En attendant Jane Fonda

Institut Lumière | Dario Argento, Claude Lanzmann, Bertrand Tavernier et bien sûr Jane Fonda : l'Institut Lumière débute fort sa saison.

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Photo : © Les Films du Camélia


Star majuscule de l'automne dans le quartier Monplaisir (et l'ensemble de la Métropole), la future récipiendaire du 10e prix Lumière verra un choix de ses films projetés en guise d'hommage lors du festival. Pour mettre le public en appétit, et permettre à certaines œuvres risquant de ne pas bénéficier d'une séance entre les 13 et 21 octobre, l'Institut en programme trois extraites de la carrière de Jane Fonda ; trois moments assortis de présentation ou de conférences pour se remémorer le parcours de cette icône ayant marqué tant la pellicule par ses rôles que la vie politique mondiale par ses engagements.

C'est Julia (1977) de Fred Zinnemann qui ouvrira le bal le 13 septembre, durant les séances de présentation du festival. Inspiré par un épisode de la vie de l'autrice et scénariste Lillian Hellman, ce drame se déroulant durant les prémices de la Seconde guerre mondiale et réunissant Jane à sa grande amie Vanessa Redgrave a certes un peu vieilli. Mais sa seconde moitié aussi palpitante que déchirante, rattrape la première, plus laborieuse. Suivront le 25 septembre un charmant thriller tourné en France sous la direction de René Clément, avec un Alain Delon en proie, Les Félins (1964) ainsi qu'un drame sur fond de Sud raciste à la distribution renversante (Brando, Redford, Dickinson, Duvall…), écrit par Lilian Hellman et signé par l'un des précurseurs du Nouvel Hollywood, Arthur Penn : La Poursuite impitoyable (1966). Voilà qui devrait vous motiver pour octobre.

Jane Fonda et Robert Bresson ne seront pas les seuls à vous faire patienter jusqu'à l'échéance festivalière : trois rendez-vous avec l'Histoire sont à inscrire sur vos tablettes. Chronologiquement, la diffusion de l'intégrale des Voyages à travers le cinéma français, huit épisodes de la série autobio-cinéphilique de Bertrand Tavernier (du 20 septembre au 6 octobre), puis un hommage à Claude Lanzmann avec la projection de Shoah (1985) le 29 septembre et enfin une invitation à Dario Argento le 4 octobre suivie d'une séance de l'inévitable Suspiria (1977). Du plaisir, de l'effroi, de la peur…

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Bertrand Tavernier (1941-2021)

Disparition | Un mois avant son quatre-vingtième anniversaire, le jour du centenaire de Simone Signoret, Bertrand Tavernier est décédé dans sa propriété de Sainte-Maxime. C’est davantage qu’un cinéaste ou que le président de l’Institut Lumière qui disparaît avec lui : un amoureux total et sincère des films et de ceux qui les font, un promoteur de leur restauration et de leur projection. Sa trace n’est pas près de s’effacer.

Vincent Raymond | Vendredi 26 mars 2021

Bertrand Tavernier (1941-2021)

En ouverture de ce qui demeurera son ultime long-métrage sorti sur grand écran, Voyage dans le cinéma français (2016), Bertrand Tavernier avait placé une citation de Jean-Luc Godard : « il y a quelque chose qui nous lie, Bertrand et moi, c’est que nous sommes tous les deux les enfants de la Libération et de la Cinémathèque ». Certes, on ne peut que relever les concordances objectives dans la formation puis le parcours des deux hommes qui les a fait converger plus d’une fois — et ce en dépit de leur onze années d’écart. Tavernier fut l’attaché de presse de Pierrot le fou de JLG (1965), l’année où celui-ci rafla l’Ours d’Or à Berlin pour Alphaville, récompense que Tavernier emporterait en 1995 pour L’Appât… Tous deux sont des enfants d’une bourgeoisie intellectuelle provinciale, qui vont trouver dans le cinéma une sorte épiphanie, passeront par l’adoration compulsive de l’ère des cinés-clubs, une phase (de) critique avant de s’emparer d’une caméra pour tourner… Mais si avec le temps Godard n’a eu de cesse d’étrécir son audienc

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Bertrand Tavernier est mort

Disparition | On vient d’apprendre la disparition à 79 ans du cinéaste, scénariste et producteur Bertrand Tavernier, par ailleurs président de l’Institut Lumière depuis sa création en 1982. Une perte immense.

