Sépulture pop pour Whitney Houston : "Whitney"

Documentaire | Après Idi Amin Dada, Klaus Barbie ou Bob Marley, Kevin Macdonald poursuit son éclectique galerie de portraits par cet inattendu (et édifiant) documentaire sur la chanteuse Whitney Houston. Au-delà de la star, le miroir d’une époque, d’un système et d’une enfant déchue…

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Photo : © ARP Sélection


Whitney Houston (1963-2012) aura connu une gloire précoce dans la musique, accumulé les records au sommet des charts, triomphé sur grand écran grâce à Bodyguard, défrayé la chronique à cause des frasques de son conjoint Bobby Brown et de leur addiction commune aux stupéfiants… avant de sombrer dans le pathétique et de disparaître prématurément. Une issue inéluctable, à tant d'autres pareille dans l'étincelante galaxie du show-bizness, où les divas aux ailes consumées se comptent par légions.

Comment, alors, raconter “autrement“ le parcours de la chanteuse, sans choir dans le pathos confit en dévotion du thuriféraire de base, ni le voyeurisme douteux du vautour de caniveaux ; sans sacrifier non plus à la complaisance hagiographique ni être instrumentalisé par les clans familiaux, détenteurs des droits, des images et des témoignages ? Kevin Macdonald, avec son impressionnant sens du sujet et sa manière de l'approcher dans une globalité pour parvenir à en isoler la singularité, réussit à résoudre cette équation en apparence insoluble.

Allo Houston, on a des problèmes ?

Au moyen d'archives judicieuses et d'un montage subtil — le zapping de contextualisation des années 1980 à l'usage de celles et ceux ne les ayant pas forcément vécues est un modèle du genre — il défragmente le corps public de la star, brise « en mille éclats » l'image de la poupée de son, avant de patiemment la refragmenter. Balayant les à-peu-près et on-dit tenant lieu de guenilles à sa réputation ; débarrassant sa voix de ces orchestrations synthétiques afin de retrouver la pureté du souffle a capella.

Whitney Houston apparaît alors comme un marqueur historique — le symptôme pop d'un moment où société et spectacle se télescopent et se précipitent dans la société du spectacle —, et l'on découvre également comment (et pourquoi) son statufiant statut d'idole a contribué à sa perte : adulescente mondialement adulée, Whitney a été forcée de cacher la séparation de ses parents, de travestir ses orientations sexuelles, de jouer la comédie du bonheur conjugal avec Bobby Brown pour sauvegarder les apparences. Avec un tact extrême et une profonde empathie, Macdonald obtient des proches de la chanteuses de saisissants aveux révélant à quel point celle-ci fut, son existence entière, la victime — la proie — d'un entourage et d'une industrie vampiriques. Si l'on se gaussait volontiers de ses rengaines sucrées, de sa manière de tenir exagérément la note ou d'abuser du vibrato, en sortant de ce documentaire on aurait plutôt envie de pleurer.

Whitney de Kevin Macdonald (É-U, 2h) avec Whitney Houston

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Jeux de pouvoir

Au départ, une trépidante mini-série anglaise créée par Paul Abbott pour la BBC, sorte de réponse british à 24 heures chrono. À l’arrivée, un remake américain qui réduit le nombre de personnages, condense l’action mais en reprend grosso modo toutes les ficelles. On y voit un journaliste (Crowe, en mode post-hippie) enquêter sur le meurtre de la maîtresse d’un député influent (Affleck, plus fade que jamais) qui est, par ailleurs, son ami intime. Kevin Macdonald, qui avait un peu abusé son monde avec Le Dernier Roi d’Écosse, montre ici son vrai visage : un yes man sans personnalité qui illustre laborieusement en pompant à droite à gauche (un peu Mann, un peu Pakula) son matériau passionnant. L’exploit de Jeux de pouvoir est que rien n’y est crédible et, surtout, qu’il ne véhicule aucun suspense, sinon en avertissant le spectateur par l’usage d’une musique anxiogène. Un thriller arthritique qui, pour les fans de la série, ne sert strictement à rien. CC

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