jour développé une théorie sur les œuvres en solo de ces deux frères ennemis qui permet de se livrer à un (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 octobre 2011

Extra Cale

Rock / Le journaliste et critique Arnaud Viviant a un jour développé une théorie sur les œuvres en solo de ces deux frères ennemis qui permet de se livrer à un petit jeu très amusant : détecter chez Lou Reed, à travers ses morceaux, sa part calienne, et chez John Cale, le Lou Reed qui est en lui. Comme si l'un et l'autre avaient, en dépit des antagonismes, des brouilles interminables, irrémédiablement déteints l'un sur l'autre. En 2011, alors que le «rock'n'roll animal» s'est fait cornaquer (à moins que ce ne soit l'inverse) par cette vieille bête malade et paranoïaque de Metallica pour l'album Lulu — on imagine qu'un service psychiatrique entier a dû être convoqué en studio pour regarder voler les ego (et autres objets lourds) par dessus les consoles – c'est bien John Cale qui s'amuse à composer des chansons comme Loulou n'en écrit plus. Déjà en 2005, avec le single Perfect, tiré de blackAcetate, Cale livrait un de ces singles au tranchant reedien, proche du pastiche un rien provocateur. C'e

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John Cale, Lyon 2011

MUSIQUES | Altiste classique porté vers l'avant-garde, fondateur du Velvet Underground, producteur avisé et compositeur de musiques de film, John Cale, 69 ans, a tant brouillé les pistes qu'on en a oublié l'essentiel : il est un grand artiste pop. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 octobre 2011

John Cale, Lyon 2011

«Nous tournions le dos au public et s'ils ne nous aimaient pas, ils pouvaient aller se faire foutre.» C'est, selon John Cale, l'invention du Velvet Underground en même temps que la désinvention du rock : lui faire perdre son innocence pour le rouler dans la fange, le sadiser. Toute sa vie, le Gallois que l'on a toujours pris à tort pour le sage savant du Velvet, aura pris le contre-pied de tout, tourné le dos à quelque chose : au Pays de Galles, puis au classique, puis à l'avant-garde, puis au Velvet (malgré lui, certes), et toujours à la facilité musicale quand son génie, mal connu, aurait pu faire de lui une véritable pop star. Pour John Cale, la musique qui, selon Lou Reed, «coule de lui comme l'eau dévalant une montagne», est une révélation quasi mystique : lorsqu'il découvre à 13 ans le miracle de sa capacité à improviser. Et surtout le moyen d'échapper à Garnant, ce bout de Pays de Galles minier et puritain où le quotidien oscille entre touche-pipi du curé local et bagarres entre mecs ; de tourner le dos aussi à un foyer familial sclérosé, grâce aux t

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John Cale

MUSIQUES | C'est sans doute l'événement de la saison. Après Lou Reed, son ancien ennemi intime du Velvet Underground qui avait un peur l'air d'une vieille dame cet été (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 15 septembre 2011

John Cale

C'est sans doute l'événement de la saison. Après Lou Reed, son ancien ennemi intime du Velvet Underground qui avait un peur l'air d'une vieille dame cet été à Fourvière, avant Patti Smith, pour laquelle il a produit le légendaire Horses, John Cale amène son Live Circus in town. Pourquoi est-ce un événement ? Car loin d'avoir la reconnaissance qu'il mérite, le Gallois (à ne pas confondre avec cette vieille ganache parcheminée de JJ Cale) est sans doute l'un des plus grands musiciens et producteurs (de Patti Smith aux Happy Mondays, des Stooges aux Lyonnais Marie et les Garçons) de ces 50 dernières années. Un homme de l'ombre, à l'exigence artistique inégalée, qui ne sera sans doute jamais reconnu à sa juste valeur. L'occasion de réévaluer tout ça. À L'Épicerie Moderne, le 5 novembre.

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