Vincent Raymond | Jeudi 25 mars 2021

Bertrand Tavernier est mort

Né à Lyon en 1941, celui qui fut attaché de presse et critique avant de s’emparer de la caméra en 1964 pour son premier court-métrage, puis en 1973 pour son premier long L’Horloger de Saint-Paul, aura signé une des œuvres les plus prolifiques et éclectiques du cinéma français contemporain. Sans pour autant renier ses précurseurs à la différence de la génération précédente — Bertrand Tavernier n’hésitera pas à travailler avec les scénaristes Aurenche et Bost conspués par la Nouvelle Vague. Touchant à tous les styles, du polar à l’anticipation en passant par le documentaire ; manifestant en homme engagé son amour pour le rétablissement de la justice sociale (L. 627, Histoires de vies brisées…), le jazz (Autour de minuit), le cinéma (l’extraordinaire Laisser Passer, Voyage à travers le cinéma Français), sa filmographie est émaillée de nombreux prix — il fut le premier récipiendaire du César du réalisateur en 1976 pour Que la fête commence

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Bertrand Tavernier sur Netflix : ça commence aujourd’hui

Plan Canapé | Après Truffaut, Demy, Sautet, Resnais, la plateforme de streaming continue d’élargir son offre en inscrivant dès ce 1er mars quelques-unes des premières œuvres de Bertrand Tavernier. Une mise en bouche avant l’intégrale ?

Vincent Raymond | Lundi 1 mars 2021

Bertrand Tavernier sur Netflix : ça commence aujourd’hui

Rien n’arrête l’appétit de Netflix. Au moment où son concurrent direct Disney lance une plateforme, Star, ayant vocation à le titiller sur le segment “adulte” en proposant notamment des films ou des séries du patrimoine, la firme de streaming opère un nouveau coup d’éclat médiatique en intégrant à son volumineux catalogue cinq titres d’un emblématique auteur français : Bertrand Tavernier. Outre le fait qu’il s’agit pour la plupart d’œuvres parmi les plus primées et célèbres de la première partie de carrière du cinéaste lyonnais (L’Horloger de Saint-Paul (photo), Que la fête commence, Le Juge et l’Assassin, Coup de torchon, La Vie et rien d’autre), elles sont paradoxalement signées par un éminent cinéphile dont on sait l’attachement pour la projection en salle et son soutien au travail d’édition sur support physique des films, qu’il relaie sur son blog. Mais aussi par celui qui assume les f

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L’Institut Lumière aux rayons X de la Chambre Régionale des Comptes

Cinéma | Coutumier d’une certaine discrétion, parfois autarcique, l’Institut Lumière a été contraint à plusieurs séances de rayons X économiques prescrites par la Chambre Régionale des Comptes. Le bilan vient d’être rendu public : si la santé est plutôt correcte, le médecin formules quelques recommandations. Et pour commencer, de bien suivre les protocoles…

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2021

L’Institut Lumière aux rayons X de la Chambre Régionale des Comptes

La CRC (Chambre Régionale des Comptes) vient de publier trois Rapports d’observations définitives portant sur trois structures ayant leur siège rue du Premier-Film : Association Institut Lumière, Société Cinémas Lumière, Société Sortie d’Usine Productions. Trois études connexes puisque la même entité, l’Institut Lumière, les unit et la même personne, Thierry Frémaux, les chapeaute. Trois mémoires mettant au jour non ces

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Tavernier, Huston et Lang à l’Institut Lumière

Reprise | L’Institut Lumière fait d’une pierre deux, voire trois coups, en conviant son président Bertrand Tavernier pour un rendez-vous autour de la réédition de son (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Tavernier, Huston et Lang à l’Institut Lumière

L’Institut Lumière fait d’une pierre deux, voire trois coups, en conviant son président Bertrand Tavernier pour un rendez-vous autour de la réédition de son pavé d’entretiens avec des cinéastes d’Hollywood, Amis Américains. Tout juste auréolé d’une Étoile d’Or remise à Marrakech par son ami Harvey Keitel, le cinéaste-historien dédicacera son volumineux ouvrage à l’entracte de la soirée composée de deux films — difficile de faire moins. D’abord, Quand la ville dort (1950) de John Huston (Asphalt Jungle, à ne pas confondre avec While the City Sleeps, La Cinquième Victime de Fritz Lang), qui vit Sterling Hayden, bien avant L’Ultime Razzia, camper le cerveau d’un casse. Suivra fort logiquement puisque le cycle Fritz Lang bat son plein à l’Institut Lumière, une réalisation américaine du maître allemand, Espions sur la Tamise / Le Ministère de la peur (1944). Adapté de Graham Greene, ce thriller d’espionnage censé se dérouler en Angleterre mêle malgré lui le personnage de Ray Milland à

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C’est encore au programme !

Festival Lumière | Le clap de fin ne claquera que dimanche soir. D’ici là, focus sur quelques-un des rendez-vous de cette seconde partie de festival…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

C’est encore au programme !

Claire Denis convie Aurélien Barrau Faisant partie des invitées d’honneur de cette 10e édition, Claire Denis vient présenter Trouble Every Day (2001) ce mercredi 17 à 21h45 avec Béatrice Dalle et Alex Descas. Mais elle fait précéder à 19h cette séance à l’Institut Lumière de l’avant-première de son nouveau film, High Life, déjà montré à Toronto. Une œuvre de science-fiction portée par la musique de Stuart Staples des Tindersticks, qu’elle introduira en compagnie de sa comédienne Claire Tran et de l’un des astrophysiciens qui l’ont conseillée durant la préparation, Aurélien Barrau. Ce dernier n’est d’ailleurs pas un inconnu du grand public : son intervention en faveur d’un sursaut écologique lors du Climax Festival 2018 a été massivement vue en ligne et partagée sur les réseaux sociaux. La cinéaste donnera le lendemain une masterclass à 11h30 à la Com

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Thierry Frémaux et Cécile Bourgeat : « dans dix ans, le cinéma classique continuera d'être partout »

Festival Lumière | À la veille de l’ouverture de la 10e édition du Festival Lumière, il nous semblait naturel d’interroger celui qui en est à l’origine, le dirige en assumant par ailleurs au cours de l’année les fonctions de directeur de l'Institut Lumière et de délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux. Il a choisi de répondre avec Cécile Bourgeat, secrétaire générale du festival — une première. L’occasion d’évoquer le passé, le futur immédiat, mais aussi l’avenir.

Vincent Raymond | Lundi 15 octobre 2018

Thierry Frémaux et Cécile Bourgeat : « dans dix ans, le cinéma classique continuera d'être partout »

En neuf éditions, le festival a-t-il pris la forme que vous escomptiez et atteint sa forme d’équilibre : dix jours, des rendez-vous et des lieux clairement identifiés, et peu ou prou 180 films ? Thierry Frémaux : Le festival Lumière a pris la forme populaire dont nous rêvions, et plus encore. Nous voulions ça : un festival pour tous, une pâtisserie de cinéma classique qui donne le désir d'aller en salles voir ou revoir de grands films. À quelques jours du festival, nous avons déjà vendu 80 000 tickets ! Cécile Bourgeat : Le souhait au départ était de permettre au public de goûter le cinéma de multiples manières : en allant voir des films en salles, en écoutant des artistes dans des masterclass, en se rendant au village pour acheter des DVD et des livres, pour écouter des comédiens sur le plateau de Radio Lumière. C’est bien que la ville natale du cinéma le célèbre ainsi, avec le sentiment que tout le monde y participe. Et ce tout le monde, c’est aus

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10e Festival Lumière : ce sera… Jane Fonda

Festival Lumière | Le patron de l’Institut Lumière avait promis une surprise pour marquer les 10 ans du Festival Lumière. Il a de fait pris tout le monde de court en annonçant la remise du 10e Prix Lumière la comédienne et productrice Jane Fonda, le 19 octobre prochain à Lyon.

Vincent Raymond | Lundi 11 juin 2018

10e Festival Lumière : ce sera… Jane Fonda

Les pronostiqueurs en sont pour leurs frais, qui s’imaginaient déjà, après Wong Kar-wai, célébrer quelque prestigieux cinéaste étasunien rue du Premier-Film. C’était aller un peu vite en besogne et oublier que la règle définissant les modalités d’attribution du “Nobel“ du cinéma possède une élasticité remarquable : les récipiendaires sont désignés sur des critères reposant « sur le temps, la reconnaissance et l’admiration ». C’est ainsi que la comédienne Catherine Deneuve avait été distinguée, sans qu’elle ait jamais réalisé — à la différence de son prédécesseur Gérard Depardieu — le moindre film. Dès lors, tout était possible. Jane Fonda apparaît comme un choix indiscutable et logique. Indiscutable, car sa carrière d’actrice, sanctionnée par deux Oscar pour Klute (1971) et Retour (1978), compte une cargaison de classiques allant des Félins de René Clément (1964) à On achève bien les chevaux (1969) de Pollack, de La Poursuite impitoyable (1966) de Penn à La M

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Et le prix Lumière 2018 est... Jane Fonda !

Festival Lumière | Le prix Lumière 2018, qui marque les 10 ans de l'événement, est connu : il s'agit de Jane Fonda, célèbre actrice et productrice américaine. Et militante (...)

Sébastien Broquet | Lundi 11 juin 2018

Et le prix Lumière 2018 est... Jane Fonda !

Le prix Lumière 2018, qui marque les 10 ans de l'événement, est connu : il s'agit de Jane Fonda, célèbre actrice et productrice américaine. Et militante féministe de longue date, donc symbole fort en cette année post-Weinstein. Le festival se déroulera du samedi 13 au dimanche 28 octobre 2018 dans toute la métropole lyonnaise.

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Hallucinations Collectives se dévoile

Festival | Oyez ! Oyez ! Hallucinations collectives dévoile sa 10ème programmation avec des infos juteuses… pour ne pas dire saignantes ! Sévissant du 11 au 17 avril, le festival accueillera des invités de choix et des avant-premières à la pointe de l’actualité pour le plus grand plaisir de tous les cinéphiles déviants.

Julien Homère | Vendredi 24 mars 2017

Hallucinations Collectives se dévoile

Notons la présence du phénomène Get Out de Jordan Peele, petit thriller terrifiant qui ravage le box-office US au point de rallier William Friedkin lui-même à sa cause. Le culte Fabrice Du Welz viendra présenter son polar énervé Message from the King, avec l’étoile montante Chadwick Boseman. La France aura pour représentant Xavier Gens pour la séance d’Hitcher de Robert Harmon, série B jouissive avec Rutger Hauer. Il n’y a pas qu’au rayon des exclusivités que l’association Zone Bis a marqué le coup pour cette édition anniversaire. En plus d’offrir une soirée commémorative le vendredi et une nuit Hallucinations auditives avec Joe La Noïze & Ta Gueule, le cinéma Comœdia verra s’imprimer sur ses toiles plusieurs classiques oubliés tels qu’Opéra de Dario Argento,

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"Voyage à travers le cinéma français" : c’était sa première séance

ECRANS | Bertrand Tavernier raconte son rapport affectif aux films qui l’ont construit, dévoile son Panthéon intime. Édifiant, enthousiaste, touchant : trois quarts de siècle d’un compagnonnage actif avec le cinéma, à tous les points de vue et d’écoute.

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Bertrand Tavernier ne pouvait choisir meilleur public que celui du Festival Lumière — manifestation organisée par l’institut homonyme, qu’il préside, dans la ville où il est né — pour présenter les premières séances du documentaire-somme retraçant son parcours. Car davantage qu’une audience acquise, celle-ci se révèlerait surtout réceptive au projet de ce ciné-fils/cinéphile, l’accompagnant bien volontiers dans l’exploration de sa mémoire d’ogre. Promis depuis des années, ce Voyage dans le cinéma français offre un retour très personnel aux sources primitives de sa passion pour l’écran d’argent ; aux origines de sa curiosité fervente et contagieuse, devenue avec les années prosélytisme chaleureux en faveur de tous les types de cinémas, peu importent les chapelles, du moment qu’ils lui apportent du plaisir — son emploi immodéré du superlatif absolu et de l’épithète “formidable” est d’ailleurs légendaire. Oncle Tatave, celui qui se souvient de tous les films Tout aussi prodigieuse se révèle sa mémoire cinématographique, presque indissociable du contexte folklorique des séances qu'il ressuscite : le voisin fa

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Nuit blanche couleur Dario Argento

Institut Lumière | Manque de sommeil et d’appétit ? Envie de repeindre vos cauchemars dans des tons allant du giallo au rouge sang ? Optez pour la Nuit Dario Argento (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Nuit blanche couleur Dario Argento

Manque de sommeil et d’appétit ? Envie de repeindre vos cauchemars dans des tons allant du giallo au rouge sang ? Optez pour la Nuit Dario Argento composée dans le cadre de l’Épouvantable Vendredi. Un menu de choix réunissant quatre longs-métrages extraits de la grande époque du maître italien (Les Frissons de l’angoisse, Suspiria, Ténèbres et Phenomena), agrémentés de divers documents façon friandises : interviews, bandes-annonces, etc. Pour les spectateurs dotés d’un estomac à toute épreuve, le petit déjeuner est offert à l’issue de ces agapes écarlates — et néanmoins stridentes. À l’Institut Lumière le vendredi 10 juin à 20h30

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À Vaulx Jazz comme des images

ECRANS | Chaque édition d’À Vaulx Jazz donne l’occasion de rappeler combien fécondes peuvent être les noces entre ce genre musical et le cinéma, combien intacte demeure leur complicité.

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

À Vaulx Jazz comme des images

L’un et l’autre nés à la fin du XIXe siècle, ces deux vecteurs d’expression populaire ont prospéré en marge dans les rues ou les foires, avant de se tailler leur place parmi les disciplines artistiques considérées comme ”nobles“. On en arrive même à un formidable paradoxe aujourd’hui, où tout film pourvu d’une bande originale jazzy se trouve d’emblée doté d’une aura de raffinement vintage, voire d’un brevet d’intellectualisme woodyallenien ! Parfaites girouettes, les mentalités ont une stabilité comparable aux gouvernements de la IVe République… Quatuor de choc Justement, parmi les quatre films retenus dans la programmation de cette année figure un classique de cette époque : Rendez-vous de juillet (1949). Signé par Jacques Becker, le Howard Hawks français, ce film aspire l’air ambiant autant qu’il s’en inspire — en particulier celui des caveaux jazz ayant fleuri après la Libération à Paris. Révélant les comédiens Maurice Ronet et Nicole Courcel, il a aussi le flair de capter les notes du jeune Claude Luter et de ses “Lorientais”. Revendiquant en musique des goûts éclectiques (« de Duke Ellington

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Jeunesse des rencontres

ECRANS | Pas évident d’organiser en janvier un festival consacré au cinéma français quand celui-ci garde ses meilleurs films pour Cannes… Drôle d’endroit pour des (...)

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Jeunesse des rencontres

Pas évident d’organiser en janvier un festival consacré au cinéma français quand celui-ci garde ses meilleurs films pour Cannes… Drôle d’endroit pour des rencontres réussit malgré tout cette année encore à proposer un programme certes éclectique, certes inégal — cf notre Flop 10, où figuraient deux des films présentés ici — mais cohérent. C’est dans le documentaire et le film "jeune public" que le festival réussit ses plus belles pioches, avec les avant-premières de La Cour de Babel de Julie Bertuccelli et de Minuscule de Thomas Szabo et Hélène Giraud. Bertuccelli filme une année scolaire dans une classe d’accueil d’un collège parisien, où se retrouvent des enfants de toutes origines pour rattraper leur retard en français. Cette somme d’expériences individuelles dessine une carte des troubles politiques mondiaux — juifs persécutés en Serbie, liberté bafouée des femmes en Afrique, violence urbaine en Colombie — et leur parole témoigne de l’importance que ses jeunes mettent dans la réussite de leurs études — sans que la

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Quai d’Orsay

ECRANS | De Bertrand Tavernier (Fr, 1h54) avec Thierry Lhermitte, Raphaël Personnaz, Niels Arestrup…

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Quai d’Orsay

Le cinéma de Bertrand Tavernier ne brille pas par sa légèreté ; d’où étonnement de le voir s’emparer de la BD de Blain et Lanzac relatant sur un mode de comédie picaresque le passage au ministère des Affaires étrangères de Dominique de Villepin, rebaptisé Alexandre Taillard de Worms. Grand bien lui en a pris : c’est son meilleur film depuis des lustres, malgré ses évidentes faiblesses. Adoptant le point de vue du candide Arthur Wlaminck, recruté pour s’occuper du «langage» au sein du cabinet, Tavernier met en lumière le bordel intégral que le ministre sème autour de lui, mélange d’égocentrisme, de cuistrerie, de copinage et d’agitation pure et vaine. Tant qu’il reste dans l’enceinte du Quai d’Orsay, le film est franchement plaisant, notamment grâce à la double prestation de Lhermitte et Arestrup, antinomiques comme le feu et la glace. La lourdeur de Tavernier revient dès qu’il en sort, notamment pour aller filmer les scènes parfaitement inintéressantes entre Arthur et sa compagne, aération inutile d’un récit qui méritait plus de radicalité. Se plaçant sous la Présidenc

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Tavernier, Fuller : deux révoltés

CONNAITRE | Lors du dernier festival Lumière, Bertrand Tavernier semblait en colère contre la tournure que prenait le système de production français des studios, (...)

Dorotée Aznar | Lundi 12 décembre 2011

Tavernier, Fuller : deux révoltés

Lors du dernier festival Lumière, Bertrand Tavernier semblait en colère contre la tournure que prenait le système de production français des studios, participant au parfum de mélancolie qui avait imprégné la manifestation et ses invités. Cela éclaire sans doute cette soirée qui lui est consacrée à l’Institut Lumière mardi 20 décembre. D’abord, il dialoguera avec Thierry Frémaux et Noël Simsolo, à qui il a consenti de donner une série d’entretiens parus le mois dernier sous le titre Le Cinéma dans le sang. Il y retrace sa carrière à travers ses rencontres décisives, notamment avec les grands cinéastes hollywoodiens d’hier (Ford, Walsh) ou d’aujourd’hui (Scorsese, Tarantino). Le titre du livre trahit cette passion cinéphile, mais aussi ce besoin de tourner qui semble aujourd’hui se compliquer pour lui. Est-ce un hasard s’il présentera, pour la deuxième partie de la soirée, le film d’un autre grand révolté, Samuel Fuller ? J’ai vécu l’enfer de Corée (1950) élabore ce qui deviendra son thème de prédilection : la guerre filmée du point de vue du simple soldat (ce que Fuller a été), sans romantisme ni héroïsme, au plus près de la réalité. Avec une économie de série B

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La Princesse de Montpensier

ECRANS | De Bertrand Tavernier (Fr, 2h19) avec Lambert Wilson, Mélanie Thierry…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

La Princesse de Montpensier

Nicolas Sarkozy a involontairement remis Madame de La Fayette à la mode. Après "La Belle Personne" de Christophe Honoré (d’après "La Princesse de Clèves"), Bertrand Tavernier s’attaque à "La Princesse de Montpensier". Pour le moderniser ? Non, le film est une reconstitution d’époque proprette, très qualité française. Pour en faire ressortir la pertinence ? À la rigueur, on voit bien qu’à travers le personnage de Mademoiselle de Mézières, qui oscille romantiquement entre l’homme promis et l’homme aimé, c’est la question toujours d’actualité de la liberté féminine qui est envisagée. Mais le film est littéralement aspiré par un académisme plombant, que la caméra en mouvement perpétuel dissimule à grand peine. Cela se traduit par une absence de quotidienneté frappante, des scènes d’action pataudes, un texte étouffe-chrétien et surtout la raideur quasi cadavérique des jeunes acteurs recrutés pour l’occasion. Que Tavernier ait choisi de les faire jouer comme dans une dramatique télé de l’ORTF, laissant aux seuls Lambert Wilson et Michel Vuillermoz le droit d’apporter un peu de liberté dans le film, en dit long sur son affinité avec son sujet : une certaine perplexité, sinon un vrai mé

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Dans la brume électrique

ECRANS | Cinéma / Tiré d’un roman noir de James Lee Burke, ce film américain de notre Tavernier national ne manque ni d’ambition, ni de bons acteurs, mais d’un rythme suffisamment prenant pour faire tenir ensemble son complexe écheveau d’intrigues. CC

Christophe Chabert | Jeudi 9 avril 2009

Dans la brume électrique

Longtemps attendue, sortie directement en DVD aux Etats-Unis dans une version raccourcie d’une vingtaine de minutes, cette adaptation de James Lee Burke par un Bertrand Tavernier délocalisé pour l’occasion sur le sol américain intriguait. Mais assez vite, la déception pointe son nez. Ce que l’on peut reprocher d’ordinaire au cinéma de Tavernier (sa lourdeur démonstrative, l’épaisseur de ses dialogues) est pour une fois mis en sourdine : Dans la brume électrique possède une certaine fluidité d’exécution et une attention réelle aux personnages dont on ne cherche pas à expliquer toutes les motivations. En revanche, là où le cinéaste se casse les dents, c’est pour trouver un rythme à cet enchevêtrement ambitieux d’intrigues courant sur près de cent cinquante ans. Pas de pays pour un vieuxLes crimes d’aujourd’hui, crapuleux, ceux d’hier, raciaux, et ceux, fondateurs, de la guerre de sécession, se rejoignent donc dans la ballade désabusée d’un flic alcoolique et humaniste, Dave Robichaud, fort justement campé par le toujours parfait Tommy Lee Jones. Mais ce récit touffu paraît pourtant particulièrement délié, plein de temps morts, comme une accumulation indolente de séquence

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Amicalement. Bertrand.

ECRANS | Pour finir en beauté l’événement Tavernier de l’Institut Lumière, un week-end de films américains choisis et présentés par le cinéaste-cinéphile illustrera le beau livre paru chez Actes Sud. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 15 janvier 2009

Amicalement. Bertrand.

D’abord, un mot sur Amis américains, le livre de Bertrand Tavernier. On a dit un peu vite qu’il s’agissait d’un recueil d’entretiens, mais il ne faudrait pas oublier les analyses consacrées à chaque cinéaste par Tavernier. Il s’y avère un formidable commentateur de cinéma, capable d’englober dans ses textes tous les aspects d’une œuvre, des variations de mise en scène jusqu’aux thèmes et aux idées qui relient chaque film. Sans vouloir faire de la nostalgie rance, on a un peu perdu cette manière de regarder les films, de communiquer des plaisirs de spectateur au plus près de ses émotions, tout en conservant une mémoire du passé pour manier des perspectives historiques. Une petite leçon, donc, qui va s’accompagner le week-end prochain d’une grande : la confrontation avec les films présentés par Tavernier au public de l’Institut Lumière. Des spectateurs gâtésChoix surprenant, d’ailleurs, car on n’y retrouve pas les piliers du livre que sont John Ford, Henry Hathaway ou André de Toth, ni les amis récents que sont Joe Dante, Tarantino et Alexander Payne. Tavernier a même profité de l’occasion pour rajouter un chapitre inédit et bienvenu avec l’hommage rendu au récemme

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Amis américains

CONNAITRE | La réédition d’Amis américains est un événement à plus d’un titre. Non seulement il reprend, dans une version luxe (en grand format avec près d’un millier (...)

Christophe Chabert | Jeudi 27 novembre 2008

Amis américains

La réédition d’Amis américains est un événement à plus d’un titre. Non seulement il reprend, dans une version luxe (en grand format avec près d’un millier d’illustrations) les textes et entretiens avec les cinéastes, célébrés ou peu connus, de la première édition (de Ford à Altman en passant par les vrais «amis» de Tavernier que sont De Toth, Daves ou Boetticher, et les «blaklistés» du MacCarthysme) ; mais il y ajoute une passionnante préface où l’intervieweur est interviewé (par Thierry Frémaux) et trois nouvelles interviews inattendues avec Alexander Payne, Joe Dante et Quentin Tarantino. Stimulantes par leur érudition gourmande, elles permettent de jeter un éclairage sur des personnalités dont les cinémas se rejoignent par un même souci de s’inscrire dans une histoire des images, classique ou iconoclaste. Un livre indispensable ! Amis Américains (Actes Sud/Institut Lumière).

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Intégrale Tavernier à l’Institut Lumière

ECRANS | Bertrand Tavernier est un cas à part dans l’histoire récente du cinéma français : de tous les cinéastes apparus dans les années 70, il est un des seuls à n’avoir (...)

Christophe Chabert | Jeudi 27 novembre 2008

Intégrale Tavernier à l’Institut Lumière

Bertrand Tavernier est un cas à part dans l’histoire récente du cinéma français : de tous les cinéastes apparus dans les années 70, il est un des seuls à n’avoir jamais cessé de tourner pour le cinéma (à la différence des cinéastes à éclipses que sont Séria, Thomas, Boisset, Jessua ou même Garrel !). Son œuvre semble aujourd’hui estimée à sa juste valeur, ses meilleurs films étant aussi ses plus populaires (Le Juge et l’assassin, Coup de torchon, Un dimanche à la campagne, Autour de minuit, La Vie et rien d’autre, L627, L’Appât et Capitaine Conan). Dans cette rétrospective, le plus rare reste l’activité documentaire de Tavernier. Son chef-d’œuvre sur la guerre d’Algérie notamment (La Guerre sans nom), mais aussi les films qu’il a réalisés sur la banlieue (De l’autre côté du périph’) ou la double-peine (Histoires de vies brisées). Intégrale Tavernier jusqu’au 25 janvierWeek-end hommage les 13 et 14 décembre.

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Gentleman Bertrand

ECRANS | Rencontre avec Bertrand Tavernier, cinéaste-cinéphile revendiqué, à l’occasion de la rétrospective de l’Institut Lumière et de la réédition de son livre «Amis américains». Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 27 novembre 2008

Gentleman Bertrand

Petit Bulletin : La nouvelle version d’Amis américains, avec trois interviews nouvelles, surprend par ce choix de trois cinéastes-cinéphiles, ce qui n’était pas le cas des cinéastes que vous aviez interviewés pour la première édition.Bertrand Tavernier : C’était pour aborder la raison d’être du livre, à savoir un livre écrit par un cinéaste qui est aussi cinéphile. J’ai pu écrire sur un certain nombre de réalisateurs et de scénaristes qui, à l’époque où je parlais avec eux, n’étaient pas vraiment reconnus. Budd Boetticher, c’est la première interview, Herbert Biberman, c’est la seule interview… Il y avait deux manières de prolonger ce livre : ou on continuait vers les nouveaux metteurs en scène et il n’y avait pas de frontière. J’aurais pu ajouter des interviews de gens que j’ai rencontrés comme Clint Eastwood, les frères Coen, Scorsese... Mais avec Thierry Frémaux, il nous a paru plus intéressant de prendre un autre angle, de trouver des gens proches de moi qui, dans leur propre pays, affichaient le même genre d’idées et qui parfois écrivaient. Joe Dante inonde les gens de mails et a beaucoup écrit dans Video Watchdog, Tarantino a fait connaître toutes ses opinio

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